Qu’est-ce qu’une poupée d’art ?

Introduction

Il n’existe pas d’appréhension immédiate de la poupée d’art. Elle peut impliquer un ou plusieurs matériaux, présenter des formes, tailles, styles et conceptions variés, se révéler réaliste ou abstraite, reconnaissable ou non, être humaine, humanoïde, anthropomorphe, étrange, historique, fantastique, mythique, extraterrestre, ou toute combinaison de ces qualificatifs. Au-delà de l’opposition aux autres catégories de poupées (jouets, poupées rituelles, régionales ou multiculturelles, mannequins ou de salon), il faut, pour tenter de la définir, examiner son rapport à trois concepts principaux qui la déterminent : les notions d’art, d’émotion et de caractérisation.

L’art

Qu’est-ce que l’art ? il est hors de notre propos de répondre ici à cette question délicate qui mérite un long développement, mais donnons-en tout de même une brève définition, synthèse de plusieurs sources (CNRS, dictionnaire Larousse, Cambridge dictionary, Wikipédia), qui nous servira de repère :

l’art est une manifestation dans les œuvres humaines, par la production d’objets tangibles ou numériques, d’images, de musique, de textes écrits ou joués, de films, de chorégraphies,…, d’un idéal de beauté ou de transgression s’adressant délibérément aux sens, aux émotions, aux intuitions et à l’intellect, et correspondant à un type de civilisation, une époque, un lieu, une catégorie sociale ou une vision propre à l’artiste.

La conception de l’art comme activité autonome, production par des artistes d’œuvres que l’on s’accorde à trouver belles d’après une préférence de goût, date du XVIIIe siècle. Cette acception évacue les productions des civilisations anciennes (Égypte, Grèce, Rome, Chine,…) et des sociétés traditionnelles des cinq continents,  assimilées par abus de langage à partir du XXe siècle à des créations artistiques. En effet, ces civilisations et sociétés leur attribuaient des fonctions essentiellement rituelles d’où la préoccupation esthétique était absente. De même pour les ouvrages et les œuvres du Moyen-Âge et de la Renaissance, à visées principalement religieuse ou régalienne.

Les poupées comme œuvres d’art

Dans le domaine des poupées, l’intention esthétique apparaît au XVIIIe siècle, avec les pandores, ambassadrices de la mode parisienne en province et dans les cours européennes, suivies au XIXe siècle par les parisiennes, les poupées anglaises en cire des familles Montanari (photo de gauche ci-dessous) et Pierotti, les bébés français (photo du centre ci-dessous) et les poupées allemandes (photo de droite ci-dessous).


      ©  Victoriana Magazine

De l’autre côté de l’Atlantique, dans le sillage des poupées primitives rembourrées faites à la main par les pionniers, les colons et les esclaves, se distinguent, dans la deuxième moitié du XIXe siècle et la première moitié du XXe, un certain nombre de créatrices emmenées par Izannah Walker et Martha Chase, dont la production joue un rôle pionnier dans l’affirmation de la poupée comme œuvre d’art : les sœurs Emma et Marietta Adams et leurs « Columbian dolls » ; Rose O’Neill, la mère des célèbres « Kewpies » ; Ella Louise Gantt Smith, la mère des « Alabama Indestructible Dolls » ; Julia Jones Beecher et ses « Missionary ragbabies » en tissu ; Mollye Goldman, qui devient l’un des plus importants fabricants de vêtements pour poupées sous la marque Molly-‘es ; Georgene Averill, avec son brevet de poupée « Mama doll » à tête en composition et corps en tissu, obtenu en 1918 ; Grace Storey Putnam, créatrice du célèbre bébé réaliste « Bye-Lo Baby », surnommé « The million dollar baby » et Jennie Adler Graves, qui confectionne des vêtements et des trousseaux pour « Just Me », une poupée fabriquée en Allemagne par Armand Marseille, et conçoit Ginny, petite poupée mannequin de 20,5 cm en plastique dur à la garde-robe riche et raffinée.
Retour en France, où, dans la même période qui couvre la deuxième moitié du XIXe siècle et la première moitié du XXe, le mouvement de renaissance du jouet français et de la poupée a amené des artistes de renom tels que Berthe Noufflard, Georges Lepape, Francisque Poulbot, Hansi et Jean Ray, à s’impliquer dans la création de poupées.
Dans le reste de l’Europe et dans cette même période, émergent quatre figures de proue de la poupée comme forme d’art, qui auront une influence considérable sur les créateurs contemporains : il s’agit des allemandes Käthe Kruse et Margarete Steiff, de l’italienne Elena Scavini (Lenci) et de la suissesse Sasha Morgenthaler.

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Les six époques de la poupée d’art de 1870 à 1935

Florence Theriault, copropriétaire de la société américaine Theriault’s (the dollmasters), spécialisée dans l’estimation et la vente aux enchères de poupées et jouets de collection,  identifie et analyse dans son livre In character – The portrayal of mood in antique dolls, publié en 1991, les six époques de développement la poupée de caractère (voir ci-dessous « Poupées et caractérisation ») dans la période choisie 1870-1935. On présente ci-après ces six époques vues sous l’angle de l’histoire des poupées d’art.

  1. L’âge d’or des poupées françaises (1870-1899) voit les fabricants français chercher à personnifier la beauté dans sa forme idéalisée. Le réalisme est sacrifié à la quête de perfection, au point que certains critiques de l’époque trouvent les poupées « trop belles » ! cet âge d’or décline à partir de la fin des années 1880 et se termine avec la formation de la SFBJ en 1899 et son assemblage industriel des poupées.
  2. La phase préliminaire au mouvement d’art de Munich (1880-1905) recouvre en partie l’âge d’or des poupées françaises. Durant cette période mal comprise de l’histoire, les créations allemandes subissent une transformation notable, évoluant de la statuaire figée des poupées en porcelaine émaillée ou en biscuit aux cheveux sculptés vers les figures d’enfants remarquablement réalistes dont le XXe siècle sera coutumier.
  3. Le mouvement d’art de Munich proprement dit (1905-1915), appelé « réforme de l’art » par ses instigateurs et ses détracteurs, est initié durant les deux décennies précédentes, lorsque les fabricants allemands de poupées sont incités à créer des modèles qui ressemblent à de vrais enfants (photo de gauche ci-dessous). Ce mouvement est favorisé par le regain d’intérêt de la société pour l’enfance à l’aube du XXe siècle, et par la demande associée de poupées semblables aux « enfants des rues ».
  4. Le mouvement français du début du XXe siècle, contrairement au mouvement allemand qui s’est développé progressivement, émerge de façon abrupte. Les fabricants français sont bien conscients depuis quelques temps que la concurrence avec les firmes allemandes tourne à leur désavantage. Afin de remédier à cette situation, la SFBJ est fondée en 1899, et se donne deux leviers : l’imitation des procédures allemandes de production et de distribution commerciale ;  l’élaboration d’un nouveau type de poupée adapté au tempérament de ce XXe siècle naissant, dans le contexte du mouvement de renaissance du jouet français et de la poupée, marqué par l’introduction de modèles signés par des sculpteurs renommés (photo du centre ci-dessous). Ce mouvement connaît son apogée en 1916-1917.
  5. Le mouvement post-réforme allemand (1916-1925) emprunte plusieurs voies. Premièrement, les modèles datant du mouvement de réforme (les fameux enfants des rues) sont modifiés pour les rendre plus viables commercialement, tout en essayant de conserver leur réalisme : leur apparence est adoucie et égayée par l’adjonction de fonctions telles que les yeux dormeurs. Deuxièmement, le modèle classique au mignon visage bénéficie de traits tels que les lèvres accentuées ou une meilleure définition du contour des yeux. Enfin, élément le plus marquant, l’accent est mis sur la conception de nouveaux modèles par des artistes américaines réputées.
  6. L’époque des poupées portraits américaines (de 1925 à 1935, fin de la période analysée) est caractérisée par le développement de la poupée de célébrité sous licence : la personne représentée est souvent un acteur ou un sportif populaire  à qui des royalties sont versées. Là encore, des artistes renommés viennent prêter main forte pour la création de nouveaux modèles. Ce phénomène perdure tout au long des XXe et XXIe siècles (photo de droite ci-dessous) et constitue le fer de lance de  l’industrie américaine de la poupée.


