Cabbage Patch Kids : la frénésie des années 1980

La légende

« Il était une fois un petit garçon âgé de dix ans du nom de Xavier Roberts, qui jouait dans les bois derrière sa maison dans les montagnes Appalaches de la Géorgie du Nord, à l’Est des États-Unis. Il rêvassait lorsque soudain une curieuse créature bourdonna à son oreille. Elle ressemblait à un petit lapin, mais volait dans les airs et zonzonnait comme une abeille. Xavier décida d’essayer d’attraper cette petite boursouflure volante et la suivit à travers les bois. Les voilà sautant par-dessus les ruisseaux, grimpant et dévalant les collines.


                                                   © Cabbage Patch Kids

Juste quand Xavier était sur le point de capturer l’abeille-lapin, elle traversa une cascade et disparut. Il était sûr qu’elle s’était noyée, mais non ! l’abeille-lapin retraversa la cascade et tourna autour de la tête de Xavier, l’enjoignant de la suivre. Il décida d’aller voir la cascade de plus près. Pour sûr, ce n’était pas une cascade ordinaire. Derrière l’eau, il y avait une petite grotte accueillante à l’abri de l’humidité. Voilà comment l’abeille-lapin survivait ! À cette découverte, Xavier retint son souffle et s’engouffra dans la grotte cachée en s’éclaboussant. Il se frotta les yeux pour s’accoutumer à la faible lumière, et lorsqu’il les rouvrit, il vit des millions de cristaux étincelants de toutes tailles et couleurs. Xavier était si surpris par le spectacle qu’il en oublia presque l’abeille-lapin ! mais cela ne dura pas longtemps. Revoilà l’abeille bourdonnante, voletant plus avant dans la grotte. Xavier saisit sa lampe-torche et commença à la suivre. Quelle aventure !
L’abeille-lapin ouvrait la marche et Xavier suivait. Quand il s’arrêta pour examiner les cristaux, elle le rejoignit et le guida dans les profondeurs de la grotte. Xavier ne tarda pas à remarquer que la grotte ne devenait pas plus sombre, mais plus claire. Peut-être cette grotte est-elle un tunnel, pensa-t’il, se demandant où elle conduisait. Le bout du tunnel se dévoila enfin, mais il était couvert de vigne japonaise, cachant le paysage au-delà. Xavier sortit son canif pour couper la vigne et passa sa tête vers le soleil brillant.
Stupéfiant ! des abeilles-lapins volaient alentour en saupoudrant de la poussière magique issue des cristaux vers des choux disposés en rangées. Mais ces choux étaient particuliers. Xavier cligna des yeux et les plissa pour observer les mouvements qu’il y avait décelés. En s’approchant, quelle ne fut pas sa surprise de voir un bébé ou un enfant dormir ou jouer dans chacun des choux !


                                                  © Cabbage Patch Kids

D’un chou voisin, un garçonnet sans cheveux s’approcha  de Xavier et lui tendit la main. Il se présenta comme étant Otis Lee, un des « Cabbage Patch Kids ». Xavier sourit et serra la main de son nouvel ami. Qu’est-ce qu’un « Cabbage Patch Kid », demanda-t’il ? Otis lui expliqua qu’il s’agissait d’un enfant ou d’un bébé  de toute taille ou forme né dans le carré de choux (« cabbage patch ») secret. Les abeilles-lapins qui volent alentour saupoudrent de la poussière de cristal magique sur les choux et cette magie fait naître des bébés dans les choux. « Es-tu venu nous aider à trouver un foyer ? », demanda Otis Lee. Xavier réfléchit attentivement à cette question et répondit par l’affirmative. Il promit à Otis Lee de construire un hôpital appelé « Babyland General » où les bébés et enfants Cabbage Patch pourraient vivre et jouer jusqu’à leur adoption par une famille. »

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L’autre histoire

Telle est l’histoire véridique des Cabbage Patch Kids, ces bébés et enfants à la grosse tête ronde et aux membres potelés, que s’arrachèrent les enfants dans les magasins au début des années 1980.


             © Cabbage Patch Kids                          © Cabbage Patch Kids

Les débuts

Une autre histoire raconte qu’un jeune américain de 21 ans nommé Xavier Roberts, étudiant en arts, redécouvrant la technique allemande de modelage à l’aiguille datant du début du XIXe siècle et l’associant à la pratique de la courtepointe héritée de sa mère, réalise pour financer ses études des sculptures souples en prenant ses neveux pour modèles et s’associe en 1978 avec cinq de ses camarades d’école pour fonder la société Original Appalachian Artworks. Cette entreprise commercialise des poupées en tissu faites à la main par Xavier Roberts et appelées « Little people », qui ne sont pas directement proposées à la vente mais « adoptées » avec un nom et un certificat de naissance, moyennant le paiement de frais d’adoption.
Les poupées sont vendues sous forme de produit fini ou à faire soi-même en achetant le nécessaire (tissus, laine, yeux, patrons,…)  lors de foires artisanales, puis plus tard au « Babyland General Hospital » de Cleveland, Géorgie, ancienne clinique reconvertie en magasin de jouets. Dans ce lieu présenté comme une maternité, une crèche et un centre d’adoption, où médecins et infirmières évoluent en tenue professionnelle pour s’occuper des poupées comme si elles étaient de vrais bébés, le public peut assister à un accouchement et adopter une poupée.
C’est un succès immédiat et les commandes pleuvent. À partir de 1982, Roberts et ses camarades ne peuvent plus suivre la demande et signent un contrat avec le fabricant de jouets Coleco pour la production en série de poupées de 40,5 cm, qui ont maintenant une tête en vinyl, des cheveux en fil, et sont rebaptisées « Cabbage Patch Kids ». Afin que toutes les poupées soient différentes, neuf variétés de tête sont appairées aux corps par ordinateur, et diverses formes et couleurs d’yeux, coupes et couleurs de cheveux, et options d’habillement sont proposées. Elles ont la faveur du public car elles sont mignonnes, câlines et adoptables. La marque représente l’une des vogues les plus populaires des années 1980 pour des jouets, et sera l’une des plus longues franchises de poupées aux États-Unis. Ces dernières deviennent un cadeau de Noël incontournable, et l’on assiste à cette occasion à une ruée dans les magasins, qui tourne parfois à la bagarre entre parents (voir plus bas § Controverses). Fin 1983, trois millions de poupées sont adoptées ; en 1984 seulement, 20 millions.
Schlaifer Nance & Company, l’agent exclusif de la société Original Appalachian Artworks, négocie l’accord de licence avec Coleco en 1982. À la suite de cet accord, l’agent signe plus de 150 licences pour des produits dérivés aussi variés que des couches, des céréales, des vêtements, des dessins animés, des disques, des jeux de société,…

Les poupées connectées

Caleco introduit aussi la « Talking Cabbage Patch Kid » (photos ci-dessous), une poupée parlante équipée d’une puce vocale, de capteurs tactiles dans la main, d’un microphone et d’un émetteur-récepteur pour communiquer avec d’autres poupées du même type. Les capteurs permettent au jouet de détecter quand et comment il est sollicité en réponse à ses émissions vocales. Par exemple, la poupée pourrait dire « prends ma main » et donner une réponse vocale appropriée quand le capteur détecte une pression sur sa main. Elle possède aussi un détecteur de mouvement pour indiquer sa position : sur le dos, le ventre, retourné,… Une coupe à boire spéciale en plastique contient un aimant caché, qui peut être identifié par un petit relais à lames souples situé dans la tête de la poupée au-dessus de la bouche pour détecter quand elle boit.
Plus remarquable encore, lorsqu’une poupée identifie la présence d’une autre grâce à l’émetteur-récepteur, elle est programmée pour signaler sa « conscience » de cette présence par une courte phrase du genre « je pense qu’il y a quelqu’un avec qui jouer ici », et pour démarrer une simple conversation avec l’autre poupée d’une manière suffisamment aléatoire pour paraître naturelle, le chant en canon étant particulièrement impressionnant.


          © WorthPoint                                              © PicClick

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Internationalisation et rachats successifs

Afin de répondre à un engouement croissant dans le Monde, d’autres entreprises produisent des « Cabbage Patch Kids » : Jesmar pour l’Europe, Lili Ledy pour le Mexique et l’Amérique du Sud, Triang-Pedigree pour l’Afrique du Sud, Tsukuda pour l’Asie. Mais le phénomène de mode s’estompe à la fin des années 1980. Lorsque Caleco rencontre des difficultés financières en 1988, Hasbro reprend le flambeau et développe les gammes « Birthday Kids », « Splash ‘n’ Tan Kids », et « Pretty Crimp and Curl ». Visant un public plus jeune, la compagnie réduit la taille des poupées à 35,5 cm, mais ne réussit pas à régénérer le marché. En 1992, les « Cabbage Patch Kids » sont nommés première mascotte officielle de l’équipe olympique des États-Unis aux J.O. de Barcelone. Ils voyagent avec les athlètes et beaucoup d’entre eux restent en Espagne comme « amis pour la vie » avec des patient d’un hôpital local pour enfants.
En 1994, Mattel rachète la marque et produit des poupées de taille 35,5 cm et au-dessous, dont certaines tout en vinyl, différenciées par des mises en situation : des poupées s’amusent avec des jouets aquatiques, nagent, mangent, se brossent les dents,… L’entreprise développe les gammes « Kids » de poupées en tissu, « OlympiKids » (photo de gauche ci-dessous) pour les JO d’Atlanta en 1996 et les fées « Cabbage Patch Fairies » (photo de droite ci-dessous). Pour commémorer les 15 ans des « Cabbage Patch Kids », Mattel crée une gamme de poupées filles de 40,5 cm avec un nouveau visage en tissu moulé, habillées en tenues personnalisées et conditionnées dans des boîtes de collection. En 1999, le nombre total de ventes cumulées depuis 1982 atteint 95 millions de poupées. En 2000, le timbre postal des « Cabbage Patch Kids » est commercialisé.


                         © Etsy

En 2001, le revendeur de jouets Toys »R »Us rachète la Marque à Mattel et produit des poupées de 51 cm et des bébés de 46 cm, dotés tous deux de corps en tissu et de têtes en vinyl. Ils sont conditionnés dans des chaises en carton en forme de feuille de chou. Les poupées, créées pour commémorer le 20e anniversaire de la marque, sont d’abord vendues dans le grand magasin de Times Square à New York puis dans tout le pays et en ligne.
Les droits de licence exclusifs passent chez Play Along Toys en 2003, qui lance la collection du 25e anniversaire des « Cabbage Patch Kids » en utilisant quelques unes des sculptures de tête originales des toutes premières éditions de Coleco. En association avec 4Kids Entertainment, Play Along Toys réintroduit une gamme qui retourne au concept original de poupées à corps en tissu et tête en vinyl mignonnes, câlines et adoptables, et renoue avec le succès. En partenariat d’association de marques avec Carvel Ice Creams, des poupées sont conditionnées avec un cône de crème glacée.
La puissante association américaine de l’industrie du jouet TIA (Toy Industry Association), forte de près de 1 000 membres professionnels en 2018, sélectionne les « Cabbage Patch Kids » comme finalistes du prix du jouet de l’année TOTY (Toy Of The Year) 2005 dans la catégorie « Objet de l’année ». La poupée de 40,5 cm fabriquée par Play Along Toys est également finaliste dans la catégorie « Jouet pour fille de l’année ».
Jakks Pacific achète Play Along Toys, devient titulaire de la licence de production des « Cabbage Patch Kids » en 2011 et introduit la gamme de poupées de 35,5 cm « Fashionality » ainsi que d’autres produits. L’entreprise lance une édition commémorative du 30e anniversaire des « Cabbage Patch Kids » en 2013.
Enfin, en 2015, Wicked Cool Toys devient le détenteur actuel de la licence de production des « Cabbage Patch Kids ». L’entreprise sort la gamme de petites poupées de collection « Little Sprouts » (photo de gauche ci-dessous) et la série « Adoptimals » (photo de droite ci-dessous) d’animaux en peluche qui interagissent avec les « Kids ».


                      © Wicked Cool Toys

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Controverses

Tout succès a ses revers, et les poupées n’échappent pas à la règle. Les « Cabbage Patch Kids » défrayent la chronique à plusieurs reprises.

Les émeutes Cabbage Patch


                                                       © Considerable

Une série d’explosions de violence entre clients se produit dans diverses boutiques à travers les États-Unis à l’automne et à l’hiver 1983. Cette année-là, l’introduction sur le marché des « Cabbage Patch Kids » déclenche une énorme demande. La plupart des magasins ne stocke alors qu’entre 200 et 500  poupées, pour faire face à un assaut de milliers de clients, donnant lieu à des bagarres violentes dans les chaînes de grands magasins Sears, J.C. Penney et Macy’s. Les détaillants plus modestes comme Kmart et Zayre tentent de contrôler la foule en colère en distribuant des tickets d’achat aux premières centaines de clients, laissant les centaines, voire les milliers d’autres, les mains vides après des heures de queue.
On fait état d’actes de violence incluant bousculades, coups et piétinements, attaques à l’arme de poing telles que battes de baseball. En 1984, avec la hausse de l’offre et la baisse de la demande, le phénomène disparaît progressivement. Les émeutes Cabbage Patch sont à rapprocher des violences constatées lors des Black Friday en 2000.

Actions en justice

Bien que Xavier Roberts soit le créateur de la marque  » Cabbage Patch Kids », la paternité de nombre de ses caractéristiques telles que le visage rond et le certificat d’adoption peut être attribuée à Martha Nelson Thomas, une artiste populaire américaine du Kentucky connue pour son travail en sculpture souple. Avant même que Roberts soit impliqué dans l’industrie du jouet, elle crée et commercialise sa propre ligne de poupées appelée « Doll Babies », qu’elle vend sur les marchés et dans les salons d’artisanat locaux.
Ils se croisent dans une foire d’État en 1976, et Xavier commence à acheter des poupées à Martha pour les revendre dans  son magasin de Géorgie. Elle le met finalement face à ses pratiques contraires à l’éthique commerciale et cesse de lui vendre des poupées. Il se tourne alors  vers une entreprise de Hong Kong pour produire en série à faible coût des poupées similaires aux « Doll Babies ». Elle le poursuit en justice et finit par régler l’affaire à l’amiable en 1985 pour une somme non communiquée. Elle confie à la presse, avec son mari Tucker Thomas, qu’elle est plus en colère à cause de l’altération de ses poupées, pour lesquelles elle éprouve une grande affection, qu’en raison du préjudice financier subi.
Martha décède en 2013 à l’age de 62 ans, accompagnée lors de son enterrement par ses poupées préférées, à côté de sa famille et de ses amis. Xavier Roberts lui-même intente un procès pour violation du droit d’auteur et réclame 30 millions de dollars à Topps, la compagnie éditrice de cartes à collectionner autocollantes parodiant ses poupées en les baptisant « Garbage Pail Kids » (gosses des seaux à ordures, photos ci-dessous). En 1987, en pleine action judiciaire, Topps annonce sa décision de cesser la production des cartes parodiques, ce que Roberts reçoit avec le commentaire « je pourrais crier, je suis si fou de joie ».


                      © eBay                                              © Toynk Toys

Sécurité des produits

La ligne de poupées « Cabbage Patch Snacktime Kids », très populaire à Noël 1996, a été conçue pour manger des casse-croûte en plastique, grâce à une paire de rouleaux en métal lisses tournant à sens unique derrière les lèvres en plastique. Les casse-croûte sortaient par le dos de la poupée et réapparaissaient comme par enchantement dans un sac à dos. Le mécanisme pouvait être activé en enlevant le sac à dos. Suite à plusieurs incidents signalés -doigts ou cheveux d’enfants pris dans le mécanisme-, le modèle fut retiré du marché en janvier 1997.

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Que valent vos poupées ?

La fièvre est passée, mais il reste encore de nombreux fans des « Cabbage Patch Kids », pour preuve les surprenantes photos des comptes Instagram cabbage_patch_world et cabbagepatchkidfriends. Si vous possédez quelques uns de ces trésors, peut-être vous demandez vous ce qu’elles valent ? au risque de vous décevoir, beaucoup d’entre elles valent le prix que vous les avez payées (entre 10 et 250 € suivant le modèle, les cousus main étant les plus chers), mais certaines coûtent une petite fortune. Les plus prévoyants d’entre vous les ont laissées dans leur boîte et cachées quelque part, ils sont peut-être maintenant en possession d’une poupée à 500 € ! petit tour d’horizon des « Cabbage Patch Kids » de valeur.

Les critères

Comme mentionné plus haut, les « Cabbage Patch Kids » s’appellent à l’origine « Little People » : Xavier Roberts les fabrique comme sa mère travaillait la courtepointe, en y ajoutant la technique historique du modelage à l’aiguille. Ces sculptures souples OOAK en tissu cousues à la main sont signées à la main par Xavier lui-même sur les…fesses au marqueur permanent (photo), elles seront plus tard tamponnées et/ou signées.


                                                      © Ruby Lane

Ces poupées originales possèdent des caractéristiques qui les rendent particulièrement précieuses :

  • entièrement en tissu, elles ont de gros pouces
  • elles portent une étiquette mentionnant « Little people », « Babyland General ». Celles fabriquées après 1985 indiquent « Little People », « Babyland General »,et « Cabbage Patch Kids ».
  • la plupart ont une autre étiquette attachée sur le côté droit du corps donnant des instructions pour le bain
  • la plupart de celles qui sont signées sont également datées, ce qui rend leur identification plus aisée
  • elles mesurent entre 46 et 56 cm
  • elles n’ont pas de boîte, ayant quitté le « Babyland General Hospital » dans les bras de leurs parents

Pour des informations détaillées sur les étiquettes, la signature, le certificat de naissance et les papiers d’adoption, lire cet article en anglais

Quant aux « Cabbage Patch Kids » ultérieures, rappelons leurs particularités :

  • taille comprise entre 38 et 40,5 cm
  • traits de visage décalcomaniés
  • cheveux en fil
  • visage et membres potelés
  • pour les poupées produites par Coleco, corps en tissu et tête en vinyl
  • pour les poupées vendues au « Babyland General Hospital », entièrement en tissu avec visage sculpté
  • plusieurs versions tout en vinyl fabriquées par Hasbro et Mattel
  • réintroduction en 2004 des versions classiques à corps en tissu et tête en vinyl
  • quelques poupées, disponibles via publipostage direct du vendeur d’objets de collection Danbury Mint, ont un corps en tissu rigide ainsi qu’une tête et des membres en porcelaine

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Les prix

Voici quelques indications de prix obtenues par une rapide recherche sur eBay :

  • la plupart des « Cabbage Patch Kids » se vendent entre 10 et 30 €, pratiquement à leur prix d’achat neuf au détail. Ceci est dû en particulier au très grand nombre de poupées fabriquées par Coleco.
  • certaines « Baldies » (sans cheveux), « Red Fuzzies » (avec des cheveux crépus rouges) ou Coleco du tout début atteignent les 100 €
  • les « Little People » peuvent dépasser les 1 000 €

Voyons maintenant cinq des plus coûteuses poupées vendues en 2018. La bonne nouvelle est qu’elles ne sont pas toutes des originales de Xavier Roberts, ce qui signifie que la poupée reçue en cadeau lors d’un Noël de votre enfance vaut peut-être encore quelque chose !

Jumeaux « Cabbage Patch Kids » Coleco MIB de 1985

Habituellement, les « Cabbage Patch Kids » produits aux États-Unis ont peu de valeur (environ 25 €), même dans leur boîte. Ce n’est pourtant pas le cas pour tous : de temps en temps, on trouve une paire de poupées rare. Plus l’appariement (combinaison d’yeux et de cheveux par exemple) est inhabituel, plus la poupée aura de valeur. Les jumeaux ci-dessous, en parfait état dans leur boîte (MIB), se sont vendus au prix surprenant de 300 € en juin 2018.


                                                              © eBay

« Cabbage Patch Kid » japonaise  Tsukuda MIB de 1985 avec kimono

Les « Cabbage Patch Kids » japonaises sont rares, d’une part parce qu’elles n’ont pas été vendues en occident, et d’autre part en raison de quelques caractéristiques différentes des poupées américaines : leurs tenues tout d’abord, qui évoquent l’Asie ; et aussi leurs grands yeux de biche, brillants comme des ailes de papillon. Mettre la main sur un tel objet est plus facile à dire qu’à faire. La poupée ci-dessous du fabricant Tsukuda, en parfait état dans sa boîte (MIB), a été acquise pour 450 € en juillet 2018.


