Une histoire des poupées en tissu (1re partie)


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Sommaire

Introduction

Par sa nature même, le textile joue un rôle important dans les sociétés humaines : matériau de base des vêtements, il présente des attributs économiques, sociologiques et psychoaffectifs indiscutables. Avec à chaque étape de leur confection une forte intervention humaine, les fibres nécessaires à leur réalisation sont cultivées, les fils sont formés et l’étoffe tissée. On peut affirmer sans crainte que des poupées en tissu sont réalisées depuis que le textile existe. Les étoffes sont depuis leur origine aisément disponibles, et n’importe quel couturier expérimenté peut les utiliser pour créer une poupée.
Le tissu figure apparemment parmi les matériaux de création de poupées les plus simples à maîtriser. De nombreux fabricants exploitent ce matériau en premier lieu : il est aisé de mesurer, coudre et assembler. De plus, les poupées de tissu offrent une qualité tactile spécifique et immédiate : elles semblent s’abandonner et répondre aux étreintes. La chaleur des étoffes employées pour leur élaboration possède un attrait affectif qui, pour de nombreux collectionneurs, surpasse celui de la plus fine porcelaine. Toutefois, peu de créateurs sont capables de façonner des poupées d’art en tissu sculptées.
Il y a bien eu une controverse arguant du coût trop élevé des étoffes pour en faire des poupées : en effet, le tissu était une marchandise précieuse, longue à produire dans les foyers, et on sait que la moindre chute était récupérée et réutilisée ; cependant, il est difficile d’imaginer que des mères aimantes n’aient pas été tentées d’employer ces précieuses pièces pour satisfaire leur instinct maternel.
Nous abordons dans cette première partie l’histoire des poupées dans l’antiquité, aux XVIIe et XVIIIe siècles, les poupées domestiques et artisanales aux XIXe et XXe siècle, et enfin leur production industrielle aux XIXe et XXe siècles. Une deuxième partie traitera des poupées à découper, des poupées publicitaires et de célébrités au XXe siècle, et des artistes en poupées pionniers du XXe siècle. Enfin, une troisième partie abordera les artistes contemporains.

Les poupées en tissu antiques

Grâce au sable chaud et sec, excellent milieu de conservation, des poupées en bois et lin brodé avec des cheveux en fil datant de l’Égypte antique ont été retrouvées intactes (photo de gauche ci-dessous). Leur nature grossière indique qu’il s’agit de jouets, les statuettes funéraires de cette période étant beaucoup plus raffinées. Il y a des preuves de l’existence de poupées en tissu dans la Grèce et la Rome antiques. Produites en abondance, elles sont bien meilleur marché que leurs homologues en bois, terre cuite ou ivoire. De fait, il s’agit d’une industrie artisanale, avec des centres de production le long de la route commerciale vers la Perse, tels que le centre de Sardes, capitale de la Lydie. Le British Museum abrite une poupée en lin de l’empire romain datant des premiers cinq siècles avant J.C., trouvée dans une tombe d’enfant et bien préservée (photo de droite ci-dessous). Le Royal Ontario Museum de Toronto (Canada) expose des poupées romaines en lin bourré de papyrus datant du IIIe siècle. Des vestiges d’autres poupées antiques se trouvent dans des sites archéologiques grecs et romains autour de la Méditerranée. Les coutumes de ces deux cultures veulent qu’une jeune femme en âge de se marier offre ses poupées aux dieux (voir Histoire des poupées). Enfin, des poupées découvertes dans des tombes d’enfants romains et chrétiens attestent de la tendresse qu’ils leur vouaient.


                                                                                                                   © British Museum

Les XVIIe et XVIIIe siècles

Il n’existe pas de vestiges de poupées en tissu médiévales. Une hypothèse attribue ce fait à l’influence du christianisme luttant vigoureusement pour effacer les traces des rites païens comme l’adoration d’idoles, auxquelles les poupées étaient assimilées.
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, des poupées en tissu sont fabriquées en Europe pour des maisons de poupées, comme jouets ou comme décorations pour des objets utilitaires tels que les étuis à aiguilles. Nombre de ces poupées sont en tissu déroulé et leur visage est  dessiné soit directement soit sur un papier collé ensuite sur la tête. La plupart des exemplaires ayant survécu est conservée dans des musées en Angleterre, en France et aux Pays-Bas. En France, les poupées artisanales conservées les plus anciennes datent du XVIIIe siècle. Elles sont en jersey ou en étoffe bourrée, ou en étoffe et peau, sculptées à l’aiguille et mesurent entre 5 et 30 cm.
De l’autre côté de l’Atlantique, l’existence de poupées en tissu dans l’Amérique des colons est démontrée par des mentions dans des inventaires, des journaux personnels ou dans la littérature. La poupée Mary Chilton, nommée d’après sa créatrice, est réputée pour avoir été fabriquée à bord du Mayflower (vaisseau anglais dont les passagers furent à l’origine de la fondation de la colonie de Plymouth dans le Massachusetts) en 1620. Elle était destinée aux enfants de la famille Brewster, le futur prédicateur de cette colonie. Une autre poupée, en lin et haute de 63,5 cm, connue sous le nom de Molly Brinkerhoff, appartenait aux enfants de la famille éponyme. Ses propriétaires la tenaient en si haute estime que lorsque les troupes britanniques s’avancèrent sur Long Island, elle fut enterrée dans un coffre avec d’autres objets familiaux de valeur pour la protéger des tuniques rouges ! la Rhode Island Historical Society détient une séduisante poupée en tissu datant de 1795, Polly Ann. Ayant appartenu à l’origine à la famille Wylie du Connecticut, elle n’a pas de jambes et mesure 21,75 cm du dessus du crâne au bas du torse. Intéressant à noter, les traits peints à l’encre sur son visage en soie sont dessinés dans le même style que ceux des poupées sculptées en bois de l’époque, y compris ses sourcils en pointillés. De nombreuses poupées en tissu moins prestigieuses « vivaient » certainement à l’époque des pionniers, qui ont laissé des récits attestant de leur existence. Nombre d’entre elles sont conservées dans les collections de sociétés historiques à travers le pays.

Poupée en tissu ou poupée de chiffon ?

Il est temps maintenant d’aborder la distinction entre poupée de tissu et poupée de chiffon. Selon les personnes, celle-ci est variable. Certains auteurs ou collectionneurs les emploient de manière équivalente. Les artistes du XXe siècle, qui se battent souvent pour faire reconnaître leurs poupées comme des œuvres d’art à part entière, préfèrent en général le terme « poupée en tissu », le jugeant plus valorisant que « poupée de chiffon ». La plupart des fabricants du XVIIe au XXe siècle présentent leur production comme « poupées de chiffon », appellation qu’ils considèrent comme ancienne et honorable, avec tout l’imaginaire de tendresse qui lui est associé. Enfin, l’experte Caroline Goodfellow propose des définitions plus rigoureuses : « poupée de chiffon » est un terme générique se référant à des étoffes quelconques ; « poupée en tissu » correspond au lin, au coton et à la soie, en incluant le calicot et la mousseline ; les poupées de chiffon sont généralement bourrées de tissu, de sciure de bois, de paille ou de kapok, la mousse (brute ou en flocons) et les vieux bas nylon étant également utilisés depuis les années 1950.

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Les poupées de chiffon faites à la maison aux XIXe et XXe siècles

Au cours de l’Histoire, les poupées en tissu ont été produites à la maison, puis de manière artisanale, puis industriellement, enfin par des artistes. Sensibles aux manipulations, à l’action des variations de température, de l’humidité, de la moisissure, des rongeurs et des insectes, elles sont par essence fragiles. C’est pourquoi la plupart de celles qui sont parvenues jusqu’à nous en bon état de conservation remontent aux XIXe et XXe siècle.
Au XIXe siècle, l’avènement des magazines féminins et pour filles, ainsi que l’invention de la machine à coudre, ont favorisé l’essor des poupées en tissu faites à la maison. Des conseils pour leur fabrication sont publiés dès 1831 dans le périodique « American girl’s book ». En 1882, la société Butterick publie dans son magazine « Delineator » son premier patron de poupée de chiffon, suivie par le magazine « Housewife » en 1890 et l’éditeur Crowell Publishing en 1912. Durant les années 1920 et 1930, de nombreux artisans et artistes publient des patrons pour poupées de chiffons. Les artistes Dorothy Heizer et Edith Flack Ackley vendent des kits dans divers magazines : la première propose en 1923 la poupée « Pretty miss Penelope » (photo de gauche ci-dessous) dans la revue « Modern Priscilla » ; la seconde en 1934 un patron estampé sur l’étoffe dans le magazine « Woman’s home companion ». Un ouvrage de Nina Jordan intitulé « Homemade dolls in foreign dress » et publié en 1939 (photo de droite ci-dessous) donne des instructions simples pour réaliser une poupée de chiffon avec ses tenues et accessoires à partir de matériaux courants.

Pendant la seconde guerre mondiale, les poupées de chiffon domestiques restent populaires en raison de la pénurie de poupées commerciales. Elles représentent souvent des membres des forces armées, incluant les contingents féminins et les infirmières de la Croix-Rouge. Depuis les années 1950, des sociétés telles que Butterick, McCalls et Simplicity continuent à produire des patrons de poupées en tissu, collectionnables en tant que tels pour leur valeur de témoignage des évolutions de la mode vestimentaire. Ci-dessous de gauche à droite, trois créations domestiques du début du XXe siècle : deux poupées noires représentant des employées d’une plantation de Géorgie, à traits dessinés, cheveux en laine et doigts cousus ; poupée réversible (topsy-turvy) ; poupée de la communauté religieuse anabaptiste Amish.


          © Skinner Auctioneers                        © J. Compton gallery                         © J. Compton gallery

L’industrie familiale des poupées aux XIXe et XXe siècles

Le terme « industrie familiale », ou « industrie artisanale », ou encore « artisanat familial » désigne les petites entreprises, souvent commencées par une production à la maison, qui vendent au public par l’intermédiaire de détaillants, de boutiques spécialisées ou de grands magasins. Il est intéressant de noter que dans le domaine des poupées en tissu, la plupart de ces petites entreprises ont été fondées et gérées par des femmes. Ce fait est remarquable par ce qu’il nous dit du climat social de l’époque et des motivations de ces fabricantes de poupées.
Le milieu du XIXe siècle en occident témoigne d’un monde en évolution rapide. La révolution industrielle a procuré un meilleur niveau de vie à la majeure partie de la population et a vu l’émergence de deux nouvelles classes sociales : la classe moyenne et les enfants. Cette dernière mérite une petite explication : il peut paraître étrange de considérer les enfants comme une classe sociale, et pourtant force est de constater qu’avant le milieu du XIXe siècle, l’enfance telle que nous la concevons aujourd’hui, une étape de développement de la personnalité reposant largement sur le jeu, n’existait pas. Avant l’âge de trois ans, les enfants étaient des bébés, puis devenaient des adultes en miniature, ce qui se traduisait entre autres par leur habillement copiant celui de leurs aînés. Leurs activités visaient à acquérir les aptitudes nécessaires à tenir leur place dans la société. Les très jeunes enfants devaient bien se comporter et souvent travailler pour contribuer aux dépenses de la famille. Avec la fin du XIXe siècle le tableau commence à changer : la nouvelle classe moyenne n’est plus contrainte, pour compléter ses revenus, de compter sur le travail des enfants, qui ont alors du temps pour le jeu et profitent de sa valeur éducative, désormais reconnue par les parents, influencés par les idées d’une discipline naissante, la psychologie. La maternité, qui reste l’horizon assigné des jeunes filles, accorde une importance nouvelles aux poupées, auxiliaires pour l’apprentissage des savoir-faire en éducation, puériculture et hygiène.
Face à la mécanisation de la société, une tendance émerge en cette fin de XIXe siècle : un retour vers l’artisanat de création, inspiré par le mouvement « arts and crafts ». Au même moment, les femmes se dressent pour des idées aussi révolutionnaires que l’égalité entre les sexes et le droit de vote, et commencent à s’immiscer dans le monde des affaires. Ces changements ont une influence sur le domaine des poupées : des industries familiales créées par des femmes voient le jour, poussées par le désir de proposer des poupées moins précieuses et luxueuses que celles produites par les hommes, et par la volonté d’indépendance financière. C’est aussi le temps des projets visant à lever des fonds pour des œuvres caritatives, et de nombreuses femmes produisent des poupées dans ce but. Toutes ces motivations conduisent les femmes à exploiter leur talent dans un domaine qui leur est familier, celui des fils, des tissus et des patrons : la couture.

Izannah Walker

À tout seigneur tout honneur : pour inaugurer cette série de créateurs d’industries artisanales, commençons par Izannah Walker, l’une des premières femmes américaines à fabriquer des poupées. Menuisière expérimentée, elle est dépositaire d’un brevet et fondatrice d’une entreprise prospère dont la production, exemple exceptionnel de l’art populaire américain, est devenue, par sa beauté et sa rareté, l’objet de la convoitise des musées et des collectionneurs (photos ci-dessous). Née à Bristol (Rhode Island) en 1817 et orpheline à l’âge de sept ans, on sait peu de choses sur le début de sa vie. Lors du recensement de 1865, elle est mentionnée comme fabricante de poupées résidant à Central Falls. Un désaccord a longtemps subsisté quant à la date de production de ses premières poupées. La chercheuse Monica Bessette a retrouvé une épreuve ferrotypique datant de 1857, qui montre une fillette tenant une poupée Izannah Walker. L’histoire familiale laisse penser qu’elle fabriquait des poupées pour ses proches dès les années 1940.
Les sœurs d’Izannah l’assistaient dans la peinture des têtes et des corps des poupées. On en trouve dans de très nombreuses tailles : 39, 43, 46, 51, 53,5 et 64 cm. Une de leurs caractéristiques les plus distinctives est la manière dont leur coiffure est peinte : des bouclettes au-dessus des oreilles et une frange haute brossée rappellent les portraits d’enfants dans l’art populaire américain du milieu du XIXe siècle. Leurs tenues d’origine reflètent la mode enfantine populaire de cette époque. Depuis le début des années 1980, au fur et à mesure de la compréhension grandissante de leur importance dans l’histoire des poupées, leur valeur a augmenté considérablement : des exemplaires qui se vendaient autour de 100 $ dans les années 1970 atteignent maintenant de 3 000 à 40 000 $ selon leur état de conservation.


                        © Ruby Lane                                                                               © Art dolls historically inspired

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Käthe Kruse

En Europe, plus précisément en Allemagne, Käthe Kruse est un personnage incontournable. Artiste douée et entrepreneure avisée, elle suscite l’enthousiasme des collectionneurs, influence toujours les artistes contemporains et fonde en 1911 une industrie familiale qui compte encore aujourd’hui 450 employés. Après avoir confectionné pour sa fille Mimerle une poupée à partir d’une serviette remplie de sable pour le corps et d’une pomme de terre en guise de tête, elle perfectionne sa technique en essayant les moules en plâtre pour les têtes, la mousseline bourrée de sciure de bois pour les corps et la cire pour renforcer les visages en tissu. Le succès ne tarde pas et de nombreux articles de journaux vantent les mérites de ces poupées aux proportions réalistes, lavables et incassables. Les mamans se pressent à l’atelier afin de demander des poupées pour leurs enfants.
Les grands fabricants de poupées s’y intéressent aussi, mais sont victimes de leur résistance au changement : les yeux et cheveux peints, au lieu des yeux en verre et des perruques en usage à l’époque, les déconcertent. De plus, ils sont rebutés par les têtes fixes et les articulations simples aux épaules et aux hanches, comparées aux articulations à boule usuelles. Consciente du risque de contrefaçons, Käthe demande les droits exclusifs sur ses conceptions et négocie leur production par la société Kämmer et Reinhardt. Mécontente du résultat, en particulier à cause de l’utilisation d’articulations à boule qu’elle juge peu naturelle, elle annule le contrat. Des grosses commandes provenant des États-Unis lui font engager cinq couturières et un artiste nommé Beyer pour l’aider à peindre les poupées. Elle transforme dans un premier temps son appartement en atelier, puis trouve un local industriel dans la ville de Bad Kösen (Saxe-Anhalt), et finit par s’installer en 1927 dans une vieille école qu’elle métamorphose en usine. En 1939, elle a 120 employés et produit 12 000 poupées par an. Après la seconde guerre mondiale, deux de ses fils quittent Bad Kösen occupée par les soviétiques et passent à l’Ouest à Donauwörth. Jusqu’en 1950, date à laquelle elle les rejoint, l’entreprise est gérée depuis les deux sites. Les sentiments qu’elle éprouve pour ses poupées et le succès qu’elles rencontrent sont bien exprimés dans une interview  accordée en novembre 1912 au « Ladies’ home journal » : « chaque poupée passe au moins vingt fois entre mes mains. Je pense que c’est le secret de leur succès : pas la solution technique -un homme aurait pu la trouver- mais la création d’un bébé, une innocente, douce et insensée petite chose ! cette création est seulement possible pour une femme, une mère, qui a tenu encore et encore dans ses bras une affectueuse et divine poupée ».
Les poupées produites entre 1910 et 1956 reposent sur cinq modèles de tête basiques :

  • poupée I – la première conception
  • poupée II – « Schlenkerchen » (petite molle)
  • poupée V/VI -« Traümerchen » et « Du mein » (petite rêveuse et tu es à moi)
  • poupée VIII – « Deutsches Kind » (l’enfant allemand)
  • poupée XII – « Hamplechen » (petite sautillante)

Les numéros III, IV et XI n’ont pas été utilisés, probablement des modèles expérimentaux. Les numéros VII, IX et X sont des plus petites versions des modèles I et VIII. Les têtes de toutes les poupées sont obtenues en trempant le tissu dans de la colle et du stuc humide, pressé ensuite dans un moule en bronze. Les corps sont bourrés de crin de renne et les traits du visage sont peints à l’huile. En 1915, Max Kruse, le mari de Käthe, invente un squelette en fil métallique breveté à leurs deux noms. Les poupées sont vendues habillées à la mode enfantine de l’époque, estampées de la signature de Käthe Kruse au bas du pied gauche et étiquetées, marquages qui ont souvent disparu.
La poupée I, d’une taille de 40,5 cm, est modelée d’après un buste d’enfant du sculpteur baroque flamand Fiamingo, et représente un garçonnet de deux ou trois ans robuste, aux hanches larges articulées par disque (photo de gauche ci-dessous). Le modèle II, d’une taille de 33 cm et doté d’une bouche ouverte-fermée, fabriqué entre 1922 et les années 1930, est la seule poupée Käthe Kruse qui sourie et possède à la fois les yeux ouverts et les cils peints (photo du centre ci-dessous). Son nom vient du fait que sa tête, ses bras et ses jambes sont lâchement cousus. Les poupées V (49,3 cm et 2,3 kg) et VI (59 cm et 2,7 kg), souvent appelées « bébés de sable » par les collectionneurs car remplies de cette matière, ne diffèrent que par la taille et le poids et furent conçues en 1925 pour servir de support éducatif pour les jeunes filles. « Traümerchen » est un bébé dormeur aux yeux fermés et « Du mein » un bébé éveillé aux yeux ouverts. Les têtes, cousues lâchement sur les corps en jersey bobiné ou en mousseline, nécessitent un soutien comme pour un vrai bébé. Une version de la poupée VII (35 cm) est un modèle réduit de « Du mein », l’autre un modèle réduit de I. « Deutsches Kind » sort en 1929 et mesure 52 cm. Sa tête est modelée sur celle du fils de Käthe, Friedebald, par le sculpteur Igor von Jakimow (photo de droite ci-dessous). Première poupée Käthe Kruse à être dotée d’une tête pivotante, elle représente un garçon ou une fille plus âgé que ses autres poupées, possède un corps plus grand et plus svelte, et des tenues plus chères. Le nom « enfant allemand » est sujet à controverse durant la seconde guerre mondiale, mais sa créatrice argue du fait que ce nom était déjà usité bien avant le troisième Reich. La poupée IX (35 cm) est un modèle réduit de la VIII, et sort en même temps qu’elle. Moins coûteuse à produire que sa grande sœur, elle est très populaire. La poupée X est une nouvelle version de la VII, dotée d’un cou pivotant. La XII est introduite au début des années 1930. Disponible en trois tailles (35, 39 et 45 cm), elle a trois coutures verticales à l’arrière de la tête, une perruque peinte et peut tenir debout.
Toutes les têtes en tissu des poupées de Käthe Kruse ont des yeux peints et, à l’exception de la II, des bouches fermées. À partir des années 1950, les têtes des poupées sont faites de matériaux synthétiques. Dans les années 1990, la compagnie produit des éditions limitées de copies d’anciennes poupées en tissu.


