Modna Lyalka, le salon de poupées et d’ours d’artistes d’octobre à Kiev : une imposante manifestation

Introduction

Avec 300 exposants dont 225 artistes installés sur une surface de 2 900 m² et plus de 8 000 visiteurs, la 20e édition du salon international de poupées et d’ours d’artistes Модна лялька (Modna Lyalka, littéralement « Poupée de mode ») s’est tenue au centre d’expositions international du quartier de Levoberezhnaya de Kiev (Ukraine) du 18 au 20 octobre 2019. Ce salon, organisé par le magazine ukrainien Модное рукоделие (Artisanat et mode), est la manifestation artistique la plus importante du pays. Artistes et artisans d’Ukraine et du Monde entier y ont présenté poupées d’artistes OOAK ou en éditions limitées, anciennes ou de salon, BJD, ours et autres animaux en peluche, ainsi que de nombreux accessoires pour poupées : vêtements, chaussures, mobilier,… Ci-dessous, entrée extérieure et vue générale du hall d’exposition.


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L’exposition s’est répartie sur plusieurs zones thématiques : poupées d’artistes, reborns, poupées ukrainiennes traditionnelles (motankas), oursons et amis, Blythe et compagnie. Une manifestation parallèle portait sur les fournitures pour loisirs créatifs : couture, découpage, perlage, fabrication de bijoux, verrerie d’art, patchwork, travail du feutre,… Plusieurs animations ont émaillé les trois journées du salon : chorégraphie d’inauguration par des anges montés sur échasses, défilé de petites ballerines (photos ci-dessous),…


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En marge de l’exposition étaient présentés trois projets collectifs, « Les poupées de mode à travers les siècles », « Les épices » et « Légendes de Lviv », et un concours de poupées était organisé entre 24 candidats exposants à l’occasion du 20e anniversaire de Modna Lyalka » (voir plus bas).

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Une sélection d’artistes

Seules les poupées d’artiste nous intéressent ici. Voici donc une sélection d’artistes représentative de la diversité de la production exposée au salon.

Yuliya Malisheva

Yuliya Malisheva, originaire de Kiev et membre de l’association ukrainienne des artistes manuels, fabrique des poupées sur cadre métallique, articulées ou non, avec divers matériaux : Living Doll, La Doll, papier mâché. Toutes les tenues sont réalisées par ses soins. Ses sources d’inspirations incluent les enfants (photo de gauche ci-dessous) et les célébrités (ci-dessous au centre Elton John, et à droite Goran Bregović, le guitariste et compositeur du réalisateur Emir Kusturica). Ses modèles d’enfant dégagent une grande douceur et ses représentations de personnages célèbres sont empreintes d’une certaine ironie. Elle est également l’auteure d’une des poupées du projet « Les 20 ans de Modna Lyalka » (voir plus bas).


          © Yuliya Malysheva          © J’aime les poupées  © J’aime les poupées

Lara Vronska

Lara Vronska nous vient d’Odessa (Ukraine), ville portuaire de la Mer Noire située à 500 km au Sud de Kiev. Elle sculpte en La Doll ou en paperclay, deux matériaux séchant à l’air ambiant, de grandes et somptueuses poupées OOAK sorties d’un monde de fantasie, à l’expression fière et habillées avec raffinement. Quand on évoque devant elle le caractère merveilleux et fantastique de ses œuvres, elle répond en souriant : « c’est ma réalité ». Inspirée par la nature, le ciel, les fleurs, Lara confectionne elle-même les costumes de ses poupées. Autodidacte formée à la peinture, elle s’est aidée de magazines spécialisés pour les aspects techniques de la réalisation de poupées. Ci-dessous, de gauche à droite : « Musique céleste », « Fleur rouge » et « Magnolia ».


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Inna Zakrzewska

Originaire de Kiev, Inna Zakrzewska travaille avec un matériau peu commun : le Darwi Roc, pâte autodurcissante à grain fin. Elle réalise des poupées OOAK d’inspirations très variées. Qu’on en juge : l’actrice britannique Audrey Hepburn dans le film de William Wyler « How to steal a million » (Comment voler un million de dollars, photo de gauche ci-dessous) ; Audrey Hepburn encore (Inna déclare qu’elle est sa muse) avec son partenaire l’acteur britannique Rex Harrisson ; une grande duchesse de la dynastie des Romanov de Russie (photo du centre ci-dessous) ; un dragon ; la lune et le soleil (photo de droite ci-dessous) ; une jeune fille ukrainienne en costume traditionnel. Les tenues, élaborées, sont fabriquées par Inna dans des tissus le plus souvent anciens. Elle a appris les rudiments de la sculpture avec un professeur et s’est ensuite formée en autodidacte. Elle pratique aussi le dessin et la peinture à l’aquarelle.


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Yvonne Flipse

Yvonne Flipse a fait le déplacement depuis les Pays-Bas pour présenter quelques unes de ses sensuelles, fantasques et féériques poupées, tantôt espiègles tantôt graves. Adepte du paperclay, elle est inspirée par les liens de l’être humain avec le cosmos, la nature et les animaux. Cette artiste complète peint, sculpte, dessine, fait les vêtements de ses poupées et les accompagne de poèmes. Elle est l’auteure du beau livre illustré « Het gouden pad van de haas » (le chemin doré du lièvre) relatant les aventures d’un lièvre qui éveille sa conscience en dialoguant avec la nature. Yvonne est aussi art-thérapeute, medium et guérisseuse, et organise des ateliers créatifs ainsi que des séances de développement personnel dans son studio de Krabbendijke baptisé « Source de sagesse ». Ci-dessous de gauche à droite : « La séduction », « Brin d’herbe », Fiola ».


   © Yvonne Flipse             © Yvonne Flipse                  © Yvonne Flipse

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Alexandra Savchenko

Alexandra Savchenko habite à  Vychhorod, à une vingtaine de kilomètres de Kiev. Son matériau de prédilection est l’argile La Doll, dans laquelle elle sculpte de fines poupées OOAK  au visage ovale et au regard langoureux (photo de gauche ci-dessous). Les vêtements, comportant parfois des éléments faits au crochet, sont élaborés par l’artiste. Elle crée également de ravissantes poupées miniature aux tenues chatoyantes montées sur des socles aux couleurs vives (photo de droite ci-dessous). Une caractéristique remarquable de sa production : les chevelures abondantes en laine teintée. Alexandra trouve parfois son inspiration dans des cartes postales, sa période préférée étant la fin du XIXe siècle et le début du XXe. Sa première sculpture en argile date de 2011, et elle a perfectionné sa technique en suivant des cours dans un atelier en 2016. Elle a participé au projet « Les 20 ans de Modna Lyalka » avec la poupée « Gymnaste ».


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Eve Dimitriu

Eve Dimitriu, comme Alexandra Savchenko, est de Vychhorod. Elle utilise le paperclay ou bien une technique mixte associant l’argile La Doll et le papier mâché pour fabriquer des poupées blanches évanescentes à l’expressivité affirmée, dont elle confectionne les vêtements. Danseuse à l’adolescence, le ballet classique est une de ses inspirations (photo de gauche ci-dessous). Eve a étudié la fabrication de poupées à l’école d’art de la galerie Parsuna à Kiev, puis s’est installée comme artiste professionnelle en 2012. Les deux élégantes demi-poupées aux cheveux en laine ci-dessous (photo de droite) sont des allégories en La Doll et papier-mâché peintes à l’acrylique et au pastel, réalisées en 2016 et intitulées « Où l’amour vit-il ? » et « Où la tristesse vit-elle ? ». L’ouverture dans le buste semble être placée là pour laisser passer le souffle de la vie.


         © J’aime les poupées                                  © Eve Dimitriu

Oksana Nikolska

Oksana Nikolska (Art Nikol) est originaire de Kiev. Les œuvres de cette artiste talentueuse révèlent une  maîtrise de nombreux matériaux : paperclay, papier mâché, Fimo, La Doll, Darwi Roc, qu’elle associe parfois pour travailler en technique mixte. Mais Oksana montre aussi une étonnante polyvalence : poupées de facture classique inspirées des tableaux de Bruegel l’ancien comme dans le projet des péchés capitaux (photo de gauche ci-dessous, « La colère ») ; poupées de style contemporain empruntes d’humour (photo de droite ci-dessous, « La beauté demande un sacrifice ») ; elfes tout droit sortis d’un conte de fées ;


 © Julia Malysh-Andrievska                        © Oksana Nikolska       

sculptures de jardin, comme ce grand lotus en béton (photo ci-dessous) ;


                                               © Oksana Nikolska

enfin, bas-reliefs en mélange à base de gypse, de la représentation réaliste d’animaux à l’esprit steampunk, en passant par la caricature d’un couple de danseurs. Formée à l’origine par un professeur de sculpture, elle affirme depuis 2012 son style en autodidacte. Curieusement, Oksana, qui pratique aussi la peinture et le dessin, n’aurait jamais imaginé enfant devenir une artiste.

