Henri Launay, le restaurateur de poupées infatigable

Si vous poussez la porte de la boutique à la façade jaune au 114 de l’avenue Parmentier dans le XIe arrondissement de Paris, vous le trouverez penché avec application sur une de ses poupées, procédant à un délicat changement d’élastiques, d’yeux, de membre ou encore de perruque, avec la minutie et la patience qui le caractérisent (photo ci-dessous). Lui, c’est Henri Launay, restaurateur de poupées anciennes en porcelaine, baigneurs en celluloïd, poupons et ours en peluche, depuis 55 ans dans ce même atelier qu’il a créé en 1964.


Né en 1927, il est titulaire d’un CAP d’électricien. À l’âge de 13 ans, il devient apprenti dans la création de boutiques de réparation en maroquinerie. Au tout début de sa carrière, Henri répare ainsi des sacs, des valises et des parapluies, mais un beau jour on lui fait remarquer que les réparateurs de parapluies s’occupent aussi de poupées, alors il se dit pourquoi pas ?, prend contact avec les fabricants de l’époque (Gégé, Clodrey, Raynal, SNF,…) et commence à se former sur le tas, en parfait autodidacte, à leurs méthodes de démontage/remontage de poupées. Comme il y a du travail dans le domaine, il profite de ce qu’il appelle un « concours de circonstances » et entame une nouvelle activité de restaurateur qu’il ne quittera plus.
« Mes doigts sont mes meilleurs outils », a coutume de dire ce travailleur plus exigeant que ses clients, pour qui le résultat doit être parfait. C’est ainsi qu’au fil du temps, il s’est forgé une réputation internationale. Ses clients sont des adultes qui lui apportent avec gravité des poupées de leurs enfants « comme on amène un enfant à l’hôpital », ou des poupées anciennes qui se transmettent de génération en génération. Les clients peuvent être aussi des collectionneurs très exigeants, en raison de leur passion et aussi du coût élevé de leurs poupées, surtout lorsqu’elles datent du XIXe siècle.
La poupée n’est assurément pas un jouet comme les autres : son caractère anthropomorphique (qui est semblable à l’être humain) et le plus souvent articulé favorise des mises en scènes d’animation ludiques, et permet à l’enfant d’y investir de forts sentiments qui laissent des traces durables dans l’imaginaire individuel et collectif. Ce jouet l’accompagne de l’âge de nourrisson à la puberté, et, complété par des accessoires (vêtements, mobilier, dînettes, véhicules,…), il autorise des jeux de rôles variés. La poupée est la gardienne silencieuse et fidèle des souvenirs d’enfance, et c’est pour cela que l’enfant y est si attaché.
Cette passion de l’enfant et du collectionneur pour ses poupées, Henri la voue à son métier. Vêtu d’une blouse blanche, le « doll doctor » observe, évalue les réparations à effectuer, et une fois le diagnostic posé, procède aux nettoyages, remplacements et remontages nécessaires. Il officie au milieu d’un entassement de poupées dans lequel il est le seul à se retrouver (photo ci-dessous), et de pièces détachées dont il possède une quantité impressionnante, résultat de l’acquisition de nombreux stocks accumulés au cours du temps.

En 55 ans de restauration, Henri a obtenu des compliments et des félicitations en abondance, qui constituent la meilleure récompense de son travail. Il a même reçu des témoignages émouvants, comme celui sur la poupée Arlette, endommagée pendant l’exode de 1940 (photo ci-dessous),

ou sur la poupée sans nom offerte par un officier allemand à un bébé français pendant la seconde guerre mondiale (photo ci-dessous).

Henri a (presque) toujours une solution à proposer à ses clients désemparés par l’état de leur poupée malade : il estime à seulement 1/1000 le pourcentage de poupées diagnostiquées comme irréparables. Gageons qu’il saura les réconforter pendant de nombreuses années encore en exerçant son métier de « guérisseur qui redonne vie aux poupées », selon sa jolie formule.

 

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Un artiste et sa muse : Joshua David McKenney et la poupée Pidgin


                                                     © Pidgin Doll

Le pidgin est un langage simplifié utilisé pour la communication entre personnes de langues maternelles différentes. C’est aussi le nom d’une poupée créée par Joshua David McKenney, artiste établi à Bushwick, quartier de l’arrondissement de Brooklyn dans la ville de New York. Interprétation moderne de la poupée de mode européenne classique, elle tire son inspiration à la fois du style urbain et de la haute couture, de l’ancien et du moderne.
Né à San Francisco, Joshua David McKenney passe son enfance en Floride puis en Pennsylvanie. Il s’installe à New York en 1999 à l’âge de 18 ans pour étudier la photographie à la Parsons School of Design. Il dessine beaucoup, surtout des femmes. « Dessiner était un exutoire pour exprimer ma part de féminité dans le milieu conservateur où j’ai été élevé », se souviendra-t’il, « et cela continue aujourd’hui ». Il entame une carrière d’illustrateur de mode et travaille pour des clients prestigieux tels qu’Elizabeth Arden, Mariah Carey, les cosmétiques Mac, Dolce & Gabbana ou La Perla.
Attiré par l’univers des poupées, des marionnettes et des mannequins depuis toujours, il s’essaye à la fabrication de petites figurines, de visages et de mains en Super Sculpey. Il avouera plus tard : « il m’a fallu longtemps, très longtemps, pour atteindre mon niveau actuel, mais je dois dire honnêtement que, à partir du moment où j’ai commencé à fabriquer des poupées, j’ai su que c’était ma vocation. Je ne suis jamais si artistiquement satisfait et stimulé que lorsque je travaille sur une poupée ». Et il ajoute : « je serai toujours illustrateur, mais en tant que fabricant de poupées je suis également sculpteur, ingénieur, maquilleur, styliste en coiffure, dessinateur de mode, marionnettiste et photographe. Pour moi, c’est l’expression artistique ultime ».
En 2008, obsédé par les BJD asiatiques, il aspire à créer la sienne. Il se procure le livre de Ryoichi Yoshida « Yoshida style ball jointed doll making guide », et en s’appuyant sur les seules images (le livre est en japonais !), il fabrique LoveChilde, sa première poupée, sculptée en terre-papier (paperclay) japonais à séchage ambiant. Satisfait du résultat, Joshua pense néanmoins que les poupées les plus intemporelles et les plus exquises sont en porcelaine.
Il se lance donc en 2009, à l’aide de guides en ligne et de tutoriels vidéo, dans la fabrication de moules en plâtre et le coulage de porcelaine, dans un atelier du quartier de Williamsburg à Brooklyn. Son premier résultat, obtenu laborieusement après plusieurs moules ratés et un tas de pièces défectueuses, est une sirène BJD à queue segmentée (photo ci-dessous).


