Qu’est-ce qu’une poupée d’art ?

Introduction

Il n’existe pas d’appréhension immédiate de la poupée d’art. Elle peut impliquer un ou plusieurs matériaux, présenter des formes, tailles, styles et conceptions variés, se révéler réaliste ou abstraite, reconnaissable ou non, être humaine, humanoïde, anthropomorphe, étrange, historique, fantastique, mythique, extraterrestre, ou toute combinaison de ces qualificatifs. Au-delà de l’opposition aux autres catégories de poupées (jouets, poupées rituelles, régionales ou multiculturelles, mannequins ou de salon), il faut, pour tenter de la définir, examiner son rapport à trois concepts principaux qui la déterminent : les notions d’art, d’émotion et de caractérisation.

L’art

Qu’est-ce que l’art ? il est hors de notre propos de répondre ici à cette question délicate qui mérite un long développement, mais donnons-en tout de même une brève définition, synthèse de plusieurs sources (CNRS, dictionnaire Larousse, Cambridge dictionary, Wikipédia), qui nous servira de repère :

l’art est une manifestation dans les œuvres humaines, par la production d’objets tangibles ou numériques, d’images, de musique, de textes écrits ou joués, de films, de chorégraphies,…, d’un idéal de beauté ou de transgression s’adressant délibérément aux sens, aux émotions, aux intuitions et à l’intellect, et correspondant à un type de civilisation, une époque, un lieu, une catégorie sociale ou une vision propre à l’artiste.

La conception de l’art comme activité autonome, production par des artistes d’œuvres que l’on s’accorde à trouver belles d’après une préférence de goût, date du XVIIIe siècle. Cette acception évacue les productions des civilisations anciennes (Égypte, Grèce, Rome, Chine,…) et des sociétés traditionnelles des cinq continents,  assimilées par abus de langage à partir du XXe siècle à des créations artistiques. En effet, ces civilisations et sociétés leur attribuaient des fonctions essentiellement rituelles d’où la préoccupation esthétique était absente. De même pour les ouvrages et les œuvres du Moyen-Âge et de la Renaissance, à visées principalement religieuse ou régalienne.

Les poupées comme œuvres d’art

Dans le domaine des poupées, l’intention esthétique apparaît au XVIIIe siècle, avec les pandores, ambassadrices de la mode parisienne en province et dans les cours européennes, suivies au XIXe siècle par les parisiennes, les poupées anglaises en cire des familles Montanari (photo de gauche ci-dessous) et Pierotti, les bébés français (photo du centre ci-dessous) et les poupées allemandes (photo de droite ci-dessous).


      ©  Victoriana Magazine

De l’autre côté de l’Atlantique, dans le sillage des poupées primitives rembourrées faites à la main par les pionniers, les colons et les esclaves, se distinguent, dans la deuxième moitié du XIXe siècle et la première moitié du XXe, un certain nombre de créatrices emmenées par Izannah Walker et Martha Chase, dont la production joue un rôle pionnier dans l’affirmation de la poupée comme œuvre d’art : les sœurs Emma et Marietta Adams et leurs « Columbian dolls » ; Rose O’Neill, la mère des célèbres « Kewpies » ; Ella Louise Gantt Smith, la mère des « Alabama Indestructible Dolls » ; Julia Jones Beecher et ses « Missionary ragbabies » en tissu ; Mollye Goldman, qui devient l’un des plus importants fabricants de vêtements pour poupées sous la marque Molly-‘es ; Georgene Averill, avec son brevet de poupée « Mama doll » à tête en composition et corps en tissu, obtenu en 1918 ; Grace Storey Putnam, créatrice du célèbre bébé réaliste « Bye-Lo Baby », surnommé « The million dollar baby » et Jennie Adler Graves, qui confectionne des vêtements et des trousseaux pour « Just Me », une poupée fabriquée en Allemagne par Armand Marseille, et conçoit Ginny, petite poupée mannequin de 20,5 cm en plastique dur à la garde-robe riche et raffinée.
Retour en France, où, dans la même période qui couvre la deuxième moitié du XIXe siècle et la première moitié du XXe, le mouvement de renaissance du jouet français et de la poupée a amené des artistes de renom tels que Berthe Noufflard, Georges Lepape, Francisque Poulbot, Hansi et Jean Ray, à s’impliquer dans la création de poupées.
Dans le reste de l’Europe et dans cette même période, émergent quatre figures de proue de la poupée comme forme d’art, qui auront une influence considérable sur les créateurs contemporains : il s’agit des allemandes Käthe Kruse et Margarete Steiff, de l’italienne Elena Scavini (Lenci) et de la suissesse Sasha Morgenthaler.

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Les six époques de la poupée d’art de 1870 à 1935

Florence Theriault, copropriétaire de la société américaine Theriault’s (the dollmasters), spécialisée dans l’estimation et la vente aux enchères de poupées et jouets de collection,  identifie et analyse dans son livre In character – The portrayal of mood in antique dolls, publié en 1991, les six époques de développement la poupée de caractère (voir ci-dessous « Poupées et caractérisation ») dans la période choisie 1870-1935. On présente ci-après ces six époques vues sous l’angle de l’histoire des poupées d’art.

  1. L’âge d’or des poupées françaises (1870-1899) voit les fabricants français chercher à personnifier la beauté dans sa forme idéalisée. Le réalisme est sacrifié à la quête de perfection, au point que certains critiques de l’époque trouvent les poupées « trop belles » ! cet âge d’or décline à partir de la fin des années 1880 et se termine avec la formation de la SFBJ en 1899 et son assemblage industriel des poupées.
  2. La phase préliminaire au mouvement d’art de Munich (1880-1905) recouvre en partie l’âge d’or des poupées françaises. Durant cette période mal comprise de l’histoire, les créations allemandes subissent une transformation notable, évoluant de la statuaire figée des poupées en porcelaine émaillée ou en biscuit aux cheveux sculptés vers les figures d’enfants remarquablement réalistes dont le XXe siècle sera coutumier.
  3. Le mouvement d’art de Munich proprement dit (1905-1915), appelé « réforme de l’art » par ses instigateurs et ses détracteurs, est initié durant les deux décennies précédentes, lorsque les fabricants allemands de poupées sont incités à créer des modèles qui ressemblent à de vrais enfants (photo de gauche ci-dessous). Ce mouvement est favorisé par le regain d’intérêt de la société pour l’enfance à l’aube du XXe siècle, et par la demande associée de poupées semblables aux « enfants des rues ».
  4. Le mouvement français du début du XXe siècle, contrairement au mouvement allemand qui s’est développé progressivement, émerge de façon abrupte. Les fabricants français sont bien conscients depuis quelques temps que la concurrence avec les firmes allemandes tourne à leur désavantage. Afin de remédier à cette situation, la SFBJ est fondée en 1899, et se donne deux leviers : l’imitation des procédures allemandes de production et de distribution commerciale ;  l’élaboration d’un nouveau type de poupée adapté au tempérament de ce XXe siècle naissant, dans le contexte du mouvement de renaissance du jouet français et de la poupée, marqué par l’introduction de modèles signés par des sculpteurs renommés (photo du centre ci-dessous). Ce mouvement connaît son apogée en 1916-1917.
  5. Le mouvement post-réforme allemand (1916-1925) emprunte plusieurs voies. Premièrement, les modèles datant du mouvement de réforme (les fameux enfants des rues) sont modifiés pour les rendre plus viables commercialement, tout en essayant de conserver leur réalisme : leur apparence est adoucie et égayée par l’adjonction de fonctions telles que les yeux dormeurs. Deuxièmement, le modèle classique au mignon visage bénéficie de traits tels que les lèvres accentuées ou une meilleure définition du contour des yeux. Enfin, élément le plus marquant, l’accent est mis sur la conception de nouveaux modèles par des artistes américaines réputées.
  6. L’époque des poupées portraits américaines (de 1925 à 1935, fin de la période analysée) est caractérisée par le développement de la poupée de célébrité sous licence : la personne représentée est souvent un acteur ou un sportif populaire  à qui des royalties sont versées. Là encore, des artistes renommés viennent prêter main forte pour la création de nouveaux modèles. Ce phénomène perdure tout au long des XXe et XXIe siècles (photo de droite ci-dessous) et constitue le fer de lance de  l’industrie américaine de la poupée.


         © Theriault’s            © Theriault’s                     © Theriault’s

Le renouveau américain de l’après-guerre

C’est encore des États-Unis que vient le nouveau souffle de la poupée d’art, celui de l’après seconde guerre mondiale. Dans les années 1950, quatre artistes américaines, Helen Bullard, Fawn Zeller, Gertrude Florian et Magge Head, intéressées par la poupée originale comme moyen d’expression artistique, se détournent des représentations figées pour mettre en scène des modèles dans des situations de la vie quotidienne, illustrant l’histoire et la culture américaines, à l’instar des poupées amérindiennes, et cherchant à regagner l’attention des collectionneurs.
Elles fondent en mai 1963 le NIADA (National Institute of American Doll Artists), l’institut national des artistes en poupées américains, avec comme objectifs la reconnaissance de la fabrication de poupées originales faites à la main comme un des Beaux-Arts, le soutien aux artistes membres, l’enseignement, la critique, et le mentorat des artistes émergents. Première organisation d’artistes en poupées, le NIADA accueille des artistes venus du Monde entier. Ce groupe d’innovateurs invite à remettre en question la vision de la poupée, en explorant l’utilisation de matériaux nouveaux et inhabituels, et en établissant l’environnement d’évolution d’une nouvelle forme d’art.