                           © Ruby Lane                                            © Christie’s

Les poupées de chiffon presbytériennes

La première Église presbytérienne de Bucyrus (Ohio) commence à fabriquer des poupées de chiffon en 1885 afin de lever des fonds pour financer ses œuvres caritatives (photos ci-dessous). Baptisées Presbyterian rag dolls, il s’en vendra des milliers. Hautes de 43 cm, leurs visages sont peints à la main. Les corps articulés aux épaules et aux hanches sont en mousseline non traitée bourrée de coton. Leurs mains ont des doigts joints cousus et leurs pieds sont exempts d’orteils. Les poupées, ainsi que leurs vêtements d’origine constitués d’une robe longue descendant aux chevilles et d’un bonnet de paysanne, sont cousus à la main. En 1956, l’église produit à nouveau ces poupées selon les patrons originaux : toutefois, les différences de tissu et de finition se remarquent. Les mains de ces nouvelles poupées n’ont pas les doigts cousus et la peinture à l’huile du visage et des mains est pesamment appliquée. De plus, l’étoffe des vêtements est clairement identifiable comme datant des années 1950.


                      © Ruby Lane                                         © Ruby Lane                                      © Theriault’s

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Mother’s Congress Doll Co.

Cette société de Philadelphie (Pennsylvanie) produit entre 1900 et 1911 des poupées de chiffon selon un patron breveté par Madge Lansing Mead (photos ci-dessous). Le patron comprend sept pièces, dont une seule pour la tête. Cette dernière pièce inclut une section circulaire qui donne sa forme à la tête. Les traits du visage lithographiés sont appliqués sur une étoffe au relief arrondi et non pas plate comme pour les visages lithographiés d’autres fabricants. Sont également imprimés les cheveux blonds avec un nœud bleu et les babies noires. En mousseline non traitée bourrée de coton doux, articulées aux épaules, hanches et genoux, les poupées ont des doigts de main joints et mesurent entre 43 et 61 cm. Le marquage estampé sur leur poitrine indique : Mother’s Congress Doll / Baby Stuart / Children’s Favorite / Philadelphia, Pa. / Pat. Nov. 6, 1900.


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Les poupées de chiffon moraviennes

Des membres de l’Église moravienne fabriquent de 1872 aux années 1930 une petite poupée appelée Polly Heckenwelder (photo de gauche ci-dessous), d’après le nom de la fille du missionnaire John Gottlieb Ernestus Heckenwelder. Née en 1781 alors que son père travaillait avec les indiens Delaware, Polly serait le premier enfant blanc né dans le territoire de l’Ohio. La société des couturières de l’Église moravienne de Bethléem (Pennsylvanie) fabrique à l’origine cette poupée appelée Moravian rag doll afin de lever des fonds au profit des soldats blessés lors de la guerre de sécession. Après la guerre, l’aide va aux esclaves affranchis, aux pasteurs moraviens et à diverses autres œuvres de charité. Cette poupée au visage plat, qui mesure entre 40,5 et 45,5 cm, a des traits délicatement dessinés et peints à la main. Son corps en coton est articulé aux épaules, aux hanches et aux genoux. Ses doigts de main joints sont cousus et les pouces sont allongés. Elle est habillée à la mode de l’époque : robe guingan rose et blanche ou bleue et blanche avec des boutonnières travaillées et de vrais boutons. Elle porte un bonnet intérieur en dentelle et un bonnet extérieur crocheté. La poupée tient un petit sac à main contenant l’histoire de Polly.
Une autre petite poupée, de 14 à 17,5 cm, est fabriquée par l’Église moravienne : Benigna (photo de droite ci-dessous), d’après le nom de la fondatrice du premier pensionnat protestant pour filles des États-Unis. Elle représente des femmes moraviennes de différents âges et statuts conjugaux. La couleur de la coiffe indique ce statut, blanche pour une veuve, bleue pour une religieuse mariée, rose pour une religieuse célibataire et rouge cerise pour une petite fille. La poupée porte un sac à main à cordonnet avec une carte la présentant ainsi que son modèle réel Benigna.


                                © Ruby Lane                                                                  © WorthPoint

Les poupées de chiffon colombiennes

Lors de la célébration en 1893 du quatrième centenaire du voyage de Christophe Colomb vers l’Amérique avec l’exposition universelle de Chicago, Illinois (« World’s columbian exposition »), des poupées de chiffon fabriquées par les sœurs Emma et Marietta Adams de la ville d’Oswego (New York) enthousiasment le public et gagnent un diplôme de mérite. Baptisées Columbian dolls (poupées colombiennes), elles sont en mousseline ferme bourrée de coton ou d’excelsior autour d’un centre en sciure de bois pour la tête et le torse, les doigts et les orteils étant cousus.  Les traits et les cheveux de leur visage plat sont peints à la main, les membres sont peints couleur chair et raidis par application d’un enduit, tout ceci étant exécuté par Emma jusqu’à sa mort en 1900. Par la suite, des artistes prirent le relais jusqu’à l’arrêt de la production en 1910, sans jamais égaler la qualité du travail d’Emma. Marietta contribue à la production des poupées en assurant la conception et la fabrication de leurs vêtements, finis avec boutonnières, boutons et passements. Les poupées portent une coiffe, ainsi que des bas et des chaussons en chevreau cousus main. Disponibles en tailles de 39, 48, 58,5 et 73,5 cm et en version noire, elles portent des robes blanches, guingan roses ou bleues, un costume de garçon ou une robe de bébé blanche, voire une simple chemise, tous en coton (photos ci-dessous).
À partir d’avril 1900 et lors d’un voyage qui va durer 2 ans et 8 mois, la plus célèbre d’entre elles, Miss Columbia, escortée d’une poupée représentant un compagnon blond habillé en Oncle Sam réalisé en 1901 par Mme Covey de Los Angeles, fait un tour du Monde organisé par Mme Elizabeth R. Horton, propriétaire d’une collection internationale de poupées, pour lever des fonds caritatifs à destination des enfants, et rapporte de nombreux souvenirs. Les deux poupées et leurs souvenirs résident aujourd’hui au Wenham Museum de Wenham (Massachusetts). Les poupées colombiennes étaient vendues au Better Toy Store de New York et dans des grands magasins tels que Marshall Fields.


                        © Ruby Lane                                         © Theriault’s                               © Maida Today

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Les poupées indestructibles de l’Alabama

Les Alabama babies, ou Alabama indestructible dolls, Ella Smith dolls, ou encore Roanoke indestructible dolls (photos ci-dessous), sont fabriquées à partir de 1899 par Ella Louise Smith, née Gantt (parfois orthographié Gaunt ou Gauntt), originaire de la ville de Roanoke (Alabama). Pour faire face à la demande, son mari, S.S. Smith, construit une petite usine derrière leur maison et la production manuelle se met en place avec l’aide de 12 employés. En 1904, Ella expose à Saint-Louis (Missouri) et dépose en 1905 aux États-Unis son premier brevet de fabrication d’une poupée en tissu. La tête, le cou et le buste sont moulés dans du plâtre puis couverts d’étoffe, le corps en tissu est bourré de coton. Une tige en bois, insérée dans le corps et la tête, maintient celle-ci bien droite. Les doigts sont cousus et les bras et jambes passés à la peinture hydrofuge. Les oreilles, en tissu bourré, sont cousues séparément. Les pieds sont parfois peints nus avec des orteils cousus, mais généralement sont peintes des chaussures marron, roses ou bleu vif à fermeture par un bouton, ou des bottines. Disponibles en version noire ou blanche et en sept tailles comprises entre 31 et 69 cm, elles possèdent des perruques ou des cheveux peints, ces derniers ayant la préférence de leur créatrice. Fait remarquable, Ella est la première entrepreneure américaine des États du Sud à commercialiser des poupées noires.
Les poupées indestructibles de l’Alabama sont exposées à la Southeastern Fair d’Atlanta (Géorgie) en 1907 et à la Jameston Exposition (Virginie) la même année. L’année suivante, 8 000 poupées sortent de l’usine d’Ella Smith. En 1919, elle dépose un brevet aux États-Unis pour la fabrication d’oreilles en plâtre de Paris moulé couvert de tissu, agrafées à la tête de la poupée. Puis elle dépose d’autres brevets, en Allemagne en 1921 pour des pièces et têtes de poupées, aux États-Unis en 1924. Ces derniers, au nombre de trois, concernent : une couverture hygiénique pour maintenir les poupées propres ; un patron protégeant les bras de l’arrachement, utilisant un cylindre en bois pour rigidifier les épaules ; une nouvelle technique de fabrication des têtes, reposant sur une alternance de couches de tissu et de plâtre de Paris. L’usine cesse son activité en 1925, sept ans avant le décès d’Ella.


              © Martha’s dolls                     © Izannah Walker Journal

Les bébés de chiffon missionnaires

Les Missionary rag babies ou Beecher babies sont l’œuvre de Julia Jones Beecher, native d’Elmira (New York). Sa première poupée est confectionnée pour sa jeune nièce Daisy Day, qui désirait s’occuper d’un « vrai bébé ». Comme souvent en pareille circonstance, la famille et les amis réclament à leur tour une poupée. De 1893 à 1910, Julia produit ses poupées avec l’aide du cercle de couture de l’Église congrégationaliste Park Church d’Elmira. Les fonds récoltés par leur vente vont aux missions nationales et étrangères de l’Église, avec des envois de dons jusqu’en Australie. La fabrication des poupées emploie de la soie rose et des sous-vêtements en coton. Les visages et les corps sont en jersey sculpté à l’aiguille et les traits peints à l’huile. Du fil jaune souple cousu en boucle constitue la coiffure. Les mains ont les doigts étirés ou les poings serrés, doigts et orteils sont cousus, avec des articulations à soufflet aux épaules, hanches et genoux. Disponibles en tailles comprises entre 40,5 et 58,5 cm, elles sont souvent habillées en robe de bébé et bonnet (photos de gauche et du centre ci-dessous).
Plus rares que les blanches, des poupées noires ont été attribuées à Julia. Dotées de têtes moulées en jersey noir et de corps en satin marron, leurs bouches sont brodées avec du fil de bourre de soie rouge, leurs yeux faits de boutons de chaussures et leurs cheveux de fil noir. Il n’a pas été prouvé que ces poupées sont bien de Julia Jones Beecher.


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Les bébés de chiffon de Philadelphie

Les Philadelphia babies ou Sheppard babies sont produites à Philadelphie (Pennsylvanie) à partir de 1900 et vendues dans le département nouveau-nés du magasin J.B. Sheppard & Co., en activité de 1860 à 1935. Les poupées sont habillées dans l’atelier du magasin par des couturières expérimentées, leur lieu de fabrication restant un mystère.  Elles mesurent entre 45,5 et 56 cm et possèdent un visage en jersey moulé avec des paupières profondément incisées et une couture verticale à l’arrière de la tête. Les corps sont également en jersey, avec la tête, la plaque d’épaules, les avant-bras et les jambes peints à l’huile. Les cheveux sont clairs ou foncés, et les yeux bleus ou marron. Les poupées ont des articulations à soufflet aux épaules, hanches et genoux. La tenue d’origine consiste habituellement en une robe de bébé longue et un bonnet (photo de gauche ci-dessous).


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Les poupées de chiffon Amish

« Tu ne te feras point d’image taillée, de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre ». Ce commandement biblique (Deutéronome 5:8) est la principale raison pour laquelle les poupées de chiffon fabriquées par la communauté religieuse anabaptiste des Amish, localisée dans le comté de Lancaster (Pennsylvanie), n’ont pas de visage (photo de gauche ci-dessous). Une interprétation littérale de ce commandement ordonne qu’aucun artefact, tel que les poupées, ne soit la représentation exacte d’un être humain. Les enfants ne pouvant pas considérer une poupée sans visage comme une telle représentation, en posséder une n’est pas un péché. La légende raconte qu’une fillette Amish s’était vue offrir par son professeur une poupée avec un visage pour Noël. Son père entra dans une grande colère et arracha la tête de la poupée, en disant : « seul Dieu peut créer des gens ». Puis il remplaça la tête par un bas rembourré. Ainsi naquit la poupée Amish sans visage.
Mais d’autres raisons de cette absence de visage sont avancées. Dans certaines cultures est répandue la croyance que les visages des poupées renforcent le sentiment d’orgueil chez les enfants. Pour les amérindiens de l’ethnie Oneida, les poupées en enveloppe de maïs n’ont pas de visage pour éviter l’identification de l’enfant à un beau visage de poupée et la vanité qui en résulterait. Chez les Amish, les portraits, incluant la photographie, encouragent le péché de vanité, et sont donc interdits. De même, les visages de poupées créent une image idéalisée du visage humain. C’est pourquoi les poupées sans visage sont interprétées comme une affirmation de l’humilité des Amish.
Un des dogmes les plus importants de la religion Amish est l’égalité de tous devant Dieu. Nombreux sont ceux qui pensent que les poupées de chiffon Amish ont été créées sans visage pour cette raison. L’absence de visage les prive de personnalité et renforce le sentiment d’égalité dans la communauté et plus largement au sein de l’espèce humaine.
Dans les foyers Amish, on fabriquait des poupées en enroulant du tissu ou des bouts de couverture autour de morceaux de bois. Comme il y avait peu de jouets, les garçons aussi bien que les filles jouaient avec ces poupées. Il est possible que les poupées de tissu sans visage aient évolué à partir de ces poupées de fortune en bois.
Pendant que les Amish faisaient des poupées, d’autres américains en fabriquaient à partir d’enveloppe de maïs, de vieux vêtements, de pinces à linge et de cuillères en bois enroulées dans du tissu. Les poupées des pionniers partageaient avec les poupées Amish cette caractéristique de l’absence de visage. Il est possible que ces dernières soient issues de la même tradition que les poupées des pionniers, ce qui expliquerait leur absence de visage. Les poupées « Swartzentruber », réalisées dans les milieux Amish les plus stricts, sont encore plus basiques puisque sans bras ou jambes.
Il ne fait pas de doute que la production de poupées sans visage est maintenue pour soutenir une industrie artisanale à destination des touristes (photo du centre ci-dessous). Aujourd’hui, il arrive que l’on offre aux enfants Amish des poupées modernes avec visage qu’ils habillent ensuite avec des tenus traditionnelles, car il leur est interdit d’utiliser des tissus raffinés ou colorés. Dès le début du XXe siècle, il y a des exemples de poupées de chiffon Amish avec visage dessiné ou cousu. Il était courant avant cette époque de créer des poupées de chiffon sans visage dans différentes cultures. Des poupées de porcelaine modernes à visage moulé sont même vêtues comme des enfants Amish.
La dernière raison de l’absence de visage des poupées Amish est de nature plus mercantile. Au début du XXe siècle, des collectionneurs commencent à manifester un intérêt pour les poupées Amish sans visage et des commerçants opportunistes répondent à leur besoin. Bien que la plupart des enfants Amish soient aujourd’hui autorisés à jouer avec des poupées dotées d’un visage, l’intérêt des collectionneurs pousse les fabricants à produire la poupée traditionnelle sans visage.
Le corps des poupées de chiffon Amish est habituellement en étoffe blanche ou crème, telle que la mousseline non traitée, provenant de chutes de tissu utilisé pour confectionner les vêtements de la famille. Les visages, sans traits, sont souvent faits en toile cirée. Le bourrage est généralement en chiffon, mais l’usage du coton, ou plus récemment du polyester, est aussi courant. La couture est faite à la main ou à la machine. Dans la communauté Amish, les machines utilisées sont à pédale. Sur les poupées les plus anciennes, il n’est pas rare de rencontrer des têtes ou des corps constitués de plusieurs couches de tissu. Lorsque la poupée est sale ou usée, la tête et les membres sont recouverts de tissu propre.
Les fabricants de poupées en tissu Amish sont anonymes, à l’exception de Lizzie Lapp, originaire de Bird-in-Hand dans le comté de Lancaster, qui vend des poupées sous son nom aux membres de sa communauté et aux touristes, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Reconnaissables à leur forme de sablier, ses poupées portent des tenues Amish traditionnelles et des gants et des chaussettes en toile de jean, mais pas de bonnet (photo de droite ci-dessous).
Les authentiques poupées Amish anciennes faites pour les enfants sont très recherchées par les collectionneurs, et ce depuis les années 1930.