                                                       © DeviantArt                                           

Pidgin, sa troisième tentative, est conçue en 2012 comme une poupée de mode européenne classique : tête et membres en porcelaine attachés à un corps souple posable. Après en avoir réalisé plusieurs prototypes, il la lance officiellement en octobre de la même année comme une poupée de salon de 56 cm. Elle est depuis son centre d’intérêt principal. La poupée actuelle de 40,5 cm à l’échelle 1:4, coulée intégralement en résine et complètement articulée, représente la 5e génération de moules.
Joshua conçoit et fabrique la plupart des vêtements de Pidgin. Il sculpte les accessoires à l’aide d’une imprimante 3D et les améliore à la main. Il achète les tissus et les garnitures dans le quartier des boutiques de vêtements de Brooklyn, et travaille avec une équipe de couturières et de tailleurs pour créer les tenues. Il aime aussi chiner les habits et les accessoires des poupées classiques pour les intégrer à la garde-robe de Pidgin.
Son inspiration lui vient en grande partie de deux artistes devenus des amis proches : Mel Odom, le père de Gene Marshall, et Andrew Yang, collaborateur de Robert Tonner. L’artiste russe installée au Canada Marina Bychkova a également joué un grand rôle dans sa vocation : « la première artiste en poupées moderne dont j’ai entendu parler fut Marina Bychkova, avec sa très célèbre ligne de poupées en porcelaine ‘Enchanted dolls’. Du moment où j’ai vu le caractère élaboré et vraiment impressionnant de son travail, je n’ai eu de cesse de réaliser mes propres poupées ». Il aime aussi à citer comme autres influences la féminité, la vie new yorkaise, les voyages, ses amis, Instagram, les années 1970, l’Art Nouveau, le ballet, le burlesque, les Disney classiques (en particulier « Fantasia »), le marionnettiste Jim Henson, créateur du « Muppet Show » (en particulier Piggy), la Barbie classique et la culture LGBT. Ci-dessous, la très belle « Samantha », issue de la collection de printemps 2019.


                                             © Joshua David McKenney

D’où vient ce nom de Pidgin ? Joshua explique : « Lors d’un long voyage en car de New York à Boston où habitait mon compagnon Eric, je passais le temps en faisant le portrait à l’aquarelle d’une fille originale avec un pigeon sur la tête, en pensant que ce nom d’oiseau lui irait bien. Arrivé à Boston, je donnai l’aquarelle à Eric, et nous commençâmes à imaginer à quoi pourrait ressembler une fille appelée ‘Pigeon’ : une citadine à l’esprit libre, un brin fantasque, peut-être un peu volage. Trois ans plus tard, alors que je cherchais un nom pour ma nouvelle poupée mannequin, Eric suggéra qu’elle pouvait bien être le personnage de l’aquarelle et ce fut une révélation. Nous décidâmes de remplacer ‘Pigeon’ par ‘Pidgin’, qui présente mieux visuellement tout en évoquant un moyen de communiquer mes idées artistiques et esthétiques, comme le pidgin permet la communication entre personnes d’horizons différents ».
Comment se déroule une commande de poupée OOAK personnalisée ? le client remplit un formulaire détaillé spécifiant le teint, la nature et la couleur des yeux et des cheveux, les vêtements ainsi que d’autres caractéristiques désirées. L’artiste répond par courriel pour entamer un dialogue collaboratif. Chaque poupée est livrée avec une tenue que l’on peut enlever : robe ou ensemble jupe-pantalon, bas et chaussures en résine avec lanières en ruban. Des vêtements supplémentaires (vestes, robes habillées, pantalons, shorts, chapeaux,…) sont disponibles sur demande. Le délai de livraison minimal est d’un mois, les prix dépendent des spécifications et un acompte de 50 % est exigé pour disposer d’un dessin et commencer la fabrication, le reste étant dû  avant l’expédition.
Pour ses propres créations, cela peut être beaucoup plus long. La création de la sculpture, la fabrication des moules et l’amorçage de la production prennent parfois deux ans. La sculpture des Pidgin évolue constamment : Joshua en est en 2019 à leur cinquième génération (photo ci-dessous : à gauche, Elinda ; à droite, Nyx). Une fois le coulage terminé, la personnalisation évoquée plus haut dépend de chaque poupée : il lui est arrivé de l’effectuer en une semaine, comme de travailler des mois sur la finition d’une poupée.


                                              © Joshua David McKenney

La dernière collection, celle du printemps 2019, comporte 16 poupées BJD OOAK en résine de 40,5 cm à l’échelle 1:4. Parmi toutes ces beautés, la piquante Veronique et ses taches de rousseur (photos ci-dessous).


                                             © Joshua David McKenney

2019 est aussi l’année de l’édition limitée en dix exemplaires de « Babette » (photos ci-dessous), poupée Pidgin créée spécialement pour le salon Pacific Northwest BJD expo de Seattle (Washington).


