Les poupées folkloriques etc. Partie I : poupées traditionnelles russes, américaines et japonaises

Un peu de terminologie

Les poupées folkloriques et apparentées constituent un pan important du patrimoine et de la production vivante de poupées à travers le Monde. Il existe dans ce domaine une profusion de notions qui va nous obliger à faire un peu de terminologie pour éclaircir le paysage et savoir de quoi on parle. En effet, on rencontre dans la littérature et sur les sites web des termes qui sont rarement définis et parfois employés à tort : on parle de poupée folklorique, ethnique, exotique, traditionnelle, rituelle, régionale, nationale, de pays, du Monde, en costume, souvenir, ou encore touristique. Nous proposerons une classification simple de ces notions, qui s’appuie sur des définitions du CNRTL (Centre National de Ressources Terminologiques et Linguistiques), émanation du CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) et de l’ATILF (Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française), qui ont le double mérite d’être à la fois concises et contextuelles.
Il nous a semblé que l’adjectif folklorique (dans son acception première non péjorative) présentait le caractère le plus générique :
Folklore : ensemble des arts et traditions populaires d’un pays, d’une région, d’un groupe humain.
Voilà nos poupées traditionnelles (et par extension rituelles), régionales, nationales, de pays et du Monde rangées sous la bannière des poupées folkloriques. Les poupées en costume également, puisque ce terme très vague désigne ici implicitement le costume folklorique et ses dérivés spécifiques que nous venons d’identifier (costume traditionnel, régional, national,…), excluant les costumes de mode qui sont rattachés aux poupées mannequins. Poursuivons :
Ethnie : groupe d’êtres humains qui possède, en plus ou moins grande part, un héritage socio-culturel commun, en particulier la langue.
Voilà nos poupées ethniques apaches (Amérique du Nord) et bambaras (Mali et Sénégal) classées dans les poupées folkloriques, puisque la notion de groupe humain se retrouve dans la définition du folklore d’une part, et que le terme d’ethnie est plus restrictif que celui de peuple, qui s’accorde avec les épithètes régional, national,…d’autre part. Signalons ici une confusion répandue, sans doute due à l’influence anglo-saxonne : employer le terme ethnique pour désigner une couleur de peau différente du type européen. Ainsi, les Barbie noires censées représenter les afro-américaines sont baptisées « poupées ethniques », alors que les afro-américains ne constituent pas une ethnie, pas plus que les hispano-américains, entre autres pour la raison que la langue de ces groupes humains ne leur est pas spécifique.
Les poupées souvenir ou touristiques sont des avatars des poupées folkloriques en ce qu’elles ne sont pas forcément fabriquées de manière artisanale ou artistique par des représentants des peuples ou des ethnies concernées, mais peuvent être fabriquées industriellement n’importe où dans le Monde. On peut donc les classer dans les poupées folkloriques, en ayant à l’esprit cette remarque importante.
Restent les poupées exotiques :
Exotique : qui est relatif, qui appartient à un pays étranger, généralement lointain ou peu connu (du locuteur) ; qui a un caractère naturellement original dû à sa provenance.
Dans le domaine des poupées, le qualificatif d’exotique est plus étroit que cette définition : il recouvre souvent la notion d’objet de collection ancien de valeur, ce qui classe les poupées exotiques à part des poupées folkloriques, qui ne sont pas caractérisées par cette notion. C’est, par ailleurs, une notion relative : le sioux est exotique pour un breton, et réciproquement. Toutes les poupées sont donc logiquement exotiques. Cependant, nous en retiendrons la version la plus adaptée pour la clarté de l’étude, celle du point de vue de l’observateur occidental, qui considère comme exotique tout ce qui n’est pas européen.
Un autre problème se pose pour les poupées exotiques : il faut distinguer celles fabriquées par les peuples autochtones de celles fabriquées en Europe. Enfin, les poupées exotiques étaient par le passé souvent définies par des critères raciaux : on parlait de poupées noires, jaunes ou mulâtres. On parle plus aujourd’hui en termes géographiques (poupée indonésienne, japonaise, arabe,…), quoique subsistent encore de tenaces amalgames : cela n’a pas beaucoup d’intérêt de parler d’une poupée orientale ou africaine, pas plus que de parler d’une poupée occidentale ou européenne.
Dernière remarque liminaire : toutes ces poupées peuvent avoir le statut d’objet de collection ou de jouet, suivant leur valeur, leur fragilité ou leur état de conservation.
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Poupées traditionnelles et rituelles