Elena Kantur

Ukrainienne installée à Barcelone, Elena Kantur est aussi extravertie que ses poupées sont sages. Mais, comme leur créatrice, elles rayonnent d’une joie intérieure qui les fait profiter de tout ce que la vie peut leur apporter. Belles et paisibles, ses poupées esquissent un léger sourire et paraissent vous dire : « no te preocupes se feliz » (ne t’inquiète pas et sois heureux) ! le Cernit est le matériau de fabrication choisi par Elena, ce qui confère à ses créations une translucidité de chair réaliste. Des armatures métalliques procurent des articulations aux genoux et aux coudes. Les tenues vestimentaires, recherchées, sont exécutées par l’artiste elle-même. Autodidacte sans influence revendiquée, Elena fabrique des poupées professionnellement depuis 2013. Très active, elle anime des ateliers, a fondé en 2017 le salon annuel DollArtBarcelona et projette d’ouvrir une galerie pour y exposer ses œuvres et celles d’autres artistes. Ci-dessous de gauche à droite : « L’ange Tania », OOAK, 62 cm, 2019 ; « Embrassées par le soleil », trois sœurs rousses, OOAK, 70 cm, 2018.


                         © Elena Kantur                                   © Elena Kantur

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Julia Malysh-Andrievska

Julia Malysh-Andrievska, artiste et photographe kiévienne, utilise le matériau Living Doll pour réaliser des poupées diaphanes au regard grave et rêveur, semblant perdues dans l’évocation silencieuse de lointains souvenirs. Elle accorde une importance toute particulière aux costumes, travaillés et soignés, avec des tissus parfois anciens, dans le style du XIXe siècle comme ceux du couple de garçons Tom Sayer et Huckleberry Finn, héros de fiction du romancier américain Mark Twain (2019, photo ci-dessous).


                                          © Julia Malysh-Andrievska

Julia, dont on ne sera alors pas surpris qu’elle aime les poupées anciennes, découvre sa vocation suite à une rencontre avec une artiste ukrainienne, et étudie la sculpture auprès d’un maître avant de trouver son style en autodidacte. Certaines de ses poupées sont dotées d’articulations à soufflet. Elle fabrique sa première poupée en 2015 et les réalise en professionnelle depuis 2017. Ci-dessous de gauche à droite, deux autres œuvres de 2019 : « Sophia et Bekky », « Molly ».


          © Julia Malysh-Andrievska                   © Julia Malysh-Andrievska

Oksana Salnikova

Originaire de Kiev, Oksana Salnikova est une créatrice respectée et admirée par ses pairs, qui a contribué à former de nombreux artistes en poupées en Ukraine. De tous les matériaux qu’elle a testés, le Living Doll, au fini semi translucide après cuisson, a obtenu sa préférence. Ses ravissantes poupées, représentant des fillettes, ont une expression difficile à définir : mi-boudeuses mi-curieuses, leurs longs cheveux frisés défaits ou retenus en d’amples macarons, elles paraissent interroger l’observateur avec leurs yeux grands ouverts (photo de gauche ci-dessous, « Charlotte », 2019). Oksana confectionne les tenues de ses personnages : comme elle ne savait pas coudre avant de s’intéresser aux poupées, elle a développé ses propres techniques d’habillage sans couture, particulièrement appréciées par ses stagiaires. Les vêtements n’utilisent que des étoffes naturelles : soie, coton, batiste. Écoutons-la parler de l’inspiration : « je ne l’attends pas et ne la recherche pas non plus, elle m’entoure. Elle peut se trouver dans des récits de vie ou d’enfance, ou dans l’association de deux pièces de tissu qui se trouvent là côte à côte… je laisse les choses arriver ». Oksana n’envisage pas l’avenir en dehors des poupées et de la joie qu’elles apportent autour d’elles. Ci-dessous, au centre et à droite : « Luisa », 2019 et « Pirates seulement », 2019.


    © Oksana Salnikova          © Oksana Salnikova        © Oksana Salnikova

Ketrin Guv

Ketrin Guv nous vient de Zaporijia, à 560 km au Sud de Kiev. Cette artiste polyvalente a plusieurs cordes à son arc : elle crée des poupées en porcelaine de différentes tailles (29, 32 et 42 cm), des miniatures de 13 et 11 cm, des poupées pour maisons de poupées de 9,5 cm (échelle 1:12), toutes BJD, et personnalise des Blythe OOAK. Ses plus grandes poupées, au visage ovale et aux lèvres pulpeuses, à la beauté indéniable, dégagent une grande mélancolie. Toutes les étapes du processus de création, au cours duquel la poupée impose progressivement son apparence, sont effectuées par ses soins : sculpture, fabrication du moule, coulage de la porcelaine, démoulage, deux cuissons à 1 200-1 300 °C, peinture sur couverte cuite à 820 °C en plusieurs passages, maquillage, collage des cils, fabrication et teinture de la perruque en poils de lama ou de chèvre. Puis elle choisit des tissus naturels et confectionne les robes (brodées ou ornées de perles), sous-vêtements et chaussures à la main. Sa vocation lui est venue en assistant à un spectacle de marionnettes à la suite duquel elle s’essaye à la fabrication d’une poupée en argile polymère. Puis viennent les ateliers avec Irina Nalyvaiko et l’auto-formation à la porcelaine. Depuis 10 ans qu’elle crée des poupées, Ketrin trouve son inspiration dans les voyages, la musique et la rencontre avec de belles personnes. Elle pratique aussi la peinture au couteau. Son ambition : que ses poupées se transmettent de génération en génération. Ci-dessous, de gauche à droite, deux BJD de 33 cm produites en 2019 :  « Albina » et « Adeline ».


                                      © Ketrin Guv                                       © Ketrin Guv

Ci-dessous, des BJD pour maison de poupées de 9,5 cm, également produites en 2019.


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Zhanna Lopushanskaya

Zhanna Lopushanskaya, demeurant à Odessa , utilise aussi bien le Living Doll que le paperclay pour fabriquer de charmantes poupées aux visages ronds, aux grands yeux et à la bouche fruitée, semblant sortir tout droit d’une bande dessinée pour venir nous raconter leur histoire. Représentations de personnages réels comme Frida Kahlo (photo de gauche ci-dessous), de fiction comme Esmeralda (photo du centre ci-dessous), ou imaginées par l’artiste, leur grande expressivité les fait paraître presque vivantes. Les enfants sont également une source d’inspiration pour Zhanna (photo de droite ci-dessous). Elle réalise personnellement les costumes et accessoires de ses poupées (ce qu’elle faisait déjà étant enfant), dotées d’articulations métalliques ou à soufflet. Formée par Oksana Salnikova (voir plus haut) et Milana Shuba-Dubrova, elle ne produit professionnellement des poupées que depuis un an, mais son style est déjà affirmé. Quand elle était petite fille, Zhanna rêvait de posséder une belle poupée. Ce rêve se réalisa lorsqu’on en lui offrit une pour son anniversaire, qu’elle baptisa Macha et conserve encore aujourd’hui. En plaisantant, Macha nous confie que ce jour tombe le 31 décembre et que cette coïncidence l’a privée d’une deuxième poupée !

© Zhanna Lopushanskaya © J’aime les poupées© Zhanna Lopushanskaya 

Bella Melkova

Bella Melkova, ukrainienne installée à Tel Aviv (Israël), exploite deux matériaux, paperclay et La Doll, pour réaliser des poupées très originales dans trois styles distincts, illustrés par les exemples suivants : un grand personnage élancé au visage triangulaire souriant et au nez fin et droit, figé dans une pose dynamique, habillé d’un riche costume évoquant la Renaissance et doté de nombreux accessoires (« Mirel », 110 cm, 2019, photo de gauche ci-dessous) ; une petite poupée monochrome non maquillée, fine et gracieuses à l’expression sereine (« Fly », 2017, montable en lampe, photo de droite ci-dessous) ;


               © Julia Malysh-Andrievska                          © Bella Melkova

un nu champêtre délicat à l’allure classique, orné de fleurs, de feuilles et de mousse (« Eglantina », 2018, photos ci-dessous).


                                  © Bella Melkova                                  © Bella Melkova

Bella confectionne elle-même les costumes de ses poupées, au moyen de tissus naturels : coton, soie, mousseline. Elle s’est formée en suivant des cours dans divers ateliers, avant de trouver son style original et de réaliser sa première poupée en 2015. Conceptrice de bouquets de profession, elle reconnaît être inspirée par les fleurs dans son travail d’artiste en poupées. Pendant longtemps, Bella a pratiqué le batik et souhaite à l’avenir continuer à participer à des salons internationaux de poupées.