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Martha Jenks Chase

Fille et femme de médecin, mère de sept enfants, Martha Jenks Chase, née à Pawtucket (Rhode Iland), est naturellement sensible aux liens entre propreté et santé. Elle crée et fabrique à partir de 1889 des poupées qu’elle veut sûres, légères et durables, douces à tenir et hygiéniques (photos de gauche et du centre ci-dessous). Bien qu’en tissu, elles sont peintes à l’huile et vernies, ce qui les rend lavables. Martha sélectionne avec grand soin les matériaux : bourre de coton pour le rembourrage, peinture au zinc non toxique et durable. Le jersey est tendu sur un masque à traits en relief, fabriqué à partir d’un moule de tête en biscuit, puis la tête et les membres en coton bourrés sont enduits d’une couche de colle et/ou de pâte, séchés, peints à l’huile et cousus au corps. Les traits sont peints à la main, des coups de pinceau grossiers procurant une texture réaliste aux cheveux. Les yeux sont bleus ou marrons et les cheveux généralement blonds. Les oreilles et les pouces sont appliqués séparément. Les poupées sont disponibles dans une large étendue de tailles de 16,5 à 76 cm.
Dans une lettre datée de 1945, Anna Shedon, fille de Martha, assure que la famille possède toujours la poupée d’enfance Izannah Walker de sa mère achetée en 1868, qui deviendra une source d’inspiration pour la fabrication de ses poupées. Les premières créations de Martha sont destinées à ses enfants, mais la famille et les voisins ne tardent pas à demander des poupées pour leur propre usage. La carrière de productrice de poupées de Martha débute par hasard : un jour de 1891 qu’elle apporte une de ses poupées au magasin Jordan Marsh de Boston (Massachusetts) pour lui choisir une paire de chaussures, l’acheteur du département jouets du magasin avise Martha se livrant à ses essayages et lui place immédiatement une commande de poupées ! ainsi démarra une activité qui durera pendant des décennies.
Un petit bâtiment situé derrière sa maison, qu’elle a baptisé « la maison de poupées », lui sert d’atelier de fabrication. Ce dernier, qui emploie des femmes spécialement formées au sens artistique affirmé, bénéficie d’une atmosphère conviviale : Martha et ses ouvrières se considèrent comme une famille. La couture et le bourrage sont confiés à des employées à domicile, mais la peinture est entièrement réalisée à l’atelier sous la supervision directe de Martha.
Les poupées des débuts, dotées de têtes en jersey et de corps en satinette blanche ou rose, sont articulées aux épaules, coudes, hanches et genoux. Elles utilisent des techniques spéciales de peinture, fortement texturée pour les cheveux et en plusieurs passes pour les cils, qui suffisent à l’authentification d’une poupée Chase. Suivant leur style de coiffure, elles sont bébé, fille ou garçon. Les bébés ont des visages et corps plus joufflus, ainsi que des yeux légèrement différents que ceux des poupées enfants.
À partir de 1920, les corps, seulement articulés aux épaules et aux hanches, sont en coton blanc lourd entièrement peint. Martha commence à produire des poupées de célébrité : Alice au pays des merveilles et ses amis, les personnages des romans de Dickens, George Washington, des Black mammies, des dames à la mode,… Une publicité de cette époque déclare : « si Stradivarius avait fait des poupées, il aurait fait la poupée Chase en jersey ».
Vendues en Suède, en Inde, en Chine, en Australie, les poupées Chase sont un phénomène mondial. On en trouve dans la collection privée de la reine de Roumanie Marie de Saxe-Cobourg-Gotha, et sur un tableau représentant le tsar, la tsarine de Russie et leurs enfants entourés de poupées Martha Chase.
Les liens familiaux de Martha avec le monde médical la conduisent à concevoir en 1910 une poupée innovante, la Chase hospital doll. De proportions conformes à un bébé réel, elle contient des cavités permettant l’apprentissage de soins infirmiers. Elle est encore utilisée actuellement dans les écoles d’infirmières. Le jersey est remplacé dans les années 1930 par du tissu vinylique, qui rend les poupées d’hôpital virtuellement indestructibles (photo de droite ci-dessous). Ce tissu est ensuite employé pour les poupées jouet, finies avec deux couches de vinyl liquide : quoique moins charmantes que leurs homologues antérieures en jersey, elles n’en conservent pas moins la touche Chase.
Les poupées Martha Chase portent leur marque de fabrique sur une cuisse ou sous un bras, estampées pour celles des débuts puis apposées par décalcomanies. Après le décès de Martha en 1925, sa fille Anna reprend le flambeau jusqu’à sa mort en 1947, puis le mari de Martha, leur fils et finalement leur petit-fils pérennisent l’affaire jusqu’à sa vente en 1981, en produisant en particulier des poupées à tête en vinyl à partir de 1952.


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Roxanna Elizabeth McGee Cole

Ayant perdu tout ses biens pendant la guerre de sécession, cette dame du Sud habitant Conway (Arkansas) décide à la fin des années 1860 de fabriquer des poupées en chiffon afin de gagner sa vie. Ces poupées, faites de matériaux de qualité élevée, s’avèrent être d’une grande beauté. Produites en quantité, un certain nombre sont parvenues jusqu’à nous dans un bon état de conservation. Une des premières entrepreneures dans ce domaine aux États-Unis, Roxanna Cole reste un modèle pour les fabricants de poupées actuels, et ses créations sont très prisées des collectionneurs.
Née en 1825 près de Nolensville (Tennessee) de William et Elizabeth McGee, elle grandit près de Franklin (Tennessee). Son père meurt en 1931. Elle épouse William Russell Cole en 1842, avec lequel elle a quatre enfants. Après avoir déménagé dans le Colorado en 1880, la famille s’installe à Conway en 1883, où elle vit jusqu’à sa mort en 1907.
Les poupées de Roxanna sont faites d’une fine mousseline et délicatement sculptées à l’aiguille pour former par exemple le menton et des détails comme les fossettes sur les mains. Les nez sont légèrement rembourrés par en dessous pour accentuer le volume. Les traits du visage sont dessinés à la main et artistiquement peints, les cheveux étant peints avec soin pour la plupart, certaines poupées ayant des cheveux naturels. Entièrement cousues à la main, y compris les doigts, elles ont des articulations aux coudes.
Elles sont vendues aux quatre coins des États-Unis et en Europe. La belle-fille de Roxanna, Molly Hunt Cole, l’assiste et reprend l’affaire après le décès de sa belle-mère. Elle utilise les mêmes patrons, mais ses créations, au visage plus rond, sont moins délicates et expriment un style du XXe siècle.
Ci-dessous, photo de gauche : Grandma Cole, poupée représentant une grand-mère tricotant une chaussette de laine rouge, vraisemblablement Roxanna elle-même. C’est la millième poupée qu’elle réalise, vers 1901. Photo du centre : poupée en tissu réalisée vers 1890, portant une robe en coton noire, un jupon, un bonnet et des chaussures faits à la main. Le corps est en mousseline fine, les traits du visage et les cheveux sont peints de manière artistique, et les doigts sont cousus. Robin Bailey, l’arrière-arrière petite fille de Roxanna Cole, a fait don de cette poupée à l’Historic Arkansas Museum en 2007. Photo de droite : bébé réalisé en 1885, portant une robe en coton blanc, un jupon, un bonnet et des chaussures faits à la main. Le corps est en mousseline fine, les traits du visage et les cheveux sont peints de manière artistique, et les doigts sont cousus. La poupée tient un biscuit en tissu dans une main et une raquette de tennis miniature avec des clochettes dans l’autre. Robin Bailey a également fait don de cette poupée à l’Historic Arkansas Museum en 2007.


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Martha L. Wellington

Originaire de Brookline (Massachusetts), Martha Wellington obtient en 1883 un brevet aux États-Unis pour une nouvelle technique de fabrication de poupées en tissu (photos ci-dessous). Celle-ci repose sur l’utilisation d’un fil métallique soulignant les yeux, les sourcils, le nez, la bouche et le menton. Ce cadre, qui se poursuit dans le corps de la poupée, est recouvert d’un jersey tubulaire couleur chair garni de bourre de coton. Le jersey est ensuite cousu au cadre. La tête, les bras et les jambes sont peints à l’huile, le reste du corps étant exempt de peinture. Les traits du visage sont pressés et incluent les yeux et les paupières. Le brevet précise que son procédé produit une poupée « de plus grande durabilité, légèreté et naturel que tout autre procédé ». Ces poupées, mesurant environ 58,5 cm, ont des doigts incurvés et un pouce appliqué séparément.


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Anne Maxwell

Anne Maxwell de Bayside (New York) obtient un brevet aux États-Unis en 1915 pour ses poupées de chiffon (photo de gauche ci-dessous). Elle déclare dans son document de demande de brevet : « la présente invention a pour principal objectif la mise à disposition d’une poupée de chiffon avec des cheveux que l’on peut tresser, détresser et coiffer dans différents styles, procurant ainsi une plus grande source de divertissement ». Ceci est réalisé en coupant l’étoffe nécessaire pour fabriquer la tête de la poupée dans une grande pièce de tissu partant du sommet du crâne. Cette pièce est ensuite découpée verticalement pour former des bandes de cheveux. Cette disposition confère aux cheveux une grande résistance aux coiffures répétées, puisqu’ils sont partie intégrante du tissu de la tête. Les poupées d’Anne Maxwell ont des traits dessinés à l’encre.

Gertrude F. Rollinson

Conceptrice de poupées en tissu, Gertrude Rollinson, de Holyoke (Massachusetts), les destine à l’origine, au début des années 1900, au Noël d’enfants paralysés hospitalisés. Elle les fait ensuite produire commercialement de 1916 à 1929, par la société Utley Co. (devenue plus tard New England Doll Co.) jusqu’en 1922, et distribuer par Borgfelt, Louis Wolf, Bailey & Bailey et Strobel & Wilkins. Disponibles en versions fille ou garçon en tailles 35,5 et 56 cm, elles ont des visages moulés en tissu fini, des yeux peints et des cheveux blonds, tosca ou noirs peints ou naturels (photos du centre et de droite ci-dessous). Leurs bouches sont fermées ou ouvertes-fermées avec ou sans dents apparentes, quelques modèles ayant les narines percées. La finition nécessite 20 couches de peinture, un ponçage entre deux couches et un séchage au soleil, avec pour résultat une poupée lavable dont le fini étonnamment lisse évoque la porcelaine plutôt que le tissu. Bourrées de kapok, les poupées peuvent être achetées nues ou habillées. Nombre d’entre elles présentent une ressemblance troublante avec les poupées Martha Chase, tandis que d’autres rappellent fortement les poupées allemandes en biscuit de l’époque.
En 1921, Gertrude Rollinson crée la ligne « Kiddiekins » de poupées de 35,5 à 71 cm. En 1929 sort « Bobby Lou », la première poupée de la série « Bed time buddies » (copains de lit). Ces modèles sont fabriqués par Gertrude elle-même ou par une autre société que la New England Doll Co., celle-ci ayant fermé ses portes en 1922.


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Les poupées Maggie Bessie

Couturières de talent, les sœurs Margaret Gertrude (Maggie) et Caroline Elizabeth (Bessie) Pfohl, membres de la communauté protestante moravienne, originaires du village de Old Salem (Caroline du Nord), fabriquent des poupées en tissu à partir du début des années 1890. Pour créer leurs premiers modèles, elles redessinent un patron allemand que leur mère, Margaret Caroline Siewers Pfohl, avait utilisé pour leur confectionner des poupées. Celles-ci se trouvent être très différentes des poupées faites plus tard par Maggie et Bessie : plus plates, avec un soufflet au sommet de la tête, et une peinture du visage plus sommaire. Les deux sœurs font appel à une amie, Elizabeth (Emma Louisa) Chitty, qui enseigne les mathématiques et la couture au collège de Salem où Maggie a étudié, a déjà une bonne expérience en fabrication de poupées en tissu et a créé l’indéfinissable « Miss Chitty », pour affiner le patron et améliorer leur technique. Ce travail d’équipe débouche sur le patron d’une poupée de 48 cm, dont elles réduisent l’échelle pour le rendre pratique à utiliser, et qui marque le début d’une activité de plus de 50 ans.
Les poupées Maggie Bessie, comme on a coutume de les appeler, ont des visages plats avec les traits et les cheveux peints à l’huile, des doigts et orteils cousus, et sont disponibles en tailles variées de 33 à 56 cm. Elles sont dotées ou exemptes d’oreilles peintes. Les poupées filles ont une raie de cheveux centrale, des yeux bleus et sont habillées simplement (robe, bonnet, et chaussures peintes à l’huile). Les garçons, beaucoup plus rares que les filles, ont une raie sur le côté, les yeux marron et sont vêtus en chemise, short, chapeau et chaussures peints à l’huile. Les différentes parties du corps sont fabriquées séparément puis assemblées : ainsi par exemple, l’avant-bras est séparé de la partie supérieure du bras. Le partage du travail s’effectue de la façon suivante : Maggie exécute la plus grande partie du traitement des visages, apprêtés avec de la peinture de bâtiment blanche puis poncés à la toile émeri avant d’être peints à l’huile et vernis.
De construction apparemment simple, les poupées révèlent à l’examen une certaine complexité. Plusieurs pièces de patron sont nécessaires pour former la tête à l’aide d’une couture centrale à l’arrière et de pinces sur le devant créant le menton et le front. Le corps est fermement garni de bourre de coton, et une tige en bois fait office de colonne vertébrale, sans laquelle les poupées oscilleraient.
Les vêtements sont généralement de simples robes de coton roses ou bleues (photos de gauche et du centre ci-dessous), parfois en guingan ou calicot imprimé (photo de droite ci-dessous), à manches courtes et plissées sur le devant, avec une ceinture basse autour de la taille. Les poupées filles portent un jupon sur des sous-vêtements une pièce. Une poupée faite spécialement pour Elizabeth (Libby) Holder, une journaliste moravienne travaillant au « Winston Salem Journal » et au « Twin City Sentinel » qui avait interviewé les sœurs Pfohl peu avant Noël 1942, est habillée à la mode du début du XIXe siècle. Elle porte une chemise longue, un pantalon de lingerie et le traditionnel « Haube » moravien, une coiffe de prière pour les femmes à l’église. Cette coiffe, parfois faite d’une crinoline ou d’un linon rigides, portée près du cuir chevelu, possède des rangées de crinoline plissée autour du sommet du crâne, attachées sous le menton par un ruban. La couleur du ruban indique le statut conjugal de la femme qui le porte : rouge pour les filles avant la confirmation chrétienne, rose pour les femmes célibataires, bleu pour les femmes mariées et blanc pour les veuves.
Moins de 500 poupées ont été recensées dans le journal des sœurs Pfohl, qui indique par ailleurs leurs destinataires, pour la plupart des habitants de Salem. Bessie décède en 1959 et Maggie en 1965. La valeur historique de leurs créations et la rareté des poupées disponibles sur le marché contribuent à leur prix élevé.


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Tynietoy

Petite société de Providence (Rhode Island) produisant des maisons et du mobilier de poupées de 1918 à 1950 (photo de gauche ci-dessous), Tynietoy est une industrie familiale fondée par deux femmes, Amey Vernon et Marion Perkins. Leur nature artistique affirmée transparaît dans leurs réalisations. Elles font appel à d’anciens combattants mutilés de la première guerre mondiale et à des femmes artistes pour fabriquer et peindre leur production. Il n’y manque plus que les poupées ! c’est bientôt chose faite avec une ligne de poupées pour maison de poupées en tissu (photo du centre ci-dessous).
Constituées d’une armature en fil métallique couverte de tissu, ces poupées possèdent une tête, des bras et un torse faits d’un jersey de soie délicatement tricoté bourré de coton. Les jambes sont de simples bandes de tissu enroulées autour de l’armature. Les chaussures, moulées sur le pied, ont des empeignes en composé de modelage,  et des semelles en métal pour aider la poupée à se tenir debout toute seule. Les traits du visage sont délicatement peints, les cheveux en mohair cousus directement sur la tête et les vêtements assemblés sur la poupée de manière permanente.
Le catalogue Tynietoy présente ses modèles comme  des « poupées en tissu à fil métallique faites à la main ». Chaque poupée est vendue séparément, l’offre proposant une mère, un père, un garçon, une fille, un bébé, une maman avec des jumeaux, un cuisinier, une nourrice,une servante et un jeune chasseur. Tynietoy commercialise également des poupées importées en biscuit et sa propre ligne de poupées en bois (photo de droite ci-dessous) pour loger dans ses maisons de poupées.


                              © Tynietoy                                                  © Ruby Lane

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Kamkins

Créées par Louise R. Kampes d’Atlantic City (New Jersey) de 1910 au début des années 1930, les poupées Kamkins sont fabriquées avec l’aide d’ouvrières à domicile pour la couture et l’habillement. Elles sont vendues dans sa boutique située sur la célèbre promenade en planches d’Atlantic City. Louise obtient un brevet aux États-Unis en 1920 et dépose la marque de fabrique « Kamkins – A dolly to love » (Kamkins – une poupée à aimer) en 1928.
Les visages des Kamkins sont des masques moulés en canevas de coton qui comprennent deux coutures aux coins de la bouche pour former le menton. Le visage en tissu est placé sur des couches de caoutchouc au-dessus d’une matrice, puis vulcanisé pour l’unir à la matrice. Le visage terminé est assemblé au reste de la tête à cou pivotant au moyen d’une couture qui parcourt le haut du crâne, descend derrière les oreilles moulées puis sous la peau. Les corps, en coton lourd couleur chair, ont des articulations à rabat aux épaules et à soufflet aux hanches. Une publicité pour Kamkins affirme que les traits sont peints au moyen d’un procédé spécial qui rend les poupées hygiéniques. Elles sont disponibles avec des perruques en cheveux naturels ou en mohair, la plupart coiffées dans le style de la « coupe hollandaise » courte en vogue dans les années 1920, pour les personnages féminins et masculins, les autres étant coiffés longs, pour les poupées féminines seulement. Leurs doigts et orteils sont cousus et les pouces séparés. Elles existent en tailles 45,5 et 48 cm, les premières arborant des yeux bleus peints et une perruque blonde, les dernières abritant une boîte d’émission vocale dans leur corps. On rencontre plus rarement des bébés de 45,5 cm à membres courbes, des cheveux et corps peints et des modèles à fesses moulées.
L’habillement est un point fort des poupées Kamkins : chaque printemps et automne, une nouvelle collection sort, vendue séparément. De nombreux visiteurs en vacances à Atlantic City profitent de leur passage annuel pour acheter de nouveaux vêtements pour leurs poupées. Les Kamkins sont marquées d’un cœur en papier rouge sur la partie gauche de la poitrine, ou estampées sur le pied ou l’arrière de la tête. Ci-dessous, de gauche à droite : poupée de 46 cm avec yeux bleus peints, perruque rousse et vêtements d’origine ; petite poupée de 25 cm avec yeux bleus, bouche fermée et perruque blonde en mohair ; poupée de 48 cm avec yeux bleus peints, perruque blonde et robe à carreaux rouge.


