Les poupées d’art de Munich : un jalon essentiel de l’histoire des poupées


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La naissance des poupées de caractère

D’après Florence Theriault, copropriétaire de la société de vente aux enchères de poupées anciennes Theriault’s et auteure, l'idée selon laquelle les poupées de caractère sont un phénomène récent n’est pas la seule méprise dans l’histoire des poupées. L’autre idée fausse situe l’origine du mouvement allemand de réforme des poupées d’art au moment de l’exposition organisée en 1908 dans la branche munichoise de la chaîne de grands magasins Hermann Tietz par son directeur du département jouets Max Schreiber. En fait, on peut noter un intérêt spécifique pour la caractérisation dans certaines poupées françaises plusieurs décennies auparavant, par exemple la série 200 de Jumeau à la fin des années 1880. Cet intérêt se maintient après le mouvement de réforme des années 1905-1915, période que l’on pourrait décrire précisément par l’expression « du caractère comme concept ». Le mouvement trouve ses racines dans les deux décennies précédentes, durant lesquelles les sculpteurs étaient encouragés à créer des poupées ressemblant aux « enfants des rues » : boudeuses, pensives, mélancoliques, rieuses ou espiègles, elles dégagent une vraie personnalité. On assiste également à la naissance des poupées commerciales signées par des artistes, à l’instar du Kewpie de Rose O’Neill.

Les poupées Marion Kaulitz

Quoiqu’il en soit, une artiste retient l’attention à l’exposition sur les poupées d’art de 1908 : c’est la comtesse Marion Magdalena Kaulitz, originaire de Gmünd sur le lac Tegernsee en Bavière. Forte de ce premier succès, elle se joint à Hermann Tietz dans une deuxième exposition commémorant le 750e anniversaire de Munich. Son catalogue mentionne : « Marion Kaulitz : poupées sculptées par Marie Marc-Schnür, Joseph Wackerle et Paul Vogelsanger ; habillées par Marion Kaulitz, Alice Hegermann et Lillian Frobenius ». À la suite de ces deux événements, des articles élogieux sur les artistes sont publiés dans des magazines et des livres : le mouvement allemand de réforme des poupées est bien parti.


                         © Theriault’s                                       © Theriault’s
La troisième présentation de poupées d’art de Munich a lieu dans le grand magasin Hermann Tietz de Berlin pour Noël 1908, dans le cadre d’une exposition sur les poupées produites à Sonneberg. Treize poupées d’art de Munich peuvent aujourd’hui être admirées au musée de Sonneberg, aussi réalistes et charmantes qu’à l’origine, avec leurs vêtements et accessoires en parfait état de conservation.
En 1909, Marion Kaulitz dépose la marque « Poupées d’art Kaulitz de Munich ». Comme Käthe Kruse, elle utilise des cartes postales comme support publicitaire. Elle réalise l’importance des expositions pour conserver l’intérêt du public.
Son succès est remarqué et les concurrents ne tardent pas à riposter. En 1909, Franz Reinhardt, directeur de l’entreprise Kämmer & Reinhardt (K & R) dépose la marque commerciale « Charakterpuppe » (Poupées de caractère). Il organise une exposition privée dans le grand magasin Hermann Tietz de Berlin pour lancer la première tête de bébé de caractère de K & R, moule 100 (le bébé de l’Empereur) ainsi que le moule 101, habillé en fille (Marie) ou en garçon (Pierre). Ces poupées de caractère, exposées au grand public pour la première fois au Noël 1910 dans le même magasin Tietz de Berlin, en même temps que les belles poupées en tissu de Käthe Kruse, rencontrent un grand succès. Marion Kaulitz réplique en revendiquant dans une publicité de journal de 1911 la paternité des poupées de caractère, et accuse K & R de copier les visages, les vêtements et les coiffures de ses poupées. Après une période de démêlés par voie de presse durant laquelle Max Schreiber se range du côté de K & R, Marion Kaulitz intente une action en justice qu’elle perdra.
Ceci n’empêche nullement les deux parties de produire de nouveaux modèles de poupées en 1911 et 1912. Marion Kaulitz introduit 14 nouveaux modèles et dépose en 1911 la marque « Kaulitz » pour les « poupées, corps de poupées, têtes, perruques et vêtements de poupées ». La même année, elle expose à Berlin, Paris, Vienne et Francfort, où elle reçoit le prix de la poupée d’artiste la plus originale. Elle avait auparavant reçu une médaille d’or à Bruxelles en 1910 et un premier prix à Breslau en 1911. En 1912, elle devient membre de  l’Union Internationale des Arts et Sciences de Paris. Ses poupées commencent à être distribuées aux États-Unis. La princesse héritière de Roumanie visite l’atelier Kaulitz au lac Tegernsee et y fait des achats remarqués, tandis que la reine de Bulgarie commande six poupées pour le Noël de sa famille.


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Jouets ou objets d’art ?

Marion Kaulitz ne considérait pas ses poupées comme des objets d’art ou de collection demandant des prix élevés, mais plutôt comme des jouets pour enfants. Leur prix restait donc modéré, malgré leur caractère artistique indéniable. Construits pour durer et pour être facilement remplacés, ils subissaient à la manière de Käthe Kruse un contrôle de qualité manuel par ses soins. Elle n’a jamais déposé de brevet de conception DRGM pour ses poupées, aussi n’avons nous aucune information sur sa technique de fabrication. Par ailleurs, leur  fabrication éphémère a conduit à de faibles volumes de production.
Jusqu’à présent, 16 moules de visage distincts ont été identifiés, avec une gamme de tailles comprise entre 30,5 et 63,5 cm et une conception de tête commune à différentes tailles. Des peintures faciales, perruques, cheveux peints et vêtements variés ont garanti des poupées uniques. Ceci était intentionnel, Marion Kaulitz ayant déclaré « qu’aucune poupée ne devrait ressembler à une autre ». La plupart des têtes sont à rotule, quelques une étant des têtes collerette. Elles sont généralement présentées comme étant faites en composition dure, et parfois en papier mâché, deux matériaux à ingrédients multiples, chaque fabricant ayant sa propre recette, à dureté spécifique. La composition est habituellement beaucoup plus dure et plus résistante que le papier mâché, aussi les poupées Kaulitz faites de ce matériau sont elles parvenues jusqu’à nous en bon état de conservation.
Les peintures et sculptures d’enfants datant de la Renaissance étaient souvent utilisées comme modèles pour les têtes de poupées d’art, l’influence revendiquée de Marion Kaulitz étant le sculpteur Donatello. Le collaborateur le plus assidu de Marion Kaulitz est le sculpteur Paul Vogelsanger. Aline Stickel et d’autres artistes assistent Marion Kaulitz dans la peinture des têtes. La plupart des poupées d’art de Munich ont des yeux peints et des bouches fermées ou ouvertes/fermées, certaines avec des sourcils peints. Les peintures utilisées sont de bonne qualité et la plupart des poupées ont conservé leur patine et leurs couleurs.
L’usine Cuno & Otto Dressel fabrique la majorité des corps articulés en composition de qualité élevée, les autres étant attribués aux fabricants K & R et Kestner. Les têtes à rotule se retrouvent sur les premiers, la plupart avec des poignets articulés. Les têtes collerette, plus rares, se retrouvent sur divers types de corps, en tissu ou en cuir avec des bras en composition, bois ou biscuit.
Outre Marion Kaulitz, Alice Hegermann et Lillian Frobenius, précédemment citées, Helen Stein et Hermine Baretsch sont chargées de l’habillement des poupées, typiquement en costumes provinciaux allemands et français ou en tenues de jeu pour enfants. Les habits offrent un grand luxe de détails et emploient divers tissus tels que soie, coton, velours et laine tricotée.


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On ne sait pas combien de poupées a produites Marion Kaulitz. Cependant, il existe un indice : quatre poupées vendues au musée de Sonneberg en 1912 portent les numéros de facture 2965 à 2968, peut-être le nombre de poupées vendues à cette date ? elles sont très recherchées aujourd’hui, mais cela n’a pas toujours été le cas : on raconte que certains collectionneurs et vendeurs des débuts arrachaient les têtes des poupées pour les jeter et réutiliser les corps !

1913 et après

Influence du procès contre K & R ou pas, il existe très peu de traces de Marion Kaulitz ou de ses activités dans la littérature après 1913. On trouve une mention de la fabrication de bouilloires à tête de poupée en 1915, de la production au début des années 1920 de poupées dans un atelier appartenant à Marion Kaulitz, et de poupées multiculturelles en 1923, sans détails et sans images. Une lettre d’une certaine Mme Lilli B., adressée en 1915 à Käthe Kruse, rapporte : « J’ai acheté trois poupées à la pauvre Kaulitz à Noël. La pauvre âme a tenté de se suicider tellement elle ne supportait plus de survivre jour après jour. » Que s’est-il passé entre 1913 et 1915 pour qu’elle en arrive à de telles extrémités ? en 1924, Marion Kaulitz s’installe avec son amie Aline Stickl dans la petite ville de Bayrish Gmain, dans les archives de laquelle cette dernière est enregistrée comme artiste peintre. Marion décède en 1948 à l’âge de 83 ans. Triste fin pour une artiste dont la créativité a marqué l’histoire des poupées. Elle n’aura pas connu de succès durable dans son existence. Malgré ses talents évidents, elle a disparu de la scène des poupées aussi rapidement qu’elle y est arrivée, privée de notoriété et d’aisance financière. Mais elle a laissé un merveilleux héritage que le public peut pleinement apprécier aujourd’hui.

Sources de l’article
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DollArtBarcelona 2020, une exposition libre et chaleureuse


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Introduction

La quatrième édition de ce salon international de poupées d’artistes s’est tenue au Cercle Artistique Royal (Reial Cercle Artístic en catalan) de Barcelone du 2 au 4 octobre 2020. Malgré l’absence de certaines artistes et les restrictions d’accès dues à la Covid-19, cette manifestation a été un succès. Ce fut l’occasion d’échanges passionnés dans une atmosphère chaleureuse et libre, laissant aux artistes le loisir d’aller et venir sans être obligées de rester fixées à leur stand, la dynamique organisatrice Elena Kantur s’occupant de l’accueil du public et de la gestion des ventes en leur absence.

Le Reial Cercle Artístic

Cette institution, qui bénéficie du titre « Royal » depuis un décret du Roi Alphonse XIII (dont la signature figure sur le livre d’or du Cercle) de 1917, a joué un rôle majeur dans l’histoire de l’art en Espagne. De fait, le Cercle entretient d’excellentes relations avec la Maison Royale depuis 1906, date à laquelle l’artiste Carlos Vásquez y réalisa un portrait du Roi. Avant d’accueillir des artistes peintres prestigieux tels qu’Eliseo Meifrén, Modest Urgell, Joaquim Mir, Ramón Casas ou Isidre Nonell, le Cercle était une simple association qui réunissait étudiants et amateurs d’art.
Il abrite aujourd’hui une école d’art, une salle de théâtre, et héberge des expositions, conférences, tables rondes et concerts. Quelques événements prestigieux marquent son histoire : l’organisation de la section Beaux-Arts de l’Exposition Universelle de 1888 de Barcelone ; l’exposition d’art de 1918 ; le concours « Barcelone vu par ses artistes » de 1931 ; l’exposition de nus de 1933. Des festivités culturelles y sont données, comme des bals masqués, des célébrations de Noël, des soirées de gala ou les processions de la Mercè, données en l’honneur de la Mare de Déu de la Mercè (Notre-Dame-de-Grâce), patronne du district de Barcelone. Enfin, le Cercle accueille l’Institut d’Art de Barcelone, créé en 1940 avec l’objectif de promouvoir l’art à travers l’enseignement et la recherche. L’institut offre des cours d’histoire de l’art, des ateliers sur les techniques de dessin, peinture, sculpture, céramique, impression, photographie et restauration, et des séminaires sur les divers aspects de la représentation comme la perception, la perspective, la forme, la couleur, l’harmonie ou la beauté.
L’origine du Cercle remonte à mai 1881, lorsque son emblème fut choisi et ses statuts rédigés, visant à la promotion des Beaux-Arts dans toutes ses manifestations. Tout au long de son histoire, le cercle a possédé divers sièges dans la capitale catalane, jusqu’à occuper au début des années 1970 un bâtiment de la fin du XIVe siècle restauré, situé près de la place de la cathédrale. Connu comme le Palais Pignatelli, il jouxte la Maison Bassols du XVIe siècle, rénovée par l’architecte Josep Fontserè i Domènech au début du XIXe siècle avec de nombreuses fenêtres gothiques et bas-reliefs Renaissance (photo ci-dessous).


