Un artiste et sa muse : Joshua David McKenney et la poupée Pidgin


                                                     © Pidgin Doll

Le pidgin est un langage simplifié utilisé pour la communication entre personnes de langues maternelles différentes. C’est aussi le nom d’une poupée créée par Joshua David McKenney, artiste établi à Bushwick, quartier de l’arrondissement de Brooklyn dans la ville de New York. Interprétation moderne de la poupée de mode européenne classique, elle tire son inspiration à la fois du style urbain et de la haute couture, de l’ancien et du moderne.
Né à San Francisco, Joshua David McKenney passe son enfance en Floride puis en Pennsylvanie. Il s’installe à New York en 1999 à l’âge de 18 ans pour étudier la photographie à la Parsons School of Design. Il dessine beaucoup, surtout des femmes. « Dessiner était un exutoire pour exprimer ma part de féminité dans le milieu conservateur où j’ai été élevé », se souviendra-t’il, « et cela continue aujourd’hui ». Il entame une carrière d’illustrateur de mode et travaille pour des clients prestigieux tels qu’Elizabeth Arden, Mariah Carey, les cosmétiques Mac, Dolce & Gabbana ou La Perla.
Attiré par l’univers des poupées, des marionnettes et des mannequins depuis toujours, il s’essaye à la fabrication de petites figurines, de visages et de mains en Super Sculpey. Il avouera plus tard : « il m’a fallu longtemps, très longtemps, pour atteindre mon niveau actuel, mais je dois dire honnêtement que, à partir du moment où j’ai commencé à fabriquer des poupées, j’ai su que c’était ma vocation. Je ne suis jamais si artistiquement satisfait et stimulé que lorsque je travaille sur une poupée ». Et il ajoute : « je serai toujours illustrateur, mais en tant que fabricant de poupées je suis également sculpteur, ingénieur, maquilleur, styliste en coiffure, dessinateur de mode, marionnettiste et photographe. Pour moi, c’est l’expression artistique ultime ».
En 2008, obsédé par les BJD asiatiques, il aspire à créer la sienne. Il se procure le livre de Ryoichi Yoshida « Yoshida style ball jointed doll making guide », et en s’appuyant sur les seules images (le livre est en japonais !), il fabrique LoveChilde, sa première poupée, sculptée en terre-papier (paperclay) japonais à séchage ambiant. Satisfait du résultat, Joshua pense néanmoins que les poupées les plus intemporelles et les plus exquises sont en porcelaine.
Il se lance donc en 2009, à l’aide de guides en ligne et de tutoriels vidéo, dans la fabrication de moules en plâtre et le coulage de porcelaine, dans un atelier du quartier de Williamsburg à Brooklyn. Son premier résultat, obtenu laborieusement après plusieurs moules ratés et un tas de pièces défectueuses, est une sirène BJD à queue segmentée (photo ci-dessous).


                                                       © DeviantArt                                           

Pidgin, sa troisième tentative, est conçue en 2012 comme une poupée de mode européenne classique : tête et membres en porcelaine attachés à un corps souple posable. Après en avoir réalisé plusieurs prototypes, il la lance officiellement en octobre de la même année comme une poupée de salon de 56 cm. Elle est depuis son centre d’intérêt principal. La poupée actuelle de 40,5 cm à l’échelle 1:4, coulée intégralement en résine et complètement articulée, représente la 5e génération de moules.
Joshua conçoit et fabrique la plupart des vêtements de Pidgin. Il sculpte les accessoires à l’aide d’une imprimante 3D et les améliore à la main. Il achète les tissus et les garnitures dans le quartier des boutiques de vêtements de Brooklyn, et travaille avec une équipe de couturières et de tailleurs pour créer les tenues. Il aime aussi chiner les habits et les accessoires des poupées classiques pour les intégrer à la garde-robe de Pidgin.
Son inspiration lui vient en grande partie de deux artistes devenus des amis proches : Mel Odom, le père de Gene Marshall, et Andrew Yang, collaborateur de Robert Tonner. L’artiste russe installée au Canada Marina Bychkova a également joué un grand rôle dans sa vocation : « la première artiste en poupées moderne dont j’ai entendu parler fut Marina Bychkova, avec sa très célèbre ligne de poupées en porcelaine ‘Enchanted dolls’. Du moment où j’ai vu le caractère élaboré et vraiment impressionnant de son travail, je n’ai eu de cesse de réaliser mes propres poupées ». Il aime aussi à citer comme autres influences la féminité, la vie new yorkaise, les voyages, ses amis, Instagram, les années 1970, l’Art Nouveau, le ballet, le burlesque, les Disney classiques (en particulier « Fantasia »), le marionnettiste Jim Henson, créateur du « Muppet Show » (en particulier Piggy), la Barbie classique et la culture LGBT. Ci-dessous, la très belle « Samantha », issue de la collection de printemps 2019.