   © Morphy Auctions                       © Theriault’s                                                  © Ruby Lane

Les poupées Cobo de Guernesey

Aux environs de 1900, Alice le Hureys et Judy Guilles fabriquent des poupées de chiffon dans la région de la baie de Cobo, sur la côte Ouest de l’île de Guernesey (photo de gauche ci-dessous). Leur corps, articulé aux épaules et aux hanches, est en calicot non traité et leur tête ronde faite à partir d’un maillot de corps ou d’un bas étiré, le tout bourré d’une bonne sciure de bois. Le nez et les sourcils sont sculptés à l’aiguille et la tête et les mains trempés dans une peinture d’apprêt rose. Les yeux ovales ont des petits points noirs pour figurer l’iris. Puis les cheveux et les traits du visage sont peints, plutôt grossièrement, la bouche étant soulignée en rouge vif. Les poupées, disponibles en tailles de 33 et 46 cm, sont ensuite vêtues, à partir de chutes de tissu, à la mode féminine de Guernesey de l’époque, incluant le bonnet de protection contre le soleil, élaboré et facilement reconnaissable. Les poupées Cobo se sont mal conservées en raison de l’acidité de la sciure de bois. On en trouve occasionnellement à des prix élevés lors de ventes aux enchères. Sara Hall, native de Guernesey, propose des versions tricotées des poupées Cobo, fidèles aux originales (photo de droite ci-dessous).


                                   © Postcards from Battersea

La première guerre mondiale à Paris

Les années 1915 à 1918 connaissent une explosion de la production de poupées en tissu à Paris. La cause en est le conflit mondial  : l’afflux de réfugiés polonais d’une part, dont beaucoup sont des artistes ; l’arrêt des importations de poupées allemandes d’autre part. Tandis que nombre de pays s’essayent à la production de poupées en porcelaine pour combler le vide laissé par cet arrêt, la France se tourne résolument vers les poupées en tissu. Les fabricants ont pour certains une expérience antérieure dans le domaine de la poupée, d’autres sont simplement des artistes talentueux en quête de travail. Plusieurs expositions de poupées en tissu se tiennent à Paris pendant cette période, notamment en 1916 et 1917.
La « Gazette des Beaux-Arts » publie un article en 1916 sur l’une de ces expositions, qui mentionne nombre des artistes et couturières engagés dans la création de poupées en tissu, sans beaucoup de détails autres que leur nom et leur type de production. Mme Daffonds, Melle Verita, Mme Nina Alexandrowicz, polonaise qui se fera connaître pour ses mascottes noires et ses fillettes tressées, Melle Swiecka qui expose un tableau de poupées. Melle Desaubliaux et ses créations typiquement françaises produites dans le cadre du groupe de fabricants à domicile « L’assistance par le travail » ; elle dépose la marque « Gallia » en 1915 pour ses poupées de 49 cm aux traits peints portant des costumes historiques ou régionaux, et réalise également des poupées danseuses et des bébés. Mme d’Eichthal et ses bébés Yves et Cita, Mme Vera Ouvré qui produit de 1915 à 1922 dans son atelier l’Adelphie des poupées à l’effigie de Charlie Chaplin, des poupées en robe régionale, en version noire, et un joueur de tambour. Melle Fannie Duval, dont les poupées au visage en relief réalisées de 1916 à 1918 sourient, ont des perles pour pupilles et des vêtements très simples. Mme Dhomon et ses poupées clown molles (photo de gauche ci-dessous), Mlle Lloyd et ses poupées bretonnes, Melle Rozemann et sa poupée « Parmentier », Melle Koenig, connue pour ses poupées en costume historique vendus à des musées. Mme Laumont, fondatrice de la « Ligue du jouet français », avec ses poupées en costumes historiques, régionaux ou modernes créés entre 1914 et 1920, dont certaines ont des têtes en biscuit.
Probablement la plus connue de ces artistes, Mme Stefania Lazarski faisait des poupées en Pologne avant d’arriver à Paris en 1914. Elle crée avec des réfugiés polonais illustrateurs et artistes un atelier de fabrication de poupées en tissu, feutre, cuir ou cire volontairement simples de conception pour « plaire aux enfants ». Ces poupées, qui portent des costumes historiques ou des tenues régionales polonaises, ont des traits peints ou brodés. L’une des artistes de l’atelier, Mlle Fiszerowna, maîtrise un style de peinture distinctif incluant l’usage de cercles bleus pour les yeux des poupées et de cercles roses pour les joues. Son travail est traité dans la publication « Vie féminine » en 1916. L’atelier emploiera à son apogée plus de 200 femmes. Mme Helena Paderewski, épouse d’un célèbre pianiste, visite l’atelier à l’occasion d’un voyage à Paris. Elle encourage les artistes, suggère quelques changements dans la fabrication et envoie 31 poupées à New York, qui sont vendues par le comité national américain du fonds d’aide aux victimes polonaises, destiné aux femmes et enfants polonais déplacés par la guerre. La vente est un succès, et d’autres sont rapidement commandées, poupées adultes ou enfants, habillées en costume régional ou en soldat, toutes brevetées et protégées par le droit d’auteur et marquées par une médaille ronde portant l’inscription « Victimes polonaises / Fonds d’aide » (photos du centre et de droite ci-dessous). Elles sont en coton lourd, avec des traits peints ou brodés à la main, dont pour certaines des pupilles en perle qui mettent une étincelle dans leurs yeux. Les têtes sont bourrées de liège, les corps de liège ou de paille. Les plus populaires des poupées enfants sont le couple de 39,5 cm  Jan et Hanska, plus connu sous le nom des « enfants abandonnés de Cracovie ».

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Les poupées artisanales en costume régional

Il faut ici distinguer les poupées régionales en tissu, pour la plupart produits de l’industrie artisanale locale, des poupées régionales en biscuit, composition, plastique ou vinyl souvent fabriquées en série loin des régions représentées. Les poupées locales sont généralement de bonne qualité, offrent un grand niveau de détail et des tenues qui reproduisent fidèlement les modèles régionaux authentiques. La période qui s’étend de la fin du XIXe siècle au début du XXe témoigne des voyages à l’étranger comme d’une occupation populaire auprès des classes sociales aisée et moyenne, et les petites ambassadrices que sont les poupées en constituent un souvenir idéal. Durant les années 1930 et 1940 les poupées en costume régional sont parmi les plus collectionnées aux États-Unis. Des sociétés telles que Kimport, située à Independence (Missouri), importent des poupées du Monde entier.
De la fin des années 1960 à la fin des années 1990, les collectionneurs dédaignent les poupées régionales, mais cette situation évolue par la suite : alors que de plus en plus de collectionneurs de poupées se manifestent, de nouveaux domaines d’intérêt gagnent en popularité ; à l’heure du village mondial, les costumes traditionnels tendent à disparaître, ce qui confère un intérêt historique aux poupées régionales locales, dont les prix augmentent sensiblement. Ci-dessous, de gauche à droite : poupée de Russie soviétique, années 1920-1940 ; poupée norvégienne de Renaug Petterssen, années 1930 ; « Sylvia the shaker maid », 1945, vendue au profit de la Shaker Historical Society, association consacrée à la préservation de l’héritage de la communauté religieuse protestante des Shakers.


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L’approche industrielle des poupées en tissu aux XIXe et XXe siècles

On s’intéresse ici aux usines et aux grossistes établis, la plupart gérés par des hommes, produisant des poupées en tissu qui font souvent partie de lignes incluant des poupées faites d’autres matériaux. Ces poupées en tissu constituent fréquemment une réaction à l’engouement du public pour les poupées faites par des industries familiales ou par des artistes. Moins exigeants que ces dernières dans la qualité de fabrication, les gérants des usines sont cependant assez perspicaces pour créer une demande orientée vers leurs produits.

Les poupées en laine peignée

Les poupées en laine ou en fil peigné (photo de gauche ci-dessous) sont une variété populaire de poupée américaine conçue pour les bébés et les très jeunes enfants, réalisées entre 1880 et 1917 par divers fabricants dont Emil Wittzack et distribuées par des vendeurs tels que Butler Brothers, Horsman ou Ridley. Également appelées « Knockabout dolls », elles présentent des têtes en jersey au visage teint couleur chair, des cheveux en laine peignée et des vêtements en fil peigné tricoté ou crocheté avec broderies en fil de laine à point de nœud français ou point de chaînette formant des motifs de décoration élaborés. Les joues sont peintes en rose, les yeux faits de perles noires ou de boutons, la bouche est en laine rouge et le nez sculpté à l’aiguille. Les corps, bourrés de sciure de bois ou de liège pulvérisé, sont en jersey tricoté, avec des mains en coton et des pieds en tissu noir. Disponibles en tailles de 23 à 35,5 cm, les poupées en laine peignée proposent de nombreux modèles : garçon, fille, clown (photo de droite ci-dessous), père Noël, marin, soldat,…


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Steiff

La poliomyélite contractée enfant par Margarete Steiff, native de Giengen an der Brenz (Bade-Wurtemberg) en Allemagne, forge son caractère et lui donne la détermination pour assurer son indépendance à l’âge adulte. En 1877, à l’âge de 30 ans, elle ouvre une petite boutique de couture et se met à confectionner des vêtements pour femmes et enfants à partir de chutes de feutre provenant de l’usine de son oncle. Elle fabrique en 1880 un petit éléphant en feutre bourré de laine d’agneau sous la forme d’une pelote à épingles : le succès est immédiat auprès de ses neveux et de leurs amis. Elle se retrouve bientôt à produire toutes sortes d’animaux en peluche pour les enfants du voisinage.
La fabrication de poupées en feutre devient son métier en 1893, l’année de sa première exposition, à la foire de Leipzig, et de son premier catalogue. Ce dernier et les trois suivants contiennent des poupées que l’on pourrait qualifier de caricatures, représentant des personnages exerçant divers métiers tels que policier, musicien, artiste de cirque, sportif, professeur, ouvrier, soldat (photo de gauche ci-dessous),… Ces poupées ont des mains, oreilles, nez, mentons, pieds ou ventres exagérément grands. La plupart sont conçues par l’artiste munichois Albert Schlopsnies et nombre d’entre elles sont exposées dans des vitrines de magasins ou des salons professionnels. En 1905, des gnomes et des elfes sont ajoutés au catalogue.
L’année suivante est constituée une société commerciale dirigée par Margarete. En 1908 ses neveux prennent en charge la direction de l’usine et du personnel employé à domicile. Margarete décède en 1909 et ses neveux reprennent toute l’affaire. L’entreprise fait plusieurs demandes de brevets allemands : une pour les pieds en 1910, une pour les oreilles en 1911, une pour un type d’articulation sans élastique de cordage. En 1911, la société franchit le cap des 2 000 employés. La production de poupées ressemblant à des enfants ne démarre qu’en 1913. Ces modèles au visage rosé sont baptisés avec des noms à consonance germanique, comme Otto ou Olga. Habillés de vêtements d’enfants contemporains en feutre et coton, ils portent des chaussures en cuir et sont généralement équipés d’accessoires : luge, sac à dos, ardoise.
Les poupées caricatures et enfants produites entre 1893 et 1930 ont des têtes en feutre et une couture centrale verticale le long du visage. Dotées d’yeux fixes incrustés en verre, leurs cheveux sont en mohair ou en peluche. Elles ont des articulations à disque au cou et aux hanches, et à soufflet aux épaules. Certaines possèdent des têtes en biscuit ou en celluloid, probablement achetées par Steiff puis montées en usine sur des corps en tissu.
La liste des poupées caricatures s’allonge au cours des années pour inclure des représentations d’amérindiens, de noirs, de paysans en costume régional (photo du centre ci-dessous), et de personnages de contes allemands tels que Max et Moritz ou Struwwelpeter (photo de droite ci-dessous). Les poupées Steiff, distribuées exclusivement par George Borgfeldt aux États-Unis au début du XXe siècle, s’exportent en masse. Leur succès est attesté par leur apparition dans les illustrations de livres pour enfants populaires de l’époque, telle que le policier du livre de Beatrix Potter « The tale of two bad mice » (Le conte de deux mauvaises souris).
En 1930 est introduit au catalogue un nouveau style de poupée, à tête en feutre pressé, qui remplace la poupée à couture centrale du visage et annonce la fin des poupées caricatures. Cette poupée enfant est disponible en tailles de 35,5 et 43 cm, la fabrication de gnomes et d’elfes de tailles diverses étant encore assurée.
La production des poupées Steiff s’est toujours maintenue, à l’exception de brèves périodes pendant chacune des deux guerres mondiales. En 1952, caoutchouc et vinyl remplacent le feutre comme matériau pour les têtes des poupées. Plus récemment, des poupées en tissu ont été incluses dans la gamme, et nombre de poupées des débuts ont été ressorties en éditions limitées depuis les années 1980.


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Les poupées de chiffon Babyland

Baby Land Rag Dolls est le nom d’une ligne de poupées en tissu fabriquée et distribuée par E.I. Horsman Co. à partir de 1893. En 1920 l’orthographe change et devient Babyland Rag. Les premières poupées de la ligne ont des visages peints à la main et des vêtements détachables, incluant une robe traînante, un tablier et une capeline. Le magasin R.H. Macy les vend en 1904, habillées de linon bleu ou rose, en tailles de 30,5, 38, 45,5 et 76 cm. Elles sont dotées de visages réalistes lithographiés à partir de 1907, les poupées aux visages peints étant produites simultanément jusqu’en 1912.
En 1908, la ligne comprend 34 modèles à visages lithographiés et vêtements détachables enfantins photo de gauche ci-dessous), dont un petit chaperon rouge. La revue « The children’s magazine » offre une paire de poupées Babyland habillée en costume hollandais, Jan et Greta (photo du centre ci-dessous), comme prime d’abonnements. Deux ans plus tard, le grand magasin de jouets FAO Schwartz les propose en tailles 35, 35,5, 38, 45,5, 50,5 et 76 cm. Le plus grand modèle a des doigts marqués par des coutures, les autres ont des doigts joints avec pouce séparé. Les corps bourrés de coton ont des structures simples. Les poupées sont disponibles en versions fille, garçon, réversible ou bébé, et habillées en linon de coton, avec généralement un chapeau ou un bonnet et des chaussures en cuir. Elles se nomment Buster Brown, Dinah, Topsy et Betty (poupée réversible), Jack Robinson, Fancy, Dorothy, Beauty (portant une robe bleu lavande), Lady (en robe à carreaux roses, manches blanches, volant froncé aux épaules et bonnet attaché par un gros nœud sous le menton) et Tommy Tucker.
En 1912, le catalogue de Gimbel Bros propose cinq poupées Babyland : une réversible avec un visage blanc et un visage noir ; le petit chaperon rouge avec un visage peint, en trois tailles (35,5, 40,5 et 43 cm) ; une fillette en robe, cape courte et sous-vêtements de 38 cm ; un garçon en costume de Buster Brown de taille 38 cm ; un nouveau-né à visage imprimé en vêtements longs et cape. Le catalogue Horsman offre quant à lui trois types de poupée Babyland : à visage moulé, de taille 33 cm ; à visage plat peint en petites et grandes (42, 51 et 76 cm) tailles ; à visage lithographié en petites et grandes (37, 42 et 61 cm) tailles. Sept ensembles de cinq pièces de vêtements sont vendus séparément pour les poupées Horsman : combinaison à manches longues, robe en linon ou guingan, jupon, chapeau et chemise de nuit.
De 1901 à 1924, une poupée Brückner de 33 cm est commercialisée dans la gamme Babyland. Elle possède un visage masque tridimensionnel pressé, les autres poupées de la gamme ayant un visage plat. En 1926, les poupées Babyland sont majoritairement des Mama à tête et membres en composition et corps en tissu (photo de droite ci-dessous). Les articulations des hanches sont en diagonale, ce qui permet aux poupées de se tenir debout. Le regard est direct et des dents sont visibles. Les robes ont des volants froncés, des ceintures en soie, des manches mi-longues jusqu’aux coudes et des jupes descendant aux genoux. Les poupées en tissu disparaissent de la gamme en 1928.


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Brückner

En 1901, Albert Brückner et Rudolf Gruss de Jersey City (New Jersey) obtiennent un brevet aux États-Unis pour la fabrication d’un visage de poupée à masque moulé : une couche externe de tissu est imprimée avec les traits de visage de la poupée et doublée avec une couche de papier ou autre matériau adéquat, puis pressée dans un moule ; le masque résultant, qui inclut l’avant du cou, est ensuite cousu ou collé sur la tête d’une poupée à corps en tissu bourré. Le brevet précise : « une poupée séduisante et relativement peu onéreuse est obtenue, dont la tête ne risque pas de casser ou d’être abîmée ».
De 1901 à 1924, Brückner commercialise sa poupée brevetée de 33 cm dans la gamme Babyland Rag d’Horsman (photo de gauche ci-dessous). De 1924 à 1930, elle est vendue directement à des détaillants. Une nouvelle demande de brevet est déposée en 1921, qui sera accordée en 1925 : elle concerne l’estampage d’une couche interne en papier mâché ou autre matériau en composition fibreuse, et la peinture et le glaçage d’une surface externe pour lui donner un fini de biscuit ou de porcelaine émaillée ; un disque reliant le bas de la tête et l’épaule au moyen d’un dispositif boulon-écrou permet à celle-ci de tourner. En 1925 sort la ligne Dollypop (photo du centre ci-dessous) de poupées pleureuses (voix brevetée par Elliott Brückner, le fils d’Albert) de 33 cm à visage peint à la main et corps bourré de coton.
Albert Brückner décède en 1926, et la société est reprise par ses fils Albert H., Elliott W. et Henry B. Ils enregistrent les marques commerciales de poupées en tissu Tubby-Tot, Tubby, Tu-N-One, Dollypop et Pancake Baby. Tubby-Tot est à base de tissu caoutchouté couleur chair bourré de kapok et se vend comme un jouet pour le bain, la plage ou la crèche. Tu-N-One est une poupée réversible. Des poupées noires sont ajoutées aux lignes Dollypop et Pancake Baby en 1927. L’année suivante sont introduites des poupées en tissu éponge. Brückner énonce les cinq critères définissant une bonne poupée en tissu pour enfants de un à cinq ans :  conception attrayante du visage, du corps et des vêtements ; facilité et longévité du déshabillage / rhabillage ; légèreté des poupées ; adaptabilité au voyage ; absence de danger pour l’enfant. En 1930, Brückner commence à s’impliquer dans la production de poupées en composition.


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Dean’s Rag Book Co.