                                                              © eBay

Bébé « Little People » de Xavier Roberts de 1979 signé à la main avec certificats d’adoption

La plupart des « Little People » ressemblent à des poupées tout-petits (toddler doll), mais le « Babyland General Hospital », comme son nom l’indique, assure aussi l’adoption de bébés. Ceux-ci n’ont généralement pas de cheveux et portent des vêtements plus simples que leurs homologues plus âgés. Ils sont très recherchés, surtout s’ils sont signés à la main par Xavier Roberts. En août 2018, le bébé de 1979 ci-dessous est parti à 500 €.


                                                        © Babble

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Ensemble de trois « Little People » en édition limitée Mark Twain de 1986

Une caractéristique remarquable des poupées de Xavier Roberts est leur individualité : les couleurs des yeux et des cheveux, la forme de la tête, les vêtements,… peuvent être différents d’un modèle à l’autre. Ces combinaisons infinies rendent chaque poupée unique. Cependant, des éditions limitées inspirées de personnages littéraires ou de cinéma sont occasionnellement produites. L’ensemble ci-dessous représentant des personnages des romans de Mark Twain a une grande valeur si on possède les trois poupées, ce qui est très rare : Tom Sawyer, Becky Thatcher, et Huckleberry Finn. Il a été vendu, avec ses papiers d’adoption et ses étiquettes toujours attachée sur le côté du corps, 600 € en juillet 2018.


                                                           © eBay

Fille « Little People » de 1979 signée à la main par Xavier Roberts avec ses certificats d’adoption

Ce sont parfois les choses les plus simples qui sont les plus désirées. De nombreuses filles « Little People » ont été créées et adoptées au « Babyland General Hospital ». Elles ont des cheveux en fil de multiples couleurs et styles, et des yeux de nombreuses couleurs différentes. Les plus précieuses, comme toutes les originales de Xavier Roberts, sont signées à la main. La fillette ci-dessous, produite en 1979, s’est négociée à 700 € avec tous ses papiers en août 2018.


                                                            © eBay

Jumelles « Little People » de 1979 signées à la main par Xavier Roberts avec certificats d’adoption

Dans de nombreuses cultures, les jumeaux sont une bénédiction. Il en va de même au « Babyland General Hospital », même si lorsque vous avez des jumeaux « Little People », il vous faut gérer deux fois plus de papiers et protéger deux fois plus de poupées. Dans de nombreux cas, les jumeaux sont séparés avec le temps, mais si vous avez la chance de posséder des jumeaux « Little People » signés à la main, vous aurez gagné votre journée : les jumelles « Little People » ci-dessous ont été cédées au prix stupéfiant de 3 000 € en juin 2018.


                                                             © eBay

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Et en français ?

De ce côté-ci de l’Atlantique, les « Cabbage Patch Kids » ont aussi eu leur heure de gloire. Mais comment les appelle-t’on en France ? eh bien, ils ont eu plusieurs noms suivant leur fabricant (voir plus haut § Internationalisation et rachats successifs) : les Patoufs de Jesmar sont devenus les Craquinoux de Hasbro puis les Copinoux de Mattel.  Ils ont même eu un nom québécois : les Bouts d’choux, qui rappelle leur origine végétale. En raison de leur succès phénoménal aux États-Unis et de cette particularité de l’adoption, ils ont eu droit en France à plusieurs passages TV au journal de 20 heures.
Toutefois, la diffusion en France n’a jamais été à la hauteur du succès international. Pour des raisons de réglementation, la première version des Patoufs par Ideal Loisir fut interdite de publicité télévisée, ce qui a limité leur notoriété, sans compter l’hostilité de certains parents heurtés par l'idée d’adoption, plus tard abandonnée au profit d’un certificat de naissance moins choquant.
Enfin, comment ne pas évoquer les Crados (photos ci-dessous), adaptation française des « Garbage Pail Kids », parodie des « Cabbage Patch Kids » (voir plus haut § Actions en justice) ? série de cartes à collectionner représentant des personnages d’enfants, distribuées en France par Avimages à partir de janvier 1989, les Crados ont des apparences scabreuses et portent des noms aux allures de calembours (Anne Burger, Tony Truand, Jean-Pierre Tombale,…). La série est déclinée en sous-catégories : les Dégueulos, Animos, Gravos, Crevos, Déchiros, Craignos, Lardos. Ils connaissent un immense succès commercial et provoquent des polémiques en raison de leur caractère grossier et choquant.


                        © Coleca                                               © Gonel-zone

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Sources de l’article
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Une dame et ses poupées : Madame Alexander dolls


Madame Alexander et deux de ses poupées © Jewish womens’ archives

Introduction

Dans le numéro de décembre 2005 du magazine Forbes, une étude menée avec la Toy Industry Association sur la popularité des jouets américains par décennie place en premier les poupées de collection Madame Alexander pour la décennie 1920-1929, devant le yo-yo. Beatrice Alexander, jeune fondatrice de son entreprise de poupées en 1923 à l’âge de 28 ans, aurait-elle pu rêver d’une telle reconnaissance ?
Fille d’une immigrée autrichienne arrivée aux États-Unis depuis la Russie avec la vague d’exilés juifs d’Europe de l’Est à la fin du XIXe siècle, elle effectue une scolarité excellente durant laquelle elle s’intéresse aux Beaux-Arts. Titulaire d’une bourse pour étudier la sculpture à Paris, elle ne peut malheureusement pas s’y rendre, car ses parents sont ruinés par la faillite de la banque où ils ont placé toutes leurs économies. Elle se marie en 1912.
La guerre de 1914 lui offrira paradoxalement l’opportunité d’atteindre ses ambitions. La clinique pour poupées ouverte par son beau-père l’année de sa naissance en 1895 dans le Lower East Side de New York souffre de l’embargo américain sur les produits allemands, qui inclut les poupées. La famille décide de fabriquer ses propres poupées, représentant des infirmières de la Croix-Rouge et faites en mousseline bourrée de laine de bois, qui rencontrent un succès immédiat (photo).


                                                                         © Etsy

Création de la société Alexander Doll Company

Commence alors une période pendant laquelle Beatrice affirme ses talents de meneuse, exigeante avec les autres et avec elle-même, et voit germer en elle le désir de fonder sa propre entreprise. Avec un investissement initial de 1 600 $, elle engage ses trois sœurs et quelques voisins, et démarre en 1923 une activité professionnelle dans un atelier de Manhattan. Elle partage son temps entre l’amélioration de la conception de ses poupées, la couture des corps et des costumes, et les relations avec les banquiers, fournisseurs et distributeurs. Elle développe à cette période une grande admiration pour Elena Scavini (« Signora Scavini »), la créatrice italienne des poupées Lenci en 1919, et se fait appeler Madame Alexander dès 1925.
Après avoir obtenu un prêt bancaire pour agrandir ses locaux, Beatrice poursuit son rêve de fabriquer une poupée incassable et décide d’acheter des corps en composition. Plus résistants que les corps en tissu, ils lui permettent en outre de consacrer plus de temps aux costumes et aux perruques, qui deviendront le point fort de ses poupées.

La grande dépression

Mais l’entreprise doit affronter deux événements majeurs à la fin des années 1920 : une inondation de ses stocks et la grande dépression. Plusieurs facteurs l’aident à surmonter cette dernière : la confiance d’un de ses distributeurs, la chaîne de magasins de jouets FAO Schwarz ; le succès de sa poupée de 41 cm à corps en tissu et visage en feutre pressé « Alice au pays des merveilles », brevetée en août 1930 (photo de gauche ci-dessous) ; la confection de vêtements de mode pour les petites filles ; la sortie de ses poupées de 41 cm, brevetées en 1933, à corps en tissu et visage en feutre pressé « Little women » (« Les quatre filles du docteur March »), d’après les personnages du célèbre roman de Louisa May Alcott (photo de droite ci-dessous), en même temps que l’adaptation cinématographique de Georges Cukor avec Katharine Hepburn qui connaît un immense succès ;


                 © DollKind                                                  © Theriault’s

le partenariat de 1933 avec Disney, forme d’association novatrice à l’époque, pour la production de poupées en composition des « Trois petits cochons » ; la sortie en 1935 de différentes tailles de poupées représentant les sœurs Dionne, nées en 1934 d’une famille canadienne pauvre, premières quintuplées à avoir survécu et symbole d’espoir dans un Monde en dépression (voir Créatrices et créateurs canadiens) ; le lancement en 1936 d’une poupée Scarlett O’Hara ressemblant de façon troublante à Vivien Leigh, deux ans avant sa sélection pour le rôle titre du film « Autant en emporte le vent » (photo de gauche ci-dessous) ; la production en 1937 d’une poupée princesse Elizabeth (photo de droite ci-dessous), future reine d’Angleterre, pour commémorer le couronnement de son père le roi Georges VI, et la réutilisation de son visage pour la poupée Blanche-Neige coïncidant avec la sortie du dessin animé de Walt Disney ; enfin, l’invention des yeux dormeurs à la fin des années 1930.


                         © Replacements                                                  © Ruby Lane

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La deuxième guerre mondiale

Pendant les années 1940, l’Alexander Doll Company continue de rendre hommage aux célébrités, avec des poupées représentant la patineuse olympique Sonja Henie, l’enfant actrice Margaret O’Brien, la comédienne oscarisée Ginger Rogers, l’actrice et chanteuse Mary Martin,… En 1942 sort Jeannie Walker, une des premières poupées marcheuses (photos ci-dessous).

Mais après la dépression des années 1930 survient la deuxième guerre mondiale, avec son cortège de rationnements et de restrictions. En l’honneur des forces armées américaines est créée une ligne de poupées patriotiques en composition : soldats, femmes du WAAC (Women’s Army Auxiliary Corps) et réservistes WAVES (Women Accepted for Volunteer Emergency Service) de l’US Navy. En 1944 sort la poupée en composition Miss Victory, yeux bleus dormeurs et bouche ouverte, habillée aux couleurs du drapeau national : chemisier blanc à garniture bleue et jupe rouge.

L’âge d’or et la révolution du plastique

Les années du baby boom d’après-guerre, prospères pour le pays, sont appelées « l’âge d’or des poupées ». En 1946 débute la série des portraits, poupées de 53 cm, peintes avec soin et richement habillées, vendues 75 $ (plus que le salaire hebdomadaire moyen à l’époque) et représentant de nombreux types de personnages (photos ci-dessous, de gauche à droite : « The june bride », « Carmen ») : héroïnes de cinéma, d’opéra, de ballet et de romans, muses d’artistes, célébrités, membres de familles royales.


                        © WorthPoint

Les portraits utilisent soit le moule Wendy Ann de 1936, soit le moule Margaret de 1946, inspiré du visage de l’enfant actrice Margaret O’Brien. C’est ce même moule qui servira à la poupée en composition Karen Ballerina, la petite danseuse disponible en trois tailles : 38, 46 et 53 cm.  La poupée Margaret, quant à elle, est proposée en trois couleurs d’yeux (noisette, marrons, bleus) et de cheveux (bruns, bruns roux et blond cendré), sera le mannequin d’une gamme de vêtements pour enfants qui ne durera qu’un an, et le premier moule à exploiter un nouveau matériau prometteur : le plastique. En effet, il est moins sujet aux craquelures dues aux variations de température et d’humidité que la composition, résiste mieux à l’usure du temps et offre une définition élevée des traits du visage. En revanche, sa moindre porosité le rend inapte à retenir les finitions de peinture. Quoiqu’il en soit, l’usage pionnier du plastique dur par la compagnie Madame Alexander, illustrant le slogan de l’époque « une vie meilleure grâce à la chimie », donne le ton à l’industrie du jouet. Cet usage est mis en œuvre dans le cadre d’un joint-venture avec les sociétés Arranbee Doll et American Character Doll nommé Model Plastics. La variété et la beauté des costumes établissent la notoriété de l’entreprise Alexander Doll Company : en presque un siècle d’existence, elle a fabriqué plus de 6 000 modèles de poupées à partir de seulement une vingtaine de moules. Le soin apporté à la confection des vêtements vaut à Madame Alexander la médaille d’or de la Fashion Academy quatre années de suite, de 1951 à 1954.
Selon une expression de la revue « Christian science monitor », les « Cadillac du royaume des poupées » contribuent à la qualité de vie d’une classe moyenne en pleine expansion. La série de poupées Godey de 36 cm en plastique dur, d’après les illustrations du périodique féminin « Godey’s lady’s book » créé en 1830 et publié à Philadelphie, est lancée en 1950 (photos ci-dessous).


          © Theriault’s

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Le couronnement d’Elizabeth II

Le couronnement de la reine d’Angleterre Elizabeth II le 15 juin 1953 est un événement qui fait grand bruit aux États-Unis. Sa préparation donne lieu à l’édition de nombreux produits dérivés, dont une série de poupées de 46 cm en plastique dur par la compagnie Madame Alexander sur le thème des Beaux-Arts, hommage à la famille royale et à la cour d’Angleterre. Mais le plus impressionnant est sa reconstitution de l’événement en six tableaux au moyen de 36 poupées (photos ci-dessous), commanditée par le grand magasin de Brooklyn Abraham & Straus : Elizabeth II quittant le palais de Buckingham pour se rendre au couronnement ; la cérémonie dans la cathédrale de Westminster avec l’archevêque, les enfants de chœur, la famille royale et les gardes d’honneur ; la sortie de la cathédrale avec six demoiselles d’honneur portant la traîne de la robe,… Le spectacle attire plus de 7 000 visiteurs le premier jour de l’exposition au magasin Abraham & Straus.


                                                                                                     © Theriault’s

Cette année 1953 est prolifique pour Madame Alexander : outre le couronnement, elle voit la sortie de la série de « Glamour girls » de 46 cm, de la ligne de poupées Peter Pan accompagnant la sortie du dessin animé de Walt Disney et des Alexanderkins, petites poupées en plastique dur de 19 ou 20 cm habillées en fillettes (photos ci-dessous), en mariées, en belles du Sud,… et introduites par la suite comme personnages de livres de contes.


                                 © Ruby Lane                                                  © Theriault’s 

Cissy, première poupée mannequin

Quatre ans avant Barbie, la première poupée mannequin à poitrine adulte et pieds cambrés faits pour porter des hauts talons fait ses débuts officiels en 1955 chez Madame Alexander. Cissy, haute de 51 cm (plus tard 53 cm), possède un corps entièrement articulé et une garde-robe élaborée (photos ci-dessous). C’est une débutante, jeune fille de la haute société faisant son entrée dans le monde, faite pour faire rêver les petites filles tout en leur donnant l’exemple du bon goût et de la bonne éducation. Écoutons ce qu’en dit Beatrice Alexander : « chaque petite fille rêve d’être adulte. Qui n’a pas vu une enfant marcher avec les hauts talons de sa mère ? un soutien-gorge, une robe, un négligé, peuvent transformer une journée de jeu monotone en merveilleux pays imaginaire. Cissy est la plus nouvelle et la plus excitante des poupées du Monde ». Et d’ajouter : « un enfant devrait comprendre très tôt l’importance de porter des vêtements seyants de couleurs agréables. Même sous les costumes de mes poupées, je n’utilise jamais d’épingle à nourrice. La première chose que fait une fillette avec sa poupée est de la déshabiller. Ce serait inconvenant de lui faire croire que l’ourlet d’un jupon puisse tenir avec une épingle à nourrice, ou qu’une dame ne porte pas toujours des bas. Cela lui donnerait de mauvaises bases pour apprendre à bien présenter ».


          © Two daydreamers dolls                                  © www.pnweb.com

En 1957, l’entreprise est à son apogée avec plus de 1 500 employés et trois usines, qui seront par la suite regroupées sur un seul site. Brève incursion à la Maison Blanche, les poupées de Jackie Kennedy (53 cm) et de sa fille Caroline (38 cm) sorties en 1961 (photos ci-dessous) ne dureront que deux ans malgré leur succès, suite à un veto de l’attaché de presse de la présidence Pierre Salinger.


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Les années 1960, une période d’hommages

En 1960 a lieu une nouvelle tentative de création d’une ligne de vêtements pour enfants, Madame Alexander Togs, distribuée dans les magasins FAO Schwarz et Lord & Taylor. Ses associés dissuadent Beatrice de se disperser, arguant qu’elle ne peut mener les deux activités de front. Cette dernière incursion dans la mode enfantine durera tout de même six ans, avant que Beatrice décide en 1966 de ne plus se consacrer qu’aux poupées.
Une irruption originale dans le monde des adultes : la poupée Grandma Jane (photos ci-dessous), grand-mère moderne habillée de lin bleu ciel, censée enseigner le respect des anciens dans le monde en perte de repères de la fin des années 1960. Elle recevra un accueil mitigé.


               © Ruby Lane                                                      © ShopGoodwill.com

Les années 1960 resteront pour Madame Alexander une époque d’hommages et de reconnaissances officiels. Le fan club est créé en 1961 sous le nom de Madame Alexander Fan Club, qui deviendra le Madame Alexander Doll Club, organisme à but non lucratif enregistré dans l’Illinois. Lors de la Journée des Nations Unies de 1965, l’ambassadeur des États-Unis aux Nations Unies Arthur Goldberg préside l’annonce officielle de la ligne des poupées internationales, collection de poupées de pays du Monde entier (photos ci-dessous, de gauche à droite : Irlande, Tchécoslovaquie, Corée). La prestigieuse Smithsonian Institution introduit deux poupées Madame Alexander dans sa collection permanente : Madame Doll, personnage issu du roman de Frances Cavanah, « Le secret de Madame Doll », et Scarlett O’Hara.


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Les années 1970 : polémique et commémoration

Le mouvement féministe prend de l’ampleur dans les années 1970, et avec lui les accusations faites à l’industrie des poupées de promouvoir les stéréotypes sexistes. Beatrice se défend : « il est ridicule de prétendre qu’une poupée entretient chez la petite fille une fausse image d’elle-même. Au contraire, elle développe sa capacité à s’aimer et à aimer les autres. Et que dire des petits garçons qui réclament des poupées ? » Frances Einhorn, la secrétaire particulière de Beatrice,  prend sa défense : « Madame Alexander est une authentique féministe. Elle faisait un travail d’homme quand le Monde n’acceptait pas toujours les femmes indépendantes. Elle emmenait souvent ses ouvrières se faire examiner et conseiller au planning familial ».
Avec une ferveur patriotique un peu passée de mode, Madame Alexander fête en 1976 le bicentenaire de la déclaration d’indépendance des États-Unis en introduisant les six premières poupées de 36 cm de sa série des premières dames, ou femmes de présidents, incluant Martha Washington, Abigail Adams ou encore Dolley Madison (photos ci-dessous, respectivement de gauche à droite). La sortie de chacune de ces poupées est attendue avec impatience et achetée en masse.

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Beatrice passe la main, l’entreprise continue

Le succès est tel dans les années 1980 que la pénurie de poupées s’installe, et qu’une politique de rationnement est même mise en place. L’entreprise est accusée de l’entretenir afin d’augmenter le désir d’achat, ce dont elle se défend, expliquant que cette pénurie est due en partie au glissement de la clientèle vers une population de collectionneurs adultes.
Devenue très populaire, Beatrice Alexander se retire en 1988, à l’âge de 93 ans, de sa société  qu’elle vend à un groupe d’investisseurs privés. C’est cette même année qu’est créée la remarquable poupée souvenir Tippi Green, portrait de la fille de Gary Green, fondateur de la newsletter « Collectors united ». Adaptée d’une poupée issue d’une collection courante de modèles en plastique dur de 20 cm, c’est une belle ballerine vêtue de blanc produite en série limitée de 800 exemplaires (photos ci-dessous).


                                                                                                           © WorthPoint

Le retour en vogue des poupées de porcelaine conduit  la société Alexander Doll company à lancer en 1989 des poupées de 53 cm telles que « Carnaval à Rio » (photo de gauche ci-dessous) et « La mariée », en 1991 une « Scarlett O’Hara » (photo de droite ci-dessous) qui obtient un prix d’excellence du magazine « Dolls », et en 1992 « Thumbelina et sa dame » qui obtient le même prix.