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L’organisatrice Elena Kantur

L’âme de DollArtBarcelona, c’est elle (photo ci-dessous). Ukrainienne vivant à Barcelone depuis plus de six ans, Elena Kantur était dans une autre vie directrice commerciale dans les télécommunications à Kievstar, Datagroup puis UkrTelecom jusqu’en 2010. Elle élève ensuite ses deux filles et se met à fabriquer des poupées en 2013, reprenant ainsi une activité qu’elle affectionne depuis l’enfance. 2014 est une année charnière, puisqu’elle commence à vendre ses poupées et s’installe à Barcelone, en raison des événements politiques en Ukraine marqués par la fin des idéaux de la révolution orange.
La genèse de DollArtBarcelona est une conversation en janvier 2017 entre Elena et son amie Ksenia Chalaya, décoratrice et fleuriste, dans l’atelier de cette dernière, Floratelie. Elles discutaient de la journée internationale des fabricants de poupées qui a lieu le 21 mars, et eurent l'idée d’organiser un salon de poupées à cette occasion. Le projet est mis sur pied en deux mois et la première édition de DollArtBarcelona voit le jour en mars 2017 sous le nom « Las muñecas tan differentes » (des poupées si différentes), avec la présence de 15 artistes et la réalisation d’une vente.
Au vu du succès de cette manifestation, les deux femmes décident d’en faire une édition annuelle dans un esprit de galerie, où les artistes peuvent circuler librement sans être rivées à un stand. Lors d’une discussion au salon de poupées de Prague avec deux amies artistes ukrainiennes, Irina Zhmurenko et Juliet Pelukh, la décision est prise d’organiser un concours de poupées pour la quatrième édition de DollArtBarcelona en 2020, ce qui sera fait sur le thème  « Ma mer ».


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Une sélection d’artistes

Nous avons choisi d’illustrer dans cette sélection l’originalité de la production exposée au salon.

Elena Glinina

Née en Russie en 1975, cette artiste élevée à Moscou vit aujourd’hui à Barcelone. Elle réalise de belles poupées non articulées en tissu, en sculptant de la nappe pour ouatinage (« batting ») au moyen d’aiguilles de feutrage. Elena expérimente également d’autres techniques : Flumo, impression 3D. Passionnée de gymnastique rythmique, elle représente souvent avec une justesse remarquable des gymnastes célèbres en action telles que Yana Kudryavtseva, vêtues de justaucorps en coton et soie qu’elle confectionne elle-même. Son autre passion est le patinage artistique. Elle crée sa première poupée en 2014, qui vit aujourd’hui à Londres.
Tout d’abord autodidacte, elle finit par suivre des cours en ligne avec la célèbre artiste américaine Lisa Lichtenfels, à laquelle elle emprunte sa technique : fabrication d’un squelette métallique, réalisation des os en styrofoam, sculpture de la musculature en nappe pour ouatinage, étirement de deux couches de tissu semi-transparent pour la peau. Les yeux sont en argile peinte à l'acrylique couverts de vernis imitant le verre, ou en perles de verre. Les cheveux, qu’elle teint parfois, ainsi que les cils, sont en poil de chèvre naturel.
Il y a 18 ans, Elena rêve une nuit d’un endroit bien à elle empli de poupées. En se réveillant, elle fait une recherche sur internet, découvre les poupées d’art et décide que c’est ce qu’elle veut faire. Elle se rend à Moscou pour prendre des cours de fabrication de poupées en argile polymère avec Nadezhda Gensitskaya. Mais elle n’aime pas le contact de l’argile et son autre matériau de travail, le super sculpey, est cher. Elena abandonne un temps les poupées pour élever ses enfants.
Elle fait plus tard dans des livres américains une autre découverte, les poupées en tissu. Son travail avec Lisa Lichtenfels lui permet d’atteindre le degré de réalisme qu’elle recherche dans ses poupées. Elena sculpte aussi des portraits sur commande à partir de photos.
Ses projets : réaliser un écorché en tissu, ainsi qu’une poupée avec laquelle les enfants puissent jouer. Le public peut voir ses œuvres sur sa page Facebook et sur son compte Instagram. Ci-dessous, trois poupées réalisées avec la même technique : armature métallique pour le squelette, ouate synthétique pour les muscles, tissu extensible pour la peau, crâne en styrofoam, cheveux naturels humains ou en poil de chèvre, yeux en perles de plastique peintes à l’acrylique, vêtements en lycra et velours avec cristaux Swarovski. Ci-dessous, de gauche à droite : Margarita, gymnaste au cerceau, 50 cm, 2019 ; Alexandra, gymnaste au ruban, 40 cm, 2018 ; gymnaste à la balle, 67 cm, 2017.


  © Elena Glinina                        © Elena Glinina                    © Elena Glinina

Larisa Davletshina

« Keep it simple » (Faire simple) est la devise de cette artiste russe qui fabrique des poupées statiques en papier mâché. Mais ne nous y trompons pas : simplicité n’est pas facilité, bien au contraire. Le dépouillement de ses créations n’est obtenu qu’au prix d’un travail opiniâtre, qui plus est sur un matériau, le papier mâché, connu pour être exigeant, bien que naturel. Les vêtements en coton, confectionnés par l’artiste elle-même, sont collés sur le corps de la poupée dans un mouvement harmonieux.
Clowns, sirènes, lapins, princesses : ses sujets sont variés mais manifestent les mêmes sentiments. De la sirène perplexe devant une paire de bas (photo de gauche ci-dessous) au clown amoureux offrant son cœur (photo de droite ci-dessous), ils expriment tous tendresse et humour.


                  © Larisa Davletshina                           © Larisa Davletshina

Née à Ufa (Russie) en 1971, Larisa est élevée dans cette ville puis à Moscou, avant de s’installer à Barcelone il y a quelques années. Elle pratique les arts plastiques (dessin, peinture) depuis l’enfance, mais ne fabrique des poupées que depuis deux ans, dont la qualité et la maturité sont déjà bien affirmées. Marquée par une master class avec l’artiste russe originaire de Kazan Maria Kolegova (studio AnyaManya), elle poursuit son apprentissage en autodidacte.
Comme pour beaucoup d’artistes, les événements de la vie sont sa source d’inspiration. Elle revendique en outre l’influence du couple de créateurs russes Anastasiya et Sergey Lutsenko.
Chaque poupée commence par un dessin. Cependant, le résultat diffère souvent de l’idée initiale, ce qui ne cesse de l’étonner : un pêcheur devient clown, comme si les poupées, échappant à leur créatrice, vivaient d’elles-mêmes. Larisa réalise d’abord le corps, puis la tête et enfin les membres. Le corps est couvert de papier collé avant de confectionner les vêtements en coton et de les coller sur le corps. Les cheveux sont en poil de chèvre teint par l’artiste pour obtenir les couleurs exactes désirées.
Outre la fabrication de poupées, Larisa pratique activement le dessin, la peinture à l’huile figurative et la sculpture. Elle étudie actuellement à l’Académie des Arts de Barcelone, donne des cours d’art plastique et vend ses peintures. Comment s’étonner devant un tel engagement que Larisa entende devenir une artiste professionnelle reconnue ?


              © Larisa Davletshina                            © Larisa Davletshina

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Julia Garmashova

Une fois n’est pas coutume, nous allons parler d’ours en peluche. Julia Garmashova est une artiste prometteuse qui crée des ours aboutis après seulement un an de pratique. Née à Sotchi (Russie) en 1977, elle y grandit et vit aujourd’hui à Barcelone.
Ses ours sont réalisés en viscose et mohair d’Allemagne, bourrés à la sciure de bois et lestés de granulés minéraux. Ils possèdent cinq articulations à disque aux épaules, aux hanches et au cou, des gueules peintes à l’huile et des yeux en verre. Elle confectionne elle-même de charmantes tenues en coton et soie.
Julia a appris à fabriquer des ours en peluche à l’aide de cours en ligne et de magazines. Elle a commencé par peindre des ours avant de les réaliser en trois dimensions. Son influence revendiquée est le travail de la créatrice d’ours ukrainienne Elena Moshkina.
Chaque ourson commence par un dessin, plusieurs s’il s’agit de séries que Julia affectionne particulièrement (photo ci-dessous). Les ours, cousus à la main, sont surtout différenciés par le traitement des gueules : longueur du museau, rapprochement des yeux, peinture des traits.


                                                    © Julia Garmashova

Julia aime pratiquer la peinture et envisage, pourquoi pas, de fabriquer un jour des poupées. Elle souhaite à l’avenir participer à d’autres salons, sa première expérience à DollArtBarcelona 2020 s’étant révélée très intéressante.
Elle se souvient avec amusement de son premier ours en denim, qu’elle trouve très laid mais qu’elle aime beaucoup et conserve précieusement. Ci-dessous, de gauche à droite : Ivy, août 2020 ; Teodor, juillet 2020 ; Leo, juin 2020.


   © Julia Garmashova          © Julia Garmashova          © Julia Garmashova

Elena Kantur

L’organisatrice de DollArtBarcelona (voir plus haut) est aussi une artiste en poupées confirmée. Certaines de ses créations délicates au regard interrogateur (photos ci-dessous, « Irriel » à gauche et « Nora » à droite, toutes deux produites en 2020) font penser au travail du célèbre artiste russe Michael Zajkov, qu’Elena affectionne particulièrement.


                  © Mila Belyaeva                                      © Mila Belyaeva

D’autres flirtent avec un réalisme étonnant (Audrey Hepburn, 2020, photo de gauche ci-dessous) ou un humour décapant (Fifi Brindacier, 2019, photo de droite ci-dessous).


                         © Mila Belyaeva                                    © Modna Lyalka

Née à Kiev (Ukraine) en 1983, Elena grandit dans cette ville et s’installe avec sa famille à Barcelone en 2014. Pendant son enfance, elle habille des poupées avec les chutes de tissu qui lui tombent sous la main. À l’âge de 11 ans, on lui offre une petite poupée en polymère et elle lui fabrique une « amie » articulée.
Entièrement autodidacte, sans aucun influence revendiquée, elle confesse en riant être motivée par l’argent. Elle souhaite étendre la renommée de DollArtBarcelona aux niveaux national et international, tout en conservant l’esprit libre et intime du salon.
Elena crée des poupées OOAK qu’elle sculpte directement dans le Cernit. Elle avoue ne pas aimer réaliser les jambes, les parties du corps qui retiennent sa préférence étant les visages et les mains. Ses créations ne sont pas articulées, mais peuvent changer de position grâce à la présence de fils métalliques dans les membres. Les cheveux, qu’elle teint parfois, sont en angora, ou en poil de lama ou de chèvre. Elle confectionne les vêtements de ses poupées avec du coton et de la dentelle anciens, parfois chinés au marché aux puces « Los incantes » de Barcelone. Elle produit des poupées professionnellement depuis 2014, au rythme d’une quarantaine par an. Elle pratiquait la peinture et la mosaïque, mais se consacre aujourd’hui entièrement aux poupées.
Elena organise régulièrement des stages de fabrication de poupées en argile polymère au Cercle Artistique Royal. Membre de l’Association Ukrainienne des Arts Appliqués, elle a pour objectifs d’améliorer ses techniques de sculpture et de couture, et d’apprendre à réaliser des BJD.