                                             © Joshua David McKenney

D’où vient ce nom de Pidgin ? Joshua explique : « Lors d’un long voyage en car de New York à Boston où habitait mon compagnon Eric, je passais le temps en faisant le portrait à l’aquarelle d’une fille originale avec un pigeon sur la tête, en pensant que ce nom d’oiseau lui irait bien. Arrivé à Boston, je donnai l’aquarelle à Eric, et nous commençâmes à imaginer à quoi pourrait ressembler une fille appelée ‘Pigeon’ : une citadine à l’esprit libre, un brin fantasque, peut-être un peu volage. Trois ans plus tard, alors que je cherchais un nom pour ma nouvelle poupée mannequin, Eric suggéra qu’elle pouvait bien être le personnage de l’aquarelle et ce fut une révélation. Nous décidâmes de remplacer ‘Pigeon’ par ‘Pidgin’, qui présente mieux visuellement tout en évoquant un moyen de communiquer mes idées artistiques et esthétiques, comme le pidgin permet la communication entre personnes d’horizons différents ».
Comment se déroule une commande de poupée OOAK personnalisée ? le client remplit un formulaire détaillé spécifiant le teint, la nature et la couleur des yeux et des cheveux, les vêtements ainsi que d’autres caractéristiques désirées. L’artiste répond par courriel pour entamer un dialogue collaboratif. Chaque poupée est livrée avec une tenue que l’on peut enlever : robe ou ensemble jupe-pantalon, bas et chaussures en résine avec lanières en ruban. Des vêtements supplémentaires (vestes, robes habillées, pantalons, shorts, chapeaux,…) sont disponibles sur demande. Le délai de livraison minimal est d’un mois, les prix dépendent des spécifications et un acompte de 50 % est exigé pour disposer d’un dessin et commencer la fabrication, le reste étant dû  avant l’expédition.
Pour ses propres créations, cela peut être beaucoup plus long. La création de la sculpture, la fabrication des moules et l’amorçage de la production prennent parfois deux ans. La sculpture des Pidgin évolue constamment : Joshua en est en 2019 à leur cinquième génération (photo ci-dessous : à gauche, Elinda ; à droite, Nyx). Une fois le coulage terminé, la personnalisation évoquée plus haut dépend de chaque poupée : il lui est arrivé de l’effectuer en une semaine, comme de travailler des mois sur la finition d’une poupée.


                                              © Joshua David McKenney

La dernière collection, celle du printemps 2019, comporte 16 poupées BJD OOAK en résine de 40,5 cm à l’échelle 1:4. Parmi toutes ces beautés, la piquante Veronique et ses taches de rousseur (photos ci-dessous).


                                             © Joshua David McKenney

2019 est aussi l’année de l’édition limitée en dix exemplaires de « Babette » (photos ci-dessous), poupée Pidgin créée spécialement pour le salon Pacific Northwest BJD expo de Seattle (Washington).


                                            © Joshua David McKenney

Une originalité, la « Pidgin Doll Chibi » : une version de Pidgin aux proportions Chibi, ce style artistique japonais représentant les personnages avec une tête et des yeux surdimensionnés. Coulée en résine et dotée de 12 points d’articulation, elle rentre dans tous les vêtements et chaussures prévus pour les poupées mannequins à l’échelle 1:12. Une édition limitée de 50 exemplaires, présentée en septembre 2019 à la Modern Doll Collectors Convention (MDCC) de San Antonio, Texas, porte la tenue illustrée ci-dessous : robe florale en coton, jaquette-cape rouge et béret bleu à pompon blanc.