         © Theriault’s            © Theriault’s                     © Theriault’s

Le renouveau américain de l’après-guerre

C’est encore des États-Unis que vient le nouveau souffle de la poupée d’art, celui de l’après seconde guerre mondiale. Dans les années 1950, quatre artistes américaines, Helen Bullard, Fawn Zeller, Gertrude Florian et Magge Head, intéressées par la poupée originale comme moyen d’expression artistique, se détournent des représentations figées pour mettre en scène des modèles dans des situations de la vie quotidienne, illustrant l’histoire et la culture américaines, à l’instar des poupées amérindiennes, et cherchant à regagner l’attention des collectionneurs.
Elles fondent en mai 1963 le NIADA (National Institute of American Doll Artists), l’institut national des artistes en poupées américains, avec comme objectifs la reconnaissance de la fabrication de poupées originales faites à la main comme un des Beaux-Arts, le soutien aux artistes membres, l’enseignement, la critique, et le mentorat des artistes émergents. Première organisation d’artistes en poupées, le NIADA accueille des artistes venus du Monde entier. Ce groupe d’innovateurs invite à remettre en question la vision de la poupée, en explorant l’utilisation de matériaux nouveaux et inhabituels, et en établissant l’environnement d’évolution d’une nouvelle forme d’art.

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Le renouveau allemand des années 1970

Retour en Allemagne, où les années 1970 connaissent un regain d’intérêt pour la collection de poupées en général et les poupées d’artiste en particulier, après le succès des « Ari »  dans les années 1950 à 1960, petites poupées allemandes en caoutchouc de 6 a 15 cm, en tenues folkloriques ou de ville. Le rôle de l’artiste Mathias Wanke dans ce mouvement a été décisif. Cinq artistes en poupées allemandes vont dans ce contexte de renouveau allemand s’imposer et connaître la notoriété : Brigitte Deval, Annette Himstedt, Hildegard Günzel, Rotraut Schrott et Sabine Esche.

La sculpture souple

Dans les années 1970 et 1980, un autre mouvement artistique, la sculpture souple, a une influence profonde sur l’idée de la poupée, en redéfinissant les possibilités et en attirant l’attention des artistes plasticiens. À l’origine, ce mouvement, qui à peu de choses à voir avec les poupées, est totalement concerné par l’emploi du tissu comme nouveau matériau de sculpture. Les artistes textiles créent des sculptures sur des thèmes de la vie quotidienne, mettant en scène objets usuels, plantes, animaux et êtres humains. Ces œuvres révolutionnaires brouillent les frontières entre sculptures et poupées et questionnent l’observateur. De fait, la réalisation de poupées en tissu devient l’un des domaines les plus populaires et innovants de la poupée d’art, en particulier aux États-Unis ou surgissent des centaines de clubs sur ce thème.

Des années 1980 à nos jours

À partir des années 1980, l’évolution continue avec l’avènement de matériaux novateurs et la redéfinition des anciens. Tandis que les artistes en poupées emploient toujours de la porcelaine et des moules, la poupée  repeinte et la poupée modifiée font leur apparition pour constituer des pièces OOAK, comme la « Earth Day Barbie » de littlebitwired (photo de gauche ci-dessous).
Certains artistes comme Marlaine Verhelst (photo du centre ci-dessous) sculptent directement dans l’argile à porcelaine. Des variétés d’argile ou de composition qui nécessitent peu de cuisson ou sèchent à l’air ambiant sont mises au point : argiles polymères comme le Cernit ou le Fimo, La Doll, paperclay, porcelaine froide,… Ces matériaux se marient bien avec le tissu et deviennent populaires, pour une sculpture toujours plus expressive.
Les objets de récupération (bois, pierre naturelle, métaux, verre, plastiques, plantes,…) font leur entrée dans les œuvres d’art, et font une place aux poupées dans l’arène plus large des sculptures en technique mixte, comme celles de Larry et Akira Blount (photo de droite ci-dessous).
La poupée en papier bidimensionnelle est revisitée pour rejoindre sa cousine en trois dimensions dans le monde de l’art en utilisant objets de récupération et collage, comme dans les assemblages de Linda et Opie O’Brien. D’autres artistes choisissent de modifier tout ou partie de poupées existantes, anciennes ou commerciales, en les  couvrant parfois de perlages ou de crochets.
L’offre actuelle est foisonnante, des poupées traditionnelles aux représentations quasi abstraites en passant par l’univers de la fantasie, qui dépassent ce que Helen Bullard  aurait pu imaginer. Il existe toutefois une répartition géographique inégale de cette offre, beaucoup plus dynamique dans les pays de l’Europe de l’Est (Russie, Ukraine,…) et en Amérique du Nord que dans les pays d’Europe Occidentale, en particulier en France où les jeunes artistes se font rares. Le dernier salon Modna Lyalka de Kiev (Ukraine) en octobre 2019 alignait pas moins de 225 artistes en poupées, la plupart ukrainiennes…


                         © Etsy                       © NIADA archives     © NIADA archives

Art et émotions

L’œuvre d’art ne vit pas de son rapport au réel, mais des affects qu’elle produit : c’est peut-être parce qu’elle est productrice d’émotions et qu’elle est à elle seule un univers que l’œuvre d’art est belle. La question des émotions représentées dans l’œuvre, exprimées par l’artiste ou provoquées chez l’observateur a été et continue d’être abondamment traitée dans la littérature, qu’elle soit philosophique, romanesque ou poétique.
C’est du siècle des Lumières que date la notion d’art communément admise de nos jours. Partant d’une réflexion sur les sens et le goût, une conception basée sur l’idée de beauté finit par s’établir. Avec le philosophe Emmanuel Kant émerge une théorie de l’art définissant l’esthétique, et l’importance de l’observation de règles passe alors au second plan tandis que l’intention de l’artiste, qui vise nos sens et nos émotions, devient primordiale. À la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe, le romantisme s’efforce de réhabiliter le sentiment face à la raison.
La question des émotions dans l’art a été largement éclipsée, comme le soulignent les auteurs du dictionnaire « Arts et émotions » paru en 2016 chez Armand Collin, par une modernité qui dédaignait les problématiques « psychologisantes » et préférait se centrer sur des interrogations formelles de nature politique, psychanalytique ou structuraliste, en privilégiant respectivement le collectif sur l’individu, l’inconscient sur le conscient et  la totalité par rapport aux parties.
On assiste aujourd’hui à la sortie de l’art de ce moment formaliste et au développement des disciplines scientifiques ayant les émotions pour objet. L’étude des liens complexes et variés que les arts entretiennent avec les affects se nourrissent de la contribution des sciences cognitives et des théories psychologiques ou sociologiques de la réception et de la lecture.

