Modna Lyalka, le salon de poupées et d’ours d’artistes d’octobre à Kiev : une imposante manifestation

Introduction

Avec 300 exposants dont 225 artistes installés sur une surface de 2 900 m² et plus de 8 000 visiteurs, la 20e édition du salon international de poupées et d’ours d’artistes Модна лялька (Modna Lyalka, littéralement « Poupée de mode ») s’est tenue au centre d’expositions international du quartier de Levoberezhnaya de Kiev (Ukraine) du 18 au 20 octobre 2019. Ce salon, organisé par le magazine ukrainien Модное рукоделие (Artisanat et mode), est la manifestation artistique la plus importante du pays. Artistes et artisans d’Ukraine et du Monde entier y ont présenté poupées d’artistes OOAK ou en éditions limitées, anciennes ou de salon, BJD, ours et autres animaux en peluche, ainsi que de nombreux accessoires pour poupées : vêtements, chaussures, mobilier,… Ci-dessous, entrée extérieure et vue générale du hall d’exposition.


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L’exposition s’est répartie sur plusieurs zones thématiques : poupées d’artistes, reborns, poupées ukrainiennes traditionnelles (motankas), oursons et amis, Blythe et compagnie. Une manifestation parallèle portait sur les fournitures pour loisirs créatifs : couture, découpage, perlage, fabrication de bijoux, verrerie d’art, patchwork, travail du feutre,… Plusieurs animations ont émaillé les trois journées du salon : chorégraphie d’inauguration par des anges montés sur échasses, défilé de petites ballerines (photos ci-dessous),…


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En marge de l’exposition étaient présentés trois projets collectifs, « Les poupées de mode à travers les siècles », « Les épices » et « Légendes de Lviv », et un concours de poupées était organisé entre 24 candidats exposants à l’occasion du 20e anniversaire de Modna Lyalka » (voir plus bas).

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Une sélection d’artistes

Seules les poupées d’artiste nous intéressent ici. Voici donc une sélection d’artistes représentative de la diversité de la production exposée au salon.

Yuliya Malisheva

Yuliya Malisheva, originaire de Kiev et membre de l’association ukrainienne des artistes manuels, fabrique des poupées sur cadre métallique, articulées ou non, avec divers matériaux : Living Doll, La Doll, papier mâché. Toutes les tenues sont réalisées par ses soins. Ses sources d’inspirations incluent les enfants (photo de gauche ci-dessous) et les célébrités (ci-dessous au centre Elton John, et à droite Goran Bregović, le guitariste et compositeur du réalisateur Emir Kusturica). Ses modèles d’enfant dégagent une grande douceur et ses représentations de personnages célèbres sont empreintes d’une certaine ironie. Elle est également l’auteure d’une des poupées du projet « Les 20 ans de Modna Lyalka » (voir plus bas).


          © Yuliya Malysheva          © J’aime les poupées  © J’aime les poupées

Lara Vronska

Lara Vronska nous vient d’Odessa (Ukraine), ville portuaire de la Mer Noire située à 500 km au Sud de Kiev. Elle sculpte en La Doll ou en paperclay, deux matériaux séchant à l’air ambiant, de grandes et somptueuses poupées OOAK sorties d’un monde de fantasie, à l’expression fière et habillées avec raffinement. Quand on évoque devant elle le caractère merveilleux et fantastique de ses œuvres, elle répond en souriant : « c’est ma réalité ». Inspirée par la nature, le ciel, les fleurs, Lara confectionne elle-même les costumes de ses poupées. Autodidacte formée à la peinture, elle s’est aidée de magazines spécialisés pour les aspects techniques de la réalisation de poupées. Ci-dessous, de gauche à droite : « Musique céleste », « Fleur rouge » et « Magnolia ».