                      © Pidgin Doll                          © Dutch Fashion Doll World

En 2005, un événement a défrayé la chronique aux États-Unis : le célèbre photographe américain Richard Prince expose à la Gagosian Gallery de New York des tirages de photos extraites d’Instagram sans la permission de leur auteur, et les vend 100 000 $ chacun. Prince est adepte de l’appropriation, forme d’art contemporain consistant à réemployer du matériel esthétique (photographies, images d’archives, films, vidéos, textes,…) en manipulant éventuellement la taille, la couleur, le matériel et le média de l’original. Parmi les photos exposées, celle d’une femme aux longs cheveux bleus et aux lèvres pulpeuses rouge cerise, tenant une poupée sosie en porcelaine dans la même tenue blanche (photo ci-dessous). La poupée, c’est une Pidgin, et la femme Doe Deere, directrice de la société de produits de maquillage « Lime Crime », qui pose ainsi pour promouvoir le travail de son ami Joshua David McKenney.
Suite à cet épisode, l’artiste est un peu abasourdi, mais indulgent. « Je n’en veux pas à Prince », déclare-t’il, « à bien des égards, le choix de cette image est un honneur ». Il n’envisage pas de porter plainte, espérant au contraire que cette histoire « initiera un débat sur le statut de l’art ».


                                                      © Doe Deere

Quoi qu’il en soit, cette affaire aura porté à la connaissance du grand public l’œuvre de Joshua, qui a déjà des fans célèbres : les chanteuses Grace Jones et Mariah Carey ; la stripteaseuse, mannequin, couturière et actrice Dita von Teese ; Linda Farrow, la designer de lunettes ; Taylor Swift, auteure-compositrice-interprète et actrice.
Depuis ses débuts en 2012, Pidgin a connu un certain nombre de changements : au fur et à mesure de l’amélioration du savoir-faire de son créateur, elle est devenue plus articulée et gracieuse, tout en conservant la forme de son visage. Quant à l’avenir, Joshua David McKenney le voit en grand : « j’aimerais que Pidgin imprime sa marque dans le Monde ».

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Ringdoll, des BJD pas comme les autres

Introduction

Den of Angels (DoA), la plus grande communauté internet de langue anglaise consacrée à la promotion des BJD, l’annonce sobrement dans son wiki : Ringdoll est une entreprise chinoise de poupées fondée en 2009 par Ron Fletcher (États-Unis) et Shan Huang (Chine).
Appartenant à l’entreprise de développement culturel Yuzuo de la ville de Shenzhen, Ringdoll propose depuis son lancement une offre abondante de BJD à récit en grandes séries ou éditions limitées, qui se décline en plusieurs lignes de poupées éthérées aux influences multiples (manga, dandy, gothique, steampunk,…) d’une beauté épurée, habillées avec raffinement :  les 62 modèles Ring grown (68 à 72 cm), les 53 Ring teenager (59 à 64 cm), les 14 Ring kid (43 cm), les 5 Ring sweet (27 cm) et les 6 Ring tiny. En dehors de cette offre dite classique, Ringdoll propose les 21 modèles de l’offre « Infamous » (infamante) comprenant des zombies, un loup-garou, Jack l’éventreur, Frankenstein,…
Les poupées de Ringdoll sont faites d’une résine écologique, parfaitement inoffensive pour la peau humaine et le système respiratoire. Les prototypes sont sculptés, polis et maquillés à la main. Par ailleurs, les vêtements et les accessoires sont réalisés à la main par une équipe professionnelle de design GK, ce qui contribue à créer un environnement visuel de grande qualité pour les poupées. Les couleurs de peau proposées sont au nombre de quatre : blanche albâtre, normale, hâlée, grise (pour des personnages spéciaux comme Frankenstein).