Evgeniya Andrieieva

Evgeniya Andrieieva, artiste affiliée au studio AnGeDolls, vit à Kharkiv, deuxième plus grande ville d’Ukraine. Elle fabrique d’adorables poupées en tissu avec articulations à soufflet, au visage rond et à l’abondante chevelure frisée, parfois sans nez ni bouche mais avec des taches de rousseur ! les tenues charmantes et colorées, faites par l’artiste, font parfois appel à la broderie, et sont accompagnées d’accessoires : bonnet de laine, sac à main, coussin,… Mais Evgeniya utilise aussi l’argile polymère, qu’elle a appris à sculpter avec Oksana Salnikova (voir plus haut) et Olga Kizhaeva. Elle s’inspire de la nature et des animaux pour la réalisation de ses poupées, technique apprise, pour ce qui concerne le tissu, en autodidacte il y a seulement un an. Evgeniya pratique également le découpage et la fabrication d’objets en résine époxy. Ci-dessous, de gauche à droite : « Aglaia », 30 cm, Living Doll, 2019 ; « L’abeille Gugik », 23 cm, tissu, 2019 ; « Ann », 23 cm, tissu, 2019.


                                          © Evgeniya Andrieieva

Tatyana Dvorchuk

Tatyana Dvorchuk, originaire de Kiev, travaille avec trois matériaux : Living Doll, paperclay et La Doll. Ses sources d’inspiration sont visiblement les voyages vers l’Orient et l’Afrique, et ses poupées ont un parfum de nostalgie d’un monde exotique disparu où le temps s’écoulait sereinement. Les tenues traditionnelles (djellaba, kimono,…), soignées, sont confectionnées par ses soins à partir de tissus variés. Elle teint elle-même les cheveux de ses poupées, faits de laine de lama, de chèvre ou de fils de soie. Tatyana, qui s’intéresse à l’univers des poupées depuis 2010, a appris à sculpter en suivant des ateliers créatifs, puis a progressivement découvert son style en autodidacte. Ses sources d’inspiration revendiquées sont lapeinture, la musique et la rencontre avec des personnes intéressantes. Outre la fabrication de poupées, elle réalise des pendentifs et pratique le perlage. Son souhait pour l’avenir : continuer à participer à des expositions et des concours. Ci-dessous, de gauche à droite : « Phénix », portrait de Lydia Vertinska dans le rôle de l’oiseau magique du film « Le tour du monde de Sadko » d’Alexandre Ptouchko sorti en 1952, inspiré d’un conte mythologique russe, 2019 ; « Les mille et une nuits », portrait de l’acteur turc Halit Ergenç dans le rôle du roi de fiction perse sassanide Shahryar écoutant les récits de sa femme Shéhérazade, 2019.


       © Julia Malysh-Andrievska                       © Tatyana Dvorchuk

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Projets collectifs
Les poupées de mode à travers les siècles

Ce projet présentait sept poupées ressemblant de manière étonnante à des poupées de mode anciennes, disposées dans un décor d’époque et réalisées par cinq artistes contemporaines : Valentina Yakovleva, Victoria Kukalo, Daria Vistavna, Eugenia Knyshenko et Elena Zadorozhnaya. Elles étaient exposées en quatre tableaux : poupées chinoises anciennes, poupées « Queen Anne » (Reine Anne), et deux tableaux de poupées de mode françaises.
Jusqu’à l’expansion économique de ces dernières décennies, les poupées fabriquées en Chine constituent une production abondante de l’industrie artisanale et des missions, peu exportée vers l’occident, dont le centre est le comptoir colonial allemand de Kiautschou. La mission protestante « Door of hope » (Porte de l’espoir) est un refuge pour esclaves libérés du début du XXe siècle situé à Shanghai, qui produit de nombreuses poupées habillées avec des répliques exactes de vêtements des personnages représentés, tenant compte de leur rang social et de leur âge. Ci-dessous, le tableau des poupées chinoises.


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La fabrication des poupées Reine Anne commence à la fin du XVIIe siècle, avant le règne de la reine d’Angleterre éponyme (1702-1714), et se poursuit durant la période georgienne (1714-1830). Entièrement en bois, ou avec des membres ou des yeux en d’autres matériaux (tissu ou cuir), ces poupées articulées au visage sculpté orné de sourcils stylisés et de pommettes rougies ont des yeux en amande peints, en verre ou en porcelaine suivant les époques, et des perruques en lin, chanvre ou cheveux naturels. Accessibles seulement aux familles aisées, elles sont pour la plupart détenues par des femmes, qui les habillent à la mode de l’époque. Ci-dessous, le tableau des poupées Reine Anne.


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Les poupées de mode françaises sont les ambassadrices de la mode de Paris (ou de Dijon lorsque la Bourgogne est puissante) en province et dans les capitales européennes, du XVIIe au XIXe siècle, avant l’avènement des magazines de mode. Cette mission est si importante pour la noblesse d’Europe qu’elles disposent de laissez-passer royaux afin de franchir les frontières sans encombre, même en temps de guerre, et ceci jusqu’au règne de Napoléon 1er. La plupart de ces poupées, à corps en chevreau ou en bois et tête en porcelaine, représentent des femmes adultes, toutefois certaines sont des bébés montrant la dernière mode enfantine. Les poupées de mode, de toutes tailles, peuvent être utilisées ultérieurement comme jouet. Ci-dessous, un des tableaux des poupées de mode françaises.


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Les épices


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C’est le projet d’un collectif de dix artistes né en 2016, dont chacun des membres a réalisé en 2019 une poupée sur le thème des épices. Ces artistes, qui se sont connus via les réseaux sociaux et les expositions, viennent de différentes villes d’Ukraine (Kiev, Lviv, Dnipropetrovsk, Khmelnytskyï), le seul étranger étant originaire de Toronto (Canada). Chaque année, le collectif choisit un thème de travail : les clefs, 2016 ; la mer, 2017 ; réflexions, 2018 ; les épices, 2019. Il expose uniquement  à Modna Lyalka, deux fois par an. Les poupées sont mises en scène dans un décor évoquant l’épice illustré. Ci-dessous, de gauche à droite : « Illicium verum » (anis étoilé), par Svetlana Fadeeva et « La danse des épices » par Elena Nikitenkova ;


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Ci-dessous, de gauche à droite : « Moutarde pop art » par Olena Tsilujko et « Grain de poivre » par Nastya Krava ;


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Ci-dessous, de gauche à droite : « Fleur de pavot » par Juliet Pelukh et « Le paradis de la cardamome » par Natalia Dolgannikova ;


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Ci-dessous, de gauche à droite : « The rose » par Elena Korosteleva et « Amelie » la chicorée par Irina Zhmurenko ;


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Ci-dessous, de gauche à droite : « Le poème du safran » par Tatiana Inosova et « Vanille » par Alla Lukianova.


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Légendes de Lviv

Il s’agissait pour ce projet d’évoquer l’histoire et les légendes associées à Lviv, plus grande ville de la partie occidentale de l’Ukraine, centre historique de la Galicie et province anciennement polonaise puis autrichienne (photos ci-dessous). Les dix artistes participants étaient : Olga Tkach, Katerina Kyrylova, Olga Chernykh, Milena Kolomiets, Oksana Vesna, Natalia Chubina, Katya Akimova, Olena Tsiluyko, Lydia Hrynko et Alona Lemann.

Concours du 20e anniversaire

Cette 20e édition de « Modna Lyalka » a été l’occasion d’un concours de poupées entre 24 artistes exposants du salon international. Les trois lauréates, désignées par le public, sont : Olesya Getman avec l’œuvre « Vivre maintenant » (photo de gauche ci-dessous), Yuliya Malysheva avec « L’amour ne regarde pas avec les yeux, mais avec l’esprit » (photo du centre ci-dessous) et Elena Kantur avec « Fifi Brindacier » (photo de droite ci-dessous). Elles se voient offrir leur emplacement d’exposition au prochain salon « Modna Lyalka » du  3 au 5 avril 2020.


      © Olesya Getman             © Yuliya Malysheva             © Elena Kantur

Épilogue

À l’issue de trois journées de découvertes et de discussions passionnées avec les artistes, une question s’impose à l’esprit du visiteur étranger : comment expliquer une telle vitalité de la poupée d’artiste en Ukraine ? il semble que la réponse tienne à une raison simple et profonde à la fois : l’enracinement dans une longue tradition, comme en atteste l’existence de poupées datant de plusieurs millénaires, les motankas (autrement appelées Krupenichkas).
Ces poupées traditionnelles ukrainiennes, à la fois talismans domestiques de protection et de fertilité et jouets,  étaient fabriquées à la maison à partir de matériaux naturels sans danger pour les enfants : chutes de tissu, foin, paille, bois, herbes, feuilles séchées, graines,… Habillées de tenues brodées et parfumées avec des herbes aromatiques, elles ont la particularité d’être sans traits de visage, celui-ci ne portant qu’une croix symbolisant l’unité du ciel et de la Terre, les quatre points cardinaux, les quatre saisons et le soleil (photo ci-dessous).


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L’absence de visage a plusieurs explications : il faut laisser aux enfants le soin de développer leur imagination quant aux émotions de la poupée lorsqu’ils jouent avec elle ; une vieille croyance affirmant que les yeux peuvent voler l’âme de ceux qui les regardent, il fallait éviter que les poupées volent l’âme des enfants ; donner des yeux à une poupée, c’est lui donner une âme, qui risque d’être mauvaise ; de même que les enfants en bas âge ne doivent pas se regarder dans la glace pour ne pas être effrayés, il ne faut pas leur faire peur avec le regard d’une poupée ; un talisman ne doit pas avoir une apparence humaine.
Aujourd’hui le rôle rituel des motankas a partiellement cédé la place à une fonction décorative mais aussi sociale. Des poupées spéciales correspondent à divers événements de la vie : naissance, baptême, fiançailles, mariage, enterrement. Des artistes contemporains comme Oleksandra Rebenchuk perpétuent la tradition en fabriquant des motankas.