Ces poupées sont dans une certaine mesure traitées dans la page Histoire. Remarquons que l’on trouve pour la plupart des poupées traditionnelles (c’est moins vrai pour les poupées rituelles, qui gardent encore un peu de leur pouvoir magique) des copies actuelles sous la forme de poupées souvenir ou touristiques : c’est particulièrement le cas pour les poupées kokeshi du Japon, qui ont aussi une dimension patriotique, et pour les célèbres poupées russes, ou matriochkas.

Russie

Arrêtons-nous un instant sur les poupées traditionnelles de Russie, dont l’histoire est particulièrement riche.
Il fut un temps où les poupées sauvaient des vies humaines en remplaçant les êtres humains dans les rituels de sacrifice. Ces poupées de substitution portaient un nom particulier qui était parfois celui du dieu ou de l’idole destinataire du sacrifice : Kostroma (photo), Morena, Kupalo, Yarilo,…En retour les personnes qui avaient donné les poupées à sacrifier demandaient un amour heureux, des récoltes abondantes, une bonne santé et un bien-être.

Les poupées étaient constituées de toutes sortes de matériaux facilement disponibles : paille, argile, bois, liber, épis de maïs, racines, cendre, branches d’arbre,…Dans ces temps reculés, les poupées n’étaient jamais laissées retournées mais « soigneusement gardées dans un panier ou un coffre embossé. De cette manière, elles passaient d’une fille à une autre », le problème étant que les familles rurales de l’époque étaient particulièrement nombreuses et pouvaient compter jusqu’à quinze enfants. Pour devenir une bonne mère, comme dans tant d’autres cultures, une fillette devait jouer à la poupée.
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Amulettes, poupées rituelles et jouet

Les poupées traditionnelles de Russie se classent en trois catégories selon leur rôle : amulette, poupée rituelle et jouet. Il est intéressant de noter que les traits du visage des amulettes, qui sont en fait des poupées de chiffon, ne sont pas peints : ceci est lié à d’anciennes croyances, associées au rôle de talisman de la poupée devenue objet magique. Cette poupée sans visage fonctionne comme un tjurunga : l’absence de face désigne la poupée comme inanimée et donc inaccessible aux puissances du mal. Les habits de la poupée amulette sont toujours de couleurs vives et brodés de symboles magiques (photo).

De nombreux rituels dans la vieille Russie étaient conduits avec l’aide de poupées spécialement fabriquées. Ces poupées rituelles étaient tenues pour sacrées et gardées dans le coin sanctifié de l’isba. Si une famille détenait une poupée de fertilité faite à la maison, elle moissonnerait une bonne récolte et serait prospère. La poupée baigneuse intervenait au début de la saison des eaux : on la faisait flotter sur la rivière, et les rubans attachés à ses mains emportaient les maladies et les peines avec elle, grâce au pouvoir purifiant de l’eau. La célèbre et grande poupée rituelle de Maslenitsa était faite de paille ou de liber : cette tradition prend ses racines dans les temps païens, quand le peuple russe disait adieu à l’hiver rigoureux pour accueillir le printemps avec des crêpes rondes, dorées et chaudes comme le soleil, des jeux, des chants et des danses, et la destruction par le feu d’une poupée à l’effigie de l’hiver (photo).

Une poupée de cendre était présentée à un couple le jour de son mariage comme symbole de la continuité de la famille et comme médiateur entre les vivants et l’au-delà : elle représentait l’esprit des ancêtres s’adressant à ses descendants. Des poupées rituelles étaient utilisées pour soigner : parmi elles, Kozma et Demyan, faites de plantes médicinales telles que l’achillée ou la camomille.
Les poupées jouets étaient destinées à l’amusement des enfants. Elles étaient faites par couture ou assemblage. Dans ce dernier cas, un bâton de bois était enveloppé d’une épaisse pièce de tissu, maintenue par une ficelle enroulée ; puis la tête et les mains étaient fixées au bâton, et la poupée était élégamment habillée. Parfois, ces poupées jouets étaient faites sans bâton.
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Les matriochki