Infamous

Dans une interview accordée à  « Arts Illustrated », Shan Huang, directrice artistique de Yuzuo et co-fondatrice de Ringdoll, légitime l’offre « Infamous » par le recours obstiné à une esthétique de la violence assumée, sans motivation mercantile, qui vient réveiller la peur subversive en chacun de nous, mais qui n’est pas acceptée par tous. À la période d’Halloween 2010, Ringdoll lance Jessica, la fille sombre à la tronçonneuse avec son tablier blanc ensanglanté, qui devient rapidement populaire (photo de gauche). Puis c’est au tour de Norman, directeur d’orphelinat et jeune marié ayant perdu sa femme et s’enfonçant dans un douloureux exil intérieur (photo de droite).

Sortent ensuite Frankenstein, le monstre solitaire et sa promise Eva, créée spécialement pour lui par le Docteur Stein (photo de gauche), puis le zombie Sol, victime d’un virus biochimique (photo de droite).

Parmi les nombreux autres modèles, citons encore Welcome, l’adolescent et son hamburger diététique (photo de gauche) et Jack l’éventreur avec son regard inquiétant (photo de droite).

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La démarche créative

Dans son interview, Shan Huang revient en détail sur le processus de réalisation des poupées : « tout part d’une suggestion de ma directrice commerciale, un personnage de fiction présent sur le marché et actuellement populaire. En tant qu’artiste, j’ai naturellement tendance à refuser ces suggestions qui entravent ma créativité. Mais j’ai dû ces dernières années me rendre à l’évidence de la pertinence d’une relation au marché pour trouver un public ». Après avoir accepté un personnage, Shan se documente en profondeur à son sujet : textes, images, films, animations,… Il lui faut un à deux mois pour comprendre les raisons de sa création. Puis elle oublie tout et part de zéro pour élaborer de nombreuses versions de projets qu’elle montre à son équipe et discute avec elle, afin de retenir une version. Parfois l’équipe lui suggère de revoir cette version, parfois elle lui conseille d’ignorer les critiques et de la conserver. « J’adore mon équipe », poursuit Shan, « je crée et elle pense au marché, et parfois me conseille de l’ignorer, quand une idée géniale semble aller à l’encontre de ce marché ». Une fois la version retenue approuvée par toute l’équipe, celle-ci procède à l’étape suivante : la réalisation de la sculpture, du maquillage et des vêtements.  Cette étape, qui prend deux mois, inclut des révisions de la conception retenue et une compréhension approfondie du personnage. Pour prendre l’exemple de Frankenstein, deux versions ont été réalisées, et Shan en a à l’esprit une troisième.

Les classiques

Pour avoir un petit aperçu de l’univers des Ringdoll et de sa variété, nous présentons ici un personnage de chaque ligne classique.
Padro, de la ligne Ring grown, est le parrain de la mafia, son nom de code est le Hiérophant (photo de gauche). En 2020, un virus transforme sa femme et sa fille en zombies et il n’a d’autre choix que de les tuer, ce qui le plonge dans une profonde tristesse.
Le lapin blanc, de la ligne Ring teenager, est le célèbre personnage d’Alice au pays des merveilles (photo de droite). Avec son gilet bleu et sa montre à gousset, il répète « en retard, toujours en retard ». Alice le poursuit jusqu’à tomber dans un terrier qui l’emmène au pays des merveilles.

Alfanso, de la ligne Ring kid, hérite du titre de seigneur de son père, mort d’une mystérieuse maladie, et de son épée, symbole de son territoire et de son peuple, qu’Alfonso doit désormais protéger (photo de gauche).
Bobo style-B, de la ligne Ring sweet, la petite fille modèle au drôle de chapeau et à la culotte bouffante à carreaux noirs et blancs, attend patiemment dans son fauteuil rose une amie pour aller jouer (photo de droite).

Mini Ringdoll, de la ligne Ring tiny, la petite fille diaphane aux taches de rousseur et au regard triste, spécialement conçue pour le festival Ringdoll du printemps 2016. Elle porte une robe en dentelle blanche et un gros collier de perles.
Outre ses poupées habillées, Ringdoll propose à la vente un grand nombre de costumes, perruques, chaussures, yeux et accessoires (sacs, épées, colliers, lunettes, masques,…).
En tant que fabricant de BJD de renommée internationale, Ringdoll a participé à de nombreux salons dans le Monde depuis 2010, dont Dollism Plus à Hong Kong et à Tokyo, et le Salon International Dolls Rendez-Vous de Paris.