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Poupées d’art et émotions

Les artistes en poupées insistent tous sur la motivation affective dans l’exercice de leur art et sur la passion qu’éprouvent les collectionneurs pour leurs poupées. Florilège de quelques témoignages de créateurs sur les rapports complexes entre création, inspiration et émotions.
Pour la célèbre artiste française Héloïse, l’achat d’une poupée d’art est en quelque sorte un investissement affectif. La poupée n’est pas un objet, elle est chargée d’une mission, elle incarne une émotion et accueille toutes les projections que cette émotion aura suscitées. « La plus belle réponse à cet art qui me porte est sans doute la vôtre, vous qui me faites part de l’émotion que mes poupées ont fait naître en vous », confesse-telle, « je suis personnellement très heureuse de m’inscrire dans ce grand courant de création de poupées contemporaines. Chacun y exprime avec force sa personnalité et sa différence ; chacun donne, offre quelque chose de plus que l’objet lui-même. Pourquoi ne pas dire que ce quelque chose, c’est de l’amour… ».
Laurence Ruet (photo de gauche ci-dessous) autre française, déclare : « je veux donner du caractère à mes poupées, mon but est d’arriver à transmettre de l’émotion… Je suis très sensible à des expressions comme la fragilité, la timidité, l’étonnement, la tendresse… ».
Écoutons la créatrice belge Anouk Le Mayeur : « pour faire des poupées, il faut de la patience et surtout de la persévérance. Sculpter un visage, des mains, des pieds un corps, ce n’est pas facile, il faut respecter la symétrie mais pas trop pour que l’ensemble soit vivant et suscite de l’émotion ».
La grande dame de la création russe de poupées Tatiana Baeva est « fascinée par le processus d’animation d’un morceau d’argile, bien que ce soit la partie la plus demandeuse en temps et en énergie de chaque projet. La peinture est également passionnante, car c’est là que l’apparence et -plus important- l’âme de chaque poupée sont créées ».
L’autre artiste russe Nataliya Lopusova-Tomskaya confie : « tandis que les étoffes et la conception de vêtements m’animent, j’entraîne toutes les nuances de couleurs vers une harmonieuse unité avec effort et émotion. Faire des poupées, c’est à parts égales de l’amour et du stress. Mes poupées me sont chères, je les travaille et les modifie jusqu’à en tomber amoureuse ».
Heather Maciak, canadienne, trouve « difficile de mettre des mots sur le sentiment de satisfaction qui vient lorsqu’on prend un morceau d’argile pour en créer l’image d’un enfant. C’est un défi sans fin, souvent exaltant et parfois frustrant, mais la récompense est indescriptible ! ».
L’étoile montante des artistes en poupées canadiens Patrick Bouchard témoigne : « sculpter un visage n’est jamais facile mais quand l’objectif est de partager une émotion c’est encore plus difficile. À un moment donné, je dois mettre de côté mes tentatives de réalisme, pour me concentrer sur l’émotion du personnage ».
La japonaise Miura Etsuko explique son rapport ambigu à ses créations : « même si j’en fabrique, je ne possède pas ce que les japonais nomment le ‘ningyō ai’, l’amour des poupées. En fait, le visage ne m’intéresse pas vraiment, je préfère fabriquer le corps et inventer des formes ».
Annie Wahl, américaine, dit des personnes qui l’inspirent pour ses poupées qu’elles sont « très très vieilles, mais très mignonnes. Je crois que c’est mon amour et ma dévotion envers les personnes âgées qui ont influencé ma vie. De toute façon, je les trouve plus intéressantes ».
Henry et Zofia Zawieruszynski, couple de polonais installé aux États-Unis, s’accordent à dire que leurs BJD « ont été passionnantes à concevoir, et nous comprenons pourquoi les collectionneurs aiment les avoir et ‘jouer’ avec elles ».
L’autre américaine Akira Blount affirme : « aussi engagée que je puisse être dans les nouvelles techniques de fabrication, je n’oublie ni les fondamentaux du métier ni l’émotion et le plaisir de l’enfant intérieur que les poupées m’inspirent ».
Marilyn Bolden (photo du centre ci-dessous), originaire des États-Unis, fait des poupées « parce que les gens en tirent tant de plaisir. Les collectionneurs les aiment avec une telle passion. On ne peut pas en dire autant des autres formes d’art ».
Avant de commencer un nouveau projet, l’américaine Nancy Latham « étudie de vieilles photographies, les yeux et les expressions des enfants. Je tombe amoureuse de l’enfant avant de réaliser son portrait. Quand les collectionneurs regardent et tiennent une de mes poupées, je veux qu’ils éprouvent la même émotion ».
L’auteure et productrice de contenus internet et télévisuels canadienne Marie-Claude Dupont (photo de droite ci-dessous) est aussi peintre et créatrice de poupées et marionnettes à fils, en marge de ses activités professionnelles. Elle donne sa définition de la poupée d’art contemporaine : « elle se distingue de la poupée jouet ou de la poupée en série par la recherche de sens. Qu’elle soit la représentation en miniature d’un humain ou d’un personnage fictif ou fantaisiste, la poupée d,art ou d’artiste, au-delà de la forme, se doit de posséder une âme. En d’autres termes, une poupée d’art contemporaine est une oeuvre d’art unique qui revendique son existence et ce, quel que soit le médium d’expression utilisé ou le sujet dépeint. Elle peut susciter des émotions intenses ou même provoquer des réactions violentes, comme on le constate chez les poupées dépeignant des réalités sociales, la mort ou la douleur. Le résultat demeure le même : au-delà de la contribution même de l’artiste, la poupée existe par elle-même. Et le fait d’appartenir à un univers tridimensionnel ajoute à cette réalité ».


         © Laurence Ruet           © Dear Little Dollies   © Marie-Claude Dupont

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La transgression dans l’art contemporain

La transgression, démarche visant à indigner ou violer les conventions sociales ou les sensibilités individuelles, ou tel résultat provoqué par une œuvre, n’est pas un phénomène nouveau dans l’art. Souvenons-nous de « Olympia » d’Édouard Manet, peinture représentant une femme qui se montre volontairement nue et fixe du regard le spectateur. Mais ce phénomène se systématise avec l’art contemporain.
Selon la sociologue française Nathalie Heinich, les œuvres d’art contemporain ont comme caractéristique de transgresser les frontières de ce qui, pour le sens commun, est considéré comme de l’art. Mais le philosophe français Yves Michaud diagnostique la fin de la transgression à la fin des années 1970, avec les derniers mouvements d’avant-garde, comme le body art ou l’art conceptuel : « Nous continuons à croire que l’art doit viser la transgression, mais en réalité, aujourd’hui, celle-ci ne va pas très loin : il s’agit d’une audace ritualisée et encadrée » analyse-t’il, « pour deux raisons : la première tient au fait que toutes les voies ont été explorées… la deuxième tient aux cadres légaux, qui sont largement reconnus et acceptés. Il est désormais totalement interdit de montrer des enfants nus ou des animaux maltraités ».

La transgression dans les poupées d’art contemporaines

Quoi qu’il en soit, l’indignation, le malaise, voire le dégoût éprouvé par les spectateurs d’œuvres d’art contemporain ont encore de beaux jours devant eux. Dans le livre « Poupées et tabous : le double jeu de l’artiste contemporain », catalogue de l’exposition éponyme à la maison de la culture de Namur (Belgique) en 2016, Isabelle de Longrée constate : « il semble que les artistes d’une modernité qui a rompu définitivement avec le concept d’imitation dirigent plus volontiers leur propos vers les grands débats qui agitent la société depuis les cent dernières années : perversions sexuelles, essor de la chirurgie esthétique, clonage, multiculturalisme, identités transgenres, reconfiguration de la famille traditionnelle,… ». Les nombreux créateurs exposés témoignent de la présence récurrente de la poupée dans le champ de l’art contemporain : Alice Anderson, Arman, Hans Bellmer, Marianne Berenhaut, Pascal Bernier, Dinos et Jake Chapman, Niki de Saint Phalle, Melissa Ichiuji, Mariette, Pierre Molinier, Michel Nedjar, Olivier Rebufa, Cindy Sherman, Pascale Marthine Tayou.
Venus du Japon, trois artistes contemporains illustrent la transgression à l’œuvre dans le domaine des poupées d’art : Simon Yotsuya, Ryoichi Yoshida et Miura Etsuko.

Poupées et caractérisation

Pour l’observateur superficiel, la poupée n’est qu’une jolie représentation de la forme humaine, une interprétation idéaliste approchant parfois l’angélisme. En réalité, à travers son histoire, la poupée de caractère traduit toutes les humeurs et émotions humaines imaginables, une évocation de moments heureux ou poignants, de la malice ou de l’innocence,  de la colère, de l’angoisse, de la tristesse, de l’effroi, de la stupéfaction,…
Bien qu’influencée par les agitations esthétiques de son temps, la poupée de caractère se tient à l’écart de son époque, intemporelle et universelle. Ce phénomène de caractérisation produit une intimité entre la poupée et son ou sa propriétaire, un sentiment de communion presque humain. Le livre « As if they might speak » (Comme si elles pouvaient parler) de l’artiste Dewees Cochran, publié en 1979, est un vibrant témoignage sur ce sentiment.
La caractérisation des poupées a toujours été une alternance d’intentionnalités et de hasards, avec dans chaque situation la présence d’impératifs commerciaux. À l’analyse historique de Forence Theriault « Les six époques de la poupée d’art de 1870 à 1935 »  présentée plus haut correspond une analyse des époques de caractérisation des poupées durant la même période.