Tout autre est le rôle de la matriochka, qui incarne une fonction patriotique en rencontrant à la fin du XIXe siècle le regain d’intérêt des russes pour leur histoire, leur culture, leur folklore et leur artisanat : ces célèbres poupées emboîtées racontent des histoires, des contes de fées, des contes épiques, des vies de héros nationaux,…Mais d’où viennent-elles ?
La première matriochka, cette figure familière de poupée potelée au visage rond portant un foulard et une robe folklorique russe (photo) n’est pas venue au Monde dans l’antiquité.

La création de cette poupée a en fait été provoquée par la figurine du sage bouddhiste Fukuruma apportée à Abramtsevo ( propriété située au nord de Moscou, qui devint le centre du mouvement slavophile et de l’activité artistique dans la Russie du XIXe siècle)  depuis l’île de Honshū au Japon. Inspiré par la tête oblongue et chauve de ce sage de bois au visage bon enfant, œuvre d’un moine russe habitant Honshū, le fabricant de jouets Vasili Zviozdochkin tourna la première matriochka, qui fut peinte par l’artiste Serguei Maliutin. Elle comprenait huit poupées imbriquées, alternant filles et garçons jusqu’à la dernière poupée, pleine, qui figurait un bébé emmailloté. Au fait, d’où vient le nom étrange de matriochka ?
Là, les explications ne manquent pas : c’est un dérivé du prénom féminin russe Matriona, traditionnellement associé à une femme russe de la campagne, corpulente et robuste ; ou bien du prénom Masha ou Mania ; ou encore de la déesse mère hindoue Matri ; ou enfin de « mat’ triochki », « mère des trois » en russe, allusion à une poupée japonaise contenant trois petite poupées identiques.
En 1900, les matriochki (pluriel de matriochka) gagnèrent une médaille et des éloges internationaux à l’exposition universelle de Paris. Au début du XXe siècle, une version dotée de pieds mobiles vit le jour, qui lui permettait de marcher sur un plan incliné. Et quel est le principe de fabrication des matriochki ?
Ce principe n’a pas évolué depuis les débuts. Le bois utilisé est du tilleul ou du bouleau, taillé en blocs puis bien séché. La plus petite poupée, pleine, qui peut être aussi petite qu’un grain de riz, est toujours faite en premier. Le tournage, qui nécessite une grande précision dans la taille du bois, est un art qui se pratique au jugé sans prendre de mesures et requiert plusieurs années d’apprentissage : certains maîtres tourneurs peuvent travailler les yeux fermés !

Les poupées russes sont ensuite polies, puis peintes et vernies. Au XIXe siècle, les matriochki étaient uniquement peintes à la gouache, tandis qu’aujourd’hui on utilise également de l’aniline, de la tempéra et même de l’aquarelle. On peint d’abord le visage, le tablier avec une image pittoresque, puis le sarafane ( vêtement féminin populaire russe, robe droite sans manche) avec le foulard.
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Amérique du Nord

Les États-Unis et le Canada ont, comme la Russie, une riche histoire de poupées traditionnelles (voir la page Histoire). Lorsque les européens arrivèrent dans le nouveau Monde au XVIe siècle, ils apprirent des autochtones comment fabriquer des poupées avec des matériaux naturels tels que la fibre de palmier nain, les épis de maïs ou de la paille de pin en bottes.

Les poupées autochtones

Parmi les ethnies fabriquant des poupées en enveloppe de maïs, on trouve les iroquois (photo gauche), les oneida (photo centre) et les cherokee (photo droite).

Les indiens seminole (photo gauche) fabriquent des poupées en fibre de palmier nain habillées de patchwork. Les bébés shoshone (photo centre) sont faits de peau de daim et placés dans un berceau décoré de perles. Les navajos réalisent des poupées en chiffon peintes parées de vêtements et de bijoux traditionnels (photo droite).