          © Everything but the house

En 1991 est lancée la populaire collection de poupées de 20 cm « Le magicien d’Oz », qui se poursuivra pendant de nombreuses années. Une collaboration avec la célèbre artiste allemande Hildegard Günzel conduit  à l’introduction en 1990 d’une ligne de poupées en porcelaine ou en vinyl dépeignant des enfants du Monde entier (photo de gauche ci-dessous), et en 1992 des poupées en porcelaine de la gamme « Courtney et ses amis » (photo de droite ci-dessous) ; ces deux séries obtiennent un prix d’excellence du magazine Dolls.


                       Mai Ling © Dear little dollies                        © WorthPoint

Une autre créatrice respectée, Robin Woods (nom d’artiste Alice Darling), rejoint la société en 1992 et développe la ligne « Let’s play dolls » (photos ci-dessous), afin de concrétiser l’engagement de l’Alexander Dolls Company dans l’industrie de la poupée jouet.


                                                                                   © WorthPoint

La fin des années 1980 et le début des années 1990 sont marquées par la production d’œuvres commanditées par des clubs de collectionneurs, des boutiques spécialisées ou encore la « Walt Disney World Teddy Bear & Doll Convention » (Convention Walt Disney sur les ours et poupées). En 1993 par exemple, Madame Alexander a réalisé pour cette dernière une reproduction OOAK du tableau de Claude Monet « Femmes au jardin ».
Mais une mauvaise gestion amène l’entreprise au bord du dépôt de bilan. En 1995, elle est rachetée par le « Kaizen Breakthrough Partnership », un fonds d’investissement japonais géré par le groupe bancaire Gefinor. Les nouveaux propriétaires misent sur un rééquilibrage de la production au profit des poupées jouets par rapport aux poupées de collection. Une nouvelle Cissy plus glamour, à destination d’une clientèle de collectionneurs adultes, voit le jour en 1996. La même année est présenté à la convention Disney le remarquable ensemble de 30 poupées OOAK représentant des personnages de jeu d’échecs inspirés d’Alice au pays des merveilles (photo ci-dessous).

En 1997 sort la ligne de poupées jouets à récit « Little Women Journals », qui offre aux fillettes une combinaison de jeu avec la garde-robe des poupées, de lecture et d’activités péri-scolaires.
En 1998, l’année de l’anniversaire des 75 ans de l’Alexander Doll Company, sont lancés de nombreux modèles : la poupée commémorative de l’anniversaire de la princesse Diana ; la Cissette Harley Davidson ; les poupées glamour « Diamond beauty », « Rose Splendor » et « Pearl of the twenties » ; une poupée Wendy et le bébé « Huggable Huggums » ; les rééditions des quintuplées Dionne et de Marybel ; la réintroduction de la porcelaine avec Catherine et Margaret.
Les années 2000 sont marquées par la sortie de deux séries de poupées : la ligne de mannequins de 41 cm à la garde-robe élégante pour collectionneurs adultes appelée « Alexandra Fairchild Ford », d’après le personnage fictif Alex Ford, rédactrice en chef du magazine new yorkais de mode « Elan » (photo ci-dessous) ; la ligne de mannequins de 46 cm destinée à porter les vêtements de la marque « Dollie & me », spécialisée dans la mode enfantine et pour poupées.
Kahn Lucas, propriétaire de cette marque, rachète Alexander Doll Company en juin 2012, dont le président Gale Jarvis annonce l’année suivante la création d’une ligne de poupées, vêtements et accessoires par le styliste américain Isaac Mizrahi pour Xcel Brands.

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De la conception à la fabrication

Le siège et l’usine de la société Madame Alexander Doll Company sont aujourd’hui situés dans Harlem, quartier du Nord de l’arrondissement de Manhattan à New York. Suivant l’adage de l’entreprise « l’amour est dans les détails », un contrôle de qualité strict est appliqué à chaque étape de la réalisation d’une poupée. Des réunions périodiques de brainstorming rassemblent une équipe de concepteurs et de cadres pour discuter des projets de futures poupées. Chaque participant donne son point de vue sur tous les aspects du projet : longueur des cheveux, teinte des sourcils, type de visage retenu, tissus des vêtements,…
Lorsqu’un projet est approuvé, les concepteurs se documentent en profondeur et en proposent une interprétation en deux ou trois dimensions. Un prototype de poupée OOAK est ensuite réalisé, révisé par l’équipe pour aboutir à un modèle final qui sera reproduit en grande série en usine. Puis ce sont les étapes manuelles de peinture faciale au pochoir, pose de perruque et coiffure, et habillage des poupées, souvent à l’aide de références de créations antérieures réutilisées, afin de distinguer les productions de modèles de l’année antérieure, de l’années en cours et de l’année à venir. La capacité de production était en 1997 de 750 000 poupées par an, soit plus de 3 000 poupées par jour ouvrable !

La valeur de vos poupées Madame Alexander

Comme pour toutes les poupées, la valeur des Madame Alexander dépend de plusieurs critères : âge, état de conservation, rareté, désirabilité, présence et état de conservation des vêtements et accessoires originaux, présence de l’étiquette de poignet. De plus, interviennent la loi de l’offre et de la demande et l’état actuel du marché. Élément supplémentaire à préciser : de nombreuses poupées différentes ayant été créées à partir du même moule de visage, il est parfois impossible d’identifier un personnage sans son costume et ses accessoires d’origine. En conséquence, les collectionneurs de poupées Madame Alexander demandent généralement que les poupées portent leurs vêtements d’origine, sans lesquels leur valeur diminue de manière importante.
Comme pour les poupées de collection en général et les poupées anciennes en particulier, il existe plusieurs valeurs des Madame Alexander :

  • la valeur de détail correspond au prix de vente d’occasion chez un antiquaire ou un marchand de poupées de collection. Dans le cas d’une poupée neuve, c’est le prix d’achat dans un grand magasin, une boutique spécialisée ou tout autre point de vente.
  • la valeur d’enchère est le prix réalisé dans une vente aux enchères. Également désigné comme prix pratique sur le marché libre ou prix de pleine concurrence.
  • la juste valeur de marché est le prix sur lequel s’entendent acheteur et vendeur. Les deux parties doivent être tenues au courant de toute information pertinente pour la vente de la poupée.
  • la valeur en gros est inférieure de 33 à 50 % à la valeur de détail. Également désigné comme prix de négociant, il dépend pour les poupées neuves du volume d’achat par le détaillant.
  • la valeur fiscale est une moyenne des prix d’enchère réalisés pour une même poupée dans les mêmes conditions
  • la valeur d’assurance est le coût de remplacement de la poupée si elle a été volée ou détruite
Guides de prix et d’identification

Les guides de prix et d’identification existent sous forme papier et en ligne. Les prix indiqués par les guides papier sont les valeurs de détail à la date de publication du guide. Le marché étant très fluctuant, ces guides deviennent donc rapidement obsolètes quant à l’indication des prix, mais demeurent intéressants pour la description des poupées et les conseils d’identification. Le dernier en date à notre connaissance a été publié en 2010 : Madame Alexander 2010 Collector’s Dolls Price Guide, par Linda Crowsey.
Le meilleur guide de prix en ligne pour les poupées Madame Alexander est Doll values. Cette base de données recense environ 5 300 modèles de poupées Madame Alexander. La recherche s’effectue sur le nom de la poupée ou sur son numéro de boîte, et les informations données sont : le nom complet de la poupée, le numéro complet de la boîte, une brève description du costume, les particularités du corps, des membres ou de la tête, le type de visage utilisé, le type et la couleur des cheveux et des yeux, la dernière année de production, la taille, les matériaux qui constituent la poupée, une fourchette d’estimation du prix de détail, une photo si disponible.
eBay est une excellente ressource pour la valeur d’enchère des poupées Madame Alexander. Assurez-vous de rechercher des poupées dont l’état de conservation est comparable à celui de la vôtre.
Le guide en ligne Kovels nécessite la création d’un compte gratuit pour accéder à l’information de prix, vérifiée par des experts.
The saleroom est un portail européen de vente aux enchères fédérant  plus de 500 salles de vente. Il donne la valeur d’enchères passées et en cours de lots correspondant aux critères de recherche. Il nécessite la création d’un compte gratuit pour accéder à l’information de prix.

L’offre actuelle

Vingt neuf ans après le décès de Beatrice Alexander, survenu le 3 octobre 1990, la société Alexander Doll Company, toujours en activité, propose essentiellement comme poupées jouets dans son catalogue 2019 de nombreux poupons et bébés. L’autre volet est constitué de poupées de collection : « Birthday Joe », des communiantes, la ballerine « Butterfly ballerina », les quatre « Little women », des personnages de contes pour enfants, des poupées de pays, des poupées de saison (Noël, Halloween,…). Le club organise une convention annuelle, des déjeuners de l’amitié, édite des poupées événementielles et publie le périodique « The review ».

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Sources de l’article
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Les poupées Bratz, mignonnes ou sulfureuses ?

Une ligne de poupées à succès

Depuis leurs débuts il y a une vingtaine d’années, ces poupées « ethniquement ambiguës », comme les qualifie un cadre de la société MGAE (Micro-Games America Entertainment) qui les produit, sont devenues célèbres pour leur style streetwear, leurs grands yeux en amande, leur tête surdimensionnée à l’instar des Pullip et des Blythe, et leurs  lèvres pulpeuses et brillantes. Les « Girls with a passion for fashion » (Filles avec une passion pour la mode), pour reprendre la fameuse devise de la franchise Bratz, influencées par la culture pop, sont aussi connues pour leurs cheveux implantés longs et faciles à coiffer, leur goût pour l’amusement et leurs nombreux accessoires, qui reflètent un style de vie agréable (et quelque peu matérialiste). Avec les poupées sont également disponibles des coffrets de jeu autour de diverses ambiances : centre commercial, discothèque, karaoké, bar à sushis, spa, café rétro et limousine.
Le caractère « politiquement correct » de la gamme de départ a peut-être aussi contribué à leur succès : on y trouve la poupée européenne Cloe, l’africaine-américaine Sasha, la latino Yasmin et l’asiatique Jade (photo, de gauche à droite : Jade, Sasha, Cloe et Yasmine).

Sorties en mai 2001 et vendues comme un groupe d’amies de caractères différents mais de même valeur humaine, leur popularité croît rapidement à partir de Noël de cette même année. Les quatre modèles ont été repris dans la majorité des lignes de poupées de chaque édition, et constituent les personnages principaux de l’univers des Bratz. Ces poupées ont reçu plusieurs prix de l’industrie du jouet, dont le jouet de l’année de l’influente TIA (Toy Industry Association). Elles sont commercialisées dans presque 70 pays.

Les quatre Bratz d’origine

Cloe est une blonde aux yeux bleus, fille de Polita, jeune sœur de Sonya, sœur aînée de Colin et Isa, et petite amie de Cameron. Voici comment elle se présente sur le site officiel des Bratz : « Salut je suis Cloe mais mes amis m’appellent Angel parce que mon look n’est pas de ce monde ! ma passion dans la mode c’est le glamour, avec des vibrations rock et athlétiques. Je rêve en grand et je suis un peu théâtrale ! »
Sasha, grande sœur de Zama, a les yeux verts et les cheveux noirs. « Hey, je suis Sasha mais mes amis me nomment Bunny Boo car je saute en rythme ! ma passion dans la mode c’est le streetwear chic avec des influences hip-hop. Je m’éclate sur les tubes les plus chauds du moment et je les partage avec mes amis ! »
Fille de Portia, Yasmin a un grain de beauté sous l’œil gauche, des yeux marron et des cheveux bruns. « Salut je suis Yasmin mais mes amis m’appellent ‘Belle princesse’ car j’assure de façon royale ! ma passion dans la mode c’est le style direct, les classiques et la liberté d’esprit. Je suis peut-être un peu timide, mais mon style majestueux règne sans partage ! »
Jade a les cheveux noirs et les yeux vert-noisette. Elle se présente ainsi : « Salut c’est Jade, mes amis m’appellent Kool Kat car je lance férocement les tendances  ! ma passion dans la mode c’est oser avec audace et faire tourner les têtes. Mes amies viennent me voir pour les looks les plus chauds, je n’ai jamais peur d’affirmer mon style unique ! »

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Une gamme impressionnante

Le grand succès rencontré par ces quatre têtes d’affiche permet à MGA d’étendre son offre de 2003 à 2007 à de nombreuses nouvelles lignes de poupées : Bratz Kidz (poupées de 15 cm, versions enfantines des Bratz adolescentes), Bratz Boyz (petits amis des Bratz girls, photo de gauche ci-dessous), Bratz Boyz Kidz (versions enfantines des Bratz Boyz), Lil’ Bratz (versions miniature de 11 cm des Bratz originales), Lil’ Boyz (versions miniature des Bratz Boyz), Bratz Babyz (versions bébés de 13 cm des Bratz girls, avec couche-culotte et biberon, photo de droite ci-dessous),… Des produits dérivés sont également proposés : ligne de vêtements pour filles, film, série télé, série web d’animation en volume, albums de musique, DVDs et jeux vidéo.

Les poupées Bratz ont la tête et le corps en vinyl dur, les bras et les jambes étant faits d’un vinyl souple pliable. Une caractéristique singulière : les pieds se changent en bloc avec les chaussures, ce qui n’est pas très réaliste mais évite la dispersion habituelle des petits souliers.
En 2007, les Be-Bratz personnalisables font leur apparition. Avec une clé USB, l’acheteur choisit une poupée en ligne, la baptise, et crée une page sociale en ligne. Des jeux permettent de gagner des accessoires. En 2010, pour fêter le 10e anniversaire de la franchise, MGA sort deux collections rétro « Bratz party » (photo de gauche) et « Talking Bratz » (photo de droite), distribuées dans les grands magasins Walmart, Toys « R » Us et Target, et dix nouveaux personnages de filles.

La gamme des Bratzillaz, les cousines sorcières des Bratz, fait son apparition en 2012 sous le logo « House of witchez » (photo ci-dessous), pour se distinguer de la gamme des « Monster high » du concurrent Mattel. Chaque personnage des Bratz girls a une homologue Bratzillaz : ainsi, la voyante Yasmina Clairvoya est la cousine de Yasmin ; la magicienne Cloetta Spelletta est la cousine de Cloe ; Sashabella Paws, qui parle aux animaux, est la cousine de Sasha ; Jade J’Adore guérit les cœurs blessés et a pour cousine Jade,…

En 2013, Bratz opère des changements importants : nouveaux logo, slogan, corps à bras articulés et ligne de vêtements. Les nouveaux corps bénéficient à quelques personnages seulement : les quatre poupées originales, ainsi que Meygan, Fianna, Shira, Roxxi et Phoebe.
Suite à une baisse de popularité, aux déboires juridiques avec son concurrent Mattel (voir plus bas) et à une commémoration mal organisée du 10e anniversaire des Bratz, MGA annonce en 2014 une pause d’une année aux États-Unis pour refonte de la marque Bratz. Cette opération repose sur plusieurs éléments : l’allègement du maquillage ; l’accent mis sur les nouvelles technologies et les réseaux sociaux, avec la création de T-shirts marqués « Selfie », d’une application Bratz pour smartphones et la diffusion de « webisodes » Bratz sur YouTube ; le lancement de la ligne « Music vibes » autour du thème des différents genres de musique moderne, avec une tente de festivalier comme accessoire ; le partenariat avec la boutique de mode new yorkaise Vfiles pour la production d’une poupée en édition limitée (photo de gauche) ; la reproduction de célébrités, comme la peintre Frida Kahlo (photo de droite).

Rien n’y fait, c’est un échec, et une nouvelle pause est décidée pour 2016 avant le retour à l’automne 2018 de la ligne Bratz Collector, reprenant les fondamentaux de la marque et conçue par le célèbre illustrateur et designer britannique Hayden Williams.
Leur taille ? ce ne sont pas des grandes poupées, 25 cm, ce qui permet de bien sentir leur aspect charnu lorsqu’on les a en main. Il a aussi existé, comme mentionné plus haut, les versions de poche Lil’ Bratz (photo de gauche), ainsi que des poupées plus grandes (30 cm) lancées en 2013 et 2014 pour élargir l’offre en vêtements et améliorer leur posabilité. En 2015, retour aux 25 cm, avec de nouveaux moules de tête et de corps et l’introduction de Raya, poupée aux yeux bleu ciel, cheveux miel et teint hâlé (photo de droite).

Ces nouveaux moules sont mal reçus par le public, qui constatent la disparition de leur côté provocateur et le mauvais ciblage trop normatif de MGA. En réponse à ces critiques, la société marque une pause dans la production et annonce le retour des Bratz à l’automne 2018 et la collaboration avec  Hayden Williams.

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Controverses

Mais revenons en arrière pour aborder les nombreuses controverses dont les Bratz sont l’objet depuis leur création. Tout d’abord, on a critiqué leur maquillage chargé, leurs attitudes provocantes et leurs expressions de top-modèles blasées. Puis leurs vêtements trop moulants et leur obsession de fashionista. Notons toutefois au passage que certaines mères de famille, trop heureuses de voir leurs petites filles jouer à la poupée jusqu’à l’âge de 12 ans si ce n’est plus, sont prêtes à passer sur ces inconvénients !
Les Bratz déclenchent parfois des réactions de rejet violentes, témoins les définitions de l’Urban dictionary, probablement écrites par des parents puritains, misogynes ou sexuellement frustrés, dont nous reproduisons une entrée de 2005 : « Habillées comme des salopes, elles visent les enfants de 8 à 11 ans. Il existe aussi une ligne de « Bébés Bratz ». Elles ont pompé sur Barbie, et favorisent la promiscuité sexuelle de nos enfants. Merci, Bratz. Sans vous, nous n’aurions pas de filles de 11 ans enceintes ou botoxées ».
Une autre question soulevée est la proposition de canons de beauté irréalistes. Mais quel enfant ne se rend pas compte que l’anatomie des Bratz est caricaturale, et souhaite un nez inexistant, des pieds qui se déboîtent avec les chaussures, voire une tête deux fois trop grosse ?
L’association de parents « Dads and daughters » (papas et filles) s’est déclarée outrée par la sortie de la collection « Bratz secret date » (rendez-vous secret). Le coffret contenait une fille Bratz visible et un garçon Bratz caché dont on voyait juste un dessin de dos (photo). Une fenêtre montrant les pieds du « Boyz » mystère fournissait un indice sur l’identité du garçon, particulièrement intéressant dans la quête du rare Bryce, présent seulement dans un coffret sur 24. L’association se plaignait du message négatif envoyé aux jeunes filles forcées de grandir trop vite, en valorisant le fait de s’échapper de la maison pour un rendez-vous arrangé avec un parfait inconnu. Fait aggravant selon elle, la bouteille et les flûtes à champagne comme accessoires, qui se sont avérées être en fait des bouteilles de smoothies. Sommée de retirer la collection du marché, MGA tint bon et poursuivit la vente de sa collection rebaptisée « Blind date » (rencontre avec un inconnu).

Les Bratz ont été comparées à des « chongas », terme que les latino-américains emploient pour désigner des jeunes filles vulgaires, brutales et stupides.
En 2007, des questions sont soulevées par le groupe de travail sur la sexualisation des filles de l’American Psychological Association (Association américaine de psychologie), quant à l’image corporelle et au style de vie véhiculés par les poupées Bratz. Dans un rapport critiqué pour son manque de preuves factuelles, ce groupe souligne la question de la prétendue sexualité adulte des Bratz. Au Royaume-Uni, un de leurs porte-parole argue du fait que ces poupées ciblent et sont achetées par les 10-18 ans et qu’elles mettent de manière évidente l’accent sur la mode et l’amitié et non pas sur la sexualité. Il cite pour leur défense le Dr Brian Young de l’université d’Exeter : « les parents peuvent se sentir gênés mais je ne pense pas que les enfants voient les poupées comme sexy. Ils pensent juste qu’elles sont jolies ». Plus dur, Isaac Larian, le PDG de MGA, déclare à la BBC que le rapport est un tas d’ordures et que ses auteurs sont irresponsables.
Accusation plus grave maintenant. Le National Labor Committee (Commission nationale du travail), devenue depuis  Institute for Global Labour and Human Rights (Institut pour le travail et les droits humains dans le Monde), est une ONG dénonçant les abus des multinationales employant des travailleurs dans les pays en développement. En décembre 2006, elle annonce que les personnes fabriquant des poupées Bratz dans une entreprise chinoise travaillent 94 heures et demie par semaine, alors que l’usine ne paie que 0,515 $ de l’heure. Le coût de production d’une poupée, vendue au détail entre 9,99 et 22,99 $, est de 0,17 $. Les travailleurs, soumis à des quotas de production sévères, ne bénéficient pas d’arrêts maladie payés et d’autres avantages sociaux. Ils se voient distribuer des aide-mémoire mensongers sur leurs conditions de travail lors des inspections du droit du travail faites par les entreprises clientes. Isaac Larian, nie les faits en arguant que sa société ne connaît pas l’entreprise chinoise incriminée et qu’elle ne contracte qu’avec des entreprises respectant le droit du travail.