L’avenir

Lorsqu’on lui demande où elle se voit dans 5 à 10 ans, Shan Huang revient sur ses débuts difficiles à Ringdoll, quand elle n’avait même pas de quoi s’acheter à manger, que la livraison des poupées avait connu une rupture de six mois à cause de problèmes de production à l’usine, et qu’elle avait songé plusieurs fois à abandonner. Mais grâce à son équipe et au succès rencontré, elle continue et invite même les concepteurs qui le souhaitent à participer à l’aventure. Elle envisage dans un futur proche de travailler avec des créateurs étrangers et de mener à bien des projets évolués sans prendre en compte les délais de production, afin de démontrer les capacités de Ringdoll. Ci-dessous de gauche à droite, deux poupées de la ligne Ring grown : la Valkyrie Sigrdrífa ; Pingzhang Xiao, personnage de la série télévisée chinoise « Nirvana en feu 2 ».

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Les poupées mannequins de JAMIEshow

JAMIEshow dolls, qui fêtera ses dix ans en 2019, est une entreprise américaine de fabrication de BJD en résine. Cette résine translucide hypoallergénique non toxique brevetée appelée smooth J, spécialement développée pour JAMIEshow, procure aux poupées une texture douce. Disponibles en versions féminine et masculine, les poupées, de grande taille (41 cm) et présentant une allure glamour, offrent un degré d’articulation et une posabilité élevés. Les quatre premiers modèles Jamie, Ruyi, Kyra (photos ci-dessous, de gauche à droite) et Mayumi, introduits à l’automne 2009 (blossom collection), sont proposés avec des yeux peints ou en verre incrustés.

Puis sont introduits les deux hommes Paris et Ty avec leurs garde-robes, et au printemps 2010 la deuxième génération de poupées (Basic dolls) avec des corps plus pleins, de nouvelles articulations permettant une meilleure assise, un teint mat et des oreilles percées. À l’été 2010 sortent quatre nouveaux personnages, de teintes de peau variées : Lena, Sabina, Angelica (photos ci-dessous, de gauche à droite) et Sun.

Viennent ensuite Kyle (homme) et Sasha, la première poupée à perruque fixée, puis Alejandro, Lee et Eshe (photos ci-dessous, de gauche à droite).

À l’été 2011 est introduite la collection « Basic Saint-Tropez », avec de nouvelles sculptures pour Eshe, Angelica, Sun et Sasha, et des perruques fixées interchangeables. En 2013 arrivent les modèles Grace et Ling Lan. Une collaboration fructueuse de plusieurs années avec le célèbre créateur de poupées Mel Odom conduit à la renaissance de 2013 à 2018 de l’un des personnages les plus populaires et les plus aimés de l’histoire des poupées mannequins : Gene Marshall (photos ci-dessous). C’est un véritable succès public et commercial.

La même année sont produites les adolescentes Didi et Edie, puis Natalie la sœur de Kyra, enfin, en collaboration avec Mel Odom, Madra, Violet et Oona. À l’été 2014, la collection « Demi Couture » propose Grace, Eshe et Ginny en OOAK de taille 30 cm (celle de Barbie) avec 17 points d’articulation. En 2015 sortent Marlena (Marlene Dietrich) et Sofia (Sophia Loren) les stars hollywoodiennes, ainsi qu’une nouvelle Natalie, Linda (La top-model Linda Evangelista), Lauren (Lauren Bacall) et Audry (Audrey Hepburn). Veronika, le mannequin de Russie, est produite en 2016, ainsi qu’une version « retro holiday » en 2018, en robe gabardine rouge des années 1950. Côté hommes, Cameron arrive en 2012, Tatum en 2013, Trent Osborne en 2014 et Cary (l’acteur Cary Grant) en 2016 (photos ci-dessous de gauche à droite pour les trois derniers).