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Inna Zakrzewska

Originaire de Kiev, Inna Zakrzewska travaille avec un matériau peu commun : le Darwi Roc, pâte autodurcissante à grain fin. Elle réalise des poupées OOAK d’inspirations très variées. Qu’on en juge : l’actrice britannique Audrey Hepburn dans le film de William Wyler « How to steal a million » (Comment voler un million de dollars, photo de gauche ci-dessous) ; Audrey Hepburn encore (Inna déclare qu’elle est sa muse) avec son partenaire l’acteur britannique Rex Harrisson ; une grande duchesse de la dynastie des Romanov de Russie (photo du centre ci-dessous) ; un dragon ; la lune et le soleil (photo de droite ci-dessous) ; une jeune fille ukrainienne en costume traditionnel. Les tenues, élaborées, sont fabriquées par Inna dans des tissus le plus souvent anciens. Elle a appris les rudiments de la sculpture avec un professeur et s’est ensuite formée en autodidacte. Elle pratique aussi le dessin et la peinture à l’aquarelle.


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Yvonne Flipse

Yvonne Flipse a fait le déplacement depuis les Pays-Bas pour présenter quelques unes de ses sensuelles, fantasques et féériques poupées, tantôt espiègles tantôt graves. Adepte du paperclay, elle est inspirée par les liens de l’être humain avec le cosmos, la nature et les animaux. Cette artiste complète peint, sculpte, dessine, fait les vêtements de ses poupées et les accompagne de poèmes. Elle est l’auteure du beau livre illustré « Het gouden pad van de haas » (le chemin doré du lièvre) relatant les aventures d’un lièvre qui éveille sa conscience en dialoguant avec la nature. Yvonne est aussi art-thérapeute, medium et guérisseuse, et organise des ateliers créatifs ainsi que des séances de développement personnel dans son studio de Krabbendijke baptisé « Source de sagesse ». Ci-dessous de gauche à droite : « La séduction », « Brin d’herbe », Fiola ».


   © Yvonne Flipse             © Yvonne Flipse                  © Yvonne Flipse

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Alexandra Savchenko

Alexandra Savchenko habite à  Vychhorod, à une vingtaine de kilomètres de Kiev. Son matériau de prédilection est l’argile La Doll, dans laquelle elle sculpte de fines poupées OOAK  au visage ovale et au regard langoureux (photo de gauche ci-dessous). Les vêtements, comportant parfois des éléments faits au crochet, sont élaborés par l’artiste. Elle crée également de ravissantes poupées miniature aux tenues chatoyantes montées sur des socles aux couleurs vives (photo de droite ci-dessous). Une caractéristique remarquable de sa production : les chevelures abondantes en laine teintée. Alexandra trouve parfois son inspiration dans des cartes postales, sa période préférée étant la fin du XIXe siècle et le début du XXe. Sa première sculpture en argile date de 2011, et elle a perfectionné sa technique en suivant des cours dans un atelier en 2016. Elle a participé au projet « Les 20 ans de Modna Lyalka » avec la poupée « Gymnaste ».


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Eve Dimitriu

Eve Dimitriu, comme Alexandra Savchenko, est de Vychhorod. Elle utilise le paperclay ou bien une technique mixte associant l’argile La Doll et le papier mâché pour fabriquer des poupées blanches évanescentes à l’expressivité affirmée, dont elle confectionne les vêtements. Danseuse à l’adolescence, le ballet classique est une de ses inspirations (photo de gauche ci-dessous). Eve a étudié la fabrication de poupées à l’école d’art de la galerie Parsuna à Kiev, puis s’est installée comme artiste professionnelle en 2012. Les deux élégantes demi-poupées aux cheveux en laine ci-dessous (photo de droite) sont des allégories en La Doll et papier-mâché peintes à l’acrylique et au pastel, réalisées en 2016 et intitulées « Où l’amour vit-il ? » et « Où la tristesse vit-elle ? ». L’ouverture dans le buste semble être placée là pour laisser passer le souffle de la vie.