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Yaki Chacón

Cette artiste colombienne travaille avec un matériau original, le caoutchouc eva. Elle utilise les propriétés thermoformables de cette matière pour mettre en forme ses poupées statiques et leurs vêtements. Il en résulte de délicieuses créatures à la mine espiègle et aux tenues pastel colorées. Ci-dessous, de gauche à droite : « Matilda », 35 cm, 2018 ; « Milán », 38 cm, 2018.


                      © Yaki Chacón                                          © Yaki Chacón

Née à Bucaramanga (Colombie) en 1975, Jackeline (Yaki) Chacón grandit dans cette même ville et vit aujourd’hui à Madrid. La première poupée qu’elle réalise est un clown. Yaki se souvient qu’à cette occasion, elle montre sa poupée dans une émission de télévision, reçoit de très nombreux appels et une soixantaine de demandes de cours, qu’elle assure. Il y a une quinzaine d’années de cela, elle fabriquait des poupées en tissu. Puis, à l’occasion d’ateliers en ligne avec différents artistes, elle se met au caoutchouc eva.
Yaki n’avoue comme sources d’inspiration revendiquées que les photos d’autres poupées et sa propre imagination.
Sur le plan technique, elle travaille à partir de feuilles de caoutchouc eva qu’elle chauffe au fer à repasser et au chalumeau afin de les mettre en forme pour représenter les différentes parties du corps, ainsi que les vêtements. La coloration corporelle et le maquillage sont réalisés à l’aide de peintures translucides acryliques et à l’huile. Les cheveux sont en feutre teint.
Outre la fabrication de poupées, Yaki pratique la peinture. À l’avenir, elle souhaite enseigner et rêve d’ouvrir une boutique ou une galerie de poupées. Ci-dessous, de gauche à droite : « Fiorella », 35 cm, 2020 ; « Thomas le danseur », 40 cm, 2017.


            © Yaki Chacón                                        © Yaki Chacón

Anzhela Kavalevich

Cette artiste nous vient de Biélorussie, où elle est née à Grodna en 1974. Elle grandit à Minsk, la capitale, et devient psychologue, avant de s’installer à Barcelone en 2018. C’est à cette occasion qu’elle commence à fabriquer des animaux et des poupées pour s’occuper. Après seulement deux ans de pratique, cette créatrice prometteuse propose de ravissantes poupées en coton cousues à la machine (photos ci-dessous) et de charmants chiens et chats réalisés au crochet et couverts de poils en mohair. Poupées et animaux sont articulés avec du fil métallique ou dentaire.

© Anzhela Kavalevich  © Anzhela Kavalevich        © Anzhela Kavalevich

Anzhela suit quelques master classes en ligne avant de poursuivre en autodidacte. Elle puise son inspiration dans les poupées d’autres artistes en général, et dans le travail de la créatrice russe Irina Niminushchaya en particulier.
Sur le plan technique, Anzhela achète et adapte des patrons, qu’elle emplit avec des fibres de rembourrage creuses, avant de procéder à la peinture et au maquillage acryliques. Les poils en mohair, déjà teints, subissent un shampoing et un après-shampoing.
Poursuivant le rêve d’un chat qu’elle voulait tricoter et qu’elle a réalisé à son réveil, Anzhela souhaite à l’avenir étendre sa palette d’animaux et apprendre à fabriquer des poupées en argile polymère. Ci-dessous, animaux au crochet.


   © Anzhela Kavalevich    © Anzhela Kavalevich     © Anzhela Kavalevich

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Concours et prix du public

En marge de l’exposition étaient organisés un concours de poupées sur le thème « Ma mer » (photo ci-dessous), arbitré par un jury de sept personnalités, et un vote de la poupée préférée du public.


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39 artistes participaient au concours, doté d’un premier prix de 500 €. Le jury était composé de : Irina Zhmurenko, organisatrice du concours, artiste en poupées de porcelaine, membre de la GDS (Global Doll Society) et de la British Puppeteers Association, multiple lauréate de compétitions internationales ; Josep Felix Bentz, président en exercice du Cercle Artistique Royal ; Svetlana Solntseva, responsable des relations publiques de Cercle et co-organisatrice de la quatrième édition de DollArtBarcelona ; Juliet Pelukh, artiste en poupées, membre du NIADA (National Institute of American Doll Artists) ; Elena Glinina, artiste en poupées (voir plus haut) ; Maria Kolegova et Anna Gigorieva, artistes en poupées (duo AnyaManya).
Le premier prix du concours a été attribué à Julia Zyubyairova (Japon) pour « Spring sea » (photo de gauche ci-dessous). Les deuxième et troisième prix (photos du centre et de droite ci-dessous) revenaient respectivement à Vera Zhukovskaya (Russie) pour « Whistle of the fish » et à Alla Lukianova (Canada) pour « Lily sea ».


       © Mila Belyaeva                © Mila Belyaeva                © Mila Belyaeva

Le prix du public a été attribué à Olga Cherny et Milena Kolomiets pour « The sea of love » (photo ci-dessous).


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Les femmes qui ont changé le monde de la poupée jouet


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De tous temps, les petites filles ont joué à la poupée : des simples figurines d’argile de la préhistoire aux jouets interactifs d’aujourd’hui, les représentations tridimensionnelles d’êtres humains ont toujours été partie intégrante de l’enfance. Si la façon de jouer à la poupée n’a pas beaucoup évolué au cours des siècles, il en va tout autrement des poupées elles-mêmes. Et bien que les nouvelles idées, conceptions et réalisations technologiques de nombreux hommes aient transformé ce domaine, quelques uns des plus importants changements ont été accomplis par des femmes.
Autrefois, les poupées étaient le plus souvent fabriquées à la maison, à partir de matériaux facilement disponibles : bois, tissu, cuir, voire pommes séchées ou épis de maïs. Mais dès le XIVe siècle, les familles aisées ont été en mesure d’acheter des poupées pour jouer à leurs enfants, qui représentaient des adultes en tenues recherchées. Car les poupées, jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, étaient habillées comme des petits adultes, à l’instar des enfants. C’est seulement après qu’apparaîtront les poupées enfants, qui resteront rares encore pendant un siècle.
Les premiers fabricants de poupées connus étaient un couple d’allemands nommé Otto et Mess, enregistré en 1465. Nous ne savons rien de leur production, mais des dessins et des gravures de la fin du XVe siècle attestent de la sculpture et de l’articulation de poupées en bois (photo ci-dessous).

Au milieu du XIXe siècle, des fabricants produisaient de belles et précieuses poupées commerciales en porcelaine émaillée, porcelaine ou cire. Convoitées par toutes les petites filles mais accessibles seulement aux familles les plus fortunées, elles étaient élégamment habillées de robes de soie brillantes et de grandes capes en velours lisse, avec de longs cheveux naturels et doux et de lumineux yeux en verre. Souvent conçues pour être exposées -sur une table à thé, un buffet ou un chariot- ou jouées avec de grandes précautions, en raison de leur poids et de leur fragilité, leurs constructeurs portaient des noms prestigieux tels que Jumeau, Bru, en France ou Armand Marseille, Kammer & Reinhardt, en Allemagne.
Des entreprises de poupées prospères étaient parfois fondées par des femmes, telles que Madame Huret, créatrice française de magnifiques poupées de mode (photo de gauche ci-dessous), ou Augusta Montanari  et Lucy Peck, fabricants de poupées de cire (photo de droite ci-dessous) en Angleterre. Mais le secteur était généralement tenu par des hommes, qui de ce fait dictaient la manière de jouer des petites filles au XIXe siècle, et continueront à le faire au XXe siècle.


                                                                                       © Antique Dolls

Cependant, à la maison, les mères régentaient le jeu. Dans bien des foyers, ce sont les femmes qui confectionnaient les poupées pour le jeu des petites filles, à partir de matériaux tirés de leurs paniers de travail, habituellement des chutes de tissu et de laine. Les mères regardaient leurs enfants jouer, même dans les familles aisées, et avaient tout le loisir de noter les inventions et les poupées préférées de leur progéniture. De sorte que, le temps aidant, les femmes commencèrent à influencer tout naturellement la fabrication commerciale des poupées.
Ces femmes, pour la plupart des mères, se sont rebellées contre la préciosité et le luxe des poupées produites par les hommes, en cherchant à en proposer qui plaisent vraiment -et soit financièrement accessibles- aux petites filles issues de tous les milieux sociaux, des poupées pour jouer avec cœur, à aimer tendrement. Des femmes comme l’américaine Izannah Walker, menuisière expérimentée, dépositaire d’un brevet de poupée à corps en tissu cousu et bourré et tête rigide faite de tissu collé sur un masque sculpté, et fondatrice d’une industrie familiale de production de poupées ; l’entrepreneure américaine Martha Chase, dont les poupées en tissu, faites au début pour son amusement et celui des enfants du voisinage, débouchèrent sur une industrie artisanale prospère ; les cinq autres créatrices américaines Emma et Marietta Adams et leurs « Columbian dolls », Rose O’Neill, la mère des célèbres « Kewpies », Ella Louise Gantt Smith, créatrice des « Alabama Indestructible Dolls », Julia Jones Beecher et ses « Missionary ragbabies » en tissu ; l’allemande non conformiste Käthe Kruse, à qui le mari dit « fais les tiennes » quand sa fille aînée lui demande comme cadeau de Noël une poupée « qui ressemble aux vrais bébés » et qu’il trouve les poupées de porcelaine proposées dans les magasins de Berlin froides et rigides ; ses premières créations eurent un grand succès et conduisirent à la fondation d’une entreprise encore florissante aujourd’hui ; il y eut aussi l’artiste suisse Sasha Morgenthaler, dont le besoin obstiné de créer une poupée multiculturelle esthétique et durable aboutit à la populaire « Sasha doll », première poupée asymétrique à proportions réalistes, qui se vendra partout dans le Monde ; et la combative américaine Beatrice Alexander, fille d’immigrés d’Europe de l’Est, qui commença à fabriquer dans le Lower East Side de New York des poupées en mousseline bourrée de laine de bois représentant des infirmières de la Croix-Rouge , puis créa une entreprise qui traversa le siècle avec succès et dure encore aujourd’hui.
Ces pionnières créatives dotées d’une vision, d’une grande ambition et d’une forte détermination, repoussèrent les limites du rôle assigné aux femmes à leur époque pour renouveler le genre de la poupée. Féministes avant l’heure, elles vécurent à différentes époques, dans différents pays et contextes, mais ont toutes surmonté des obstacles techniques, financiers, sociaux et psychologiques pour satisfaire leur besoin créatif.
Des femmes contemporaines, américaines ou installées aux États-Unis, ont suivi leur trace : Ruth Handler, la mère de Barbie, qui a changé pour toujours l’univers de la poupée mannequin ; Pleasant Rowland, éducatrice, journaliste, auteure, entrepreneure et philantrope à l’origine des poupées historiques à récit American Girl, qui devinrent un phénomène dans les mondes du jouet et de l’édition ; Martha Armstrong Hand, designer chez Mattel au début des années 1960, puis artiste en poupées de porcelaine OOAK et en petites éditions limitées, très respectée dans son milieu pour la perfection de sa sculpture ; Helen Kish, élève du célèbre sculpteur Bruno Lucchesi, créatrice prolifique de délicates poupées en porcelaine reprises en vinyl par différents fabricants et par la société Kish & Company, dans le but de proposer au public des poupées moins onéreuses et plus solides, et également de la ligne multiculturelle « Girls of many lands » de la société Pleasant Company ; Sara Lee Creech, créatrice avec la sculptrice Sheila Burlingame d’une poupée africaine-américaine « anthropologiquement correcte » qui exprime la beauté et la diversité des enfant noirs ; Robin Woods, éducatrice, artiste en poupées et entrepreneure, fondatrice de la Robin Woods Inc., reconnue pour la qualité et la grande élaboration de ses vêtements de poupées, et créatrice des lignes « Camelot collection » et « Poetry of childhood » qui reflètent son amour de la littérature et du costume ; Yue-Sai Kan, chinoise installée à New York, journaliste et entrepreneure, fondatrice d’une société de cosmétiques pour femmes asiatiques et de l’entreprise « Yu-Sai Wa Wa » qui propose plus de 60 modèles de poupées en vinyl à carnation et traits asiatiques ; Lorna Miller Sands, originaire des Bahamas installée en Californie, créatrice de grandes poupées noires réalistes et expressives, en particulier des bébés, reproduits en vinyl par la société Middleton Doll Company ; Niccole Graves, radiothérapeute et entrepreneure, fondatrice de la société Trinity Design Inc., dont la vocation est de produire des poupées mannequins de collection représentant des femmes issues de minorités, en particulier de sororités africaines-américaines.
De toutes ces femmes, pionnières ou contemporaines, nous avons appris beaucoup sur les jouets, les poupées, l’art, la créativité et leurs prolongements industriels.