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Remerciements

Nous tenons à remercier chaleureusement pour leur invitation au salon et leur assistance durant tout son déroulement : Yurii Shumanskyi, organisateur du salon international annuel de poupées d’artistes et d’oursons Модна лялька (Poupée de mode) et du salon international professionnel Craft. Business & Hobby, consacré à l’artisanat du textile et de la bijouterie ; Irina V. Dubchak, responsable des relations d’affaires et de la coopération de ces mêmes salons.
Un grand merci également à Elena Kantur, artiste en poupées, qui m’a servi d’interprète improvisée durant le salon.

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Salon de Bruges d’août 2019 : forte présence d’artistes en poupées d’Europe de l’Est


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La 33e édition du festival international de poupées et d’ours en peluche s’est déroulée du 22 au 25 août 2019 dans la belle ville de Bruges (Belgique), les deux premières journées étant consacrées aux poupées et les deux dernières aux ours. Dans une salle latérale de l’imposant beffroi,  haute tour médiévale de 83 mètres surmontant la halle aux draps sur la grand-place de la ville, on pouvait surtout y admirer les deux premiers jours de nombreuses poupées anciennes, comme celles de l’exposante hollandaise Marleen van Leeuven (photo ci-dessous).


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Elle détient des trésors produits par des fabricants aux noms évocateurs : Armand Marseille, Ernst Heubach, Kämmer & Reinhardt, Kestner, Simon & Halbig, Jumeau, François Gaultier, Käthe Kruse, Chad Valley,…
La brugeoise Christelle Scholten réalise de belles copies en porcelaine de poupées anciennes (Ernst Heubach, Kämmer & Reinhardt, Kestner, Jumeau,…) et modernes (photo ci-dessous) de taille 25 cm.


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Mais le fait marquant de ce festival illustre une tendance amorcée il y a quelques années : la présence d’exposants d’Europe de l’Est dans les salons occidentaux. Cette année à Bruges, nous avons retenu trois artistes russes, une créatrice biélorusse et une ukrainienne, collaboratrice d’un magazine qui organise le salon international de poupées d’artistes et d’oursons de Kiev.
Dana Svistunova nous vient de Krasnoïarsk, en lointaine Sibérie, et fabrique à  la main des poupées en bois et en tissu pleines de poésie (photo ci-dessous).


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La poupée lunaire à l’air triste trônant assise au centre de cette photo est intitulée « Il est bon de parcourir le monde ». Tête et membres sculptés dans  du bois de tilleul, le corps en textile bourré de sciure de bois et de granulés de caoutchouc, de sorte qu’elle est agréablement lourde et douce, cette grande poupée (57 cm) représente un vagabond, le bras droit enserrant une maison en bois, symbole du foyer dont il est dépourvu (photo ci-dessous).


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L’argile polymère est le matériau de prédilection d’Anna Fadeeva. Elle sculpte de drôles de petits personnages et animaux au regard naïf rappelant un peu le monde d’Alice au pays des merveilles (photo ci-dessous).


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Elle réalise aussi de hautes poupées élancées, émouvantes, qui dégagent une grande douceur (photos ci-dessous). Celle de gauche a un regard langoureux, tandis que sa compagne de droite arbore une mine réjouie.


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Son univers est très éclectique, des petites filles modèles aux accessoires steampunk, en passant par les clowns et les châtelaines médiévales.
Marina Danilina fabrique des poupées de porcelaine en éditions limitées (photo ci-dessous) et des ours en peluche de grande taille qu’elle aime mettre en situation. Ses poupées, sages petites filles rêveuses délicatement habillées, sont parfois en costume traditionnel russe.


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« Réveillez l’enfant qui est en vous », telle est la devise d’Olesya Gramovich, biélorusse de Minsk, créatrice des petites poupées Alexandrina en pâte La Doll (photo ci-dessous), semblant toutes droit sorties d’un conte de fées.


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Elles présentent deux spécificités : accessoirisées et mises en scène sur le thème des fleurs, elles ont aussi parfois les yeux fermés, ce qui est rare dans le domaine des poupées, où le regard revêt une importance particulière pour exprimer leurs sentiments et révéler leur nature. Lorsqu’on interroge Alexandrina sur cette singularité, elle répond en riant : « je ne sais pas, peut-être sont-elles tournées vers leur monde intérieur, à la recherche de leur être profond ». Ci-dessous : à gauche, Princesse Rose ; à droite, Fleur Lilas.


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L’ukrainienne Irina V. Dubchak est responsable des relations d’affaires et de la coopération du magazine ukrainien Модное рукоделие (Artisanat et mode), du salon international annuel de poupées d’artistes et d’oursons Модна лялька (Poupée de mode) et du salon international professionnel Craft. Business & Hobby, consacré à l’artisanat du textile et de la bijouterie, tous deux tenus à Kiev. Également engagée dans la promotion des artistes exposant aux salons « Poupée de mode », elle présentait le travail de trois lauréates du concours thématique du salon de 2019 (photos ci-dessous, de gauche à droite) : Eglantine, de Bella Melkova (Israël) ; Caroline, de Oksana Salnikova (Ukraine) ; Dreamcatcher, de Kupka Marta (Ukraine).


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Croisé dans les allées du salon, un expert en poupées bien connu de nos lecteurs : Samy Odin, ex-directeur du regretté Musée de la Poupée de Paris. L’occasion de rappeler ici la source principale sur les objectifs et l’actualité de sa nouvelle structure fondée en décembre 2018, Chérubins.

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Un artiste et sa muse : Joshua David McKenney et la poupée Pidgin


                                                     © Pidgin Doll

Le pidgin est un langage simplifié utilisé pour la communication entre personnes de langues maternelles différentes. C’est aussi le nom d’une poupée créée par Joshua David McKenney, artiste établi à Bushwick, quartier de l’arrondissement de Brooklyn dans la ville de New York. Interprétation moderne de la poupée de mode européenne classique, elle tire son inspiration à la fois du style urbain et de la haute couture, de l’ancien et du moderne.
Né à San Francisco, Joshua David McKenney passe son enfance en Floride puis en Pennsylvanie. Il s’installe à New York en 1999 à l’âge de 18 ans pour étudier la photographie à la Parsons School of Design. Il dessine beaucoup, surtout des femmes. « Dessiner était un exutoire pour exprimer ma part de féminité dans le milieu conservateur où j’ai été élevé », se souviendra-t’il, « et cela continue aujourd’hui ». Il entame une carrière d’illustrateur de mode et travaille pour des clients prestigieux tels qu’Elizabeth Arden, Mariah Carey, les cosmétiques Mac, Dolce & Gabbana ou La Perla.
Attiré par l’univers des poupées, des marionnettes et des mannequins depuis toujours, il s’essaye à la fabrication de petites figurines, de visages et de mains en Super Sculpey. Il avouera plus tard : « il m’a fallu longtemps, très longtemps, pour atteindre mon niveau actuel, mais je dois dire honnêtement que, à partir du moment où j’ai commencé à fabriquer des poupées, j’ai su que c’était ma vocation. Je ne suis jamais si artistiquement satisfait et stimulé que lorsque je travaille sur une poupée ». Et il ajoute : « je serai toujours illustrateur, mais en tant que fabricant de poupées je suis également sculpteur, ingénieur, maquilleur, styliste en coiffure, dessinateur de mode, marionnettiste et photographe. Pour moi, c’est l’expression artistique ultime ».
En 2008, obsédé par les BJD asiatiques, il aspire à créer la sienne. Il se procure le livre de Ryoichi Yoshida « Yoshida style ball jointed doll making guide », et en s’appuyant sur les seules images (le livre est en japonais !), il fabrique LoveChilde, sa première poupée, sculptée en terre-papier (paperclay) japonais à séchage ambiant. Satisfait du résultat, Joshua pense néanmoins que les poupées les plus intemporelles et les plus exquises sont en porcelaine.
Il se lance donc en 2009, à l’aide de guides en ligne et de tutoriels vidéo, dans la fabrication de moules en plâtre et le coulage de porcelaine, dans un atelier du quartier de Williamsburg à Brooklyn. Son premier résultat, obtenu laborieusement après plusieurs moules ratés et un tas de pièces défectueuses, est une sirène BJD à queue segmentée (photo ci-dessous).


