La Cerisaie jouée par des poupées : une folle aventure

Avec ses 15 décors miniature et ses 80 personnages interprétés par des poupées mannequins, cette adaptation en 40 mn de spectacle par Anne-Pascale Patris de la célèbre pièce de théâtre a de quoi surprendre. La figurine d’Anton Tchekhov (photo ci-dessous, avec son teckel Quina), auteur de la pièce, accueille les visiteurs-spectateurs et raconte l’histoire de cette Cerisaie. Les voix des 12 comédiens prêtent alors la parole aux petits personnages des décors. Les visiteurs-spectateurs se déplacent de scènes en scènes, guidés par les lumières et les voix.


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Le récit se déroule en 1903. A quelques kilomètres de la frontière entre l’Ukraine et la Russie, la Cerisaie est une ancienne demeure avec un immense verger de cerisiers (photo de gauche ci-dessous, le balcon). Les propriétaires, une sœur Lioubov et son frère Gaev (photo du centre ci-dessous), aristocrates ruinés, sont amenés à la vendre aux enchères. Lopakhine (photo de droite ci-dessous, avec Lioubov), nouveau riche, fils d’un ancien serf a une solution : raser la Cerisaie pour en faire des lotissements. Lioubov et Gaev sauront-ils faire face à la situation et aux ambitions de Lopakhine ?


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Auteur de nouvelles et de pièces de théâtre, Anton Tchekhov est également médecin. Il observe ses contemporains sur lesquels il pose un regard tendre et pointu mais sans jugement. Il fait construire des écoles, des centres médicaux, des bibliothèques, met en avant les conditions catastrophiques des détenus en Sibérie. Dans son avant-dernière demeure, à Melikhovo, il est également jardinier, plante un verger de cerisiers et fait construire une petite maison pour s’isoler et écrire. Il l’appelle sa maison de poupées. A Yalta, sa demeure blanche, il écrit la Cerisaie, sa dernière pièce achevée. Il meurt emporté par la tuberculose, 6 mois après la création sur scène et les premiers succès de la Cerisaie.
Quelle est la genèse du projet ? le premier confinement imposé en France du 17 mars au 11 mai 2020 rend plus pressant le besoin de raconter des histoires. Anne-Pascale Patris constitue alors une équipe et enregistre avec elle un extrait audio du début de l’acte 1 de la Cerisaie. Des poupées mannequins aux visages repeints sont placées sur le plateau du lieu de création de la compagnie théâtrale Les Vies Denses, dont Anne-Pascale Patris est directrice artistique. Avec le soutien de jeux de lumières et d’un appareil photo, une vidéo est montée sur laquelle est alors ajoutée la bande son. Cette dernière est l’âme du récit : portée par les voix des comédiens et soutenue par une bande musicale, elle constitue le point de départ de l’aventure. Portes qui grincent, parquet qui craque, course dans les escaliers, aboiements de chiens, vaisselle qui casse ou bien cuillères s’agitant dans des tasses à café de porcelaine fine, sont autant de bruits réels qui viennent apporter la vie entre les murs de la Cerisaie.
La vidéo est diffusée, notamment sur les réseaux sociaux. A la fin du premier confinement, Anne-Pascale Patris décide de monter la Cerisaie en repoussant plus loin les limites de l’exercice. Plus de 6 400 heures de travail lui ont été nécessaires pour créer les décors, les figurines et leurs costumes. Lors du second confinement, l’extrait de la Cerisaie est repéré par les organisateurs du festival des Arts Confinés.
Les visages des figurines, hautes de 28 cm, sont repeints. Leur échelle au 1/6e autorise une diversité de décors qu’une pièce de théâtre traditionnelle ne permettrait pas. Jouant avec les ombres, la lumière éclaire les visages par le biais de lampes miniatures à l’échelle des figurines. Les lampes sont renforcées par des projecteurs traditionnels de théâtre. Enfin, en soutien, de petites lampes à LED sculptent plus précisément ce qui nécessite de l’être.
Une attention particulière a été portée sur les détails, que ce soit dans l’architecture des pièces comme dans les accessoires. De la dentelle ancienne constitue les voilages, les nappes, les draps (photo de gauche ci-dessous). Une collection de mobilier miniature en chêne meuble la Cerisaie. Jeux de carte, boissons, tasses à café, sacs de pommes de terre, casseroles en cuivre (photo de droite ci-dessous), pour ne citer que quelques exemples, sont disposés autour des personnages.


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Anton Tchekhov nous parle à travers la Cerisaie de la fin d’un système et laisse entrevoir le début d’un autre. Cela fait forcément écho à ce que nous traversons aujourd’hui en matière de contraintes sanitaires, d’autant que l’actualité en Ukraine a rattrapé le récit. Tchekhov a transmis l’immortalité à sa pièce. En ayant eu le douloureux génie d’abattre les arbres majestueux de la Cerisaie, il a éveillé en nous la nécessité de les relever. Par sa sa poésie, il nous guide vers le besoin d’agir et de réagir. C’est ainsi qu’est née notre Cerisaie, dans la nécessité de réagir.

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Bild Lilli, la poupée mannequin allemande qui a inspiré Barbie

Introduction

Lorsque Barbie est introduite en 1959, les petites filles se l’arrachent. Pour la première fois, les gamines du milieu du XXe siècle peuvent jouer avec une poupée qui ressemble à une femme, avec sa queue de cheval provocante, son maquillage épais, son regard de côté et son corps résolument adulte. Les enfants n’ont aucun moyen de savoir que la poupée la plus vendue au Monde, qui a forgé leur perception de la beauté féminine, est la copie presque conforme d’une poupée mannequin allemande appelée Bild Lilli.
Morphologie adulte, cheveux blonds implantés et fabrication en matière plastique avec plusieurs trousseaux de vêtements contemporains, autant de caractéristiques reprises pour devenir Barbie : Bild Lilli, poupée mannequin apparue en 1952 pour la première fois sous la forme d’un personnage de bande dessinée dans le journal « Bild Zeitung », est produite de 1955 à 1961 par la société allemande O&M Hausser.