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Le procès en jouets du siècle : Bratz contre Barbie

Depuis 2005, l’industrie du jouet est le lieu de la plus formidable bataille judiciaire qu’elle ait jamais connu : le cas Bratz-Barbie, dont les multiples rebondissements à coups de milliards de dollars ne sont pas encore aujourd’hui terminés. Pour comprendre les enjeux de cette affaire, il faut en remonter à la genèse.
Noël 2001 : les quatre modèles originaux des poupées urbaines et multiculturelles à la tête surdimensionnée, aux lèvres rouges pulpeuses, immenses yeux en amande, fesses rebondies et petit ventre plat ressortant d’un petit haut étroit, bref les Bratz sorties en mai que sont Cloe, Sasha, Yasmin et Jade, font un carton. Elles sont la marque de poupées la plus vendue en France, Espagne, Italie et Israël et ne tardent pas à supplanter leur rivale Barbie dans ses fiefs des  États-Unis et du Royaume-Uni.
Mais ce n’est qu’un début : au Noël 2003, les ventes mondiales des Bratz et produits dérivés s’élèvent à 1 milliard de dollars ; en 2006, ce chiffre fait plus que doubler, 125 millions de poupées sont vendues à travers le Monde, et Bratz détient 40 % de parts du marché mondial des poupées mannequins, Barbie possédant le reste avec 3 milliards de dollars de ventes, mais poursuivant le déclin de 2005 (18 % de chute des ventes mondiale, attribuée en grande partie à la concurrence des Bratz).
C’est dans ce contexte de concurrence acharnée qu’entre en scène Carter Bryant, designer de talent ayant travaillé pour la ligne des Barbie de 1995 à 1998, puis de 1999 à 2000, et, c’est important pour la suite, titulaire d’un contrat de travail cédant à son employeur Mattel (le fabricant de Barbie)  tous les droits sur ses créations. Bryant rejoint MGA en octobre 2000, comme de nombreux designers de Mattel, dont la créativité était étouffée chez ce numéro un mondial du jouet. On sait qu’il a montré à Isaac Larian, le PDG de MGA, les dessins de ce qui deviendra la ligne des poupées Bratz. Mais le moment exact de cette présentation, directe ou indirecte, avant ou après son arrivée officielle à MGA, sont des questions et des éléments importants de preuves qui vont alimenter le procès en jouets du siècle : Mattel contre MGA Entertainment. Entre 2004 et 2008, année du grand procès, des actions multiples ont été intentées par les deux protagonistes. Le combat entre les deux géants du jouets – MGA étant devenu en quelques années un géant grâce au succès des Bratz – a été impitoyable.

Une longue série d’actions en justice

La première action, intentée Par Mattel  en avril 2004 contre Carter Bryant et dix autres accusés non nommés, a pour chefs d’accusation la rupture illégale de contrat, les violations d’obligation fiduciaire et de devoir de loyauté, ainsi que la conversion de titres et l’enrichissement illégaux. Pour le profane en droit des affaires, Mattel accuse Bryant d’avoir livré ses dessins à MGA alors qu’il est encore employé chez Mattel, violant ainsi son contrat de travail. Bryant contre-attaque en arguant de l’illégalité et de la trop grande couverture territoriale de la clause de confidentialité de son contrat. Mattel sort alors la grande artillerie et amende dans un document de 58 pages son action pour inclure MGA et son PDG, accusés d’avoir « intentionnellement volé non seulement la propriété de Mattel, comme les dessins des Bratz, leurs prototypes et documents associés, mais aussi un grand ensemble de secrets commerciaux et autres informations confidentielles, qui constituent l’infrastructure intellectuelle de Mattel ». En décembre 2006, Issac Larian réplique dans le journal « New Yorker » : « Cette poursuite judiciaire prouve simplement que Mattel est aux abois. Ils vivent dans un monde imaginaire. Ils aimeraient bien posséder Bratz… Nous continuerons à les battre sur le marché à la bonne vieille manière américaine, en innovant, en améliorant notre marketing et en augmentant nos ventes ».
Entre-temps, MGA intente une action contre Mattel en avril 2005, l’accusant d’avoir copié les Bratz avec sa ligne de poupées Barbie « My scene ». MGA ajoute même à cette occasion le mot « seules » au célèbre slogan des Bratz « Les seules filles avec une passion pour la mode », pour bien les distinguer des Barbie avec lesquelles les consommateurs non avertis les confondent souvent. MGA accuse aussi Mattel de s’être engagée dans une concurrence déloyale et une atteinte à la propriété intellectuelle, cherchant à « éliminer de force »  MGA par des actions répétées de « copies en série ». « Barbie ne se comporte pas bien avec la concurrence », affirme MGA, et « doit apprendre à partager ».
En juillet 2008, un jury fédéral estime que Bryant était bien employé de Mattel lorsqu’il crée les Bratz, malgré la dénégation de MGA et l’affirmation de Bryant selon laquelle il avait conçu les Bratz entre deux périodes d’emploi chez Mattel. Le jury estime également que MGA et son PDG sont responsables de l’appropriation de biens de Mattel et d’avoir intentionnellement enfreint aux devoirs contractuels de Bryant envers Mattel. En août 2008, Bratz est condamnée à payer seulement 100 millions de dommages et intérêts sur les 500 réclamés par Mattel, en raison du fait que seule la première génération de Bratz était concernée par l’atteinte à la propriété de Mattel.
Autre péripétie de ce procès fleuve, l’artiste Bernard Belair assigne en justice Mattel et MGA en octobre 2009 pour violation du droit d’auteur sur ses dessins de jeunes femmes avec « de grosses têtes, des yeux ovales, de petits corps et de grands pieds » exécutés pour le chausseur Steve Madden, dont Carter Bryant avoue s’être inspiré. En 2011, sa plainte est rejetée au motif que « Belair ne peut pas monopoliser le concept abstrait d’une femme chic et attirante à la tête exagérément grosse et aux longs membres ».
En décembre 2009, un jugement en appel suspend l’ordonnance de rappel des produits Bratz, autorisant MGA à continuer leur distribution commerciale, jusqu’à la décision finale de la cour d’appel. En juillet 2010, cette cour déclare que MGA détient la propriété de la franchise Bratz, rejetant ainsi la décision antérieure du tribunal d’instance, qui ordonnait à Bratz de céder à Mattel l’intégralité de sa marque et de ses droits d’auteur.
En janvier 2011, Mattel et MGA retournent devant la justice pour reprendre leur bataille sur la propriété effective de Bratz, assortie d’accusations de vol de secrets commerciaux de la part des deux camps. En février, MGA réclame un milliard de dollars à Mattel pour tentative de monopole du marché américain de la poupée. Citant des violations de la loi anti-trust Sherman, MGA allègue d’une stratégie procédurière délibérée de Mattel pour l’amener à la faillite, ainsi que de pratiques d’intimidation auprès des fournisseurs et des revendeurs. En avril, un jury fédéral énonce un verdict en faveur de MGA, et en août de la même année Mattel est condamnée à payer 310 millions de dollars pour vol de secrets commerciaux, fausses allégations et émoluments d’avocats, somme divisée par deux en appel en 2012. La cour d’appel rejette également la tentative de Mattel d’ouvrir un nouveau procès. Cependant, la plainte de MGA pour tentative de monopole de Mattel est rejetée en avril 2012.
En juillet 2012, MGA poursuit la chanteuse Lady Gaga et lui réclame 10 millions de dollars pour avoir « délibérément retardé la sortie d’une poupée à son effigie ».

Épilogue

Sentant que le long litige entre les deux parties, dans lequel elles avaient  déjà englouti des centaines de millions de dollars en amendes, risquait de s’éterniser, le juge Kozinski leur conseille de « prendre exemple sur leur jeune cible commerciale, et de jouer gentiment », ce qui n’arriva jamais.
Qu’en est-il aujourd’hui ? Mattel maintient son accusation de concurrence déloyale de MGA avec la complicité de Carter Bryant. Les deux parties font la navette entre le tribunal et l’extérieur, s’affrontant sur le détournement de secret commercial, pour lequel MGA poursuit Mattel en 2014 et lui réclame 1 milliard de dollars, ainsi que sur d’autres questions de propriété intellectuelle. 15 ans après la première action intentée par Mattel, la question brûlante reste posée : qui possède Bratz ?

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L’histoire édifiante des « Frozen Charlotte »

Vous vous êtes sûrement déjà demandé d’où venait le nom de ces charmantes petites poupées anciennes rigides en porcelaine moulée représentant un bébé ou une fillette et appelées « Frozen Charlotte ». Voici leur histoire.
Charlotte était la fille d’un homme fortuné qui vivait dans une région montagneuse du Maine (États-Unis). Réputée pour sa grande beauté, ses cheveux étaient de jais et sa peau blanche comme du lys. Son père veillait à ce qu’elle ait toujours les robes les plus élégantes de la ville. La plus belle fille alentour, Charlotte était aussi la plus vaniteuse et la plus égocentrique. Elle passait chaque jour des heures devant le miroir, adorant se montrer en public pour être admirée.
Cet hiver là, Charlotte reçut une invitation à un bal du nouvel an donné dans une ville distante de près de 30 km de sa maison. Son père lui donna de l’argent afin qu’elle puisse aller en ville avec sa mère acheter une nouvelle robe pour l’occasion. Elle était en soie turquoise et luit allait à la perfection. Comme la nuit du bal approchait, la température se mit à descendre. Un vent glacial soufflait au coucher du soleil. Charlie, le cavalier de Charlotte, arriva dans son traîneau, portant une cape de laine épaisse, une écharpe et une toque en fourrure. Impatiente de partir, Charlotte courut hors de la maison, seulement vêtue de sa robe en soie. Sa mère la suivit et la supplia de se couvrir comme Charlie. Elle lui proposa même son plus beau manteau d’hiver, mais Charlotte refusa, prétextant qu’un manteau si épais n’allait pas avec sa robe en soie. Charlie la supplia à son tour de mettre le manteau, mais peine perdue, elle était aussi têtue que belle.
Ils partirent dans la venteuse nuit hivernale. Souvent, Charlie lui demandait si elle avait froid. Charlotte, grelottante, lui répondait par l’affirmative. Charlie lui proposa alors de s’envelopper dans une couverture qu’il gardait sous le siège de son traîneau. Elle rit et lui dit qu’il n’était pas question qu’elle arrive au bal en sentant comme un vieux cheval. Ils continuèrent leur chemin dans la nuit glaciale. Charlie remarqua bientôt que ses lèvres étaient presque aussi bleues que sa robe. Il arrêta le traîneau pour lui proposer son manteau : elle refusa, disant que cela allait juste froisser sa robe. En soupirant, Charlie donna une claque aux rênes et reprit sa route. Peu après, il remarqua que Charlotte était devenue étrangement silencieuse. Il la regarda et vit que sa peau était aussi pâle que la lune brillant à travers les arbres. Il la pria de se rapprocher de lui afin qu’il puisse la protéger un peu du vent en passant un bras autour de son épaule. Mais elle secoua la tête, déclarant qu’il serait inconvenant de s’asseoir si près l’un de l’autre. Puis elle sourit et affirma qu’elle commençait à se sentir réchauffée.
Charlie fouetta les rênes pour qu’ils galopent aussi vite que possible. Ils entrèrent dans la ville et il vit les lumières de l’auberge du village, devant laquelle il stoppa. Sautant du traîneau, il tendit sa main à Charlotte, et lui dit qu’ils allaient se reposer dans l’auberge et se réchauffer près du feu. Charlotte ne répondit pas et ne fit aucun mouvement. Horrifié, Charlie prit sa main dans la sienne, et découvrit qu’elle était rigide comme une statue de marbre ! Il la ramène à ses parents et se laisse mourir de chagrin.
Cette histoire est tirée d’un poème intitulé « Un cadavre va au bal », écrit en 1843 par le journaliste et humoriste originaire du Maine Seba Smith. Le poème est lui-même inspiré d’une histoire vraie relatée dans le New York Observer en 1840. Mise en paroles et en musique par William Carter, elle devient une ballade classique du folklore américain sous différents titres : « Young Charlotte » (La jeune Charlotte), « Fair Charlotte » (La belle Charlotte) ou « Frozen Charlotte » (Charlotte gelée) :

He took her hand in his – O, God !
’Twas cold and hard as stone ;
He tore the mantle from her face,
Cold stars upon it shone.
Then quickly to the glowing hall,
Her lifeless form he bore ;
Fair Charlotte’s eyes were closed in death,
Her voice was heard no more.

Il prit sa main dans la sienne – Ô Dieu !
Elle était froide et dure comme la pierre ;
Il arracha la cape qui couvrait son visage,
Des étoiles froides y brillaient.
Puis rapidement dans la salle éclairée,
Il porta son corps sans vie.
Les yeux de la belle Charlotte étaient clos dans la mort,
Plus jamais on n’entendit sa voix.

L’histoire et la chanson furent si populaires aux États-Unis que l’on vit apparaître, produites en grande série entre 1850 et 1914 principalement en Allemagne (où elles reçoivent le nom de « Nacktfrosch » ou bébé nu), les « Frozen Charlotte », poupées en porcelaine de moins de 2 cm à plus de 45 cm, moulées d’une seule pièce et représentées le plus souvent nues en position debout, les pieds joints, les bras fléchis aux coudes, les poings crispés vers l’avant (photos). Les plus grandes peuvent tenir debout seules sur leurs pieds, les petits modèles sont couchés sur le dos. Les principaux fabricants allemands étaient Conta & Böhme, Ritter & Schmidt et Schützmeister & Quendt.

Elles ont d’autres noms : « Pillar dolls » (Poupées pilier) ou « Solid chinas » (Porcelaines solides). Les plus petites sont parfois utilisées comme fèves dans les puddings de Noël, ou installées dans des maisons de poupées. Certaines versions (« Frozen bathing dolls » ou « Bathing babies ») sont constituées d’une partie avant en porcelaine émaillée et d’une partie arrière en grès céramique, et peuvent flotter dans une baignoire ; elles ont parfois de longs cheveux tombant jusqu’aux pieds. Enfin, les « Penny dolls » (Poupées centime), vendues pour un cent, étaient collectionnées par les enfants, qui les recevaient en récompense d’une bonne conduite.
Elles ont habituellement le corps blanc, les cheveux moulés et les yeux noirs. Certaines ont un bonnet moulé, d’autres très rares sont habillées. Elles portent parfois des bottes dorées, ou des chaussures et chaussettes moulées. Elles peuvent être en biscuit, blondes, teintes en rose ou peintes en noir et certaines, plus rares, assises, ou les mains croisées sur la poitrine, ou encore couvertes d’une chemise moulée. Elles sont souvent portées dans les bras par des poupées plus grandes. Les traits sont peints : les yeux peuvent être bruns, parfois de simples points sur le visage, ou très détaillés avec les cils, sourcils ou pupilles peints. Elles peuvent aussi être vendues dans leur cercueil (photo de gauche) ou serties dans toutes sortes d’objets : montres de poche, colliers, dés à coudre, coquilles de noix, roches, boîtes en verre, médaillons,… Les poupées représentant des garçons, reconnaissables à leur coupe de cheveux et parfois sexuées, sont appelées « Frozen Charlies » (photo de droite).

Plus encore que pour les autres poupées anciennes, leur état de conservation importe aux collectionneurs : un seul éclat diminue de manière significative leur valeur, à moins d’être un modèle recherché. Elles portent rarement des marques d’identification, numéro ou mention d’origine gravé sur le dos ou sous les pieds lorsque c’est le cas. Si vous trouvez une « Frozen Charlotte » habillée, examinez son corps nu, car les vêtements cachent souvent des défauts.
Un autre type de poupée appelé « Half-frozen Charlotte » a les bras attachés au corps par un fil qui traverse les épaules. Le corps est soit très mince, soit replet avec un ventre et des fesses rondes. Il existe aussi des modèles bon marché fabriqués dans les années 1920 et 1930, vendus comme décorations de gâteaux ou comme cadeaux de fêtes. La plupart en biscuit, parfois en porcelaine émaillée, ils étaient fabriqués en grande série en Allemagne, au Japon et aux États-Unis. En raison de leur bas coût, ils présentent souvent des traits de visage peints à la va vite qui ajoutent à leur charme. Certains, hauts de 5 cm, ont les bras moulés sur leur poitrine, d’où leur nom de poupées « main sur le cœur ». D’autres modèles sont en plomb ou en étain. D’autres encore, de 2 à 5 cm de haut, sont faits d’un biscuit blanchâtre à l’apparence de sucre, d’ou leur appellation de « Bébé en sucre ».

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Le rose dans la mode : une couleur puissante

À l’occasion de l’exposition Pink : the history of a punk, pretty, powerful color (Rose : l’histoire d’une couleur punk, jolie et puissante), qui se tient du 7 septembre 2018 au 5 janvier 2019 au Fashion Institute of Technology de New York, nous revenons sur l’histoire et la signification de cette couleur singulière dans le domaine de la mode.
Traditionnellement associée aux petites filles, aux ballerines, aux poupées Barbie et à tout ce qui touche au féminin, la couleur rose dans l’habillement a néanmoins revêtu un symbolisme et une signification très variables dans le temps et dans l’espace. Le stéréotype du bleu pour les garçons et du rose pour les filles n’existe que depuis le milieu du XXe siècle, alors qu’il était parfaitement approprié pour les hommes comme pour les femmes de porter une tenue rose au XVIIIe siècle, quand Madame de Pompadour mettait cette couleur à la mode à la cour de Louis XV. L’étude du rose dans la mode occidentale des années 1850 aux années 1990 pourrait se résumer par « jolie en rose ». Au XIXe siècle, la couleur a commencé à se féminiser, avec l’adoption par les hommes occidentaux de costumes noirs. Mais dans d’autres parties du monde, le rose a conservé son caractère unisexe. Dans la culture indienne par exemple, les hommes continuent de porter du rose, ce qui a fait dire à la journaliste de mode américaine Diana Vreeland « le rose est le bleu marine de l’Inde ». Toutefois, quiconque s’intéresse au rose se heurte un jour à son ambivalence intrinsèque. L’une des couleurs les plus diviseuses, elle provoque de fortes réactions d’attraction ou de répulsion. « S’il vous plaît, mes sœurs, tenez-vous à distance du rose », s’écrie une journaliste du Washington Post lorsqu’elle apprend que des manifestantes appellent à porter des « pussy hats » (bonnets roses à oreilles de chat rappelant le sexe féminin) lors de la marche des femmes à Washington en janvier 2017 (photo). Le féminisme est une affaire sérieuse, écrit-elle, et les mignons bonnets roses risquent de dévaloriser le combat.