                                                       © DeviantArt                                           

Pidgin, sa troisième tentative, est conçue en 2012 comme une poupée de mode européenne classique : tête et membres en porcelaine attachés à un corps souple posable. Après en avoir réalisé plusieurs prototypes, il la lance officiellement en octobre de la même année comme une poupée de salon de 56 cm. Elle est depuis son centre d’intérêt principal. La poupée actuelle de 40,5 cm à l’échelle 1:4, coulée intégralement en résine et complètement articulée, représente la 5e génération de moules.
Joshua conçoit et fabrique la plupart des vêtements de Pidgin. Il sculpte les accessoires à l’aide d’une imprimante 3D et les améliore à la main. Il achète les tissus et les garnitures dans le quartier des boutiques de vêtements de Brooklyn, et travaille avec une équipe de couturières et de tailleurs pour créer les tenues. Il aime aussi chiner les habits et les accessoires des poupées classiques pour les intégrer à la garde-robe de Pidgin.
Son inspiration lui vient en grande partie de deux artistes devenus des amis proches : Mel Odom, le père de Gene Marshall, et Andrew Yang, collaborateur de Robert Tonner. L’artiste russe installée au Canada Marina Bychkova a également joué un grand rôle dans sa vocation : « la première artiste en poupées moderne dont j’ai entendu parler fut Marina Bychkova, avec sa très célèbre ligne de poupées en porcelaine ‘Enchanted dolls’. Du moment où j’ai vu le caractère élaboré et vraiment impressionnant de son travail, je n’ai eu de cesse de réaliser mes propres poupées ». Il aime aussi à citer comme autres influences la féminité, la vie new yorkaise, les voyages, ses amis, Instagram, les années 1970, l’Art Nouveau, le ballet, le burlesque, les Disney classiques (en particulier « Fantasia »), le marionnettiste Jim Henson, créateur du « Muppet Show » (en particulier Piggy), la Barbie classique et la culture LGBT. Ci-dessous, la très belle « Samantha », issue de la collection de printemps 2019.


                                             © Joshua David McKenney

D’où vient ce nom de Pidgin ? Joshua explique : « Lors d’un long voyage en car de New York à Boston où habitait mon compagnon Eric, je passais le temps en faisant le portrait à l’aquarelle d’une fille originale avec un pigeon sur la tête, en pensant que ce nom d’oiseau lui irait bien. Arrivé à Boston, je donnai l’aquarelle à Eric, et nous commençâmes à imaginer à quoi pourrait ressembler une fille appelée ‘Pigeon’ : une citadine à l’esprit libre, un brin fantasque, peut-être un peu volage. Trois ans plus tard, alors que je cherchais un nom pour ma nouvelle poupée mannequin, Eric suggéra qu’elle pouvait bien être le personnage de l’aquarelle et ce fut une révélation. Nous décidâmes de remplacer ‘Pigeon’ par ‘Pidgin’, qui présente mieux visuellement tout en évoquant un moyen de communiquer mes idées artistiques et esthétiques, comme le pidgin permet la communication entre personnes d’horizons différents ».
Comment se déroule une commande de poupée OOAK personnalisée ? le client remplit un formulaire détaillé spécifiant le teint, la nature et la couleur des yeux et des cheveux, les vêtements ainsi que d’autres caractéristiques désirées. L’artiste répond par courriel pour entamer un dialogue collaboratif. Chaque poupée est livrée avec une tenue que l’on peut enlever : robe ou ensemble jupe-pantalon, bas et chaussures en résine avec lanières en ruban. Des vêtements supplémentaires (vestes, robes habillées, pantalons, shorts, chapeaux,…) sont disponibles sur demande. Le délai de livraison minimal est d’un mois, les prix dépendent des spécifications et un acompte de 50 % est exigé pour disposer d’un dessin et commencer la fabrication, le reste étant dû  avant l’expédition.
Pour ses propres créations, cela peut être beaucoup plus long. La création de la sculpture, la fabrication des moules et l’amorçage de la production prennent parfois deux ans. La sculpture des Pidgin évolue constamment : Joshua en est en 2019 à leur cinquième génération (photo ci-dessous : à gauche, Elinda ; à droite, Nyx). Une fois le coulage terminé, la personnalisation évoquée plus haut dépend de chaque poupée : il lui est arrivé de l’effectuer en une semaine, comme de travailler des mois sur la finition d’une poupée.


                                              © Joshua David McKenney

La dernière collection, celle du printemps 2019, comporte 16 poupées BJD OOAK en résine de 40,5 cm à l’échelle 1:4. Parmi toutes ces beautés, la piquante Veronique et ses taches de rousseur (photos ci-dessous).


                                             © Joshua David McKenney

2019 est aussi l’année de l’édition limitée en dix exemplaires de « Babette » (photos ci-dessous), poupée Pidgin créée spécialement pour le salon Pacific Northwest BJD expo de Seattle (Washington).


                                            © Joshua David McKenney

Une originalité, la « Pidgin Doll Chibi » : une version de Pidgin aux proportions Chibi, ce style artistique japonais représentant les personnages avec une tête et des yeux surdimensionnés. Coulée en résine et dotée de 12 points d’articulation, elle rentre dans tous les vêtements et chaussures prévus pour les poupées mannequins à l’échelle 1:12. Une édition limitée de 50 exemplaires, présentée en septembre 2019 à la Modern Doll Collectors Convention (MDCC) de San Antonio, Texas, porte la tenue illustrée ci-dessous : robe florale en coton, jaquette-cape rouge et béret bleu à pompon blanc.


                      © Pidgin Doll                          © Dutch Fashion Doll World

En 2005, un événement a défrayé la chronique aux États-Unis : le célèbre photographe américain Richard Prince expose à la Gagosian Gallery de New York des tirages de photos extraites d’Instagram sans la permission de leur auteur, et les vend 100 000 $ chacun. Prince est adepte de l’appropriation, forme d’art contemporain consistant à réemployer du matériel esthétique (photographies, images d’archives, films, vidéos, textes,…) en manipulant éventuellement la taille, la couleur, le matériel et le média de l’original. Parmi les photos exposées, celle d’une femme aux longs cheveux bleus et aux lèvres pulpeuses rouge cerise, tenant une poupée sosie en porcelaine dans la même tenue blanche (photo ci-dessous). La poupée, c’est une Pidgin, et la femme Doe Deere, directrice de la société de produits de maquillage « Lime Crime », qui pose ainsi pour promouvoir le travail de son ami Joshua David McKenney.
Suite à cet épisode, l’artiste est un peu abasourdi, mais indulgent. « Je n’en veux pas à Prince », déclare-t’il, « à bien des égards, le choix de cette image est un honneur ». Il n’envisage pas de porter plainte, espérant au contraire que cette histoire « initiera un débat sur le statut de l’art ».


                                                      © Doe Deere

Quoi qu’il en soit, cette affaire aura porté à la connaissance du grand public l’œuvre de Joshua, qui a déjà des fans célèbres : les chanteuses Grace Jones et Mariah Carey ; la stripteaseuse, mannequin, couturière et actrice Dita von Teese ; Linda Farrow, la designer de lunettes ; Taylor Swift, auteure-compositrice-interprète et actrice.
Depuis ses débuts en 2012, Pidgin a connu un certain nombre de changements : au fur et à mesure de l’amélioration du savoir-faire de son créateur, elle est devenue plus articulée et gracieuse, tout en conservant la forme de son visage. Quant à l’avenir, Joshua David McKenney le voit en grand : « j’aimerais que Pidgin imprime sa marque dans le Monde ».

Sources de l’article

 

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De l’esclavage aux black Barbies : un siècle et demi de poupées noires

Introduction

La belle exposition de la collection de poupées africaines-américaines de Deborah Neff, qui s’est tenue du 23 février au 20 mai 2018 à la Maison Rouge à Paris, est l’occasion de revenir sur l’histoire tourmentée de la représentation des poupées noires, de l’imagerie raciste des golliwogs aux poupées actuelles à revendication éducative d’Ikuzi dolls, en passant par les topsy-turvy des esclaves aux États-Unis et les poupées exotiques de fabrication allemande ou française au tournant du XXe siècle.

Poupée noire et poupée blanche

Dans une expérience des années 1940 restée célèbre, les sociologues américains Kenneth et Mamie Clark interrogent des enfants noirs à propos de deux poupées, une noire et une blanche (photos).

63 % d’entre eux disent qu’ils préfèrent jouer avec la blanche, 56 % la déclarent plus gentille, et 44 % affirment que la poupée blanche leur ressemble le plus !
« Ce résultat est capital en ce qu’il change radicalement la manière dont nous envisageons les relations inter-raciales » estime le professeur William Julius Wilson, de l’université de Harvard. « Voilà des enfants qui pensent qu’être blanc vaut mieux que d’être noir, et ceci est assez accablant ».
Soixante ans plus tard, l’émission de télévision GMA (Good Morning America) réitère l’expérience, avec des résultats très différents : 88 % des enfants s’identifient à la poupée noire, avec laquelle 42 % déclarent vouloir jouer, contre 32 % avec la poupée blanche, le même pourcentage choisissant la poupée blanche comme étant la plus gentille. Même si certaines déclarations des enfants à propos de la poupée noire restent dérangeantes, comme celle d’Alexis, 7 ans, « elle répond et désobéit », ou encore celle de Nayomi, 7 ans, « elle est moche parce qu’elle a les pieds comme un singe », la plupart des réponses conduisent à espérer.