Comment tout a commencé

L’histoire de Bild Lilli se confond avec celle de l’Allemagne des années 1950. Elle naît lorsque le secteur occidental d’un pays divisé commence à s’attaquer au désastre économique causé par la seconde guerre mondiale. Le créateur de Lilli, le dessinateur hambourgeois Reinhard Beuthien, est clairement inspiré par les jeunes femmes modernes de l’époque, à l’instar d’une Brigitte Bardot avec ses vêtements moulants et sa queue de cheval blonde. Le corps de rêve de Lilli, ses hauts talons, son maquillage, ses ongles peints et son expression provoquante et impertinente illustrent parfaitement l’époque : elle devient un symbole de la nouvelle féminité, plus qu’une poupée, une créatrice de tendance.
Le 24 juin 1952, le premier numéro du Bild Zeitung a un encart vide : Reinhard Beuthien dispose de 40 minutes pour le remplir avec un nouveau personnage de bande dessinée. Il dessine d’abord un bébé, non retenu par le rédacteur en chef. Il propose alors une jolie blonde bien galbée. Présentée comme une jeune femme à l’allure innocente et naïve, mais tout à la fois sexy, irrévérencieuse et culottée, elle est baptisée Lilli (photo ci-dessous).


© The Vintage News

Secrétaire sexuellement désinhibée, elle parle avec beaucoup d’esprit à ses amies, ses amants et son patron. Dans une de ses bandes dessinées, elle couvre son corps dénudé et explique à une amie : « nous nous sommes disputés et il a repris tous les cadeaux qu’il m’avait faits ». Dans une autre, en retard au travail, elle dit à son chef : « comme vous étiez fâché de mon retard ce matin, je quitterai le bureau à 17 heures pile ». À un policier qui lui fait remarquer que les maillots de bain deux pièces sont interdits, elle réplique : « quelle pièce voulez-vous que j’enlève ? ».

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La poupée Lilli

Devant le succès immédiat rencontré par Bild Lilli, Heinz Frank, propriétaire d’une entreprise manufacturière à Hambourg et représentant de O&M Hausser, fabricant de jouets bavarois de la ville de Neustadt bei Coburg, a l’idée de produire une poupée à son effigie. Avec l’accord du journal qui souhaite en faire sa mascotte, Heinz Frank obtient les droits exclusifs de production de la poupée et de tous ses accessoires. Il conclut un contrat de fabrication avec O&M Hausser. Rolf Hausser est directeur technique et copropriétaire de O&M Hausser, et directeur général de la firme sœur Greiner und Hausser GmbH (G&H), qui produit des matériaux pour O&M Hausser. Il charge son concepteur et sculpteur Max Weibrodt de créer la poupée en s’inspirant de la bande dessinée. Après un essai infructueux, Max conçoit un prototype qui enthousiasme Rolf Hausser et Reinhard Beuthien. Haute de 29 cm, cette poupée en plastique (élastolène) aux traits du visage peints à la main porte des chaussures moulées. Le 12 août 1955, la poupée Lilli est officiellement lancée en couverture du Bild Zeitung. O&M Hausser lui adjoint des meubles ainsi qu’une garde-robe conséquente de 100 tenues, inspirée de la mode des années 50, dessinée par Martha Maar (belle-mère de Rolf Hausser) et confectionnée par la société 3M Puppenfabrik. Lilli a des vêtements de plage, de ski, des robes de soirée et des mini-jupes bien avant qu’elles ne soient à la mode. Elle porte aussi des tenues traditionnelles dirndl : constituées d’un corsage ajusté avec décolleté, d’une jupe taille haute et d’un tablier, elles sont portées dans les régions germanophones des Alpes (Allemagne du Sud, Autriche, Suisse, Liechtenstein, Italie alpine).
Lilli rencontre un succès foudroyant. Contrairement aux autres poupées de son époque, ce n’est pas un bébé mais une jeune femme moderne complètement mature. Et elle possède -caractéristique révolutionnaire- des jambes souples. Elle devient si populaire qu’en quelques semaines, O&M Hausser n’arrive plus à satisfaire la demande du public, venue de toute l’Europe. Des femmes fortunées exigent des Lilli personnalisées : Rolf Hausser se souvient de cette femme qui a acheté pour plusieurs milliers de marks une Lilli habillée en vison. En 1960, afin de suivre la demande, G&H accorde à Louis Marx and Company, une entreprise de jouets américaine basée à New York, les droits exclusifs de production sur 10 ans de Bild Lilli pour les États-Unis, le Canada, Hong Kong et la Grande-Bretagne. Il en résulte une Lilli officielle faite à Hong Kong et des poupées Marx Toys disponibles en en quatre tailles et trois couleurs de cheveux : Bonnie, Miss Marlene et Miss Seventeen.
Présentée dans un cylindre de plastique transparent (photo ci-dessous), Lilli est disponible en deux tailles, 18 et 29 cm, appelées simplement « petite Lilli » et « grande Lilli » et sorties respectivement en 1956 et 1955.


© Ruby Lane

La petite version peut être suspendue par une balançoire au rétroviseur central d’une voiture. O&M Hausser fabrique les cinq parties du corps, 3 M Puppenfabrik les assemble et les tend avec des bandes de caoutchouc, coiffe les poupées et les habille. Leur corps en plastique dur est articulé aux hanches et aux épaules et leur tête aux yeux peints est composée de deux parties qui se rejoignent grâce à une vis cachée sous les cheveux. Dotée d’une silhouette élancée, d’une peau claire ou hâlée, d’un visage maquillé avec des joues orangées ou rouges, de lèvres rouge cerise, d’ongles vernis rouges, orange ou bruns, de sourcils hauts et étroits, de cils noirs modelés sur ses yeux regardant de côté, de cheveux blonds, roux ou bruns coiffés en arrière avec une queue de cheval et une mèche bouclée sur le front, Lilli peut tenir debout sur un socle grâce à des tiges s’emboitant dans des trous sous ses pieds moulés et peints. Elle porte des boucles d’oreille et des chaussures à hauts talons moulées peintes en noir.
Tête et torse en polystyrol injecté dans des moules, bras et jambes creux en polyéthylène haute densité de type lubolen, les parties du corps sont peintes par vaporisation ou trempage. Trois brevets ont été déposés pour Lilli, couvrant la conception de l’articulation du cou, de ses hanches et la tenue de ses cheveux.
Les grandes Lilli coûtent 12 marks, les petites 7,50 marks, à une époque où le salaire mensuel moyen est de 300 marks. Au départ destinée aux adultes, principalement aux hommes, comme objet promotionnel pour le journal ou comme cadeau amusant, Lilli est vendue dans les bars, les tabacs, chez les marchands de journaux et dans les aéroports. Une publicité des années 1960 encourage les jeunes hommes à offrir à leur petite amie une poupée Lilli au lieu de fleurs. Mais les enfants, attirés par la garde-robe et les accessoires, l’adoptent bientôt et elle devient « un produit pour tous, de l’enfant à grand-papa ». Des fabricants allemands de jouets tels que Moritz Gottschalk réalisent d’énormes profits en produisant et vendant des maisons de poupées (photo ci-dessous), du mobilier et autres accessoires pour Lilli.