Fondée à Londres en 1903 par l’éditeur Henry Samuel Dean, la société Dean’s Rag Book Co. produit des livres en tissu lithographiés, des jouets et des poupées. De 1903 à 1913 les poupées sont du type à découper et à coudre. En 1908 Henry Dean obtient un brevet en Grande-Bretagne pour une poupée en tissu à découper composée de six pièces, deux pour le devant, deux pour l’arrière et deux pour les pieds. La poupée peut être peinte, imprimée ou lithographiée de couleurs vives sur une feuille de calicot, de lin ou autre matériau similaire. Chaque poupée est fournie avec différents costumes de pays, incluant les États-Unis et le Japon. Les poupées à découper Knockabout (photo de gauche ci-dessous) se vendent avec des vêtements séparés, et la poupée à visage imprimé Pearly porte une tenue couverte de perles.
Le grand magasin parisien Aux Trois Quartiers commercialise les poupées en tissu à découper « Le petit Sambo » et « Mademoiselle Nini » en 1910. Deux ans plus tard, d’autres poupées en tissu à découper, Teddie et Peggie, s’inspirent des illustrations de Grace Drayton. Henry Dean enregistre en Grande-Bretagne les marques commerciales de poupées en tissu Dum-Tweedle en 1911 et Fuzbuz en 1913. Cette même année est obtenu un brevet britannique pour la poupée à visage moulé et masque formé à la presse de découpage Tru-to-Life (photo du centre ci-dessous), faite d’une combinaison de calicot, de bougran et de papier, et disponible en trois tailles ; ce brevet est étendu aux États-Unis en 1915. La distribution dans ce pays est assurée par la société E.I. Horsman Co., peut-être bien dans le cadre de la ligne Babyland Rag, et en France par E. Durand.
À partir de 1914, la ligne de poupées s’agrandit régulièrement à un rythme annuel : Boy Sprout, Carrie Cuddler, Diana, Joyful Joey, Miss Moppietop, Nautical Nancy, Piccadilly Knut, Pierrette (compagne du clown triste Pierrot), Ragtime Kids, Sarah Starer, Shrieking Susan. Chacune est disponible en trois tailles. S’y ajoutent des personnages de comptines, des célébrités telles que Charlie Chaplin, introduit en 1916, et des poupées patriotiques. Deux lignes inspirées par les dessins de l’illustratrice Hilda Cowham sont lancées en 1915 et dureront jusqu’aux années 1930. L’une, constituée de poupées enfants aux longs membres baptisées « Hilda Cowham Kiddies », est disponible en deux tailles, grande et miniature. L’autre comprend les « Hilda Cowham Rag Dolls », qui portent des noms comme Darling Dora et Natty Nora. La poupée au monocle « Gilbert the Filbert » se tient debout. Des poupées de caractère telles que les marionnettes Punch et Judy et des poupées soldats sortent également en 1915. L’une de ces dernières porte un uniforme kaki, un képi, des bandes molletières, un fusil et un sac à dos.
Dans la ligne Tru-to-Life sont lancées en 1917 les poupées Airman, Colonial Dolls et Dolly Dips, également disponibles en version à visage plat. L’illustratrice Chloe Preston dessine des poupées pour Dean. Cinq conceptions différentes définissent la série de poupées en tissu à visage plat Ta Ta. Les poupées en peluche Kuddlemee de British Novelty Works, filiale de Dean, font leur apparition, ainsi que les chaussures imprimées tridimensionnelles Tru-Shu.
Dean fabrique des poupées de personnages des pièces de Shakespeare et de bandes dessinées tels que Mickey et Buster Brown. En 1920 sort la série Goo Goo Dolls ainsi que des poupées à découper conçues par Pauline Guilbert. L’année suivante est introduite la ligne de poupées Evripose Dolls, dotée d’une armature en fil métallique dans leur corps en jersey qui les rend posables. En 1923 sont lancées les poupées Tru-to-Life Cherub Jenny et Cherub Johnny, les poupées A1 à pendentif noir et argent incluant des bébés habillés en barboteuse à carreaux et bonnet assorti, et les bébés Betty Blue, Big Baby Doll et Curly Locks.
En 1924, Dean enregistre sa marque commerciale en Grande-Bretagne et a des représentants dans de nombreux pays : Australie, Belgique, Canada, France, Pays-Bas, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, Établissements des Détroits et Indes orientales. La ligne A1 s’enrichit des poupées Popular Dolls, Dora, Maisie, Wendy et Trixie. Les autres poupées incluent Baby Peggy et les poupées Posy : Poppy, Rose, Daisy et Marigold. 1926 voit l’introduction des poupées Dickie Blob, Inkwell Fairy, Dinkie Dolls, Playtime Dolls, Posy Dolls, Princess Dolls habillées en tenues de velours avec fourrure blanche et manchon, Cresta Dolls et Elegant Dolls. En 1927 sortent les nouvelles lignes Frilly Dolls et Smartset Dolls, en 1928 Erbie Brown, Grumpy, une Pierrette à visage plat en soie, Luvly Dolls, Sunshine Dolls, Thirsty, Travel Tots, les poupées brevetées Wabbly Wally et Willow Pattern et en 1930 Husheen Dolls, Modern Dolls et Sylvie Dolls.
De 1928 à 1930, Dean produit des couples de poupées dansantes (photo de droite ci-dessous) brevetées de 36 cm suspendues à un cordon doré, distribuées par Borgfeldt. En 1931 Dean lance une série de poupées de 38 à 61 cm inspirée des personnages d’Alice au pays des merveilles : Alice, le lapin blanc, le chapelier fou, le loir et le lièvre de mars.
Dans les années 1940, Dean produit une ligne de poupées jouets de grande taille (101 cm) à longs membres. Les années 1950, 1960 et 1970 sont généralement associées à la fabrication de poupées golliwog. Au début des années 1980, la société reproduit quelques uns de ses plus anciens modèles tels que Charlie Chaplin et des poupées à découper.
Au cours de sa longue existence, Dean’s Rag Book Co. a exploité une grande variété de tissus. Les têtes et les corps utilisent le coton, le feutre et le velours. Les vêtements de nombreuses poupées sont intégrés à leur corps. Les doigts sont souvent joints avec le pouce séparé, les avant-bras et cuisses faits en composition ou en bois et les cheveux en mohair, peluche et plus tard en fourrure synthétique. Les premières poupées portent des étiquettes cousues indiquant les dates de brevet et, souvent, le nom du concepteur. Au début des années 1920, la marque reçoit l’approbation officielle de l’institut anglais d’hygiène.


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Krueger

Richard G. Krueger, originaire de New York, est recensé comme un fabricant de poupées à partir de 1907. Une publicité dans le  numéro de novembre 1907 du magazine « Playthings » le désigne comme un « fabricant et importateur de nouveautés pour bébés ». Il s’avère pourtant qu’il n’est que grossiste ou distributeur, et que les poupées en tissu qu’il commercialise, étiquetées à son nom, sont produites par de petites entreprises sous-traitantes. Il vend également des sièges-sacs, des jouets pour le sable et des bouteilles pour enfants en forme d’animaux. Krueger distribue par ailleurs les poupées produites par la Beers-Keeler-Bowman Co. de Norwalk (Connecticut), vendues sous le slogan « renommées pour leur originalité ».
Le catalogue Krueger de 1917 propose des poupées de chiffon dessinées par l’illustratrice Grace Drayton, appelées « poupées pour le lit » ou « poupées de caractère à câliner », vraisemblablement fabriquées par Wurzburg and Son de Grand Rapids (Michigan). Dotées de visages plats, leurs traits sont estampés puis colorés. De taille minimale 25,5 cm, elles sont vendues avec des instructions pour la finition en broderie.
Dans les années 1930, Krueger vend des poupées avec visage masque à cheveux en fil ou en mohair. La plupart ont des corps en toile cirée avec un type d’articulation à charnière aux épaules et aux hanches. Disponibles en tailles  de 40,5 et 50,5 cm, elles représentent souvent des personnages de livres de contes (« Little Bo-Peep », photo de gauche ci-dessous), et parfois des enfants stylisés. À la même époque sort une version en tissu brevetée de Kewpie baptisée Cuddle Kewpie (photo du centre ci-dessous). Vendue en tailles de 25,5 à 56 cm, elle possède un masque facial et les signes distinctifs de Kewpie : visage joufflu souriant, petit ventre rond, pic et mèche au sommet du crâne, petites ailes au niveau des épaules.
En 1937 est lancé l’ensemble des sept nains de Blanche-Neige en taille de 30,5 cm. Ils ont des doigts joints avec pouce séparé, des chaussures à bout arrondi, des masques faciaux et des barbes en peluche. Un Pinocchio de 39,5 cm à masque facial est introduit en 1940 (photo de droite ci-dessous). Torse en tissu, membres en bois articulés et cheveux en fil noir, ses oreilles sont appliquées séparément. Krueger produira des poupées au moins jusqu’à la fin des années 1950.


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Raggedy Ann et Raggedy Andy

L’histoire des poupées en tissu serait incomplète sans le récit de la vie de Raggedy Ann et Raggedy Andy. Ces deux poupées de chiffon, parmi les plus aimées des américains, ont été produites par de nombreuses sociétés et restent plus populaires que jamais. D’après la légende, le personnage de Raggedy Ann est inspiré d’une vieille poupée de chiffon trouvée dans le grenier de la maison familiale par Marcella, la fille de l’auteur Johnny B. Gruelle, poupée ayant appartenu à la mère de Johnny. Après le décès de Marcella à l’âge de 13 ans des suites d’une vaccination infectée, Gruelle publie en son hommage chez Volland Co. une série de récits illustrés pour enfants sous le titre « Raggedy Ann stories ». L’éditeur souhaitant accompagner l’ouvrage d’une vraie poupée, Gruelle obtient en 1915 un brevet pour une poupée de chiffon représentant une petite fille au visage rond souriant et aux cheveux faits de brins de laine rouge, avec un petit nez triangulaire, vêtue d’une robe bouffante et d’un chapeau à fleurs. Il obtient également les droits exclusifs d’utilisation du nom Raggedy Ann, créé en associant les titres de deux célèbres poèmes de James Whitcomb Riley, The raggedy man (l’homme en guenilles) et Little orphant Annie (Annie la petite orpheline).
Les premières poupées sont fabriquées par la famille Gruelle, qui n’arrive bientôt plus à satisfaire une demande en croissance rapide. Volland prend le relais en 1918 aux termes d’un contrat de licence, et produit des poupées de 38 à 41 cm aux cheveux bruns ou auburn clairsemés, pieds tournés vers l’extérieur, mains surdimensionnées aux longs pouces, yeux en boutons de chaussure et cœurs en bonbon (photo de gauche ci-dessous). Les traits du visage (lèvres, nez, cils) sont variables d’une poupée à l’autre. La tenue est constituée d’une robe imprimée avec un volant froncé autour du cou, d’un tablier et d’un pantalon. Raggedy Andy, le frère de Raggedy Ann créé en 1920, porte une chemise et un pantalon tenu par des boutons à la taille.
En 1934, Volland cesse sa production et les droits sont cédés à la société Exposition Doll and Toy Company. Entre-temps, la société Mollye Goldman, constatant l’arrêt de Volland et ignorant la négociation en cours avec Exposition Doll, commence à produire illégalement des  poupées Raggedy Ann et Raggedy Andy. Le brevet de Gruelle ayant expiré, Mollye Goldman dépose de surcroît une demande de marque de fabrique sur les noms Raggedy Ann et Raggedy Andy. C’est le début d’une bataille juridique entre Johnny Gruelle et Mollye Goldman, qui durera presque trois ans, au terme de laquelle Gruelle aura gain de cause. Au milieu de l’année 1935, Exposition Doll renonce à sa production. Les poupées de Mollye Goldman ont des traits imprimés, dont des yeux regardant de côté, des cheveux rouges et un cœur rouge imprimé sur la poitrine.
En 1938, la famille Gruelle signe un contrat de licence avec Georgene Novelties Co. pour la production de poupées Raggedy Ann et Raggedy Andy, ce qui sera fait jusqu’en 1962. Disponibles dans une large gamme de tailles et de styles, ces poupées ont des couleurs de cheveux allant de l’auburn rosâtre au blond sale en passant par l’orange, un petit disque rouge au centre des lèvres, un nez triangulaire rouge et des articulations à soufflet aux coudes et aux genoux (photo du centre ci-dessous). Le cœur imprimé sur leur poitrine porte l’inscription « I love you ». Georgene produit également de 1938 à 1945 une poupée représentant un autre personnage des « Raggedy Ann stories » : la rare poupée noire « Beloved Belindy ».
La licence de production est accordée en 1962 à la société new yorkaise Knickerbocker Toy Co., licence qui sera active jusqu’en 1982. Les poupées ainsi produites sont disponibles dans une large gamme de tailles de 7,5 à 105 cm, avec des conceptions variées. Leurs cheveux ont la couleur rouge vif typique des Raggedy Ann, elles possèdent des traits imprimés, des yeux en bouton et des étiquettes cousues à leur costume. Une version de « Beloved Belindy » sort en 1965, rapidement retirée du marché car accusée de véhiculer un stéréotype négatif des africains-américains. Cette même année sont introduits des modèles parlants de Raggedy Ann et Raggedy Andy, retirés quant à eux en raison de coûts de production trop élevés. Knickerbocker produit également une poupée représentant un autre personnage des « Raggedy Ann stories » : le chameau aux genoux plissés (« The camel with the wrinkled knees »).
En 1981 la division « Applause gift » de Knickerbocker reprend la production de la ligne Raggedy Ann et Raggedy Andy. Spécialisée dans les produits sous licence, cette division est à l’époque distribuée par Hallmark. Disponible en tailles de 20 à 91 cm, la ligne offre des traits de visage brodés. Knickerbocker est racheté par Hasbro en 1983, qui produit en éditions limitées des copies de poupées originales incluant celles de Volland et Mollye Goldman. La filiale Playskool de Hasbro commercialise encore aujourd’hui des poupées Raggedy Ann et Raggedy Andy (photo de droite ci-dessous).


          © Ruby Lane                                                                                                 © WorthPoint

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Chad Valley

Au début du XIXe siècle, Anthony Bunn Johnson fonde l’imprimerie Johnson Brothers Limited à Birmingham (Grande-Bretagne). En 1897, son fils Joseph et son petit-fils Alfred construisent une usine de jouets à Harborne, dans la vallée d’un ruisseau appelé Chad brook, et renomment leur entreprise Chad Valley. Ils produisent tout d’abord des ours en peluche en série. Les premières poupées, en jersey, sont produites en 1917. Disponibles dans une large gamme de qualités de fabrication, certaines ont des yeux peints, d’autres des yeux en verre veinés, et les plus beaux modèles des perruques en mohair peignables tissées à la main. Les modèles les moins chers ont des vêtements imprimés, tandis que les plus onéreux portent des vêtements détachables. En 1919 elles sont proposées en 12 conceptions différentes, avec des yeux fixes ou dormeurs, articulées ou non. Les plus belles poupées produites les deux années suivantes sont disponibles en tailles 30,5 et 33 cm et portent des montres bracelets brevetées par Chad Valley. Les autres mesurent entre 23 et 19 cm.
À la fin de la première guerre mondiale, Chad Valley rachète la compagnie Robert Bros de Gloucester, fait partie du programme national pour l’emploi des infirmes et devient fournisseur officiel du gouvernement. Le catalogue de 1920 propose de nombreuses poupées : Susanne, Joan, Lady Betty, Belle, Jack, Peggy, Bobby, Irish Molly, Pretty Prue, Zoe, Peter, Dorothy, Poppy, Boy Blue, Nora, Bob Sleigh, Little Cresta, Miss Muffet, Babs, Marjorie, Seaside Sue, Beach Knut, Pat M’Gee,… Au début des années 1920, l’entreprise est distribuée par Bush Terminal à New York et exporte au Canada, en Afrique du Sud et en Australie. La marque de fabrique Aerolite est déposée en 1923 et les poupées sont baptisées « La petite caresse ». Disponibles en quatre tailles (28, 33, 40,5 et 45,5 cm), elles ont des perruques en cheveux naturels, des visages colorés à la main et portent des costumes  en velvantine ou en peluche avec de la fausse fourrure autour du cou.
L’année suivante, Chad Valley commence à produire des poupées à visage en feutre pressé sur des corps en velours, velvantine ou coton bourrés de kapok. Les plus grandes sont disponibles en version Mama. Les poupées Dan et Dolly, conçues par Mr Williamson, sont produites pour cette année seulement. Les poupées « La petite caresse » comprennent Pretty Jane, en robe à carreaux imprimée, Caresse, en fourrure laineuse, et Olga et Betty, habillées en velvantine. La même année l’entreprise obtient un brevet britannique pour une méthode de pose d’yeux en verre dans une tête en feutre ou en tissu raidie par un vernis à la gomme laque ou par de l’amidon. L’année 1926 voit deux innovations : la poupée marcheuse et danseuse « Tango Tar Baby » ; les poupées Caresse chevauchant un tricycle. En 1927 est introduite la poupée noire Sambo et en 1928 les poupées Caresse Imps, Carina, qui se tient debout, et Bambetta. Un golliwog sort en 1929, et la marque Woolly-Wag est déposée. À la fin des années 1920, la distribution commerciale exclusive pour les États-Unis et le Canada est assurée par Louis Wolf.
De nombreux concepteurs sont engagés dans les années 1920, dont les célèbres Norah Wellings, Hilda Cowham et Mabel Lucie Atwell, responsable de la ligne de poupées Bambina reconnaissable à ses larges visages souriants et à ses yeux fixes en verre regardant de côté. Un concept marketing est développé, consistant à vendre les poupées dans des « Bye-bye boxes », boîtes en forme de lit équipées d’un tiroir de rangement pour les affaires de la poupée. Les plus onéreuses sont vendues dans des lits à fini doré, les autres dans des lits en bois à fibres ondulées.
Dans les années 1930, Chad Valley  représente en poupées la princesse Elizabeth âgée de quatre ans et les princesses Elizabeth et Margaret en jeunes filles. Leurs étiquettes utilisent les armoiries royales britanniques et portent la mention « Fabricants de jouets de Sa Majesté la Reine ». Un groupe de poupées noires appelé « Niggers », incluant Nabob, Rajah et Carolina, est introduit, ainsi que les « Road Scout Mascots » en feutre. Un bébé en tissu à tête en biscuit est proposé en quatre tailles (40,5, 43, 58,5 et 65 cm), ainsi qu’une poupée en tissu lavable imitation chair habillée en feutre, disponible en trois tailles (35,5, 43 et 48 cm).
Les poupées en jersey comme celles en feutre sont bourrées de kapok. Elles sont principalement disponibles en version fille à l’exception des poupées conçues par Mabel Lucie Atwell, dont la moitié sont des garçons. De nombreuses poupées de célébrités sont proposées : Peter Pan, Pixie, Jack-O-Jingles, Pierrot, le petit chaperon rouge,… Les vêtements des poupées Chad Valley sont de qualité variée. Les plus belles poupées sont dotées d’accessoires tels que chapeaux et manchons. Fausse fourrure et application de feutre sont souvent utilisés en garniture. En ce qui concerne les tailles, l’étendue usuelle est de 30,5 à 45,5 cm, la gamme proposée la plus large se situant entre 23 et 65 cm. La plupart des poupées sont marquées avec des étiquettes cousues en tissu.
Durant le second conflit mondial, Chad Valley réoriente sa production vers l’effort de guerre : caisses pour canons anti-aériens, lits d’hôpital, bobines et démarreurs électriques. La fabrication de jouets reprend en 1945 avec des véhicules miniature en fer blanc, sous-traités à la société Metal box Ltd puis internalisés en 1946 devant le succès rencontré. Chad Valley acquiert la société d’usinage AS Cartwright Ltd pour la découpe et le pliage du métal, Winfield Ltd pour la production de mécanismes d’horlogerie et Barronia Metals Ltd et True to Type Products Ltd pour fabriquer des équipements d’ingénierie de précision.
L’entreprise est l’un des fabricants de jouets britanniques les plus importants du XXe siècle, avec sept usines et plus de 1 000 employés en 1960. Elle connaît des difficultés dans les années 1970 et ne conserve que deux usines en 1975. Rachetée par Palitoy en 1978, par Woolworths en 1988, puis par Home Retail Group, la société mère des détaillants Homebase et Argos, en 2009, la marque est aujourd’hui détenue par la chaîne de supermarchés Sainsbury’s depuis son rachat de Home Retail Group en 2016. Ci-dessous photo de droite : poupée de la ligne DesignaFriend vendue par Argos.