Les sioux lakota fabriquent des poupées « anges » (photo gauche). Les poupées conteuses pueblo sont en argile, et figurent une femme, parfois un homme, à la bouche ouverte en train de conter ou de chanter à un ou plusieurs enfants qu’elle tient dans ses bras ; elles symbolisent la famille, la tradition et le bonheur (photo centre). En Amérique centrale, les indiens mayas de l’actuel Guatemala fabriquent des poupées soucis miniature (pas plus hautes que 2,5 cm) rangées dans des pochettes colorées (photo droite) ; ce sont des porte-bonheur qui éloignent les cauchemars si on les place sous l’oreiller ; dans une autre version de la légende, il suffit de raconter un problème à chaque poupée, et elle apparaîtra dans un rêve pour apporter sa solution.

 

Il n’était pas habituel chez les indigènes de garder les poupées au-delà de l’enfance, d’où l’emploi de matériaux éphémères : la désagrégation du jouet symbolisait le passage de l’enfance à l’âge adulte. Même les poupées en bois ou en cuir n’étaient pas faites pour durer comme les produits artisanaux pour adultes. Dans de nombreuses tribus, il n’était pas approprié de discipliner les très jeunes enfants, aussi ne leur donnait-on pas de jouets qu’ils ne pouvaient pas mâcher ou jeter à la rivière. Toutefois, bien que les poupées n’aient pas été faites pour durer, elles étaient souvent admirablement parées de vêtements et de bijoux miniatures, décorées de perles ou peintes, portant de la fourrure animale ou même des cheveux de la mère de l’enfant à qui était destinée la poupée.
Les enfants indigènes étaient fascinés par les poupées que les colons avaient apportées d’Europe avec eux et les enfants des colons étaient tout aussi fascinés par les poupées des autochtones. Au fur et à mesure que les colons se déplaçaient vers l’ouest, les indiens faisaient du troc avec eux pour obtenir les petites poupées blanches ; en retour, les colons commandaient aux femmes autochtones des poupées en habits indiens comme jouets pour leurs enfants.
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Les poupées des colons

Au début du XIXe siècle, les familles de colons fabriquaient souvent des poupées pour leurs jeunes enfants, dont les « pennywoods » (poupées en chiffon ou en bois sculpté). Les filles plus âgées apprenaient à coudre en confectionnant leurs propres poupées. Les premières poupées fabriquées en série étaient en papier mâché ; aux États-Unis, pendant la guerre de sécession (1861-1865), les têtes creuses de ces poupées étaient utilisées pour passer en contrebande de la morphine et de la quinine aux soldats confédérés du sud, souvent dans les bras des enfants ! Lors de la reconstruction (1865-1877), les veuves du sud gagnaient leur vie en peignant à la main des poupées de papier figurant des femmes habillées en costume d’avant-guerre ; les poupées noires deviennent populaires auprès des familles blanches du sud, tandis qu’au nord ce sont les poupées à l’effigie du général Ulysses S. Grant (héros nordiste de la guerre de sécession et 18e président des États-Unis) qui sont à la mode.
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Japon
Les origines

Au Japon, il peut y avoir une continuité entre les figures humanoïdes dogū de l’époque Jōmon (8000-200 av. J.C.) et les figures funéraires haniwa de l’époque Kofun (300-600). L’expert Alan Pate note que des archives de temples mentionnent l’existence d’une poupée en herbe bénie et jetée à la rivière en l’an 3 av. J.C. ; la coutume, vraisemblablement plus ancienne, est à l’origine de la fête hina matsuri (voir ci-dessous).
Il existe au Japon de nombreuses poupées traditionnelles (appelées ningyō, littéralement « figure humaine »), détaillées dans le premier roman écrit au XIe siècle et intitulé « Le conte de Genji » : les filles jouaient à la poupée et aux maisons de poupées ; les femmes réalisaient des poupées protectrices pour leurs enfants et petits-enfants ; les poupées participaient à des cérémonies rituelles et religieuses, emportant les péchés des personnes qu’elles touchaient.
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Une tradition vivace