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De nombreuses boutiques en Europe vendent des poupées Bild Lilli comme jouet haut de gamme ou article pour adulte. Leur popularité les fait exporter dans de nombreux pays, dont la Chine et les États-Unis. Certaines se trouvent aujourd’hui dans des emballages d’origine des années 1950, destinées à un marché anglophone et baptisées « Lili Marlene », en référence à la célèbre chanson éponyme.
Cependant, Lilli n’a pas que des fans. L’écrivaine féministe Ariel Levy la traite de « poupée sexuelle » dans son livre « Female chauvinist pigs : women and the rise of launch culture » (Truies machistes : les femmes et l’essor de la culture de la promotion) ; dans des interviews sur Barbie, la dramaturge féministe Eve Ensler qualifie Lilli de « jouet sexuel » ; une brochure allemande des années 1950 déclare que sa garde-robe en fait « la star de tous les bars ».

Les vêtements

Martha Maar et Reinhard Beuthien sont les principaux concepteurs des vêtements d’origine de Bild Lilli. Ces derniers représentent une part essentielle de l’attrait de la poupée et sont aujourd’hui très prisés des collectionneurs, ce qui rend leur identification indispensable lors d’un achat de poupée originale. Ils sont vendus séparément pour constituer un trousseau. En Allemagne, ils sont commercialisés dans des sacs en plastique marqués en rouge « ORIGINAL DREI M PUPPENKLEIDCHEN FÜR LILLI » plus le logo 3 M et « Dress for Lilli ». Les vêtements sont aisément reconnaissables au marquage « PRYM » sur la face inférieure de leurs boutons-pression. Le dessus du bouton-pression du haut est coloré et celui du bas est gravé avec des petits cœurs. Pour illustrer l’importance des vêtements de Lilli, mentionnons que le livre de Silke Knaak « Deutsche Modepuppen der 50er & 60er / German fashion dolls of the 50’s & 60’s » (Les poupées mannequins allemandes des années 1950 et 1960) ne contient pas moins de 96 pages dédiées à sa garde-robe.
Chaque vêtement a un « numéro de stock ». Dans le livre, une à deux pages sont consacrées à chaque numéro connu, avec une ou plusieurs photos. Le même vêtement présente souvent différentes combinaisons de couleurs, destinées à la fois à la petite et à la grande Lilli. Les 65 numéros connus vont de 1105 à 1183, avec quelques numéros manquants. 20 tenues ont des numéros inconnus. Enfin, il existe quatre tenues spéciales : une robe Lilli Marleen, une édition limitée « Magician Lilli » de 1959 (photo ci-dessous), une tenue Marlene Dietrich et une robe prototype rose.


© WorthPoint

Les accessoires

Bild Lilli dispose de nombreux accessoires impliquant plusieurs fabricants, certains vendus avec la poupée, d’autres achetables séparément. Toutes les poupées sont commercialisées avec un support et un tube de plastique protecteur. Le support de la grande Lilli, d’un diamètre de 9 cm et haut de 4 cm, est doté d’un fil métallique long de 7,5 cm logé dans le trou sous le pied de la poupée et dans sa jambe, pour la faire tenir en place. Le tube en plastique, haut de 35,5 cm, est ajusté au support. Le couvercle en plastique du tube est ajusté à celui-ci afin de le rendre étanche. Les supports des poupées vendues en Allemagne sont marqués d’une inscription « Bild Lilli » en noir et du logo du journal Bild Zeitung en rouge et blanc. Les couvercles acceptent un autocollant portant le logo de 3 M. Les supports des poupées vendues à l’export sont simplement marqués « Lilli ».
Le support de la petite Lilli, d’un diamètre de 5,5 cm, porte l’inscription « Bild Lilli ». Son fil métallique est dix fois plus court, 0,75 cm. Le support des petites Lilli destinées à l’export accepte une étiquette en papier portant l’inscription des numéros de brevet de la poupée.
On estime à environ 30 000 le nombre des journaux miniature produits pour accompagner les petites et les grandes Lilli, avec une édition différente pour chaque taille. Ils contiennent des récits, des images et des bandes dessinées. Toutes les poupées ne sont pas vendues avec un journal. Lorsque c’est le cas, celui-ci est plié et attaché aux vêtements par une épingle en argent.
Des caniches Steiff miniature accompagnent souvent les Bild Lilli. Fabriqués dans les années 1950 à 1970, ils sont disponibles en trois couleurs : noir, blanc ou gris. Dotés de tout petits yeux  et nez boutons en perle noire, ils portent un collier en laine rouge. Une étiquette Steiff jaune numérotée enveloppe leur taille. Un parapluie en cuivre couvert de carreaux noirs et blancs accompagne parfois les Lilli. Vendus séparément ou avec un vêtement, ces parapluies sont extrêmement rares aujourd’hui.
Le siège de Lilli, inspiré du siège papillon conçu par Jorge Ferrari-Hardoy en 1938, est constitué d’un cadre en acier émaillé et d’une assise en plastique. Il est disponible en plusieurs formes et coloris.
La balançoire des petites Lilli (photo ci-dessous) est utilisée pour les exposer ou être suspendue au rétroviseur central d’une voiture. La poupée peut être stabilisée en attachant ses poignets aux deux cordes de la balançoire avec du fil.


© Auktionskompaniet

L’Allemagne a toujours été un pays de fabrication en masse de maisons de poupées. La petite Lilli a une taille idéale pour ces maisons, aussi n’est-il pas surprenant que diverses installations et meubles aient été réalisés spécialement pour elle.