Au Japon, par contraste, le rose (« momo iru ») est la plus populaire des couleurs. Associé au « jour des filles » (voir « Hina » dans Les ningyō, poupées traditionnelles du Japon), il évoque le côté mignon (« kawaii ») des fillettes, ferventes adeptes de la mascotte « Hello Kitty », petit chat habillé en rose et devenu un succès planétaire. Le chromo-psychologue japonais Tamio Suenaga affirme : « toutes les études prouvent que le rose évoque le bonheur, le bien-être et la croissance industrielle. Tout ce qui est mignon est rose et se vend bien. Le rose symbolise aussi la tolérance, la liberté et le sexe des femmes » (cité dans « L’imaginaire érotique au Japon », Agnès Giard, Albin Michel, 2006).
Certains pensent que le rose est doux, joli et romantique, tandis que d’autres l’associent à la frivolité enfantine ou à la plus grande vulgarité. Le rose est un thème récurrent dans la mode, où il implique souvent différents types de féminité, de l’innocence à l’érotisme, ce qui est rendu par la palette de nuances de cette couleur : pastel, corail, bisque, cerise, chair, rose Barbie, rose chewing-gum, coquille d’œuf, rose lingerie, cuisse de nymphe, framboise, fushia, héliotrope, incarnadin, rose Pompadour, magenta, mauve, pêche, rose balais, rose bonbon, rose choc, rose Mountbatten, rose thé, rose vif, saumon, vieux rose,…
Différentes nuances de rose ont eu leur heure de gloire au cours de l’histoire. Au début du XXe siècle, une robe rose pâle portée par une femme de l’aristocratie ou de la haute bourgeoisie pouvait être délicate et féminine, tandis qu’un rose plus vif aurait paru exotique. Le styliste français Paul Poiret a introduit les roses pastel, corail et cerise dans la haute couture (photo de gauche ci-dessous). Dans les années 1930, les vêtements et accessoires surréalistes de la créatrice de mode italienne Elsa Schiaparelli culminent dans une série d’ensemble rose choc (photo de droite ci-dessous), une teinte vive que l’observateur moderne pourrait appeler rose Barbie et qui est aujourd’hui une couleur du nuancier normalisé PMS (Pantone Matching System) sous la référence Pantone 219 C.

Dans les années 1940 et 1950, le rose devient une couleur populaire pour les vêtements de femmes. Les célèbres poupées de  la collection « Théâtre de la mode » de Robert Tonner incluent des tenues de soirée élaborées roses ou rose et noir (« Framboise robe du grand soir », photo de gauche ci-dessous). Les créateurs de costume pour le cinéma prisaient le rose pour leurs films en technicolor : imagine-t-on Marilyn Monroe chanter « Diamonds are a girl’s best friends » en robe bleue ? (photo de droite ci-dessous).

La prédilection pour le rose a perduré dans les années 1960, la couleur redevenant, comme dans les années 1920-1930, vive et brillante. Il suffit, pour constater ce changement, d’un rapide survol des brochures de mode des Barbie. C’est là que s’établit la couleur signature des fameuses poupées. Certes, elles portaient bien une robe bain de soleil rose pastel ou un peignoir rose pâle ici ou là, mais ce qui caractérisait leur allure à la mode était cet immanquable rose brillant et chaud. Par ailleurs, des icônes telles que Jackie Kennedy, Marilyn Monroe ou Brigitte Bardot ont rendu le rose populaire auprès du grand public, une couleur évoquant féminité et élégance (photos).

Dans un domaine différent de l’habillement, La Cadillac rose du boxeur Sugar Ray Robinson a influencé Elvis Presley (photos).

Déclinant dans les années 1970, le rose fit un comeback dans les années 1980, dans les nuances brillant acide et néon utilisées par la styliste Norma Kamali et le créateur de mode Stephen Sprouse, tous deux américains, ou dans la tonalité rose vif d’un costume aux larges épaules du styliste français Claude Montana. « Le rose est la seule vraie couleur du rock’n roll », affirme Paul Simonon, bassiste du groupe punk « The Clash », genre musical qui a adopté cette couleur comme emblème de contre-culture. Depuis, le rose joue un rôle significatif sur le plan politique et dans la musique populaire associée à la jeunesse rebelle ou engagée. Pour exemples : les bonnets roses de la marche des femmes à Washington en janvier 2017 (voir plus haut) ; le drapeau rose du parti politique belge FDF (Front Démocratique des Bruxellois Francophones) ; la vague rose du basculement à gauche en Amérique Latine dans les années 2000 ; le tube érotique subversif « pynk » de la chanteuse américaine Janelle Monáe, qui associe le rose aux parties du corps féminin telles que lèvres, tétons et sexe  ; la chanteuse et comédienne américaine Pink, militante pour les droits des animaux et ambassadrice de l’UNICEF ; la fourrure rose du rappeur de Harlem Cam’ron. Le caractère érotique de la lingerie rose, qui se confond avec le ton chair de la peau, s’exprime aussi dans le domaine des poupées (photos ci-dessous, de gauche à droite : Kingdom doll, Barbie, Gene Marshall).

Dans les domaines politique et sociétal, le rose prend des significations tragiques ou graves : les homosexuels de l’Allemagne nazie étaient marqués d’un triangle rose,  tandis que cette couleur devient un symbole de l’activisme gay dans les années 1970 et que le SIDA est parfois qualifié en France de « peste rose ». Les cultures asiatiques ont un penchant plus marqué pour le rose  que leurs homologues occidentales, particulièrement au Japon, où s’exprime la culture enfantine issue du quartier de Harajuku à Tokyo avec ses boutiques de cosplay et la mode Lolita (photos).

Lorsque la journaliste de mode américaine Véronique Hyland proclame la naissance du « rose du millénium » en 2016, « rose ironique, rose sans la joliesse du sucre », le rose n’est plus déclassé, il est « cool » et androgyne. Le nom a disparu, mais le rose continue d’être à la mode, en partie parce qu’il n’est plus vu comme exclusivement féminin. « La couleur est évidemment un phénomène naturel, mais c’est aussi une construction culturelle complexe », écrit le célèbre historien des couleurs Michel Pastoureau. « Il n’y a pas de perception transculturelle de la couleur. C’est la société qui fait les couleurs, les définit, donne leur signification. » Hier associé aux stéréotypes négatifs de la féminité, le rose est aujourd’hui, comme le définit la publication culturelle britannique i-D magazine, « punk, joli et puissant ». Ci-dessous, de gauche à droite : un assortiment de jouets et de vêtements de poupées roses ; ensemble de la marque « Comme des garçons ».

 

Sources de l’article

  • Article « The power of pink », dans le numéro d’hiver 2018 du magazine »Fashion doll quarterly »
  • L’imaginaire érotique au Japon, Agnès Giard, Albin Michel, 2006
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Maman j’ai peur ! quand les poupées font froid dans le dos

Introduction

Qu’est-il arrivé aux charmantes et délicates poupées de notre enfance, avec lesquelles nous passions des heures à jouer innocemment, pour la plus grande paix de nos parents ? Par l’imagination malsaine de quel créateur au cœur desséché se sont-elles métamorphosées en Annabelle, Chucky, Billy, Brahms et les autres ? Nous verrons que, bien loin d’être un phénomène récent, la peur des poupées est enracinée dans l’histoire de l’humanité. Elle répond à des mécanismes psychologiques qui ont été étudiés théoriquement et expérimentalement. Des lieux hantés et des événements troublants viennent alimenter cette peur. De Gabbo le ventriloque à Brahms, le cinéma a produit des figures emblématiques de poupées effrayantes. Mais la réalité dépasse parfois la fiction : de nombreuses poupées hantées sont en vente sur le web. Des sœurs siamoises aux tableaux maudits, les poupées qui font peur peuvent être classées en grandes catégories.

La peur des poupées, une vieille histoire

Souvenons-nous : bien avant l’irruption de ces petits monstres dans nos imaginaires d’incroyants, la religieuse poupée vaudou traversée de clous, d’éclats de verre et enduite de sang inspirait la crainte dans les sociétés d’Afrique de l’Ouest, puis des Antilles (voir Histoire des poupées). Plus loin encore, dans l’Égypte ancienne, les ennemis de Ramses III (1186-1155 av. J.C.) tentèrent d’utiliser des images de cire à son effigie pour provoquer sa mort. Dans la Rome antique, des poupées étaient souvent utilisées lors de rituels magiques pour entrer en contact avec un dieu ou une déesse. La statuette anthropomorphe « nkisi » du Congo (voir Histoire des poupées), appelée « fétiche » pendant la période coloniale, est depuis longtemps utilisée à des fins magico-religieuses. En magie populaire et en sorcellerie, les poupées magiques (« poppets ») représentaient une personne afin de lui jeter un sort ou de l’aider. Faites de racines sculptées, branches, tiges de maïs, fruits, pommes de terre, papier, cire, argile ou tissu rembourré, elles sont originaires d’Europe (par exemple sous la forme de sorcières de cuisine scandinaves) et ont inspiré les poupées vaudou. De nos jours, le wiccanisme adapte cette pratique à ses propres usages. Le pouvoir d’effrayer et d’inspirer la crainte qu’ont les poupées remonte donc  à la nuit des temps.
Plus près de nous, la poupée en bois et papier mâché  de l’artiste allemand Hans Bellmer (voir Les poupées célèbres d’hier et d’aujourd’hui), réalisée en 1934, représente une jeune fille multiforme quasi nue (photo ci-dessous) dont les multiples possibilités de variations anatomiques engendrent un véritable malaise chez le spectateur.

À l’époque contemporaine, les poupées d’artistes continuent à faire frissonner. L’artiste américaine Stefanie Vega illustre cette tendance avec ses thématiques morbides (mort, sorcellerie, fantômes,…), produisant des créatures inquiétantes (« Dorian Gray », photo de gauche ci-dessous). Autre artiste dérangeant, français celui-ci, Julien Martinez (voir Créatrices et créateurs contemporains), dont les poupées aux expressions torturées ne peuvent laisser indifférent (« Hariette », photo de droite ci-dessous).

Brenda, une artiste de Seattle (Washington), créé des poupées (photo) volontairement effrayantes à partir de modèles anciens qu’elle repeint.

Les fabricants de poupées s’y mettent aussi. La firme américaine Mezco Toyz, créatrice de la gamme des « Living dead dolls » en 1998, célèbre Halloween 2018 avec 13 nouvelles poupées surnaturelles. Six personnages réédités de cette gamme que sont  Posey, Damien, Sin, Sadie, Eggzorcist (photo de gauche ci-dessous), et une variante de Candy Rotten avec des cheveux bleus, en taille de 25 cm, vendues avec leur certificat de décès. Sept personnages célèbres issus de films d’horreur à succès : Freddy Krueger, la nonne (photo de droite ci-dessous), Regan l’héroïne de « L’exorciste », Michael Myers de la série « Halloween », le clown Pennywise, Beetlejuice et Chucky.

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Psychologie de la pédiophobie

Il n’est cependant pas nécessaire de faire appel à des poupées effrayantes pour déclencher la frousse chez certaines personnes : souffrant de pédiophobie, elles ont peur de toutes les poupées, même les plus innocentes. Comment cela est-il possible ? Selon Thalia Wheatley, une scientifique cogniticienne de l’université de Dartmouth à Hanover (New Hampshire), c’est lié à la façon dont nos cerveaux détectent les visages et leur prêtent attention, et ce depuis la naissance. Des études ont montré que des nouveaux-nés réagissent plus aux visages nets qu’aux visages aux traits brouillés. Il a également été établi que des zones cérébrales spécifiques sont stimulées en à peine 170 ms à la vue d’un visage. Dans ce processus rapide de reconnaissance faciale, nos cerveaux ne sont pas très discriminants : deux cercles et une courbe génèrent la même réponse qu’un visage humain, ce qui explique que nous voyons parfois des visages dans des objets inanimés. C’est pourquoi il existe un autre niveau de reconnaissance nécessaire : la capacité à distinguer les vrais visages, dotés d’une conscience, des fausses alarmes inanimées. En 2010, Thalia Wheatley mena une expérience pour étudier ce point : elle présenta à des étudiants une série d’images de morphose du visage d’un poupon vers celui d’un bébé, la question étant de savoir à partir de quelle image les observateurs jugent que l’on passe de l’inanimé à l’être humain. Le point de basculement s’avéra être entre 65 et 67 % du processus de morphose, indiquant un « critère d’humanité » élevé. D’autres formulations de la question montrent une équivalence entre reconnaissance de la vie et reconnaissance d’une vie mentale.
Et la peur, dans tout ça ? elle est justement liée à ce deuxième niveau de reconnaissance. Avec les poupées, ou les autres objets imitant les être humains tels que les automates ou les robots, le cerveau recherche une conscience et n’en trouve pas. Mais il reçoit cependant beaucoup d’indices d’une conscience : les yeux, la bouche, les expressions. Des signaux disent à notre cerveau que cette chose est vivante. Mais nous savons qu’elle ne l’est pas : cette contradiction est source d’angoisse. Elle est baptisée par certains chercheurs la « vallée troublante » (« uncanny valley » en anglais), ou, comme le formule Stephanie Lay, psychologue, « une baisse de la réponse émotionnelle qui survient lorsqu’on rencontre une entité presque, mais pas tout à fait, humaine ».
L’ingénieur roboticien japonais Masahiro Mori s’est penché sur la question dans un essai paru en 1970, qui anticipait les défis psychologiques à relever par les constructeurs de robots, rapporte l’auteure Linda Rodriguez McRobbie dans un article de 2015 intitulé  The history of creepy dolls. Mori définit cette « vallée troublante », zone de notre esprit où résident les poupées qui donnent le frisson, comme leurs cousins les robots et avant eux les automates : les humains réagissent favorablement aux représentations humanoïdes jusqu’au point où elles deviennent trop humaines. Alors, les petites différences entre l’humanoïde et l’humain -une démarche maladroite, un mauvais contact visuel ou une élocution imparfaite- sont amplifiées et provoquent l’inconfort, le malaise, le dégoût et finalement la terreur. Le mot « troublante » renvoie à un concept étudié par le psychiatre Ernst Jentsch en 1906 et par Sigmund Freud en 1919. Bien que leurs interprétations diffèrent -celle de Freud était, sans surprise, freudienne (il s’agit de peurs et de désirs anti-sociaux refoulés)-, leurs conclusions identiques renvoient au caractère des choses familières rendu étrange par le doute. La même analyse peut s’appliquer  à la peur des statues, des automates et des robots, baptisée automatonophobie, et pour évoquer un fait récent, à la gêne provoquée par les poupons reborn (voir Le phénomène des poupons reborn). Cette « vallée troublante », souligne Linda Rodriguez, n’existait pas au XIXe siècle, avant les innovations de l’industrie du jouet comme les yeux dormeurs ou les poupées parlantes. Les progrès dans le réalisme sont venus renforcer le penchant naturel de nos cerveaux à extraire des visages les informations sur leurs intentions, leurs émotions et leurs menaces potentielles.
Les recherches de Stephanie Lay ont mis en évidence le malaise qui s’installe quand nous voyons des expressions chez les poupées, avatars ou robots que nous ne rencontrons jamais dans la nature, comme par exemple une bouche souriante avec un regard furieux ou effrayé. D’après Thalia Wheatley, l’apparition de la réaction de peur dans le développement de l’enfant reste une question ouverte. Les jeunes enfants sont moins effrayés par les poupées que les adultes, peut-être parce qu’ils n’accordent pas la faculté de conscience aux autres humains et aux objets. Selon une étude récente, le phénomène de « vallée troublante » ne se manifeste  pas avant l’âge de neuf ans. Jay van Bavel, sociologue cogniticien à l’université de New York, a utilisé la morphose des visages pour étudier l’impact des facteurs sociaux sur la détection de conscience. Il a trouvé que celle-ci était plus rapide pour quelqu’un de son propre groupe social. Par exemple, les supporters sportifs accordent plus tôt une conscience à un visage de leur camp. Ceci pourrait avoir des implications dans le phénomène de déshumanisation des personnes hors d’un groupe social donné, que l’on rencontre en particulier dans les génocides. Malgré les progrès constants dans le réalisme des poupées et robots, les chercheurs s’accordent à penser que les observateurs auront toujours une longueur d’avance dans le discernement visuel, maintenant ainsi le mécanisme de la « vallée troublante ».

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Événements et lieux troublants

Certains n’hésitent pas, consciemment ou non, à réveiller la pédiophobie de leurs contemporains. En 2014, la police de San Clemente (Californie), révèle le magazine féminin en ligne « The cut », est confrontée à un type de menace très inhabituelle : des poupées apparaissent mystérieusement sur le perron des maisons de plusieurs familles, chacune ressemblant à une jeune fille de la maison. La responsable est finalement identifiée : une voisine qui y voyait là « un geste gentil » à l’opposé de toute intention maligne, comme le signale un rapport de police. Ce qui témoigne d’une gentillesse pour le moins étrange, ignorant un fait important : avec les poupées, on n’est jamais loin de la frayeur.
En 2014 toujours, des officiers de police font une découverte macabre dans le marais de Bear Creek (Alabama) : 21 poupées, dont la plupart anciennes en porcelaine, enfoncées sur des pieux en bambou (photo). Le terrain de leur emplacement appartenait à une entreprise de commerce de bois, qui n’a jamais répondu aux convocations des autorités. La police n’a pas à ce jour identifié les responsables. Le marais avait déjà avant cette découverte une effrayante réputation : des visiteurs affirment y avoir entendu des voix et vu des créatures non identifiées ; une légende rapporte que le marais est hanté par une mère cherchant désespérément son enfant disparu ; une source près du marais est réputée magique et conférer des pouvoirs aux mortels. C’est aussi depuis longtemps un lieu rituel pour des générations d’adolescents qui y viennent la nuit pour tenter d’apercevoir des créatures errantes.

Le musée-boutique de jouets londonien « Pollock’s toy museum » (photos) abrite une grande collection de jouets anciens, pour la plupart de l’époque victorienne.

Allez savoir pourquoi, certains visiteurs rebroussent chemin vers l’entrée au moment de pénétrer dans la dernière pièce avant la sortie, celle des poupées. « Ça leur fout juste la trouille », commente Ken Hoyt, employé du musée, « c’est comme s’ils traversaient une maison hantée, ce n’est pas une façon très glorieuse de finir leur visite ».
Située dans les canaux de Xochimilco, au Centre-Sud de la ville de Mexico, « la isla de las muñecas » (l’île aux poupées) est une attraction touristique macabre où de vieilles poupées sont accrochées aux arbres afin d’apaiser l’esprit d’une petite fille de la région s’étant noyée à proximité (photos).

À l’origine de cette pratique, un homme, Don Julian Santana, frappé par ce drame et hanté par le visage de l’enfant en pleine noyade, qui a passé sa vie à apaiser l’esprit de la petite fille qu’il pensait tourmenté. En 2001, il a été retrouvé noyé dans la même zone du canal que la petite fille 50 ans plus tôt.
À Portland  (puis à Astoria depuis 2017) dans l’Oregon, Mark Williams et sa femme Heidi Loutzenhiser fêtent Halloween à leur manière : pendant le mois d’octobre, ils ouvrent au public leur maison et son jardin rebaptisés « Doll asylum » (l’asile des poupées), où ils exposent plus de 1 000 poupées décapitées, découpées,  éventrées, pendues et sanguinolentes (photo).

