DollArtBarcelona 2020, une exposition libre et chaleureuse


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Introduction

La quatrième édition de ce salon international de poupées d’artistes s’est tenue au Cercle Artistique Royal (Reial Cercle Artístic en catalan) de Barcelone du 2 au 4 octobre 2020. Malgré l’absence de certaines artistes et les restrictions d’accès dues à la Covid-19, cette manifestation a été un succès. Ce fut l’occasion d’échanges passionnés dans une atmosphère chaleureuse et libre, laissant aux artistes le loisir d’aller et venir sans être obligées de rester fixées à leur stand, la dynamique organisatrice Elena Kantur s’occupant de l’accueil du public et de la gestion des ventes en leur absence.

Le Reial Cercle Artístic

Cette institution, qui bénéficie du titre « Royal » depuis un décret du Roi Alphonse XIII (dont la signature figure sur le livre d’or du Cercle) de 1917, a joué un rôle majeur dans l’histoire de l’art en Espagne. De fait, le Cercle entretient d’excellentes relations avec la Maison Royale depuis 1906, date à laquelle l’artiste Carlos Vásquez y réalisa un portrait du Roi. Avant d’accueillir des artistes peintres prestigieux tels qu’Eliseo Meifrén, Modest Urgell, Joaquim Mir, Ramón Casas ou Isidre Nonell, le Cercle était une simple association qui réunissait étudiants et amateurs d’art.
Il abrite aujourd’hui une école d’art, une salle de théâtre, et héberge des expositions, conférences, tables rondes et concerts. Quelques événements prestigieux marquent son histoire : l’organisation de la section Beaux-Arts de l’Exposition Universelle de 1888 de Barcelone ; l’exposition d’art de 1918 ; le concours « Barcelone vu par ses artistes » de 1931 ; l’exposition de nus de 1933. Des festivités culturelles y sont données, comme des bals masqués, des célébrations de Noël, des soirées de gala ou les processions de la Mercè, données en l’honneur de la Mare de Déu de la Mercè (Notre-Dame-de-Grâce), patronne du district de Barcelone. Enfin, le Cercle accueille l’Institut d’Art de Barcelone, créé en 1940 avec l’objectif de promouvoir l’art à travers l’enseignement et la recherche. L’institut offre des cours d’histoire de l’art, des ateliers sur les techniques de dessin, peinture, sculpture, céramique, impression, photographie et restauration, et des séminaires sur les divers aspects de la représentation comme la perception, la perspective, la forme, la couleur, l’harmonie ou la beauté.
L’origine du Cercle remonte à mai 1881, lorsque son emblème fut choisi et ses statuts rédigés, visant à la promotion des Beaux-Arts dans toutes ses manifestations. Tout au long de son histoire, le cercle a possédé divers sièges dans la capitale catalane, jusqu’à occuper au début des années 1970 un bâtiment de la fin du XIVe siècle restauré, situé près de la place de la cathédrale. Connu comme le Palais Pignatelli, il jouxte la Maison Bassols du XVIe siècle, rénovée par l’architecte Josep Fontserè i Domènech au début du XIXe siècle avec de nombreuses fenêtres gothiques et bas-reliefs Renaissance (photo ci-dessous).


                                                        © Travel Notes

L’organisatrice Elena Kantur

L’âme de DollArtBarcelona, c’est elle (photo ci-dessous). Ukrainienne vivant à Barcelone depuis plus de six ans, Elena Kantur était dans une autre vie directrice commerciale dans les télécommunications à Kievstar, Datagroup puis UkrTelecom jusqu’en 2010. Elle élève ensuite ses deux filles et se met à fabriquer des poupées en 2013, reprenant ainsi une activité qu’elle affectionne depuis l’enfance. 2014 est une année charnière, puisqu’elle commence à vendre ses poupées et s’installe à Barcelone, en raison des événements politiques en Ukraine marqués par la fin des idéaux de la révolution orange.
La genèse de DollArtBarcelona est une conversation en janvier 2017 entre Elena et son amie Ksenia Chalaya, décoratrice et fleuriste, dans l’atelier de cette dernière, Floratelie. Elles discutaient de la journée internationale des fabricants de poupées qui a lieu le 21 mars, et eurent l'idée d’organiser un salon de poupées à cette occasion. Le projet est mis sur pied en deux mois et la première édition de DollArtBarcelona voit le jour en mars 2017 sous le nom « Las muñecas tan differentes » (des poupées si différentes), avec la présence de 15 artistes et la réalisation d’une vente.
Au vu du succès de cette manifestation, les deux femmes décident d’en faire une édition annuelle dans un esprit de galerie, où les artistes peuvent circuler librement sans être rivées à un stand. Lors d’une discussion au salon de poupées de Prague avec deux amies artistes ukrainiennes, Irina Zhmurenko et Juliet Pelukh, la décision est prise d’organiser un concours de poupées pour la quatrième édition de DollArtBarcelona en 2020, ce qui sera fait sur le thème  « Ma mer ».