Les hōko (non explicitement mentionnées dans « Le conte de Genji ») étaient des poupées à corps mou données aux femmes enceintes pour protéger la mère et son futur bébé. Les premiers fabricants de poupées professionnels furent sans doute les sculpteurs de temples, qui employaient leur talent à réaliser des poupées saga (images d’enfants peintes sur bois). Les possibilités de cette forme d’art, exploitant le bois taillé ou la composition, le gofun et les textiles, étaient vastes.
À l’époque Edo (longue période de paix entre 1603 et 1868 après des siècles de guerres civiles), on trouvait d’excellents fabricants de poupées dans chaque ville importante. On vit se développer un marché de personnes fortunées prêtes à payer le prix fort pour exposer chez elles ou offrir les plus beaux ensembles de poupées. Le commerce des poupées fut régulé par le gouvernement, prévoyant l’arrestation ou le bannissement des fabricants ne respectant pas les lois sur les matériaux ou la hauteur des poupées.
Les poupées étaient utilisées lors de cérémonies rituelles comme hina nagashi (littéralement flottaison des poupées), où l’on mettait à la mer des bateaux chargés de poupées données par des petites filles, dont la santé et le succès étaient ainsi assurés, le mauvais sort étant éloigné à la mer par l’intermédiaire des poupées (photo).

C’est à l’époque Edo que la plupart des poupées traditionnelles ont vu le jour. Les plus célèbres sont les poupées hina, qui correspondent à hina matsuri, la fête ou jour des poupées, ou encore jour des filles (3 mars). Toutes sortes de matériaux peuvent les constituer, mais la poupée Hina classique a un corps pyramidal fait de textiles élaborés en plusieurs couches bourrés de paille ou de blocs de bois, des mains (et parfois des pieds) en bois taillé couvert de gofun, et une tête en bois sculpté ou composition moulée également couverte de gofun, avec des yeux incrustés en verre (avant 1850, gravés dans le gofun puis peints) et des cheveux naturels ou en soie. Un ensemble complet de poupées Hina comprend au moins 15 poupées représentant des personnages de cour de l’époque Heian (794-1185), les principales étant le couple empereur et impératrice (photo).
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Parmi les poupées traditionnelles les plus célèbres figurent les daruma, représentations très stylisées de Bodhidharma, le fondateur du bouddhisme Zen qui introduisit les arts martiaux dans le temple de Shaolin en Chine. Ces poupées rouges et sphériques à face blanche sans pupilles en papier mâché creux sont des porte-bonheur ; on dessine une pupille quand on se fixe un objectif, et la deuxième lorsqu’il est atteint. Elles furent inventées au temple de Shorinzan Darumaji dans la ville de Takasaki au XVIIe siècle : le difficile métier d’éleveur de soie de la région conduisit les fermiers à demander au temple un porte-bonheur pour parer aux saisons difficiles, d’où Daruma. Ces poupées ne tombent jamais car elles sont équilibrées par un poids, leur devise est « nanakorobi yaoki », « tombé sept fois, relevé huit », elles sont un symbole de persévérance. Comme tous les porte-bonheur au Japon, on ne les jette pas, elles doivent être brûlées lors d’une cérémonie Dondo Yaki dans un lieu saint de la religion shinto (photo).

Le nom des poupées ichimatsu vient de celui d’un acteur populaire du théâtre kabuki  (forme épique du théâtre japonais traditionnel ; centré sur un jeu à la fois spectaculaire et codifié, il se distingue par un maquillage élaboré et l’abondance de dispositifs scéniques destinés à souligner les paroxysmes et les retournements de la pièce) au XVIIIe siècle. Représentant à l’origine cet acteur, elles sont aujourd’hui associées à des figurations réalistes de bébés ou de jeunes enfants aux yeux de verre et à l’expression solennelle (photo).

Iki ningyō, littéralement « poupée vivante », désignait des poupées grandeur nature utilisées à l’époque Edo par des comédiens itinérants (photo). Elles choquèrent tellement (certaines spectacles mettaient par exemple en scène des poupées baignant dans leur sang) que le gouvernement édicta des lois limitant leur taille. Le terme désigne aujourd’hui les mannequins de vitrine.
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Les karakuri ningyō étaient des poupées mécaniques ou automates fabriquées au Japon du XVIIe siècle au XIXe siècle. Le mot karakuri signifie mécanisme ou astuce ; ningyō signifie personne et forme, ce qui peut être traduit par marionnette, poupée ou effigie. Les mouvements de la poupée, qui peut servir le thé (photo), tirer à l’arc, danser,…étaient faits pour divertir. Les Karakuri étaient utilisées au théâtre, comme gadgets domestiques, ou dans les festivals, où les poupées servaient à exécuter des reconstitutions de mythes et légendes traditionnels.