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Les terreurs du cinéma

C’est au XXe siècle que certaines poupées sont devenues franchement antipathiques, avec le pouvoir d’animation conféré par le cinéma. Dès 1929, dans « The great Gabbo » (Gabbo le ventriloque), Erich von Stroheim incarne un ventriloque mégalomane, superstitieux, irritable et incapable d’exprimer ses émotions autrement que par l’intermédiaire de sa marionnette Otto. En 1936, le film du réalisateur de « Dracula » Tod Browning intitulé « The devil doll » (Les poupées du diable) a pour acteur Lionel Barrymore dans le rôle d’un homme déclaré à tort coupable de meurtre, qui transforme deux hommes en assassins de la taille d’une poupée pour se venger de ses accusateurs (photo de gauche). En 1945, le film britannique à sketches « Dead of night » (Au cœur de la nuit) comporte l’épisode « The ventriloquist’s dummy » (Le mannequin du ventriloque) réalisé par Alberto Cavalcanti : un ventriloque déséquilibré (Michael Redgrave) croit que sa poupée dénuée de morale est réellement vivante. Le thème du méchant ventriloque est repris dans « Devil doll » en 1964, où  le grand Vorelli, manipulateur de sa marionnette Hugo, assassine son assistante et introduit son âme dans le corps d’une poupée. En 1968, dans le film « Barbarella » de Roger Vadim avec Jane Fonda, l’héroïne est attaquée par des poupées tueuses menées par deux petites filles méchantes et cruelles. « Asylum », film à tiroirs sorti en 1972, met en scène le docteur Byron, pensionnaire d’un asile d’aliénés ayant perdu la raison, qui croit avoir trouvé le secret de la vie éternelle par le transfert de sa conscience dans le corps d’une poupée mécanique. En 1974, le film « Shanks » de William Castle avec Marcel Marceau et Tsilla Chelton a pour héros Malcom Shanks, sourd-muet martyrisé par sa sœur et son beau-frère, qui ne trouve le réconfort que dans ses marionnettes qu’il manipule en virtuose ; un jour, il trouve un emploi chez le professeur Walker, qui a inventé une machine permettant d’animer les cadavres grâce à des chocs électriques ciblés ; à la mort du savant, Shanks va joindre ses talents artistiques à cette découverte scientifique pour prendre sa revanche. « Trilogy of terror » (La poupée de la terreur) est un téléfilm de Dan Curtis sorti en 1975 : la dernière partie de cette trilogie est l’histoire d’Amelia, femme vivant seule et recevant une poupée vaudou Zuni d’Afrique vivante qui cherche à la tuer. La même année, dans « Profondo rosso » (Les frissons de l’angoisse), tourné par Dario Argento, une horrible poupée mécanique ricanante fait une brève apparition dans le bureau du professeur Giordani, psychiatre enquêtant sur un meurtre, avant d’être assassiné à son tour. En 1978, Richard Attenborough réalise « Magic » avec Anthony Hopkins dans le rôle d’un ventriloque tombant sous l’emprise de sa marionnette (Fats), qui l’entraîne à commettre des actes diaboliques et meurtriers (photo de droite).

Puis viennent les stars incontournables. En 1982 la poupée clown maléfique de « Poltergeist », épousant habilement deux homologues en horreur pour une terreur maximale. En 1983 la meurtrière Talky Tina de « The twilight zone » (La quatrième dimension), inspirée par Chatty Cathy, l’une des  poupées les plus populaires du XXe siècle -« Je m’appelle Talky Tina et vous feriez mieux d’être gentil avec moi »-. Chucky en 1988, clone de « My buddy » (poupée célèbre lancée par Hasbro en 1985 pour apprendre aux petits garçons à s’occuper de leurs amis), possédé par l’âme d’un tueur en série dans la série « Child’s play » (Jeu d’enfant, photo de gauche). Suzie, la poupée dans une boîte en verre offerte par sa mère à May avec l’adage « si tu ne peux pas te faire d’amis, fabriques-en un » ; « May » (film sorti en 2002), jeune femme timide et perturbée par un strabisme d’enfance, n’a jamais connu l’amitié ou l’amour ;  elle finit par suivre le conseil de sa mère, et assemble les parties qu’elle préfère des relations qu’elle a tuées par dépit, pour créer l’ami idéal. Billy, la marionnette du film « Saw » sorti en 2004, est utilisée par le tueur en série Jigsaw pour délivrer des messages à ses victimes, devant elles sur un tricycle ou par le truchement d’un écran de télévision. La marionnette de ventriloque, encore nommée « Billy », vedette du film « Dead silence » (Silence de mort) sorti en 2007, dans lequel un homme, bien décidé à élucider le meurtre de sa femme, revient dans sa ville natale pour y enquêter et comprend ensuite que ce meurtre pourrait être l’œuvre d’un fantôme ventriloque, continuant à vivre à travers ses marionnettes. En 2014, Annabelle, poupée ancienne très rare habillée dans une robe de mariée, offerte par un homme à sa femme qui attend un enfant, se révèle être une créature monstrueuse permettant aux âmes damnées de revenir sur Terre pour faire couler le sang et semer la terreur (photo de droite). Enfin en 2016 arrive Brahms, poupée de porcelaine grandeur nature confiée à la garde d’une jeune femme dans un château perdu en pleine campagne par un couple de personnes âgées qui met fin à ses jours en se noyant dans un lac, et qui représente en fait le jeune fils  de ce couple à l’âge de huit ans, âge auquel il est mort vingt ans plus tôt dans un incendie : des événements étranges ont lieu et l’expérience de la jeune femme va rapidement virer au glauque et à l’horreur.

 

Les années 1980 et 1990 ont vu des douzaines de films de série B sur le thème des poupées homicides, dont : « Dolly dearest » (Dolly), « Demonic toys » (Jouets démoniaques), « Blood dolls » (Les poupées sanglantes), « Pinocchio’s revenge » (La revanche de Pinocchio, photo de gauche), « Puppet master », « Curtain » (Rideau : l’ultime cauchemar au Québec), « Amityville, dollhouse » (Amityville, la maison des poupées), « Tales from the hood » (Contes du quartier), « Black devil from hell », « Silent night, deadly night : the toy maker » (Douce nuit, sanglante nuit : les jouets de la mort), « The dummy », « Joey » (Making contact), « Shadow zone : my teacher ate my homework », « The devil’s gift » (Le singe du diable), « Small soldiers », « Teddy, la mort en peluche », « Dolls » (Les poupées, photo de droite).

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Les poupées hantées du web

Le cinéma c’est bien joli, mais qu’en est-il de la réalité ? elle n’est pas en reste, si l’on en croit les ventes aux enchères de poupées hantées sur le web en augmentation croissante,  malgré les restrictions du commerce d’objets « à valeur intangible », comme ceux auxquels un vendeur prête des propriétés paranormales. Voici le genre de petite annonce que l’on peut trouver sur eBay : « Cette poupée appartenait à une petite fille de quatre ans nommée Jade. On sait peu de choses d’elle, sauf qu’elle était souffrante au moment de sa mort. Lorsque je suis près d’elle, je sens un petit souffle froid sur ma joue droite et j’ai l’impression qu’elle me donne un baiser. Des  bruits de claquements de porte proviennent de sa chambre. Elle répond activement au pendule, vous pouvez lui poser toutes sortes de questions, à condition qu’elles restent simples et soient posées l’une après l’autre. Elle est très douce et s’épanouirait dans un foyer où résident d’autres esprits d’enfants. »
Selon Katherine Carlson, journaliste au « New Yorker » ayant étudié les ventes de poupées hantées sur eBay, les centaines d’annonces se classent en trois catégories : bébés, poupées victoriennes et clowns. Les premiers sont souvent présentés comme habités par l’esprit d’un enfant assassiné, les secondes réalisent divers fantasmes sexuels et les derniers surfent sur la coulrophobie (peur des clowns). Les poupées hantées ont besoin d’un récit pour convaincre l’acheteur potentiel de la possibilité d’une existence du surnaturel. Aussi, les annonces s’efforcent-elles d’être sincères, autorisées (elles sont parsemées de sigles scientifiques) et enthousiastes. Du côté de ces acheteurs potentiels, le cœur de l’affinité avec les poupées hantées pourrait bien être ce que la psychanalyste Julia Kristeva appelle « l’abjection », là où désir et répulsion constituent un « inévitable boomerang ». Ils en viennent à envier ceux qui ont franchi le pas de l’achat, qu’ils soient motivés par la curiosité ou par une conviction authentique. Ces poupées sont-elles réellement hantées ? La question n’est apparemment pas là, puisque la plupart des vendeurs ont d’excellentes appréciations et que certains d’entre eux ont des centaines de clients satisfaits.
Personnages crédibles ou légendes urbaines, les poupées hantées du web, comme leurs homologues du cinéma, ont leurs stars. Harold (photo ci-dessous), la première poupée hantée vendue sur eBay, est sans doute l’une des plus célèbres.

En 2003, un promeneur dans le marché aux puces de Webster (Floride) tombe sur un vieil homme qui remballe une poupée ancienne dans sa boîte, et demande à l’acheter. Très réticent, le vendeur finit par céder la poupée pour 20 $. L’homme s’éloigne avec Harold, sa nouvelle acquisition, mais il est rattrapé par le vieil homme qui insiste pour lui raconter l’histoire de la poupée. Celle-ci avait été offerte à son fils qui mourut peu après. Le père laissa Harold dans la chambre de son fils après sa mort, de laquelle il entendit s’échapper des chants et des rires alors même qu’elle était inoccupée. Il prétend aussi avoir essayé en vain de la brûler. L’acheteur rentre chez lui, et se plaint peu après de fortes migraines. Son chat meurt, sa compagne le quitte, et il commence à son tour à entendre des voix et des rires. Il crée un site web où il raconte ses mésaventures avec Harold, qu’il range dans une valise à la cave pendant plus d’un an et demi avant de le mettre en vente sur eBay. Depuis, Harold passe de main en main en occasionnant des événements tragiques.
On ne sait que très peu de choses sur Amanda, « la poupée possédée » (photo de gauche ci-dessous), en dehors de sa fabrication par Heinrich Handwerck, de la société Simon & Halbig de Gräfenhain en Thuringe (Allemagne). Bien connue sur eBay, où elle a été mise aux enchères plus de 20 fois depuis 2003, ses propriétaires successifs tentant de s’en débarrasser aussitôt.  Cette poupée ancienne est réputée se déplacer toute seule et causer de terribles cauchemars. Une femme rapporte qu’après l’avoir achetée, elle ne parvenait pas à se détacher de son regard et qu’elle lui parlait sans arrêt sans s’en apercevoir. Une nuit, elle se réveilla en sursaut à la suite d’un cauchemar et constata que ses pieds étaient blancs, froids et recouvert d’égratignures, et qu’Amanda la fixait avec un sourire sinistre. Elle se décida à la confier à Reggie Jacobs, enquêteur du paranormal basé à Atlanta en Géorgie (États-Unis) où elle réside toujours. Là, Amanda détruit des objets dans la maison lorsqu’elle est contrariée ou s’ennuie. Afin de préserver le voisinage et pour des raisons de sécurité, elle est conservée dans une cage en verre d’où s’échappent parfois des bruits de grattage : Amanda n’aime pas être enfermée !
L’histoire de Robert la poupée (photo de droite ci-dessous), qui a servi de modèle à Chucky, remonte à la fin du XIXe siècle, lorsque la riche famille Otto s’installe à Key West (Floride). Un jour, le père de famille surprend une servante haïtienne en pleine pratique de magie noire vaudou dans l’arrière-cour. Il la congédie, mais avant de partir elle donne une grande poupée d’un mètre à Robert, le benjamin de la famille. Celui-ci donne son nom à la poupée, et l’habille souvent avec ses propres vêtements. Le garçon et sa poupée deviennent inséparables, mais cette relation ne tarde pas à se dégrader. Il utilise son deuxième prénom, Gene, pour éviter toute confusion avec celui de la poupée. Ils ont de longues conversations tard dans la nuit, dans sa chambre. Gene devient alors de plus en plus effrayé par Robert ; les domestiques trouvent des objets cassés dans la chambre, et Gene accuse la poupée. Lassés de cette relation, les parents Otto remisent la poupée au grenier où elle restera jusqu’à ce que Gene se marie et devienne artiste peintre. Après le décès de ses parents, Gene et sa jeune épouse emménagent dans la maison d’enfance de Key West, où il retrouve sa poupée. Il l’emporte partout où il va, à la grande consternation de sa femme. Elle finit par faire une dépression, et meurt sans cause apparente, bientôt suivie par son mari en 1974. Au cours des divers changements de propriétaires de la maison, la poupée restera dans le grenier, mais d’étranges événements se produiront : on trouve Robert dans une pièce de la maison, sur le perron, ou au pied du lit avec un couteau de cuisine dans la main. La poupée est désormais conservée dans une boîte en verre au musée East Martello de Key West, où personnel et visiteurs affirment l’avoir vue bouger et prendre des expressions furieuses.

Joliet, dite la poupée maudite (photo de gauche ci-dessous), est transmise depuis plus d’un siècle par les femmes de la famille d’Anna. À chaque génération, l’histoire se répète : les mères mettent au monde une fille et un garçon, qui meurt à l’âge de trois jours dans des circonstances mystérieuses. On raconte qu’à l’origine, la poupée maudite a été offerte comme cadeau de grossesse par une amie jalouse à une femme de la famille, enceinte de son deuxième enfant, un fils qui mourut à l’âge de trois jours. Quelques temps après ce décès, la femme entendit des pleurs qui semblaient provenir de la poupée. Elle en conclut que l’âme de son fils y était emprisonnée. C’est pourquoi les femmes de la famille n’ont depuis pas pris la décision de se débarrasser de cette poupée : les âmes de tous les enfants morts seraient alors condamnées à habiter Joliet jusqu’au jour du Jugement Dernier. Les femmes héritières successives de la poupée la traitent donc comme leur propre enfant : « dans ma famille », confie une jeune mère, « chacune d’entre nous a aimé la poupée, et nous l’avons soignée en souvenir de nos enfants disparus. Ma fille unique fera la même chose quand elle sera plus âgée ». Anna continue, comme toutes les femmes de sa famille avant elle, à veiller sur les âmes des enfants prisonnières de Joliet, en attendant la fin de la malédiction.
Fabriquée en 1994 pour la Collection Hamilton, une filiale du Bradford Group spécialisée dans la vente directe d’objets de collection, Amelia (photo de droite ci-dessous) est une poupée en porcelaine de 48 cm mise en vente sur eBay. Son ancienne propriétaire affirme que la poupée avait les yeux bleus en arrivant chez elle, et qu’ils ont viré au vert dès les premières manifestations paranormales, comme les pleurs de bébé entendus toutes les nuits. Son nouveau propriétaire, quant à lui, entend un bruit sourd provenant de la maison chaque jour lorsqu’il sort pour aller travailler. Une nuit, alors qu’il est assis dans son salon, il entend le même bruit, traverse le couloir et découvre la poupée debout près de la porte, qui lui tourne le dos. Il va se coucher en prenant soin de placer Amelia sur une étagère de sa chambre face à lui. Il est réveillé au cours de la nuit par un rire étrange et voit la poupée le saluer de la main en souriant. Effrayé, il la revend aussitôt à un nouveau propriétaire dont on ignore l’adresse. Aucun témoignage n’est venu depuis donner d’informations sur le parcours d’Amelia.

 

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En 1920, Pupa, poupée d’environ 35 cm, aux bras, jambes et tête en feutre et dotée d’une coiffure en cheveux naturels (photo de gauche ci-dessous), est offerte à une fillette de 5 à 6 ans qui vit en Italie. Elle devient rapidement sa poupée préférée, emportée partout et selon elle douée de vie et dotée d’un esprit propre. Tout au long de sa vie et jusqu’à son décès en 2005, Pupa reste près d’elle et l’accompagne dans ses voyages en Europe et aux États-Unis. La poupée est son amie la plus proche et sa confidente, parlant avec elle et lui sauvant même une fois la vie. Après la mort de sa propriétaire, Pupa vit dans une nouvelle famille aux États-Unis, où elle devient particulièrement active : à l’intérieur de la boîte où elle est conservée, le verre se recouvre d’une vapeur blanche où l’on devine ces mots : « Poupa déteste ». Elle se déplace toute seule, frappe parfois sur le verre quand on passe devant elle et change de position. Les expressions de son visage changent avec son humeur, ses yeux peints s’écarquillant parfois pour vous suivre du regard. Un jour, alors qu’elle se dresse sur ses jambes pour marcher, elle est filmée ; lorsqu’on tente de  télécharger la vidéo sur YouTube, celle-ci est obscurcie d’un épais voile blanchâtre sur lequel est griffonné d’une écriture enfantine :  « No Pupa ».
Ravissante rousse aux yeux bleus, Bébé la poupée hantée (photo de droite ci-dessous) est depuis son achat en 1976 la préférée de Janice Poole, enquêtrice en paranormal et collectionneuse de poupées hantées. Depuis que Bébé est arrivée chez elle, la maison est le siège d’étranges manifestations : claquements de portes et fenêtres pourtant fermées à clé, rires, déplacement des clés des chambres. Une nuit, tandis qu’elle lisait, Janice eut la certitude que quelqu’un l’observait et ressentit un frisson le long de la colonne vertébrale. Après vérification, il n’y avait de bizarre que la porte du placard légèrement entrouverte. Elle sentit toutefois quelque chose effleurer ses pieds avant de filer dans une autre pièce. Une autre nuit, après avoir entendu un bruit au-dessus de sa chambre et être montée à l’échelle qui menait aux combles pour fouiller le grenier, elle eut l’impression d’être épiée et sombra dans l’inconscience. Soudain, un homme de grande taille apparut devant elle, visiblement très en colère, et se dirigea vers une ancienne pièce de la maison d’où s’échappèrent des chuchotements  sinistres et des cris de fillette. L’homme ressortit de la pièce, laissant entrevoir le cadavre d’une petite fille qui tenait dans sa main une poupée portant une robe bleue et des chaussures rouges. Lorsqu’elle revint à elle, Janice était allongée sur le sol et aperçut Bébé, en tous points semblable à la poupée dans la main de la petite fille. Depuis, des choses étranges continuent de se produire, et Janice, qui pense que l’esprit de la petite fille morte hante Bébé, est plus que jamais décidée à élucider ce meurtre. Elle envisage de prendre la route pour montrer sa collection de poupées hantées à des conventions sur les phénomènes paranormaux.

Il y a une légende à la Nouvelle-Orléans à propos du bébé diabolique de Bourbon Street (photo de gauche ci-dessous), enfant monstrueux d’une doyenne créole adopté par la  prêtresse vaudou Marie Laveau et filleul de la sinistrement célèbre Delphine LaLaurie, grande bourgeoise qui torturait à mort ses esclaves. Le bébé sema la terreur dans le quartier français et ses environs durant plusieurs années, et certains prétendent qu’il existe toujours, au moins sous forme de fantôme, hantant les rues étroites et les allées de la vieille cité. D’autres affirment que ses petits os se décomposent en compagnie de ceux de sa mère adoptive dans la fameuse tombe du cimetière Saint-Louis. Par le passé, on trouvait de nombreuses interprétations de cet illustre monstre, les premières étant sculptées dans des calebasses séchées et creusées. Elles étaient souvent suspendues aux fenêtres des maisons créoles pour éloigner le vrai bébé diabolique tapi dans l’obscurité au-delà des lampadaires à gaz. Devenues rarissimes aujourd’hui, elles sont généralement transmises de génération en génération  et conservées dans les familles. Au début du XXe siècle, d’autres versions du redoutable bébé firent leur apparition dans la région de la Nouvelle-Orléans. Ressemblant plus à des poupées, elles portaient des tenues d’enfants sur un corps rembourré à bras mobiles. Les visages étaient toujours les mêmes, avec de méchants yeux vitreux et des petites cornes sur le front. Ce furent les premières à avoir une réputation de poupée hantée. Objets de marché noir dans la vieille Nouvelle-Orléans, il fallait pour en posséder une être bien introduit dans la communauté vaudou  pratiquante. Comme le mauvais sort s’acharnait sur ces poupées -jeté selon certains par Marie Laveau elle-même-, aucune n’a survécu. L’artiste local Ricardo Pustanio, concepteur de défilés de Mardi-Gras, put obtenir les vestiges du dernier bébé diabolique connu datant d’environ 1900, à partir desquels il reconstitua la poupée originale et en fit des copies. Mais ces poupées taillées à la main semblent avoir une vie propre : leurs yeux vous suivent quand vous bougez, et quand elles sont réunies, on entend des chuchotements et des bruissements. Comme ces poupées avaient été conçues sans réelle intention magique, leur animation par un agent mystique rendit Pustanio curieux de savoir ce qui arriverait s’il les séparait. Il réussit à convaincre quelques amis de garder chacun une poupée en sécurité : ils ne furent pas longs à se plaindre et à exiger impatiemment de les rendre. L’un d’entre eux affirmait que sa poupée bougeait toute seule en l’absence de témoins : rangée dans une armoire toute la journée, elle se retrouvait étendue sur le tapis lorsque son gardien imprudent rentrait du travail. Une autre s’est apparemment défoulée dans la maison d’un couple qui la gardait, retournant des cendriers et tapissant le sol de la cuisine de perles issues d’unkit de confection de colliers. Une troisième avait été confiée au célèbre médium Reese dans sa nouvelle maison de Lakeview quelques jours avant l’arrivée de l’ouragan Katrina. Reese, collectionneur de poupées rares, détesta immédiatement le bébé diabolique mais accepta à contrecœur de la garder. Pendant deux semaines il fut continuellement réveillé dans la nuit par des pleurs de bébé, puis l’ouragan déversa des trombes d’eau boueuse dans la maison. Lorsque Reese revint dans sa maison dévastée, il fut perturbé par la disparition du bébé diabolique.  Sylvia Cross, enquêtrice en paranormal spécialisée dans les objets possédés, acheta son bébé diabolique sur le site de Pustiano (également disponible sur eBay), pensant que ce serait l’acquisition idéale pour sa collection de poupées effrayantes. Elle remarqua rapidement des changements spontanés de position de la poupée, des bruits de reniflements et de pleurs, et le refus de ses deux chats d’être dans la même pièce qu’elle. « Certains objets », nous dit Sylvia Cross, « naissent avec une âme sombre, et le bébé diabolique est de ceux-là. Regardez dans ses yeux et vous y verrez le vacillement d’une âme malheureuse prise au piège ». Pustiano nie avoir mis autre chose que son talent dans la création de ces poupées, cependant certains affirment que ses incursions dans d’autres formes d’art comme la peinture ou la sculpture présentent un caractère surnaturel. Quoi qu’il en soit, ses bébés diaboliques uniques aux vêtements personnalisables sont très demandés. Il propose également des poupées vaudou : reines, zombies, lwas (esprits de la religion vaudou servant d’intermédiaires entre le créateur et les humains), et portraits de personnes existantes.
Les poupées zombies de la Nouvelle-Orléans sont des poupées vaudou hantées ou possédées par l’âme d’une personne défunte (photo de droite ci-dessous). En octobre 2004, une habitante de Galveston (Texas) acheta sur eBay une poupée zombie, sans prêter attention aux rumeurs de hantise qui circulaient à leur sujet. La poupée fut livrée dans une petite boîte en métal, que la femme s’empressa d’ouvrir afin de l’exposer. Erreur fatale : la poupée hantée se mit à l’attaquer régulièrement, provoquant des petites coupures, puis des entailles douloureuses qui la conduisirent à l’hôpital. Craignant pour sa vie, elle la remit dans son coffret décoré mais continua à cauchemarder. Mentalement épuisée, elle tenta de la détruire, d’abord par le feu qui ne prit pas, puis en la découpant avec un couteau et des ciseaux qui se cassèrent. Elle finit par l’enterrer dans un cimetière, dans une tombe insuffisamment profonde : elle la retrouva gisante et sale sur son perron. Elle la revendit sur eBay, mais la poupée disparut de chez sa nouvelle acheteuse et se retrouva encore sur le perron de son ancienne propriétaire, ce qui se reproduisit plusieurs fois. Elle s’adressa à différents groupes d’étude de phénomènes paranormaux et fit même appel à un prêtre, en vain. Aujourd’hui, la poupée est enfouie sous clef dans son grenier. La seule solution qui lui reste est de déménager, en espérant que personne ne découvre la poupée.