         © J’aime les poupées                                  © Eve Dimitriu

Oksana Nikolska

Oksana Nikolska (Art Nikol) est originaire de Kiev. Les œuvres de cette artiste talentueuse révèlent une  maîtrise de nombreux matériaux : paperclay, papier mâché, Fimo, La Doll, Darwi Roc, qu’elle associe parfois pour travailler en technique mixte. Mais Oksana montre aussi une étonnante polyvalence : poupées de facture classique inspirées des tableaux de Bruegel l’ancien comme dans le projet des péchés capitaux (photo de gauche ci-dessous, « La colère ») ; poupées de style contemporain empruntes d’humour (photo de droite ci-dessous, « La beauté demande un sacrifice ») ; elfes tout droit sortis d’un conte de fées ;


 © Julia Malysh-Andrievska                        © Oksana Nikolska       

sculptures de jardin, comme ce grand lotus en béton (photo ci-dessous) ;


                                               © Oksana Nikolska

enfin, bas-reliefs en mélange à base de gypse, de la représentation réaliste d’animaux à l’esprit steampunk, en passant par la caricature d’un couple de danseurs. Formée à l’origine par un professeur de sculpture, elle affirme depuis 2012 son style en autodidacte. Curieusement, Oksana, qui pratique aussi la peinture et le dessin, n’aurait jamais imaginé enfant devenir une artiste.

Elena Kantur

Ukrainienne installée à Barcelone, Elena Kantur est aussi extravertie que ses poupées sont sages. Mais, comme leur créatrice, elles rayonnent d’une joie intérieure qui les fait profiter de tout ce que la vie peut leur apporter. Belles et paisibles, ses poupées esquissent un léger sourire et paraissent vous dire : « no te preocupes se feliz » (ne t’inquiète pas et sois heureux) ! le Cernit est le matériau de fabrication choisi par Elena, ce qui confère à ses créations une translucidité de chair réaliste. Des armatures métalliques procurent des articulations aux genoux et aux coudes. Les tenues vestimentaires, recherchées, sont exécutées par l’artiste elle-même. Autodidacte sans influence revendiquée, Elena fabrique des poupées professionnellement depuis 2013. Très active, elle anime des ateliers, a fondé en 2017 le salon annuel DollArtBarcelona et projette d’ouvrir une galerie pour y exposer ses œuvres et celles d’autres artistes. Ci-dessous de gauche à droite : « L’ange Tania », OOAK, 62 cm, 2019 ; « Embrassées par le soleil », trois sœurs rousses, OOAK, 70 cm, 2018.


                         © Elena Kantur                                   © Elena Kantur

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Julia Malysh-Andrievska

Julia Malysh-Andrievska, artiste et photographe kiévienne, utilise le matériau Living Doll pour réaliser des poupées diaphanes au regard grave et rêveur, semblant perdues dans l’évocation silencieuse de lointains souvenirs. Elle accorde une importance toute particulière aux costumes, travaillés et soignés, avec des tissus parfois anciens, dans le style du XIXe siècle comme ceux du couple de garçons Tom Sayer et Huckleberry Finn, héros de fiction du romancier américain Mark Twain (2019, photo ci-dessous).


                                          © Julia Malysh-Andrievska

Julia, dont on ne sera alors pas surpris qu’elle aime les poupées anciennes, découvre sa vocation suite à une rencontre avec une artiste ukrainienne, et étudie la sculpture auprès d’un maître avant de trouver son style en autodidacte. Certaines de ses poupées sont dotées d’articulations à soufflet. Elle fabrique sa première poupée en 2015 et les réalise en professionnelle depuis 2017. Ci-dessous de gauche à droite, deux autres œuvres de 2019 : « Sophia et Bekky », « Molly ».


          © Julia Malysh-Andrievska                   © Julia Malysh-Andrievska

Oksana Salnikova

Originaire de Kiev, Oksana Salnikova est une créatrice respectée et admirée par ses pairs, qui a contribué à former de nombreux artistes en poupées en Ukraine. De tous les matériaux qu’elle a testés, le Living Doll, au fini semi translucide après cuisson, a obtenu sa préférence. Ses ravissantes poupées, représentant des fillettes, ont une expression difficile à définir : mi-boudeuses mi-curieuses, leurs longs cheveux frisés défaits ou retenus en d’amples macarons, elles paraissent interroger l’observateur avec leurs yeux grands ouverts (photo de gauche ci-dessous, « Charlotte », 2019). Oksana confectionne les tenues de ses personnages : comme elle ne savait pas coudre avant de s’intéresser aux poupées, elle a développé ses propres techniques d’habillage sans couture, particulièrement appréciées par ses stagiaires. Les vêtements n’utilisent que des étoffes naturelles : soie, coton, batiste. Écoutons-la parler de l’inspiration : « je ne l’attends pas et ne la recherche pas non plus, elle m’entoure. Elle peut se trouver dans des récits de vie ou d’enfance, ou dans l’association de deux pièces de tissu qui se trouvent là côte à côte… je laisse les choses arriver ». Oksana n’envisage pas l’avenir en dehors des poupées et de la joie qu’elles apportent autour d’elles. Ci-dessous, au centre et à droite : « Luisa », 2019 et « Pirates seulement », 2019.