                                                       © Mila Belyaeva

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Une sélection d’artistes

Nous avons choisi d’illustrer dans cette sélection l’originalité de la production exposée au salon.

Elena Glinina

Née en Russie en 1975, cette artiste élevée à Moscou vit aujourd’hui à Barcelone. Elle réalise de belles poupées non articulées en tissu, en sculptant de la nappe pour ouatinage (« batting ») au moyen d’aiguilles de feutrage. Elena expérimente également d’autres techniques : Flumo, impression 3D. Passionnée de gymnastique rythmique, elle représente souvent avec une justesse remarquable des gymnastes célèbres en action telles que Yana Kudryavtseva, vêtues de justaucorps en coton et soie qu’elle confectionne elle-même. Son autre passion est le patinage artistique. Elle crée sa première poupée en 2014, qui vit aujourd’hui à Londres.
Tout d’abord autodidacte, elle finit par suivre des cours en ligne avec la célèbre artiste américaine Lisa Lichtenfels, à laquelle elle emprunte sa technique : fabrication d’un squelette métallique, réalisation des os en styrofoam, sculpture de la musculature en nappe pour ouatinage, étirement de deux couches de tissu semi-transparent pour la peau. Les yeux sont en argile peinte à l'acrylique couverts de vernis imitant le verre, ou en perles de verre. Les cheveux, qu’elle teint parfois, ainsi que les cils, sont en poil de chèvre naturel.
Il y a 18 ans, Elena rêve une nuit d’un endroit bien à elle empli de poupées. En se réveillant, elle fait une recherche sur internet, découvre les poupées d’art et décide que c’est ce qu’elle veut faire. Elle se rend à Moscou pour prendre des cours de fabrication de poupées en argile polymère avec Nadezhda Gensitskaya. Mais elle n’aime pas le contact de l’argile et son autre matériau de travail, le super sculpey, est cher. Elena abandonne un temps les poupées pour élever ses enfants.
Elle fait plus tard dans des livres américains une autre découverte, les poupées en tissu. Son travail avec Lisa Lichtenfels lui permet d’atteindre le degré de réalisme qu’elle recherche dans ses poupées. Elena sculpte aussi des portraits sur commande à partir de photos.
Ses projets : réaliser un écorché en tissu, ainsi qu’une poupée avec laquelle les enfants puissent jouer. Le public peut voir ses œuvres sur sa page Facebook et sur son compte Instagram. Ci-dessous, trois poupées réalisées avec la même technique : armature métallique pour le squelette, ouate synthétique pour les muscles, tissu extensible pour la peau, crâne en styrofoam, cheveux naturels humains ou en poil de chèvre, yeux en perles de plastique peintes à l’acrylique, vêtements en lycra et velours avec cristaux Swarovski. Ci-dessous, de gauche à droite : Margarita, gymnaste au cerceau, 50 cm, 2019 ; Alexandra, gymnaste au ruban, 40 cm, 2018 ; gymnaste à la balle, 67 cm, 2017.


  © Elena Glinina                        © Elena Glinina                    © Elena Glinina

Larisa Davletshina

« Keep it simple » (Faire simple) est la devise de cette artiste russe qui fabrique des poupées statiques en papier mâché. Mais ne nous y trompons pas : simplicité n’est pas facilité, bien au contraire. Le dépouillement de ses créations n’est obtenu qu’au prix d’un travail opiniâtre, qui plus est sur un matériau, le papier mâché, connu pour être exigeant, bien que naturel. Les vêtements en coton, confectionnés par l’artiste elle-même, sont collés sur le corps de la poupée dans un mouvement harmonieux.
Clowns, sirènes, lapins, princesses : ses sujets sont variés mais manifestent les mêmes sentiments. De la sirène perplexe devant une paire de bas (photo de gauche ci-dessous) au clown amoureux offrant son cœur (photo de droite ci-dessous), ils expriment tous tendresse et humour.