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Lorsque les poupées vieillissent, elles deviennent dérangeantes : les cheveux tombent, les couleurs pâlissent, des fêlures apparaissent et parfois les yeux manquent. C’est un processus naturel, qui accompagne le cours du temps et le manque de soin. Mais cette poupée est différente : elle vieillit comme une personne, quoique bien plus rapidement (photo de gauche ci-dessous), et ceci a quelque chose de terrifiant. La famille qui en a hérité souhaite garder l’anonymat, mais son histoire est simple. Un couple ordinaire achète à sa petite fille une poupée pour son anniversaire ou pour Noël. La poupée est aimée par la petite fille mais subit le sort de la plupart des jouets : elle est oubliée lorsque l’enfant devient trop grand pour s’y intéresser, et finit au grenier. En nettoyant ce dernier quelque onze ans plus tard, les parents tombent sur une étrange poupée, ridée comme une très vieille personne, les bras rigides et momifiés. Leur sang se glace lorsqu’ils reconnaissent les vêtements de la poupée de leur petite fille. Le plus effrayant, ce sont ses yeux étonnamment humains. Ils s’en débarrassent aussitôt, ainsi que ses nouveaux propriétaires, et on ne sait pas où elle est aujourd’hui. Il y a une controverse concernant le vieillissement de cette poupée. Les collectionneurs mettent en avant la dégradation du plastique et des matériaux organiques, tandis que leurs contradicteurs font remarquer que cette dégradation conduit à des fêlures mais pas à des rides. Enfin, d’autres invoquent le syndrome du portrait de Dorian Gray. Quoi qu’il en soit, c’est une histoire intéressante.
Autre histoire intéressante que celle d’Okiku, « la poupée hantée de Hokkaido », à laquelle il pousserait des cheveux humains (photo de droite ci-dessous). Il existe diverses légendes autour d’Okiku, la plus populaire relatant l’achat en 1918 d’une poupée traditionnelle par Eikichi Suzuki, un garçon de 17 ans habitant Sapporo, pour sa petite sœur de trois ans Kikuko, au cours d’une balade dans la rue commerçante de Tanuki-Kojin au moment d’une exposition marine. La fillette adora la poupée, l’emmenant partout et dormant avec elle. Mais hélas, un an plus tard, Okiku mourut d’un violent rhume. La famille Suzuki plaça la poupée sur un petit autel afin de la prier et la nomma « Okiku » en souvenir de la petite fille. Ils remarquèrent bientôt quelque chose de très inhabituel : Okiku, qui avait une coiffure de style « okappa » (cheveux coupés à hauteur de la mâchoire avec une petite frange au niveau du front), avait des cheveux sensiblement plus longs. C’était pour eux le signe que la poupée était hantée par l’esprit de Kikuko. En 1938, ils décidèrent de déménager et de laisser la poupée sur l’île de Hokkaido, en la confiant avec son secret aux moines du temple Mannenji d’Iwamizawa, où elle réside depuis et peut être visitée. Okiku a maintenant de longs cheveux tombant sur ses genoux. Les moines les coupent de temps en temps depuis que l’un d’entre eux a rêvé qu’Okiku lui demandait de le faire.

Christina, une poupée ancienne en porcelaine datant de la fin du XIXe siècle (photo de gauche ci-dessous), a été achetée par une certaine Mme Croakers chez l’antiquaire Red Barn à Jefferson (Texas) dans les années 1980, pour la somme de 500$. Elle la donna à sa petite fille de six ans qui la baptisa Christina, sans doute en souvenir de son arrière grand-mère qu’elle n’avait jamais connue.  Mme Croakers s’est toujours demandé pourquoi elle avait acheté une si belle poupée pour une si jeune enfant. L’explication réside peut-être dans les circonstances de son achat : un vieil homme qui semblait l’attendre dans la boutique d’antiquités pointa sa canne argentée vers la poupée en porcelaine et affirma que cette dernière la regardait et qu’elle souhaitait partir avec elle. Elle répondit qu’elle avait un enfant qui détruirait la poupée. L’homme insista en affirmant que la poupée voulait vivre avec elle, qu’elle aimerait la petite fille jusqu’à sa mort et qu’elle ne causerait aucun problème. La femme fut déconcertée par l’apparente connivence entre la poupée et le vieil homme, et l’acheta sans discuter le prix. Jasmine, la petite fille, adopta immédiatement Christina et la garda près d’elle jour et nuit, l’emmenant même à l’école. Lorsque la jambe droite de la poupée fut accidentellement cassée par sa meilleure amie, Jasmine fut bouleversée et réclama des funérailles pour la jambe brisée, ce qui fut fait dans un petit cercueil taillé dans une vieille boîte à cigares, en présence de la famille et des amis. Pendant plus d’un an, Jasmine transporta sa poupée comme une invalide. Sa mère changea son pansement quotidiennement et surveilla la jambe pour prévenir une infection, selon les instructions que Christina donnait à Jasmine. Cette dernière informa sa mère que Christina la réveillait la nuit en se plaignant de douleurs fantômes à la jambe. Une nuit, Jasmine réveilla sa mère en criant que Christina souffrait de la jambe comme si des fourmis rouges la dévoraient. En se rendant sur la tombe de la jambe, elles constatèrent que celle-ci était devenue un monticule de fourmis rouges. C’est à partir de ce moment-là que Mme Croakers considéra la poupée comme hantée et chercha à s’en débarrasser. Elle expliqua à sa fille, alors âgée de sept ans, que Christina avait décidé de rendre visite à sa famille et ses amis en Angleterre, puis enferma la poupée dans une vieille malle au grenier, où elle resta des années jusqu’à ce qu’une enquêtrice en paranormal en fasse l’acquisition. Depuis, Christina coule des jours paisibles à Washington chez sa nouvelle propriétaire. Elle est tranquille, mais s’agite parfois quand elle est seule, descend de sa chaise à bascule, change de position, fait un signe de la main, ou s’affaisse sur le côté comme si elle dormait. Autre étrangeté, lorsqu’on lui démêle les cheveux, ils se retrouvent emmêlés le lendemain. Christina aime regarder la télévision et se faire prendre en photo, à condition que ça ne dure pas trop longtemps : quand elle en a assez, les piles des appareils électriques à proximité se déchargent et les photos d’elle deviennent floues !
Au musée Warren de l’occultisme à Monroe (Connecticut) est conservée dans une boîte en verre Annabelle (photo de droite ci-dessous), une poupée Raggedy Ann (voir Les poupées célèbres d’hier et d’aujourd’hui), réputée hantée par les enquêteurs en paranormal et démonologues Edward et Lorraine Warren. Elle a servi de modèle à la poupée fictive éponyme du film « The conjuring » (La conjuration) et de ses suites. Selon les Warren, Annabelle a été donnée en 1968 à une étudiante infirmière. La poupée manifesta un comportement étrange, un médium ayant même affirmé qu’elle était habitée par l’esprit d’une petite fille décédée du nom d’Annabelle. L’étudiante et sa camarade de chambre décidèrent d’éduquer la poupée possédée, mais celle-ci se montrait effrayante et malveillante. Contactés, les Warren la déclarèrent « possédée par le démon » et la transférèrent dans leur musée de l’occultisme. Joseph Laycock, maître de conférences en étude des religions à l’université d’État du Texas, affirme que de nombreux sceptiques ne prennent pas ce musée au sérieux, considéré comme « un ramassis de camelote, poupées, jouets et livres en vente libre pour Halloween ». Il taxe la légende d’Annabelle « d’étude de cas intéressante pour la relation entre culture pop et folklore paranormal » et émet l’hypothèse que la métaphore de la poupée démoniaque popularisée par des films comme « Child’s play » (Jeu d’enfant), « Dolly dearest » (Dolly) et « The conjuring » (La conjuration) est vraisemblablement issue de légendes antérieures sur Robert la poupée (voir plus haut) ou de l’épisode de « Twilight zone » (La quatrième dimension ») intitulé « Living doll ». Laycock ajoute que « l'idée de poupées possédées permet aux démonologues modernes de trouver le mal surnaturel dans le plus banal et le plus familier des endroits ». La vulgarisatrice scientifique Sharon A. Hill, à l’occasion de la publicité faite au musée Warren lors de la sortie de « La conjuration », déclare que nombre des mythes et légendes entourant les Warren ont « été apparemment de leur fait » et que beaucoup de gens semblent avoir des difficultés à « distinguer les Warren de leur portrait hollywoodien ». Elle ajoute : « nous n’avons que la parole d’Edward Warren pour attester de la véracité du caractère surnaturel d’Annabelle et des objets du musée ».

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Achetée sur eBay à un groupe d’enquêteurs en paranormal de l’Ohio  pour le compte de « The lineup », un site web spécialisé dans les phénomènes surnaturels, Ann (photo de gauche ci-dessous) est une poupée soi-disant hantée par l’esprit agité d’une jeune fille de 13 ans morte de tuberculose au début du XXe siècle dans le sanatorium de Waverly Hills à Louisville (Kentucky). Visage angélique et regard vert profond, elle a été la vedette d’un programme de webdiffusion directe sur YouTube pendant deux semaines, afin que les téléspectateurs puissent se faire une opinion. Jennifer Johnson, porte-parole du site, confie : « nous l’avons achetée 100 $, sortie de sa boîte et mise dans un placard dans nos bureaux de New York. Comme elle avait peur de l’obscurité, nous l’avons éclairée en permanence ». Un certain nombre de choses étranges se sont produites : la poupée exhalait des odeurs bizarres, pleurait au milieu de la nuit, débranchait le câble de l’ordinateur, coupait les conversations téléphoniques,… Pendant les deux semaines de diffusion, la poupée a été observée, analysée et testée par des experts en paranormal. Puis le site a organisé un concours d’écriture, les participants devant expliquer pourquoi ils offriraient le meilleur accueil à une poupée prétendument hantée. La personne qui fournissait la réponse la plus imaginative et la plus sincère gagnait la poupée. Pour Jennifer Johnson, c’était une bonne affaire, d’autant que la poupée n’a pas été jugée malveillante.
Une poupée apparemment inoffensive a été surnommée « l’Annabelle péruvienne » après que ses propriétaires se soient plaints d’avoir été terrorisés par elle durant sept ans. Dans une vidéo YouTube devenue virale, la famille Nunez habitant Callao (Pérou) explique qu’elle a assisté à divers événements paranormaux relatifs à Sarita, une poupée blonde aux yeux bleus (photo de droite ci-dessous). D’après Ivonne Nunez, la mère de la famille, c’est un cadeau d’une nièce décédée depuis. Des choses étranges ont commencé à se produire peu après le décès, mais Ivonne ne put se résoudre à  se débarrasser de la poupée, seul souvenir de cette nièce. Sarita, qui récite normalement un enregistrement du « notre père » quand on presse un bouton sur sa poitrine, se met à prier spontanément. Elle se déplace toute seule la nuit, et les trois enfants d’Ivonne se réveillent souvent couverts d’égratignures et de bleus. Angie, l’une des filles, entend parfois des bruits dans la maison, sent une présence étrange dans le coin de sa chambre d’où elle se sent observée, et voit des ombres se déplacer dans l’obscurité. Angie et ses deux frères voudraient se débarrasser de Sarita, mais au lieu de ça leur mère fait appel à une « angéologue » (spécialiste des anges) pour éloigner l’esprit qui la possède. Celle-ci procède à un rituel de « purification » de la maison et sent la présence d’une femme, qu’Ivonne identifie comme étant sa belle-sœur, suicidée dans une des pièces de la maison. L’angéologue inspecte la poupée et déclare sentir une entité malveillante voulant nuire à la famille. Elle essaye en vain d’éloigner l’esprit avec une statue de Saint-Michel et sept grandes bougies. La famille Nunez est depuis plus terrorisée que jamais.

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Les grandes familles de poupées hantées

Les poupées effrayantes se devaient d’explorer l’univers des siamois. En effet, les jumeaux fusionnés ont toujours exercé une fascination certaine sur le grand public. La rareté de la pathologie, sa méconnaissance par le corps médical, le risque élevé de la séparation chirurgicale, la grande variété des jonctions possibles, l’étrange vie et le destin singulier des survivants confèrent aux siamois une aura d’inquiétant mystère. Les terrifiantes sœurs siamoises ci-dessous semblent sorties tout droit d’un film d’horreur. On les imagine laisser des messages à faire dresser les cheveux sur la tête de leurs victimes, les poussant lentement vers la folie et les pavillons psychiatriques à force de cauchemars.

Exploitant leurs vêtements et leur chevelure aux couleurs brillantes pour attirer les enfants, les clowns ont une place de choix au panthéon des créatures terrifiantes. Présents dans la plupart des cultures depuis les clowns nains de l’Égypte des pharaons en 2 500 av. J. C., ils ont toujours eu une double nature, drôle et sombre, reflétant avec malice les vices de la société. Le clown ci-dessous semble incapable de cacher son caractère malfaisant. Avec son regard habité et son sourire stupide, il contemple ses victimes endormies en ruminant les mauvais sorts qu’il leur réserve. D’une nature patiente, il attend que les enfants l’aiment vraiment avant de commencer ses ravages.

La figure de la marionnette de ventriloque effrayante a déjà été évoquée dans les personnages de fiction du cinéma. Mais de nombreux récits de poupées hantées réelles y font également appel (photo ci-dessous). Reconnaissable entre toutes à ses grands yeux et sa bouche béante qui lui donnent en permanence une expression dérangée, elle tire son pouvoir de son manipulateur. La marionnette de ventriloque exploite les faiblesses et les peurs de ses victimes pour les faire souffrir. Quand la famille est de sortie, elle va probablement chercher des couteaux à la cuisine, les cache dans ses vêtements et sous les lits, attend que tout le monde soit endormi et poignarde ses victimes une à une avec son sourire démentiel.

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Les témoignages de poupons hantés sont très nombreux, en particulier sur le web. Leur aspect juvénile attendrit les enfants et surtout les petites filles, qui aiment les transporter partout avec elles. Des centres commerciaux aux cabinets des médecins, en passant par leurs petits lits d’enfants, les entités qui résident dans les poupons sont en immersion totale dans les vies de leurs propriétaires et victimes. Les poupons décomposés sont particulièrement effrayants (photo ci-dessous) : visage craquelé, teint blafard, regard énucléé dénué de compassion, ils semblent tout droit revenus de l’enfer. Consumant chair et âme, ils attirent d’innocentes petites filles dans leur monde malfaisant et obscur.

Elles sont terriblement repoussantes. Leurs yeux sont globuleux ou vitreux, leurs crânes déformés, leurs bouches grotesques, leur teint indescriptible, leur laideur repousse les limites de l’imagination. La poupée ci-dessous a une histoire. Elle est arrivée par la poste à la petite Lucy le jour de son anniversaire. Horrifiée et dégoûtée, elle la rejette mais sa mère la force à la garder, ce que Lucy fait en la cachant dans un placard. Une nuit, elle entend des bruits de pas et une voix qui lui dit : « Lucy, je suis sur la première marche ». Terrorisée, elle passe une nuit blanche et supplie ses parents de lui laisser jeter la poupée,ce qu’ils refusent en arguant du fait qu’on ne jette pas un cadeau. La nuit suivante, la voix désincarnée se fait entendre à nouveau : « Lucy, je suis sur la quatrième marche ». À l’école où elle raconte cette histoire, on se moque d’elle. La nuit d’après, elle entend : « Lucy, je suis sur la dernière marche » et il lui semble voir la porte de sa chambre s’ouvrir très lentement. Au matin, ses parents découvrent le corps inanimé de Lucy en bas des escaliers, à côté de la poupée. Elles sont enterrées ensemble, et sa mère dit : « elle adorait cette poupée, maintenant elles sont ensemble pour l’éternité ».

Il n’y  a pas que les sculptures de poupées pour donner la chair de poule, les peintures peuvent être tout aussi efficaces. Pour preuve le tableau inquiétant de William Stoneham datant de 1972 intitulé « The hands resist him » (photo ci-dessous), inspiré d’un poème écrit par sa femme. Destiné à symboliser l’enfance du peintre avec ses parents adoptifs, il eut pour effet d’effrayer le public. Le tableau représente un garçon au visage fermé debout devant une fenêtre, avec à côté de lui une poupée à l’expression morbide et au regard vide. Comme si ça ne suffisait pas, une multitude de petites mains se presse contre la vitre de la fenêtre. La peinture fut vendue à l’acteur John Marley lors d’un événement organisé par un certain Charles Feingarten, en présence du critique d’art Henri Seldis. Les trois hommes moururent à trois ans d’intervalle, et ceci fut attribué au tableau malfaisant. Il refit surface en 2000, quand il fut mis en vente sur eBay avec un texte d’accompagnement digne d’un scénario de film d’horreur : les propriétaires du tableau auraient installé une caméra dans la pièce où il était accroché, après que leur petite fille de quatre ans ait vu le garçon et la poupée se battre et venir dans sa chambre la nuit. La caméra aurait filmé le garçon se hissant hors du tableau « sous la menace ». Les vendeurs ont fait bénir leur maison après le départ de la peinture.

De l’Égypte ancienne à l’époque contemporaine, l’imagination humaine a su produire des formes nombreuses et variées de poupées effrayantes. Ce tour d’horizon, non exhaustif mais déjà riche, a montré à quel point le psychisme s’est toujours nourri de ces représentations anthropomorphes que sont les poupées, jusque dans les tréfonds de l’âme explorés par ces sentiments si constitutifs de l’être humain, la peur et l’angoisse.