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Les curiosités et les copies

De nombreux fabricants ont pris le train de Bild Lilli en marche. Destinée à la clientèle masculine des débuts, une poupée de 13 cm pour tableau de bord de voiture est produite. Cheveux moulés et visage peint, elle est attachée à une fine baguette métallique reliée à une ventouse et fait de l’auto-stop. Placée sur un tableau de bord, elle se trémousse.
L’entreprise berlinoise Eride distribue un parfum Bild Lilli ; la firme allemande Hoehl crée le champagne « Lilli-put », conditionné dans une boîte spéciale ; Goebel produit un masque de la tête de Lilli que l’on peut accrocher au mur ; Wallendorf réalise un personnage en céramique accompagné d’un caniche ; des cartes postales de la petite Lilli dans différents décors portant des vêtements divers sont vendues ; et la liste s’allonge encore et encore… La compagnie cinématographique ARCA sort le film intitulé « Lilli, a girl of the big town » (Lilli, une fille de la grande ville) avec l’actrice danoise Ann (Hanne) Smyrner dans le rôle de Lilli. Michael Jary compose le « Lilli boogie » sorti en 45 tours chez Polydor, avec des paroles de Brino Balz et un orchestre dirigé par Kurt Edelhagen.
Et bien entendu, rançon du succès, il y a de nombreuses copies, d’Italie, d’Espagne, de Hong Kong, du Royaume-Uni… Si le dicton « l’imitation est est la plus haute forme de flatterie » est juste, Lilli a dû être très flattée. La contrefaçon la plus courante aujourd’hui est la « Hong Kong Lilli ». Toutefois, même un œil non averti peut aisément distinguer l’original de la copie.

La fin de Lilli

Le dernier dessin de Lilli est publié le 5 janvier 1962. Reinhard Beuthien déclare avoir arrêté parce que le journal voulait marier Lilli ! il crée d’autre bandes dessinées de type Lilli qui ne connaîtront pas le même succès.
Les dernières poupées Lilli sont fabriquées en 1964. On estime qu’en 10 ans de production, environ 130 000 d’entre elles Lilli ont été réalisées. Il existe peu d’exemplaires en bon état sur le marché aujourd’hui. Lilli est donc une poupée très recherchée par les collectionneurs.

Les débuts de Barbie

L’histoire de Barbie est indissociable de Ruth Handler, femme d’affaires américaine ayant fondé en 1945 l’entreprise de jouets Mattel avec son mari Elliott et leur associé Harold Mattson. Le nom de Mattel est obtenu en combinant les premières syllabes de Mattson et de Elliott. Mattson abandonne très vite l’affaire à Elliott Handler, convaincu de l’absence d’avenir de Mattel, qui au départ confectionnait des meubles pour poupées. Le couple Handler poursuit alors son affaire en Californie.
Lorsque Ruth observe sa fille préadolescente Barbara inventer des jeux de rôle avec ses poupées en papier, elle se demande pourquoi il n’existe pas de poupée à corps d’adulte pour les enfants qui ont passé l’âge des poupons et des contes pour s’endormir. Pourquoi ne pas créer une poupée féminine qui pourrait être stylée et habillée comme une poupée de papier ? quand elle fait part de cette idée à son mari, ce dernier la rejette en arguant qu’aucune mère ne voudrait acheter à sa fillette une poupée à corps de femme. Ses collègues acquiescent : « ils étaient à l’aise avec des pistolets et des fusées jouets, des instruments de musique et des jouets animés, mais la poupée décrite par Ruth défiait leur imagination », écrit l’historien Robin Gerber. Le personnel de Mattel conseille à Ruth d’oublier son idée, car sa poupée idéale serait controversée, impopulaire et trop difficile à produire.
À l’été 1956, le couple Handler et leurs deux enfants Kenneth et Barbara font un voyage en Europe. En Suisse, ils découvrent la poupée Bild Lilli dans une boutique de la ville de Lucerne. La jeune Barbara, 15 ans, s’en éprend immédiatement. Ruth, quant à elle, est enchantée par sa forme féminine qui correspond à son idée de poupée à corps d’adulte. Elle en rapporte trois en Californie, dont une pour sa fille. Là, elle décide de s’en inspirer pour créer une poupée qu’elle baptisera Barbie, d’après le nom de sa fille. Elle retravaille la conception de la poupée avec une équipe : les mensurations exagérées et les traits du visage de Lilli sont atténués, mais le résultat lui ressemble encore beaucoup. Le maquillage appuyé et les sourcils arqués de Lilli ne sont pas repris pour Barbie. Les deux poupées ont les mêmes proportions harmonieuses et des pieds différents : tandis que Lilli a les pieds enfermés dans des chaussures à talons aiguille noires et peintes, Barbie a les pieds cambrés et de parfaits petits orteils.
Ruth envoie Barbie au Japon avec un ingénieur de chez Mattel chargé de lui trouver un fabricant. Présentée au salon du jouet de New York le 9 mars 1959, elle rencontre un succès immédiat, qui ne se démentira pas jusqu’à aujourd’hui.
Ruth Handler a toujours reconnu avoir rapporté Lilli aux États-Unis et s’être inspirée de la poupée allemande pour créer Barbie. Cependant, elle insiste sur le peu de ressemblance entre les deux poupées. Dans une interview à la radio 4 de la BBC, elle souligne qu’elle a demandé aux fabricants japonais de produire « quelque chose comme » la poupée Lilli. Toutefois, lorsque l’on compare les deux poupées côte à côte, leur ressemblance saute aux yeux (photo ci-dessous).