                                            © Joshua David McKenney

Une originalité, la « Pidgin Doll Chibi » : une version de Pidgin aux proportions Chibi, ce style artistique japonais représentant les personnages avec une tête et des yeux surdimensionnés. Coulée en résine et dotée de 12 points d’articulation, elle rentre dans tous les vêtements et chaussures prévus pour les poupées mannequins à l’échelle 1:12. Une édition limitée de 50 exemplaires, présentée en septembre 2019 à la Modern Doll Collectors Convention (MDCC) de San Antonio, Texas, porte la tenue illustrée ci-dessous : robe florale en coton, jaquette-cape rouge et béret bleu à pompon blanc.


                      © Pidgin Doll                          © Dutch Fashion Doll World

En 2005, un événement a défrayé la chronique aux États-Unis : le célèbre photographe américain Richard Prince expose à la Gagosian Gallery de New York des tirages de photos extraites d’Instagram sans la permission de leur auteur, et les vend 100 000 $ chacun. Prince est adepte de l’appropriation, forme d’art contemporain consistant à réemployer du matériel esthétique (photographies, images d’archives, films, vidéos, textes,…) en manipulant éventuellement la taille, la couleur, le matériel et le média de l’original. Parmi les photos exposées, celle d’une femme aux longs cheveux bleus et aux lèvres pulpeuses rouge cerise, tenant une poupée sosie en porcelaine dans la même tenue blanche (photo ci-dessous). La poupée, c’est une Pidgin, et la femme Doe Deere, directrice de la société de produits de maquillage « Lime Crime », qui pose ainsi pour promouvoir le travail de son ami Joshua David McKenney.
Suite à cet épisode, l’artiste est un peu abasourdi, mais indulgent. « Je n’en veux pas à Prince », déclare-t’il, « à bien des égards, le choix de cette image est un honneur ». Il n’envisage pas de porter plainte, espérant au contraire que cette histoire « initiera un débat sur le statut de l’art ».


                                                      © Doe Deere

Quoi qu’il en soit, cette affaire aura porté à la connaissance du grand public l’œuvre de Joshua, qui a déjà des fans célèbres : les chanteuses Grace Jones et Mariah Carey ; la stripteaseuse, mannequin, couturière et actrice Dita von Teese ; Linda Farrow, la designer de lunettes ; Taylor Swift, auteure-compositrice-interprète et actrice.
Depuis ses débuts en 2012, Pidgin a connu un certain nombre de changements : au fur et à mesure de l’amélioration du savoir-faire de son créateur, elle est devenue plus articulée et gracieuse, tout en conservant la forme de son visage. Quant à l’avenir, Joshua David McKenney le voit en grand : « j’aimerais que Pidgin imprime sa marque dans le Monde ».

Sources de l’article

 

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Une dame et ses poupées : Madame Alexander dolls


Madame Alexander et deux de ses poupées © Jewish womens’ archives

Introduction

Dans le numéro de décembre 2005 du magazine Forbes, une étude menée avec la Toy Industry Association sur la popularité des jouets américains par décennie place en premier les poupées de collection Madame Alexander pour la décennie 1920-1929, devant le yo-yo. Beatrice Alexander, jeune fondatrice de son entreprise de poupées en 1923 à l’âge de 28 ans, aurait-elle pu rêver d’une telle reconnaissance ?
Fille d’une immigrée autrichienne arrivée aux États-Unis depuis la Russie avec la vague d’exilés juifs d’Europe de l’Est à la fin du XIXe siècle, elle effectue une scolarité excellente durant laquelle elle s’intéresse aux Beaux-Arts. Titulaire d’une bourse pour étudier la sculpture à Paris, elle ne peut malheureusement pas s’y rendre, car ses parents sont ruinés par la faillite de la banque où ils ont placé toutes leurs économies. Elle se marie en 1912.
La guerre de 1914 lui offrira paradoxalement l’opportunité d’atteindre ses ambitions. La clinique pour poupées ouverte par son beau-père l’année de sa naissance en 1895 dans le Lower East Side de New York souffre de l’embargo américain sur les produits allemands, qui inclut les poupées. La famille décide de fabriquer ses propres poupées, représentant des infirmières de la Croix-Rouge et faites en mousseline bourrée de laine de bois, qui rencontrent un succès immédiat (photo).


                                                                         © Etsy

Création de la société Alexander Doll Company

Commence alors une période pendant laquelle Beatrice affirme ses talents de meneuse, exigeante avec les autres et avec elle-même, et voit germer en elle le désir de fonder sa propre entreprise. Avec un investissement initial de 1 600 $, elle engage ses trois sœurs et quelques voisins, et démarre en 1923 une activité professionnelle dans un atelier de Manhattan. Elle partage son temps entre l’amélioration de la conception de ses poupées, la couture des corps et des costumes, et les relations avec les banquiers, fournisseurs et distributeurs. Elle développe à cette période une grande admiration pour Elena Scavini (« Signora Scavini »), la créatrice italienne des poupées Lenci en 1919, et se fait appeler Madame Alexander dès 1925.
Après avoir obtenu un prêt bancaire pour agrandir ses locaux, Beatrice poursuit son rêve de fabriquer une poupée incassable et décide d’acheter des corps en composition. Plus résistants que les corps en tissu, ils lui permettent en outre de consacrer plus de temps aux costumes et aux perruques, qui deviendront le point fort de ses poupées.