Les poupées hakata, du nom de l’un des sept arrondissements de la ville de Fukuoka dont elles sont originaires au XVIIe siècle, étaient à l’origine en argile et offertes dans les temples bouddhistes ou au gouverneur de l’arrondissement. Devenues de simples jouets en biscuit, puis de véritables œuvres d’art délicatement proportionnées et colorées à la fin du XIXe siècle, elles remportèrent des médailles d’or et d’argent à l’exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de Paris en 1925. Elles connurent la célébrité lorsque des soldats américains de retour de l’occupation du Japon après la deuxième guerre mondiale en rapportèrent aux États-Unis. Exportées peu après, elles furent produites en série de moindre qualité. Moins populaires au Japon aujourd’hui, elles sont encore fabriquées comme bibelots pour touristes ou selon la méthode artisanale traditionnelle (photo).
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Un okiagari-kobōshi  (« petit prêtre se relevant ») est une poupée creuse en papier-mâché conçue avec un contrepoids de façon à revenir en position verticale si elle est inclinée (sorte de culbuto, photo). Considérée comme porte-bonheur, et depuis longtemps jouet connu des petits japonais, symbole de persévérance et de résistance, elle remonte au XIVe siècle. Les premiers fabricants se sont probablement inspirés du modèle chinois de Budaoweng « vieil homme ne tombant pas », qui est lesté de la même façon, et dont la description remonte à la dynastie Tang (VIIe siècle – début du Xe siècle). Elle est  particulièrement appréciée et vendue dans la région Aizuwakamatsu de la préfecture de Fukushima, où les clients laissent tomber au sol plusieurs de ces poupées à la fois : celles qui restent droites sont considérées comme chanceuses ; les vendeurs les testent en abaissant deux poupées à la fois, celle qui se relève la première est plus chanceuse ; la tradition demande que l’on achète une de ces poupées pour chaque membre de la famille plus une, dans l’espoir que la famille s’agrandisse durant l’année.

Le bunraku est une forme de théâtre japonais datant du XVIIe siècle, dans lequel les personnages sont représentés par des marionnettes de grande taille (1,20 m à 1,50 m), opérées à vue par trois manipulateurs expérimentés (photo) et dont la tête, le bras gauche et le bras droit disposent chacun d’un système de leviers pour en contrôler les mouvements. La tête est vide et fixée à l’extrémité d’une baguette, qui constitue la colonne vertébrale de la marionnette ; les épaules sont matérialisées par une planche transversale, des éponges placées aux extrémités en suggérant la rondeur ; les bras et les jambes sont attachés à cette planche par des ficelles, des morceaux de tissus étant fixés à l’avant et à l’arrière de la marionnette. Le mécanisme de la tête permet de faire bouger les yeux, les paupières, les sourcils, la bouche ou de faire hocher la tête à la marionnette, ce qui lui donne la faculté d’exprimer toute une gamme d’émotions. Les têtes sont divisées en catégories selon le sexe, la classe sociale et le caractère du personnage, et peuvent être employées pour plusieurs pièces en faisant varier la perruque et la peinture : elles sont en effet repeintes et préparées avant chaque représentation.
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Les poupées kimekomi ont été créées à Kyoto en 1736. La légende raconte qu’un artisan économe travaillant dans le lieu saint de Kamo créa une poupée à partir de chutes de tissu et de bois de saule trouvé sur les rives de la rivière Kamo. Elles font référence à une méthode de fabrication qui consiste à partir d’une base de bois taillé, de composition moulée ou, pour les plus récentes, de plastique alvéolaire. Après avoir taillé d’étroites rainures dans le corps de la poupée, on y insère les bords du tissu que l’on colle ensuite. La tête et les mains sont finies au gofun. Les cheveux peuvent être moulés sur la tête ou faire partie d’une perruque. Ce type de poupée (photo) est l’objet de loisirs créatifs très populaires au Japon, où l’on peut acheter des kits avec une tête finie pour habiller sa poupée. La méthode est aussi appliquée par des artistes en poupées d’avant-garde, qui adaptent les anciens matériaux à de nouvelles visions.