    © Bagham Barn Antiques                              © Theriault’s

Les poupées Bing Künstlerpuppen

La société Gebrüder Bing est fondée en 1882 à Nuremberg en Bavière (Allemagne) par les frères Ignaz et Adolf Bing. Elle fabrique à l’origine des jouets, incluant des animaux en peluche, et des articles de mode. Seule entreprise de jouets de Nuremberg à ne pas avoir cessé ses activités durant la première guerre mondiale, elle compte 4 000 employés à la veille du conflit. En 1900, Gebrüder Bing gagne une médaille d’or à l’exposition universelle de Paris et un grand prix à celle de Bruxelles en 1910. John Bing & Co. est à cette époque le représentant exclusif de l’entreprise aux États-Unis et au Canada. En 1912, elle dépose en Grande-Bretagne les marques de fabrique Sunshine Girl et Sunshine Kid.
En 1920, elle intègre le conglomérat Bing Werke, comprenant plusieurs filiales de fabrication de poupées telles que Kammer & Reinhardt, Louis Wolf, Max Oscar Arnold, Welsch & Co. et Waltershauser Puppenfabrik. L’année suivante, elle rachète l’atelier du concepteur de poupées Albert Schlopsnies, qui travaille également pour Steiff. Gebrüder Bing produit la ligne de poupées en tissu Bing Künstlerpuppen (poupées d’artiste), conçue par le professeur Vogt, de Nuremberg, et Emil Wagner, de Sonneberg, en Thuringe (photos ci-dessous). Ces poupées ont des masques faciaux en tissu moulé à traits peints imitant à s’y méprendre la composition, cousus sur des têtes articulées au cou elles aussi en tissu, et des corps en coton non traité ou couleur chair. Dotées d’articulations à soufflet aux épaules et aux hanches, leurs cheveux sont peints ou en mohair. De taille comprise entre 15 et 45 cm, elles sont vendues comme incassables, peintes à la main et lavables. Elles sont habillées dans le style des vêtements d’enfant de l’époque. Le seul marquage de ces poupées est le mot « Bing » imprimé sur la semelle de leurs chaussures en cuir. Des poupées en composition, biscuit, caoutchouc et feutre, sont vendues sous la marque Bing Werke, vraisemblablement réalisées par d’autres filiales que Gebrüder Bing.
En 1922, la marque de fabrique de poupées Pitti-Bum est déposée en Allemagne. En 1924, Gebrüder Bing dépose une demande de brevet allemand (DRGM) pour une poupée articulée et acquiert une licence de fabrication et d’utilisation sous certaines restrictions de nouveaux dispositifs vocaux américains « Mama ». En 1925, trois DRGM relatives à la fabrication des têtes de poupée sont déposées : une sur les yeux d’un masque facial, l’autre sur les têtes en tissu et la troisième concernant les yeux dormeurs pour poupées en tissu. Cette même année, la société Käthe Kruse intente à Bing un procès en contrefaçon, qu’elle gagnera.
Bing lance en 1926 une « poupée d’artiste » peinte à la main et dotée d’yeux articulés dormeurs. L’année suivante est annoncée une baisse importante du prix des « poupées d’artiste », dont certaines avec des perruques en mohair et des yeux dormeurs. L’entreprise dément des rumeurs de difficultés financières. En 1928, Bing Werke fusionne avec Louis Wolf pour former Bing-Wolf, qui contrôle une bonne partie des ex-filiales de Bing Werke, dont Kammer & Reinhardt. Parmi les poupées produites par Bing-Wolf figurent les « Beauty Art Dolls » de 28 à 61 cm, à têtes en composition, perruques en mohair, corps en tissu et vêtements en feutre. Bing-Wolf fera faillite en 1932.


                       © Ruby Lane                                                                                           © Antique Soft Toys

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Lenci

L’aventure Lenci, qui a duré 82 ans, a débuté comme un hobby, s’est brièvement développée en industrie familiale, pour rapidement devenir une grande entreprise. Elena König Scavini, née à Turin (Italie) en 1886 d’un père chimiste d’origine allemande et d’une mère pianiste, s’est toujours intéressée au poupées. Elle en fabrique dans ses jeunes années, habillées des costumes régionaux qu’elle a l’occasion de voir pendant ses voyages. En 1915 elle épouse un italien, Enrico Scavini, et le couple s’installe à Turin. Durant la première guerre mondiale, son mari sert comme aviateur. Elle donne naissance à une fille en 1917, qu’elle perd quelques mois après lors de l’épidémie de grippe espagnole. Anéantie, Elena souhaite travailler pour s’occuper et gagner sa vie, en faisant quelque chose qui rende les enfants heureux. Elle se souvient alors des poupées de son enfance, en particulier de sa préférée, faite d’un morceau de bois et de chiffons pour la tête. « Ma poupée n’était rien et par conséquent pouvait tout devenir. Elle était différente à chaque fois que je la prenais dans mes bras », confie-t’elle. Elena décide de revenir à la fabrication de poupées, en essayant de retrouver dans ses créations le même pouvoir d’imagination que la poupée fétiche de son enfance.
Ses deux premières tentatives sont un clown caricatural et une petite fille potelée, aux corps en canevas articulés aux épaules et aux genoux et aux têtes faites de quatre pièces de tissu cousues. Les traits des visages sont peints, les cheveux en fil jaune et les yeux faits de boutons de chaussure. La fillette est habillée d’une robe à carreaux rouges et blancs, qui deviendra une signature vestimentaire des poupées Lenci. Elle s’entraîne sans relâche, refaisant la même poupée en l’améliorant à chaque réalisation, mais le souvenir de son enfant disparue lui ôte ses forces, et elle finit par abandonner. Elle retrouve du courage lorsqu’elle voit le neveu de son propriétaire, âgé de dix ans, jouer en riant avec une poupée qu’elle lui a donnée.

Les années Scavini

De retour du front, son mari essaie en vain de vendre les poupées d’Elena dans les magasins de jouets de Rome. Ne se laissant pas décourager, elle poursuit ses investigations et collabore avec le fabricant de chapeaux Borsalino pour mettre au point une variété de feutre permettant de sculpter des traits de visage par pressage. Avec l’aide de son frère Bubine, ils construisent une presse à vapeur et réalisent leur première poupée tout en feutre, appelée Lencina.
Mais un second malheur frappe Elena : elle fait une fausse couche, qui la pousse à abandonner les poupées à nouveau. Quelques mois plus tard, un vieil ami italo-américain du couple, Mr Lipp, conquis par ses poupées, lui propose d’en vendre aux États-Unis. Aussitôt, une industrie familiale se met en place, l’appartement des Scavini se transforme en usine de poupées. Elles seront toutes vendues pendant le voyage en bateau ! une nouvelle commande de 300 poupées par Mr Lipp consacre la naissance des poupées Scavini, dont le nom commercial est officiellement déposé en avril 1919.
En juillet 1920 paraît la première publicité dans le magazine spécialisé Playthings, qui fait état de 50 modèles originaux de poupées Scavini. Leur distributeur exclusif est le new yorkais Ernst & Hermann. Elles sont exposées la même année à la foire de Leipzig (Allemagne), où elles reçoivent un accueil chaleureux du public. Le nombre de modèles s’élève à 100 en 1921. Enrico obtient un brevet aux États-Unis en septembre 1921 pour leur méthode de fabrication de visages de poupées en feutre, qu’il étend à la France, l’Italie et la Grande-Bretagne.
Enrico et Elena travaillent d’arrache-pied pour leur jeune compagnie. Ils érigent une petite usine via Marco Polo à Turin. Elena donne naissance à une petite Anili en octobre 1921. Enrico décide de changer le nom de la compagnie en Lenci, le surnom d’Elena, qui est également l’acronyme de la phrase en latin « Ludus Est Nobis Constanter Industria » (le jeu est notre travail incessant). Il obtient en décembre 1922 les droits exclusifs en Italie sur le nom Lenci et sur tous les produits fabriqués sous cette marque, étendus aux États-Unis en 1924.
Les poupées Lenci sont l’exemple même de la philosophie Art Déco : instiller l’art dans les objets du quotidien. Les critiques de l’époque et les publicités pour l’entreprise qualifient ces poupées de « hautement artistiques » et « douées d’expressions vivantes ». Très onéreuses depuis leurs débuts, elles sont également commercialisées en direction des adultes comme objet de collection destiné à trôner dans une salle de réception ou à l’arrière d’une limousine (photo de gauche ci-dessous).
En 1922, Lenci s’agrandit en construisant une grande usine via Cassini à Turin et possède des salles d’exposition à Londres, Paris, Leipzig et New York. De 20 employés en 1919, l’entreprise est passée à 650, avec une forte politique sociale, sans précédent pour l’époque : soins de santé gratuits, compte d’épargne abondé chaque année et arbre de Noël. Outre les poupées, Lenci produit des vêtements pour enfants et adultes ainsi que toutes sortes d’accessoires et objets décoratifs : chapeaux, sacs à main, couvre-théières, paniers à couture, fleurs en feutre,…
Avec le succès, la concurrence s’intensifie : les imitations de plus ou moins bonne qualité se multiplient, ainsi que les contrefaçons. Lenci menace les entreprises fautives de poursuites judiciaires et recommande aux boutiques de n’acheter que des poupées Lenci authentiques. Une publication du magazine Playthings d’avril 1923 met en garde les faussaires avec les slogans « Les poupées Lenci sont brevetées » et « Attention aux contrefaçons ».
En avril 1925 Elena met au monde un garçon, Carlo, dit Carlino. La relation du couple avec le pouvoir fasciste est ambiguë. Elena rencontre Mussolini, qui lui achète des poupées de luxe richement habillées et portant de l’or et des pierres précieuses, pour les offrir aux dirigeants étrangers, dont ceux de l’Empire du Japon. Bien qu’elle ne déclare aucune affiliation avec le parti, il est possible qu’elle ait subi une certaine contrainte : lorsqu’à la demande du Duce elle expose ses poupées à Rome et à Venise, elle porte l’uniforme fasciste.
La crise de 1929 frappe de plein fouet les activités de Lenci et les ventes chutent. Elena ne peut se résoudre à réduire ses effectifs et cherche des débouchés pour les maintenir au travail. Après avoir découvert les céramiques de Della Robbia (XVe et XVIe siècles) et Capodimonte (XVIIIe siècle), elle décide de se lancer dans la fabrication d’objets en porcelaine fine, dont le financement aura raison de leurs économies. Une nouvelle aile est ajoutée à l’usine, des fours sont achetés et des artistes embauchés pour sculpter et peindre la céramique : Giovanni Grande, Giovanni Riva, Felice Tosalli et Mario Sturani. Ce dernier est le créateur du logo coloré de Lenci, utilisé pendant plus de 70 ans, représentant une poupée dans une guirlande multicolore de fleurs en feutre, avec le nom « Lenci » en haut et la devise de la compagnie en bas.
En 1931, se produit une succession d’événements tragiques : faillite de nombreux clients américains, incendie d’un local à New York qui détruit un grand nombre de poupées, suicide de l’importateur londonien, refus de prêts des banques. Elena vend des objets d’art et des bijoux pour maintenir l’entreprise à flot et cherche un investisseur. Elle rencontre les frères Pilade et Flavio Garella en 1933, disposés à investir à condition de devenir directeurs généraux, ce qu’Elena accepte à contrecœur. Les nouveaux gestionnaires ne gardent que la production de poupées, de céramique et une ligne limitée de vêtements pour enfants.

Techniques de fabrication

Turin est au début du XXe siècle un grand centre de production de tissus, spécialement réputé pour ses feutres lainés de qualité. Il n’est donc pas surprenant qu’Elena Scavini ait choisi ce matériau pour ses poupées. Le visage, l’avant du cou et l’arrière de la tête sont faits d’une seule pièce de feutre enduite de colle à l’intérieur. Une fois la colle séchée, la pièce est chauffée à la vapeur puis pressée sur une forme. Après moulage, l’intérieur de la tête est renforcé avec une couche de bougran lourdement amidonné. L’arrière de la tête est cousu en point zigzag qui confère une plus grande résistance à la couture.
Les traits du visage sont peints : une couleur légère et rosée pour la lèvre inférieure plus étroite, sombre et rouge pour la lèvre supérieure plus épaisse, la bouche étant en forme de cœur ; les iris des yeux comportent des reflets blancs. Les doigts de certaines poupées sont cousus, tandis que d’autres ont des index et auriculaires séparés. Deux types de corps sont utilisés : torse en mousseline bourrée de coton ou corps creux en feutre moulé. Les bras sont légèrement pliés au coude et les jambes ont des genoux et des mollets bien dessinés, ces caractéristiques étant moins visibles  les dernières années de production pour des raisons d’économie.
Le mohair des cheveux est cousu en bandes avec de petites mèches individuelles cousues à la racine. Les plantes des pieds sont doublées de carton pour aider la poupée à se tenir debout. Disponibles en tailles de 10,5 à 121 cm, les poupées sont habillées avec goût de tenues très colorées en feutre et organdi. Les différents types de poupée proposés incluent des représentations d’enfants en tenue de sport ou de personnage de livre de contes, de dames aux longs membres, de personnages mythiques, multiculturelles, ou de mascottes.
Au cours du temps, divers marquages sont employés : boutons métalliques, étiquettes en tissu cousues, étiquettes volantes en carton, estampage au bas du pied.