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Les procès et la vente des droits de production

Rolf Hausser ignore qu’une version américaine rebaptisée de sa Lilli figure parmi les meilleures ventes de jouets aux États-Unis. « Je ne savais rien de ce qui se passait en Amérique », confie-t’il, « nous n’avions pas de radio et il n’y avait rien ici sur Barbie dans les journaux ». Il entend pour la première fois parler de Barbie lorsqu’il se rend dans une boutique de jouets à Nuremberg en 1963, où elle est exposée. « J’ai été scandalisé quand j’ai vu cette poupée », déclare-t’il, « c’était ma Lilli avec un autre nom. Qu’avaient fait ces gens ? avaient-ils volé ma poupée ? je ne savais pas ce qui se passait ». L’année suivante, Rolf découvre une publicité dans les journaux allemands annonçant l’arrivée de Barbie en Allemagne. Peu de temps après, il remarque une large sélection de poupées Barbie sur le stand Mattel du salon du jouet de Nuremberg. Il témoigne : « j’étais furieux qu’ils aient pris et exploité ma Lilli de cette manière, mais je ne savais toujours pas à quel point elle était populaire ».
Il décide alors de poursuivre Mattel en justice dans chaque pays d’Europe où Barbie est vendue. En 1961, G&H et Louis Marx and Company intentent un procès à Mattel pour violation du droit d’auteur  sur le brevet américain d’articulation des hanches détenu par G&H, pour contrefaçon de Lilli afin de créer Barbie, et pour usage de représentations fausses et trompeuses des origines de Barbie. Mattel contre attaqua et l’affaire fut classée.
Toujours ignorant du degré de popularité de Barbie aux États-Unis, et de quel phénomène elle allait devenir, Rolf veut à tout prix sauver sa part du marché européen du jouet. Mais son frère Kurt, conscient de l’influence du géant du jouet rival, le persuade qu’attaquer encore Mattel en justice causerait la ruine de la petite compagnie allemande. Il suggère à la place la vente du brevet de la poupée par G&H, probablement la pire décision prise par la compagnie. Rolf Hausser affirme aujourd’hui avec amertume : « je n’avais pas d’autre choix que de vendre le brevet. Mattel était une entreprise multimillionnaire et en comparaison je n’étais rien. Même si un juge, en face de mon brevet, pouvait constater la contrefaçon, il trancherait en faveur de Mattel ». Il ajoute : « si ça ne dépendait que de moi, je serais retourné en justice juste pour le principe. Mais mon frère Kurt refusait de me suivre en raison du désastre financier annoncé ».
Marie-Françoise Hanquez-Maincent, chercheuse française ayant travaillé sur l’histoire de Lilli et Barbie, auteure de la thèse « Barbie : poupée totem », met en avant le rôle du sentiment anti-allemand. « Monsieur Hausser m’a dit qu’il était convaincu d’être isolé parce qu’il était allemand », révèle-t’elle, « ça se passait peu après la guerre, souvenez-vous ». La chercheuse souligne également la volonté des fabricants américains de jouets après la seconde guerre mondiale d’évincer du marché les concurrents européens, et en particulier allemands. Elle analyse : « les fabricants allemands de jouets avaient dominé le marché mondial avant la guerre, et les fabricants américains prévoyaient un retour des consommateurs aux jouets allemands après la guerre. Il y eut une campagne en faveur des jouets américains, avec des slogans comme ‘évitez une tragédie à vos enfants -une poupée cassée-, achetez des poupées faites aux États-Unis' ».
Quatre employés de Mattel se présentent un jour sans rendez-vous au domicile de Rolf Hausser, dans l’intention de régler leur différend en achetant les droits de production de Lilli. Ils prétendent de plus avoir vendu peu de poupées Barbie depuis son lancement. En fait, d’après Marie-Françoise Hanquez-Maincent, qui dispose de documents de Mattel, 351 000 Barbie ont été vendues aux États-Unis deux ans auparavant en 1962. Les négociations se poursuivent à Francfort, où un contrat en anglais est soumis pour signature à Hausser. Il refuse de le signer et demande 1 % sur les profits de vente des Barbie, tandis que Mattel lui propose une somme forfaitaire pour les droits de production de Lilli. Après une journée de discussions, il accepte de vendre les droits pour 69 500 deutsche marks de l’époque, ce qui représente environ 23 500 euros d’aujourd’hui. Bien que cette somme ne soit pas négligeable en 1964, elle ne représente qu’une fraction du pourcentage sur les profits demandé au départ par Hausser. La production de Bild Lilli s’arrête.
Les conséquences de cette vente sont désastreuses pour Hausser : privée de Lilli, le produit phare de sa compagnie, cette dernière subit de lourdes pertes et fait faillite quelques mois à peine après la vente des droits. Il faudra à Hausser 20 ans pour régler ses dettes.
Certains observateurs pensent que Rolf Hausser a du mal à reconnaître sa part de responsabilité dans la déroute des négociations avec Mattel, due à ses défaillances en tant qu’homme d’affaires.
« Ce qui me rend réellement furieux, au point que les mots me manquent pour décrire mes sentiments, c’est que personne n’a jamais admis ma part dans la création de Barbie. Son quarantième anniversaire en 1999 s’est déroulé à grands renforts de publicité, mais Mattel a tout simplement étouffé mon rôle dans son histoire ».
En 2001, G&H engage de nouvelles poursuites en contrefaçon envers Mattel, réclamant des droits d’auteur sur chaque Barbie vendue depuis 1964. L’affaire fut à nouveau classée.

Épilogue

Aujourd’hui, que penser de la ressemblance entre Lilli et Barbie ? y-a t’il eu imitation ? « eh bien vous pourriez le dire » avoue cyniquement Elliott Handler au biographe Jerry Oppenheimer en 2008. « Ruth voulait adopter le corps de Lilli avec quelques modifications. Des changements et des améliorations ont été réalisés. Ruth voulait obtenir sa propre silhouette ». Mattel minimise le problème : « Ruth a été inspirée en regardant sa fille jouer avec des poupées en papier. Bild Lilli a juste prouvé qu’il était possible de fabriquer une poupée de 29 cm », argumente un porte-parole de Mattel. De nos jours, il se vend plus de 100 Barbie par minute (voir l’encart statistique en page d’accueil) et sa malheureuse sœur, le vilain petit secret de Mattel, est passée aux oubliettes de l’histoire.