    © Oksana Salnikova          © Oksana Salnikova        © Oksana Salnikova

Ketrin Guv

Ketrin Guv nous vient de Zaporijia, à 560 km au Sud de Kiev. Cette artiste polyvalente a plusieurs cordes à son arc : elle crée des poupées en porcelaine de différentes tailles (29, 32 et 42 cm), des miniatures de 13 et 11 cm, des poupées pour maisons de poupées de 9,5 cm (échelle 1:12), toutes BJD, et personnalise des Blythe OOAK. Ses plus grandes poupées, au visage ovale et aux lèvres pulpeuses, à la beauté indéniable, dégagent une grande mélancolie. Toutes les étapes du processus de création, au cours duquel la poupée impose progressivement son apparence, sont effectuées par ses soins : sculpture, fabrication du moule, coulage de la porcelaine, démoulage, deux cuissons à 1 200-1 300 °C, peinture sur couverte cuite à 820 °C en plusieurs passages, maquillage, collage des cils, fabrication et teinture de la perruque en poils de lama ou de chèvre. Puis elle choisit des tissus naturels et confectionne les robes (brodées ou ornées de perles), sous-vêtements et chaussures à la main. Sa vocation lui est venue en assistant à un spectacle de marionnettes à la suite duquel elle s’essaye à la fabrication d’une poupée en argile polymère. Puis viennent les ateliers avec Irina Nalyvaiko et l’auto-formation à la porcelaine. Depuis 10 ans qu’elle crée des poupées, Ketrin trouve son inspiration dans les voyages, la musique et la rencontre avec de belles personnes. Elle pratique aussi la peinture au couteau. Son ambition : que ses poupées se transmettent de génération en génération. Ci-dessous, de gauche à droite, deux BJD de 33 cm produites en 2019 :  « Albina » et « Adeline ».


                                      © Ketrin Guv                                       © Ketrin Guv

Ci-dessous, des BJD pour maison de poupées de 9,5 cm, également produites en 2019.


                                                        © Ketrin Guv

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Zhanna Lopushanskaya

Zhanna Lopushanskaya, demeurant à Odessa , utilise aussi bien le Living Doll que le paperclay pour fabriquer de charmantes poupées aux visages ronds, aux grands yeux et à la bouche fruitée, semblant sortir tout droit d’une bande dessinée pour venir nous raconter leur histoire. Représentations de personnages réels comme Frida Kahlo (photo de gauche ci-dessous), de fiction comme Esmeralda (photo du centre ci-dessous), ou imaginées par l’artiste, leur grande expressivité les fait paraître presque vivantes. Les enfants sont également une source d’inspiration pour Zhanna (photo de droite ci-dessous). Elle réalise personnellement les costumes et accessoires de ses poupées (ce qu’elle faisait déjà étant enfant), dotées d’articulations métalliques ou à soufflet. Formée par Oksana Salnikova (voir plus haut) et Milana Shuba-Dubrova, elle ne produit professionnellement des poupées que depuis un an, mais son style est déjà affirmé. Quand elle était petite fille, Zhanna rêvait de posséder une belle poupée. Ce rêve se réalisa lorsqu’on en lui offrit une pour son anniversaire, qu’elle baptisa Macha et conserve encore aujourd’hui. En plaisantant, Macha nous confie que ce jour tombe le 31 décembre et que cette coïncidence l’a privée d’une deuxième poupée !