                  © Larisa Davletshina                           © Larisa Davletshina

Née à Ufa (Russie) en 1971, Larisa est élevée dans cette ville puis à Moscou, avant de s’installer à Barcelone il y a quelques années. Elle pratique les arts plastiques (dessin, peinture) depuis l’enfance, mais ne fabrique des poupées que depuis deux ans, dont la qualité et la maturité sont déjà bien affirmées. Marquée par une master class avec l’artiste russe originaire de Kazan Maria Kolegova (studio AnyaManya), elle poursuit son apprentissage en autodidacte.
Comme pour beaucoup d’artistes, les événements de la vie sont sa source d’inspiration. Elle revendique en outre l’influence du couple de créateurs russes Anastasiya et Sergey Lutsenko.
Chaque poupée commence par un dessin. Cependant, le résultat diffère souvent de l’idée initiale, ce qui ne cesse de l’étonner : un pêcheur devient clown, comme si les poupées, échappant à leur créatrice, vivaient d’elles-mêmes. Larisa réalise d’abord le corps, puis la tête et enfin les membres. Le corps est couvert de papier collé avant de confectionner les vêtements en coton et de les coller sur le corps. Les cheveux sont en poil de chèvre teint par l’artiste pour obtenir les couleurs exactes désirées.
Outre la fabrication de poupées, Larisa pratique activement le dessin, la peinture à l’huile figurative et la sculpture. Elle étudie actuellement à l’Académie des Arts de Barcelone, donne des cours d’art plastique et vend ses peintures. Comment s’étonner devant un tel engagement que Larisa entende devenir une artiste professionnelle reconnue ?


              © Larisa Davletshina                            © Larisa Davletshina

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Julia Garmashova

Une fois n’est pas coutume, nous allons parler d’ours en peluche. Julia Garmashova est une artiste prometteuse qui crée des ours aboutis après seulement un an de pratique. Née à Sotchi (Russie) en 1977, elle y grandit et vit aujourd’hui à Barcelone.
Ses ours sont réalisés en viscose et mohair d’Allemagne, bourrés à la sciure de bois et lestés de granulés minéraux. Ils possèdent cinq articulations à disque aux épaules, aux hanches et au cou, des gueules peintes à l’huile et des yeux en verre. Elle confectionne elle-même de charmantes tenues en coton et soie.
Julia a appris à fabriquer des ours en peluche à l’aide de cours en ligne et de magazines. Elle a commencé par peindre des ours avant de les réaliser en trois dimensions. Son influence revendiquée est le travail de la créatrice d’ours ukrainienne Elena Moshkina.
Chaque ourson commence par un dessin, plusieurs s’il s’agit de séries que Julia affectionne particulièrement (photo ci-dessous). Les ours, cousus à la main, sont surtout différenciés par le traitement des gueules : longueur du museau, rapprochement des yeux, peinture des traits.


                                                    © Julia Garmashova

Julia aime pratiquer la peinture et envisage, pourquoi pas, de fabriquer un jour des poupées. Elle souhaite à l’avenir participer à d’autres salons, sa première expérience à DollArtBarcelona 2020 s’étant révélée très intéressante.
Elle se souvient avec amusement de son premier ours en denim, qu’elle trouve très laid mais qu’elle aime beaucoup et conserve précieusement. Ci-dessous, de gauche à droite : Ivy, août 2020 ; Teodor, juillet 2020 ; Leo, juin 2020.


   © Julia Garmashova          © Julia Garmashova          © Julia Garmashova

Elena Kantur

L’organisatrice de DollArtBarcelona (voir plus haut) est aussi une artiste en poupées confirmée. Certaines de ses créations délicates au regard interrogateur (photos ci-dessous, « Irriel » à gauche et « Nora » à droite, toutes deux produites en 2020) font penser au travail du célèbre artiste russe Michael Zajkov, qu’Elena affectionne particulièrement.


                  © Mila Belyaeva                                      © Mila Belyaeva

D’autres flirtent avec un réalisme étonnant (Audrey Hepburn, 2020, photo de gauche ci-dessous) ou un humour décapant (Fifi Brindacier, 2019, photo de droite ci-dessous).


                         © Mila Belyaeva                                    © Modna Lyalka

Née à Kiev (Ukraine) en 1983, Elena grandit dans cette ville et s’installe avec sa famille à Barcelone en 2014. Pendant son enfance, elle habille des poupées avec les chutes de tissu qui lui tombent sous la main. À l’âge de 11 ans, on lui offre une petite poupée en polymère et elle lui fabrique une « amie » articulée.
Entièrement autodidacte, sans aucun influence revendiquée, elle confesse en riant être motivée par l’argent. Elle souhaite étendre la renommée de DollArtBarcelona aux niveaux national et international, tout en conservant l’esprit libre et intime du salon.
Elena crée des poupées OOAK qu’elle sculpte directement dans le Cernit. Elle avoue ne pas aimer réaliser les jambes, les parties du corps qui retiennent sa préférence étant les visages et les mains. Ses créations ne sont pas articulées, mais peuvent changer de position grâce à la présence de fils métalliques dans les membres. Les cheveux, qu’elle teint parfois, sont en angora, ou en poil de lama ou de chèvre. Elle confectionne les vêtements de ses poupées avec du coton et de la dentelle anciens, parfois chinés au marché aux puces « Los incantes » de Barcelone. Elle produit des poupées professionnellement depuis 2014, au rythme d’une quarantaine par an. Elle pratiquait la peinture et la mosaïque, mais se consacre aujourd’hui entièrement aux poupées.
Elena organise régulièrement des stages de fabrication de poupées en argile polymère au Cercle Artistique Royal. Membre de l’Association Ukrainienne des Arts Appliqués, elle a pour objectifs d’améliorer ses techniques de sculpture et de couture, et d’apprendre à réaliser des BJD.