Les années Garella

Outre Pilade et Flavio Garella, le partenariat conclu avec Lenci en 1933 compte un troisième membre, Bassoli, un fabricant de feutre auquel les Scavini doivent beaucoup d’argent. Pilade est directeur commercial et Flavio directeur de la fabrication. Sous leur gestion, l’entreprise se redresse et redevient rentable au bout de deux ans. Lenci continue de capitaliser sur son innovation de 1931, « Le nuove bambole in feltro lavabile » (les nouvelles poupées en feutre lavable). Une publicité de 1933 appelle ces poupées « Prosperity baby 1933 », nom encore en vigueur aujourd’hui pour désigner les poupées lavables (photo du centre ci-dessous).
Lorsque la guerre avec l’Éthiopie éclate en 1935, des sanctions frappent les exportations vers les États-Unis. Les progrès financiers enregistrés par les Garella sont réduits à néant. Ils contractent avec le gouvernement italien pour la fourniture d’uniformes, de draps et de couvertures destinés à l’armée. La santé d’Enrico décline en 1936, et le couple décide de vendre ses parts aux Garella. Elena conserve le poste de directrice artistique pour une durée de cinq ans, avec une clause de non-concurrence.
1937 est une bonne année pour Lenci : l’introduction de poupées aux grands yeux ronds en verre soufflés au moule, procurant un regard exceptionnel, est un grand succès. L’année suivante, les Garella tentent de reconquérir des parts de marché aux États-Unis au moyen d’une publicité parue dans le magazine Playthings affirmant « les poupées Lenci d’Italie sont des jouets que les collectionneurs adorent ». La guerre qui approche rend les approvisionnements en yeux de verre et en feutre extrêmement difficiles.
Les Scavini projettent une vie moins stressante : Elena loue un petit studio d’artiste pour Enrico, où elle le rejoint après sa journée de travail à l’usine. Il meurt en décembre 1938 d’une affection cardiaque, la laissant seule pour élever ses deux enfants. La famille déménage du grand appartement au-dessus de l’usine vers le petit studio. L’argent se fait rare. Anili apprend le métier de tisserand auprès d’un artisan et devient une talentueuse conceptrice de tissus. Elena utilise une partie de la police d’assurance vie d’Enrico pour acheter un terrain et faire construire une modeste maison sur les hauteurs des collines de Turin. Mais les ouvriers sont réquisitionnés pour la seconde guerre mondiale et la maison reste inachevée. Le couvre-feu et les fusillades rendent la ville dangereuse : Elena installe les enfants et la bonne dans la nouvelle maison et reste dans le studio.
Lenci est devenue une usine et un entrepôt de matériel de guerre, et reprend sa production de couvertures et de sacs à dos pour l’armée. Poupées et céramique sont négligées, mais Elena remplit ses obligations contractuelles et continue à produire de nouvelles conceptions qui sont peu exploitées. De 1939 à 1941, Lenci continue d’exporter des poupées aux États-Unis. De nombreux ouvriers sont licenciés, les matériaux de fabrication viennent à manquer et les poupées produites sont de mauvaise qualité. De plus, les locaux de l’entreprise sont bombardés à plusieurs reprises, causant des pertes irréparables de documents d’archives et de poupées de la collection historique. Seuls des moules de valeur et des poupées anciennes de la collection privée des Garella sont sauvés.
Elena décide avec tristesse de quitter l’entreprise en 1940 avant la fin de son contrat, sans percevoir aucune indemnité. En nettoyant ses outils le dernier jour, elle se souvient qu’elle doit accrocher des tableaux dans sa maison et passe à l’entrepôt chercher quatre clous. Un vieil employé qu’elle connaît depuis au moins 18 ans lui refuse les clous sous prétexte qu’elle n’a pas de bon de commande des propriétaires ! cet incident sera son adieu à la compagnie qui porte son nom. Elena et Anili s’établissent comme artisans dans la maison sur la colline. Anili conçoit des tissus et confectionne des vêtements. Elena décore et revend du mobilier ancien. Elle mourra en février 1974 à l’âge de 88 ans.
En 1942, Beppe Garella, le fils de Pilade, rejoint la compagnie et apprend le métier sur le tas en exerçant toutes les fonctions. Il se révèle un homme d’affaires avisé, capable de faire évoluer son entreprise. Durant la guerre des rumeurs circulent, accusant Pilate et Flavio d’être des sympathisants de Mussolini et d’avoir adhéré au mouvement fasciste. Ces rumeurs sont démenties par Beppe Garella, qui produit un certificat donné à son père par un officier allié, louant les actions de protection des soldats alliés menées par Pilate. Comme Elena dans les années 1920, il est probable que les frères Garella aient dû donner le change pour que leur affaire survive.
Après la guerre, la production de poupées reprend quasiment à partir de zéro, sans le matériel de qualité et la main-d’œuvre qualifiée d’avant-guerre : les vêtements utilisent les tissus disponibles, comme le taffetas bas de gamme ; les cheveux en bourre de soie remplacent le mohair ; les décorateurs engagés pour peindre les visages n’ont pas le talent de leurs prédécesseurs. Les ventes de Lenci se portent bien à nouveau dans les années 1950, tirées par l’engouement pour les poupées en costume de pays. Beppe Garella suit les traces de son père en innovant pour que Lenci reste une entreprise prospère : la collaboration avec Raymond Peynet et l’obtention des droits de reproduction des personnages de Disney en feutre sont des exemples de cette innovation. Il prend la direction de Lenci en 1964. Après le décès de son père en 1968, il vend les locaux de la via Cassini et installe l’entreprise via San Marino, où elle restera plus de 30 ans.
La décennie 1960 est marquée par une curieuse orientation, celle de donner aux poupées des expressions presque comiques, ce qui nuira à l’entreprise et ne tiendra pas l’épreuve du temps. Beppe soutient son activité en répondant à des commandes de poupées exclusives, souvenirs, ou d’animaux en peluche. Au milieu des années 1970, Lenci n’est plus connue pour ses belles créations en feutre mais pour des petites poupées en plastique dur habillées en costumes provinciaux bon marché, vendues dans des boutiques de souvenirs de Rome à Milan.
À la même époque, Beppe constate que les femmes nées après la guerre, devenues mères, n’achètent pas seulement des poupées pour leurs filles mais aussi pour elles-mêmes : collectionner devient un hobby. Les nouveaux artistes apprennent à faire des reproductions de poupées anciennes en porcelaine fine convoitées par les collectionneurs. Le temps est venu de redonner à Lenci sa place prédominante dans le monde des poupées. Beppe engage des artisans pour produire une nouvelle ligne de poupées en utilisant les vieux moules et équipements et les méthodes d’autrefois (photo de droite ci-dessous). C’est un succès immédiat, et Beppe, rebaptisé « Monsieur Lenci », parcourt le Monde pour représenter sa compagnie restaurée au premiers rang des fabricants de poupées classiques de qualité, inaugurant une période de prospérité qui durera plus de 20 ans. Tide-Rider Inc. devient le distributeur exclusif de Lenci aux États-Unis. Des poupées exclusives sont spécialement produites pour des boutiques de renom telles que « The enchanted doll house » de Manchester (Vermont). Des tournées éclair de boutiques et d’événements sont organisées, au cours desquelles Beppe fait des conférences sur l’histoire de l’entreprise, expose des poupées anciennes de la collection familiale et dédicace des poupées aux collectionneurs. En 1986, Beppe décide de distribuer lui-même ses poupées, et crée le fan club « World Wide Lenci Club ».
Beppe Garella décède en 1992 à l’âge de 68 ans, et sa fille Bibija, âgée de 24 ans, devient propriétaire et présidente de Lenci. Formée par son père, elle se révèle une femme d’affaires avisée et prend des décisions pertinentes : éditions limitées à 499 exemplaires des poupées Barbara et Betty, partenariat avec la société de téléachat HSN (Home Shopping Network), développement de la ligne de poupées jouets Futura en collaboration avec la compagnie allemande Sigikid, distribution aux États-Unis par la société Absolute Collectibles située à Astoria (New York), auprès d’un réseau de plus de 500 boutiques.
En 1996, un incendie dans les entrepôts de poupées fait subir une lourde perte financière à Lenci. L’année suivante, Bibija vend l’entreprise à son frère Lazzaro, qui en devient le président et la rebaptise « Bambole italiane », les poupées étant vendues sous le nom « Lenci le bambole ». Contrairement à sa sœur, Lazzaro est un piètre gestionnaire et prend de mauvaises décisions pour l’entreprise : ralentissement de l’introduction de nouvelles poupées, vente directe par internet, réduction des ventes aux détaillants, arrêt des exclusivités pour les boutiques et les événements, réduction du budget publicitaire. Lenci ferme ses portes en août 2001 et la liquidation judiciaire est prononcée en juin 2002.


                                                                            © Theriault’s                                         © WorthPoint

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Raynal

Édouard Armand Goldschmidt, du nom de sa mère qui l’a élevé, né en 1896 à Mulhouse dans une famille très pauvre, commence à travailler très jeune. Afin de faciliter son intégration en tant qu’alsacien engagé dans l’armée française lors de la première guerre mondiale, il reçoit des autorités militaires le nom de Raynal, qu’il conservera toute sa vie. Il crée en 1922 la société « Raynal, jouets et articles de Paris » qui fabrique entre autres des animaux en peluche, en peau et en feutre.
Il ouvre en 1926 un atelier de fabrication de poupées en tissu bourré (photo de gauche ci-dessous). L’entreprise produit des poupées spéciales destinées à être vendues dans les cabarets et les dancings, et des poupées de salon. En avril 1929, la société change pour le nom « Les poupées Raynal » et devient une SARL en 1932. À la fin des années 1920 et au début des années 1930, Raynal propose quatre grandes catégories de poupées en étoffe : les poupées en toile, les poupées en feutrine inspirées de Lenci, les poupées à corps en toile bourrée et tête en feutre pressé, les bébés en tissu bourré de kapok aux jambes raides ou torses.
Les premières poupées à corps en toile rose bourrée de frisure de bois sont de très belle facture. La tête en deux parties, composée d’un masque maquillé en tissu estampé cousu à la partie arrière, est également bourrée de frisure de bois, et couverte d’une perruque en mohair, plus rarement en laine de mouton. Les jambes en deux parties, très galbées, comportent une couture médiane sur le devant et l’arrière. Les bras sont pratiquement pliés en équerre. Les mains moufles ont les doigts dessinés par des coutures.
Certaines des poupées en feutrine sont très inspirées des poupées italiennes Lenci, ce que Raynal reconnaît volontiers (photo du centre ci-dessous). Les membres sont montés à plat avec des rondelles en carton et les perruques sont en mohair, parfois en cheveux naturels. Très bien habillées, souvent avec de la feutrine, ces poupées portent des chaussures à bride également en feutrine fermées par un bouton.
À partir des années 1930, les poupées conservent leur tête en feutrine, mais le corps est plus souvent en toile blanche ou rose bourrée de frisure de bois. La perruque courte en mohair est coiffée à la Jeanne d’Arc. La tête subit le procédé du vernis cellulosique décrit dans un brevet de 1930, ce qui la rend lavable. De plus, la couleur des visages est préservée par des peintures spéciales résistant à la lumière. Les membres articulés, généralement en toile rose, sont attachés au tronc par une rondelle en carton. Les bras sont légèrement pliés, et les mains moufles ont les doigts dessinés par des coutures. Certains modèles ont l’index et l’auriculaire (parfois plus petit) séparés, le majeur et l’annulaire étant cousus ensemble, à la manière de Lenci. Les jambes raides sont fermées par une couture à l’arrière et les pieds, garnis d’une semelle en carton, sont rapportés. Les pieds sont légèrement rentrés vers l’intérieur. À partir de 1934 apparaissent des mains en celluloïd.
C’est également en 1934 qu’émergent les premiers bébés à tête caractérisée en tissu pressé recouvert de feutre et bourré de frisure de bois. Le visage est rieur, avec une bouche ouverte pleine qui laisse voir une langue et deux dents moulées et peintes, des yeux peints regardant de côté et une perruque en mohair. Deux modèles de bébé se distinguent. Le bébé premier âge à corps souple (tronc en coton et membres en jersey) bourré de kapok et jambes raides. Les membres sont attachés au corps par des rondelles de carton fort et articulés aux épaules et aux hanches. Les pieds rapportés à semelle en carton sont bourrés de frisure de bois. Les mains sont soit en celluloïd soit en acétate de cellulose injecté. L’autre modèle, bourré de kapok, est appelé Joli Bébé. Son tronc est en coton, auquel sont cousus les membres en jersey, et ses jambes sont torses. Ses bras peuvent être en jersey ou en toile de coton. Les pieds sont rapportés et les mains sont en celluloïd ou en acétate de cellulose injecté.
Avec la loi sur les congés payés de 1936, les provinces de France deviennent des régions touristiques. La poupée folklorique en costume de terroir, en plein essor, est alors un objet de souvenir, voire un symbole patriotique. Raynal produit de nombreuses poupées en tissu en costumes régionaux : provençale, basquaise, normande, alsacienne (photo de droite ci-dessous), lorraine, bretonne. Articulées aux épaules et aux hanches, elles ont des jambes raides et mesurent 50 cm.
Raynal prolonge également la tradition des poupées en costumes historiques. Témoins les six poupées en étoffe bourrée hautes de 52 cm proposées dans le catalogue de Noël 1934 des Galeries Lafayette : marquise de 1775 avec sa « robe à paniers, taffetas artificiel garnis de Valenciennes » ; révolutionnaire de 1793, qui porte une « robe en satinette pékinée, tunique satin, châle et bonnet organdi garnis de dentelle » ; grisette de 1830, avec sa « robe d’organdi gaufré, impressions fleurs, châle garni de dentelle, chapeau velours » ; second empire de 1855, portant une « robe moire antique garnie de dentelle plissée, chapeau de paille, plume d’autruche » ; troisième république de 1900, avec sa « robe ottoman, bleu garnie tresses blanches, blouse organdi, chapeau de paille, ruban Pompadour » ; Miss Paris pour la nouvelle année 1935, qui porte une « robe taffetas artificiel, impression or et argent, ruche tulle, ceinture et chapeau deux tons ». Ces poupées costumées, avec d’autres, seront installées dans la vitrine de Raynal à l’exposition internationale des arts et techniques de Paris en 1937, dans une scène représentant un bal masqué où les enfants, c’est-à-dire les poupées, se sont déguisés.
Marthe Raynal, l’épouse d’Édouard, est la créatrice de tous les vêtements des poupées Raynal. Les robes en toutes matières, comme les chaussures en feutre, sont garnies de petits boutons striés en porcelaine. Les robes sont dotées de boutons-pression de forme carrée posés automatiquement par la machine à coudre. Les sous-vêtements comprennent une culotte ou un combiné en coton ou en tricot indémaillable, et un jupon ou une combinaison. Les poupées jouets sont accompagnées d’un trousseau. Elles sont installées dans un compartiment d’une malle qui comprend également un portemanteau pour le trousseau et un tiroir pour les accessoires.
Les poupées Raynal en étoffe ne sont pas marquées sur le corps, mais par une étiquette carrée cousue sur le vêtement, dont beaucoup ont disparu avec les années.


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Madame Alexander

La célèbre compagnie Madame Alexander Doll a été fondée en 1923 par Beatrice Behrman née Alexander. Fille d’une immigrée autrichienne arrivée aux États-Unis depuis la Russie avec la vague d’exilés juifs d’Europe de l’Est à la fin du XIXe siècle, elle passe beaucoup de temps à travailler dans la clinique de poupées de son beau-père. Madame, comme elle se fera appeler, a un sens esthétique développé et un don pour le stylisme. Au début des années 1920, elle commence à concevoir une ligne de vêtements pour enfants avec ses sœurs Rose, Florence et Jean. Elles habillent également des poupées pour les vendre. En 1923, elles fabriquent leurs propres poupées de chiffon à visage plat. Madame les conçoit et ses sœurs aident à la peinture des traits et à la couture des vêtements.
En 1933,  les sœurs se sont retirées de l’affaire et les poupées en tissu de Madame Alexander ont des masques faciaux tridimensionnels en feutre ou autre tissu pressé, à traits peints à l’huile et à la main, et des perruques en mohair pour la plupart. Les corps en coton rose, de structure simple, ont des articulations à soufflet aux épaules et aux hanches. Les vêtements, bien coupés, sont en feutre, coton et/ou organdi. Les poupées ne sont pas marquées, seuls les vêtements portent des étiquettes en tissu cousues sur lesquelles sont inscrits le nom du personnage, l’information brevet éventuelle et « Madame Alexander » (parfois suivi par « N.Y. »).
Dans les années 1930, Madame Alexander Doll produit des poupées en tissu représentant des personnages littéraires ou poétiques : David Copperfield, Oliver Twist, les quatre filles du docteur March (photo de gauche ci-dessous), Alice au pays des merveilles, ainsi que des personnages des poèmes de Henry Wadsworth Longfellow tels qu’Allegra la rieuse ou Edith aux cheveux d’or. Il y a aussi les bébés au corps en jersey Tippy Toe et Pitty Pat, la ligne American Tots de poupées de 40,5 et 45,5 cm aux perruques en cheveux naturels entre 1935 et 1937, les poupées McGuffy Ana et Kate Greenaway et les quintuplées Dionne en tailles de 40,5 et 61 cm de 1935 à 1940. Ces dernières ont des traits peints à la main incluant des yeux marron et portent des perruques en mohair brun foncé. La ligne à marque déposée So-Lite propose entre 1937 et 1939 des poupées en cinq tailles de 26,5, 30,5, 45,5, 50,5 et 61 cm.
Les personnages de bande dessinée comic strip Bobby Q et Suzie Q à vêtements en feutre et cheveux en fil (photo du centre ci-dessous), ainsi que la ligne de bébés Playmates à corps et têtes très larges, doigts cousus et cheveux en fil, sont ajoutés en 1940. Produite de 1940 à 1944, « Little Shaver », inspirée des dessins d’Eloise Shaver, est une poupée à corps en jersey maintenu par une armature en fil métallique et cheveux en bourre de soie, disponible en tailles de 16, 26,5, 30,5, 39,5 et 56 cm.
La majorité des poupées Alexander Doll fabriquées à partir du milieu des années 1940 est faite d’autres matériaux que le tissu. Les quelques poupées en tissu incluent Funny, en guingan rose, et Muffin, à traits en appliqué de feutre, toutes deux disponibles de 1961 aux années 1980. Madame Alexander décède en octobre 1990, et son héritage se poursuit encore aujourd’hui. Le catalogue 2020 de Madame Alexander comporte de nombreux poupons à corps en tissu (photo de droite ci-dessous).


                                                                            © Theriault’s                                   © Madame Alexander

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Norah Wellings

Un temps conceptrice principale de poupées à Chad Valley, Norah Wellings fonde en 1926 avec son frère Leo sa propre compagnie appelée « The Victoria Toy Works » à Wellington, Shropshire (Grande-Bretagne). Norah assure la partie artistique et Leo la gestion. Elle continue à travailler pour Chad Valley, ce qui explique la similarité des poupées produites par les deux sociétés. Toutefois, les poupées Victoria Toy sont identifiables par une étiquette en tissu cousue sur le bas du pied, le poignet ou le dos. Leur plus grosse production concerne des poupées souvenirs pour des compagnies de croisière, de chemin de fer ou des hôtels. Ces poupées aux tenues recherchées, de taille comprise entre 15 et 30,5 cm, représentent souvent des marins ou des chasseurs avec le nom du paquebot ou de l’hôtel sur leur béret ou leur casquette (photo de gauche ci-dessous).
Outre les souvenirs, Norah produit des poupées multiculturelles, de fantasie, de personnages de livres de contes, représentant des enfants, plus rarement des bébés, et des articles de nouveauté tels que des sacs de pyjamas. Les visages de ses poupées noires sont parmi les plus fins jamais réalisés en tissu. Ses Pixie People sont de délicieuses petites fées  aux costumes fleuris (photo du centre ci-dessous). Ses poupées enfants sont vendues seules ou avec une garde-robe. Toutes ces poupées sont disponibles en tailles de 15 à 91 cm.
Les poupées de Norah Wellings sont en velours, velvantine, peluche ou feutre. Elle obtient en 1926 un brevet britannique pour la fabrication de têtes en feutre moulé avec doublage intérieur en bougran : la partie interne du front est recouverte de futée, à laquelle est apposé le plâtre qui tient les yeux en verre fixes ou dormeurs ; la tête est renforcée par une traverse interne en bois.
Pendant la seconde guerre mondiale, Norah est nommée fournisseur officiel du Commonwealth. Elle réalise des poupées représentant des militaires de toutes les forces armées britanniques, qui deviennent des mascottes, incluant un petit aviateur de la RAF appelé « Harry the hawk » (Harry le faucon, photo de droite ci-dessous). Les poupées de Norah Wellings sont parfois marquées d’une étiquette en papier ronde volante portant le nom du personnage et le logo de la compagnie.
Victoria Toy continue à produire des poupées jusqu’au décès de Leo survenu en 1960.


         © The Spruce Crafts                                    © Ruby Lane                                        © WorthPoint

Averill Manufacturing Co. / Georgene Novelties

La société Averill Manufacturing Co. a une histoire longue et confuse, principalement en raison de ses nombreuses dénominations au cours du temps : Paul Averill Inc., Madame Georgene, Georgene Novelties, Madame Hendren. Fondée par Georgene Averill et son mari James Paul Averill, elle emploie leur fille Maxine Averill et Rudolph A. Hopf, frère de Georgene. Son entrée dans le monde de la poupée date de 1913, avec les modèles achetés et habillés par Georgene Averill et son mari. Ils fabriquent ensuite leurs propres poupées (photo de gauche ci-dessous), dont le modèle à tête en composition de 1922 « Wonder Walker », réputé pour être la première poupée Mama. L’entreprise compte 125 employés en 1917.
Après l’avoir quittée en 1923, le couple fonde la société Madame Georgene Inc. De 1923 à 1925, elle introduit une ligne étendue de poupées de chiffon inspirée par l’illustratrice renommée Grace Drayton, marquées avec un tampon sur la poitrine et une étiquette en papier. Cette ligne inclut un bébé noir appelé « Chocolate Drop » (photo du centre ci-dessous), et les poupées « Dolly Dingle » de 28 et 41 cm distribuées par George Borgfeldt et vendues dans des grands magasins de New York et Philadelphie comme Gimbel Brothers.
La marque commerciale Madame Hendren, déposée par les Averill en 1915, est employée avant et après leur séparation d’avec Averill Manufacturing Co. Le nom de Georgene Novelties est utilisé par Georgene pour sa boutique et pour certaines lignes de poupées produites à partir de la fin des années 1920, comme par exemple la poupée patriotique « Miss America ».
Durant les années 1930, de nombreuses poupées faites par Madame Georgene sont en tissu avec des masques faciaux pressés et habillées en costumes de pays. De taille comprise entre 31 et 66 cm, elles possèdent des traits peints avec des cils réels ou peints et des cheveux en fil. Les coutures sur le bas du torse sont faites à la machine.
En 1938, les poupées Sweets, Snooks et Peggy Ann, disponibles en tailles de 31, 36, 43 et 56 cm, sont produites d’après les dessins de l’illustratrice Maude Tausey Fangel. Les poupées de Drayton comme celles de Fangel ont un visage plat, des traits peints et des mains aux doigts joints. La même année, Myrtle Gruelle, veuve de Johnny Gruelle, autorise la fabrication de nouvelles poupées Raggedy Ann et Raggedy Andy à visage plat par Georgene Novelties, qui seront produites en série dans une large gamme de styles et de tailles jusqu’en 1963.
En 1944, Georgene Novelties lance les personnages de bande dessinée Nancy et Sluggo (Arthur et Zoé, photo de droite ci-dessous) et Little Lulu (Petite Lulu) et ses amis, poupées de 36 cm à masque facial moulé, très fidèles aux dessins originaux, qui seront produites jusqu’en 1965.