© Zhanna Lopushanskaya © J’aime les poupées© Zhanna Lopushanskaya 

Bella Melkova

Bella Melkova, ukrainienne installée à Tel Aviv (Israël), exploite deux matériaux, paperclay et La Doll, pour réaliser des poupées très originales dans trois styles distincts, illustrés par les exemples suivants : un grand personnage élancé au visage triangulaire souriant et au nez fin et droit, figé dans une pose dynamique, habillé d’un riche costume évoquant la Renaissance et doté de nombreux accessoires (« Mirel », 110 cm, 2019, photo de gauche ci-dessous) ; une petite poupée monochrome non maquillée, fine et gracieuses à l’expression sereine (« Fly », 2017, montable en lampe, photo de droite ci-dessous) ;


               © Julia Malysh-Andrievska                          © Bella Melkova

un nu champêtre délicat à l’allure classique, orné de fleurs, de feuilles et de mousse (« Eglantina », 2018, photos ci-dessous).


                                  © Bella Melkova                                  © Bella Melkova

Bella confectionne elle-même les costumes de ses poupées, au moyen de tissus naturels : coton, soie, mousseline. Elle s’est formée en suivant des cours dans divers ateliers, avant de trouver son style original et de réaliser sa première poupée en 2015. Conceptrice de bouquets de profession, elle reconnaît être inspirée par les fleurs dans son travail d’artiste en poupées. Pendant longtemps, Bella a pratiqué le batik et souhaite à l’avenir continuer à participer à des salons internationaux de poupées.

Evgeniya Andrieieva

Evgeniya Andrieieva, artiste affiliée au studio AnGeDolls, vit à Kharkiv, deuxième plus grande ville d’Ukraine. Elle fabrique d’adorables poupées en tissu avec articulations à soufflet, au visage rond et à l’abondante chevelure frisée, parfois sans nez ni bouche mais avec des taches de rousseur ! les tenues charmantes et colorées, faites par l’artiste, font parfois appel à la broderie, et sont accompagnées d’accessoires : bonnet de laine, sac à main, coussin,… Mais Evgeniya utilise aussi l’argile polymère, qu’elle a appris à sculpter avec Oksana Salnikova (voir plus haut) et Olga Kizhaeva. Elle s’inspire de la nature et des animaux pour la réalisation de ses poupées, technique apprise, pour ce qui concerne le tissu, en autodidacte il y a seulement un an. Evgeniya pratique également le découpage et la fabrication d’objets en résine époxy. Ci-dessous, de gauche à droite : « Aglaia », 30 cm, Living Doll, 2019 ; « L’abeille Gugik », 23 cm, tissu, 2019 ; « Ann », 23 cm, tissu, 2019.


                                          © Evgeniya Andrieieva

Tatyana Dvorchuk

Tatyana Dvorchuk, originaire de Kiev, travaille avec trois matériaux : Living Doll, paperclay et La Doll. Ses sources d’inspiration sont visiblement les voyages vers l’Orient et l’Afrique, et ses poupées ont un parfum de nostalgie d’un monde exotique disparu où le temps s’écoulait sereinement. Les tenues traditionnelles (djellaba, kimono,…), soignées, sont confectionnées par ses soins à partir de tissus variés. Elle teint elle-même les cheveux de ses poupées, faits de laine de lama, de chèvre ou de fils de soie. Tatyana, qui s’intéresse à l’univers des poupées depuis 2010, a appris à sculpter en suivant des ateliers créatifs, puis a progressivement découvert son style en autodidacte. Ses sources d’inspiration revendiquées sont lapeinture, la musique et la rencontre avec des personnes intéressantes. Outre la fabrication de poupées, elle réalise des pendentifs et pratique le perlage. Son souhait pour l’avenir : continuer à participer à des expositions et des concours. Ci-dessous, de gauche à droite : « Phénix », portrait de Lydia Vertinska dans le rôle de l’oiseau magique du film « Le tour du monde de Sadko » d’Alexandre Ptouchko sorti en 1952, inspiré d’un conte mythologique russe, 2019 ; « Les mille et une nuits », portrait de l’acteur turc Halit Ergenç dans le rôle du roi de fiction perse sassanide Shahryar écoutant les récits de sa femme Shéhérazade, 2019.