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Caricatures racistes

Mais le paysage était beaucoup plus sombre il y a un siècle et demi, époque à laquelle l’image de la servitude noire était profondément ancrée dans tous les esprits. En 1859, Martin H. Freeman écrivait dans « The anglo-african magazine » : « On apprend directement ou indirectement aux enfants s’ils sont beaux par comparaison aux traits physiques de la norme anglo-saxonne. Il faut donc rétrécir les nez épatés et défriser les cheveux crépus… Parfois, les cheveux naturels sont rasés et remplacés par une perruque à cheveux raides. Les lèvres épaisses sont redessinées et réduites. Par l’application de rouge et de poudre blanche, de beaux visages noirs ou bruns prennent un teint artificiel, comme celui d’un cadavre que l’on aurait peint. » Les poupées noires fabriquées par les blancs ne font que reprendre les caricatures racistes et sexistes nombreuses associées à la servitude noire : pickaninnies, minstrels, golliwogs et personnages de Mammy et Aunt Jemima.
Pickaninny est, aux États-Unis, une injure raciale faisant référence à un enfant noir d’origine africaine dont la particularité est qu’il est résistant à la douleur (photo de gauche). Dans les états du Sud, le terme désigne un enfant d’esclaves ou, plus tard, de citoyens africains-américains. Tandis qu’il est popularisé par le personnage de Topsy dans le roman de 1852 « La case de l’oncle Tom » de Harriet Beecher Stowe, le terme est utilisé dès 1831 dans le récit abolitionniste « L’histoire de Mary Prince, esclave aux Antilles, racontée par elle-même » publié à Édimbourg,  Écosse. Il restera en usage aux États-Unis jusque dans les années 1960.
Le minstrel show, ou minstrelsy (de l’anglais « minstrel », ménestrel), est un spectacle américain créé vers la fin des années 1820, où figurent chants, danses, musique, intermèdes comiques, interprétés d’abord par des acteurs blancs qui se noircissent le visage (« blackface »), puis, surtout après la Guerre de Sécession, par des noirs (photo de droite). Ils apparaissent dans ces spectacles comme ignorants, stupides, superstitieux, joyeux, et doués pour la danse et la musique. Les acteurs professionnels délaissent le genre vers 1910, mais des amateurs le font durer jusque dans les années 1950. La montée de la lutte contre le racisme les font disparaître définitivement.

Désigné d’après Golliwogg, le nom propre d’une poupée apparue en 1895 dans le livre pour enfants « The adventures of two dutch dolls » (Les aventures de deux poupées hollandaises) de Bertha et Florence Kate Upton, le golliwog est une poupée de chiffon ou en tissu représentant une personne noire aux cheveux crépus, généralement de sexe masculin (photos).

 

Inspiré des personnages des minstrel shows, il est par la suite commercialisé sous forme de poupées et de produits dérivés, utilisé à des fins publicitaires et repris par des auteurs de livres pour enfants dont Enid Blyton. Le nom du personnage serait en outre à l’origine du mot wog, terme péjoratif utilisé pour désigner entre autres les noirs. Dans la seconde moitié du XXe siècle, les golliwogs commencent à faire l’objet d’une controverse en raison du stéréotype raciste qu’ils véhiculent. Depuis les années 1960, le changement d’attitude social et politique envers la question raciale réduit leur popularité.
Une Mammy, ou Mammie, est un stéréotype du Sud des États-Unis représentant une femme noire âgée et grosse,  gouvernante ou nounou des enfants d’une famille généralement blanche (photo de gauche). C’est une figure idéalisée de la mère noire de substitution : aimable, loyale, maternelle, asexuée, illettrée, douce, docile et soumise. Dévouée uniquement à sa famille blanche, elle néglige sa propre famille et n’a pas d’amis noirs. Un des premiers personnages de fiction de Mammy est tante Chloé dans « La case de l’oncle Tom », publié en 1852. Le contexte du personnage de Mammy est en effet l’esclavage aux États-Unis : les esclaves africaines-américaines avaient le statut de travailleuse domestique dans les foyers américains blancs. Cependant, bien qu’il soit né avec l’esclavage, le personnage de Mammy atteint son apogée durant la période ultérieure de la reconstruction, joue pour les états du Sud un rôle dans les efforts révisionnistes de réinterprétation et de légitimation de l’héritage esclavagiste et de l’oppression raciale, et perdure au XXe siècle. Son historicité est discutée : les archives font état de servantes adolescentes ou jeunes adultes avec une espérance de vie de 34 ans. Ceci n’empêche pas l’image romancée de la Mammy de subsister dans l’imaginaire populaire de l’Amérique moderne, à l’origine de personnages de fiction bonnes soignantes et éducatrices, altruistes, fortes et soutenantes, seconds rôles de protagonistes blancs.
Enfin, Aunt Jemima (Tante Jemima) est une marque commerciale de farine à crêpe, de sirop et autres produits pour le petit déjeuner actuellement possédée par la Quaker Oats Company, existant depuis 1893 (photo de droite). Inspiré par la chanson de vaudeville et minstrel show de Billy Kersands « Old Aunt Jemima » écrite en 1875, le personnage désigne une femme noire amicale, obséquieuse, soumise, agissant en protectrice des intérêts des blancs. Des artistes africains-américains et des femmes telles que Betye Saar se sont intéressées au stéréotype de Aunt Jemima, pour déconstruire ce personnage, allégorie selon elles de la soumission de la bonne domestique noire à ses maîtres blancs.

Au début du XXe siècle, des voix s’élèvent contre ces caricatures, pour promouvoir par le biais des poupées la fierté et l’amour de la condition de noir. Madame Mack écrit dans une lettre au « Half-century magazine » : « Les blancs ne remplissent pas leurs maisons de photos de gens de couleur… Ils recouvrent leurs murs de photos de gens de leur race. Quand parfois apparaît une personne de couleur, elle tient généralement un rôle ridicule ou effectue des tâches subalternes… Actuellement, sur toutes les photos que j’ai au mur figurent des gens de couleur, et je n’autorise pas chez moi de photo ridicule d’une personne de couleur… J’ai acheté de jolies poupées noires à mes enfants pour qu’ils apprennent à aimer et à respecter les héros et les beautés de leur couleur ». Marcus Garvey, fondateur de l’UNIA (Universal Negro Improvement Association and African Communities League), association universelle pour l’amélioration de la condition noire, déclare dans les années 1920 : « Mères, donnez à vos enfants des poupées qui leur ressemblent pour qu’ils jouent avec et les cajolent, pour qu’ils apprennent en grandissant à aimer leurs propres enfants et à s’en occuper… ».

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La poupée objet de fierté

Ces poupées, elles existent. Loin de la vision dévalorisante des minstrels et des golliwogs, les « black dolls » conçues dans leur immense majorité entre 1840 et 1940 par des africaines-américaines pour leurs enfants ou pour ceux qu’elles gardaient sont des objets politiques et artistiques : ils portent en eux l’histoire de la mise en esclavage d’une partie du continent africain et révèlent l’amour pour l’enfant noir qui va accueillir la poupée ; ils traduisent une esthétique propre enracinée dans les traditions africaines-américaines et parfois africaines. Deux cents d’entre elles ont été rassemblées dans la collection Deborah Neff, et exposées du 23 février au 20 mai 2018 à la Maison Rouge à Paris (photos).

L’exposition était accompagnée de photographies, provenant pour la plupart d’albums de famille. Certaines d’entre elles, troublantes car la poupée est une représentation de l’adulte que l’enfant va devenir, montrent un enfant blanc tenant une poupée noire (photo de gauche) et un groupe d’enfants noirs avec des poupées blanches (photo de droite).

Selon Deborah Neff, la première peut s’expliquer par le fait que les nourrices noires, ayant élevé des enfants de familles blanches et riches pendant des générations, leur confectionnent des poupées noires. La deuxième est d’autant plus surprenante qu’elle est rare : dans l’iconographie dominante, les enfants noirs sont généralement présentés comme des bizarreries ; de plus, une thèse répandue veut que les enfants noirs n’étaient pas autorisés à jouer avec les poupées blanches dans les plantations. On peut imaginer que les poupées blanches aient été prêtées aux enfants des nounous par les enfants blancs de la famille dont elles s’occupaient, ou qu’elles leur aient été confiées pour les préparer à leur futur rôle de nourrice d’enfant blanc.

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La poupée « topsy-turvy »

Dans le prolongement de ces questions, on peut s’interroger sur le statut des « topsy-turvy » (sens dessus dessous ou réversible), ou « twinning » (jumelée), ces poupées à deux corps en tissu ou en bois (photos) fabriquées par des femmes esclaves pour les enfants blancs dont elles avaient la charge.