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Le renouveau allemand des années 1970

Retour en Allemagne, où les années 1970 connaissent un regain d’intérêt pour la collection de poupées en général et les poupées d’artiste en particulier, après le succès des « Ari »  dans les années 1950 à 1960, petites poupées allemandes en caoutchouc de 6 a 15 cm, en tenues folkloriques ou de ville. Le rôle de l’artiste Mathias Wanke dans ce mouvement a été décisif. Cinq artistes en poupées allemandes vont dans ce contexte de renouveau allemand s’imposer et connaître la notoriété : Brigitte Deval, Annette Himstedt, Hildegard Günzel, Rotraut Schrott et Sabine Esche.

La sculpture souple

Dans les années 1970 et 1980, un autre mouvement artistique, la sculpture souple, a une influence profonde sur l’idée de la poupée, en redéfinissant les possibilités et en attirant l’attention des artistes plasticiens. À l’origine, ce mouvement, qui à peu de choses à voir avec les poupées, est totalement concerné par l’emploi du tissu comme nouveau matériau de sculpture. Les artistes textiles créent des sculptures sur des thèmes de la vie quotidienne, mettant en scène objets usuels, plantes, animaux et êtres humains. Ces œuvres révolutionnaires brouillent les frontières entre sculptures et poupées et questionnent l’observateur. De fait, la réalisation de poupées en tissu devient l’un des domaines les plus populaires et innovants de la poupée d’art, en particulier aux États-Unis ou surgissent des centaines de clubs sur ce thème.

Des années 1980 à nos jours

À partir des années 1980, l’évolution continue avec l’avènement de matériaux novateurs et la redéfinition des anciens. Tandis que les artistes en poupées emploient toujours de la porcelaine et des moules, la poupée  repeinte et la poupée modifiée font leur apparition pour constituer des pièces OOAK, comme la « Earth Day Barbie » de littlebitwired (photo de gauche ci-dessous).
Certains artistes comme Marlaine Verhelst (photo du centre ci-dessous) sculptent directement dans l’argile à porcelaine. Des variétés d’argile ou de composition qui nécessitent peu de cuisson ou sèchent à l’air ambiant sont mises au point : argiles polymères comme le Cernit ou le Fimo, La Doll, paperclay, porcelaine froide,… Ces matériaux se marient bien avec le tissu et deviennent populaires, pour une sculpture toujours plus expressive.
Les objets de récupération (bois, pierre naturelle, métaux, verre, plastiques, plantes,…) font leur entrée dans les œuvres d’art, et font une place aux poupées dans l’arène plus large des sculptures en technique mixte, comme celles de Larry et Akira Blount (photo de droite ci-dessous).
La poupée en papier bidimensionnelle est revisitée pour rejoindre sa cousine en trois dimensions dans le monde de l’art en utilisant objets de récupération et collage, comme dans les assemblages de Linda et Opie O’Brien. D’autres artistes choisissent de modifier tout ou partie de poupées existantes, anciennes ou commerciales, en les  couvrant parfois de perlages ou de crochets.
L’offre actuelle est foisonnante, des poupées traditionnelles aux représentations quasi abstraites en passant par l’univers de la fantasie, qui dépassent ce que Helen Bullard  aurait pu imaginer. Il existe toutefois une répartition géographique inégale de cette offre, beaucoup plus dynamique dans les pays de l’Europe de l’Est (Russie, Ukraine,…) et en Amérique du Nord que dans les pays d’Europe Occidentale, en particulier en France où les jeunes artistes se font rares. Le dernier salon Modna Lyalka de Kiev (Ukraine) en octobre 2019 alignait pas moins de 225 artistes en poupées, la plupart ukrainiennes…


                         © Etsy                       © NIADA archives     © NIADA archives

Art et émotions

L’œuvre d’art ne vit pas de son rapport au réel, mais des affects qu’elle produit : c’est peut-être parce qu’elle est productrice d’émotions et qu’elle est à elle seule un univers que l’œuvre d’art est belle. La question des émotions représentées dans l’œuvre, exprimées par l’artiste ou provoquées chez l’observateur a été et continue d’être abondamment traitée dans la littérature, qu’elle soit philosophique, romanesque ou poétique.
C’est du siècle des Lumières que date la notion d’art communément admise de nos jours. Partant d’une réflexion sur les sens et le goût, une conception basée sur l’idée de beauté finit par s’établir. Avec le philosophe Emmanuel Kant émerge une théorie de l’art définissant l’esthétique, et l’importance de l’observation de règles passe alors au second plan tandis que l’intention de l’artiste, qui vise nos sens et nos émotions, devient primordiale. À la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe, le romantisme s’efforce de réhabiliter le sentiment face à la raison.
La question des émotions dans l’art a été largement éclipsée, comme le soulignent les auteurs du dictionnaire « Arts et émotions » paru en 2016 chez Armand Collin, par une modernité qui dédaignait les problématiques « psychologisantes » et préférait se centrer sur des interrogations formelles de nature politique, psychanalytique ou structuraliste, en privilégiant respectivement le collectif sur l’individu, l’inconscient sur le conscient et  la totalité par rapport aux parties.
On assiste aujourd’hui à la sortie de l’art de ce moment formaliste et au développement des disciplines scientifiques ayant les émotions pour objet. L’étude des liens complexes et variés que les arts entretiennent avec les affects se nourrissent de la contribution des sciences cognitives et des théories psychologiques ou sociologiques de la réception et de la lecture.

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Poupées d’art et émotions

Les artistes en poupées insistent tous sur la motivation affective dans l’exercice de leur art et sur la passion qu’éprouvent les collectionneurs pour leurs poupées. Florilège de quelques témoignages de créateurs sur les rapports complexes entre création, inspiration et émotions.
Pour la célèbre artiste française Héloïse, l’achat d’une poupée d’art est en quelque sorte un investissement affectif. La poupée n’est pas un objet, elle est chargée d’une mission, elle incarne une émotion et accueille toutes les projections que cette émotion aura suscitées. « La plus belle réponse à cet art qui me porte est sans doute la vôtre, vous qui me faites part de l’émotion que mes poupées ont fait naître en vous », confesse-telle, « je suis personnellement très heureuse de m’inscrire dans ce grand courant de création de poupées contemporaines. Chacun y exprime avec force sa personnalité et sa différence ; chacun donne, offre quelque chose de plus que l’objet lui-même. Pourquoi ne pas dire que ce quelque chose, c’est de l’amour… ».
Laurence Ruet (photo de gauche ci-dessous) autre française, déclare : « je veux donner du caractère à mes poupées, mon but est d’arriver à transmettre de l’émotion… Je suis très sensible à des expressions comme la fragilité, la timidité, l’étonnement, la tendresse… ».
Écoutons la créatrice belge Anouk Le Mayeur : « pour faire des poupées, il faut de la patience et surtout de la persévérance. Sculpter un visage, des mains, des pieds un corps, ce n’est pas facile, il faut respecter la symétrie mais pas trop pour que l’ensemble soit vivant et suscite de l’émotion ».
La grande dame de la création russe de poupées Tatiana Baeva est « fascinée par le processus d’animation d’un morceau d’argile, bien que ce soit la partie la plus demandeuse en temps et en énergie de chaque projet. La peinture est également passionnante, car c’est là que l’apparence et -plus important- l’âme de chaque poupée sont créées ».
L’autre artiste russe Nataliya Lopusova-Tomskaya confie : « tandis que les étoffes et la conception de vêtements m’animent, j’entraîne toutes les nuances de couleurs vers une harmonieuse unité avec effort et émotion. Faire des poupées, c’est à parts égales de l’amour et du stress. Mes poupées me sont chères, je les travaille et les modifie jusqu’à en tomber amoureuse ».
Heather Maciak, canadienne, trouve « difficile de mettre des mots sur le sentiment de satisfaction qui vient lorsqu’on prend un morceau d’argile pour en créer l’image d’un enfant. C’est un défi sans fin, souvent exaltant et parfois frustrant, mais la récompense est indescriptible ! ».
L’étoile montante des artistes en poupées canadiens Patrick Bouchard témoigne : « sculpter un visage n’est jamais facile mais quand l’objectif est de partager une émotion c’est encore plus difficile. À un moment donné, je dois mettre de côté mes tentatives de réalisme, pour me concentrer sur l’émotion du personnage ».
La japonaise Miura Etsuko explique son rapport ambigu à ses créations : « même si j’en fabrique, je ne possède pas ce que les japonais nomment le ‘ningyō ai’, l’amour des poupées. En fait, le visage ne m’intéresse pas vraiment, je préfère fabriquer le corps et inventer des formes ».
Annie Wahl, américaine, dit des personnes qui l’inspirent pour ses poupées qu’elles sont « très très vieilles, mais très mignonnes. Je crois que c’est mon amour et ma dévotion envers les personnes âgées qui ont influencé ma vie. De toute façon, je les trouve plus intéressantes ».
Henry et Zofia Zawieruszynski, couple de polonais installé aux États-Unis, s’accordent à dire que leurs BJD « ont été passionnantes à concevoir, et nous comprenons pourquoi les collectionneurs aiment les avoir et ‘jouer’ avec elles ».
L’autre américaine Akira Blount affirme : « aussi engagée que je puisse être dans les nouvelles techniques de fabrication, je n’oublie ni les fondamentaux du métier ni l’émotion et le plaisir de l’enfant intérieur que les poupées m’inspirent ».
Marilyn Bolden (photo du centre ci-dessous), originaire des États-Unis, fait des poupées « parce que les gens en tirent tant de plaisir. Les collectionneurs les aiment avec une telle passion. On ne peut pas en dire autant des autres formes d’art ».
Avant de commencer un nouveau projet, l’américaine Nancy Latham « étudie de vieilles photographies, les yeux et les expressions des enfants. Je tombe amoureuse de l’enfant avant de réaliser son portrait. Quand les collectionneurs regardent et tiennent une de mes poupées, je veux qu’ils éprouvent la même émotion ».
L’auteure et productrice de contenus internet et télévisuels canadienne Marie-Claude Dupont (photo de droite ci-dessous) est aussi peintre et créatrice de poupées et marionnettes à fils, en marge de ses activités professionnelles. Elle donne sa définition de la poupée d’art contemporaine : « elle se distingue de la poupée jouet ou de la poupée en série par la recherche de sens. Qu’elle soit la représentation en miniature d’un humain ou d’un personnage fictif ou fantaisiste, la poupée d,art ou d’artiste, au-delà de la forme, se doit de posséder une âme. En d’autres termes, une poupée d’art contemporaine est une oeuvre d’art unique qui revendique son existence et ce, quel que soit le médium d’expression utilisé ou le sujet dépeint. Elle peut susciter des émotions intenses ou même provoquer des réactions violentes, comme on le constate chez les poupées dépeignant des réalités sociales, la mort ou la douleur. Le résultat demeure le même : au-delà de la contribution même de l’artiste, la poupée existe par elle-même. Et le fait d’appartenir à un univers tridimensionnel ajoute à cette réalité ».