La grande dépression

Mais l’entreprise doit affronter deux événements majeurs à la fin des années 1920 : une inondation de ses stocks et la grande dépression. Plusieurs facteurs l’aident à surmonter cette dernière : la confiance d’un de ses distributeurs, la chaîne de magasins de jouets FAO Schwarz ; le succès de sa poupée de 41 cm à corps en tissu et visage en feutre pressé « Alice au pays des merveilles », brevetée en août 1930 (photo de gauche ci-dessous) ; la confection de vêtements de mode pour les petites filles ; la sortie de ses poupées de 41 cm, brevetées en 1933, à corps en tissu et visage en feutre pressé « Little women » (« Les quatre filles du docteur March »), d’après les personnages du célèbre roman de Louisa May Alcott (photo de droite ci-dessous), en même temps que l’adaptation cinématographique de Georges Cukor avec Katharine Hepburn qui connaît un immense succès ;


                 © DollKind                                                  © Theriault’s

le partenariat de 1933 avec Disney, forme d’association novatrice à l’époque, pour la production de poupées en composition des « Trois petits cochons » ; la sortie en 1935 de différentes tailles de poupées représentant les sœurs Dionne, nées en 1934 d’une famille canadienne pauvre, premières quintuplées à avoir survécu et symbole d’espoir dans un Monde en dépression (voir Créatrices et créateurs canadiens) ; le lancement en 1936 d’une poupée Scarlett O’Hara ressemblant de façon troublante à Vivien Leigh, deux ans avant sa sélection pour le rôle titre du film « Autant en emporte le vent » (photo de gauche ci-dessous) ; la production en 1937 d’une poupée princesse Elizabeth (photo de droite ci-dessous), future reine d’Angleterre, pour commémorer le couronnement de son père le roi Georges VI, et la réutilisation de son visage pour la poupée Blanche-Neige coïncidant avec la sortie du dessin animé de Walt Disney ; enfin, l’invention des yeux dormeurs à la fin des années 1930.


                         © Replacements                                                  © Ruby Lane

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La deuxième guerre mondiale

Pendant les années 1940, l’Alexander Doll Company continue de rendre hommage aux célébrités, avec des poupées représentant la patineuse olympique Sonja Henie, l’enfant actrice Margaret O’Brien, la comédienne oscarisée Ginger Rogers, l’actrice et chanteuse Mary Martin,… En 1942 sort Jeannie Walker, une des premières poupées marcheuses (photos ci-dessous).

Mais après la dépression des années 1930 survient la deuxième guerre mondiale, avec son cortège de rationnements et de restrictions. En l’honneur des forces armées américaines est créée une ligne de poupées patriotiques en composition : soldats, femmes du WAAC (Women’s Army Auxiliary Corps) et réservistes WAVES (Women Accepted for Volunteer Emergency Service) de l’US Navy. En 1944 sort la poupée en composition Miss Victory, yeux bleus dormeurs et bouche ouverte, habillée aux couleurs du drapeau national : chemisier blanc à garniture bleue et jupe rouge.

L’âge d’or et la révolution du plastique

Les années du baby boom d’après-guerre, prospères pour le pays, sont appelées « l’âge d’or des poupées ». En 1946 débute la série des portraits, poupées de 53 cm, peintes avec soin et richement habillées, vendues 75 $ (plus que le salaire hebdomadaire moyen à l’époque) et représentant de nombreux types de personnages (photos ci-dessous, de gauche à droite : « The june bride », « Carmen ») : héroïnes de cinéma, d’opéra, de ballet et de romans, muses d’artistes, célébrités, membres de familles royales.


                        © WorthPoint

Les portraits utilisent soit le moule Wendy Ann de 1936, soit le moule Margaret de 1946, inspiré du visage de l’enfant actrice Margaret O’Brien. C’est ce même moule qui servira à la poupée en composition Karen Ballerina, la petite danseuse disponible en trois tailles : 38, 46 et 53 cm.  La poupée Margaret, quant à elle, est proposée en trois couleurs d’yeux (noisette, marrons, bleus) et de cheveux (bruns, bruns roux et blond cendré), sera le mannequin d’une gamme de vêtements pour enfants qui ne durera qu’un an, et le premier moule à exploiter un nouveau matériau prometteur : le plastique. En effet, il est moins sujet aux craquelures dues aux variations de température et d’humidité que la composition, résiste mieux à l’usure du temps et offre une définition élevée des traits du visage. En revanche, sa moindre porosité le rend inapte à retenir les finitions de peinture. Quoiqu’il en soit, l’usage pionnier du plastique dur par la compagnie Madame Alexander, illustrant le slogan de l’époque « une vie meilleure grâce à la chimie », donne le ton à l’industrie du jouet. Cet usage est mis en œuvre dans le cadre d’un joint-venture avec les sociétés Arranbee Doll et American Character Doll nommé Model Plastics. La variété et la beauté des costumes établissent la notoriété de l’entreprise Alexander Doll Company : en presque un siècle d’existence, elle a fabriqué plus de 6 000 modèles de poupées à partir de seulement une vingtaine de moules. Le soin apporté à la confection des vêtements vaut à Madame Alexander la médaille d’or de la Fashion Academy quatre années de suite, de 1951 à 1954.
Selon une expression de la revue « Christian science monitor », les « Cadillac du royaume des poupées » contribuent à la qualité de vie d’une classe moyenne en pleine expansion. La série de poupées Godey de 36 cm en plastique dur, d’après les illustrations du périodique féminin « Godey’s lady’s book » créé en 1830 et publié à Philadelphie, est lancée en 1950 (photos ci-dessous).


          © Theriault’s

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Le couronnement d’Elizabeth II

Le couronnement de la reine d’Angleterre Elizabeth II le 15 juin 1953 est un événement qui fait grand bruit aux États-Unis. Sa préparation donne lieu à l’édition de nombreux produits dérivés, dont une série de poupées de 46 cm en plastique dur par la compagnie Madame Alexander sur le thème des Beaux-Arts, hommage à la famille royale et à la cour d’Angleterre. Mais le plus impressionnant est sa reconstitution de l’événement en six tableaux au moyen de 36 poupées (photos ci-dessous), commanditée par le grand magasin de Brooklyn Abraham & Straus : Elizabeth II quittant le palais de Buckingham pour se rendre au couronnement ; la cérémonie dans la cathédrale de Westminster avec l’archevêque, les enfants de chœur, la famille royale et les gardes d’honneur ; la sortie de la cathédrale avec six demoiselles d’honneur portant la traîne de la robe,… Le spectacle attire plus de 7 000 visiteurs le premier jour de l’exposition au magasin Abraham & Straus.