Les  teru teru bozu (« brille brille moine ») ne sont pas à proprement parler des poupées, mais des formes fantômatiques en papier ou tissu blanc pendues par le cou à une ficelle tendue depuis une fenêtre, afin d’apporter le beau temps et d’éloigner la pluie (photo). Bozu est un terme d’argot faisant référence à un moine bouddhiste au crâne rasé. La tradition est née chez les fermiers à l’époque Edo. Ells peuvent être pendues à l’envers pour appeler la pluie. Dans les temps anciens, elles étaient pendues sans les yeux, qui étaient ajoutés si le souhait n’était pas exaucé dans l’instant.
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Les poupées kintarō sont offertes aux enfants durant les vacances de tango no sekku (l’une des cinq cérémonies annuelles tenues à la cour impériale du Japon), afin qu’ils soient inspirés par la bravoure et la force du légendaire Kintarō (photo). Ce nom, littéralement « garçon doré », est celui d’un héros du folklore japonais. Enfant à force surhumaine, il est élevé par une ogresse sur le mont Ashigara. Il devient ami des animaux de la montagne, et plus tard, après avoir capturé la terreur de la région, Shutendôji, il devient disciple de Minamoto no Yorimitsu (membre du clan Minamoto, un des quatre clans qui dominèrent la politique du Japon durant l’ère Heian) sous le nom de Sakata no Kintoki.

Les poupées musha, ou poupées guerrières, sont habituellement faites des mêmes matériaux que les hina, mais leur fabrication est plus compliquée, puisqu’elles représentent des hommes ou des femmes assis sur des chaises pliantes, à genoux ou à cheval (photo). Les armures, casques et armes sont faites en papier laqué, souvent avec des mises en valeur métalliques. Les personnages incluent : l’empereur Jimmu, l’impératrice Jingū et son premier ministre Takenouchi tenant dans ses bras l’empereur nouveau-né ; Shōki l’exorciste ; Toyotomi Hideyoshi, ses généraux et son maître de thé ; des personages de contes de fées, dont Momotarō le garçon de pêche ou Kintarō le garçon doré (voir ci-dessus).
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Les poupées gosho sont une forme simplifiée de mignons bébés grassouillets. Le gosho basique est un poupon assis presque nu, sculpté d’une pièce, avec une peau très blanche (photo), bien que des gosho vêtus, coiffés et accessoirisés de manière élaborée, garçons ou filles, soient devenus populaires. Ils se développèrent comme cadeaux associés à la cour impériale, gosho signifiant palais ou cour.

Avec la fin de l’époque Edo et l’avènement de l’époque moderne Meiji en 1869, la fabrication des poupées évolua. Les poupées à peau de soie devinrent populaires dans les années 1920 et 1930, permettant la création de kimonos élaborés pour les poupées qui représentaient des femmes de diverses périodes de l’histoire japonaise, en particulier l’époque Edo. Ces poupées furent rapportées par des militaires et des touristes après la seconde guerre mondiale.
La ville de Fukuoka devient un centre réputé de fabrication de poupées en biscuit, et les poupées hakata (voir ci-dessus) sont célèbres à travers tout le pays.
Anesama ningyō et shiori ningyō (littéralement « poupée grande sœur » et « poupée signet ») sont faites en papier washi. La première (photo gauche) est tridimensionnelle et offre souvent des coiffures élaborées et des costumes en papier washi de qualité élevée, tandis que la seconde (photo droite) est plate. Elles manquent souvent de traits du visage. Les poupées de la préfecture de Shimane sont particulièrement appréciées. Une version hybride appelée shikishi ningyō est devenue populaire ces dernières années : des personnages mis en scène sont disposés sur un rectangle de carton d’environ 0,1 m2  (photo bas).
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Sources de l’article

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1 réflexion sur « Les poupées folkloriques etc. Partie I : poupées traditionnelles russes, américaines et japonaises »

  1. Au Guatemala, les poupées-soucis sont appelées poupées de chagrin. J’en posséde. Il y a une petite note explicative dans le petit sac.

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