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Yaki Chacón

Cette artiste colombienne travaille avec un matériau original, le caoutchouc eva. Elle utilise les propriétés thermoformables de cette matière pour mettre en forme ses poupées statiques et leurs vêtements. Il en résulte de délicieuses créatures à la mine espiègle et aux tenues pastel colorées. Ci-dessous, de gauche à droite : « Matilda », 35 cm, 2018 ; « Milán », 38 cm, 2018.


                      © Yaki Chacón                                          © Yaki Chacón

Née à Bucaramanga (Colombie) en 1975, Jackeline (Yaki) Chacón grandit dans cette même ville et vit aujourd’hui à Madrid. La première poupée qu’elle réalise est un clown. Yaki se souvient qu’à cette occasion, elle montre sa poupée dans une émission de télévision, reçoit de très nombreux appels et une soixantaine de demandes de cours, qu’elle assure. Il y a une quinzaine d’années de cela, elle fabriquait des poupées en tissu. Puis, à l’occasion d’ateliers en ligne avec différents artistes, elle se met au caoutchouc eva.
Yaki n’avoue comme sources d’inspiration revendiquées que les photos d’autres poupées et sa propre imagination.
Sur le plan technique, elle travaille à partir de feuilles de caoutchouc eva qu’elle chauffe au fer à repasser et au chalumeau afin de les mettre en forme pour représenter les différentes parties du corps, ainsi que les vêtements. La coloration corporelle et le maquillage sont réalisés à l’aide de peintures translucides acryliques et à l’huile. Les cheveux sont en feutre teint.
Outre la fabrication de poupées, Yaki pratique la peinture. À l’avenir, elle souhaite enseigner et rêve d’ouvrir une boutique ou une galerie de poupées. Ci-dessous, de gauche à droite : « Fiorella », 35 cm, 2020 ; « Thomas le danseur », 40 cm, 2017.


            © Yaki Chacón                                        © Yaki Chacón

Anzhela Kavalevich

Cette artiste nous vient de Biélorussie, où elle est née à Grodna en 1974. Elle grandit à Minsk, la capitale, et devient psychologue, avant de s’installer à Barcelone en 2018. C’est à cette occasion qu’elle commence à fabriquer des animaux et des poupées pour s’occuper. Après seulement deux ans de pratique, cette créatrice prometteuse propose de ravissantes poupées en coton cousues à la machine (photos ci-dessous) et de charmants chiens et chats réalisés au crochet et couverts de poils en mohair. Poupées et animaux sont articulés avec du fil métallique ou dentaire.

© Anzhela Kavalevich  © Anzhela Kavalevich        © Anzhela Kavalevich

Anzhela suit quelques master classes en ligne avant de poursuivre en autodidacte. Elle puise son inspiration dans les poupées d’autres artistes en général, et dans le travail de la créatrice russe Irina Niminushchaya en particulier.
Sur le plan technique, Anzhela achète et adapte des patrons, qu’elle emplit avec des fibres de rembourrage creuses, avant de procéder à la peinture et au maquillage acryliques. Les poils en mohair, déjà teints, subissent un shampoing et un après-shampoing.
Poursuivant le rêve d’un chat qu’elle voulait tricoter et qu’elle a réalisé à son réveil, Anzhela souhaite à l’avenir étendre sa palette d’animaux et apprendre à fabriquer des poupées en argile polymère. Ci-dessous, animaux au crochet.


   © Anzhela Kavalevich    © Anzhela Kavalevich     © Anzhela Kavalevich

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Concours et prix du public

En marge de l’exposition étaient organisés un concours de poupées sur le thème « Ma mer » (photo ci-dessous), arbitré par un jury de sept personnalités, et un vote de la poupée préférée du public.


                                                   © Mila Belyaeva

39 artistes participaient au concours, doté d’un premier prix de 500 €. Le jury était composé de : Irina Zhmurenko, organisatrice du concours, artiste en poupées de porcelaine, membre de la GDS (Global Doll Society) et de la British Puppeteers Association, multiple lauréate de compétitions internationales ; Josep Felix Bentz, président en exercice du Cercle Artistique Royal ; Svetlana Solntseva, responsable des relations publiques de Cercle et co-organisatrice de la quatrième édition de DollArtBarcelona ; Juliet Pelukh, artiste en poupées, membre du NIADA (National Institute of American Doll Artists) ; Elena Glinina, artiste en poupées (voir plus haut) ; Maria Kolegova et Anna Gigorieva, artistes en poupées (duo AnyaManya).
Le premier prix du concours a été attribué à Julia Zyubyairova (Japon) pour « Spring sea » (photo de gauche ci-dessous). Les deuxième et troisième prix (photos du centre et de droite ci-dessous) revenaient respectivement à Vera Zhukovskaya (Russie) pour « Whistle of the fish » et à Alla Lukianova (Canada) pour « Lily sea ».