         © Laurence Ruet           © Dear Little Dollies   © Marie-Claude Dupont

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La transgression dans l’art contemporain

La transgression, démarche visant à indigner ou violer les conventions sociales ou les sensibilités individuelles, ou tel résultat provoqué par une œuvre, n’est pas un phénomène nouveau dans l’art. Souvenons-nous de « Olympia » d’Édouard Manet, peinture représentant une femme qui se montre volontairement nue et fixe du regard le spectateur. Mais ce phénomène se systématise avec l’art contemporain.
Selon la sociologue française Nathalie Heinich, les œuvres d’art contemporain ont comme caractéristique de transgresser les frontières de ce qui, pour le sens commun, est considéré comme de l’art. Mais le philosophe français Yves Michaud diagnostique la fin de la transgression à la fin des années 1970, avec les derniers mouvements d’avant-garde, comme le body art ou l’art conceptuel : « Nous continuons à croire que l’art doit viser la transgression, mais en réalité, aujourd’hui, celle-ci ne va pas très loin : il s’agit d’une audace ritualisée et encadrée » analyse-t’il, « pour deux raisons : la première tient au fait que toutes les voies ont été explorées… la deuxième tient aux cadres légaux, qui sont largement reconnus et acceptés. Il est désormais totalement interdit de montrer des enfants nus ou des animaux maltraités ».

La transgression dans les poupées d’art contemporaines

Quoi qu’il en soit, l’indignation, le malaise, voire le dégoût éprouvé par les spectateurs d’œuvres d’art contemporain ont encore de beaux jours devant eux. Dans le livre « Poupées et tabous : le double jeu de l’artiste contemporain », catalogue de l’exposition éponyme à la maison de la culture de Namur (Belgique) en 2016, Isabelle de Longrée constate : « il semble que les artistes d’une modernité qui a rompu définitivement avec le concept d’imitation dirigent plus volontiers leur propos vers les grands débats qui agitent la société depuis les cent dernières années : perversions sexuelles, essor de la chirurgie esthétique, clonage, multiculturalisme, identités transgenres, reconfiguration de la famille traditionnelle,… ». Les nombreux créateurs exposés témoignent de la présence récurrente de la poupée dans le champ de l’art contemporain : Alice Anderson, Arman, Hans Bellmer, Marianne Berenhaut, Pascal Bernier, Dinos et Jake Chapman, Niki de Saint Phalle, Melissa Ichiuji, Mariette, Pierre Molinier, Michel Nedjar, Olivier Rebufa, Cindy Sherman, Pascale Marthine Tayou.
Venus du Japon, trois artistes contemporains illustrent la transgression à l’œuvre dans le domaine des poupées d’art : Simon Yotsuya, Ryoichi Yoshida et Miura Etsuko.

Poupées et caractérisation

Pour l’observateur superficiel, la poupée n’est qu’une jolie représentation de la forme humaine, une interprétation idéaliste approchant parfois l’angélisme. En réalité, à travers son histoire, la poupée de caractère traduit toutes les humeurs et émotions humaines imaginables, une évocation de moments heureux ou poignants, de la malice ou de l’innocence,  de la colère, de l’angoisse, de la tristesse, de l’effroi, de la stupéfaction,…
Bien qu’influencée par les agitations esthétiques de son temps, la poupée de caractère se tient à l’écart de son époque, intemporelle et universelle. Ce phénomène de caractérisation produit une intimité entre la poupée et son ou sa propriétaire, un sentiment de communion presque humain. Le livre « As if they might speak » (Comme si elles pouvaient parler) de l’artiste Dewees Cochran, publié en 1979, est un vibrant témoignage sur ce sentiment.
La caractérisation des poupées a toujours été une alternance d’intentionnalités et de hasards, avec dans chaque situation la présence d’impératifs commerciaux. À l’analyse historique de Forence Theriault « Les six époques de la poupée d’art de 1870 à 1935 »  présentée plus haut correspond une analyse des époques de caractérisation des poupées durant la même période.

  • L’âge d’or des poupées françaises (1870-1899) peut être décrite par la formule « le caractère comme idéal ». En dépit du sacrifice du réalisme à la poursuite de la perfection, la caractérisation est présente, bien que souvent de manière inconsciente, et jaillit littéralement. Le maintien, la décoration des poupées, les détails ajoutés dans leurs yeux, leur coiffure ou leur tenue vestimentaire, se combinent pour composer un ensemble impressionnant de dames élégantes, jeunes femmes sensuelles ou timides, enfants candides ou sévères.
  • La phase préliminaire au mouvement d’art de Munich (1880-1905) peut être dépeinte comme celle du « caractère non reconnu ». Une thèse communément admise place la naissance au début du XXe siècle de la caractérisation des poupées d’art allemandes. Une étude sérieuse des modèles produits, ainsi qu’une bonne connaissance de l’histoire des poupées allemandes, contredisent cette théorie. Une intense expression de l’humeur est évidente dès 1880 sur des poupées fabriquées par Kestner (photo de gauche ci-dessous), Kuhnlenz, Bahr & Proschild ou encore Simon & Halbig. Toutefois, des visages boudeurs voisinent avec des portraits idéalisés : les fabricants allemands paraissent tiraillés entre ces poupées de caractère et les poupées idéales produites par les fournisseurs français. Le « caractère non reconnu » ne connaît pas de déclin : il trouve sa vitesse de croisière et prospère jusqu’à se fondre dans  le mouvement de réforme de l’art.
  • « Le caractère comme concept » est la désignation qui convient au mouvement allemand de réforme de l’art (1905-1915), dont l’époque constitue l’apogée historique de la poupée de caractère. Les fabricants répondent à la demande de poupées semblables aux « enfants des rues », et une pléthore de modèles de caractère extraordinaires est produite en une remarquable décennie. Boudeuses, pensives, mélancoliques ou rieuses et espiègles, les poupées ont de la personnalité. Le mouvement inclut aussi des portraits d’adultes, tandis que la multiculturalité est prise en compte avec un modelage spécifique fidèle à la réalité plutôt que par de simples modifications de la couleur de peau, des vêtements ou des accessoires. L’époque voit également l’introduction d’un article sans précédent : une poupée commerciale signée par un artiste célèbre. La première guerre mondiale et le climat économique précipitent la chute de la poupée d’art de caractère. Bien que la production de quelques modèles populaires ait continué dans les années 1920, aucun nouveau modèle n’a pratiquement été lancé après 1915. On ne peut pas pour autant considérer que le mouvement se soit interrompu. Il s’est plutôt dissout et reformé dans celui des poupées de caractère modifiées des années 1920.
  • Les poupées du mouvement français au début du XXe siècle sont le mieux évoquées par le terme de « caractère popularisé ». Jusqu’à la fondation de la SFBJ en 1899, les efforts pour affronter avantageusement la concurrence allemande ne comprennent pas l’introduction de modèles de caractère, à l’exception de la série 200 de Jumeau (photo du centre ci-dessous). C’est pourquoi l’offre rapide de poupées de caractères dès 1899 est si extraordinaire : comme leurs cousines allemandes, elles rient, font la moue, ont l’air soucieux ou pensif, mais avec ce style inimitable qui les distingue. Une nouveauté importante pour les poupées du mouvement français : les modèles signés par des sculpteurs renommés. Comme pour le mouvement allemand, l’élan du mouvement français est de courte durée. Bien que la production de quelques uns des modèles les plus populaires commercialement ait continué jusqu’aux années 1930, il est probable qu’aucun nouveau modèle n’ait été produit après 1915.
  • Le terme « caractère en évolution » spécifie précisément les poupées du mouvement post-réforme allemand (1916-1925). La conception de nouveaux modèles par des artistes américaines réputées, née avec la poupée Kewpie de Rose O’Neill pendant le mouvement allemand de réforme de l’art puis plus tard dans le mouvement français, réapparaît avec des artistes français comme Albert Marque, Francisque Poulbot et Jeanne Van Rozen. Cependant, le concept est maintenant bien rôdé, et durant les années 1920 est présentée une pléthore de nouveaux modèles exceptionnels, chacun conçu et protégé au niveau du droit d’auteur par une artiste dont le nom est inscrit sur la poupée. La plupart de ces artistes sont américaines : Grace PutnamGeorgene Averill, Jeanne Orsini, Helen Jensen (photo de droite ci-dessous), pour ne citer qu’elles. Le succès commercial du concept est un fondement important de l’expansion de l’industrie américaine de la poupée. Bien que le marché international des poupées allemandes ait décliné après 1930, la production de poupées de caractère a continué en volume réduit.
  • Durant l’époque des poupées portraits américaines (1925-1935), la poupée de caractère, décrite par l’expression « caractère comme personnalité », obtient un statut de célébrité. Bien que l’industrie américaine de la poupée ait trouvé sa vitesse de croisière après la première guerre mondiale, elle n’atteindra une assise internationale qu’à la fin des années 1920. Ceci grâce à un nouveau phénomène particulièrement présent aux États-Unis, la poupée de célébrité sous licence. C’est la popularité du modèle qui assure le succès commercial de ces poupées. Toutefois, les concepteurs les plus avisés dépassent cette particularité pour illustrer des thèmes universels au moyen de poupées qui restent appréciées dans les mémoires bien après l’oubli de la célébrité de départ. Ce phénomène n’a jamais périclité. Tout au long des XXe et XXIe siècles, il stimule  l’industrie américaine de la poupée. Ses réalisations variées reflètent l’histoire : par exemple, des portraits de héros militaires tels que le général MacArthur sont créés.