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Cette année 1953 est prolifique pour Madame Alexander : outre le couronnement, elle voit la sortie de la série de « Glamour girls » de 46 cm, de la ligne de poupées Peter Pan accompagnant la sortie du dessin animé de Walt Disney et des Alexanderkins, petites poupées en plastique dur de 19 ou 20 cm habillées en fillettes (photos ci-dessous), en mariées, en belles du Sud,… et introduites par la suite comme personnages de livres de contes.


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Cissy, première poupée mannequin

Quatre ans avant Barbie, la première poupée mannequin à poitrine adulte et pieds cambrés faits pour porter des hauts talons fait ses débuts officiels en 1955 chez Madame Alexander. Cissy, haute de 51 cm (plus tard 53 cm), possède un corps entièrement articulé et une garde-robe élaborée (photos ci-dessous). C’est une débutante, jeune fille de la haute société faisant son entrée dans le monde, faite pour faire rêver les petites filles tout en leur donnant l’exemple du bon goût et de la bonne éducation. Écoutons ce qu’en dit Beatrice Alexander : « chaque petite fille rêve d’être adulte. Qui n’a pas vu une enfant marcher avec les hauts talons de sa mère ? un soutien-gorge, une robe, un négligé, peuvent transformer une journée de jeu monotone en merveilleux pays imaginaire. Cissy est la plus nouvelle et la plus excitante des poupées du Monde ». Et d’ajouter : « un enfant devrait comprendre très tôt l’importance de porter des vêtements seyants de couleurs agréables. Même sous les costumes de mes poupées, je n’utilise jamais d’épingle à nourrice. La première chose que fait une fillette avec sa poupée est de la déshabiller. Ce serait inconvenant de lui faire croire que l’ourlet d’un jupon puisse tenir avec une épingle à nourrice, ou qu’une dame ne porte pas toujours des bas. Cela lui donnerait de mauvaises bases pour apprendre à bien présenter ».


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En 1957, l’entreprise est à son apogée avec plus de 1 500 employés et trois usines, qui seront par la suite regroupées sur un seul site. Brève incursion à la Maison Blanche, les poupées de Jackie Kennedy (53 cm) et de sa fille Caroline (38 cm) sorties en 1961 (photos ci-dessous) ne dureront que deux ans malgré leur succès, suite à un veto de l’attaché de presse de la présidence Pierre Salinger.


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Les années 1960, une période d’hommages

En 1960 a lieu une nouvelle tentative de création d’une ligne de vêtements pour enfants, Madame Alexander Togs, distribuée dans les magasins FAO Schwarz et Lord & Taylor. Ses associés dissuadent Beatrice de se disperser, arguant qu’elle ne peut mener les deux activités de front. Cette dernière incursion dans la mode enfantine durera tout de même six ans, avant que Beatrice décide en 1966 de ne plus se consacrer qu’aux poupées.
Une irruption originale dans le monde des adultes : la poupée Grandma Jane (photos ci-dessous), grand-mère moderne habillée de lin bleu ciel, censée enseigner le respect des anciens dans le monde en perte de repères de la fin des années 1960. Elle recevra un accueil mitigé.


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Les années 1960 resteront pour Madame Alexander une époque d’hommages et de reconnaissances officiels. Le fan club est créé en 1961 sous le nom de Madame Alexander Fan Club, qui deviendra le Madame Alexander Doll Club, organisme à but non lucratif enregistré dans l’Illinois. Lors de la Journée des Nations Unies de 1965, l’ambassadeur des États-Unis aux Nations Unies Arthur Goldberg préside l’annonce officielle de la ligne des poupées internationales, collection de poupées de pays du Monde entier (photos ci-dessous, de gauche à droite : Irlande, Tchécoslovaquie, Corée). La prestigieuse Smithsonian Institution introduit deux poupées Madame Alexander dans sa collection permanente : Madame Doll, personnage issu du roman de Frances Cavanah, « Le secret de Madame Doll », et Scarlett O’Hara.


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Les années 1970 : polémique et commémoration

Le mouvement féministe prend de l’ampleur dans les années 1970, et avec lui les accusations faites à l’industrie des poupées de promouvoir les stéréotypes sexistes. Beatrice se défend : « il est ridicule de prétendre qu’une poupée entretient chez la petite fille une fausse image d’elle-même. Au contraire, elle développe sa capacité à s’aimer et à aimer les autres. Et que dire des petits garçons qui réclament des poupées ? » Frances Einhorn, la secrétaire particulière de Beatrice,  prend sa défense : « Madame Alexander est une authentique féministe. Elle faisait un travail d’homme quand le Monde n’acceptait pas toujours les femmes indépendantes. Elle emmenait souvent ses ouvrières se faire examiner et conseiller au planning familial ».
Avec une ferveur patriotique un peu passée de mode, Madame Alexander fête en 1976 le bicentenaire de la déclaration d’indépendance des États-Unis en introduisant les six premières poupées de 36 cm de sa série des premières dames, ou femmes de présidents, incluant Martha Washington, Abigail Adams ou encore Dolley Madison (photos ci-dessous, respectivement de gauche à droite). La sortie de chacune de ces poupées est attendue avec impatience et achetée en masse.

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Beatrice passe la main, l’entreprise continue

Le succès est tel dans les années 1980 que la pénurie de poupées s’installe, et qu’une politique de rationnement est même mise en place. L’entreprise est accusée de l’entretenir afin d’augmenter le désir d’achat, ce dont elle se défend, expliquant que cette pénurie est due en partie au glissement de la clientèle vers une population de collectionneurs adultes.
Devenue très populaire, Beatrice Alexander se retire en 1988, à l’âge de 93 ans, de sa société  qu’elle vend à un groupe d’investisseurs privés. C’est cette même année qu’est créée la remarquable poupée souvenir Tippi Green, portrait de la fille de Gary Green, fondateur de la newsletter « Collectors united ». Adaptée d’une poupée issue d’une collection courante de modèles en plastique dur de 20 cm, c’est une belle ballerine vêtue de blanc produite en série limitée de 800 exemplaires (photos ci-dessous).