Dès leur lancement en 2009 par leur fondateur George Gonzalez, les JAMIEshow sont reconnues comme novatrices dans le milieu évolutif de la poupée mannequin. La résine brevetée tout d’abord, « si inoffensive que vous pouvez ingérer trois des cinq ingrédients qui la composent », comme se plaît à le rappeler George Gonzalez. Les articulations ensuite : « quand j’ai créé la ligne JAMIEshow, j’ai voulu faire la poupée la plus réaliste du marché, avec des articulations les plus naturelles possible, permettant de reproduire les mouvements de la vie réelle ». Enfin le prix, inférieur à celui des autres BJD populaires du marché. « Nous nous sommes affranchis de tous les intermédiaires, en vendant les poupées directement du producteur au consommateur », rappelle Gonzalez. Tous ces éléments concourent à la production de poupées chics aux physiques, visages et expressions caractéristiques. La diversité a été prise en compte, avec la présence de quelques poupées noires ou métisses. Des hommages aux célébrités incluent la top-model Linda Evangelista, les actrices Audrey Hepburn, Marlene Dietrich, Sophia Loren (photos ci-dessous de gauche à droite), Lauren Bacall, Doris Day et les oscarisés Cary Grant et Rock Hudson.

À l’approche du 10e anniversaire, le fondateur est fier des réalisations de sa marque, mais reste concentré sur les futures innovations : les collectionneurs peuvent s’attendre à des annonces importantes lors de la convention de 2019 qui se tiendra à Miami et La Havane.
Dès le départ, George Gonzalez ne croit pas aux stratégies à long terme : « nous ne planifions pas au-delà d’une année, et changeons souvent de direction en réponse aux tendances. Notre façon de travailler et de produire nous permet de réagir vite et de mettre une nouveauté sur le marché en 30 jours ». Il ajoute : « cependant, la mode n’est pas toujours aussi rapide, et mes influences sont heureusement plus inspirées par mes voyages et ce que je vois du monde. Comme dit notre devise ‘la beauté est partout’, et je suis constamment en recherche d’inspiration dans tout ce que je vois ». Un de ses buts avoués est d’influencer les collectionneurs avec ses idées et sa créativité, en offrant ce qui n’a jamais été fait. Selon lui, rester pertinent ne signifie pas toujours donner aux collectionneurs ce qu’ils réclament mais leur montrer ce qu’ils vont être amenés à désirer : « apporter aux gens ce qu’ils n’attendent pas est ce qui me motive. J’ai toujours produit l’imprévu au lieu de suivre les tendances ». Une de ces tendances, populaire aujourd’hui dans le monde des BJD, est de retravailler le corps des poupées pour améliorer leur mobilité et leur apparence, par exemple en rajoutant des articulations ou en modifiant leur taille. Ceci a déjà été fait depuis des années par JAMIEshow, peut-être de manière trop discrète pour être remarqué, mais néanmoins suffisante pour que leurs attributs satisfassent  aujourd’hui leurs créateurs. Une des forces de JAMIEshow est de s’être assuré de la collaboration de talents créateurs reconnus, à l’instar de Mel Odom, Lori Lyons ou Gou Pei. Ci-dessous, de gauche à droite : Gene Phoenix, Gene Marshall à la convention « Hollywood canteen » de 2016 à Chicago, robe « The pink parlor » dessinée par Gou Pei.

 

Sources de l’article :
  • Article « JAMIEshow’s terrific 10th » de Wil Peterson, dans le numéro de novembre/décembre 2018 du magazine « Dolls »
  • Site web JAMIEshow doll USA
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Les poupées BJD

Introduction

La poupée BJD (de l’anglais « Ball-Jointed Doll ») comporte des articulations sphéroïdes (en anglais « ball and socket joint »), terme emprunté à l’anatomie et désignant un type d’articulation mobile appelé énarthrose (faisant partie de la famille des articulations synoviales ou diarthroses, voir dessin ci-dessous), où la surface en forme de balle d’un os se loge dans la dépression en forme de tasse d’un autre os ; ces articulations permettent des mouvements dans les trois dimensions de l’espace.


Diarthroses : 1. énarthrose 2. condylienne 3. articulation en selle 4. trochléenne 5. articulation trochoïde

L’usage contemporain, particulièrement lorsqu’on emploie les sigles BJD ou ABJD (Asian BJD), se réfère aux poupées modernes originaires d’Asie à articulations sphéroïdes. Elles sont coulées en résine synthétique polyuréthane, un plastique dur et dense, les différents éléments de la poupée créés séparément étant maintenus ensemble grâce à des élastiques épais qui passent à l’intérieur du corps et des membres. Cet assemblage permet d’imiter presque tous les mouvements humains.