Sources de l’article
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Modna Lyalka, le salon de poupées et d’ours d’artistes d’octobre à Kiev : une imposante manifestation

Introduction

Avec 300 exposants dont 225 artistes installés sur une surface de 2 900 m² et plus de 8 000 visiteurs, la 20e édition du salon international de poupées et d’ours d’artistes Модна лялька (Modna Lyalka, littéralement « Poupée de mode ») s’est tenue au centre d’expositions international du quartier de Levoberezhnaya de Kiev (Ukraine) du 18 au 20 octobre 2019. Ce salon, organisé par le magazine ukrainien Модное рукоделие (Artisanat et mode), est la manifestation artistique la plus importante du pays. Artistes et artisans d’Ukraine et du Monde entier y ont présenté poupées d’artistes OOAK ou en éditions limitées, anciennes ou de salon, BJD, ours et autres animaux en peluche, ainsi que de nombreux accessoires pour poupées : vêtements, chaussures, mobilier,… Ci-dessous, entrée extérieure et vue générale du hall d’exposition.


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L’exposition s’est répartie sur plusieurs zones thématiques : poupées d’artistes, reborns, poupées ukrainiennes traditionnelles (motankas), oursons et amis, Blythe et compagnie. Une manifestation parallèle portait sur les fournitures pour loisirs créatifs : couture, découpage, perlage, fabrication de bijoux, verrerie d’art, patchwork, travail du feutre,… Plusieurs animations ont émaillé les trois journées du salon : chorégraphie d’inauguration par des anges montés sur échasses, défilé de petites ballerines (photos ci-dessous),…


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En marge de l’exposition étaient présentés trois projets collectifs, « Les poupées de mode à travers les siècles », « Les épices » et « Légendes de Lviv », et un concours de poupées était organisé entre 24 candidats exposants à l’occasion du 20e anniversaire de Modna Lyalka » (voir plus bas).

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Une sélection d’artistes

Seules les poupées d’artiste nous intéressent ici. Voici donc une sélection d’artistes représentative de la diversité de la production exposée au salon.

Yuliya Malisheva

Yuliya Malisheva, originaire de Kiev et membre de l’association ukrainienne des artistes manuels, fabrique des poupées sur cadre métallique, articulées ou non, avec divers matériaux : Living Doll, La Doll, papier mâché. Toutes les tenues sont réalisées par ses soins. Ses sources d’inspirations incluent les enfants (photo de gauche ci-dessous) et les célébrités (ci-dessous au centre Elton John, et à droite Goran Bregović, le guitariste et compositeur du réalisateur Emir Kusturica). Ses modèles d’enfant dégagent une grande douceur et ses représentations de personnages célèbres sont empreintes d’une certaine ironie. Elle est également l’auteure d’une des poupées du projet « Les 20 ans de Modna Lyalka » (voir plus bas).


          © Yuliya Malysheva          © J’aime les poupées  © J’aime les poupées

Lara Vronska

Lara Vronska nous vient d’Odessa (Ukraine), ville portuaire de la Mer Noire située à 500 km au Sud de Kiev. Elle sculpte en La Doll ou en paperclay, deux matériaux séchant à l’air ambiant, de grandes et somptueuses poupées OOAK sorties d’un monde de fantasie, à l’expression fière et habillées avec raffinement. Quand on évoque devant elle le caractère merveilleux et fantastique de ses œuvres, elle répond en souriant : « c’est ma réalité ». Inspirée par la nature, le ciel, les fleurs, Lara confectionne elle-même les costumes de ses poupées. Autodidacte formée à la peinture, elle s’est aidée de magazines spécialisés pour les aspects techniques de la réalisation de poupées. Ci-dessous, de gauche à droite : « Musique céleste », « Fleur rouge » et « Magnolia ».


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Inna Zakrzewska

Originaire de Kiev, Inna Zakrzewska travaille avec un matériau peu commun : le Darwi Roc, pâte autodurcissante à grain fin. Elle réalise des poupées OOAK d’inspirations très variées. Qu’on en juge : l’actrice britannique Audrey Hepburn dans le film de William Wyler « How to steal a million » (Comment voler un million de dollars, photo de gauche ci-dessous) ; Audrey Hepburn encore (Inna déclare qu’elle est sa muse) avec son partenaire l’acteur britannique Rex Harrisson ; une grande duchesse de la dynastie des Romanov de Russie (photo du centre ci-dessous) ; un dragon ; la lune et le soleil (photo de droite ci-dessous) ; une jeune fille ukrainienne en costume traditionnel. Les tenues, élaborées, sont fabriquées par Inna dans des tissus le plus souvent anciens. Elle a appris les rudiments de la sculpture avec un professeur et s’est ensuite formée en autodidacte. Elle pratique aussi le dessin et la peinture à l’aquarelle.


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Yvonne Flipse

Yvonne Flipse a fait le déplacement depuis les Pays-Bas pour présenter quelques unes de ses sensuelles, fantasques et féériques poupées, tantôt espiègles tantôt graves. Adepte du paperclay, elle est inspirée par les liens de l’être humain avec le cosmos, la nature et les animaux. Cette artiste complète peint, sculpte, dessine, fait les vêtements de ses poupées et les accompagne de poèmes. Elle est l’auteure du beau livre illustré « Het gouden pad van de haas » (le chemin doré du lièvre) relatant les aventures d’un lièvre qui éveille sa conscience en dialoguant avec la nature. Yvonne est aussi art-thérapeute, medium et guérisseuse, et organise des ateliers créatifs ainsi que des séances de développement personnel dans son studio de Krabbendijke baptisé « Source de sagesse ». Ci-dessous de gauche à droite : « La séduction », « Brin d’herbe », Fiola ».


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Alexandra Savchenko

Alexandra Savchenko habite à  Vychhorod, à une vingtaine de kilomètres de Kiev. Son matériau de prédilection est l’argile La Doll, dans laquelle elle sculpte de fines poupées OOAK  au visage ovale et au regard langoureux (photo de gauche ci-dessous). Les vêtements, comportant parfois des éléments faits au crochet, sont élaborés par l’artiste. Elle crée également de ravissantes poupées miniature aux tenues chatoyantes montées sur des socles aux couleurs vives (photo de droite ci-dessous). Une caractéristique remarquable de sa production : les chevelures abondantes en laine teintée. Alexandra trouve parfois son inspiration dans des cartes postales, sa période préférée étant la fin du XIXe siècle et le début du XXe. Sa première sculpture en argile date de 2011, et elle a perfectionné sa technique en suivant des cours dans un atelier en 2016. Elle a participé au projet « Les 20 ans de Modna Lyalka » avec la poupée « Gymnaste ».


 © J’aime les poupées                            © J’aime les poupées 

Eve Dimitriu

Eve Dimitriu, comme Alexandra Savchenko, est de Vychhorod. Elle utilise le paperclay ou bien une technique mixte associant l’argile La Doll et le papier mâché pour fabriquer des poupées blanches évanescentes à l’expressivité affirmée, dont elle confectionne les vêtements. Danseuse à l’adolescence, le ballet classique est une de ses inspirations (photo de gauche ci-dessous). Eve a étudié la fabrication de poupées à l’école d’art de la galerie Parsuna à Kiev, puis s’est installée comme artiste professionnelle en 2012. Les deux élégantes demi-poupées aux cheveux en laine ci-dessous (photo de droite) sont des allégories en La Doll et papier-mâché peintes à l’acrylique et au pastel, réalisées en 2016 et intitulées « Où l’amour vit-il ? » et « Où la tristesse vit-elle ? ». L’ouverture dans le buste semble être placée là pour laisser passer le souffle de la vie.


         © J’aime les poupées                                  © Eve Dimitriu

Oksana Nikolska

Oksana Nikolska (Art Nikol) est originaire de Kiev. Les œuvres de cette artiste talentueuse révèlent une  maîtrise de nombreux matériaux : paperclay, papier mâché, Fimo, La Doll, Darwi Roc, qu’elle associe parfois pour travailler en technique mixte. Mais Oksana montre aussi une étonnante polyvalence : poupées de facture classique inspirées des tableaux de Bruegel l’ancien comme dans le projet des péchés capitaux (photo de gauche ci-dessous, « La colère ») ; poupées de style contemporain empruntes d’humour (photo de droite ci-dessous, « La beauté demande un sacrifice ») ; elfes tout droit sortis d’un conte de fées ;


 © Julia Malysh-Andrievska                        © Oksana Nikolska       

sculptures de jardin, comme ce grand lotus en béton (photo ci-dessous) ;


                                               © Oksana Nikolska

enfin, bas-reliefs en mélange à base de gypse, de la représentation réaliste d’animaux à l’esprit steampunk, en passant par la caricature d’un couple de danseurs. Formée à l’origine par un professeur de sculpture, elle affirme depuis 2012 son style en autodidacte. Curieusement, Oksana, qui pratique aussi la peinture et le dessin, n’aurait jamais imaginé enfant devenir une artiste.

Elena Kantur

Ukrainienne installée à Barcelone, Elena Kantur est aussi extravertie que ses poupées sont sages. Mais, comme leur créatrice, elles rayonnent d’une joie intérieure qui les fait profiter de tout ce que la vie peut leur apporter. Belles et paisibles, ses poupées esquissent un léger sourire et paraissent vous dire : « no te preocupes se feliz » (ne t’inquiète pas et sois heureux) ! le Cernit est le matériau de fabrication choisi par Elena, ce qui confère à ses créations une translucidité de chair réaliste. Des armatures métalliques procurent des articulations aux genoux et aux coudes. Les tenues vestimentaires, recherchées, sont exécutées par l’artiste elle-même. Autodidacte sans influence revendiquée, Elena fabrique des poupées professionnellement depuis 2013. Très active, elle anime des ateliers, a fondé en 2017 le salon annuel DollArtBarcelona et projette d’ouvrir une galerie pour y exposer ses œuvres et celles d’autres artistes. Ci-dessous de gauche à droite : « L’ange Tania », OOAK, 62 cm, 2019 ; « Embrassées par le soleil », trois sœurs rousses, OOAK, 70 cm, 2018.


                         © Elena Kantur                                   © Elena Kantur

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Julia Malysh-Andrievska

Julia Malysh-Andrievska, artiste et photographe kiévienne, utilise le matériau Living Doll pour réaliser des poupées diaphanes au regard grave et rêveur, semblant perdues dans l’évocation silencieuse de lointains souvenirs. Elle accorde une importance toute particulière aux costumes, travaillés et soignés, avec des tissus parfois anciens, dans le style du XIXe siècle comme ceux du couple de garçons Tom Sayer et Huckleberry Finn, héros de fiction du romancier américain Mark Twain (2019, photo ci-dessous).


                                          © Julia Malysh-Andrievska

Julia, dont on ne sera alors pas surpris qu’elle aime les poupées anciennes, découvre sa vocation suite à une rencontre avec une artiste ukrainienne, et étudie la sculpture auprès d’un maître avant de trouver son style en autodidacte. Certaines de ses poupées sont dotées d’articulations à soufflet. Elle fabrique sa première poupée en 2015 et les réalise en professionnelle depuis 2017. Ci-dessous de gauche à droite, deux autres œuvres de 2019 : « Sophia et Bekky », « Molly ».