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Sources de l’article
Digiprove sealCopyright secured by Digiprove © 2018 Patrick Fédida

De l’esclavage aux black Barbies : un siècle et demi de poupées noires

Introduction

La belle exposition de la collection de poupées africaines-américaines de Deborah Neff, qui s’est tenue du 23 février au 20 mai 2018 à la Maison Rouge à Paris, est l’occasion de revenir sur l’histoire tourmentée de la représentation des poupées noires, de l’imagerie raciste des golliwogs aux poupées actuelles à revendication éducative d’Ikuzi dolls, en passant par les topsy-turvy des esclaves aux États-Unis et les poupées exotiques de fabrication allemande ou française au tournant du XXe siècle.

Poupée noire et poupée blanche

Dans une expérience des années 1940 restée célèbre, les sociologues américains Kenneth et Mamie Clark interrogent des enfants noirs à propos de deux poupées, une noire et une blanche (photos).

63 % d’entre eux disent qu’ils préfèrent jouer avec la blanche, 56 % la déclarent plus gentille, et 44 % affirment que la poupée blanche leur ressemble le plus !
« Ce résultat est capital en ce qu’il change radicalement la manière dont nous envisageons les relations inter-raciales » estime le professeur William Julius Wilson, de l’université de Harvard. « Voilà des enfants qui pensent qu’être blanc vaut mieux que d’être noir, et ceci est assez accablant ».
Soixante ans plus tard, l’émission de télévision GMA (Good Morning America) réitère l’expérience, avec des résultats très différents : 88 % des enfants s’identifient à la poupée noire, avec laquelle 42 % déclarent vouloir jouer, contre 32 % avec la poupée blanche, le même pourcentage choisissant la poupée blanche comme étant la plus gentille. Même si certaines déclarations des enfants à propos de la poupée noire restent dérangeantes, comme celle d’Alexis, 7 ans, « elle répond et désobéit », ou encore celle de Nayomi, 7 ans, « elle est moche parce qu’elle a les pieds comme un singe », la plupart des réponses conduisent à espérer.

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Caricatures racistes

Mais le paysage était beaucoup plus sombre il y a un siècle et demi, époque à laquelle l’image de la servitude noire était profondément ancrée dans tous les esprits. En 1859, Martin H. Freeman écrivait dans « The anglo-african magazine » : « On apprend directement ou indirectement aux enfants s’ils sont beaux par comparaison aux traits physiques de la norme anglo-saxonne. Il faut donc rétrécir les nez épatés et défriser les cheveux crépus… Parfois, les cheveux naturels sont rasés et remplacés par une perruque à cheveux raides. Les lèvres épaisses sont redessinées et réduites. Par l’application de rouge et de poudre blanche, de beaux visages noirs ou bruns prennent un teint artificiel, comme celui d’un cadavre que l’on aurait peint. » Les poupées noires fabriquées par les blancs ne font que reprendre les caricatures racistes et sexistes nombreuses associées à la servitude noire : pickaninnies, minstrels, golliwogs et personnages de Mammy et Aunt Jemima.
Pickaninny est, aux États-Unis, une injure raciale faisant référence à un enfant noir d’origine africaine dont la particularité est qu’il est résistant à la douleur (photo de gauche). Dans les états du Sud, le terme désigne un enfant d’esclaves ou, plus tard, de citoyens africains-américains. Tandis qu’il est popularisé par le personnage de Topsy dans le roman de 1852 « La case de l’oncle Tom » de Harriet Beecher Stowe, le terme est utilisé dès 1831 dans le récit abolitionniste « L’histoire de Mary Prince, esclave aux Antilles, racontée par elle-même » publié à Édimbourg,  Écosse. Il restera en usage aux États-Unis jusque dans les années 1960.
Le minstrel show, ou minstrelsy (de l’anglais « minstrel », ménestrel), est un spectacle américain créé vers la fin des années 1820, où figurent chants, danses, musique, intermèdes comiques, interprétés d’abord par des acteurs blancs qui se noircissent le visage (« blackface »), puis, surtout après la Guerre de Sécession, par des noirs (photo de droite). Ils apparaissent dans ces spectacles comme ignorants, stupides, superstitieux, joyeux, et doués pour la danse et la musique. Les acteurs professionnels délaissent le genre vers 1910, mais des amateurs le font durer jusque dans les années 1950. La montée de la lutte contre le racisme les font disparaître définitivement.

Désigné d’après Golliwogg, le nom propre d’une poupée apparue en 1895 dans le livre pour enfants « The adventures of two dutch dolls » (Les aventures de deux poupées hollandaises) de Bertha et Florence Kate Upton, le golliwog est une poupée de chiffon ou en tissu représentant une personne noire aux cheveux crépus, généralement de sexe masculin (photos).

 

Inspiré des personnages des minstrel shows, il est par la suite commercialisé sous forme de poupées et de produits dérivés, utilisé à des fins publicitaires et repris par des auteurs de livres pour enfants dont Enid Blyton. Le nom du personnage serait en outre à l’origine du mot wog, terme péjoratif utilisé pour désigner entre autres les noirs. Dans la seconde moitié du XXe siècle, les golliwogs commencent à faire l’objet d’une controverse en raison du stéréotype raciste qu’ils véhiculent. Depuis les années 1960, le changement d’attitude social et politique envers la question raciale réduit leur popularité.
Une Mammy, ou Mammie, est un stéréotype du Sud des États-Unis représentant une femme noire âgée et grosse,  gouvernante ou nounou des enfants d’une famille généralement blanche (photo de gauche). C’est une figure idéalisée de la mère noire de substitution : aimable, loyale, maternelle, asexuée, illettrée, douce, docile et soumise. Dévouée uniquement à sa famille blanche, elle néglige sa propre famille et n’a pas d’amis noirs. Un des premiers personnages de fiction de Mammy est tante Chloé dans « La case de l’oncle Tom », publié en 1852. Le contexte du personnage de Mammy est en effet l’esclavage aux États-Unis : les esclaves africaines-américaines avaient le statut de travailleuse domestique dans les foyers américains blancs. Cependant, bien qu’il soit né avec l’esclavage, le personnage de Mammy atteint son apogée durant la période ultérieure de la reconstruction, joue pour les états du Sud un rôle dans les efforts révisionnistes de réinterprétation et de légitimation de l’héritage esclavagiste et de l’oppression raciale, et perdure au XXe siècle. Son historicité est discutée : les archives font état de servantes adolescentes ou jeunes adultes avec une espérance de vie de 34 ans. Ceci n’empêche pas l’image romancée de la Mammy de subsister dans l’imaginaire populaire de l’Amérique moderne, à l’origine de personnages de fiction bonnes soignantes et éducatrices, altruistes, fortes et soutenantes, seconds rôles de protagonistes blancs.
Enfin, Aunt Jemima (Tante Jemima) est une marque commerciale de farine à crêpe, de sirop et autres produits pour le petit déjeuner actuellement possédée par la Quaker Oats Company, existant depuis 1893 (photo de droite). Inspiré par la chanson de vaudeville et minstrel show de Billy Kersands « Old Aunt Jemima » écrite en 1875, le personnage désigne une femme noire amicale, obséquieuse, soumise, agissant en protectrice des intérêts des blancs. Des artistes africains-américains et des femmes telles que Betye Saar se sont intéressées au stéréotype de Aunt Jemima, pour déconstruire ce personnage, allégorie selon elles de la soumission de la bonne domestique noire à ses maîtres blancs.

Au début du XXe siècle, des voix s’élèvent contre ces caricatures, pour promouvoir par le biais des poupées la fierté et l’amour de la condition de noir. Madame Mack écrit dans une lettre au « Half-century magazine » : « Les blancs ne remplissent pas leurs maisons de photos de gens de couleur… Ils recouvrent leurs murs de photos de gens de leur race. Quand parfois apparaît une personne de couleur, elle tient généralement un rôle ridicule ou effectue des tâches subalternes… Actuellement, sur toutes les photos que j’ai au mur figurent des gens de couleur, et je n’autorise pas chez moi de photo ridicule d’une personne de couleur… J’ai acheté de jolies poupées noires à mes enfants pour qu’ils apprennent à aimer et à respecter les héros et les beautés de leur couleur ». Marcus Garvey, fondateur de l’UNIA (Universal Negro Improvement Association and African Communities League), association universelle pour l’amélioration de la condition noire, déclare dans les années 1920 : « Mères, donnez à vos enfants des poupées qui leur ressemblent pour qu’ils jouent avec et les cajolent, pour qu’ils apprennent en grandissant à aimer leurs propres enfants et à s’en occuper… ».

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La poupée objet de fierté

Ces poupées, elles existent. Loin de la vision dévalorisante des minstrels et des golliwogs, les « black dolls » conçues dans leur immense majorité entre 1840 et 1940 par des africaines-américaines pour leurs enfants ou pour ceux qu’elles gardaient sont des objets politiques et artistiques : ils portent en eux l’histoire de la mise en esclavage d’une partie du continent africain et révèlent l’amour pour l’enfant noir qui va accueillir la poupée ; ils traduisent une esthétique propre enracinée dans les traditions africaines-américaines et parfois africaines. Deux cents d’entre elles ont été rassemblées dans la collection Deborah Neff, et exposées du 23 février au 20 mai 2018 à la Maison Rouge à Paris (photos).

L’exposition était accompagnée de photographies, provenant pour la plupart d’albums de famille. Certaines d’entre elles, troublantes car la poupée est une représentation de l’adulte que l’enfant va devenir, montrent un enfant blanc tenant une poupée noire (photo de gauche) et un groupe d’enfants noirs avec des poupées blanches (photo de droite).

Selon Deborah Neff, la première peut s’expliquer par le fait que les nourrices noires, ayant élevé des enfants de familles blanches et riches pendant des générations, leur confectionnent des poupées noires. La deuxième est d’autant plus surprenante qu’elle est rare : dans l’iconographie dominante, les enfants noirs sont généralement présentés comme des bizarreries ; de plus, une thèse répandue veut que les enfants noirs n’étaient pas autorisés à jouer avec les poupées blanches dans les plantations. On peut imaginer que les poupées blanches aient été prêtées aux enfants des nounous par les enfants blancs de la famille dont elles s’occupaient, ou qu’elles leur aient été confiées pour les préparer à leur futur rôle de nourrice d’enfant blanc.

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La poupée « topsy-turvy »

Dans le prolongement de ces questions, on peut s’interroger sur le statut des « topsy-turvy » (sens dessus dessous ou réversible), ou « twinning » (jumelée), ces poupées à deux corps en tissu ou en bois (photos) fabriquées par des femmes esclaves pour les enfants blancs dont elles avaient la charge.

Toujours selon Deborah Neff, il existe deux thèses contradictoires sur l’origine de ces poupées réversibles : comme il était interdit aux enfants noirs de jouer avec des poupées blanches, si quelqu’un venait ils retournaient la poupée et la tête blanche était recouverte par la jupe ; au contraire, il était  interdit aux enfants noirs de jouer avec des poupées noires, et ils retournaient la poupée dans l’autre sens. Une troisième thèse affirme que ces poupées étaient destinées à préparer les jeunes filles noires à leur futur double rôle de mère d’enfants noirs et de nourrice d’enfants blancs. Une quatrième thèse qu’elles étaient faites pour des enfants blancs, représentant la mère d’un côté et la nourrice de l’autre. Une cinquième thèse prétend qu’elles descendent des poupées allemandes « hex » de Pennsylvanie, qui n’étaient pas associées aux enfants ou au jeu, servaient à jeter des sorts ou guérir des verrues, et possédaient une tête humaine et une tête de cochon (photo)…

Selon Patricia Williams, professeure de droit à la Columbia University, ces poupées expriment une longue histoire de viols et de métissage : « Les topsy-turvy peuvent être interprétées comme une riposte muette au lexique juridique qui distinguait les femmes blanches en êtres humains et les femmes noires en biens matériels, lexique qui accordait la citoyenneté à la progéniture née de l’union des hommes blancs avec des femmes blanches mais considérait comme un bien jetable et vendable le « produit » du coït entre des hommes blancs et des femmes noires. »

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Poupées exotiques de fabrication européenne

De l’autre côté de l’Atlantique, c’est la colonisation qui favorisa l’émergence, par le contact conflictuel avec d’autres cultures, de poupées de type africain, asiatique ou métis. L’Angleterre en particulier, pays à vocation maritime, et la France, qui possédait le plus grand territoire colonial en Afrique, furent en contact étroit avec les gens de couleur du Monde entier. Le dernier quart du XIXe siècle, par la conjonction du fait colonial et de l’établissement d’une industrie de fabrication de poupées en France et en Allemagne, vit l’apparition des premiers modèles de poupées exotiques. Au début, il s’agissait de poupées européennes dont on peignait le visage et le corps d’une certaine couleur. Elles furent ensuite spécialement moulées. Afin de satisfaire les demandes coloniales et occidentales, y compris aux  États-Unis où il existait une forte population noire issue de l’esclavage, le phénomène s’amplifia au cours des décennies suivantes, et l’on vit surgir de très nombreuses poupées de toutes couleurs et de tous pays, de la petite chinoise aux yeux bridés au bébé africain d’un noir d’ébène, en passant par la petite indienne à la peau cuivrée.

Poupées et bébés noirs fabriqués en Allemagne

Les principales firmes allemandes produisirent des poupées exotiques, dont de nombreux modèles de poupées noires. Simon & Halbig (photos de gauche et du centre) créèrent une série intitulée « poupées de quatre races », qui comportait de beaux modèles devenus célèbres. Kestner teinta en marron une de ses poupées de caractère à succès, Hilda (photo de droite). Dans le dernier catalogue de cette maison qui ferma en 1932 ne figuraient plus que quatre poupées noires. Citons encore les firmes Heubach Köppelsdorf, Schœnau & Hoffmeister et sa célèbre Hanna, Motschmann, A. Schmidt, Kœnig & Wernicke, Nippes, et Schildkröt.

Avec l’arrivée des poupées de caractère vers 1910, les bébés connurent un véritable engouement. Armand Marseille plongea ses bébés dans un bain de teinture noire (Dream baby, photo de gauche). Kämmer & Reinhardt fit de même avec son « Kaiser baby » (photo de droite).

Pour son Black Sambo (photo de gauche), Heubach Köppelsdorf fabriqua un moule spécial. Ce bébé avait les lobes percés et portait des boucles d’oreille. La même forme a été donnée à une poupée noire dont les cheveux étaient tressés. Ce même fabricant produisit un bébé noir rieur à dents moulées, boucles d’oreilles et anneau au nez (photo de droite).

Les deux bébés de Heubach Köppelsdorf et le Dream baby étaient vendus soit sous forme teintée au moyen d’une couleur mélangée à de la pâte de porcelaine, soit peints après cuisson, technique moins onéreuse qui donnait une teinte plus foncée et une surface plus lisse. August Reich, ainsi que Recknagel, fabriquèrent une variante du Dream baby. Kestner produisit une version noire de son Bye-lo-baby.

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Poupées et bébés noirs fabriqués en France

En France, la plupart des poupées et bébés noirs utilisaient les mêmes moulages de fabrication que ceux des bébés blancs, qui étaient ensuite teints en marron, les lèvres étant épaissies au pinceau. Les poupées noires, plus faciles à maquiller et à coiffer, revenaient moins cher, leur prix actuel plus élevé s’expliquant par leur rareté. Apparemment, la SFBJ a produit en marron plusieurs de ses bébés caractère, qui ont été dispersés et sont devenus très recherchés (photos).

Les firmes fabriquèrent aussi des poupées à l’image des habitants des colonies d’outre-mer, à l’instar de Denamur qui produisit des petites poupées censées représenter des antillaises (photos).

Les français ne fabriquaient cependant pas que des poupées noires aux traits européens, ils produisaient parfois des poupées exotiques spécialement moulées. Parmi les autres fabricants français de poupées noires, citons les deux célèbres compagnies Jumeau (photo de gauche) et Léon Casimir Bru (photo du centre), ainsi que Danel & Cie (photo de droite).

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Les poupées noires après 1945 : le virage post-colonial

Après la seconde guerre mondiale et la vague de décolonisations qui s’ensuivit, l’attitude des occidentaux envers les ex-colonisés évolua : en leur reconnaissant une aspiration à l’égalité, ainsi qu’un droit à disposer de leur destin par l’accession à l’indépendance, il leur fallait peu à peu renoncer à certaines caricatures discriminantes. Les poupées n’échappèrent pas à ce mouvement, et l’on vit apparaître sur le marché des modèles ayant perdu leur caractère exotique perçu comme péjoratif au profit de représentations plus naturelles et plus conformes à l’anatomie des populations concernées. Deux grandes entreprises de fabrication de poupées, Käthe Kruse en Allemagne (voir Les artistes en poupées pionniers) et Petitcollin en France illustrent ce phénomène. Ci-dessous, photo de gauche : Nola la petite africaine de Käthe Kruse ; photo de droite : Minouche Mona et son baigneur de Petitcollin, créée en collaboration avec l’artiste autrichienne Sylvia Natterer.

Une autre grande entreprise de poupées européenne, la société britannique Pedigree, fabrique des poupées et bébés noirs « anatomiquement corrects » dès les années 1950 (photos).

L’influence des droits civiques aux États-Unis

Aux États-Unis, c’est le mouvement des droits civiques (1954-1968), visant à établir une réelle égalité de droits pour les noirs américains en abolissant la législation instaurant la ségrégation raciale, qui favorise l’apparition de poupées noires non caricaturales. Quatre entreprises sont bien établies sur ce marché. La grande compagnie Effanbee, dont la devise est « les poupées qui touchent votre cœur », et qui inclut dans sa gamme des poupées noires depuis les années 1910, prend le virage « anatomiquement correct » dans les années 1960 (photo de gauche). Shindana Toys, fondée en 1968 par Robert Hall, membre du congrès pour l’égalité raciale, est une des premières entreprises centrées sur la production de poupées anatomiquement correctes, dont les noms sont par ailleurs africains (Zuri, photo du centre). Terri Lee Dolls, qui introduit dans son catalogue des poupées noires en plastique dès l’année de sa fondation en 1947, produit des poupées anatomiquement correctes avant sa fermeture en 1962 (photo de droite).

Madame Alexander, compagnie historique fondée par Beatrice Alexander en 1923 à New York, produit des bébés, des poupées, des mannequins et des éditions limitées. Elle introduit des poupées noires dans ses collections dès 1970 (photos).

À peu près à la même époque que Shindana, une entrepreneure et éducatrice africaine-américaine du nom de Beatrice Wright Brewington fonde la B. Wright Toy Company à New York, qui produit une autre gamme de poupées anatomiquement correctes de diverses régions du Monde appelée « Ethnic people dolls » (photo de gauche). Dans leur sillon, des entreprises telles que Remco fabriquent des gammes de poupées noires, comme sa série « Brown eye » (photo de droite), à la fin des années 1960 et au début des années 1970.

Shindana et B. Wright vendent leurs moules à Totsy Toys et se retirent du marché au milieu des années 1980, mais d’autres entreprises comme Keisha Dolls et Golden Ribbon reprennent le flambeau.

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Barbie et les poupées américaines à vocation humaniste

Les émeutes raciales du quartier de Watts à Los Angeles en 1965 ont donné à Mattel, la société créatrice de la mythique Barbie, l’occasion de franchir une nouvelle étape dans la prise en compte des problématiques de la population africaine-américaine par les fabricants de poupées. Ces émeutes ont causé la mort de 34 personnes, des incendies et la destruction de 40 millions de dollars de biens matériels, dont certains tout proches du siège de Mattel. Dans le but de tendre la main à la communauté, la société contribue au projet « Operation bootstrap Inc. » de création de plusieurs entreprises gérées par des noirs, dont Shindana Toys (voir plus haut). Au-delà de la réalisation de poupées anatomiquement correctes ayant des prénoms africains, Shindana a pour but clairement affiché la promotion de la fierté africaine-américaine. C’est le moment que choisit Mattel pour sortir sa première poupée noire, Francie, en 1967, puis Christie (photo de gauche), en 1968, faite d’après un moule modifié de Midge, l’amie de Barbie. Ce n’est toutefois qu’en 1980 que Mattel ose produire la première version noire de Barbie (photo de droite).