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Sources de l’article
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Les poupées Pullip

Introduction

Créée en 2003 par l’artiste sud coréen Cheonsang Cheonha, la poupée Pullip (« jeune feuille/brin d’herbe » en coréen) est le personnage principal d’une ligne de poupées mannequins de 30 cm à tête relativement surdimensionnée. Elle a un corps articulé en vinyl ou en plastique (parfois mélangé à du PVC), peut bouger ses grands yeux expressifs d’un côté à l’autre grâce à une petite manette située derrière la tête, cligner des paupières par l’action sur deux boutons également placés derrière la tête, et maintenir les yeux fermés.
D’abord produites et commercialisées par la société japonaise Jun Planning, les poupées Pullip ont été reprises en 2009 par la société sud- coréenne Groove, spécialisée dans les poupées destinées aux jeunes adultes. En effet, les Pullip sont des poupées de collection inadaptées aux jeunes enfants car elles sont fragiles, en raison de leur finesse et des matériaux qui la constituent. L’âge minimum requis inscrit sur les boîtes varie de 13 à 15 ans (voire plus) selon les modèles. Elles sont considérées au Japon comme des objets de collection qu’on laisse dans leur boîte (au design élaboré), sous vitrine, et n’y sont vendues que dans des boutiques de luxe.
Depuis la sortie de la poupée féminine originale, d’autres modèles compagnons sont sortis (photo) : les poupées masculines Namu (arbre en coréen), le petit ami de Pullip et Taeyang (soleil), son nouveau petit ami ; la petite sœur de Taeyang, Dal (lune) ; Byul (étoile), qui est le meilleur ami de Dal ; enfin, le petit frère de la Pullip originale, Isul (rosée), et la future fille de Pullip appelée Yeolume (baie/fruit). Il existe aussi une ligne de petites poupées de taille moitié, les Little Pullip.
La Pullip originale et ses homologues sont souvent personnalisées par les collectionneurs, le plus communément au niveau de la perruque, des yeux, et de tout ou partie du corps. Chaque modèle de poupée Pullip a un nom, une personnalité, des traits de caractère et une histoire détaillée sur ses goûts, ses habitudes, sa relation avec les autres membres de la famille des Pullip,…La variété des personnages et des costumes, comme on va s’en rendre compte, est remarquable : cela va de la noblesse baroque aux gothiques à perçage corporel, en passant par les grâcieuses Lolita.
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Types de corps

Le corps d’origine (« stock ») des Pullip, hautement articulé, a connu dans le temps plusieurs générations, appelées types :

Type 1 : corps de figurine d’action à vis apparentes, large buste, longues jambes et perruque intégrée au scalp (ce qui rend la personnalisation difficile). C’est le corps des dix premiers modèles sortis de juin à décembre 2003, les trois premiers  (Wind/Debut, Street, et Moon) ayant présenté un défaut de rupture du cou dû au poids de la tête, corrigé par la suite. Un autre défaut est la fissuration de l’entre-jambes.

Type 2 : apparu en janvier 2004 avec le modèle Venus, il se caractérise par un torse souple, des vis cachées, des articulations démontables et des proportions plus réalistes. Il reste à ce jour le plus posable, souple et articulé des corps produits. Son inconvénient principal est la fonte chimique des membres et autres pièces en plastique dur en contact avec le torse en plastique souple. D’autres défauts communs sont le détachement spontané des membres et la sortie du torse hors de l’articulation de la hanche. De plus, son ventre est légèrement proéminent, ce qui donne un effet « grassouillet ». À partir du quatrième modèle de ce type, Arietta, sorti en mars 2004 (après Venus, Savon, et Nomado), les perruques sont collées, ce qui permet une personnalisation aisée.

Type 3 : introduit en août 2005 avec la sortie simultanée des modèles Lan Ake et Lan Ai, il présente, comparé au type 2, de moindres souplesse et posabilité, des formes et traits plus enfantins, et des articulations aux poignets et aux chevilles. Bien que plus robuste que ses prédécesseurs, il mécontenta nombre de collectionneurs, notamment par son esthétique jugée inférieure. Ses défauts les plus communs : la fissure des poignets, courante après janvier 2007 (sortie de Stica) ; le grincement des articulations de la hanche et du genou.

Type 4 : toujours en production aujourd’hui, il apparaît avec la sortie du modèle Neo Noir en janvier 2009. Il offre une meilleure posabilité que le type 3, et prévient les fissures du poignet grâce à une articulation à assemblage par cheville. Les articulations sont étudiées de manière à rendre les mouvements plus naturels (évitant les rotations à 360 degrés). Ses défauts les plus communs : des articulations rigides et grinçantes ; des genoux qui se retournent ; des chevilles à fixation trop lâche au poignet et au genou, qui facilite le détachement des membres ; parfois, une fissuration des genoux.

Comme on le voit, chaque génération de corps a ses avantages et inconvénients. Il faut simplement les connaître et prendre en conséquence les précautions qui s’imposent lors des manipulations.
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Les éditions des poupées Pullip

Chaque mois, de nouveaux modèles de Pullip sont édités, avec, occasionnellement, des éditions limitées exclusives  supplémentaires de 300 à 2 000 exemplaires. Chaque modèle possède un prénom, un maquillage, des cheveux, une tenue, des accessoires, une carte de collectionneur, un support de poupée et une boîte originaux.
De 2003 à 2014, il y a eu plus de 220 éditions de Pullip. Début 2006, avec la sortie de l’édition limitée Fall Purezza, Jun Planning annonce qu’il ne produirait plus d’exclusivités car cela pénalise la demande en éditions régulières mensuelles. Cependant, la compagnie japonaise s’est ravisée avec la sortie début 2007 de la première exclusivité pour une boutique américaine, suivie par de multiples exclusivités en Asie du sud-est : Toys-R-Us Japon vend le modèle Vivien en novembre 2004 ; Magma Heritage, à Singapour, vend Bianca, Oren, et Mitzi en 2004 ; HauteDoll, à Los Angeles et New York, vend Haute LA et Haute NY en 2007 ; TBS shop, au Japon, vend Kirakishou (photo) en septembre 2007 ainsi qu’un nombre restreint de Sparrow et de nouvelle Shinku en mars 2014 ; enfin, pullip.net distribue des exclusivités en Corée du sud.
Jusqu’en septembre 2007, les éditions limitées sont vendues avec un certificat numéroté, ce qui n’est plus systématiquement le cas à partir de 2014.