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Poupées d’art et poupées OOAK

L’expression OOAK (One-Of-A-Kind) revient souvent lorsqu’on traite du domaine des poupées d’art. Que recouvre-t’elle exactement ? littéralement, elle signifie « unique en son genre », par opposition aux séries limitées et à la production industrielle. Souvent présenté comme un signe de qualité, le label OOAK revêt une importance particulière pour les créateurs de poupées et pour les collectionneurs. Il garantit en principe que la poupée est conçue, sculptée, peinte, assemblée, costumée et finie par l’artiste lui-même, et qu’elle ne sera pas reproduite. Les poupées personnalisées à partir de modèles commerciaux comme Barbie ou Gene Marshall appartiennent également à cette catégorie.
L’artiste Karen Scofield introduit la notion de sculpture pure : l’artiste sculpte à la main et au moyen d’outils une forme dans l’argile brute ou tout autre matériau de modelage, sans avoir recours à un moule commercial. Elle apporte ensuite sa définition d’une poupée d’art OOAK en sculpture pure : c’est une poupée originale conçue et fabriquée par l’artiste sans utiliser de modèle, de moule commercial ou de parties de poupées commerciales. Elle est constituée d’un matériau unique ou d’une combinaison de matériaux (technique mixte) et n’est ni un reborn ni une poupée repeinte, ni une poupée modifiée.
Mais toutes les poupées d’art ne sont pas OOAK, loin de là. La plupart des artistes produisent des poupées numérotées en édition limitée de taille variable allant de quelques exemplaires à plusieurs centaines d’exemplaires. Le public non averti, jugeant que l’unicité ou l’édition très limitée est un gage de valeur, a tendance à orienter sa demande vers ce type d’œuvre. La célèbre créatrice française de poupées en résine en éditions limitées Héloïse fait à ce propos une mise au point essentielle : le fait qu’une poupée soit une pièce unique ne lui accorde aucune valeur supplémentaire, seule la qualité de la sculpture est importante. Beaucoup de collectionneurs sont dans la confusion avec cette notion ambiguë et trompeuse de pièce unique : une belle sculpture en édition limitée réussie, réalisée par un artiste réputé, a plus de valeur qu’une « pièce unique » médiocre. La référence, c’est de ne pas tricher sur la numérotation.

Ce qu’en disent les artistes

Les créateurs ont bien évidemment leur propre discours sur la pratique de leur art. À cet égard, on trouvera de très nombreuses déclarations dans les portraits de l’index des artistes situé en barre latérale droite de ce site. Nous essaierons de dégager ici les idées majoritaires exprimées  par les artistes en poupées.
Beaucoup s’accordent à dire que l’attrait principal de leur activité réside dans la multitude de compétences nécessaires à la fabrication d’une poupée d’art : dessin, sculpture, moulage, peinture, stylisme, couture, bijouterie, coiffure, fabrication de perruques,…
Cette spécificité stimulante est mise en avant par l’artiste russe Marina Bychkova : « la raison pour laquelle j’adore faire des poupées est la multidisciplinarité de cet art. Je ne me contente pas de travailler avec une seule technique telle que la peinture ou la sculpture, et les poupées m’offrent une expérience tactile variée et satisfaisante. Pour créer une poupée, je dois combiner sculpture, design industriel, peinture, gravure, fabrication de moules, dessin, ferronnerie, mode et bijouterie. Je veux tout ou rien !  »
C’est aussi l’avis de la créatrice américaine Jamie Lynn Williamson (photo de gauche ci-dessous) : « au fil des années, j’ai aimé de nombreuses formes d’expression créatrices -peinture, couture, dessin- . Les poupées m’ont donné l’occasion d’utiliser tous mes talents artistiques pour créer une forme d’art qui paraît presque vivante ».
Helen Kish, autre créatrice américaine, renchérit : « il n’y a pas d’autre forme de description de la figure humaine qui réunisse tout ce que j’aime faire, à part la création de poupées. Tissu, peinture, sculpture et conception générale, même un peu d’ingénierie. Tout ça est dans une poupée d’artiste ».
Beaucoup débutent avec un savoir-faire dans une seule discipline, puis acquièrent les autres compétences nécessaires, souvent après de fastidieux processus d’essais et erreurs.
C’est le cas de l’américaine Maggie Iacono, artiste en poupées de tissu, qui entre dans cet univers « à travers l’amour de la couture. J’ai appris à faire mes habits dès l’âge de neuf ans. J’étais dans le mouvement de jeunesse 4-H jusqu’au lycée. Dans ce club, j’ai aimé créer des vêtements, et j’ai eu une excellente professeure de couture, qui n’était autre que ma mère. Coudre des poupées en tissu et leurs vêtements était une suite très logique. Je suis devenue progressivement frustrée par les poupées en deux dimensions à visage plat que j’avais faites, et commençais à chercher quelque chose de plus réaliste. Après des années d’essais et d’expérimentations, je suis arrivée à la technique que j’utilise aujourd’hui. Je pense avoir débuté comme artisan et être lentement devenue une artiste. C’est la trajectoire inverse de celle de la plupart des artistes. Ils s’engagent avec des connaissances en dessin, peinture ou sculpture. Ces pratiques, j’ai dû les acquérir depuis que je me suis lancée dans la fabrication de poupées ».
Une autre artiste américaine en poupées de tissu, Antonette Cely, embrasse la fabrication de poupées  après une carrière de créatrice de costumes et de maquilleuse pour le cinéma, le théâtre et la télévision. « Je pense que c’était une progression naturelle pour moi », dit-elle. Lorsqu’elle quitte New York, elle est contrainte de trouver du travail en dehors de ces milieux. « Les poupées ont été ma réponse. J’utilisais les mêmes compétences, à l’échelle réduite. J’avais la possibilité de continuer à faire ce que j’avais toujours fait, seulement là je n’avais pas besoin de théâtre ou de société de production. Je suis devenue la productrice, la réalisatrice et la régisseuse de plateau ainsi que la directrice artistique. C’est génial, et j’aime vraiment cette liberté ».
Sur le rôle des femmes dans le milieu de la poupée d’art, l’artiste britannique Carole Piper (photo du centre ci-dessous) analyse : « Il y a tant de talents dans le monde de la fabrication de poupées. Je ne suis pas féministe, mais je me demande souvent si une femme aurait pu prendre la place de Michel-Ange si nous n’avions pas été occupées à faire la vaisselle et nettoyer le bébé ».
Originaire des États-Unis, Elinor Peace Bailey fabrique des poupées en tissu. Elle va plus loin : « pendant longtemps, la poupée d’art n’a pas existé en raison de l’absence de temps libre et de la répression de l’art chez les femmes. Vous y pensez ? en histoire de l’art, combien de femmes artistes ou compositrices sont étudiées ? l’art des poupées est toujours stigmatisé à cause de l’inconsidération des femmes et des enfants ».
Cette stigmatisation provient aussi du milieu artistique lui-même, comme le discute Christine Adams (photo de droite ci-dessous), créatrice britannique : « les artistes en poupées peuvent bien être regardés de haut par le monde de l’Art, il n’empêche que la fabrication de poupées requiert des compétences de très haut niveau en sculpture, peinture, confection et travail manuel. Le problème est que les collectionneurs ne sont pas toujours au fait des critères esthétiques, et ne veulent pas nécessairement une œuvre d’art. L’artiste en poupées sera mieux reconnu quand ce métier sera plus répandu ».