       © Mila Belyaeva                © Mila Belyaeva                © Mila Belyaeva

Le prix du public a été attribué à Olga Cherny et Milena Kolomiets pour « The sea of love » (photo ci-dessous).


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Les femmes qui ont changé le monde de la poupée jouet


                                                           © Calisphere

De tous temps, les petites filles ont joué à la poupée : des simples figurines d’argile de la préhistoire aux jouets interactifs d’aujourd’hui, les représentations tridimensionnelles d’êtres humains ont toujours été partie intégrante de l’enfance. Si la façon de jouer à la poupée n’a pas beaucoup évolué au cours des siècles, il en va tout autrement des poupées elles-mêmes. Et bien que les nouvelles idées, conceptions et réalisations technologiques de nombreux hommes aient transformé ce domaine, quelques uns des plus importants changements ont été accomplis par des femmes.
Autrefois, les poupées étaient le plus souvent fabriquées à la maison, à partir de matériaux facilement disponibles : bois, tissu, cuir, voire pommes séchées ou épis de maïs. Mais dès le XIVe siècle, les familles aisées ont été en mesure d’acheter des poupées pour jouer à leurs enfants, qui représentaient des adultes en tenues recherchées. Car les poupées, jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, étaient habillées comme des petits adultes, à l’instar des enfants. C’est seulement après qu’apparaîtront les poupées enfants, qui resteront rares encore pendant un siècle.
Les premiers fabricants de poupées connus étaient un couple d’allemands nommé Otto et Mess, enregistré en 1465. Nous ne savons rien de leur production, mais des dessins et des gravures de la fin du XVe siècle attestent de la sculpture et de l’articulation de poupées en bois (photo ci-dessous).

Au milieu du XIXe siècle, des fabricants produisaient de belles et précieuses poupées commerciales en porcelaine émaillée, porcelaine ou cire. Convoitées par toutes les petites filles mais accessibles seulement aux familles les plus fortunées, elles étaient élégamment habillées de robes de soie brillantes et de grandes capes en velours lisse, avec de longs cheveux naturels et doux et de lumineux yeux en verre. Souvent conçues pour être exposées -sur une table à thé, un buffet ou un chariot- ou jouées avec de grandes précautions, en raison de leur poids et de leur fragilité, leurs constructeurs portaient des noms prestigieux tels que Jumeau, Bru, en France ou Armand Marseille, Kammer & Reinhardt, en Allemagne.
Des entreprises de poupées prospères étaient parfois fondées par des femmes, telles que Madame Huret, créatrice française de magnifiques poupées de mode (photo de gauche ci-dessous), ou Augusta Montanari  et Lucy Peck, fabricants de poupées de cire (photo de droite ci-dessous) en Angleterre. Mais le secteur était généralement tenu par des hommes, qui de ce fait dictaient la manière de jouer des petites filles au XIXe siècle, et continueront à le faire au XXe siècle.