Avant 2006, Jun Planning sort quelques éditions qui ressemblent fortement à des personnages historiques ou de fiction populaires mais ne sont pas officiellement sous licence : Fantastic Alice est similaire à l’Alice au pays des merveilles de Walt Disney ; Rida s’inspire du personnage de manga Nana ; la collection « Happy Birthday #2 » comprend une Pullip indienne nommée Sacagawea (personnage légendaire aux États-Unis) et un Namu appelé Geronimo (chef de guerre Apache ayant combattu les armées américaine et mexicaine).
Pour anticiper le 5e anniversaire de Pullip en 2008, cinq poupées font partie de la série à tirages limités en 500 exemplaires « Une autre Alice », incluant Another Alice, Another queen, Another king (Taeyang), Another rabbit (Dal), et Another clockrabbit (Dal) ; leur date de sortie est reportée pour inclure la nouvelle option de fermeture des yeux sur Another king.
Ce site très complet recense les éditions des Pullip depuis leur création jusqu’à aujourd’hui, avec des photos des poupées et des textes sur leur monde imaginaire.
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Collaborations et éditions sous licence

En juin 2006, Jun Planning commence à sortir des Pullip sous licence, basées sur des personnages de la série de mangas anime Rozen Maiden. Excepté le dernier modèle de la série (Kirakisou), les poupées Rozen Maiden ne sont pas des éditions limitées. Depuis 2007, plusieurs poupées Pullip sortent en collaboration avec : des designers et des stylistes de mode tels que H. Naoto (spécialiste du style de vêtements et accessoires punk et Lolita gothique) ; la marque de vêtements SunaUna ; les enseignes de mode Lolita « Angelic pretty » et « Baby, The Stars Shine Bright » ; les personnalisateurs de poupées « Kanihoru », « Mitsubachi@BabyBee », « Silver Butterfly », « Sheryl Designs », et « PoisonGirl ».
D’autres Pullip sortent avec des collaborations commerciales pour représenter des personnages de fiction célèbres, comme : Hello Kitty et My Melody du fabricant Sanrio ; Rei Ayanami et Asuka Langley Soryu de Neon Genesis Evangelion ; Grell, Sebastian et Ciel du manga Black Butler ; Angelique Limoges, Rayne, et Erenfried de Neo Angelique Abyss ; Peter Pan, Captain Hook, Tinkerbell et  Tiger Lily, inspirés du film de Walt  Disney Peter Pan ; Dumbo et Pinocchio (photo), également inspirés de films de Disney.

Trois Pullip sont basées sur des personnages de films avec Audrey Hepburn, tels que Holly, du film Breakfast at Tiffany’s ; Princess Ann, tirée de Roman holiday ; Sabrina, tirée du film éponyme. Plusieurs Pullip sorties entre 2011 et 2014 reposaient sur des personnages de dessins animés utilisant le synthétiseur vocal Vocaloid, développé par Yamaha. La plupart de ces collaborations ne concernent pas des tirages limités, mais présentent des prix de détail suggérés par le fabricant plus élevés que les modèles conventionnels, en raison du coût des licences.
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Les compagnons de Pullip

Tous les compagnons créés à la suite de Pullip, ainsi que leurs nombreuses déclinaisons, ont les mêmes caractéristiques : ils sont dotés d’une tête surdimensionnée, d’un corps articulé, d’yeux et de paupières mobiles commandés par des leviers à l’arrière de la tête. Seule la capacité à garder les yeux fermés peut varier d’un compagnon à l’autre. De même, ils sont entièrement personnalisables.

Namu est le premier homologue masculin de Pullip, il représente son petit ami. Sa taille est de 34 cm, et ses tenues peuvent être échangées avec celles de nombreuses poupées et figurines, comme la célèbre poupée Ken.
Sept versions de Namu voient le jour en 2004 et 2005 : la première, Vispo, a des cheveux intégrés au scalp, comme les Pullip du début ; toutes les suivantes possèdent des perruques collées. Jun Planning retire Namu du marché, pour la bonne raison qu’il a rompu avec Pullip ! Le dernier Namu, sorti en mai 2005, s’appelle « Happy birthday Namu # 2 », ou Geronimo, et fait partie d’un ensemble avec la poupée féminine Sacagawea (photo).

Taeyang (photo), le nouveau petit ami de Pullip, arrive en 2006. Le premier modèle se nomme MJ, homologue masculin de Rida. Le corps de Taeyang est le même que celui de son rival Namu, mais sa tête est différente, avec une mâchoire plus large et un menton plus carré. Il mesure 36 cm, et comme Namu, il peut troquer ses tenues contre celles de nombreuses poupées et figurines. Il sort à un rythme d’un modèle tous les deux mois.
Quelques modèles ressemblent de près à  des personnages de fiction populaires : Edward scissorhands est sous licence avec le personnage éponyme du réalisateur Tim Burton ; Shade est Sherlock Holmes ; Another king est inspiré du roi de cœur d’Alice au pays des merveilles.
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Dal (photo) est introduite en octobre 2006, et trois modèles sortent simultanément : Drta, Fiori et Monomono. C’est la petite sœur de Taeyang, âgée de 13 ans, qui considère la Pullip originale comme sa rivale en termes de mode vestimentaire et de style de vie. Elle mesure 26,3 cm et arrive aux épaules de Pullip. Les modèles de Dal sortent à une cadence aproximativement mensuelle.

Byul (photo) fait son apparition en décembre 2008, le premier modèle se nommant Eris. Elle partage le même type de corps que Dal et fait la même taille, avec une tête différente. Pour la petite histoire, c’est la meilleure amie de Dal, elle a 13 ans et elle est secrètement amoureuse d’Isul, le petit frère de Pullip. Un nouveau modèle sort tous les deux à cinq mois.

Isul (photo) est le petit frère de Pullip, âgé de 15 ans, et sort en février 2011. Le premier modèle, Apollo, fait partie de la série Steampunk (photo, le modèle Isumu). C’est un lycéen de San Francisco qui aime jouer au football et lire de la littérature d’université, car il est surdoué. Il est calme, tendre et aime se rendre utile. D’une taille de 29,5 cm, il est produit à un rythme d’environ un modèle par mois.