  • L’âge d’or des poupées françaises (1870-1899) peut être décrite par la formule « le caractère comme idéal ». En dépit du sacrifice du réalisme à la poursuite de la perfection, la caractérisation est présente, bien que souvent de manière inconsciente, et jaillit littéralement. Le maintien, la décoration des poupées, les détails ajoutés dans leurs yeux, leur coiffure ou leur tenue vestimentaire, se combinent pour composer un ensemble impressionnant de dames élégantes, jeunes femmes sensuelles ou timides, enfants candides ou sévères.
  • La phase préliminaire au mouvement d’art de Munich (1880-1905) peut être dépeinte comme celle du « caractère non reconnu ». Une thèse communément admise place la naissance au début du XXe siècle de la caractérisation des poupées d’art allemandes. Une étude sérieuse des modèles produits, ainsi qu’une bonne connaissance de l’histoire des poupées allemandes, contredisent cette théorie. Une intense expression de l’humeur est évidente dès 1880 sur des poupées fabriquées par Kestner (photo de gauche ci-dessous), Kuhnlenz, Bahr & Proschild ou encore Simon & Halbig. Toutefois, des visages boudeurs voisinent avec des portraits idéalisés : les fabricants allemands paraissent tiraillés entre ces poupées de caractère et les poupées idéales produites par les fournisseurs français. Le « caractère non reconnu » ne connaît pas de déclin : il trouve sa vitesse de croisière et prospère jusqu’à se fondre dans  le mouvement de réforme de l’art.
  • « Le caractère comme concept » est la désignation qui convient au mouvement allemand de réforme de l’art (1905-1915), dont l’époque constitue l’apogée historique de la poupée de caractère. Les fabricants répondent à la demande de poupées semblables aux « enfants des rues », et une pléthore de modèles de caractère extraordinaires est produite en une remarquable décennie. Boudeuses, pensives, mélancoliques ou rieuses et espiègles, les poupées ont de la personnalité. Le mouvement inclut aussi des portraits d’adultes, tandis que la multiculturalité est prise en compte avec un modelage spécifique fidèle à la réalité plutôt que par de simples modifications de la couleur de peau, des vêtements ou des accessoires. L’époque voit également l’introduction d’un article sans précédent : une poupée commerciale signée par un artiste célèbre. La première guerre mondiale et le climat économique précipitent la chute de la poupée d’art de caractère. Bien que la production de quelques modèles populaires ait continué dans les années 1920, aucun nouveau modèle n’a pratiquement été lancé après 1915. On ne peut pas pour autant considérer que le mouvement se soit interrompu. Il s’est plutôt dissout et reformé dans celui des poupées de caractère modifiées des années 1920.
  • Les poupées du mouvement français au début du XXe siècle sont le mieux évoquées par le terme de « caractère popularisé ». Jusqu’à la fondation de la SFBJ en 1899, les efforts pour affronter avantageusement la concurrence allemande ne comprennent pas l’introduction de modèles de caractère, à l’exception de la série 200 de Jumeau (photo du centre ci-dessous). C’est pourquoi l’offre rapide de poupées de caractères dès 1899 est si extraordinaire : comme leurs cousines allemandes, elles rient, font la moue, ont l’air soucieux ou pensif, mais avec ce style inimitable qui les distingue. Une nouveauté importante pour les poupées du mouvement français : les modèles signés par des sculpteurs renommés. Comme pour le mouvement allemand, l’élan du mouvement français est de courte durée. Bien que la production de quelques uns des modèles les plus populaires commercialement ait continué jusqu’aux années 1930, il est probable qu’aucun nouveau modèle n’ait été produit après 1915.
  • Le terme « caractère en évolution » spécifie précisément les poupées du mouvement post-réforme allemand (1916-1925). La conception de nouveaux modèles par des artistes américaines réputées, née avec la poupée Kewpie de Rose O’Neill pendant le mouvement allemand de réforme de l’art puis plus tard dans le mouvement français, réapparaît avec des artistes français comme Albert Marque, Francisque Poulbot et Jeanne Van Rozen. Cependant, le concept est maintenant bien rôdé, et durant les années 1920 est présentée une pléthore de nouveaux modèles exceptionnels, chacun conçu et protégé au niveau du droit d’auteur par une artiste dont le nom est inscrit sur la poupée. La plupart de ces artistes sont américaines : Grace PutnamGeorgene Averill, Jeanne Orsini, Helen Jensen (photo de droite ci-dessous), pour ne citer qu’elles. Le succès commercial du concept est un fondement important de l’expansion de l’industrie américaine de la poupée. Bien que le marché international des poupées allemandes ait décliné après 1930, la production de poupées de caractère a continué en volume réduit.
  • Durant l’époque des poupées portraits américaines (1925-1935), la poupée de caractère, décrite par l’expression « caractère comme personnalité », obtient un statut de célébrité. Bien que l’industrie américaine de la poupée ait trouvé sa vitesse de croisière après la première guerre mondiale, elle n’atteindra une assise internationale qu’à la fin des années 1920. Ceci grâce à un nouveau phénomène particulièrement présent aux États-Unis, la poupée de célébrité sous licence. C’est la popularité du modèle qui assure le succès commercial de ces poupées. Toutefois, les concepteurs les plus avisés dépassent cette particularité pour illustrer des thèmes universels au moyen de poupées qui restent appréciées dans les mémoires bien après l’oubli de la célébrité de départ. Ce phénomène n’a jamais périclité. Tout au long des XXe et XXIe siècles, il stimule  l’industrie américaine de la poupée. Ses réalisations variées reflètent l’histoire : par exemple, des portraits de héros militaires tels que le général MacArthur sont créés.


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Poupées d’art et poupées OOAK

L’expression OOAK (One-Of-A-Kind) revient souvent lorsqu’on traite du domaine des poupées d’art. Que recouvre-t’elle exactement ? littéralement, elle signifie « unique en son genre », par opposition aux séries limitées et à la production industrielle. Souvent présenté comme un signe de qualité, le label OOAK revêt une importance particulière pour les créateurs de poupées et pour les collectionneurs. Il garantit en principe que la poupée est conçue, sculptée, peinte, assemblée, costumée et finie par l’artiste lui-même, et qu’elle ne sera pas reproduite. Les poupées personnalisées à partir de modèles commerciaux comme Barbie ou Gene Marshall appartiennent également à cette catégorie.
L’artiste Karen Scofield introduit la notion de sculpture pure : l’artiste sculpte à la main et au moyen d’outils une forme dans l’argile brute ou tout autre matériau de modelage, sans avoir recours à un moule commercial. Elle apporte ensuite sa définition d’une poupée d’art OOAK en sculpture pure : c’est une poupée originale conçue et fabriquée par l’artiste sans utiliser de modèle, de moule commercial ou de parties de poupées commerciales. Elle est constituée d’un matériau unique ou d’une combinaison de matériaux (technique mixte) et n’est ni un reborn ni une poupée repeinte, ni une poupée modifiée.
Mais toutes les poupées d’art ne sont pas OOAK, loin de là. La plupart des artistes produisent des poupées numérotées en édition limitée de taille variable allant de quelques exemplaires à plusieurs centaines d’exemplaires. Le public non averti, jugeant que l’unicité ou l’édition très limitée est un gage de valeur, a tendance à orienter sa demande vers ce type d’œuvre. La célèbre créatrice française de poupées en résine en éditions limitées Héloïse fait à ce propos une mise au point essentielle : le fait qu’une poupée soit une pièce unique ne lui accorde aucune valeur supplémentaire, seule la qualité de la sculpture est importante. Beaucoup de collectionneurs sont dans la confusion avec cette notion ambiguë et trompeuse de pièce unique : une belle sculpture en édition limitée réussie, réalisée par un artiste réputé, a plus de valeur qu’une « pièce unique » médiocre. La référence, c’est de ne pas tricher sur la numérotation.