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Cependant, à la maison, les mères régentaient le jeu. Dans bien des foyers, ce sont les femmes qui confectionnaient les poupées pour le jeu des petites filles, à partir de matériaux tirés de leurs paniers de travail, habituellement des chutes de tissu et de laine. Les mères regardaient leurs enfants jouer, même dans les familles aisées, et avaient tout le loisir de noter les inventions et les poupées préférées de leur progéniture. De sorte que, le temps aidant, les femmes commencèrent à influencer tout naturellement la fabrication commerciale des poupées.
Ces femmes, pour la plupart des mères, se sont rebellées contre la préciosité et le luxe des poupées produites par les hommes, en cherchant à en proposer qui plaisent vraiment -et soit financièrement accessibles- aux petites filles issues de tous les milieux sociaux, des poupées pour jouer avec cœur, à aimer tendrement. Des femmes comme l’américaine Izannah Walker, menuisière expérimentée, dépositaire d’un brevet de poupée à corps en tissu cousu et bourré et tête rigide faite de tissu collé sur un masque sculpté, et fondatrice d’une industrie familiale de production de poupées ; l’entrepreneure américaine Martha Chase, dont les poupées en tissu, faites au début pour son amusement et celui des enfants du voisinage, débouchèrent sur une industrie artisanale prospère ; les cinq autres créatrices américaines Emma et Marietta Adams et leurs « Columbian dolls », Rose O’Neill, la mère des célèbres « Kewpies », Ella Louise Gantt Smith, créatrice des « Alabama Indestructible Dolls », Julia Jones Beecher et ses « Missionary ragbabies » en tissu ; l’allemande non conformiste Käthe Kruse, à qui le mari dit « fais les tiennes » quand sa fille aînée lui demande comme cadeau de Noël une poupée « qui ressemble aux vrais bébés » et qu’il trouve les poupées de porcelaine proposées dans les magasins de Berlin froides et rigides ; ses premières créations eurent un grand succès et conduisirent à la fondation d’une entreprise encore florissante aujourd’hui ; il y eut aussi l’artiste suisse Sasha Morgenthaler, dont le besoin obstiné de créer une poupée multiculturelle esthétique et durable aboutit à la populaire « Sasha doll », première poupée asymétrique à proportions réalistes, qui se vendra partout dans le Monde ; et la combative américaine Beatrice Alexander, fille d’immigrés d’Europe de l’Est, qui commença à fabriquer dans le Lower East Side de New York des poupées en mousseline bourrée de laine de bois représentant des infirmières de la Croix-Rouge , puis créa une entreprise qui traversa le siècle avec succès et dure encore aujourd’hui.
Ces pionnières créatives dotées d’une vision, d’une grande ambition et d’une forte détermination, repoussèrent les limites du rôle assigné aux femmes à leur époque pour renouveler le genre de la poupée. Féministes avant l’heure, elles vécurent à différentes époques, dans différents pays et contextes, mais ont toutes surmonté des obstacles techniques, financiers, sociaux et psychologiques pour satisfaire leur besoin créatif.
Des femmes contemporaines, américaines ou installées aux États-Unis, ont suivi leur trace : Ruth Handler, la mère de Barbie, qui a changé pour toujours l’univers de la poupée mannequin ; Pleasant Rowland, éducatrice, journaliste, auteure, entrepreneure et philantrope à l’origine des poupées historiques à récit American Girl, qui devinrent un phénomène dans les mondes du jouet et de l’édition ; Martha Armstrong Hand, designer chez Mattel au début des années 1960, puis artiste en poupées de porcelaine OOAK et en petites éditions limitées, très respectée dans son milieu pour la perfection de sa sculpture ; Helen Kish, élève du célèbre sculpteur Bruno Lucchesi, créatrice prolifique de délicates poupées en porcelaine reprises en vinyl par différents fabricants et par la société Kish & Company, dans le but de proposer au public des poupées moins onéreuses et plus solides, et également de la ligne multiculturelle « Girls of many lands » de la société Pleasant Company ; Sara Lee Creech, créatrice avec la sculptrice Sheila Burlingame d’une poupée africaine-américaine « anthropologiquement correcte » qui exprime la beauté et la diversité des enfant noirs ; Robin Woods, éducatrice, artiste en poupées et entrepreneure, fondatrice de la Robin Woods Inc., reconnue pour la qualité et la grande élaboration de ses vêtements de poupées, et créatrice des lignes « Camelot collection » et « Poetry of childhood » qui reflètent son amour de la littérature et du costume ; Yue-Sai Kan, chinoise installée à New York, journaliste et entrepreneure, fondatrice d’une société de cosmétiques pour femmes asiatiques et de l’entreprise « Yu-Sai Wa Wa » qui propose plus de 60 modèles de poupées en vinyl à carnation et traits asiatiques ; Lorna Miller Sands, originaire des Bahamas installée en Californie, créatrice de grandes poupées noires réalistes et expressives, en particulier des bébés, reproduits en vinyl par la société Middleton Doll Company ; Niccole Graves, radiothérapeute et entrepreneure, fondatrice de la société Trinity Design Inc., dont la vocation est de produire des poupées mannequins de collection représentant des femmes issues de minorités, en particulier de sororités africaines-américaines.
De toutes ces femmes, pionnières ou contemporaines, nous avons appris beaucoup sur les jouets, les poupées, l’art, la créativité et leurs prolongements industriels.

Sources de l’article
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Un artiste et sa muse : Joshua David McKenney et la poupée Pidgin