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Le commerce des poupées d’art

Le plus grand changement dans le monde des poupées de collection est l’explosion du nombre d’artistes qui font des pièces OOAK. Au début des années 1980, les poupées OOAK étaient rares. Même au commencement des années 1990, seule une poignée de créateurs ne produisaient que ce type de poupée. Aujourd’hui, en revanche, la plupart des artistes fabriquent au moins quelques poupées OOAK, et nombre d’entre eux ne font que ça. Il y a plusieurs explications à cette tendance.
La première est la reconnaissance partielle de la création de poupées comme un des Beaux-Arts. Au milieu des années 1990, les poupées apparaissent plus fréquemment dans les galeries d’art. En fait, les artistes eux-même commencent à organiser des expositions publiques prestigieuses de leurs œuvres et de celles de leurs pairs. Ils créent à ces occasions des poupées spéciales, en repoussant souvent les limites de la notion de poupée. Les publications spécialisées dans les poupées de collection accordent une place croissante aux conceptions OOAK et à leurs créateurs, leur donnant ainsi une couverture internationale et une plus grande légitimité.
La deuxième explication est l’attention accrue à cette nouvelle forme d’art de la part de collectionneurs très en vue d’œuvres originales, au premier rang desquels l’actrice Demi Moore et le promoteur de la forme physique Richard Simmons, tous deux citoyens américains. Non seulement ils attirent l’attention sur les poupées d’art, étendant ainsi son marché, mais ils investissent en personne des dizaines de milliers de dollars dans l’achat de poupées d’artiste. Leur richesse permet à des artistes de premier plan d’imposer des prix habituellement réservés aux objets d’art pour leurs poupées OOAK. Les artistes admirés par nos deux collectionneurs profitent de leur soutien financier pour se livrer à des expérimentations supplémentaires. Savoir que des collectionneurs fortunés sont sérieusement intéressés par leur travail donne à ces artistes une plus grande liberté pour se lancer de nouveaux défis.
La troisième explication est la contribution active de grands fabricants et de chaînes de télévision spécialisées dans le téléachat et dans le commerce en ligne à l’essor des poupées OOAK et de leurs créateurs, phénomène observé surtout aux États-Unis. Quand des sociétés telles que les Ashton-Drake Galleries, Seymour Mann, The Franklin Mint, The Danbury Mint, Sigikid, Ganz ou Götz travaillent avec des artistes pour reproduire en porcelaine ou en vinyl leurs créations, il sont libérés des problèmes posés par les aspects industriels et commerciaux de la production de poupées. Cette liberté, ajoutée à la sécurité d’un revenu garanti par la vente des poupées produites en série, permet aux artistes de faire ce que la plupart d’entre eux préfèrent : concevoir et sculpter. C’est aussi vrai lorsque des artistes en poupées travaillent avec les compagnies QVC ou HSN. Plutôt que de faire concurrence à ces entreprises, la plupart des artistes qui conçoivent pour elles des poupées peuvent alors produire leurs propres modèles dans des matériaux différents, sortir des éditions très limitées ou seulement des pièces OOAK.

Les définitions des associations
Définitions communes

Il n’existe pas de définitions normalisées relatives à la poupée d’art. Cependant, il y a quelques années, trois associations professionnelles, l’ODACA (Original Doll Artist Council of America), le NIADA (National Institute of American Doll Artists) et la BDA (British Doll Artists Association, qui a cessé son activité) adoptaient conjointement un glossaire de termes à l’usage de leurs membres. Parmi les définitions, un certain nombre, reproduites ci-après, concernent les poupées d’art. Mentionnons tout de même que ce glossaire est absent des sites officiels de ces trois associations, pour des raisons que nous ignorons.

  • Artiste -Concepteur : personne qui s’empare d’une idée et la transforme en poupée tridimensionnelle au moyen de ses mains pour sculpter ou réarranger des matériaux bruts
  • Artiste fantôme : artiste à qui une société a commandé la création d’une poupée tridimensionnelle à partir d’une peinture ou d’une illustration originale faite par un graphiste. Ce dernier n’exécute aucune transformation pratique de l’idée en poupée. L’artiste fantôme bénéficie rarement d’une reconnaissance pour cette exécution qu’il mène à bien. La société devrait aviser l’acheteur ou le collectionneur que sa poupée a été « inspirée par le » ou « conçue à partir du » travail artistique original d’un graphiste. Les artistes fantômes sont généralement réputés pour leur travail original.
  • Édition à tenue OOAK (One-Of-A-Kind) : édidtion limitée dans laquelle chaque poupée est finie avec une tenue vestimentaire différente. La coupe de cheveux et la couleur des yeux peuvent aussi être différentes.
  • Édition d’atelier d’artiste : l’artiste possède le contrôle sur la production et sur sa qualité, mais tout le travail est assuré par son équipe. Les tailles d’édition peuvent varier de quelques unités à plusieurs centaines.
  • Édition limitée : lorsqu’une conception ou un prototype original est utilisé pour fabriquer des moules et que des poupées identiques sont reproduites à partir des moules en un nombre prédéterminé, le groupe de poupées résultant est appelé une édition limitée. La quantité produite est annoncée au moment de l’introduction de la poupée. Les moules sont cassés à l’achèvement du nombre de poupées spécifié pour l’édition, afin de garantir leur rareté.
  • Édition limitée d’artiste : si l’artiste est aidé pour la construction (coulage, nettoyage, fabrication des vêtements) de poupées faites à partir de ses moules originaux, mais effectue la majorité du travail, en conservant le contrôle total sur la conception et l’exécution, les poupées résultantes constituent une édition limitée d’artiste. Ce type d’édition comporte habituellement un faible nombre de poupées pouvant être signées ou non.
  • Édition signée par l’artiste : si la conception ou le prototype original est utilisé pour fabriquer un moule et que des poupées identiques sont reproduites à partir de ce moule par l’artiste lui-même, les poupées résultantes sont appelées « édition signée par l’artiste ». De telles éditions sont habituellement produites en très petits nombres de poupées faites entièrement à la main par l’artiste. Elles devraient porter la signature ou la marque de l’artiste, ainsi que leur nom, leur numéro d’ordre dans l’édition et leur date de fabrication.
  • Idée : point de départ de la création de toute poupée. L’idée peut être inspirée par une histoire, une illustration, une expérience de vie de l’artiste, ou ce peut être un concept donné à l’artiste par un individu ou bien un fabricant, qui commandent une pièce spécifique
  • Poupée d’art/d’artiste : objet d’art plutôt que jouet d’enfant , créé dans une large variété de styles et de matériaux, qui peut inclure des parties préfabriquées ou constituer un travail complètement original
  • Poupée OOAK (One-Of-A-Kind) : lorsque la poupée originale (ou première poupée) est sculptée, assemblée, costumée et terminée par l’artiste, et que cette poupée n’est jamais réalisée de nouveau, on l’appelle poupée one-of-a-kind (littéralement « unique en son genre »). Les poupées OOAK sont presque toujours entièrement conçues et faites à la main par l’artiste créateur.
  • Poupée originale ou première poupée : objet fabriqué par un(e) artiste qui prend un bloc d’argile, un morceau de bois, une pièce de tissu ou un autre matériau brut et le réarrange dans une forme de poupée qui reflète une idée ou un concept particulier. Le travail des mains et de l’esprit de l’artiste, la nature individuelle de l’approche par l’artiste du processus technique et le fait que ce portrait particulier n’a jamais été vu auparavant dans une réalité tridimensionnelle font du travail résultant la première poupée ou la poupée originale.
  • Poupée reborn OOAK (One-Of-A-Kind) : la poupée, produite en usine, commence avec une idée ou un concept. L’artiste ou le hobbyiste travaille sur cette idée pour la transformer en poupée de collection qui parle aux émotions humaines d’une façon particulière. Une fois achevé le travail de reborning, la poupée reborn, qui ne convient plus aux jeux d’enfant, est considérée comme un ouvrage unique de créativité.
  • Production de poupées d’art : production qui demande une large gamme de compétences et de technologies, incluant la sculpture, la peinture et la fabrication de vêtements. Les produits sont des objets souvent faits de matériaux multiples tels que tissu, paperclay, argile polymère, cire, bois, porcelaine, cheveux naturels ou synthétiques, fil, laine et feutre. En tant qu’œuvres d’art, les poupées d’art peuvent prendre des semaines ou des mois pour achever leur réalisation.
  • Prototype de conception : si la poupée originale (ou première poupée) est utilisée à des fins de reproduction, elle devient un prototype de conception. Un tel prototype est utilisable par l’artiste créateur pour la production de ses propres éditions ou vendable à une société à des fins de reproduction commerciale.
  • Série limitée originale d’artiste : série de poupées OOAK individuelles faites à la main par l’artiste créateur et qui forme une « famille » ou un groupe apparenté en raison d’une similitude partagée de caractères, de thèmes ou de tenues vestimentaires. Les poupées d’une telle série peuvent apparaître très similaires. Cependant, comme chacune est sculptée et construite individuellement sans moule par l’artiste, elles sont essentiellement des poupées OOAK originales.
  • Valeur : les poupées d’art peuvent valoir des milliers de dollars ; des publications présentant des artistes établis et émergents soutiennent la collection, tandis que des associations d’artistes comme le NIADA promeuvent la forme artistique.

Signalons un intéressant diagramme des relations (en anglais) entre ces notions.

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Définitions propres

L’ODACA précise de plus qu’il exclut pour les poupées d’art l’usage de moules commerciaux : « tout ouvrage exécuté à partir de moules du commerce, même si le hobbyiste apporte des modifications substantielles, devrait porter des marques originales suivies de l’inscription « reproduit par .(nom ou initiales de l’artisan). ». Procéder autrement peut constituer une violation du droit d’auteur du créateur. Des fabricants qui vendraient un ouvrage fait à partir de moules d’autres personnes comme leur propre ouvrage original s’exposeraient à des poursuites pour contrefaçon ».
Le NIADA proscrit l’usage de parties et moules commerciaux pour les poupées faites par ses artistes membres : « un artiste du NIADA qui utilise des moules pour créer ses poupées est supposé réaliser lui-même ces moules, ou les faire réaliser par un fabricant de moules à partir d’une sculpture faite par l’artiste. Aucun moule commercial ni aucune reproduction d’un tel moule ne peut être utilisé ».
L’IADR (International Art Doll Registry), base de données d’artistes en poupées et de leurs créations, écrit à propos des poupées d’art : « nous acceptons des poupées d’art figuratives faites en argile polymère, des poupées en tissu avec des éléments sculptés originaux, des argiles séchant à l’air ambiant telles que le paperclay, et aussi des pièces faites à partir d’Epoxy Sculpt ou d’Apoxie Sculpt (marque Aves). Nous n’enregistrons pas de poupées préfabriquées comme les reborn ou les poupées mannequins repeintes ».