       © Julia Malysh-Andrievska                       © Tatyana Dvorchuk

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Projets collectifs
Les poupées de mode à travers les siècles

Ce projet présentait sept poupées ressemblant de manière étonnante à des poupées de mode anciennes, disposées dans un décor d’époque et réalisées par cinq artistes contemporaines : Valentina Yakovleva, Victoria Kukalo, Daria Vistavna, Eugenia Knyshenko et Elena Zadorozhnaya. Elles étaient exposées en quatre tableaux : poupées chinoises anciennes, poupées « Queen Anne » (Reine Anne), et deux tableaux de poupées de mode françaises.
Jusqu’à l’expansion économique de ces dernières décennies, les poupées fabriquées en Chine constituent une production abondante de l’industrie artisanale et des missions, peu exportée vers l’occident, dont le centre est le comptoir colonial allemand de Kiautschou. La mission protestante « Door of hope » (Porte de l’espoir) est un refuge pour esclaves libérés du début du XXe siècle situé à Shanghai, qui produit de nombreuses poupées habillées avec des répliques exactes de vêtements des personnages représentés, tenant compte de leur rang social et de leur âge. Ci-dessous, le tableau des poupées chinoises.


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La fabrication des poupées Reine Anne commence à la fin du XVIIe siècle, avant le règne de la reine d’Angleterre éponyme (1702-1714), et se poursuit durant la période georgienne (1714-1830). Entièrement en bois, ou avec des membres ou des yeux en d’autres matériaux (tissu ou cuir), ces poupées articulées au visage sculpté orné de sourcils stylisés et de pommettes rougies ont des yeux en amande peints, en verre ou en porcelaine suivant les époques, et des perruques en lin, chanvre ou cheveux naturels. Accessibles seulement aux familles aisées, elles sont pour la plupart détenues par des femmes, qui les habillent à la mode de l’époque. Ci-dessous, le tableau des poupées Reine Anne.


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Les poupées de mode françaises sont les ambassadrices de la mode de Paris (ou de Dijon lorsque la Bourgogne est puissante) en province et dans les capitales européennes, du XVIIe au XIXe siècle, avant l’avènement des magazines de mode. Cette mission est si importante pour la noblesse d’Europe qu’elles disposent de laissez-passer royaux afin de franchir les frontières sans encombre, même en temps de guerre, et ceci jusqu’au règne de Napoléon 1er. La plupart de ces poupées, à corps en chevreau ou en bois et tête en porcelaine, représentent des femmes adultes, toutefois certaines sont des bébés montrant la dernière mode enfantine. Les poupées de mode, de toutes tailles, peuvent être utilisées ultérieurement comme jouet. Ci-dessous, un des tableaux des poupées de mode françaises.


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Les épices


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C’est le projet d’un collectif de dix artistes né en 2016, dont chacun des membres a réalisé en 2019 une poupée sur le thème des épices. Ces artistes, qui se sont connus via les réseaux sociaux et les expositions, viennent de différentes villes d’Ukraine (Kiev, Lviv, Dnipropetrovsk, Khmelnytskyï), le seul étranger étant originaire de Toronto (Canada). Chaque année, le collectif choisit un thème de travail : les clefs, 2016 ; la mer, 2017 ; réflexions, 2018 ; les épices, 2019. Il expose uniquement  à Modna Lyalka, deux fois par an. Les poupées sont mises en scène dans un décor évoquant l’épice illustré. Ci-dessous, de gauche à droite : « Illicium verum » (anis étoilé), par Svetlana Fadeeva et « La danse des épices » par Elena Nikitenkova ;


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Ci-dessous, de gauche à droite : « Moutarde pop art » par Olena Tsilujko et « Grain de poivre » par Nastya Krava ;


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Ci-dessous, de gauche à droite : « Fleur de pavot » par Juliet Pelukh et « Le paradis de la cardamome » par Natalia Dolgannikova ;


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Ci-dessous, de gauche à droite : « The rose » par Elena Korosteleva et « Amelie » la chicorée par Irina Zhmurenko ;


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Ci-dessous, de gauche à droite : « Le poème du safran » par Tatiana Inosova et « Vanille » par Alla Lukianova.