Toujours selon Deborah Neff, il existe deux thèses contradictoires sur l’origine de ces poupées réversibles : comme il était interdit aux enfants noirs de jouer avec des poupées blanches, si quelqu’un venait ils retournaient la poupée et la tête blanche était recouverte par la jupe ; au contraire, il était  interdit aux enfants noirs de jouer avec des poupées noires, et ils retournaient la poupée dans l’autre sens. Une troisième thèse affirme que ces poupées étaient destinées à préparer les jeunes filles noires à leur futur double rôle de mère d’enfants noirs et de nourrice d’enfants blancs. Une quatrième thèse qu’elles étaient faites pour des enfants blancs, représentant la mère d’un côté et la nourrice de l’autre. Une cinquième thèse prétend qu’elles descendent des poupées allemandes « hex » de Pennsylvanie, qui n’étaient pas associées aux enfants ou au jeu, servaient à jeter des sorts ou guérir des verrues, et possédaient une tête humaine et une tête de cochon (photo)…

Selon Patricia Williams, professeure de droit à la Columbia University, ces poupées expriment une longue histoire de viols et de métissage : « Les topsy-turvy peuvent être interprétées comme une riposte muette au lexique juridique qui distinguait les femmes blanches en êtres humains et les femmes noires en biens matériels, lexique qui accordait la citoyenneté à la progéniture née de l’union des hommes blancs avec des femmes blanches mais considérait comme un bien jetable et vendable le « produit » du coït entre des hommes blancs et des femmes noires. »

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Poupées exotiques de fabrication européenne

De l’autre côté de l’Atlantique, c’est la colonisation qui favorisa l’émergence, par le contact conflictuel avec d’autres cultures, de poupées de type africain, asiatique ou métis. L’Angleterre en particulier, pays à vocation maritime, et la France, qui possédait le plus grand territoire colonial en Afrique, furent en contact étroit avec les gens de couleur du Monde entier. Le dernier quart du XIXe siècle, par la conjonction du fait colonial et de l’établissement d’une industrie de fabrication de poupées en France et en Allemagne, vit l’apparition des premiers modèles de poupées exotiques. Au début, il s’agissait de poupées européennes dont on peignait le visage et le corps d’une certaine couleur. Elles furent ensuite spécialement moulées. Afin de satisfaire les demandes coloniales et occidentales, y compris aux  États-Unis où il existait une forte population noire issue de l’esclavage, le phénomène s’amplifia au cours des décennies suivantes, et l’on vit surgir de très nombreuses poupées de toutes couleurs et de tous pays, de la petite chinoise aux yeux bridés au bébé africain d’un noir d’ébène, en passant par la petite indienne à la peau cuivrée.

Poupées et bébés noirs fabriqués en Allemagne

Les principales firmes allemandes produisirent des poupées exotiques, dont de nombreux modèles de poupées noires. Simon & Halbig (photos de gauche et du centre) créèrent une série intitulée « poupées de quatre races », qui comportait de beaux modèles devenus célèbres. Kestner teinta en marron une de ses poupées de caractère à succès, Hilda (photo de droite). Dans le dernier catalogue de cette maison qui ferma en 1932 ne figuraient plus que quatre poupées noires. Citons encore les firmes Heubach Köppelsdorf, Schœnau & Hoffmeister et sa célèbre Hanna, Motschmann, A. Schmidt, Kœnig & Wernicke, Nippes, et Schildkröt.

Avec l’arrivée des poupées de caractère vers 1910, les bébés connurent un véritable engouement. Armand Marseille plongea ses bébés dans un bain de teinture noire (Dream baby, photo de gauche). Kämmer & Reinhardt fit de même avec son « Kaiser baby » (photo de droite).

Pour son Black Sambo (photo de gauche), Heubach Köppelsdorf fabriqua un moule spécial. Ce bébé avait les lobes percés et portait des boucles d’oreille. La même forme a été donnée à une poupée noire dont les cheveux étaient tressés. Ce même fabricant produisit un bébé noir rieur à dents moulées, boucles d’oreilles et anneau au nez (photo de droite).

Les deux bébés de Heubach Köppelsdorf et le Dream baby étaient vendus soit sous forme teintée au moyen d’une couleur mélangée à de la pâte de porcelaine, soit peints après cuisson, technique moins onéreuse qui donnait une teinte plus foncée et une surface plus lisse. August Reich, ainsi que Recknagel, fabriquèrent une variante du Dream baby. Kestner produisit une version noire de son Bye-lo-baby.

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Poupées et bébés noirs fabriqués en France

En France, la plupart des poupées et bébés noirs utilisaient les mêmes moulages de fabrication que ceux des bébés blancs, qui étaient ensuite teints en marron, les lèvres étant épaissies au pinceau. Les poupées noires, plus faciles à maquiller et à coiffer, revenaient moins cher, leur prix actuel plus élevé s’expliquant par leur rareté. Apparemment, la SFBJ a produit en marron plusieurs de ses bébés caractère, qui ont été dispersés et sont devenus très recherchés (photos).

Les firmes fabriquèrent aussi des poupées à l’image des habitants des colonies d’outre-mer, à l’instar de Denamur qui produisit des petites poupées censées représenter des antillaises (photos).

Les français ne fabriquaient cependant pas que des poupées noires aux traits européens, ils produisaient parfois des poupées exotiques spécialement moulées. Parmi les autres fabricants français de poupées noires, citons les deux célèbres compagnies Jumeau (photo de gauche) et Léon Casimir Bru (photo du centre), ainsi que Danel & Cie (photo de droite).

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Les poupées noires après 1945 : le virage post-colonial

Après la seconde guerre mondiale et la vague de décolonisations qui s’ensuivit, l’attitude des occidentaux envers les ex-colonisés évolua : en leur reconnaissant une aspiration à l’égalité, ainsi qu’un droit à disposer de leur destin par l’accession à l’indépendance, il leur fallait peu à peu renoncer à certaines caricatures discriminantes. Les poupées n’échappèrent pas à ce mouvement, et l’on vit apparaître sur le marché des modèles ayant perdu leur caractère exotique perçu comme péjoratif au profit de représentations plus naturelles et plus conformes à l’anatomie des populations concernées. Deux grandes entreprises de fabrication de poupées, Käthe Kruse en Allemagne (voir Les artistes en poupées pionniers) et Petitcollin en France illustrent ce phénomène. Ci-dessous, photo de gauche : Nola la petite africaine de Käthe Kruse ; photo de droite : Minouche Mona et son baigneur de Petitcollin, créée en collaboration avec l’artiste autrichienne Sylvia Natterer.

Une autre grande entreprise de poupées européenne, la société britannique Pedigree, fabrique des poupées et bébés noirs « anatomiquement corrects » dès les années 1950 (photos).

L’influence des droits civiques aux États-Unis

Aux États-Unis, c’est le mouvement des droits civiques (1954-1968), visant à établir une réelle égalité de droits pour les noirs américains en abolissant la législation instaurant la ségrégation raciale, qui favorise l’apparition de poupées noires non caricaturales. Quatre entreprises sont bien établies sur ce marché. La grande compagnie Effanbee, dont la devise est « les poupées qui touchent votre cœur », et qui inclut dans sa gamme des poupées noires depuis les années 1910, prend le virage « anatomiquement correct » dans les années 1960 (photo de gauche). Shindana Toys, fondée en 1968 par Robert Hall, membre du congrès pour l’égalité raciale, est une des premières entreprises centrées sur la production de poupées anatomiquement correctes, dont les noms sont par ailleurs africains (Zuri, photo du centre). Terri Lee Dolls, qui introduit dans son catalogue des poupées noires en plastique dès l’année de sa fondation en 1947, produit des poupées anatomiquement correctes avant sa fermeture en 1962 (photo de droite).

Madame Alexander, compagnie historique fondée par Beatrice Alexander en 1923 à New York, produit des bébés, des poupées, des mannequins et des éditions limitées. Elle introduit des poupées noires dans ses collections dès 1970 (photos).

À peu près à la même époque que Shindana, une entrepreneure et éducatrice africaine-américaine du nom de Beatrice Wright Brewington fonde la B. Wright Toy Company à New York, qui produit une autre gamme de poupées anatomiquement correctes de diverses régions du Monde appelée « Ethnic people dolls » (photo de gauche). Dans leur sillon, des entreprises telles que Remco fabriquent des gammes de poupées noires, comme sa série « Brown eye » (photo de droite), à la fin des années 1960 et au début des années 1970.

Shindana et B. Wright vendent leurs moules à Totsy Toys et se retirent du marché au milieu des années 1980, mais d’autres entreprises comme Keisha Dolls et Golden Ribbon reprennent le flambeau.

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Barbie et les poupées américaines à vocation humaniste

Les émeutes raciales du quartier de Watts à Los Angeles en 1965 ont donné à Mattel, la société créatrice de la mythique Barbie, l’occasion de franchir une nouvelle étape dans la prise en compte des problématiques de la population africaine-américaine par les fabricants de poupées. Ces émeutes ont causé la mort de 34 personnes, des incendies et la destruction de 40 millions de dollars de biens matériels, dont certains tout proches du siège de Mattel. Dans le but de tendre la main à la communauté, la société contribue au projet « Operation bootstrap Inc. » de création de plusieurs entreprises gérées par des noirs, dont Shindana Toys (voir plus haut). Au-delà de la réalisation de poupées anatomiquement correctes ayant des prénoms africains, Shindana a pour but clairement affiché la promotion de la fierté africaine-américaine. C’est le moment que choisit Mattel pour sortir sa première poupée noire, Francie, en 1967, puis Christie (photo de gauche), en 1968, faite d’après un moule modifié de Midge, l’amie de Barbie. Ce n’est toutefois qu’en 1980 que Mattel ose produire la première version noire de Barbie (photo de droite).