                                                     © Pidgin Doll

Le pidgin est un langage simplifié utilisé pour la communication entre personnes de langues maternelles différentes. C’est aussi le nom d’une poupée créée par Joshua David McKenney, artiste établi à Bushwick, quartier de l’arrondissement de Brooklyn dans la ville de New York. Interprétation moderne de la poupée de mode européenne classique, elle tire son inspiration à la fois du style urbain et de la haute couture, de l’ancien et du moderne.
Né à San Francisco, Joshua David McKenney passe son enfance en Floride puis en Pennsylvanie. Il s’installe à New York en 1999 à l’âge de 18 ans pour étudier la photographie à la Parsons School of Design. Il dessine beaucoup, surtout des femmes. « Dessiner était un exutoire pour exprimer ma part de féminité dans le milieu conservateur où j’ai été élevé », se souviendra-t’il, « et cela continue aujourd’hui ». Il entame une carrière d’illustrateur de mode et travaille pour des clients prestigieux tels qu’Elizabeth Arden, Mariah Carey, les cosmétiques Mac, Dolce & Gabbana ou La Perla.
Attiré par l’univers des poupées, des marionnettes et des mannequins depuis toujours, il s’essaye à la fabrication de petites figurines, de visages et de mains en Super Sculpey. Il avouera plus tard : « il m’a fallu longtemps, très longtemps, pour atteindre mon niveau actuel, mais je dois dire honnêtement que, à partir du moment où j’ai commencé à fabriquer des poupées, j’ai su que c’était ma vocation. Je ne suis jamais si artistiquement satisfait et stimulé que lorsque je travaille sur une poupée ». Et il ajoute : « je serai toujours illustrateur, mais en tant que fabricant de poupées je suis également sculpteur, ingénieur, maquilleur, styliste en coiffure, dessinateur de mode, marionnettiste et photographe. Pour moi, c’est l’expression artistique ultime ».
En 2008, obsédé par les BJD asiatiques, il aspire à créer la sienne. Il se procure le livre de Ryoichi Yoshida « Yoshida style ball jointed doll making guide », et en s’appuyant sur les seules images (le livre est en japonais !), il fabrique LoveChilde, sa première poupée, sculptée en terre-papier (paperclay) japonais à séchage ambiant. Satisfait du résultat, Joshua pense néanmoins que les poupées les plus intemporelles et les plus exquises sont en porcelaine.
Il se lance donc en 2009, à l’aide de guides en ligne et de tutoriels vidéo, dans la fabrication de moules en plâtre et le coulage de porcelaine, dans un atelier du quartier de Williamsburg à Brooklyn. Son premier résultat, obtenu laborieusement après plusieurs moules ratés et un tas de pièces défectueuses, est une sirène BJD à queue segmentée (photo ci-dessous).


                                                       © DeviantArt                                           

Pidgin, sa troisième tentative, est conçue en 2012 comme une poupée de mode européenne classique : tête et membres en porcelaine attachés à un corps souple posable. Après en avoir réalisé plusieurs prototypes, il la lance officiellement en octobre de la même année comme une poupée de salon de 56 cm. Elle est depuis son centre d’intérêt principal. La poupée actuelle de 40,5 cm à l’échelle 1:4, coulée intégralement en résine et complètement articulée, représente la 5e génération de moules.
Joshua conçoit et fabrique la plupart des vêtements de Pidgin. Il sculpte les accessoires à l’aide d’une imprimante 3D et les améliore à la main. Il achète les tissus et les garnitures dans le quartier des boutiques de vêtements de Brooklyn, et travaille avec une équipe de couturières et de tailleurs pour créer les tenues. Il aime aussi chiner les habits et les accessoires des poupées classiques pour les intégrer à la garde-robe de Pidgin.
Son inspiration lui vient en grande partie de deux artistes devenus des amis proches : Mel Odom, le père de Gene Marshall, et Andrew Yang, collaborateur de Robert Tonner. L’artiste russe installée au Canada Marina Bychkova a également joué un grand rôle dans sa vocation : « la première artiste en poupées moderne dont j’ai entendu parler fut Marina Bychkova, avec sa très célèbre ligne de poupées en porcelaine ‘Enchanted dolls’. Du moment où j’ai vu le caractère élaboré et vraiment impressionnant de son travail, je n’ai eu de cesse de réaliser mes propres poupées ». Il aime aussi à citer comme autres influences la féminité, la vie new yorkaise, les voyages, ses amis, Instagram, les années 1970, l’Art Nouveau, le ballet, le burlesque, les Disney classiques (en particulier « Fantasia »), le marionnettiste Jim Henson, créateur du « Muppet Show » (en particulier Piggy), la Barbie classique et la culture LGBT. Ci-dessous, la très belle « Samantha », issue de la collection de printemps 2019.