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Sources de l’article
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Les poupées folkloriques etc. Partie I : poupées traditionnelles russes, américaines et japonaises

Un peu de terminologie

Les poupées folkloriques et apparentées constituent un pan important du patrimoine et de la production vivante de poupées à travers le Monde. Il existe dans ce domaine une profusion de notions qui va nous obliger à faire un peu de terminologie pour éclaircir le paysage et savoir de quoi on parle. En effet, on rencontre dans la littérature et sur les sites web des termes qui sont rarement définis et parfois employés à tort : on parle de poupée folklorique, ethnique, exotique, traditionnelle, rituelle, régionale, nationale, de pays, du Monde, en costume, souvenir, ou encore touristique. Nous proposerons une classification simple de ces notions, qui s’appuie sur des définitions du CNRTL (Centre National de Ressources Terminologiques et Linguistiques), émanation du CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) et de l’ATILF (Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française), qui ont le double mérite d’être à la fois concises et contextuelles.
Il nous a semblé que l’adjectif folklorique (dans son acception première non péjorative) présentait le caractère le plus générique :
Folklore : ensemble des arts et traditions populaires d’un pays, d’une région, d’un groupe humain.
Voilà nos poupées traditionnelles (et par extension rituelles), régionales, nationales, de pays et du Monde rangées sous la bannière des poupées folkloriques. Les poupées en costume également, puisque ce terme très vague désigne ici implicitement le costume folklorique et ses dérivés spécifiques que nous venons d’identifier (costume traditionnel, régional, national,…), excluant les costumes de mode qui sont rattachés aux poupées mannequins. Poursuivons :
Ethnie : groupe d’êtres humains qui possède, en plus ou moins grande part, un héritage socio-culturel commun, en particulier la langue.
Voilà nos poupées ethniques apaches (Amérique du Nord) et bambaras (Mali et Sénégal) classées dans les poupées folkloriques, puisque la notion de groupe humain se retrouve dans la définition du folklore d’une part, et que le terme d’ethnie est plus restrictif que celui de peuple, qui s’accorde avec les épithètes régional, national,…d’autre part. Signalons ici une confusion répandue, sans doute due à l’influence anglo-saxonne : employer le terme ethnique pour désigner une couleur de peau différente du type européen. Ainsi, les Barbie noires censées représenter les afro-américaines sont baptisées « poupées ethniques », alors que les afro-américains ne constituent pas une ethnie, pas plus que les hispano-américains, entre autres pour la raison que la langue de ces groupes humains ne leur est pas spécifique.
Les poupées souvenir ou touristiques sont des avatars des poupées folkloriques en ce qu’elles ne sont pas forcément fabriquées de manière artisanale ou artistique par des représentants des peuples ou des ethnies concernées, mais peuvent être fabriquées industriellement n’importe où dans le Monde. On peut donc les classer dans les poupées folkloriques, en ayant à l’esprit cette remarque importante.
Restent les poupées exotiques :
Exotique : qui est relatif, qui appartient à un pays étranger, généralement lointain ou peu connu (du locuteur) ; qui a un caractère naturellement original dû à sa provenance.
Dans le domaine des poupées, le qualificatif d’exotique est plus étroit que cette définition : il recouvre souvent la notion d’objet de collection ancien de valeur, ce qui classe les poupées exotiques à part des poupées folkloriques, qui ne sont pas caractérisées par cette notion. C’est, par ailleurs, une notion relative : le sioux est exotique pour un breton, et réciproquement. Toutes les poupées sont donc logiquement exotiques. Cependant, nous en retiendrons la version la plus adaptée pour la clarté de l’étude, celle du point de vue de l’observateur occidental, qui considère comme exotique tout ce qui n’est pas européen.
Un autre problème se pose pour les poupées exotiques : il faut distinguer celles fabriquées par les peuples autochtones de celles fabriquées en Europe et plus récemment en Chine. Enfin, les poupées exotiques étaient par le passé souvent définies par des critères raciaux : on parlait de poupées noires, jaunes ou mulâtres. On parle plus aujourd’hui en termes géographiques (poupée indonésienne, japonaise, arabe,…), quoique subsistent encore de tenaces amalgames : cela n’a pas beaucoup d’intérêt de parler d’une poupée orientale ou africaine, pas plus que de parler d’une poupée occidentale ou européenne.
Dernière remarque liminaire : toutes ces poupées peuvent avoir le statut d’objet de collection ou de jouet, suivant leur valeur, leur fragilité ou leur état de conservation.
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Poupées traditionnelles et rituelles

Ces poupées sont dans une certaine mesure traitées dans la page Histoire. Remarquons que l’on trouve pour la plupart des poupées traditionnelles (c’est moins vrai pour les poupées rituelles, qui gardent encore un peu de leur pouvoir magique) des copies actuelles sous la forme de poupées souvenir ou touristiques : c’est particulièrement le cas pour les poupées kokeshi du Japon, qui ont aussi une dimension patriotique, et pour les célèbres poupées russes, ou matriochkas.

Russie

Arrêtons-nous un instant sur les poupées traditionnelles de Russie, dont l’histoire est particulièrement riche.
Il fut un temps où les poupées sauvaient des vies humaines en remplaçant les êtres humains dans les rituels de sacrifice. Ces poupées de substitution portaient un nom particulier qui était parfois celui du dieu ou de l’idole destinataire du sacrifice : Kostroma (photo), Morena, Kupalo, Yarilo,…En retour les personnes qui avaient donné les poupées à sacrifier demandaient un amour heureux, des récoltes abondantes, une bonne santé et un bien-être général.

Les poupées étaient constituées de toutes sortes de matériaux facilement disponibles : paille, argile, bois, liber, épis de maïs, racines, cendre, branches d’arbre,…Dans ces temps reculés, les poupées n’étaient jamais laissées retournées mais « soigneusement gardées dans un panier ou un coffre embossé. De cette manière, elles passaient d’une fille à une autre », le problème étant que les familles rurales de l’époque étaient particulièrement nombreuses et pouvaient compter jusqu’à quinze enfants. Pour devenir une bonne mère, comme dans tant d’autres cultures, une fillette devait jouer à la poupée.
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Amulettes, poupées rituelles et jouet

Les poupées traditionnelles de Russie se classent en trois catégories selon leur rôle : amulette, poupée rituelle et jouet. Il est intéressant de noter que les traits du visage des amulettes, qui sont en fait des poupées de chiffon, ne sont pas peints : ceci est lié à d’anciennes croyances, associées au rôle de talisman de la poupée devenue objet magique. Cette poupée sans visage fonctionne comme un tjurunga : l’absence de face désigne la poupée comme inanimée et donc inaccessible aux puissances du mal. Les habits de la poupée amulette sont toujours de couleurs vives et brodés de symboles magiques (photo).

De nombreux rituels dans la vieille Russie étaient conduits avec l’aide de poupées spécialement fabriquées. Ces poupées rituelles étaient tenues pour sacrées et gardées dans le coin sanctifié de l’isba. Si une famille détenait une poupée de fertilité faite à la maison, elle moissonnerait une bonne récolte et serait prospère. La poupée baigneuse intervenait au début de la saison des eaux : on la faisait flotter sur la rivière, et les rubans attachés à ses mains emportaient les maladies et les peines avec elle, grâce au pouvoir purifiant de l’eau. La célèbre et grande poupée rituelle de Maslenitsa était faite de paille ou de liber : cette tradition prend ses racines dans les temps païens, quand le peuple russe disait adieu à l’hiver rigoureux pour accueillir le printemps avec des crêpes rondes, dorées et chaudes comme le soleil, des jeux, des chants et des danses, et la destruction par le feu d’une poupée à l’effigie de l’hiver (photo).

Une poupée de cendre était présentée à un couple le jour de son mariage comme symbole de la continuité de la famille et comme médiateur entre les vivants et l’au-delà : elle représentait l’esprit des ancêtres s’adressant à ses descendants. Des poupées rituelles étaient utilisées pour soigner : parmi elles, Kozma et Demyan, faites de plantes médicinales telles que l’achillée ou la camomille.
Les poupées jouets étaient destinées à l’amusement des enfants. Elles étaient faites par couture ou assemblage. Dans ce dernier cas, un bâton de bois était enveloppé d’une épaisse pièce de tissu, maintenue par une ficelle enroulée ; puis la tête et les mains étaient fixées au bâton, et la poupée était élégamment habillée. Parfois, ces poupées jouets étaient faites sans bâton.
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Les matriochki

Tout autre est le rôle de la matriochka, qui incarne une fonction patriotique en rencontrant à la fin du XIXe siècle le regain d’intérêt des russes pour leur histoire, leur culture, leur folklore et leur artisanat : ces célèbres poupées emboîtées racontent des histoires, des contes de fées, des contes épiques, des vies de héros nationaux,…Mais d’où viennent-elles ?
La première matriochka, cette figure familière de poupée potelée au visage rond portant un foulard et une robe folklorique russe (photo) n’est pas venue au Monde dans l’antiquité.