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Le retour en vogue des poupées de porcelaine conduit  la société Alexander Doll company à lancer en 1989 des poupées de 53 cm telles que « Carnaval à Rio » (photo de gauche ci-dessous) et « La mariée », en 1991 une « Scarlett O’Hara » (photo de droite ci-dessous) qui obtient un prix d’excellence du magazine « Dolls », et en 1992 « Thumbelina et sa dame » qui obtient le même prix.


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En 1991 est lancée la populaire collection de poupées de 20 cm « Le magicien d’Oz », qui se poursuivra pendant de nombreuses années. Une collaboration avec la célèbre artiste allemande Hildegard Günzel conduit  à l’introduction en 1990 d’une ligne de poupées en porcelaine ou en vinyl dépeignant des enfants du Monde entier (photo de gauche ci-dessous), et en 1992 des poupées en porcelaine de la gamme « Courtney et ses amis » (photo de droite ci-dessous) ; ces deux séries obtiennent un prix d’excellence du magazine Dolls.


                       Mai Ling © Dear little dollies                        © WorthPoint

Une autre créatrice respectée, Robin Woods (nom d’artiste Alice Darling), rejoint la société en 1992 et développe la ligne « Let’s play dolls » (photos ci-dessous), afin de concrétiser l’engagement de l’Alexander Dolls Company dans l’industrie de la poupée jouet.


                                                                                   © WorthPoint

La fin des années 1980 et le début des années 1990 sont marquées par la production d’œuvres commanditées par des clubs de collectionneurs, des boutiques spécialisées ou encore la « Walt Disney World Teddy Bear & Doll Convention » (Convention Walt Disney sur les ours et poupées). En 1993 par exemple, Madame Alexander a réalisé pour cette dernière une reproduction OOAK du tableau de Claude Monet « Femmes au jardin ».
Mais une mauvaise gestion amène l’entreprise au bord du dépôt de bilan. En 1995, elle est rachetée par le « Kaizen Breakthrough Partnership », un fonds d’investissement japonais géré par le groupe bancaire Gefinor. Les nouveaux propriétaires misent sur un rééquilibrage de la production au profit des poupées jouets par rapport aux poupées de collection. Une nouvelle Cissy plus glamour, à destination d’une clientèle de collectionneurs adultes, voit le jour en 1996. La même année est présenté à la convention Disney le remarquable ensemble de 30 poupées OOAK représentant des personnages de jeu d’échecs inspirés d’Alice au pays des merveilles (photo ci-dessous).

En 1997 sort la ligne de poupées jouets à récit « Little Women Journals », qui offre aux fillettes une combinaison de jeu avec la garde-robe des poupées, de lecture et d’activités péri-scolaires.
En 1998, l’année de l’anniversaire des 75 ans de l’Alexander Doll Company, sont lancés de nombreux modèles : la poupée commémorative de l’anniversaire de la princesse Diana ; la Cissette Harley Davidson ; les poupées glamour « Diamond beauty », « Rose Splendor » et « Pearl of the twenties » ; une poupée Wendy et le bébé « Huggable Huggums » ; les rééditions des quintuplées Dionne et de Marybel ; la réintroduction de la porcelaine avec Catherine et Margaret.
Les années 2000 sont marquées par la sortie de deux séries de poupées : la ligne de mannequins de 41 cm à la garde-robe élégante pour collectionneurs adultes appelée « Alexandra Fairchild Ford », d’après le personnage fictif Alex Ford, rédactrice en chef du magazine new yorkais de mode « Elan » (photo ci-dessous) ; la ligne de mannequins de 46 cm destinée à porter les vêtements de la marque « Dollie & me », spécialisée dans la mode enfantine et pour poupées.
Kahn Lucas, propriétaire de cette marque, rachète Alexander Doll Company en juin 2012, dont le président Gale Jarvis annonce l’année suivante la création d’une ligne de poupées, vêtements et accessoires par le styliste américain Isaac Mizrahi pour Xcel Brands.

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De la conception à la fabrication

Le siège et l’usine de la société Madame Alexander Doll Company sont aujourd’hui situés dans Harlem, quartier du Nord de l’arrondissement de Manhattan à New York. Suivant l’adage de l’entreprise « l’amour est dans les détails », un contrôle de qualité strict est appliqué à chaque étape de la réalisation d’une poupée. Des réunions périodiques de brainstorming rassemblent une équipe de concepteurs et de cadres pour discuter des projets de futures poupées. Chaque participant donne son point de vue sur tous les aspects du projet : longueur des cheveux, teinte des sourcils, type de visage retenu, tissus des vêtements,…
Lorsqu’un projet est approuvé, les concepteurs se documentent en profondeur et en proposent une interprétation en deux ou trois dimensions. Un prototype de poupée OOAK est ensuite réalisé, révisé par l’équipe pour aboutir à un modèle final qui sera reproduit en grande série en usine. Puis ce sont les étapes manuelles de peinture faciale au pochoir, pose de perruque et coiffure, et habillage des poupées, souvent à l’aide de références de créations antérieures réutilisées, afin de distinguer les productions de modèles de l’année antérieure, de l’années en cours et de l’année à venir. La capacité de production était en 1997 de 750 000 poupées par an, soit plus de 3 000 poupées par jour ouvrable !