          © Julia Malysh-Andrievska                   © Julia Malysh-Andrievska

Oksana Salnikova

Originaire de Kiev, Oksana Salnikova est une créatrice respectée et admirée par ses pairs, qui a contribué à former de nombreux artistes en poupées en Ukraine. De tous les matériaux qu’elle a testés, le Living Doll, au fini semi translucide après cuisson, a obtenu sa préférence. Ses ravissantes poupées, représentant des fillettes, ont une expression difficile à définir : mi-boudeuses mi-curieuses, leurs longs cheveux frisés défaits ou retenus en d’amples macarons, elles paraissent interroger l’observateur avec leurs yeux grands ouverts (photo de gauche ci-dessous, « Charlotte », 2019). Oksana confectionne les tenues de ses personnages : comme elle ne savait pas coudre avant de s’intéresser aux poupées, elle a développé ses propres techniques d’habillage sans couture, particulièrement appréciées par ses stagiaires. Les vêtements n’utilisent que des étoffes naturelles : soie, coton, batiste. Écoutons-la parler de l’inspiration : « je ne l’attends pas et ne la recherche pas non plus, elle m’entoure. Elle peut se trouver dans des récits de vie ou d’enfance, ou dans l’association de deux pièces de tissu qui se trouvent là côte à côte… je laisse les choses arriver ». Oksana n’envisage pas l’avenir en dehors des poupées et de la joie qu’elles apportent autour d’elles. Ci-dessous, au centre et à droite : « Luisa », 2019 et « Pirates seulement », 2019.


    © Oksana Salnikova          © Oksana Salnikova        © Oksana Salnikova

Ketrin Guv

Ketrin Guv nous vient de Zaporijia, à 560 km au Sud de Kiev. Cette artiste polyvalente a plusieurs cordes à son arc : elle crée des poupées en porcelaine de différentes tailles (29, 32 et 42 cm), des miniatures de 13 et 11 cm, des poupées pour maisons de poupées de 9,5 cm (échelle 1:12), toutes BJD, et personnalise des Blythe OOAK. Ses plus grandes poupées, au visage ovale et aux lèvres pulpeuses, à la beauté indéniable, dégagent une grande mélancolie. Toutes les étapes du processus de création, au cours duquel la poupée impose progressivement son apparence, sont effectuées par ses soins : sculpture, fabrication du moule, coulage de la porcelaine, démoulage, deux cuissons à 1 200-1 300 °C, peinture sur couverte cuite à 820 °C en plusieurs passages, maquillage, collage des cils, fabrication et teinture de la perruque en poils de lama ou de chèvre. Puis elle choisit des tissus naturels et confectionne les robes (brodées ou ornées de perles), sous-vêtements et chaussures à la main. Sa vocation lui est venue en assistant à un spectacle de marionnettes à la suite duquel elle s’essaye à la fabrication d’une poupée en argile polymère. Puis viennent les ateliers avec Irina Nalyvaiko et l’auto-formation à la porcelaine. Depuis 10 ans qu’elle crée des poupées, Ketrin trouve son inspiration dans les voyages, la musique et la rencontre avec de belles personnes. Elle pratique aussi la peinture au couteau. Son ambition : que ses poupées se transmettent de génération en génération. Ci-dessous, de gauche à droite, deux BJD de 33 cm produites en 2019 :  « Albina » et « Adeline ».


                                      © Ketrin Guv                                       © Ketrin Guv

Ci-dessous, des BJD pour maison de poupées de 9,5 cm, également produites en 2019.


                                                        © Ketrin Guv

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Zhanna Lopushanskaya

Zhanna Lopushanskaya, demeurant à Odessa , utilise aussi bien le Living Doll que le paperclay pour fabriquer de charmantes poupées aux visages ronds, aux grands yeux et à la bouche fruitée, semblant sortir tout droit d’une bande dessinée pour venir nous raconter leur histoire. Représentations de personnages réels comme Frida Kahlo (photo de gauche ci-dessous), de fiction comme Esmeralda (photo du centre ci-dessous), ou imaginées par l’artiste, leur grande expressivité les fait paraître presque vivantes. Les enfants sont également une source d’inspiration pour Zhanna (photo de droite ci-dessous). Elle réalise personnellement les costumes et accessoires de ses poupées (ce qu’elle faisait déjà étant enfant), dotées d’articulations métalliques ou à soufflet. Formée par Oksana Salnikova (voir plus haut) et Milana Shuba-Dubrova, elle ne produit professionnellement des poupées que depuis un an, mais son style est déjà affirmé. Quand elle était petite fille, Zhanna rêvait de posséder une belle poupée. Ce rêve se réalisa lorsqu’on en lui offrit une pour son anniversaire, qu’elle baptisa Macha et conserve encore aujourd’hui. En plaisantant, Macha nous confie que ce jour tombe le 31 décembre et que cette coïncidence l’a privée d’une deuxième poupée !

© Zhanna Lopushanskaya © J’aime les poupées© Zhanna Lopushanskaya 

Bella Melkova

Bella Melkova, ukrainienne installée à Tel Aviv (Israël), exploite deux matériaux, paperclay et La Doll, pour réaliser des poupées très originales dans trois styles distincts, illustrés par les exemples suivants : un grand personnage élancé au visage triangulaire souriant et au nez fin et droit, figé dans une pose dynamique, habillé d’un riche costume évoquant la Renaissance et doté de nombreux accessoires (« Mirel », 110 cm, 2019, photo de gauche ci-dessous) ; une petite poupée monochrome non maquillée, fine et gracieuses à l’expression sereine (« Fly », 2017, montable en lampe, photo de droite ci-dessous) ;


               © Julia Malysh-Andrievska                          © Bella Melkova

un nu champêtre délicat à l’allure classique, orné de fleurs, de feuilles et de mousse (« Eglantina », 2018, photos ci-dessous).


                                  © Bella Melkova                                  © Bella Melkova

Bella confectionne elle-même les costumes de ses poupées, au moyen de tissus naturels : coton, soie, mousseline. Elle s’est formée en suivant des cours dans divers ateliers, avant de trouver son style original et de réaliser sa première poupée en 2015. Conceptrice de bouquets de profession, elle reconnaît être inspirée par les fleurs dans son travail d’artiste en poupées. Pendant longtemps, Bella a pratiqué le batik et souhaite à l’avenir continuer à participer à des salons internationaux de poupées.

Evgeniya Andrieieva

Evgeniya Andrieieva, artiste affiliée au studio AnGeDolls, vit à Kharkiv, deuxième plus grande ville d’Ukraine. Elle fabrique d’adorables poupées en tissu avec articulations à soufflet, au visage rond et à l’abondante chevelure frisée, parfois sans nez ni bouche mais avec des taches de rousseur ! les tenues charmantes et colorées, faites par l’artiste, font parfois appel à la broderie, et sont accompagnées d’accessoires : bonnet de laine, sac à main, coussin,… Mais Evgeniya utilise aussi l’argile polymère, qu’elle a appris à sculpter avec Oksana Salnikova (voir plus haut) et Olga Kizhaeva. Elle s’inspire de la nature et des animaux pour la réalisation de ses poupées, technique apprise, pour ce qui concerne le tissu, en autodidacte il y a seulement un an. Evgeniya pratique également le découpage et la fabrication d’objets en résine époxy. Ci-dessous, de gauche à droite : « Aglaia », 30 cm, Living Doll, 2019 ; « L’abeille Gugik », 23 cm, tissu, 2019 ; « Ann », 23 cm, tissu, 2019.


                                          © Evgeniya Andrieieva

Tatyana Dvorchuk

Tatyana Dvorchuk, originaire de Kiev, travaille avec trois matériaux : Living Doll, paperclay et La Doll. Ses sources d’inspiration sont visiblement les voyages vers l’Orient et l’Afrique, et ses poupées ont un parfum de nostalgie d’un monde exotique disparu où le temps s’écoulait sereinement. Les tenues traditionnelles (djellaba, kimono,…), soignées, sont confectionnées par ses soins à partir de tissus variés. Elle teint elle-même les cheveux de ses poupées, faits de laine de lama, de chèvre ou de fils de soie. Tatyana, qui s’intéresse à l’univers des poupées depuis 2010, a appris à sculpter en suivant des ateliers créatifs, puis a progressivement découvert son style en autodidacte. Ses sources d’inspiration revendiquées sont lapeinture, la musique et la rencontre avec des personnes intéressantes. Outre la fabrication de poupées, elle réalise des pendentifs et pratique le perlage. Son souhait pour l’avenir : continuer à participer à des expositions et des concours. Ci-dessous, de gauche à droite : « Phénix », portrait de Lydia Vertinska dans le rôle de l’oiseau magique du film « Le tour du monde de Sadko » d’Alexandre Ptouchko sorti en 1952, inspiré d’un conte mythologique russe, 2019 ; « Les mille et une nuits », portrait de l’acteur turc Halit Ergenç dans le rôle du roi de fiction perse sassanide Shahryar écoutant les récits de sa femme Shéhérazade, 2019.


       © Julia Malysh-Andrievska                       © Tatyana Dvorchuk

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Projets collectifs
Les poupées de mode à travers les siècles

Ce projet présentait sept poupées ressemblant de manière étonnante à des poupées de mode anciennes, disposées dans un décor d’époque et réalisées par cinq artistes contemporaines : Valentina Yakovleva, Victoria Kukalo, Daria Vistavna, Eugenia Knyshenko et Elena Zadorozhnaya. Elles étaient exposées en quatre tableaux : poupées chinoises anciennes, poupées « Queen Anne » (Reine Anne), et deux tableaux de poupées de mode françaises.
Jusqu’à l’expansion économique de ces dernières décennies, les poupées fabriquées en Chine constituent une production abondante de l’industrie artisanale et des missions, peu exportée vers l’occident, dont le centre est le comptoir colonial allemand de Kiautschou. La mission protestante « Door of hope » (Porte de l’espoir) est un refuge pour esclaves libérés du début du XXe siècle situé à Shanghai, qui produit de nombreuses poupées habillées avec des répliques exactes de vêtements des personnages représentés, tenant compte de leur rang social et de leur âge. Ci-dessous, le tableau des poupées chinoises.


                                                © J’aime les poupées

La fabrication des poupées Reine Anne commence à la fin du XVIIe siècle, avant le règne de la reine d’Angleterre éponyme (1702-1714), et se poursuit durant la période georgienne (1714-1830). Entièrement en bois, ou avec des membres ou des yeux en d’autres matériaux (tissu ou cuir), ces poupées articulées au visage sculpté orné de sourcils stylisés et de pommettes rougies ont des yeux en amande peints, en verre ou en porcelaine suivant les époques, et des perruques en lin, chanvre ou cheveux naturels. Accessibles seulement aux familles aisées, elles sont pour la plupart détenues par des femmes, qui les habillent à la mode de l’époque. Ci-dessous, le tableau des poupées Reine Anne.


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Les poupées de mode françaises sont les ambassadrices de la mode de Paris (ou de Dijon lorsque la Bourgogne est puissante) en province et dans les capitales européennes, du XVIIe au XIXe siècle, avant l’avènement des magazines de mode. Cette mission est si importante pour la noblesse d’Europe qu’elles disposent de laissez-passer royaux afin de franchir les frontières sans encombre, même en temps de guerre, et ceci jusqu’au règne de Napoléon 1er. La plupart de ces poupées, à corps en chevreau ou en bois et tête en porcelaine, représentent des femmes adultes, toutefois certaines sont des bébés montrant la dernière mode enfantine. Les poupées de mode, de toutes tailles, peuvent être utilisées ultérieurement comme jouet. Ci-dessous, un des tableaux des poupées de mode françaises.