BJD Super Dollfie de 58 cm

Les BJD sont majoritairement produites au Japon, en Corée du sud et en Chine. On les décrit comme réalistes et influencées par l’anime. Elles mesurent communément environ 60 cm pour les grandes poupées (« super », photo ci-dessus), 40 cm pour les minis (« mini »), 20 cm pour les jeunes (« young »), et jusqu’à 10 cm pour les minuscules (« tiny »).

La BJD n’est pas un jouet, c’est une poupée artistique aussi fragile qu’une poupée de porcelaine, destinée aux adultes collectionneurs ou qui désirent personnaliser leurs poupées. En effet, les BJD sont totalement personnalisables : tête, mains (photo), pieds, perruque, yeux (souvent en verre ou acrylique), maquillage, qui demande une plus grande maîtrise en raison de l’emploi de textures (peinture acrylique, pastel, aquarelle,…) et de vernis spéciaux qui sont assez doux pour ne pas abîmer la résine.
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BJD Ringdoll mains

 Histoire

Les poupées articulées remontent au moins à 200 ans av JC, avec les poupées en argile ou en bois de la Grèce et de la Rome antiques. L’ère moderne en Europe occidentale des poupées à articulations sphéroïdes a débuté à la fin du XIXe siècle, époque à laquelle les fabricants français et allemands produisirent jusqu’au début du XXe siècle des poupées en biscuit dotées d’articulations en composition mesurant entre 15 et 100 cm.
En 1856, Brouillet-Cacheleux dépose en France un brevet de poupée articulée. Dans les années 1930, l’artiste allemand Hans Bellmer crée des poupées à articulations sphéroïdes qu’il utilise pour des travaux artistiques  photographiques et surréalistes.
Influencés par Bellmer et la riche tradition japonaise des poupées (photo),


Les poupées Ichimatsu Ningyo étaient très aimées pendant la période Edo (1603-1867)

les artistes en poupées japonais commencèrent à créer des poupées à articulations sphéroïdes, pour la plupart faites entièrement en biscuit et souvent très grandes (jusqu’à 120 cm), conçues comme de véritables objets d’art. Elles coûtent plusieurs milliers d’euros, et jusqu’à plusieurs centaines de milliers d’euros pour les plus anciennes créées par des artistes renommés. La communauté japonaise des artistes en poupée est toujours vivace et produit régulièrement des livres d’art contenant des photos de leurs poupées.

Les premières BJD asiatiques commerciales modernes (ABJD) sont produites en 1999 par la société japonaise Volks avec la ligne de poupées Super Dollfie vendues en kits inspirés des maquettes de garage en résine, qui étaient le produit phare de Volks à l’époque. Les Super Dollfie étaient conçues pour être hautement personnalisables et trouver une clientèle féminine.
À partir de 2002, les compagnies sud coréennes telles que Customhouse (photo) et Cerberus Project commencèrent à produire des BJD, suivies par beaucoup d’autres.


Tête de BJD Customhouse

Les premières BJD produites en Chine étaient des contrefaçons directes (remoulage de versions originales de poupées, « recast ») ou des copies de Super Dollfie ou de BJD sud coréennes. Faites de plastique, résine de mauvaise qualité ou pierre artificielle (mélange de résine et de sable), elles étaient bon marché et peu durables. Les contrefaçons rencontrent une forte opposition dans le monde des collectionneurs de BJD, pour des raisons juridiques, sanitaires et éthiques. La première société chinoise à produire des BJD originales de qualité fut Dollzone (photo), qui rencontra son marché en 2006, suivies par d’autres sociétés fortement exportatrices.


BJD modèle Riven de Dollzone

Aux États-Unis, la première société à produire des BJD avec une influence esthétique typiquement américaine fut Goodreau Doll en 2007. En France a lieu tous les ans le premier salon européen consacré aux BJD, Ldoll Festival.