Ce qu’en disent les artistes

Les créateurs ont bien évidemment leur propre discours sur la pratique de leur art. À cet égard, on trouvera de très nombreuses déclarations dans les portraits de l’index des artistes situé en barre latérale droite de ce site. Nous essaierons de dégager ici les idées majoritaires exprimées  par les artistes en poupées.
Beaucoup s’accordent à dire que l’attrait principal de leur activité réside dans la multitude de compétences nécessaires à la fabrication d’une poupée d’art : dessin, sculpture, moulage, peinture, stylisme, couture, bijouterie, coiffure, fabrication de perruques,…
Cette spécificité stimulante est mise en avant par l’artiste russe Marina Bychkova : « la raison pour laquelle j’adore faire des poupées est la multidisciplinarité de cet art. Je ne me contente pas de travailler avec une seule technique telle que la peinture ou la sculpture, et les poupées m’offrent une expérience tactile variée et satisfaisante. Pour créer une poupée, je dois combiner sculpture, design industriel, peinture, gravure, fabrication de moules, dessin, ferronnerie, mode et bijouterie. Je veux tout ou rien !  »
C’est aussi l’avis de la créatrice américaine Jamie Lynn Williamson (photo de gauche ci-dessous) : « au fil des années, j’ai aimé de nombreuses formes d’expression créatrices -peinture, couture, dessin- . Les poupées m’ont donné l’occasion d’utiliser tous mes talents artistiques pour créer une forme d’art qui paraît presque vivante ».
Helen Kish, autre créatrice américaine, renchérit : « il n’y a pas d’autre forme de description de la figure humaine qui réunisse tout ce que j’aime faire, à part la création de poupées. Tissu, peinture, sculpture et conception générale, même un peu d’ingénierie. Tout ça est dans une poupée d’artiste ».
Beaucoup débutent avec un savoir-faire dans une seule discipline, puis acquièrent les autres compétences nécessaires, souvent après de fastidieux processus d’essais et erreurs.
C’est le cas de l’américaine Maggie Iacono, artiste en poupées de tissu, qui entre dans cet univers « à travers l’amour de la couture. J’ai appris à faire mes habits dès l’âge de neuf ans. J’étais dans le mouvement de jeunesse 4-H jusqu’au lycée. Dans ce club, j’ai aimé créer des vêtements, et j’ai eu une excellente professeure de couture, qui n’était autre que ma mère. Coudre des poupées en tissu et leurs vêtements était une suite très logique. Je suis devenue progressivement frustrée par les poupées en deux dimensions à visage plat que j’avais faites, et commençais à chercher quelque chose de plus réaliste. Après des années d’essais et d’expérimentations, je suis arrivée à la technique que j’utilise aujourd’hui. Je pense avoir débuté comme artisan et être lentement devenue une artiste. C’est la trajectoire inverse de celle de la plupart des artistes. Ils s’engagent avec des connaissances en dessin, peinture ou sculpture. Ces pratiques, j’ai dû les acquérir depuis que je me suis lancée dans la fabrication de poupées ».
Une autre artiste américaine en poupées de tissu, Antonette Cely, embrasse la fabrication de poupées  après une carrière de créatrice de costumes et de maquilleuse pour le cinéma, le théâtre et la télévision. « Je pense que c’était une progression naturelle pour moi », dit-elle. Lorsqu’elle quitte New York, elle est contrainte de trouver du travail en dehors de ces milieux. « Les poupées ont été ma réponse. J’utilisais les mêmes compétences, à l’échelle réduite. J’avais la possibilité de continuer à faire ce que j’avais toujours fait, seulement là je n’avais pas besoin de théâtre ou de société de production. Je suis devenue la productrice, la réalisatrice et la régisseuse de plateau ainsi que la directrice artistique. C’est génial, et j’aime vraiment cette liberté ».
Sur le rôle des femmes dans le milieu de la poupée d’art, l’artiste britannique Carole Piper (photo du centre ci-dessous) analyse : « Il y a tant de talents dans le monde de la fabrication de poupées. Je ne suis pas féministe, mais je me demande souvent si une femme aurait pu prendre la place de Michel-Ange si nous n’avions pas été occupées à faire la vaisselle et nettoyer le bébé ».
Originaire des États-Unis, Elinor Peace Bailey fabrique des poupées en tissu. Elle va plus loin : « pendant longtemps, la poupée d’art n’a pas existé en raison de l’absence de temps libre et de la répression de l’art chez les femmes. Vous y pensez ? en histoire de l’art, combien de femmes artistes ou compositrices sont étudiées ? l’art des poupées est toujours stigmatisé à cause de l’inconsidération des femmes et des enfants ».
Cette stigmatisation provient aussi du milieu artistique lui-même, comme le discute Christine Adams (photo de droite ci-dessous), créatrice britannique : « les artistes en poupées peuvent bien être regardés de haut par le monde de l’Art, il n’empêche que la fabrication de poupées requiert des compétences de très haut niveau en sculpture, peinture, confection et travail manuel. Le problème est que les collectionneurs ne sont pas toujours au fait des critères esthétiques, et ne veulent pas nécessairement une œuvre d’art. L’artiste en poupées sera mieux reconnu quand ce métier sera plus répandu ».


                                                    © TheSaleRoom                   © Proxibid

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Le commerce des poupées d’art

Le plus grand changement dans le monde des poupées de collection est l’explosion du nombre d’artistes qui font des pièces OOAK. Au début des années 1980, les poupées OOAK étaient rares. Même au commencement des années 1990, seule une poignée de créateurs ne produisaient que ce type de poupée. Aujourd’hui, en revanche, la plupart des artistes fabriquent au moins quelques poupées OOAK, et nombre d’entre eux ne font que ça. Il y a plusieurs explications à cette tendance.
La première est la reconnaissance partielle de la création de poupées comme un des Beaux-Arts. Au milieu des années 1990, les poupées apparaissent plus fréquemment dans les galeries d’art. En fait, les artistes eux-même commencent à organiser des expositions publiques prestigieuses de leurs œuvres et de celles de leurs pairs. Ils créent à ces occasions des poupées spéciales, en repoussant souvent les limites de la notion de poupée. Les publications spécialisées dans les poupées de collection accordent une place croissante aux conceptions OOAK et à leurs créateurs, leur donnant ainsi une couverture internationale et une plus grande légitimité.
La deuxième explication est l’attention accrue à cette nouvelle forme d’art de la part de collectionneurs très en vue d’œuvres originales, au premier rang desquels l’actrice Demi Moore et le promoteur de la forme physique Richard Simmons, tous deux citoyens américains. Non seulement ils attirent l’attention sur les poupées d’art, étendant ainsi son marché, mais ils investissent en personne des dizaines de milliers de dollars dans l’achat de poupées d’artiste. Leur richesse permet à des artistes de premier plan d’imposer des prix habituellement réservés aux objets d’art pour leurs poupées OOAK. Les artistes admirés par nos deux collectionneurs profitent de leur soutien financier pour se livrer à des expérimentations supplémentaires. Savoir que des collectionneurs fortunés sont sérieusement intéressés par leur travail donne à ces artistes une plus grande liberté pour se lancer de nouveaux défis.
La troisième explication est la contribution active de grands fabricants et de chaînes de télévision spécialisées dans le téléachat et dans le commerce en ligne à l’essor des poupées OOAK et de leurs créateurs, phénomène observé surtout aux États-Unis. Quand des sociétés telles que les Ashton-Drake Galleries, Seymour Mann, The Franklin Mint, The Danbury Mint, Sigikid, Ganz ou Götz travaillent avec des artistes pour reproduire en porcelaine ou en vinyl leurs créations, il sont libérés des problèmes posés par les aspects industriels et commerciaux de la production de poupées. Cette liberté, ajoutée à la sécurité d’un revenu garanti par la vente des poupées produites en série, permet aux artistes de faire ce que la plupart d’entre eux préfèrent : concevoir et sculpter. C’est aussi vrai lorsque des artistes en poupées travaillent avec les compagnies QVC ou HSN. Plutôt que de faire concurrence à ces entreprises, la plupart des artistes qui conçoivent pour elles des poupées peuvent alors produire leurs propres modèles dans des matériaux différents, sortir des éditions très limitées ou seulement des pièces OOAK.

Les définitions des associations
Définitions communes

Il n’existe pas de définitions normalisées relatives à la poupée d’art. Cependant, il y a quelques années, trois associations professionnelles, l’ODACA (Original Doll Artist Council of America), le NIADA (National Institute of American Doll Artists) et la BDA (British Doll Artists Association, qui a cessé son activité) adoptaient conjointement un glossaire de termes à l’usage de leurs membres. Parmi les définitions, un certain nombre, reproduites ci-après, concernent les poupées d’art. Mentionnons tout de même que ce glossaire est absent des sites officiels de ces trois associations, pour des raisons que nous ignorons.