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Les épices


                                               © J’aime les poupées

C’est le projet d’un collectif de dix artistes né en 2016, dont chacun des membres a réalisé en 2019 une poupée sur le thème des épices. Ces artistes, qui se sont connus via les réseaux sociaux et les expositions, viennent de différentes villes d’Ukraine (Kiev, Lviv, Dnipropetrovsk, Khmelnytskyï), le seul étranger étant originaire de Toronto (Canada). Chaque année, le collectif choisit un thème de travail : les clefs, 2016 ; la mer, 2017 ; réflexions, 2018 ; les épices, 2019. Il expose uniquement  à Modna Lyalka, deux fois par an. Les poupées sont mises en scène dans un décor évoquant l’épice illustré. Ci-dessous, de gauche à droite : « Illicium verum » (anis étoilé), par Svetlana Fadeeva et « La danse des épices » par Elena Nikitenkova ;


             © J’aime les poupées                            © J’aime les poupées

Ci-dessous, de gauche à droite : « Moutarde pop art » par Olena Tsilujko et « Grain de poivre » par Nastya Krava ;


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Ci-dessous, de gauche à droite : « Fleur de pavot » par Juliet Pelukh et « Le paradis de la cardamome » par Natalia Dolgannikova ;


        © J’aime les poupées                         © Julia Malysh-Andrievska

Ci-dessous, de gauche à droite : « The rose » par Elena Korosteleva et « Amelie » la chicorée par Irina Zhmurenko ;


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Ci-dessous, de gauche à droite : « Le poème du safran » par Tatiana Inosova et « Vanille » par Alla Lukianova.


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Légendes de Lviv

Il s’agissait pour ce projet d’évoquer l’histoire et les légendes associées à Lviv, plus grande ville de la partie occidentale de l’Ukraine, centre historique de la Galicie et province anciennement polonaise puis autrichienne (photos ci-dessous). Les dix artistes participants étaient : Olga Tkach, Katerina Kyrylova, Olga Chernykh, Milena Kolomiets, Oksana Vesna, Natalia Chubina, Katya Akimova, Olena Tsiluyko, Lydia Hrynko et Alona Lemann.

Concours du 20e anniversaire

Cette 20e édition de « Modna Lyalka » a été l’occasion d’un concours de poupées entre 24 artistes exposants du salon international. Les trois lauréates, désignées par le public, sont : Olesya Getman avec l’œuvre « Vivre maintenant » (photo de gauche ci-dessous), Yuliya Malysheva avec « L’amour ne regarde pas avec les yeux, mais avec l’esprit » (photo du centre ci-dessous) et Elena Kantur avec « Fifi Brindacier » (photo de droite ci-dessous). Elles se voient offrir leur emplacement d’exposition au prochain salon « Modna Lyalka » du  3 au 5 avril 2020.


      © Olesya Getman             © Yuliya Malysheva             © Elena Kantur

Épilogue

À l’issue de trois journées de découvertes et de discussions passionnées avec les artistes, une question s’impose à l’esprit du visiteur étranger : comment expliquer une telle vitalité de la poupée d’artiste en Ukraine ? il semble que la réponse tienne à une raison simple et profonde à la fois : l’enracinement dans une longue tradition, comme en atteste l’existence de poupées datant de plusieurs millénaires, les motankas (autrement appelées Krupenichkas).
Ces poupées traditionnelles ukrainiennes, à la fois talismans domestiques de protection et de fertilité et jouets,  étaient fabriquées à la maison à partir de matériaux naturels sans danger pour les enfants : chutes de tissu, foin, paille, bois, herbes, feuilles séchées, graines,… Habillées de tenues brodées et parfumées avec des herbes aromatiques, elles ont la particularité d’être sans traits de visage, celui-ci ne portant qu’une croix symbolisant l’unité du ciel et de la Terre, les quatre points cardinaux, les quatre saisons et le soleil (photo ci-dessous).


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L’absence de visage a plusieurs explications : il faut laisser aux enfants le soin de développer leur imagination quant aux émotions de la poupée lorsqu’ils jouent avec elle ; une vieille croyance affirmant que les yeux peuvent voler l’âme de ceux qui les regardent, il fallait éviter que les poupées volent l’âme des enfants ; donner des yeux à une poupée, c’est lui donner une âme, qui risque d’être mauvaise ; de même que les enfants en bas âge ne doivent pas se regarder dans la glace pour ne pas être effrayés, il ne faut pas leur faire peur avec le regard d’une poupée ; un talisman ne doit pas avoir une apparence humaine.
Aujourd’hui le rôle rituel des motankas a partiellement cédé la place à une fonction décorative mais aussi sociale. Des poupées spéciales correspondent à divers événements de la vie : naissance, baptême, fiançailles, mariage, enterrement. Des artistes contemporains comme Aleksandra Rebenchuk perpétuent la tradition en fabriquant des motankas.

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Remerciements

Nous tenons à remercier chaleureusement pour leur invitation au salon et leur assistance durant tout son déroulement : Yurii Shumanskyi, organisateur du salon international annuel de poupées d’artistes et d’oursons Модна лялька (Poupée de mode) et du salon international professionnel Craft. Business & Hobby, consacré à l’artisanat du textile et de la bijouterie ; Irina V. Dubchak, responsable des relations d’affaires et de la coopération de ces mêmes salons.
Un grand merci également à Elena Kantur, artiste en poupées, qui m’a servi d’interprète improvisée durant le salon.

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Salon de Bruges d’août 2019 : forte présence d’artistes en poupées d’Europe de l’Est


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La 33e édition du festival international de poupées et d’ours en peluche s’est déroulée du 22 au 25 août 2019 dans la belle ville de Bruges (Belgique), les deux premières journées étant consacrées aux poupées et les deux dernières aux ours. Dans une salle latérale de l’imposant beffroi,  haute tour médiévale de 83 mètres surmontant la halle aux draps sur la grand-place de la ville, on pouvait surtout y admirer les deux premiers jours de nombreuses poupées anciennes, comme celles de l’exposante hollandaise Marleen van Leeuven (photo ci-dessous).


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Elle détient des trésors produits par des fabricants aux noms évocateurs : Armand Marseille, Ernst Heubach, Kämmer & Reinhardt, Kestner, Simon & Halbig, Jumeau, François Gaultier, Käthe Kruse, Chad Valley,…
La brugeoise Christelle Scholten réalise de belles copies en porcelaine de poupées anciennes (Ernst Heubach, Kämmer & Reinhardt, Kestner, Jumeau,…) et modernes (photo ci-dessous) de taille 25 cm.


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Mais le fait marquant de ce festival illustre une tendance amorcée il y a quelques années : la présence d’exposants d’Europe de l’Est dans les salons occidentaux. Cette année à Bruges, nous avons retenu trois artistes russes, une créatrice biélorusse et une ukrainienne, collaboratrice d’un magazine qui organise le salon international de poupées d’artistes et d’oursons de Kiev.
Dana Svistunova nous vient de Krasnoïarsk, en lointaine Sibérie, et fabrique à  la main des poupées en bois et en tissu pleines de poésie (photo ci-dessous).


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La poupée lunaire à l’air triste trônant assise au centre de cette photo est intitulée « Il est bon de parcourir le monde ». Tête et membres sculptés dans  du bois de tilleul, le corps en textile bourré de sciure de bois et de granulés de caoutchouc, de sorte qu’elle est agréablement lourde et douce, cette grande poupée (57 cm) représente un vagabond, le bras droit enserrant une maison en bois, symbole du foyer dont il est dépourvu (photo ci-dessous).


                                             © J’aime les poupées

L’argile polymère est le matériau de prédilection d’Anna Fadeeva. Elle sculpte de drôles de petits personnages et animaux au regard naïf rappelant un peu le monde d’Alice au pays des merveilles (photo ci-dessous).


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Elle réalise aussi de hautes poupées élancées, émouvantes, qui dégagent une grande douceur (photos ci-dessous). Celle de gauche a un regard langoureux, tandis que sa compagne de droite arbore une mine réjouie.


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Son univers est très éclectique, des petites filles modèles aux accessoires steampunk, en passant par les clowns et les châtelaines médiévales.
Marina Danilina fabrique des poupées de porcelaine en éditions limitées (photo ci-dessous) et des ours en peluche de grande taille qu’elle aime mettre en situation. Ses poupées, sages petites filles rêveuses délicatement habillées, sont parfois en costume traditionnel russe.


                                               © J’aime les poupées

« Réveillez l’enfant qui est en vous », telle est la devise d’Olesya Gramovich, biélorusse de Minsk, créatrice des petites poupées Alexandrina en pâte La Doll (photo ci-dessous), semblant toutes droit sorties d’un conte de fées.


                                              © J’aime les poupées

Elles présentent deux spécificités : accessoirisées et mises en scène sur le thème des fleurs, elles ont aussi parfois les yeux fermés, ce qui est rare dans le domaine des poupées, où le regard revêt une importance particulière pour exprimer leurs sentiments et révéler leur nature. Lorsqu’on interroge Alexandrina sur cette singularité, elle répond en riant : « je ne sais pas, peut-être sont-elles tournées vers leur monde intérieur, à la recherche de leur être profond ». Ci-dessous : à gauche, Princesse Rose ; à droite, Fleur Lilas.


              © Alexandrina Dolls                            © Alexandrina Dolls

L’ukrainienne Irina V. Dubchak est responsable des relations d’affaires et de la coopération du magazine ukrainien Модное рукоделие (Artisanat et mode), du salon international annuel de poupées d’artistes et d’oursons Модна лялька (Poupée de mode) et du salon international professionnel Craft. Business & Hobby, consacré à l’artisanat du textile et de la bijouterie, tous deux tenus à Kiev. Également engagée dans la promotion des artistes exposant aux salons « Poupée de mode », elle présentait le travail de trois lauréates du concours thématique du salon de 2019 (photos ci-dessous, de gauche à droite) : Eglantine, de Bella Melkova (Israël) ; Caroline, de Oksana Salnikova (Ukraine) ; Dreamcatcher, de Kupka Marta (Ukraine).


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Croisé dans les allées du salon, un expert en poupées bien connu de nos lecteurs : Samy Odin, ex-directeur du regretté Musée de la Poupée de Paris. L’occasion de rappeler ici la source principale sur les objectifs et l’actualité de sa nouvelle structure fondée en décembre 2018, Chérubins.

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Un artiste et sa muse : Joshua David McKenney et la poupée Pidgin


                                                     © Pidgin Doll

Le pidgin est un langage simplifié utilisé pour la communication entre personnes de langues maternelles différentes. C’est aussi le nom d’une poupée créée par Joshua David McKenney, artiste établi à Bushwick, quartier de l’arrondissement de Brooklyn dans la ville de New York. Interprétation moderne de la poupée de mode européenne classique, elle tire son inspiration à la fois du style urbain et de la haute couture, de l’ancien et du moderne.
Né à San Francisco, Joshua David McKenney passe son enfance en Floride puis en Pennsylvanie. Il s’installe à New York en 1999 à l’âge de 18 ans pour étudier la photographie à la Parsons School of Design. Il dessine beaucoup, surtout des femmes. « Dessiner était un exutoire pour exprimer ma part de féminité dans le milieu conservateur où j’ai été élevé », se souviendra-t’il, « et cela continue aujourd’hui ». Il entame une carrière d’illustrateur de mode et travaille pour des clients prestigieux tels qu’Elizabeth Arden, Mariah Carey, les cosmétiques Mac, Dolce & Gabbana ou La Perla.
Attiré par l’univers des poupées, des marionnettes et des mannequins depuis toujours, il s’essaye à la fabrication de petites figurines, de visages et de mains en Super Sculpey. Il avouera plus tard : « il m’a fallu longtemps, très longtemps, pour atteindre mon niveau actuel, mais je dois dire honnêtement que, à partir du moment où j’ai commencé à fabriquer des poupées, j’ai su que c’était ma vocation. Je ne suis jamais si artistiquement satisfait et stimulé que lorsque je travaille sur une poupée ». Et il ajoute : « je serai toujours illustrateur, mais en tant que fabricant de poupées je suis également sculpteur, ingénieur, maquilleur, styliste en coiffure, dessinateur de mode, marionnettiste et photographe. Pour moi, c’est l’expression artistique ultime ».
En 2008, obsédé par les BJD asiatiques, il aspire à créer la sienne. Il se procure le livre de Ryoichi Yoshida « Yoshida style ball jointed doll making guide », et en s’appuyant sur les seules images (le livre est en japonais !), il fabrique LoveChilde, sa première poupée, sculptée en terre-papier (paperclay) japonais à séchage ambiant. Satisfait du résultat, Joshua pense néanmoins que les poupées les plus intemporelles et les plus exquises sont en porcelaine.
Il se lance donc en 2009, à l’aide de guides en ligne et de tutoriels vidéo, dans la fabrication de moules en plâtre et le coulage de porcelaine, dans un atelier du quartier de Williamsburg à Brooklyn. Son premier résultat, obtenu laborieusement après plusieurs moules ratés et un tas de pièces défectueuses, est une sirène BJD à queue segmentée (photo ci-dessous).