Introduite en février 2013, Yeolume (photo) est la future fille de Pullip. Elle mesure 26 cm, et le premier modèle, Podo, porte un uniforme scolaire rose et bleu. Elle a 10 ans et va à l’école primaire. Comparée à Dal et Byul, son corps est très différent : elle a peu d’articulations, et se rapproche de la forme des poupées Blythe ou Little Pullip (quoique plus grande). Toutefois, elle peut plier bras et jambes, et reste relativement posable.
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Les Little Pullip sont des versions miniature des Pullip, d’environ 11 cm. Leurs chaussures sont peintes, et leurs yeux sont immobiles. Souvent appelées mini, elles n’ont pas d’articulation aux coudes et aux genoux. Malgré cela, elles restent personnalisables : perruques, corps entier, couleur des yeux et maquillage.
Plusieurs éditions sont des répliques exactes des Pullip qui portent le même nom, comme Principessa, Cornice (photo) et Mir : la première d’entre elles, Moon, est sortie en 2005. D’autres s’en écartent et sont spécifiques à la ligne des Little Pullip, comme Riletto, Aloalo et Miss green, à l’exception de Froggy, sortie d’abord en Little Pullip puis en Pullip. Des séries à thème spécifiques sont également sorties, telles que les signes astrologiques et les Bremen town musicians.

En mars 2007, la production s’arrête et reprend en octobre 2009 sous le nom de Little Pullip+. La première différence est leur tête articulée pivotable et inclinable selon différents axes, ce qui les rend plus expressives que les Little Pullip avec leur tête pivotable selon le seul axe horizontal.
Il existe aussi dans la ligne des Little Pullip+ des Little Taeyangs, Little Dals et Little Byuls. La série des Docolla (mot valise de doll et collaboration) sort dans le prolongement de la ligne des Little Pullip+ en juillet 2011, avec comme premier personnage Pullip Grell, tirée de Black Butler, série de mangas japonais (photo).

Depuis 2013, Groove a sorti les personnages d’animaux Sasha (4 modèles à ce jour) et Pang-Ju (7 modèles), la sensuelle et élégante J-Doll (12 modèles), ainsi que l’espiègle fillette A.i (31 modèles).
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        Modèle Sasha Kiki                                 Modèle Pang-Ju Campbell Pang


Modèle J-Doll Piazza Cavalli                      Modèle A.i Zephyr

Personnalisation

Les poupées Pullip sont conçues pour être facilement et totalement personnalisables. Avant mars 2004, elles avaient des cheveux intégrés au scalp, ce qui rend l’échange de perruque délicat. Par la suite, cette opération fut facilitée par la mise à disposition de perruques collables ou fixables avec du scratch ou du scotch double face. Les collectionneurs en changent souvent en raison de la fragilité des perruques d’origine, pour les remplacer par des perruques de qualité résistantes aux frottements et à la chaleur, qui ne s’emmêleront pas régulièrement.
Pullip et ses compagnons peuvent échanger leur corps avec celui d’une autre marque, comme Obitsu, Volks ou Pure Neemo (dont certains, plus robustes, permettent une manipulation plus fréquente). On peut aussi faire l’échange avec des corps de figurine d’action ou de poupées jouets, comme les Barbie ou les Liv dolls. Attention, cette opération est délicate, car elle implique d’ouvrir la tête (photo), de scier un embout en plastique et d’ajuster les deux parties avec du cellophane, ce qui risque de détériorer la poupée. Certains propriétaires resculptent le visage ou le corps, en enlevant ou rajoutant de la matière. Citons aussi les MIO (Make It Own) : ce sont des kits de poupées de marque Groove (Pullip, Dal, Taeyang ou Isul) vendues nues et sans maquillage. Une Pullip MIO est unique, c’est au propriétaire de la réaliser entièrement. La production de ce kit a été limitée et on en voit rarement sur le marché.
Une autre forme de personnalisation délicate consiste à changer les pastilles oculaires (eyechips) : il faut ouvrir la tête de la poupée par l’arrière pour y enlever le mécanisme des yeux, retirer (souvent en forçant un peu) les pastilles d’origine, et mettre à la place les nouvelles.
Enfin, il existe les personnalisation de maquillage, de vêtements, de perçage ou de bijoux corporels, voire de tatouages peints ou gravés. L’opération de maquillage nécessite une grande précaution car il est facile d’abîmer le matériau de base si l’on n’utilise pas des produits adaptés ; le matériel de peinture (pastels secs, acrylique, crayons aquarellables,…), les outils (pinceaux fins et larges, cotons-tiges, éponge magique, papier à poncer,…) et de vernissage (résine en bombe « MSC Flat ») peuvent être variés et coûteux. Concernant les vêtements, le concept MSP (My Select Pullip) de Groove consiste à vendre certains modèles (Dalgi, Paja, Mélissa, Merl,…) sans leur tenue de base ; elles sont vendues moins chères dans une boîte blanche simple sans aucune décoration ni support.
Pour toutes ces opérations de personnalisation, il existe de nombreux tutoriels disponibles sur le web.
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Accessoires et produits dérivés

La ligne Pullip Costume/Fashion comprend des accessoires vendus par Jun Planning : tenues complètes, chapeaux, sacs à main, bijoux,…les tenues sont éditées de manière sporadique.
Petit Luxury est une gamme de mobilier également éditée par Jun Planning, à partir de 2008, qui comprend des fauteuils et autres pièces en résine.
Jun Planning édite en juillet 2005 « Pullip magazine », un livre de 88 pages en japonais, incluant le catalogue complet de tous les modèles sortis jusqu’à cette date, des concepts de fabrication, des interviews avec les designers, les collaborations avec des stylistes de mode, des guides de personnalisation et des patrons de vêtements de marque. En août 2010 sort l’ouvrage de 133 pages « Pullip Complete Style », achetable séparément ou dans une boîte de collection avec l’édition limitée Pullip bonita, qui inclut des photos de tous les modèles sortis entre 2003 et l’automne 2010.

Épilogue

Nous terminerons pour la petite histoire par une polémique causée par la Pullip Beressa (photo) dite « une femme espionne », dont la sortie est initialement prévue pour juillet 2005. Elle est habillée en uniforme noir avec des détails rouges, y compris un brassard rouge et un pistolet : même si aucune croix gammée n’est visible sur la poupée ou dans les photographies, l’uniforme et le pistolet font penser à ceux des agents allemands de la SS. Jun Planning annonce l’annulation de la sortie de Beressa, « par respect pour le 60e anniversaire de l’Holocauste ». Lan Ake, la poupée créée pour remplacer Beressa, est retardée d’un mois ; Jun Planning ne sort pas de Pullip en juillet, mais en sort deux en août : Lan Ake et Lan Ai.
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Sources de l’article

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