  • Artiste -Concepteur : personne qui s’empare d’une idée et la transforme en poupée tridimensionnelle au moyen de ses mains pour sculpter ou réarranger des matériaux bruts
  • Artiste fantôme : artiste à qui une société a commandé la création d’une poupée tridimensionnelle à partir d’une peinture ou d’une illustration originale faite par un graphiste. Ce dernier n’exécute aucune transformation pratique de l’idée en poupée. L’artiste fantôme bénéficie rarement d’une reconnaissance pour cette exécution qu’il mène à bien. La société devrait aviser l’acheteur ou le collectionneur que sa poupée a été « inspirée par le » ou « conçue à partir du » travail artistique original d’un graphiste. Les artistes fantômes sont généralement réputés pour leur travail original.
  • Édition à tenue OOAK (One-Of-A-Kind) : édidtion limitée dans laquelle chaque poupée est finie avec une tenue vestimentaire différente. La coupe de cheveux et la couleur des yeux peuvent aussi être différentes.
  • Édition d’atelier d’artiste : l’artiste possède le contrôle sur la production et sur sa qualité, mais tout le travail est assuré par son équipe. Les tailles d’édition peuvent varier de quelques unités à plusieurs centaines.
  • Édition limitée : lorsqu’une conception ou un prototype original est utilisé pour fabriquer des moules et que des poupées identiques sont reproduites à partir des moules en un nombre prédéterminé, le groupe de poupées résultant est appelé une édition limitée. La quantité produite est annoncée au moment de l’introduction de la poupée. Les moules sont cassés à l’achèvement du nombre de poupées spécifié pour l’édition, afin de garantir leur rareté.
  • Édition limitée d’artiste : si l’artiste est aidé pour la construction (coulage, nettoyage, fabrication des vêtements) de poupées faites à partir de ses moules originaux, mais effectue la majorité du travail, en conservant le contrôle total sur la conception et l’exécution, les poupées résultantes constituent une édition limitée d’artiste. Ce type d’édition comporte habituellement un faible nombre de poupées pouvant être signées ou non.
  • Édition signée par l’artiste : si la conception ou le prototype original est utilisé pour fabriquer un moule et que des poupées identiques sont reproduites à partir de ce moule par l’artiste lui-même, les poupées résultantes sont appelées « édition signée par l’artiste ». De telles éditions sont habituellement produites en très petits nombres de poupées faites entièrement à la main par l’artiste. Elles devraient porter la signature ou la marque de l’artiste, ainsi que leur nom, leur numéro d’ordre dans l’édition et leur date de fabrication.
  • Idée : point de départ de la création de toute poupée. L’idée peut être inspirée par une histoire, une illustration, une expérience de vie de l’artiste, ou ce peut être un concept donné à l’artiste par un individu ou bien un fabricant, qui commandent une pièce spécifique
  • Poupée d’art/d’artiste : objet d’art plutôt que jouet d’enfant , créé dans une large variété de styles et de matériaux, qui peut inclure des parties préfabriquées ou constituer un travail complètement original
  • Poupée OOAK (One-Of-A-Kind) : lorsque la poupée originale (ou première poupée) est sculptée, assemblée, costumée et terminée par l’artiste, et que cette poupée n’est jamais réalisée de nouveau, on l’appelle poupée one-of-a-kind (littéralement « unique en son genre »). Les poupées OOAK sont presque toujours entièrement conçues et faites à la main par l’artiste créateur.
  • Poupée originale ou première poupée : objet fabriqué par un(e) artiste qui prend un bloc d’argile, un morceau de bois, une pièce de tissu ou un autre matériau brut et le réarrange dans une forme de poupée qui reflète une idée ou un concept particulier. Le travail des mains et de l’esprit de l’artiste, la nature individuelle de l’approche par l’artiste du processus technique et le fait que ce portrait particulier n’a jamais été vu auparavant dans une réalité tridimensionnelle font du travail résultant la première poupée ou la poupée originale.
  • Poupée reborn OOAK (One-Of-A-Kind) : la poupée, produite en usine, commence avec une idée ou un concept. L’artiste ou le hobbyiste travaille sur cette idée pour la transformer en poupée de collection qui parle aux émotions humaines d’une façon particulière. Une fois achevé le travail de reborning, la poupée reborn, qui ne convient plus aux jeux d’enfant, est considérée comme un ouvrage unique de créativité.
  • Production de poupées d’art : production qui demande une large gamme de compétences et de technologies, incluant la sculpture, la peinture et la fabrication de vêtements. Les produits sont des objets souvent faits de matériaux multiples tels que tissu, paperclay, argile polymère, cire, bois, porcelaine, cheveux naturels ou synthétiques, fil, laine et feutre. En tant qu’œuvres d’art, les poupées d’art peuvent prendre des semaines ou des mois pour achever leur réalisation.
  • Prototype de conception : si la poupée originale (ou première poupée) est utilisée à des fins de reproduction, elle devient un prototype de conception. Un tel prototype est utilisable par l’artiste créateur pour la production de ses propres éditions ou vendable à une société à des fins de reproduction commerciale.
  • Série limitée originale d’artiste : série de poupées OOAK individuelles faites à la main par l’artiste créateur et qui forme une « famille » ou un groupe apparenté en raison d’une similitude partagée de caractères, de thèmes ou de tenues vestimentaires. Les poupées d’une telle série peuvent apparaître très similaires. Cependant, comme chacune est sculptée et construite individuellement sans moule par l’artiste, elles sont essentiellement des poupées OOAK originales.
  • Valeur : les poupées d’art peuvent valoir des milliers de dollars ; des publications présentant des artistes établis et émergents soutiennent la collection, tandis que des associations d’artistes comme le NIADA promeuvent la forme artistique.

Signalons un intéressant diagramme des relations (en anglais) entre ces notions.

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Définitions propres

L’ODACA précise de plus qu’il exclut pour les poupées d’art l’usage de moules commerciaux : « tout ouvrage exécuté à partir de moules du commerce, même si le hobbyiste apporte des modifications substantielles, devrait porter des marques originales suivies de l’inscription « reproduit par .(nom ou initiales de l’artisan). ». Procéder autrement peut constituer une violation du droit d’auteur du créateur. Des fabricants qui vendraient un ouvrage fait à partir de moules d’autres personnes comme leur propre ouvrage original s’exposeraient à des poursuites pour contrefaçon ».
Le NIADA proscrit l’usage de parties et moules commerciaux pour les poupées faites par ses artistes membres : « un artiste du NIADA qui utilise des moules pour créer ses poupées est supposé réaliser lui-même ces moules, ou les faire réaliser par un fabricant de moules à partir d’une sculpture faite par l’artiste. Aucun moule commercial ni aucune reproduction d’un tel moule ne peut être utilisé ».
L’IADR (International Art Doll Registry), base de données d’artistes en poupées et de leurs créations, écrit à propos des poupées d’art : « nous acceptons des poupées d’art figuratives faites en argile polymère, des poupées en tissu avec des éléments sculptés originaux, des argiles séchant à l’air ambiant telles que le paperclay, et aussi des pièces faites à partir d’Epoxy Sculpt ou d’Apoxie Sculpt (marque Aves). Nous n’enregistrons pas de poupées préfabriquées comme les reborn ou les poupées mannequins repeintes ».

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Sources de l’article
Digiprove sealCopyright secured by Digiprove © 2020 Patrick Fédida

Les poupées les plus chères au Monde

Introduction

Dans l’édition 2019 de son enquête annuelle sur les milliardaires, intitulée « Billionaire census 2019 », la société américaine de conseil Wealth-X révèle que la collection d’œuvres d’art est le quatrième hobby préféré des détenteurs d’un patrimoine supérieur à cinq milliards de dollars, avec 35,8 % de pratiquants, derrière la philantropie, le sport et les voyages en avion. Plus près de nous et de nos bourses limitées, la société américaine spécialisée dans l’aménagement des espaces de vie CompactAppliance  constate que les poupées et jouets figurent parmi les cinq objets de collection les plus populaires, avec les timbres, les pièces de monnaie, les cartes de collection et les bandes dessinées.
Quels que soient ces objets et la motivation de notre ferveur collectrice, passion, intérêt financier ou autre, il est certain que ce hobby nécessite généralement un budget non négligeable. Heureusement, en ce qui concerne les poupées, entre le modèle de chiffon à 30 € déniché dans un salon ou une brocante et la poupée Eloise de Madame Alexander, décorée de cristaux Swarovski et de diamants de neuf carats estimée à 5 millions de dollars, en passant par la poupée d’Albert Marque adjugée à 150 000$ dans une vente aux enchères en 2011 (photo ci-dessous), ou la poupée d’artiste Amber Moon, série limitée de la créatrice Lorella Falconi vendue 940 €, il y en a pour toutes les bourses.