                                                       © DeviantArt                                           

Pidgin, sa troisième tentative, est conçue en 2012 comme une poupée de mode européenne classique : tête et membres en porcelaine attachés à un corps souple posable. Après en avoir réalisé plusieurs prototypes, il la lance officiellement en octobre de la même année comme une poupée de salon de 56 cm. Elle est depuis son centre d’intérêt principal. La poupée actuelle de 40,5 cm à l’échelle 1:4, coulée intégralement en résine et complètement articulée, représente la 5e génération de moules.
Joshua conçoit et fabrique la plupart des vêtements de Pidgin. Il sculpte les accessoires à l’aide d’une imprimante 3D et les améliore à la main. Il achète les tissus et les garnitures dans le quartier des boutiques de vêtements de Brooklyn, et travaille avec une équipe de couturières et de tailleurs pour créer les tenues. Il aime aussi chiner les habits et les accessoires des poupées classiques pour les intégrer à la garde-robe de Pidgin.
Son inspiration lui vient en grande partie de deux artistes devenus des amis proches : Mel Odom, le père de Gene Marshall, et Andrew Yang, collaborateur de Robert Tonner. L’artiste russe installée au Canada Marina Bychkova a également joué un grand rôle dans sa vocation : « la première artiste en poupées moderne dont j’ai entendu parler fut Marina Bychkova, avec sa très célèbre ligne de poupées en porcelaine ‘Enchanted dolls’. Du moment où j’ai vu le caractère élaboré et vraiment impressionnant de son travail, je n’ai eu de cesse de réaliser mes propres poupées ». Il aime aussi à citer comme autres influences la féminité, la vie new yorkaise, les voyages, ses amis, Instagram, les années 1970, l’Art Nouveau, le ballet, le burlesque, les Disney classiques (en particulier « Fantasia »), le marionnettiste Jim Henson, créateur du « Muppet Show » (en particulier Piggy), la Barbie classique et la culture LGBT. Ci-dessous, la très belle « Samantha », issue de la collection de printemps 2019.


                                             © Joshua David McKenney

D’où vient ce nom de Pidgin ? Joshua explique : « Lors d’un long voyage en car de New York à Boston où habitait mon compagnon Eric, je passais le temps en faisant le portrait à l’aquarelle d’une fille originale avec un pigeon sur la tête, en pensant que ce nom d’oiseau lui irait bien. Arrivé à Boston, je donnai l’aquarelle à Eric, et nous commençâmes à imaginer à quoi pourrait ressembler une fille appelée ‘Pigeon’ : une citadine à l’esprit libre, un brin fantasque, peut-être un peu volage. Trois ans plus tard, alors que je cherchais un nom pour ma nouvelle poupée mannequin, Eric suggéra qu’elle pouvait bien être le personnage de l’aquarelle et ce fut une révélation. Nous décidâmes de remplacer ‘Pigeon’ par ‘Pidgin’, qui présente mieux visuellement tout en évoquant un moyen de communiquer mes idées artistiques et esthétiques, comme le pidgin permet la communication entre personnes d’horizons différents ».
Comment se déroule une commande de poupée OOAK personnalisée ? le client remplit un formulaire détaillé spécifiant le teint, la nature et la couleur des yeux et des cheveux, les vêtements ainsi que d’autres caractéristiques désirées. L’artiste répond par courriel pour entamer un dialogue collaboratif. Chaque poupée est livrée avec une tenue que l’on peut enlever : robe ou ensemble jupe-pantalon, bas et chaussures en résine avec lanières en ruban. Des vêtements supplémentaires (vestes, robes habillées, pantalons, shorts, chapeaux,…) sont disponibles sur demande. Le délai de livraison minimal est d’un mois, les prix dépendent des spécifications et un acompte de 50 % est exigé pour disposer d’un dessin et commencer la fabrication, le reste étant dû  avant l’expédition.
Pour ses propres créations, cela peut être beaucoup plus long. La création de la sculpture, la fabrication des moules et l’amorçage de la production prennent parfois deux ans. La sculpture des Pidgin évolue constamment : Joshua en est en 2019 à leur cinquième génération (photo ci-dessous : à gauche, Elinda ; à droite, Nyx). Une fois le coulage terminé, la personnalisation évoquée plus haut dépend de chaque poupée : il lui est arrivé de l’effectuer en une semaine, comme de travailler des mois sur la finition d’une poupée.


                                              © Joshua David McKenney

La dernière collection, celle du printemps 2019, comporte 16 poupées BJD OOAK en résine de 40,5 cm à l’échelle 1:4. Parmi toutes ces beautés, la piquante Veronique et ses taches de rousseur (photos ci-dessous).


                                             © Joshua David McKenney

2019 est aussi l’année de l’édition limitée en dix exemplaires de « Babette » (photos ci-dessous), poupée Pidgin créée spécialement pour le salon Pacific Northwest BJD expo de Seattle (Washington).


                                            © Joshua David McKenney

Une originalité, la « Pidgin Doll Chibi » : une version de Pidgin aux proportions Chibi, ce style artistique japonais représentant les personnages avec une tête et des yeux surdimensionnés. Coulée en résine et dotée de 12 points d’articulation, elle rentre dans tous les vêtements et chaussures prévus pour les poupées mannequins à l’échelle 1:12. Une édition limitée de 50 exemplaires, présentée en septembre 2019 à la Modern Doll Collectors Convention (MDCC) de San Antonio, Texas, porte la tenue illustrée ci-dessous : robe florale en coton, jaquette-cape rouge et béret bleu à pompon blanc.


                      © Pidgin Doll                          © Dutch Fashion Doll World

En 2005, un événement a défrayé la chronique aux États-Unis : le célèbre photographe américain Richard Prince expose à la Gagosian Gallery de New York des tirages de photos extraites d’Instagram sans la permission de leur auteur, et les vend 100 000 $ chacun. Prince est adepte de l’appropriation, forme d’art contemporain consistant à réemployer du matériel esthétique (photographies, images d’archives, films, vidéos, textes,…) en manipulant éventuellement la taille, la couleur, le matériel et le média de l’original. Parmi les photos exposées, celle d’une femme aux longs cheveux bleus et aux lèvres pulpeuses rouge cerise, tenant une poupée sosie en porcelaine dans la même tenue blanche (photo ci-dessous). La poupée, c’est une Pidgin, et la femme Doe Deere, directrice de la société de produits de maquillage « Lime Crime », qui pose ainsi pour promouvoir le travail de son ami Joshua David McKenney.
Suite à cet épisode, l’artiste est un peu abasourdi, mais indulgent. « Je n’en veux pas à Prince », déclare-t’il, « à bien des égards, le choix de cette image est un honneur ». Il n’envisage pas de porter plainte, espérant au contraire que cette histoire « initiera un débat sur le statut de l’art ».


                                                      © Doe Deere

Quoi qu’il en soit, cette affaire aura porté à la connaissance du grand public l’œuvre de Joshua, qui a déjà des fans célèbres : les chanteuses Grace Jones et Mariah Carey ; la stripteaseuse, mannequin, couturière et actrice Dita von Teese ; Linda Farrow, la designer de lunettes ; Taylor Swift, auteure-compositrice-interprète et actrice.
Depuis ses débuts en 2012, Pidgin a connu un certain nombre de changements : au fur et à mesure de l’amélioration du savoir-faire de son créateur, elle est devenue plus articulée et gracieuse, tout en conservant la forme de son visage. Quant à l’avenir, Joshua David McKenney le voit en grand : « j’aimerais que Pidgin imprime sa marque dans le Monde ».

Sources de l’article

 

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De l’esclavage aux black Barbies : un siècle et demi de poupées noires

Introduction

La belle exposition de la collection de poupées africaines-américaines de Deborah Neff, qui s’est tenue du 23 février au 20 mai 2018 à la Maison Rouge à Paris, est l’occasion de revenir sur l’histoire tourmentée de la représentation des poupées noires, de l’imagerie raciste des golliwogs aux poupées actuelles à revendication éducative d’Ikuzi dolls, en passant par les topsy-turvy des esclaves aux États-Unis et les poupées exotiques de fabrication allemande ou française au tournant du XXe siècle.

Poupée noire et poupée blanche

Dans une expérience des années 1940 restée célèbre, les sociologues américains Kenneth et Mamie Clark interrogent des enfants noirs à propos de deux poupées, une noire et une blanche (photos).

63 % d’entre eux disent qu’ils préfèrent jouer avec la blanche, 56 % la déclarent plus gentille, et 44 % affirment que la poupée blanche leur ressemble le plus !
« Ce résultat est capital en ce qu’il change radicalement la manière dont nous envisageons les relations inter-raciales » estime le professeur William Julius Wilson, de l’université de Harvard. « Voilà des enfants qui pensent qu’être blanc vaut mieux que d’être noir, et ceci est assez accablant ».
Soixante ans plus tard, l’émission de télévision GMA (Good Morning America) réitère l’expérience, avec des résultats très différents : 88 % des enfants s’identifient à la poupée noire, avec laquelle 42 % déclarent vouloir jouer, contre 32 % avec la poupée blanche, le même pourcentage choisissant la poupée blanche comme étant la plus gentille. Même si certaines déclarations des enfants à propos de la poupée noire restent dérangeantes, comme celle d’Alexis, 7 ans, « elle répond et désobéit », ou encore celle de Nayomi, 7 ans, « elle est moche parce qu’elle a les pieds comme un singe », la plupart des réponses conduisent à espérer.

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Caricatures racistes

Mais le paysage était beaucoup plus sombre il y a un siècle et demi, époque à laquelle l’image de la servitude noire était profondément ancrée dans tous les esprits. En 1859, Martin H. Freeman écrivait dans « The anglo-african magazine » : « On apprend directement ou indirectement aux enfants s’ils sont beaux par comparaison aux traits physiques de la norme anglo-saxonne. Il faut donc rétrécir les nez épatés et défriser les cheveux crépus… Parfois, les cheveux naturels sont rasés et remplacés par une perruque à cheveux raides. Les lèvres épaisses sont redessinées et réduites. Par l’application de rouge et de poudre blanche, de beaux visages noirs ou bruns prennent un teint artificiel, comme celui d’un cadavre que l’on aurait peint. » Les poupées noires fabriquées par les blancs ne font que reprendre les caricatures racistes et sexistes nombreuses associées à la servitude noire : pickaninnies, minstrels, golliwogs et personnages de Mammy et Aunt Jemima.
Pickaninny est, aux États-Unis, une injure raciale faisant référence à un enfant noir d’origine africaine dont la particularité est qu’il est résistant à la douleur (photo de gauche). Dans les états du Sud, le terme désigne un enfant d’esclaves ou, plus tard, de citoyens africains-américains. Tandis qu’il est popularisé par le personnage de Topsy dans le roman de 1852 « La case de l’oncle Tom » de Harriet Beecher Stowe, le terme est utilisé dès 1831 dans le récit abolitionniste « L’histoire de Mary Prince, esclave aux Antilles, racontée par elle-même » publié à Édimbourg,  Écosse. Il restera en usage aux États-Unis jusque dans les années 1960.
Le minstrel show, ou minstrelsy (de l’anglais « minstrel », ménestrel), est un spectacle américain créé vers la fin des années 1820, où figurent chants, danses, musique, intermèdes comiques, interprétés d’abord par des acteurs blancs qui se noircissent le visage (« blackface »), puis, surtout après la Guerre de Sécession, par des noirs (photo de droite). Ils apparaissent dans ces spectacles comme ignorants, stupides, superstitieux, joyeux, et doués pour la danse et la musique. Les acteurs professionnels délaissent le genre vers 1910, mais des amateurs le font durer jusque dans les années 1950. La montée de la lutte contre le racisme les font disparaître définitivement.