Le ton est désormais donné : la mission des poupées noires, selon Mattel et les autres fabricants de poupées, est humaniste et éducative. La communauté noire doit être confortée dans la fierté de ses origines africaines, les enfants doivent se reconnaître et se construire avec des poupées qui leur ressemblent. Une autre femme noire entrepreneure, journaliste et éducatrice, Yla Eason, informée par son fils de trois ans qu’il ne pouvait pas être un super-héros comme He-Man, fonde Olmec Toys à New York en 1985. Olmec, la plus grande entreprise de jouets gérée par une minorité aux États-Unis, produit des bébés, des figurines d’action comme Sun-Man (photo de gauche) et Butterfly Woman, ainsi que des poupées mannequins comme Naomi et Imani (photo de droite), avant d’arrêter la production à la fin des années 1990.

Mais Olmec a inspiré Tyco, qui sort ses propres poupées mannequins noires comme Kenya (photo de gauche), et PendaKids, coentreprise de la division Mahogany de Hallmark et de Cultural Toys. Dans les années 1980 et 1990, les compagies Robert Tonner, Cabbage Patch Kids (photo du centre), Magic Attic et American Girl (photo de droite) introduisent des poupées noires dans leur gamme.

Cependant, des années 1990 aux années 2000, l’offre en poupées noires est relativement limitée par rapport à la demande américaine. Des efforts sont faits pour combler cette lacune : les « Big beautiful dolls » (photo de gauche), premières poupées mannequins rondes, créées par Georgette Taylor et Audrey Bell en 1999 ; les Barbie africaines-américaines de la série Collector créées par l’artiste Byron Lars de 1997 à 2010 (photo du centre) ; la gamme SIS (So In Style) de  Stacey McBride-Irby pour Mattel, lancée en 2009 (photo de droite).

Stacey McBride-Irby continue avec les poupées mannequins et jouets multiculturels du « One World Doll Project ». Salome Yilma fonde « Ethidolls », entreprise de poupées faites à l’image de leaders africaines historiques, accompagnées de livres de récits.

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Le renouveau des années 2010 aux États-Unis

À partir de la fin des années 2000, l’offre en poupées noires commence enfin à s’étoffer, avec un discours qui prolonge celui de Mattel : les poupées ne sont pas qu’une affaire de plaisir, elles jouent un rôle important dans le développement de l’enfant, apprennent la compassion et la vie en société, aident à former l’image de soi et à comprendre, accepter, respecter et apprécier les autres cultures. Lorsqu’Angela Sweeting  remarque que sa fille veut avoir des cheveux blonds et une peau plus claire pour ressembler à sa poupée, elle décide de créer « Angelica doll », une poupée en vinyl de 46 cm aux traits africains-américains et à la chevelure naturelle luxuriante (photo de gauche). Niya Dorsett créé les poupées « Brains and beauty » pour remplir une mission originale : aider les petites filles à améliorer leur estime de soi. Les cheveux sont naturels, et la poupée parlante connaît 20 phrases encourageantes destinées à aider la petite fille à croire en elle et à atteindre ses objectifs (Malia, photo du centre).
Ozi Okaro, fondatrice d’Ikuzi Dolls en 2014, est styliste de mode et auteure et illustratrice de livres pour enfants. Elle s’inspire de ses propres enfants pour créer « de belles poupées noires qui leur ressemblent » avec différentes teintes de peau, couleurs et textures de cheveux (photo de droite).

Les « Prettie Girls! Dolls » ont été créées par Stacey McBride-Irby, ex-chef de projet chez Mattel, créatrice d’une gamme de poupées Barbie africaines-américaines et d’une poupée commémorative pour le centenaire de la sororité alpha kappa alpha. Prettie est un sigle pour « Positive Respectful Enthusiastic Talented Truthful Inspiring Excellent ». Ces poupées à récit sont des étudiantes écologistes de haut niveau, qui forment une bande d’amies (photo de gauche).
Jennifer Blaine fut choquée de constater que même en Afrique, les poupées à peau noire étaient difficiles à trouver. Cette entrepreneure de Johannesbourg décide donc de lancer une gamme de poupées noires avec de belles tresses et des tenues colorées d’inspiration africaine, sous le nom de Toyi Toyi Toys Dolls (photo de droite).

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Poupées d’artistes contemporains
En Europe

Dans la continuité du mouvement amorcé par les grandes compagnies, de nombreuses artistes européennes se lancent dans la création de poupées noires, dont les célèbres pionnières allemandes Hildegard Günzel (Jamina, photo de gauche) et Rotraut Schrott (Ricardo, photo du centre), et la pionnière suisse Sasha Morgenthaler (Cora, photo de droite).

En France, Odile Ségui (fillette africaine-américaine, photo de gauche), Chris Noël (Célestine, photo du centre) et Françoise Filaci (Vanille, photo de droite) proposent des poupées noires très réalistes.

Parmi les artistes allemandes contemporaines ayant produit des poupées noires réalistes, on peut citer, outre les pionnières mentionnées plus haut, Annette Himstedt (Pemba, photo de gauche), Brigitte Deval (photo du centre) et Marlies Theillout (photo de droite).

Aux Pays-Bas, c’est incontestablement le couple mère et fille Bets et Amy van Boxel qu’il convient de citer, tant leur production de poupées du Monde est abondante et remarquable. Avec fidélité et délicatesse, elles saisissent comme en instantané le regard grave de ces enfants soigneusement habillés et accessoirisés, dont on devine les difficultés matérielles assumées avec dignité. Ci-dessous, trois poupées représentatives de leur travail.

Outre sa collaboration avec divers fabricants, l’artiste autrichienne Sylvia Natterer (voir plus haut) produit des poupées OOAK (photo de gauche). Angela Sutter, artiste suisse dont une des sources d’inspiration est, selon ses dires, « les expressions et les destins des enfants des pays du tiers-monde », a créé la petite Angela (photo de droite).

En Angleterre, l’artiste Lynne Roche créé la jolie métisse africaine-américaine Poppy, en porcelaine et bois (photo de gauche), tandis que Jane Davies réalise une petite poupée noire en tissu (photo de droite).

Enfin, pour clore ce tour d’horizon européen bien loin d’être exhaustif, mentionnons les artistes italiennes Beatrice Perini, avec le ravissant couple d’enfants Miele et Dolce (photo de gauche), tiré de la collection « Mother’s darling » de 1999, et Linda Macario, avec la petite métisse Smuzhka (photo du centre), et Uta Brauser, native de Munich installée à Florence et fascinée par les jeunes noirs américains (photo de droite).

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Aux États-Unis

Aux États-Unis, la présence d’une forte population noire conduit tout naturellement les artistes en poupées contemporains à en réaliser des représentations non caricaturales. Le célèbre et prolifique créateur Robert Tonner produit un grand nombre de poupées noires glamour et sensuelles en collaboration avec la société Wilde Imagination (photo de gauche, « Angelique loves lingerie »). Berdine Creedy, sud-africaine installée aux États-Unis, ayant travaillé avec trois matériaux différents (porcelaine, vinyl, résine) et auteure de la série « Around the world » en 2011, créé plusieurs poupées noires dont le couple Kandas et Nandie (photo du centre). Floyd Bell, sculpteur autodidacte de poupées en bois, se focalise sur la création de personnages noirs historiques ou ordinaires tirés de photographies ou de son imagination (« Sojourner truth », photo de droite), afin de « refléter la dignité et la détermination d’un peuple qui a souffert ».

Ronna Morse, artiste de Virginie qui s’est spécialisée dans les poupées miniature, a créé cette poupée OOAK en argile polymère (photo de gauche). Les poupées étonnamment réalistes de Lynn Cartwright, artiste californienne auteure d’un ouvrage sur son travail, célèbrent différentes cultures du Monde, des indiens d’Amérique aux africains (photo de droite), en passant par les japonais.

Artiste des Bahamas installée en Californie, Lorna Miller invente des poupées réalistes dont le moindre détail est soigné, et qui surprennent l’observateur par la puissance de leur expression (photo de gauche). Jodi et Richard Creager, également californiens, représentent bien ces artistes qui souhaitent élargir leur horizon en créant des personnages issus d’autres cultures (« Fulani mother and child », photo du centre). Lawan Angelique, une des rares artistes en poupées africaines-américaines, sculpte ses personnages à l’aiguille sur tissu. Ce jeune homme africain superbement vêtu semble nous regarder droit dans les yeux (photo de droite).

L’artiste noire américaine autodidacte Gloria Young Rone fabrique depuis 2000 des poupées en argile polymère, tissu ou bois sur des thématiques comme l’esclavage, les cueilleurs de coton (photo de gauche), les personnes âgées (photo du centre) ou les enfants (photo de droite) dans sa collection « Massa’s servants collectibles ».

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Sources de l’article
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