                                                  © LiveAuctioneers

Pour ceux qui disposent de moyens conséquents ou pour les simples curieux, voici une sélection de 22 poupées valant de quelques centaines d’euros à plusieurs millions d’euros, présentées par ordre de prix croissant, sous la forme d’un dialogue entre poupées anciennes et Barbie classiques ou de créateurs, trois catégories naturellement onéreuses. Certaines d’entre elles ayant fait l’objet de donations à des musées, vous pouvez donc ranger votre portefeuille !

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Des poupées encore abordables

Commençons par les célèbres Kewpies créés par Rose O’Neill. Des modèles de 16,5 cm tout en biscuit datant des années 1910, constitués d’un bloc tête-torse-jambes avec bras articulés aux épaules et des yeux déviants peints, en parfait état de conservation, sont estimés dans une fourchette de 200 à 300 $. Fabriqués à l’origine par Borgfeldt, puis par Joseph Kallus et par Jesco dans les années 1980, ils sont très demandés par les collectionneurs malgré le grand nombre d’exemplaires présents sur le marché. Notons que des Kewpies en parfait état de conservation, dans des poses d’action ou dans des vêtements moulés, plus rares, ont atteint plusieurs milliers de dollars lors de ventes aux enchères.
La Queen Elizabeth I Barbie, très populaire dernière monarque de la dynastie des Tudor, fait partie de la série « Women of Royalty ». Sortie en 2004, elle porte, à l’instar de de son modèle, une robe somptueuse, des bijoux raffinés et un diadème en or, et arbore son front haut et son teint pâle (photo de gauche ci-dessous). Dans le courant de l’année 2019, deux exemplaires étaient proposés sur Amazon à 500 $.
Cette beauté au bain allemande en biscuit  de 7,5 cm assise (photo de droite ci-dessous) a été réalisée aux environs de 1920. Les traits du visage peints, elle porte une perruque en mohair brune. La tenue, d’origine, est inspirée du style des harems turcs des années 1930, avec un turban vert et des boucles d’oreilles ornées de perles. Sa valeur en parfait état de conservation, comprise entre 500 et 700 $, est supérieure en présence d’accessoires tels qu’un miroir ou un perroquet.


                       © Mattel                                          © The Spruce Crafts

Entre 1 000 et 3 000 $

Retour à la star de chez Mattel avec la Midnight Tuxedo Barbie. D’une élégance intemporelle, elle s’affirme avec audace dans sa robe traînante noire brillante sans manches à revers satinés et boutons argentés, assortie d’une étole en fausse fourrure et d’un sac à main en satin noirs (photo de gauche ci-dessous). Cette poupée produite en 2001 dans la collection « Official Barbie Collector Club Exclusives » (exclusivités officielles du club de collectionneurs Barbie), avec sa peinture de visage élaborée et son abondante chevelure brune tombant sur ses épaules, est estimée à 995 $.
Un nouveau saut dans le temps, et voici une poupée française en biscuit de Gaultier vêtue d’un joli ensemble en tissu ancien et fabriquée aux alentours de 1875 (photo de droite ci-dessous). Haute de 38 cm, elle est dotée d’une tête pivotante sur une plaque d’épaules bordée de chevreau et d’yeux bleus en verre incrustés avec cils peints et sourcils en plumes. Bouche fermée aux lèvres accentuées, oreilles percées et perruque en mohair blonde sur une calotte crânienne en liège, son corps d’origine en chevreau français avec articulations à soufflet aux coudes, hanches et genoux possède des doigts cousus séparément et se trouve en état de conservation quasi parfait. Elle a été vendue aux enchères 1 600 $ chez Proxibid.


                                    © Mattel                                             © Proxibid

Somptueusement signée par la styliste Monique Lhuillier, la Monique Lhuillier Bride Barbie doll (photo de gauche ci-dessous) produite en 2006 porte une robe de mariée à corset en dentelle de soie blanche et jupe plissée en tulle à coupe en A. Une ceinture en satin bleu avec broche florale en strass, aux extrémités brodées de fausses perles et décorées de paillettes argentées, souligne la taille. Une lingerie en dentelle et des jarretelles blanc cassé à ruban bleu complètent l’ensemble. Cette version « Platinum Label » (édition limitée à moins de 5 000 exemplaires) blonde aux yeux bleus, signées sur sa boîte par la styliste, est estimée à 1 600 $.
Un des trois premiers personnages de la ligne historique de poupées American Girl créée par Pleasant Rowland, sorti en 1986, Kirsten Larson (photo de droite ci-dessous) évoque la vie d’une émigrante suédoise qui s’installe avec sa famille dans le Minnesota au milieu du XIXe siècle. Retiré de la vente en 2010, son prix s’est envolé et continuera d’augmenter en raison de son appartenance à la première série de la ligne historique, avec Samantha Parkington et Molly McIntire. En bon état de conservation et accompagnée de ses accessoires (livres, capeline, sac en tissu brodé, cuillère en bois, collier avec pendentif en ambre), cette poupée peut atteindre 2 000 $.


                         © Mattel                                  © Everything But The House

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La Happy Holidays Barbie de 1988 est l’une des plus convoitées de la collection « Happy Holidays Series ». Habillée d’une robe longue en tulle rouge pailletée cintrée d’un nœud en satin blanc, ses longs cheveux blonds ornés d’un nœud argenté, elle est visiblement prête à faire la fête (photo de gauche ci-dessous). Habituellement estimée entre 550 et 750 $, cet exemplaire signé par Ruth Handler, la créatrice de Barbie en personne, est proposé à 3 000 $ sur eBay.
Les droits d’auteur sur les célèbre poupées de chiffon Raggedy Ann ayant été obtenus en 1915, elles sont aujourd’hui plus que centenaires. Bien que connues pour avoir les cheveux rouges, elles avaient à l’origine les cheveux bruns, caractéristique qui leur confère plus de valeur. Reconnaissables à leur cœur en carton que l’on peut sentir sous les vêtements, elles atteignent 3 000 $ dans les ventes aux enchères, aussi bien Raggedy Ann que son frère Raggedy Andy apparu en 1920. Vendues avec leurs livres et leurs accessoires, c’est toutefois la poupée elle-même qui détermine le prix.


                       © Mattel                                         © Ruby Lane

Entre 3 000 et 20 000 $

Puisant son inspiration dans la signature vestimentaire du célèbre styliste, la Karl Lagerfeld Barbie Doll, conçue par Robert Best et sortie en 2014, emprunte à la silhouette iconique une veste noire cintrée, une chemise d’homme blanche à col haut et poignets mousquetaire, une cravate en satin noir et un jean noir étroit. L’ensemble est complété par des accessoires : mitaines noires, lunettes de soleil, bottines noires et sac à main en cuir noir avec décorations métalliques argentées. Cette version « Platinum label » (édition limitée à 999 exemplaires) est estimée, dans sa boîte d’origine, à 6 000 $.
Ce bébé d’André Jean Thuillier de 38 cm datant de la fin du XIXe siècle possède une perruque en mohair et une calotte crânienne en liège d’origine. Il présente un corps articulé en bois et composition, une belle tête en biscuit pressé aux traits de visage finement peints, des yeux en verre de type « presse-papier », une bouche fermée et des oreilles percées. Le bébé porte une robe et un chapeau en soie, des sous-vêtements et des bas, le tout en tissus anciens, ainsi que des chaussures en cuir ancien avec rosette. Il a été adjugé à 8 000 $ aux enchères chez Apple Tree Auction Center.