La valeur de vos poupées Madame Alexander

Comme pour toutes les poupées, la valeur des Madame Alexander dépend de plusieurs critères : âge, état de conservation, rareté, désirabilité, présence et état de conservation des vêtements et accessoires originaux, présence de l’étiquette de poignet. De plus, interviennent la loi de l’offre et de la demande et l’état actuel du marché. Élément supplémentaire à préciser : de nombreuses poupées différentes ayant été créées à partir du même moule de visage, il est parfois impossible d’identifier un personnage sans son costume et ses accessoires d’origine. En conséquence, les collectionneurs de poupées Madame Alexander demandent généralement que les poupées portent leurs vêtements d’origine, sans lesquels leur valeur diminue de manière importante.
Comme pour les poupées de collection en général et les poupées anciennes en particulier, il existe plusieurs valeurs des Madame Alexander :

  • la valeur de détail correspond au prix de vente d’occasion chez un antiquaire ou un marchand de poupées de collection. Dans le cas d’une poupée neuve, c’est le prix d’achat dans un grand magasin, une boutique spécialisée ou tout autre point de vente.
  • la valeur d’enchère est le prix réalisé dans une vente aux enchères. Également désigné comme prix pratique sur le marché libre ou prix de pleine concurrence.
  • la juste valeur de marché est le prix sur lequel s’entendent acheteur et vendeur. Les deux parties doivent être tenues au courant de toute information pertinente pour la vente de la poupée.
  • la valeur en gros est inférieure de 33 à 50 % à la valeur de détail. Également désigné comme prix de négociant, il dépend pour les poupées neuves du volume d’achat par le détaillant.
  • la valeur fiscale est une moyenne des prix d’enchère réalisés pour une même poupée dans les mêmes conditions
  • la valeur d’assurance est le coût de remplacement de la poupée si elle a été volée ou détruite
Guides de prix et d’identification

Les guides de prix et d’identification existent sous forme papier et en ligne. Les prix indiqués par les guides papier sont les valeurs de détail à la date de publication du guide. Le marché étant très fluctuant, ces guides deviennent donc rapidement obsolètes quant à l’indication des prix, mais demeurent intéressants pour la description des poupées et les conseils d’identification. Le dernier en date à notre connaissance a été publié en 2010 : Madame Alexander 2010 Collector’s Dolls Price Guide, par Linda Crowsey.
Le meilleur guide de prix en ligne pour les poupées Madame Alexander est Doll values. Cette base de données recense environ 5 300 modèles de poupées Madame Alexander. La recherche s’effectue sur le nom de la poupée ou sur son numéro de boîte, et les informations données sont : le nom complet de la poupée, le numéro complet de la boîte, une brève description du costume, les particularités du corps, des membres ou de la tête, le type de visage utilisé, le type et la couleur des cheveux et des yeux, la dernière année de production, la taille, les matériaux qui constituent la poupée, une fourchette d’estimation du prix de détail, une photo si disponible.
eBay est une excellente ressource pour la valeur d’enchère des poupées Madame Alexander. Assurez-vous de rechercher des poupées dont l’état de conservation est comparable à celui de la vôtre.
Le guide en ligne Kovels nécessite la création d’un compte gratuit pour accéder à l’information de prix, vérifiée par des experts.
The saleroom est un portail européen de vente aux enchères fédérant  plus de 500 salles de vente. Il donne la valeur d’enchères passées et en cours de lots correspondant aux critères de recherche. Il nécessite la création d’un compte gratuit pour accéder à l’information de prix.

L’offre actuelle

Vingt neuf ans après le décès de Beatrice Alexander, survenu le 3 octobre 1990, la société Alexander Doll Company, toujours en activité, propose essentiellement comme poupées jouets dans son catalogue 2019 de nombreux poupons et bébés. L’autre volet est constitué de poupées de collection : « Birthday Joe », des communiantes, la ballerine « Butterfly ballerina », les quatre « Little women », des personnages de contes pour enfants, des poupées de pays, des poupées de saison (Noël, Halloween,…). Le club organise une convention annuelle, des déjeuners de l’amitié, édite des poupées événementielles et publie le périodique « The review ».

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L’histoire édifiante des « Frozen Charlotte »

Vous vous êtes sûrement déjà demandé d’où venait le nom de ces charmantes petites poupées anciennes rigides en porcelaine moulée représentant un bébé ou une fillette et appelées « Frozen Charlotte ». Voici leur histoire.
Charlotte était la fille d’un homme fortuné qui vivait dans une région montagneuse du Maine (États-Unis). Réputée pour sa grande beauté, ses cheveux étaient de jais et sa peau blanche comme du lys. Son père veillait à ce qu’elle ait toujours les robes les plus élégantes de la ville. La plus belle fille alentour, Charlotte était aussi la plus vaniteuse et la plus égocentrique. Elle passait chaque jour des heures devant le miroir, adorant se montrer en public pour être admirée.
Cet hiver là, Charlotte reçut une invitation à un bal du nouvel an donné dans une ville distante de près de 30 km de sa maison. Son père lui donna de l’argent afin qu’elle puisse aller en ville avec sa mère acheter une nouvelle robe pour l’occasion. Elle était en soie turquoise et luit allait à la perfection. Comme la nuit du bal approchait, la température se mit à descendre. Un vent glacial soufflait au coucher du soleil. Charlie, le cavalier de Charlotte, arriva dans son traîneau, portant une cape de laine épaisse, une écharpe et une toque en fourrure. Impatiente de partir, Charlotte courut hors de la maison, seulement vêtue de sa robe en soie. Sa mère la suivit et la supplia de se couvrir comme Charlie. Elle lui proposa même son plus beau manteau d’hiver, mais Charlotte refusa, prétextant qu’un manteau si épais n’allait pas avec sa robe en soie. Charlie la supplia à son tour de mettre le manteau, mais peine perdue, elle était aussi têtue que belle.
Ils partirent dans la venteuse nuit hivernale. Souvent, Charlie lui demandait si elle avait froid. Charlotte, grelottante, lui répondait par l’affirmative. Charlie lui proposa alors de s’envelopper dans une couverture qu’il gardait sous le siège de son traîneau. Elle rit et lui dit qu’il n’était pas question qu’elle arrive au bal en sentant comme un vieux cheval. Ils continuèrent leur chemin dans la nuit glaciale. Charlie remarqua bientôt que ses lèvres étaient presque aussi bleues que sa robe. Il arrêta le traîneau pour lui proposer son manteau : elle refusa, disant que cela allait juste froisser sa robe. En soupirant, Charlie donna une claque aux rênes et reprit sa route. Peu après, il remarqua que Charlotte était devenue étrangement silencieuse. Il la regarda et vit que sa peau était aussi pâle que la lune brillant à travers les arbres. Il la pria de se rapprocher de lui afin qu’il puisse la protéger un peu du vent en passant un bras autour de son épaule. Mais elle secoua la tête, déclarant qu’il serait inconvenant de s’asseoir si près l’un de l’autre. Puis elle sourit et affirma qu’elle commençait à se sentir réchauffée.
Charlie fouetta les rênes pour qu’ils galopent aussi vite que possible. Ils entrèrent dans la ville et il vit les lumières de l’auberge du village, devant laquelle il stoppa. Sautant du traîneau, il tendit sa main à Charlotte, et lui dit qu’ils allaient se reposer dans l’auberge et se réchauffer près du feu. Charlotte ne répondit pas et ne fit aucun mouvement. Horrifié, Charlie prit sa main dans la sienne, et découvrit qu’elle était rigide comme une statue de marbre ! Il la ramène à ses parents et se laisse mourir de chagrin.
Cette histoire est tirée d’un poème intitulé « Un cadavre va au bal », écrit en 1843 par le journaliste et humoriste originaire du Maine Seba Smith. Le poème est lui-même inspiré d’une histoire vraie relatée dans le New York Observer en 1840. Mise en paroles et en musique par William Carter, elle devient une ballade classique du folklore américain sous différents titres : « Young Charlotte » (La jeune Charlotte), « Fair Charlotte » (La belle Charlotte) ou « Frozen Charlotte » (Charlotte gelée) :