La création de cette poupée a en fait été provoquée par la figurine du sage bouddhiste Fukuruma apportée à Abramtsevo ( propriété située au nord de Moscou, qui devint le centre du mouvement slavophile et de l’activité artistique dans la Russie du XIXe siècle)  depuis l’île de Honshū au Japon. Inspiré par la tête oblongue et chauve de ce sage de bois au visage bon enfant, œuvre d’un moine russe habitant Honshū, le fabricant de jouets Vasili Zviozdochkin tourna la première matriochka, qui fut peinte par l’artiste Serguei Maliutin. Elle comprenait huit poupées imbriquées, alternant filles et garçons jusqu’à la dernière poupée, pleine, qui figurait un bébé emmailloté. Au fait, d’où vient le nom étrange de matriochka ?
Là, les explications ne manquent pas : c’est un dérivé du prénom féminin russe Matriona, traditionnellement associé à une femme russe de la campagne, corpulente et robuste ; ou bien du prénom Masha ou Mania ; ou encore de la déesse mère hindoue Matri ; ou enfin de « mat’ triochki », « mère des trois » en russe, allusion à une poupée japonaise contenant trois petite poupées identiques.
En 1900, les matriochki (pluriel de matriochka) gagnèrent une médaille et des éloges internationaux à l’exposition universelle de Paris. Au début du XXe siècle, une version dotée de pieds mobiles vit le jour, qui lui permettait de marcher sur un plan incliné. Et quel est le principe de fabrication des matriochki ?
Ce principe n’a pas évolué depuis les débuts. Le bois utilisé est du tilleul ou du bouleau, taillé en blocs puis bien séché. La plus petite poupée, pleine, qui peut être aussi petite qu’un grain de riz, est toujours faite en premier. Le tournage, qui nécessite une grande précision dans la taille du bois, est un art qui se pratique au jugé sans prendre de mesures et requiert plusieurs années d’apprentissage : certains maîtres tourneurs peuvent travailler les yeux fermés !

Les poupées russes sont ensuite polies, puis peintes et vernies. Au XIXe siècle, les matriochki étaient uniquement peintes à la gouache, tandis qu’aujourd’hui on utilise également de l’aniline, de la tempéra et même de l’aquarelle. On peint d’abord le visage, le tablier avec une image pittoresque, puis le sarafane ( vêtement féminin populaire russe, robe droite sans manche) avec le foulard.
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Amérique du Nord

Les États-Unis et le Canada ont, comme la Russie, une riche histoire de poupées traditionnelles (voir la page Histoire). Lorsque les européens arrivèrent dans le nouveau Monde au XVIe siècle, ils apprirent des autochtones comment fabriquer des poupées avec des matériaux naturels tels que la fibre de palmier nain, les épis de maïs ou de la paille de pin en bottes.

Les poupées autochtones

Parmi les ethnies fabriquant des poupées en enveloppe de maïs, on trouve les iroquois (photo gauche), les oneida (photo centre) et les cherokee (photo droite).

Les indiens seminole (photo gauche) fabriquent des poupées en fibre de palmier nain habillées de patchwork. Les bébés shoshone (photo centre) sont faits de peau de daim et placés dans un berceau décoré de perles. Les navajos réalisent des poupées en chiffon peintes parées de vêtements et de bijoux traditionnels (photo droite).

Les sioux lakota fabriquent des poupées « anges » (photo gauche). Les poupées conteuses pueblo sont en argile, et figurent une femme, parfois un homme, à la bouche ouverte en train de conter ou de chanter à un ou plusieurs enfants qu’elle tient dans ses bras ; elles symbolisent la famille, la tradition et le bonheur (photo centre). En Amérique centrale, les indiens mayas de l’actuel Guatemala fabriquent des poupées soucis miniature (pas plus hautes que 2,5 cm) rangées dans des pochettes colorées (photo droite) ; ce sont des porte-bonheur qui éloignent les cauchemars si on les place sous l’oreiller ; dans une autre version de la légende, il suffit de raconter un problème à chaque poupée, et elle apparaîtra dans un rêve pour apporter sa solution.

 

Il n’était pas habituel chez les indigènes de garder les poupées au-delà de l’enfance, d’où l’emploi de matériaux éphémères : la désagrégation du jouet symbolisait le passage de l’enfance à l’âge adulte. Même les poupées en bois ou en cuir n’étaient pas faites pour durer comme les produits artisanaux pour adultes. Dans de nombreuses tribus, il n’était pas approprié de discipliner les très jeunes enfants, aussi ne leur donnait-on pas de jouets qu’ils ne pouvaient pas mâcher ou jeter à la rivière. Toutefois, bien que les poupées n’aient pas été faites pour durer, elles étaient souvent admirablement parées de vêtements et de bijoux miniatures, décorées de perles ou peintes, portant de la fourrure animale ou même des cheveux de la mère de l’enfant à qui était destinée la poupée.
Les enfants indigènes étaient fascinés par les poupées que les colons avaient apportées d’Europe avec eux et les enfants des colons étaient tout aussi fascinés par les poupées des autochtones. Au fur et à mesure que les colons se déplaçaient vers l’ouest, les indiens faisaient du troc avec eux pour obtenir les petites poupées blanches ; en retour, les colons commandaient aux femmes autochtones des poupées en habits indiens comme jouets pour leurs enfants.
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Les poupées des colons

Au début du XIXe siècle, les familles de colons fabriquaient souvent des poupées pour leurs jeunes enfants, dont les « pennywoods » (poupées en chiffon ou en bois sculpté). Les filles plus âgées apprenaient à coudre en confectionnant leurs propres poupées. Les premières poupées fabriquées en série étaient en papier mâché ; aux États-Unis, pendant la guerre de sécession (1861-1865), les têtes creuses de ces poupées étaient utilisées pour passer en contrebande de la morphine et de la quinine aux soldats confédérés du sud, souvent dans les bras des enfants ! Lors de la reconstruction (1865-1877), les veuves du sud gagnaient leur vie en peignant à la main des poupées de papier figurant des femmes habillées en costume d’avant-guerre ; les poupées noires deviennent populaires auprès des familles blanches du sud, tandis qu’au nord ce sont les poupées à l’effigie du général Ulysses S. Grant (héros nordiste de la guerre de sécession et 18e président des États-Unis) qui sont à la mode.
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Japon

Vous trouverez un dossier beaucoup plus complet sur les ningyō ici.

Les origines

Au Japon, il peut y avoir une continuité entre les figures humanoïdes dogū de l’époque Jōmon (8000-200 av. J.C.) et les figures funéraires haniwa de l’époque Kofun (300-600). L’expert américain Alan Pate note que des archives de temples mentionnent l’existence d’une poupée en herbe bénie et jetée à la rivière en l’an 3 av. J.C. ; la coutume, vraisemblablement plus ancienne, est à l’origine de la fête hina matsuri (voir ci-dessous).
Il existe au Japon de nombreuses poupées traditionnelles (appelées ningyō, littéralement « figure humaine »), détaillées dans le premier roman écrit au XIe siècle et intitulé « Le conte de Genji » : les filles jouaient à la poupée et aux maisons de poupées ; les femmes réalisaient des poupées protectrices pour leurs enfants et petits-enfants ; les poupées participaient à des cérémonies rituelles et religieuses, emportant les péchés des personnes qu’elles touchaient.
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Une tradition vivace

Les hōko (non explicitement mentionnées dans « Le conte de Genji ») étaient des poupées à corps mou données aux femmes enceintes pour protéger la mère et son futur bébé. Les premiers fabricants de poupées professionnels furent sans doute les sculpteurs de temples, qui employaient leur talent à réaliser des poupées saga (images d’enfants peintes sur bois). Les possibilités de cette forme d’art, exploitant le bois taillé ou la composition, le gofun et les textiles, étaient vastes.
À l’époque Edo (longue période de paix entre 1603 et 1868 après des siècles de guerres civiles), on trouvait d’excellents fabricants de poupées dans chaque ville importante. On vit se développer un marché de personnes fortunées prêtes à payer le prix fort pour exposer chez elles ou offrir les plus beaux ensembles de poupées. Le commerce des poupées fut régulé par le gouvernement, prévoyant l’arrestation ou le bannissement des fabricants ne respectant pas les lois sur les matériaux ou la hauteur des poupées.
Les poupées étaient utilisées lors de cérémonies rituelles comme hina nagashi (littéralement flottaison des poupées), où l’on mettait à la mer des bateaux chargés de poupées données par des petites filles, dont la santé et le succès étaient ainsi assurés, le mauvais sort étant éloigné à la mer par l’intermédiaire des poupées (photo).

C’est à l’époque Edo que la plupart des poupées traditionnelles ont vu le jour. Les plus célèbres sont les poupées hina, qui correspondent à hina matsuri, la fête ou jour des poupées, ou encore jour des filles (3 mars). Toutes sortes de matériaux peuvent les constituer, mais la poupée Hina classique a un corps pyramidal fait de textiles élaborés en plusieurs couches bourrés de paille ou de blocs de bois, des mains (et parfois des pieds) en bois taillé couvert de gofun, et une tête en bois sculpté ou composition moulée également couverte de gofun, avec des yeux incrustés en verre (avant 1850, gravés dans le gofun puis peints) et des cheveux naturels ou en soie. Un ensemble complet de poupées Hina comprend au moins 15 poupées représentant des personnages de cour de l’époque Heian (794-1185), les principales étant le couple empereur et impératrice (photo).
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Parmi les poupées traditionnelles les plus célèbres figurent les daruma, représentations très stylisées de Bodhidharma, le fondateur du bouddhisme Zen qui introduisit les arts martiaux dans le temple de Shaolin en Chine. Ces poupées rouges et sphériques à face blanche sans pupilles en papier mâché creux sont des porte-bonheur ; on dessine une pupille quand on se fixe un objectif, et la deuxième lorsqu’il est atteint. Elles furent inventées au temple de Shorinzan Darumaji dans la ville de Takasaki au XVIIe siècle : le difficile métier d’éleveur de soie de la région conduisit les fermiers à demander au temple un porte-bonheur pour parer aux saisons difficiles, d’où Daruma. Ces poupées ne tombent jamais car elles sont équilibrées par un poids, leur devise est « nanakorobi yaoki », « tombé sept fois, relevé huit », elles sont un symbole de persévérance. Comme tous les porte-bonheur au Japon, on ne les jette pas, elles doivent être brûlées lors d’une cérémonie Dondo Yaki dans un lieu saint de la religion shinto (photo).