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Les BJD asiatiques modernes

Les poupées ABJD valent entre 90 et plus de 1 000 €. Ces prix élevés s’expliquent par le coût des matières premières, la manipulation délicate de la résine et le processus itératif long et complexe, souvent manuel, de fabrication : dessin, sculpture, test de moulage, ponçage, nouveau test de moulage,  nouveau ponçage, etc. Une fois le corps nu terminé, il faut ajouter le coût des yeux, de la perruque, du maquillage et des vêtements.
Ces poupées tendent à suivre une vision esthétique purement asiatique, mais les conceptions varient des modèles fortement inspirés de l’anime aux designs hyperréalistes. La plupart sont anatomiquement correctes, hormis les têtes, les yeux et les pieds surdimensionnés, et tiennent debout sans besoin de support (photo).


La BJD Anastasia de Volks et ses vêtements

Concernant la personnalisation, une poupée peut même être constituée d’éléments hybrides issus de différentes sociétés. Certains propriétaires vont jusqu’à reformer des parties existantes par meulage ou application de mastic epoxy. La peinture faciale des BJD (« face-up »), comprend non seulement le maquillage, mais aussi la peinture des éléments du visage (sourcils, lèvres, teint des joues), qui s’exécute au moyen de crayons aquarellables, de peinture acrylique ou de pastels doux, pour être ensuite recouverts d’une couche vaporisée de produit de scellement mat et clair assurant leur protection.
Les éditions courantes de BJD sont vendues assemblées avec une option pour la peinture faciale, tandis que les modèles complets, souvent en édition limitée, incluent les vêtements, la peinture faciale et parfois la coloration du corps (photo) ; elles valent alors encore plus cher que les éditions courantes, jusqu’à 5 000 €.

Culturellement parlant, les BJD jouissent d’une communauté internationale large : la plus grande communauté internet de langue anglaise, Den of Angels, comptait plus de 43 000 membres en février 2016. Des rencontres se font lors d’un meeting ou dans un maid café, organisées par les constructeurs ou les revendeurs.
Les propriétaires de BJD non seulement personnalisent leurs poupées, mais leur donnent un nom, leur attribuent une famille et des traits de caractère, les font participer à des jeux de rôles, voire leur parlent comme si elles étaient vivantes. Ils ont souvent d’autres centres d’intérêt comme l’anime, la mode Lolita et le cosplay, et certains habillent leurs poupées dans un style correspondant. Les BJD sont souvent habillées en tenues de mode jeunes telles que le punk ou le gothique (photo) ; d’autres exhibent des éléments de fantasie, comme des oreilles d’elfes, des crocs de vampire, des ailes, des cornes, des sabots et des organes de cyborgs.

Les fabricants copient des personnages d’anime, de manga ou d’autres œuvres de fiction, de personnages historiques et de célébrités contemporaines.
Les ABJD incarnent des personnages dans des domaines d’expression artistiques divers : cinéma, musique (groupes virtuels), littérature, bande dessinée.
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Fabrication

Côté fabrication, les BJD sont d’abord modelées en argile polymère, les parties du corps durcies ensuite utilisées pour former des moules destinés au coulage d’une résine polyuréthane synthétique. La résine durcie a une dureté et une douceur au toucher proches de la porcelaine, en moins cassant ; cependant, contrairement à la porcelaine, cette résine a tendance à jaunir et à se dégrader dans le temps suite à l’exposition aux UV et à la chaleur. Le procédé de coulage permet de produire des moules moins chers (photo) que le moulage par injection communément employé pour la fabrication en grande série des poupées en vinyl.

Diffusion

Sur le plan de la diffusion, les BJD sont produites depuis les petites séries  d’artistes indépendants jusqu’aux très grandes séries de multinationales. Citons, parmi les nombreuses lignes de BJD existantes : les Super Dollfie de Volks et les U-noa Quluts d’Alchemic Labo (Japon) ; les Delf de Luts, les Ai de Custom Dolls, les Minimee de Dolls In Mind, les Bermann de Dollshe et les Catsy d’Elfdoll (Corée du sud) ; les Anson de Dollzone et les Alina d’Angell Studio (Chine).
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Sources de l’article
  • La FAQ « Pratiques autour de la BJD » du revendeur Jolie Doll
  • L’article « Ball-jointed doll » de Wikipedia
  • La banque terminologique canadienne Termium

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