He took her hand in his – O, God !
’Twas cold and hard as stone ;
He tore the mantle from her face,
Cold stars upon it shone.
Then quickly to the glowing hall,
Her lifeless form he bore ;
Fair Charlotte’s eyes were closed in death,
Her voice was heard no more.

Il prit sa main dans la sienne – Ô Dieu !
Elle était froide et dure comme la pierre ;
Il arracha la cape qui couvrait son visage,
Des étoiles froides y brillaient.
Puis rapidement dans la salle éclairée,
Il porta son corps sans vie.
Les yeux de la belle Charlotte étaient clos dans la mort,
Plus jamais on n’entendit sa voix.

L’histoire et la chanson furent si populaires aux États-Unis que l’on vit apparaître, produites en grande série entre 1850 et 1914 principalement en Allemagne (où elles reçoivent le nom de « Nacktfrosch » ou bébé nu), les « Frozen Charlotte », poupées en porcelaine de moins de 2 cm à plus de 45 cm, moulées d’une seule pièce et représentées le plus souvent nues en position debout, les pieds joints, les bras fléchis aux coudes, les poings crispés vers l’avant (photos). Les plus grandes peuvent tenir debout seules sur leurs pieds, les petits modèles sont couchés sur le dos. Les principaux fabricants allemands étaient Conta & Böhme, Ritter & Schmidt et Schützmeister & Quendt.

Elles ont d’autres noms : « Pillar dolls » (Poupées pilier) ou « Solid chinas » (Porcelaines solides). Les plus petites sont parfois utilisées comme fèves dans les puddings de Noël, ou installées dans des maisons de poupées. Certaines versions (« Frozen bathing dolls » ou « Bathing babies ») sont constituées d’une partie avant en porcelaine émaillée et d’une partie arrière en grès céramique, et peuvent flotter dans une baignoire ; elles ont parfois de longs cheveux tombant jusqu’aux pieds. Enfin, les « Penny dolls » (Poupées centime), vendues pour un cent, étaient collectionnées par les enfants, qui les recevaient en récompense d’une bonne conduite.
Elles ont habituellement le corps blanc, les cheveux moulés et les yeux noirs. Certaines ont un bonnet moulé, d’autres très rares sont habillées. Elles portent parfois des bottes dorées, ou des chaussures et chaussettes moulées. Elles peuvent être en biscuit, blondes, teintes en rose ou peintes en noir et certaines, plus rares, assises, ou les mains croisées sur la poitrine, ou encore couvertes d’une chemise moulée. Elles sont souvent portées dans les bras par des poupées plus grandes. Les traits sont peints : les yeux peuvent être bruns, parfois de simples points sur le visage, ou très détaillés avec les cils, sourcils ou pupilles peints. Elles peuvent aussi être vendues dans leur cercueil (photo de gauche) ou serties dans toutes sortes d’objets : montres de poche, colliers, dés à coudre, coquilles de noix, roches, boîtes en verre, médaillons,… Les poupées représentant des garçons, reconnaissables à leur coupe de cheveux et parfois sexuées, sont appelées « Frozen Charlies » (photo de droite).

Plus encore que pour les autres poupées anciennes, leur état de conservation importe aux collectionneurs : un seul éclat diminue de manière significative leur valeur, à moins d’être un modèle recherché. Elles portent rarement des marques d’identification, numéro ou mention d’origine gravé sur le dos ou sous les pieds lorsque c’est le cas. Si vous trouvez une « Frozen Charlotte » habillée, examinez son corps nu, car les vêtements cachent souvent des défauts.
Un autre type de poupée appelé « Half-frozen Charlotte » a les bras attachés au corps par un fil qui traverse les épaules. Le corps est soit très mince, soit replet avec un ventre et des fesses rondes. Il existe aussi des modèles bon marché fabriqués dans les années 1920 et 1930, vendus comme décorations de gâteaux ou comme cadeaux de fêtes. La plupart en biscuit, parfois en porcelaine émaillée, ils étaient fabriqués en grande série en Allemagne, au Japon et aux États-Unis. En raison de leur bas coût, ils présentent souvent des traits de visage peints à la va vite qui ajoutent à leur charme. Certains, hauts de 5 cm, ont les bras moulés sur leur poitrine, d’où leur nom de poupées « main sur le cœur ». D’autres modèles sont en plomb ou en étain. D’autres encore, de 2 à 5 cm de haut, sont faits d’un biscuit blanchâtre à l’apparence de sucre, d’ou leur appellation de « Bébé en sucre ».

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