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Légendes de Lviv

Il s’agissait pour ce projet d’évoquer l’histoire et les légendes associées à Lviv, plus grande ville de la partie occidentale de l’Ukraine, centre historique de la Galicie et province anciennement polonaise puis autrichienne (photos ci-dessous). Les dix artistes participants étaient : Olga Tkach, Katerina Kyrylova, Olga Chernykh, Milena Kolomiets, Oksana Vesna, Natalia Chubina, Katya Akimova, Olena Tsiluyko, Lydia Hrynko et Alona Lemann.

Concours du 20e anniversaire

Cette 20e édition de « Modna Lyalka » a été l’occasion d’un concours de poupées entre 24 artistes exposants du salon international. Les trois lauréates, désignées par le public, sont : Olesya Getman avec l’œuvre « Vivre maintenant » (photo de gauche ci-dessous), Yuliya Malysheva avec « L’amour ne regarde pas avec les yeux, mais avec l’esprit » (photo du centre ci-dessous) et Elena Kantur avec « Fifi Brindacier » (photo de droite ci-dessous). Elles se voient offrir leur emplacement d’exposition au prochain salon « Modna Lyalka » du  3 au 5 avril 2020.


      © Olesya Getman             © Yuliya Malysheva             © Elena Kantur

Épilogue

À l’issue de trois journées de découvertes et de discussions passionnées avec les artistes, une question s’impose à l’esprit du visiteur étranger : comment expliquer une telle vitalité de la poupée d’artiste en Ukraine ? il semble que la réponse tienne à une raison simple et profonde à la fois : l’enracinement dans une longue tradition, comme en atteste l’existence de poupées datant de plusieurs millénaires, les motankas (autrement appelées Krupenichkas).
Ces poupées traditionnelles ukrainiennes, à la fois talismans domestiques de protection et de fertilité et jouets,  étaient fabriquées à la maison à partir de matériaux naturels sans danger pour les enfants : chutes de tissu, foin, paille, bois, herbes, feuilles séchées, graines,… Habillées de tenues brodées et parfumées avec des herbes aromatiques, elles ont la particularité d’être sans traits de visage, celui-ci ne portant qu’une croix symbolisant l’unité du ciel et de la Terre, les quatre points cardinaux, les quatre saisons et le soleil (photo ci-dessous).


                                                         © AminoApps

L’absence de visage a plusieurs explications : il faut laisser aux enfants le soin de développer leur imagination quant aux émotions de la poupée lorsqu’ils jouent avec elle ; une vieille croyance affirmant que les yeux peuvent voler l’âme de ceux qui les regardent, il fallait éviter que les poupées volent l’âme des enfants ; donner des yeux à une poupée, c’est lui donner une âme, qui risque d’être mauvaise ; de même que les enfants en bas âge ne doivent pas se regarder dans la glace pour ne pas être effrayés, il ne faut pas leur faire peur avec le regard d’une poupée ; un talisman ne doit pas avoir une apparence humaine.
Aujourd’hui le rôle rituel des motankas a partiellement cédé la place à une fonction décorative mais aussi sociale. Des poupées spéciales correspondent à divers événements de la vie : naissance, baptême, fiançailles, mariage, enterrement. Des artistes contemporains comme Oleksandra Rebenchuk perpétuent la tradition en fabriquant des motankas.

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Remerciements

Nous tenons à remercier chaleureusement pour leur invitation au salon et leur assistance durant tout son déroulement : Yurii Shumanskyi, organisateur du salon international annuel de poupées d’artistes et d’oursons Модна лялька (Poupée de mode) et du salon international professionnel Craft. Business & Hobby, consacré à l’artisanat du textile et de la bijouterie ; Irina V. Dubchak, responsable des relations d’affaires et de la coopération de ces mêmes salons.
Un grand merci également à Elena Kantur, artiste en poupées, qui m’a servi d’interprète improvisée durant le salon.

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