Le nom des poupées ichimatsu vient de celui d’un acteur populaire du théâtre kabuki  (forme épique du théâtre japonais traditionnel ; centré sur un jeu à la fois spectaculaire et codifié, il se distingue par un maquillage élaboré et l’abondance de dispositifs scéniques destinés à souligner les paroxysmes et les retournements de la pièce) au XVIIIe siècle. Représentant à l’origine cet acteur, elles sont aujourd’hui associées à des figurations réalistes de bébés ou de jeunes enfants aux yeux de verre et à l’expression solennelle (photo).

Iki ningyō, littéralement « poupée vivante », désignait des poupées grandeur nature utilisées à l’époque Edo par des comédiens itinérants (photo). Elles choquèrent tellement (certaines spectacles mettaient par exemple en scène des poupées baignant dans leur sang) que le gouvernement édicta des lois limitant leur taille. Le terme désigne aujourd’hui les mannequins de vitrine.
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Les karakuri ningyō étaient des poupées mécaniques ou automates fabriquées au Japon du XVIIe siècle au XIXe siècle. Le mot karakuri signifie mécanisme ou astuce ; ningyō signifie personne et forme, ce qui peut être traduit par marionnette, poupée ou effigie. Les mouvements de la poupée, qui peut servir le thé (photo), tirer à l’arc, danser,… étaient faits pour divertir. Les Karakuri étaient utilisées au théâtre, comme gadgets domestiques, ou dans les festivals, où les poupées servaient à exécuter des reconstitutions de mythes et légendes traditionnels.

Les poupées hakata, du nom de l’un des sept arrondissements de la ville de Fukuoka dont elles sont originaires au XVIIe siècle, étaient à l’origine en argile et offertes dans les temples bouddhistes ou au gouverneur de l’arrondissement. Devenues de simples jouets en biscuit, puis de véritables œuvres d’art délicatement proportionnées et colorées à la fin du XIXe siècle, elles remportèrent des médailles d’or et d’argent à l’exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de Paris en 1925. Elles connurent la célébrité lorsque des soldats américains de retour de l’occupation du Japon après la deuxième guerre mondiale en rapportèrent aux États-Unis. Exportées peu après, elles furent produites en série de moindre qualité. Moins populaires au Japon aujourd’hui, elles sont encore fabriquées comme bibelots pour touristes ou selon la méthode artisanale traditionnelle (photo).
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Un okiagari-kobōshi  (« petit prêtre se relevant ») est une poupée creuse en papier-mâché conçue avec un contrepoids de façon à revenir en position verticale si elle est inclinée (sorte de culbuto, photo). Considérée comme porte-bonheur, et depuis longtemps jouet connu des petits japonais, symbole de persévérance et de résistance, elle remonte au XIVe siècle. Les premiers fabricants se sont probablement inspirés du modèle chinois de Budaoweng « vieil homme ne tombant pas », qui est lesté de la même façon, et dont la description remonte à la dynastie Tang (VIIe siècle – début du Xe siècle). Elle est  particulièrement appréciée et vendue dans la région Aizuwakamatsu de la préfecture de Fukushima, où les clients laissent tomber au sol plusieurs de ces poupées à la fois : celles qui restent droites sont considérées comme chanceuses ; les vendeurs les testent en abaissant deux poupées à la fois, celle qui se relève la première est plus chanceuse ; la tradition demande que l’on achète une de ces poupées pour chaque membre de la famille plus une, dans l’espoir que la famille s’agrandisse durant l’année.

Le bunraku est une forme de théâtre japonais datant du XVIIe siècle, dans lequel les personnages sont représentés par des marionnettes de grande taille (1,20 m à 1,50 m), opérées à vue par trois manipulateurs expérimentés (photo) et dont la tête, le bras gauche et le bras droit disposent chacun d’un système de leviers pour en contrôler les mouvements. La tête est vide et fixée à l’extrémité d’une baguette, qui constitue la colonne vertébrale de la marionnette ; les épaules sont matérialisées par une planche transversale, des éponges placées aux extrémités en suggérant la rondeur ; les bras et les jambes sont attachés à cette planche par des ficelles, des morceaux de tissus étant fixés à l’avant et à l’arrière de la marionnette. Le mécanisme de la tête permet de faire bouger les yeux, les paupières, les sourcils, la bouche ou de faire hocher la tête, ce qui donne la faculté d’exprimer toute une gamme d’émotions. Les têtes sont divisées en catégories selon le sexe, la classe sociale et le caractère du personnage, et peuvent être employées pour plusieurs pièces en faisant varier la perruque et la peinture : elles sont en effet repeintes et préparées avant chaque représentation.
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Les poupées kimekomi ont été créées à Kyoto en 1736. La légende raconte qu’un artisan économe travaillant dans le lieu saint de Kamo créa une poupée à partir de chutes de tissu et de bois de saule trouvé sur les rives de la rivière Kamo. Elles font référence à une méthode de fabrication qui consiste à partir d’une base de bois taillé, de composition moulée ou, pour les plus récentes, de plastique alvéolaire. Après avoir taillé d’étroites rainures dans le corps de la poupée, on y insère les bords du tissu que l’on colle ensuite. La tête et les mains sont finies au gofun. Les cheveux peuvent être moulés sur la tête ou faire partie d’une perruque. Ce type de poupée (photo) est l’objet de loisirs créatifs très populaires au Japon, où l’on peut acheter des kits avec une tête finie pour habiller sa poupée. La méthode est aussi appliquée par des artistes en poupées d’avant-garde, qui adaptent les anciens matériaux à de nouvelles visions.

Les  teru teru bozu (« brille brille moine ») ne sont pas à proprement parler des poupées, mais des formes fantômatiques en papier ou tissu blanc pendues par le cou à une ficelle tendue depuis une fenêtre, afin d’apporter le beau temps et d’éloigner la pluie (photo). Bozu est un terme d’argot faisant référence à un moine bouddhiste au crâne rasé. La tradition est née chez les fermiers à l’époque Edo. Ells peuvent être pendues à l’envers pour appeler la pluie. Dans les temps anciens, elles étaient pendues sans les yeux, qui étaient ajoutés si le souhait n’était pas exaucé dans l’instant.
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Les poupées kintarō sont offertes aux enfants durant les vacances de tango no sekku (l’une des cinq cérémonies annuelles tenues à la cour impériale du Japon), afin qu’ils soient inspirés par la bravoure et la force du légendaire Kintarō (photo). Ce nom, littéralement « garçon doré », est celui d’un héros du folklore japonais. Enfant à force surhumaine, il est élevé par une ogresse sur le mont Ashigara. Il devient ami des animaux de la montagne, et plus tard, après avoir capturé la terreur de la région, Shutendôji, il devient disciple de Minamoto no Yorimitsu (membre du clan Minamoto, un des quatre clans qui dominèrent la politique du Japon durant l’ère Heian) sous le nom de Sakata no Kintoki.

Les poupées musha, ou poupées guerrières, sont habituellement faites des mêmes matériaux que les hina, mais leur fabrication est plus compliquée, puisqu’elles représentent des hommes ou des femmes assis sur des chaises pliantes, à genoux ou à cheval (photo). Les armures, casques et armes sont faites en papier laqué, souvent avec des mises en valeur métalliques. Les personnages incluent : l’empereur Jimmu, l’impératrice Jingū et son premier ministre Takenouchi tenant dans ses bras l’empereur nouveau-né ; Shōki l’exorciste ; Toyotomi Hideyoshi, ses généraux et son maître de thé ; des personages de contes de fées, dont Momotarō le garçon de pêche ou Kintarō le garçon doré (voir ci-dessus).
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Les poupées gosho sont une forme simplifiée de mignons bébés grassouillets. Le gosho basique est un poupon assis presque nu, sculpté d’une pièce, avec une peau très blanche (photo), bien que des gosho vêtus, coiffés et accessoirisés de manière élaborée, garçons ou filles, soient devenus populaires. Ils se développèrent comme cadeaux associés à la cour impériale, gosho signifiant palais ou cour.

Avec la fin de l’époque Edo et l’avènement de l’époque moderne Meiji en 1869, la fabrication des poupées évolua. Les poupées à peau de soie devinrent populaires dans les années 1920 et 1930, permettant la création de kimonos élaborés pour les poupées qui représentaient des femmes de diverses périodes de l’histoire japonaise, en particulier l’époque Edo. Ces poupées furent rapportées par des militaires et des touristes après la seconde guerre mondiale.
La ville de Fukuoka devient un centre réputé de fabrication de poupées en biscuit, et les poupées hakata (voir ci-dessus) sont célèbres à travers tout le pays.
Anesama ningyō et shiori ningyō (littéralement « poupée grande sœur » et « poupée signet ») sont faites en papier washi. La première (photo gauche) est tridimensionnelle et offre souvent des coiffures élaborées et des costumes en papier washi de qualité élevée, tandis que la seconde (photo droite) est plate. Elles manquent souvent de traits du visage. Les poupées de la préfecture de Shimane sont particulièrement appréciées. Une version hybride appelée shikishi ningyō est devenue populaire ces dernières années : des personnages mis en scène sont disposés sur un rectangle de carton d’environ 0,1 m2  (photo bas).
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Sources de l’article

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