                               © Mattel                                © Apple Tree Auction Center

La Pink Diamond Barbie (photo de gauche ci-dessous), créée par les stylistes David et Phillipe Blond en collaboration avec le responsable du design chez Mattel Bill Greening, fait son entrée au défilé des Blonds à la New York Fashion Week du printemps 2013. Sa robe bustier est couverte de petits diamants rose et fuchsia cousus à la main. Elle porte également un manteau traînant en fausse fourrure rose, une bague et des clous d’oreilles à diamant rose. Elle a été mise aux enchères à 15 000 $.
Produit aux environs de 1882, ce bébé Schmitt et fils (photo de droite ci-dessous) au corps d’origine signé possède une tête à rotule en biscuit en forme de poire aux joues bien remplies et des fesses plates permettant une bonne assise, caractéristiques de ce fabricant français. D’une taille de 58,5 cm, son visage arbore des yeux marron en verre incrustés de type « presse-papier », un eye-liner noir épais, un fard à paupières lavé de mauve, une bouche fermée suggérant des dents peintes à peine visibles entre des lèvres accentuées, des oreilles percées et une perruque blonde en mohair sur une calotte crânienne en liège. Son corps en composition et bois est doté de huit articulations sphéroïdes. Il porte une belle robe en soie et lin. Dans un très bon état de conservation, sans cheveu ni fêle, il est proposé sur eBay à 17 250 $.


                                      © Mattel                                                  © eBay

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Entre 20 000 et 200 000 $

La célèbre Original Barbie en maillot de bain zébré produite en 1959 (photo de gauche ci-dessous), aux lèvres rouges et eye-liner noir épais saisissants, était disponible en versions blonde ou brune. Il s’en est vendu cette année-là 350 000 exemplaires pour la modique somme de trois dollars chacun. Le site web « The Richest » affirme que le seul critère de reconnaissance d’une Barbie 1re édition est la présence de trous sous les pieds pour fixer la poupée sur son socle. La 2e édition sortie la même année tenait sans trous dans les pieds à l’aide d’un support. Un exemplaire de la 1re édition s’est vendu aux enchères à 27 450 $.
Les œuvres d’Izannah Walker, célèbre artiste pionnière de la seconde moitié du XIXe siècle détentrice d’un brevet de fabrication de poupées en tissu, sont aujourd’hui très recherchées par les musées et les collectionneurs. Ella (photo de droite ci-dessous) est une poupée de 46 cm aux traits et cheveux peints, avec deux boucles devant ses oreilles appliquées. Elle est dotée d’un corps en tissu et porte des chaussures peintes noires avec lacets. Dans la famille Pope depuis 1857 avec sa garde-robe d’origine, elle a été donnée à Elizabeth Coggenshall Pope à sa naissance cette année-là. Ella est vendue avec sa propre chaise marquée de l’année 1824 et sa garde-robe : un manteau, plusieurs robes, un tablier, une chemise de nuit, un jupon, des manchons, un chapeau, des chaussettes et des chaussures. Elle a été adjugée aux enchères en 2008 chez Withington Auction à 41 000 $.


                              © Mattel                                © Izannah Walker Chronicles

Pour fêter les 40 ans de Barbie en 1999, Mattel s’associe avec le célèbre joaillier De Beers pour habiller la très glamour De Beers 40th Anniversary Barbie (photo de gauche ci-dessous). Elle porte, outre une jupe longue en tissu fin, un haut de bikini en or et un châle mandarine assorti. Mais le plus important, c’est la ceinture : elle contient 160 véritables diamants De Beer. Une de ces rares poupées a été vendue aux enchères à 85 000 $.
Ce n’est pas à proprement parler une poupée, mais son histoire vaut la peine d’être contée : dans les semaines qui suivirent la tragédie du Titanic, Steiff créa 500 oursons en deuil noirs pour commémorer l’événement, réservés exclusivement au marché anglais. Réalisés dans cinq tailles différentes et exposés dans des magasins londoniens, ils furent quasiment liquidés du jour au lendemain. Ils sont aujourd’hui parmi les ours de collection les plus rares et recherchés du Monde. Parmi les 82 oursons de 51 cm produits, un exemplaire avec son bouton métallique dans l’oreille gauche et son étiquette intacts a été adjugé 136 000 $ dans une vente aux enchères chez Christie’s en 2000, pour le compte du Puppenhaus Museum de Bâle (Suisse).


                          © Mattel                                     © Old Teddy Bear Shop

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Entre 200 000 et 400 000 $

L’élégante blonde platine Stefano Canturi Barbie, avec sa haute queue de cheval et sa frange, habillée d’une robe courte noire sans bretelles, est la plus chère des Barbie jamais vendues (photo de gauche ci-dessous). Engagé par Mattel pour lancer la collection « Barbie Basics » en Australie, le concepteur de bijoux australien Stefano Canturi a créé en 2010 le collier de diamants roses en taille émeraude d’un carat chacun et de diamants blancs de trois carats de cette édition spéciale de poupée, réalisée au profit de la fondation américaine pour la recherche sur le cancer du poumon (Breast Cancer Research Foundation). Il a fallu six mois à Stefano Canturi pour créer la poupée et fabriquer le collier, d’une valeur de 300 000 $. La poupée a été adjugée aux enchères chez Christie’s à New York pour 302 500 $.
Il n’y a pas d’autre exemplaire connu de cette rare poupée de caractère Kämmer & Reinhardt représentant une petite fille au début des années 1900(photo de droite ci-dessous). Elle a des cheveux auburn tressés et des yeux bleu gris assortis à sa ceinture et aux décorations de sa robe en dentelle blanche à manches longues. Elle porte également un chapeau de paille, des bas et des chaussures blanches. En raison de ses oreilles percées et de son expression inhabituellement mûre, on suppose qu’elle a été faite dans un moule expérimental. Elle a été vendue aux enchères par Bonhams en 2014 pour la somme de 400 000 $.


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Barbie ne peut plus suivre !

Au-delà des 302 500 $ de la Stefano Canturi Barbie, l’héroïne de Mattel s’essouffle et abandonne la course aux poupées, oursons et automates anciens, qui vont largement dépasser, comme nous allons le voir, le million de dollars.
Le prochain sur notre liste est l’ourson Steiff Louis Vuitton (photo de gauche ci-dessous), fruit d’une collaboration entre le fabricant allemand de jouets et la maison française de maroquinerie et de prêt-à-porter de luxe. Équipé d’une garde-robe et de bagages de voyage coûteux, il est fabriqué avec de la vraie fourrure et de l’or et possède des yeux en saphir et diamant. Actuellement exposé au Teddy Bear Museum de Jeju (Corée du Sud), il a été acquis par le célèbre collectionneur coréen Jessie Kim lors d’une vente de charité à Monaco en 2000 pour la somme de 2,1 millons de dollars, ce qui en fait l’ours en peluche le plus cher du Monde.
Seules cinq de ces poupées entièrement articulées existent au Monde : Madame Alexander Eloise (photo de droite ci-dessous), du nom de sa créatrice, porte des vêtements Christian Dior, une fourrure signée Oscar de la Renta et des accessoires Katherine Baumann. Elle est de plus décorée de cristaux Swarovski et de diamants neuf carats. Son allure est caractérisée par une chevelure blonde, un visage joufflu et un petit chien stylé. Elle a été adjugée 5 millions de dollars dans une vente de charité en 2000.


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Il a fallu plus de  15 000 heures à douze artisans, sous la supervision de l’expert français contemporain Christian Bailly, de l’atelier Jacob Frisard à Sainte-Croix (Suisse), nommé d’après un célèbre fabricant d’automates de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècles, pour fabriquer l’oiseleur (photo ci-dessous), un mécanisme complexe de 2 340 pièces en acier polies ou dorées. Cette poupée automatisée, aux yeux en verre et au corps en porcelaine peinte, est habillée en costume renaissance en velours, satin et soie, brodé et rehaussé de perles et d’or. Elle porte une épée et tient une flûte dans une main, un oiseau dans l’autre et un second oiseau sur l’épaule. Lorsqu’une clé en or est tournée, l’automate joue la Marche des Rois de Georges Bizet à la flûte, ses yeux roulent et les oiseaux se mettent à battre des ailes, tourner la tête et ouvrir et fermer leur bec, sans aucune intervention électrique, seulement des ressorts, roues dentées et engrenages. L’ensemble pèse 55,4 kg, en incluant le socle en nacre et jade. Le budget de départ de cet automate était de 400 000 $, mais le coût des matériaux précieux, des stylistes, sculpteurs, bijoutiers, perruquiers et autres spécialistes l’a fait exploser. Pour réunir les fonds, Christian Bailly a vendu plus de cent automates du XIXe siècle collectionnés sur plus de 40 ans. Le prix demandé pour l’oiseleur est de 6,25 millions de dollars.


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