                                             © Joshua David McKenney

D’où vient ce nom de Pidgin ? Joshua explique : « Lors d’un long voyage en car de New York à Boston où habitait mon compagnon Eric, je passais le temps en faisant le portrait à l’aquarelle d’une fille originale avec un pigeon sur la tête, en pensant que ce nom d’oiseau lui irait bien. Arrivé à Boston, je donnai l’aquarelle à Eric, et nous commençâmes à imaginer à quoi pourrait ressembler une fille appelée ‘Pigeon’ : une citadine à l’esprit libre, un brin fantasque, peut-être un peu volage. Trois ans plus tard, alors que je cherchais un nom pour ma nouvelle poupée mannequin, Eric suggéra qu’elle pouvait bien être le personnage de l’aquarelle et ce fut une révélation. Nous décidâmes de remplacer ‘Pigeon’ par ‘Pidgin’, qui présente mieux visuellement tout en évoquant un moyen de communiquer mes idées artistiques et esthétiques, comme le pidgin permet la communication entre personnes d’horizons différents ».
Comment se déroule une commande de poupée OOAK personnalisée ? le client remplit un formulaire détaillé spécifiant le teint, la nature et la couleur des yeux et des cheveux, les vêtements ainsi que d’autres caractéristiques désirées. L’artiste répond par courriel pour entamer un dialogue collaboratif. Chaque poupée est livrée avec une tenue que l’on peut enlever : robe ou ensemble jupe-pantalon, bas et chaussures en résine avec lanières en ruban. Des vêtements supplémentaires (vestes, robes habillées, pantalons, shorts, chapeaux,…) sont disponibles sur demande. Le délai de livraison minimal est d’un mois, les prix dépendent des spécifications et un acompte de 50 % est exigé pour disposer d’un dessin et commencer la fabrication, le reste étant dû  avant l’expédition.
Pour ses propres créations, cela peut être beaucoup plus long. La création de la sculpture, la fabrication des moules et l’amorçage de la production prennent parfois deux ans. La sculpture des Pidgin évolue constamment : Joshua en est en 2019 à leur cinquième génération (photo ci-dessous : à gauche, Elinda ; à droite, Nyx). Une fois le coulage terminé, la personnalisation évoquée plus haut dépend de chaque poupée : il lui est arrivé de l’effectuer en une semaine, comme de travailler des mois sur la finition d’une poupée.


                                              © Joshua David McKenney

La dernière collection, celle du printemps 2019, comporte 16 poupées BJD OOAK en résine de 40,5 cm à l’échelle 1:4. Parmi toutes ces beautés, la piquante Veronique et ses taches de rousseur (photos ci-dessous).


                                             © Joshua David McKenney

2019 est aussi l’année de l’édition limitée en dix exemplaires de « Babette » (photos ci-dessous), poupée Pidgin créée spécialement pour le salon Pacific Northwest BJD expo de Seattle (Washington).


                                            © Joshua David McKenney

Une originalité, la « Pidgin Doll Chibi » : une version de Pidgin aux proportions Chibi, ce style artistique japonais représentant les personnages avec une tête et des yeux surdimensionnés. Coulée en résine et dotée de 12 points d’articulation, elle rentre dans tous les vêtements et chaussures prévus pour les poupées mannequins à l’échelle 1:12. Une édition limitée de 50 exemplaires, présentée en septembre 2019 à la Modern Doll Collectors Convention (MDCC) de San Antonio, Texas, porte la tenue illustrée ci-dessous : robe florale en coton, jaquette-cape rouge et béret bleu à pompon blanc.


                      © Pidgin Doll                          © Dutch Fashion Doll World

En 2005, un événement a défrayé la chronique aux États-Unis : le célèbre photographe américain Richard Prince expose à la Gagosian Gallery de New York des tirages de photos extraites d’Instagram sans la permission de leur auteur, et les vend 100 000 $ chacun. Prince est adepte de l’appropriation, forme d’art contemporain consistant à réemployer du matériel esthétique (photographies, images d’archives, films, vidéos, textes,…) en manipulant éventuellement la taille, la couleur, le matériel et le média de l’original. Parmi les photos exposées, celle d’une femme aux longs cheveux bleus et aux lèvres pulpeuses rouge cerise, tenant une poupée sosie en porcelaine dans la même tenue blanche (photo ci-dessous). La poupée, c’est une Pidgin, et la femme Doe Deere, directrice de la société de produits de maquillage « Lime Crime », qui pose ainsi pour promouvoir le travail de son ami Joshua David McKenney.
Suite à cet épisode, l’artiste est un peu abasourdi, mais indulgent. « Je n’en veux pas à Prince », déclare-t’il, « à bien des égards, le choix de cette image est un honneur ». Il n’envisage pas de porter plainte, espérant au contraire que cette histoire « initiera un débat sur le statut de l’art ».


                                                      © Doe Deere

Quoi qu’il en soit, cette affaire aura porté à la connaissance du grand public l’œuvre de Joshua, qui a déjà des fans célèbres : les chanteuses Grace Jones et Mariah Carey ; la stripteaseuse, mannequin, couturière et actrice Dita von Teese ; Linda Farrow, la designer de lunettes ; Taylor Swift, auteure-compositrice-interprète et actrice.
Depuis ses débuts en 2012, Pidgin a connu un certain nombre de changements : au fur et à mesure de l’amélioration du savoir-faire de son créateur, elle est devenue plus articulée et gracieuse, tout en conservant la forme de son visage. Quant à l’avenir, Joshua David McKenney le voit en grand : « j’aimerais que Pidgin imprime sa marque dans le Monde ».

Sources de l’article

 

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