Désigné d’après Golliwogg, le nom propre d’une poupée apparue en 1895 dans le livre pour enfants « The adventures of two dutch dolls » (Les aventures de deux poupées hollandaises) de Bertha et Florence Kate Upton, le golliwog est une poupée de chiffon ou en tissu représentant une personne noire aux cheveux crépus, généralement de sexe masculin (photos).

 

Inspiré des personnages des minstrel shows, il est par la suite commercialisé sous forme de poupées et de produits dérivés, utilisé à des fins publicitaires et repris par des auteurs de livres pour enfants dont Enid Blyton. Le nom du personnage serait en outre à l’origine du mot wog, terme péjoratif utilisé pour désigner entre autres les noirs. Dans la seconde moitié du XXe siècle, les golliwogs commencent à faire l’objet d’une controverse en raison du stéréotype raciste qu’ils véhiculent. Depuis les années 1960, le changement d’attitude social et politique envers la question raciale réduit leur popularité.
Une Mammy, ou Mammie, est un stéréotype du Sud des États-Unis représentant une femme noire âgée et grosse,  gouvernante ou nounou des enfants d’une famille généralement blanche (photo de gauche). C’est une figure idéalisée de la mère noire de substitution : aimable, loyale, maternelle, asexuée, illettrée, douce, docile et soumise. Dévouée uniquement à sa famille blanche, elle néglige sa propre famille et n’a pas d’amis noirs. Un des premiers personnages de fiction de Mammy est tante Chloé dans « La case de l’oncle Tom », publié en 1852. Le contexte du personnage de Mammy est en effet l’esclavage aux États-Unis : les esclaves africaines-américaines avaient le statut de travailleuse domestique dans les foyers américains blancs. Cependant, bien qu’il soit né avec l’esclavage, le personnage de Mammy atteint son apogée durant la période ultérieure de la reconstruction, joue pour les états du Sud un rôle dans les efforts révisionnistes de réinterprétation et de légitimation de l’héritage esclavagiste et de l’oppression raciale, et perdure au XXe siècle. Son historicité est discutée : les archives font état de servantes adolescentes ou jeunes adultes avec une espérance de vie de 34 ans. Ceci n’empêche pas l’image romancée de la Mammy de subsister dans l’imaginaire populaire de l’Amérique moderne, à l’origine de personnages de fiction bonnes soignantes et éducatrices, altruistes, fortes et soutenantes, seconds rôles de protagonistes blancs.
Enfin, Aunt Jemima (Tante Jemima) est une marque commerciale de farine à crêpe, de sirop et autres produits pour le petit déjeuner actuellement possédée par la Quaker Oats Company, existant depuis 1893 (photo de droite). Inspiré par la chanson de vaudeville et minstrel show de Billy Kersands « Old Aunt Jemima » écrite en 1875, le personnage désigne une femme noire amicale, obséquieuse, soumise, agissant en protectrice des intérêts des blancs. Des artistes africains-américains et des femmes telles que Betye Saar se sont intéressées au stéréotype de Aunt Jemima, pour déconstruire ce personnage, allégorie selon elles de la soumission de la bonne domestique noire à ses maîtres blancs.

Au début du XXe siècle, des voix s’élèvent contre ces caricatures, pour promouvoir par le biais des poupées la fierté et l’amour de la condition de noir. Madame Mack écrit dans une lettre au « Half-century magazine » : « Les blancs ne remplissent pas leurs maisons de photos de gens de couleur… Ils recouvrent leurs murs de photos de gens de leur race. Quand parfois apparaît une personne de couleur, elle tient généralement un rôle ridicule ou effectue des tâches subalternes… Actuellement, sur toutes les photos que j’ai au mur figurent des gens de couleur, et je n’autorise pas chez moi de photo ridicule d’une personne de couleur… J’ai acheté de jolies poupées noires à mes enfants pour qu’ils apprennent à aimer et à respecter les héros et les beautés de leur couleur ». Marcus Garvey, fondateur de l’UNIA (Universal Negro Improvement Association and African Communities League), association universelle pour l’amélioration de la condition noire, déclare dans les années 1920 : « Mères, donnez à vos enfants des poupées qui leur ressemblent pour qu’ils jouent avec et les cajolent, pour qu’ils apprennent en grandissant à aimer leurs propres enfants et à s’en occuper… ».

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La poupée objet de fierté

Ces poupées, elles existent. Loin de la vision dévalorisante des minstrels et des golliwogs, les « black dolls » conçues dans leur immense majorité entre 1840 et 1940 par des africaines-américaines pour leurs enfants ou pour ceux qu’elles gardaient sont des objets politiques et artistiques : ils portent en eux l’histoire de la mise en esclavage d’une partie du continent africain et révèlent l’amour pour l’enfant noir qui va accueillir la poupée ; ils traduisent une esthétique propre enracinée dans les traditions africaines-américaines et parfois africaines. Deux cents d’entre elles ont été rassemblées dans la collection Deborah Neff, et exposées du 23 février au 20 mai 2018 à la Maison Rouge à Paris (photos).

L’exposition était accompagnée de photographies, provenant pour la plupart d’albums de famille. Certaines d’entre elles, troublantes car la poupée est une représentation de l’adulte que l’enfant va devenir, montrent un enfant blanc tenant une poupée noire (photo de gauche) et un groupe d’enfants noirs avec des poupées blanches (photo de droite).

Selon Deborah Neff, la première peut s’expliquer par le fait que les nourrices noires, ayant élevé des enfants de familles blanches et riches pendant des générations, leur confectionnent des poupées noires. La deuxième est d’autant plus surprenante qu’elle est rare : dans l’iconographie dominante, les enfants noirs sont généralement présentés comme des bizarreries ; de plus, une thèse répandue veut que les enfants noirs n’étaient pas autorisés à jouer avec les poupées blanches dans les plantations. On peut imaginer que les poupées blanches aient été prêtées aux enfants des nounous par les enfants blancs de la famille dont elles s’occupaient, ou qu’elles leur aient été confiées pour les préparer à leur futur rôle de nourrice d’enfant blanc.

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La poupée « topsy-turvy »

Dans le prolongement de ces questions, on peut s’interroger sur le statut des « topsy-turvy » (sens dessus dessous ou réversible), ou « twinning » (jumelée), ces poupées à deux corps en tissu ou en bois (photos) fabriquées par des femmes esclaves pour les enfants blancs dont elles avaient la charge.

Toujours selon Deborah Neff, il existe deux thèses contradictoires sur l’origine de ces poupées réversibles : comme il était interdit aux enfants noirs de jouer avec des poupées blanches, si quelqu’un venait ils retournaient la poupée et la tête blanche était recouverte par la jupe ; au contraire, il était  interdit aux enfants noirs de jouer avec des poupées noires, et ils retournaient la poupée dans l’autre sens. Une troisième thèse affirme que ces poupées étaient destinées à préparer les jeunes filles noires à leur futur double rôle de mère d’enfants noirs et de nourrice d’enfants blancs. Une quatrième thèse qu’elles étaient faites pour des enfants blancs, représentant la mère d’un côté et la nourrice de l’autre. Une cinquième thèse prétend qu’elles descendent des poupées allemandes « hex » de Pennsylvanie, qui n’étaient pas associées aux enfants ou au jeu, servaient à jeter des sorts ou guérir des verrues, et possédaient une tête humaine et une tête de cochon (photo)…

Selon Patricia Williams, professeure de droit à la Columbia University, ces poupées expriment une longue histoire de viols et de métissage : « Les topsy-turvy peuvent être interprétées comme une riposte muette au lexique juridique qui distinguait les femmes blanches en êtres humains et les femmes noires en biens matériels, lexique qui accordait la citoyenneté à la progéniture née de l’union des hommes blancs avec des femmes blanches mais considérait comme un bien jetable et vendable le « produit » du coït entre des hommes blancs et des femmes noires. »

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Poupées exotiques de fabrication européenne

De l’autre côté de l’Atlantique, c’est la colonisation qui favorisa l’émergence, par le contact conflictuel avec d’autres cultures, de poupées de type africain, asiatique ou métis. L’Angleterre en particulier, pays à vocation maritime, et la France, qui possédait le plus grand territoire colonial en Afrique, furent en contact étroit avec les gens de couleur du Monde entier. Le dernier quart du XIXe siècle, par la conjonction du fait colonial et de l’établissement d’une industrie de fabrication de poupées en France et en Allemagne, vit l’apparition des premiers modèles de poupées exotiques. Au début, il s’agissait de poupées européennes dont on peignait le visage et le corps d’une certaine couleur. Elles furent ensuite spécialement moulées. Afin de satisfaire les demandes coloniales et occidentales, y compris aux  États-Unis où il existait une forte population noire issue de l’esclavage, le phénomène s’amplifia au cours des décennies suivantes, et l’on vit surgir de très nombreuses poupées de toutes couleurs et de tous pays, de la petite chinoise aux yeux bridés au bébé africain d’un noir d’ébène, en passant par la petite indienne à la peau cuivrée.

Poupées et bébés noirs fabriqués en Allemagne

Les principales firmes allemandes produisirent des poupées exotiques, dont de nombreux modèles de poupées noires. Simon & Halbig (photos de gauche et du centre) créèrent une série intitulée « poupées de quatre races », qui comportait de beaux modèles devenus célèbres. Kestner teinta en marron une de ses poupées de caractère à succès, Hilda (photo de droite). Dans le dernier catalogue de cette maison qui ferma en 1932 ne figuraient plus que quatre poupées noires. Citons encore les firmes Heubach Köppelsdorf, Schœnau & Hoffmeister et sa célèbre Hanna, Motschmann, A. Schmidt, Kœnig & Wernicke, Nippes, et Schildkröt.

Avec l’arrivée des poupées de caractère vers 1910, les bébés connurent un véritable engouement. Armand Marseille plongea ses bébés dans un bain de teinture noire (Dream baby, photo de gauche). Kämmer & Reinhardt fit de même avec son « Kaiser baby » (photo de droite).

Pour son Black Sambo (photo de gauche), Heubach Köppelsdorf fabriqua un moule spécial. Ce bébé avait les lobes percés et portait des boucles d’oreille. La même forme a été donnée à une poupée noire dont les cheveux étaient tressés. Ce même fabricant produisit un bébé noir rieur à dents moulées, boucles d’oreilles et anneau au nez (photo de droite).

Les deux bébés de Heubach Köppelsdorf et le Dream baby étaient vendus soit sous forme teintée au moyen d’une couleur mélangée à de la pâte de porcelaine, soit peints après cuisson, technique moins onéreuse qui donnait une teinte plus foncée et une surface plus lisse. August Reich, ainsi que Recknagel, fabriquèrent une variante du Dream baby. Kestner produisit une version noire de son Bye-lo-baby.

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Poupées et bébés noirs fabriqués en France

En France, la plupart des poupées et bébés noirs utilisaient les mêmes moulages de fabrication que ceux des bébés blancs, qui étaient ensuite teints en marron, les lèvres étant épaissies au pinceau. Les poupées noires, plus faciles à maquiller et à coiffer, revenaient moins cher, leur prix actuel plus élevé s’expliquant par leur rareté. Apparemment, la SFBJ a produit en marron plusieurs de ses bébés caractère, qui ont été dispersés et sont devenus très recherchés (photos).