                                                                                                                                        © Theriault’s

Mollye Goldman

Mollye (Marysia) Goldman fonde la société Mollye International Doll Company en 1929, qui deviendra l’un des plus importants fabricants de vêtements pour poupées et de poupées en tissu de la première moitié du XXe siècle aux États-Unis. Les poupées des débuts sont cousues à domicile par des femmes du voisinage, dans le cadre d’une industrie familiale. Par la suite, une usine sera créée, qui emploiera plus de 500 personnes. Les poupées en tissu, à masque facial, ont des traits peints, des cheveux en fil ou en mohair et des articulations à soufflet aux épaules et aux hanches (photos de gauche et du centre ci-dessous). Mollye Goldman fournit des vêtements à plusieurs fabricants de poupées : Cameo, Effanbee, Horsman et Ideal, dont pour cette dernière les tenues de Shirley Temple.
Mollye achète à divers fabricants des poupées de qualité en composition, plastique dur et vinyl, les habille et les vend sous son nom. C’est pourquoi celles-ci ne sont pas marquées mais possèdent une étiquette volante.
De 1935 à 1938, Molly-‘es Doll Outfitters Inc., autre nom de la société, produit des poupées Raggedy Ann et Raggedy Andy : poursuivie en contrefaçon par Johnny Gruelle, Mollye Goldman perdra le procès en 1938. En 1937, Molly-‘es crée la série de poupées de célébrités « Hollywood Cinema Fashion Doll ». Dans les années 1940 est lancé le groupe de 14 poupées inspiré des personnages du film « Le voleur de Bagdad » produit par Alexander Korda (photo de droite ci-dessous), considéré comme l’une des plus belles réalisations de Mollye Goldman.


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Ideal Novelty & Toy Co.

Fondée en 1907 par Morris Michtom et A. Cohn, Ideal Novelty & Toy Co. a essentiellement produit des poupées en composition, plastique dur et vinyl. C’est une entreprise pionnière pour les poupées incassables aux États-Unis, qui a connu une croissance continue : elle comptait 200 employés en 1915 et 3 000 en 1952, pour une production de 25 000 poupées par jour.
Ideal a aussi fabriqué des poupées en tissu. En 1939 voit le jour un ensemble « Blanche-Neige et les sept nains » inspiré des personnages du dessin animé de Walt Disney. Haute de 41 cm, Blanche-Neige a des cheveux noirs en mohair, un masque facial moulé en toile cirée, un corsage bleu et une jupe longue blanche portant son nom et les dessins des sept nains en inscriptions délavées (photo de gauche ci-dessous). Ces derniers, hauts de 27 cm, présentent un corps couleur chair, des bras en toile cirée, des mains en étoile, une barbe en jersey peluche et portent un manteau simili suède, un pantalon en coton et un chapeau estampé à leur nom (photo du centre ci-dessous).
Une version en tissu de l’Épouvantail, personnage du film « Le magicien d’Oz », sort la même année (photo de droite ci-dessous) pour accompagner la poupée en composition Judy Garland (qui joue le rôle de Dorothy dans le film) d’Ideal. Haut de 41 cm, il a un masque facial en satinette rose et des mains en flanelle marron. Ideal introduit également une ligne de poupées de 41 cm à masque facial articulé au cou, représentant des personnages de comptines anglaises : Little Bo Peep, Mistress Mary, Little Boy Blue, Daffy Down Dilly, Little Miss Muffet, The Queen of Hearts, Tom Tom the Piper’s Son, Mary Had a Little Lamb. Bourrées de kapok, ces poupées aux doigts joints et aux cheveux en fil portent leur nom imprimé sur leurs vêtements.


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Nelke

La société Elk Knitting Mills Co., fondée par Harry Nelke à Philadelphie (Pennsylvanie) vers 1901, produit essentiellement des sous-vêtements en jersey pour les femmes et les enfants. En 1917, une partie du tissu fabriqué est utilisée pour réaliser des poupées, à partir d’une seule pièce circulaire d’étoffe tricotée, au profit d’une vente de charité locale. Le succès est tel que Nelke décide de les produire commercialement, avec des visages peints à la main. L’entreprise Nelke Corp. est créée et les poupées sont distribuées aux États-Unis en 1919, en partie par Butler Brothers, puis en Grande-Bretagne en 1920 par E.A. Runnells et Weeks & Co.
En 1918, les poupées, de taille 30,5 cm, sont faites d’étoffe orange ou noire et habillées en barboteuse cousue directement sur la poupée, les compléments vestimentaires tels que chapeaux, jupes, cravates et ceintures étant cousus de même. Les poupées sont bourrées de toile javanaise légère flottant dans l’eau et séchant rapidement. Au début, la peinture à l’eau utilisée pour les visages n’est pas stable et la peinture à l’huile se révèle difficile à travailler et parfois toxique. En 1920 est mise au point une peinture à l’huile garantie par le fabricant « brillante, non toxique, étanche, permanente, et ne pouvant être facilement léchée », ce qui, joint à la simplicité de conception des poupées, indique une cible marketing de jouet pour lit de bébé. La publicité des magasins Sears de 1922 précise en outre que les poupées ne contiennent pas d’aiguille.
En 1920, les poupées Nelke sont disponibles en couleurs rouge, bleue, verte et blanche, en tailles de 28 à 35,5 cm. Les années suivantes, l’étendue des tailles est portée de 20,5 à 76 cm. De nombreuses variantes de couleurs sont alors offertes, principalement en tons clairs, avec toutefois des teintes plus mates dites « parisiennes » (citrine, Mayflower, confetti, oiseau bleu et bois de rose) pour la ligne sortie en 1923 et les années suivantes (photos ci-dessous). Cette même année, Davis & Voetsch deviennent distributeurs, Nelke produit 400 000 poupées et dépose la marque « World’s happiest family » (la famille la plus heureuse du Monde). L’année suivante, la marque de fabrique « Diggeldy Dan » est enregistrée aux États-Unis, de même la marque « Nelke » en 1925.
Outre les représentations de garçons, de filles et d’animaux photo de droite ci-dessous), des personnages variés sont proposés : clown, policier, Kewpie, garçon et fille hollandais, marin, indiens, Little Bo Peep, cuddles, lutins. A.S. Ferguson devient distributeur en 1928. En 1929, l’usine est agrandie et Nelke commence à utiliser un jersey soyeux tricoté plus fin et du kapok pour le bourrage. Les poupées sont marquées avec diverses étiquettes en tissu brodées avec le nom « Nelke ». L’entreprise cesse apparemment son activité en 1930.


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Liberty of London

Boutique de tissus fondée en 1873, Liberty of London fabrique par la suite ses propres étoffes et d’autres articles de décoration pour la maison. En 1906 est crée le distributeur de poupées Liberty & Company, avec des agents à Londres, Birmingham (Grande-Bretagne) et Amsterdam. Les poupées, de taille 23 à 30,5 cm, à corps en lin couleur chair rigidifié par une armature et cheveux en laine fine, sont sculptées à l’aiguille, cousues et peintes à la main. Présentant une couture centrale ou latérale sur le visage, elles sont habillées en tenues d’époque élaborées. Leurs mains sont en cuir, en nylon ou en tissu avec les doigts cousus. Un brevet de fabrication est obtenu en 1920.
Les rares sources d’information disponibles sur les poupées Liberty & Co. précisent qu’elles sont fabriquées à domicile par les sœurs Ada et Kathleen Peat, de Brighton (Grande-Bretagne). Vue la quantité de poupées produites, jusqu’aux années 1960, il est vraisemblable que d’autres couturières aient contribué à cette fabrication. Quoi qu’il en soit, l’attention apportée aux détails est remarquable, et chaque poupée est une œuvre d’art raffinée.
Liberty & Co. propose des poupées de pays et des poupées Lenci, mais reste connue pour sa ligne de « poupées d’art » vendue sous la marque déposée « Liberty », qui retrace l’histoire de la Grande-Bretagne à travers des personnages réels ou de fiction : membres de la famille royale, politiques, militaires, artistes, scientifiques, héros de la littérature voire simple roturiers. Les plus célèbres sont les poupées introduites  en 1937 à l’occasion du couronnement du roi George VI, représentant la famille royale et de nombreux invités (photo de gauche ci-dessous). Citons également William Shakespeare, le physicien Sir Walter Raleigh, l’héroïne de livre de contes Ma Mère l’Oie et les personnages  David Copperfield et Mr Pickwick, tirés des romans de l’écrivain Charles Dickens.
Pendant la seconde guerre mondiale, la production est interrompue en 1941, elle reprendra en 1948. En 1957, la fabrication des poupées de personnages est arrêtée. Le Baltimore Museum of Art en détient une collection complète, à l’exception des rois saxons Alfred le Grand, Edward le Confesseur, Harold et de Richard Cromwell et son épouse. On ne connaît pas avec précision les dates de production des poupées antérieures à la seconde guerre mondiale.
Les poupées Liberty & Co. portent des étiquettes en tissu cousues sur les vêtements ou des étiquettes volantes en papier avec l’inscription « Liberty of London ».


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Hallmark

La société américaine éditrice de cartes de vœux Hallmark Card Co. a produit plusieurs lignes de poupées en tissu dans les années 1970. Ces petites poupées de 16,5 cm au corps en soie bourré de polyester sont vendues dans une boîte décorée selon le thème du personnage représenté. Des informations biographiques sur le personnage sont imprimées sur une face interne de la boîte.
Les premières poupées, produites en 1976, sont une série de commémoration du bicentenaire de la déclaration d’indépendance des États-Unis. Elles incluent George et Martha Washington (premier président des États-Unis et son épouse), Benjamin Franklin (rédacteur de la déclaration d’indépendance) et Betsy Ross (elle aurait confectionné le premier drapeau américain pendant la révolution, à la demande de George Washington).
En 1977 et 1978, une deuxième série est introduite, comprenant Winifred la sorcière (« Winifred the witch », personnage de fiction créé par Margaret Harcourt West), la jeune indienne, le Père Noël, et l’enfant au tambour (« the little drummer boy », chant de Noël composé par Katherine Kennicott Davis en 1941 d’après une source traditionnelle tchèque).
C’est en 1979 qu’est lancée la populaire série des américains célèbres (photo de gauche ci-dessous) : George Washington Carver (ancien esclave devenu botaniste, agronome et inventeur) ; Susan B. Anthony (militante des droits civiques qui joua notamment un rôle central dans la lutte pour le suffrage des femmes aux États-Unis) ; Amelia Earhart (première femme à traverser l’océan Atlantique en avion) ; Babe Ruth (le plus célèbre des joueurs de baseball américains) ; Chief Joseph (chef indien de la tribu des Nez-Percés) ; Annie Oakley (femme légendaire de l’Ouest américain, célèbre pour sa redoutable précision au tir).
Une deuxième série des américains célèbres comprend : Mark Twain ( écrivain, essayiste et humoriste, créateur des personnages de Tom Sawyer et de Huckleberry Finn, photo du centre ci-dessous) ; Phineas Taylor Barnum (entrepreneur de spectacles, organisateur de « freak shows » -exhibitions de phénomènes de foires- et fondateur du cirque Barnum) ; Juliette Gordon Low (fondatrice du mouvement de jeunesse « Girl Scouts of the USA ») ; Davy Crockett (soldat, trappeur et homme politique) ; Clara Barton (enseignante, infirmière et humanitaire, fondatrice de la Croix-Rouge américaine) ; Molly Pitcher (nom collectif désignant les femmes ayant servi dans l’armée à l’époque de la révolution américaine, photo de droite ci-dessous). Cette série n’est pas vendue dans les boutiques Hallmark mais par correspondance, lors d’offres spéciales ou dans des magasins de liquidation.


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Jane Gray Co.

La société Jane Gray Co., établie à New York, conçoit et fabrique des poupées en tissu de 1915 à 1929. En novembre 2016, Jane G. Stokes obtient un brevet américain pour la fabrication d’une poupée de lit représentant un bébé ou un animal, et destinée aux enfants. Le brevet mentionne une fabrication en étoffe tricotée à surface interne grattée, la poupée pouvant être peinte, dessinée au pochoir, estampée ou imprimée pour la représentation désirée, incluant les vêtements. Les poupées sont bourrées de kapok, maintenu en place par la surface grattée, qui permet de conserver leur forme et leur caractère duveteux.
Une publicité parue dans le magazine Playthings en janvier 2017 décrit ces poupées comme étant « douces, câlines et en tous points artistiques ». En avril de la même année, une autre publicité propose deux poupées de chiffon plates de 30,5 par 61 cm à vêtements détachables et précise qu’elles sont emplies d’un bourrage appelé « Kuddles » protégé par un brevet, plus doux et duveteux que le coton, « garanti sans formation de bourres ni durcissement ». Ces poupées portent l’inscription au pochoir « Jane Gray Co. ».
En juillet 1917, une troisième publicité présente Sarah Jane Veal, originaire de Géorgie, comme la créatrice des poupées « Georgia Kuddles », qui sont cette fois tridimensionnelles (photos ci-dessous). Jane Gray Co. propose en 1921 la poupée « Little Boy Blue », et le nom « Jazz Hound » est déposé pour une autre poupée en 1923.
Margaret Vale est la fondatrice de « Celebrity Creations Inc. », société qui obtient des droits de reproduction auprès de vedettes de la scène ou du cinéma. En 1924, Jane Gray travaille avec Margaret Vale pour la production de poupées à l’effigie de telles vedettes. Ces poupées peintes à la main reproduisent les tenues portées par les célébrités dans des pièces de théâtre, des opéras ou des films, et portent une étiquette avec une photocopie d’autographe de la célébrité représentée et le nom du personnage interprété.

Farnell-Alpha Toys

La société familiale J.K. Farnell & Co., fondée en 1840 dans le quartier de Notting Hill (Londres) par John Kirby Farnell, produit des petits articles en textile tels que cache-théières, pelotes à épingles et essuie-plumes. Sa fille Agnus, avec l’aide de son frère Henry et de son père, fabrique des animaux en peluche et en tissu à partir de 1871. Après le décès de John en 1897, Agnus et Henry déménagent la société dans le quartier d’Acton (Londres), dans une vieille maison louée du XVIIIe siècle appelée « The elms » (Les ormes), et poursuivent la production de jouets souples à base de peaux de lapin puis de mohair, dont le premier ours en peluche britannique en 1908.
À partir de 1915, J.K. Farnell produit des poupées qui connaîtront jusqu’à la fin des années 1930 un âge d’or en Grande-Bretagne et aux États-Unis (distribuées par Louis Wolf). La poupée « Ole Bill » bourrée de coton, à visage rose, traits peints et moustache noire, sort en 1915 (photo de gauche ci-dessous). Tout au long des années 1920 sont proposées des poupées créées par l’artiste Chloe Preston, qui remplace les peaux naturelles par du tissu. La ligne de 1921 inclut les poupées « Little Britain », « Little Miss Cracker », « Pat Peter » et les personnages de comic strip Butt et Biff. La même année, J.K. Farnell devient une société privée à responsabilité limitée et Agnus démarre dans des locaux voisins la fabrication d’ours en peluche avec le concours de la conceptrice Sybil Kemp, sous la marque Alpha. La ligne de 1925 comprend les personnages des livres de contes de James Riddell Augustus, Annabelle et Ambrose. La même année Farnell dépose la marque Alpha aux États-Unis. Les oursons Alpha en mohair du Yorkshire deviennent bientôt célèbres et Farnell s’établit rapidement comme l’un des fabricants d’oursons les plus populaires de Grande-Bretagne. L’ourson Alpha est vraisemblablement à l’origine du personnage de Winnie l’ourson (Winnie the Poo). En 1927 la compagnie élargit sa gamme aux animaux sur roulettes et agrandit son usine.
Après le décès d’Agnus Farnell en janvier 1928, l’entreprise continue à croître et ouvre sa première salle d’exposition à Londres. L’année suivante, Louis Force & Co. distribue Farnell aux États-Unis et au Canada, et un salon d’exposition est ouvert à New York. À la fin des années 1920, des salons sont ouverts à Paris et la production d’oursons en soie artificielle Silkalite démarre.
En 1934 un incendie ravage les locaux de Farnell, ce qui n’empêche pas l’activité de reprendre avant un an dans une nouvelle usine qui abrite 300 employés. En parallèle avec la réédition des anciennes séries d’oursons Alpha et Teddy, de nouveaux modèles de poupées sont lancés : Che-Kee, Alpac, Joy Day, le roi Édouard VIII. En 1937 est introduite une série de poupées commémorant le couronnement du roi Georges VI (photo du centre ci-dessous), ainsi que des poupées souvenir de marins destinées à être vendues sur des bateaux. Ces poupées, lorsqu’elles ne sont pas marquées, sont souvent confondues avec celles de Norah Wellings.
Les locaux de Farnell sont bombardés en 1940 et l’usine est entièrement reconstruite une fois de plus. Henry meurt en 1944. Durant les années 1950 de nouveaux salons d’exposition sont ouverts à Londres, et une usine de 100 personnes ainsi qu’un nouveau siège social sont établis à Hastings (Sussex). L’usine de Hastings, qui deviendra les « Olympia Works », fabrique les oursons destinés à l’exportation, tandis que celle d’Acton produit pour le marché britannique. La marque « Mother Goose » de jouets en nylon lavables est déposée en 1960, et en 1964 toute la production est rapatriée sur le site de Hastings. L’entreprise est rachetée par Action Toy Crafts en 1968 et renommée Twyford Works.
Les poupées Farnell ont des visages souriants en feutre moulé ou en velours et des corps en feutre, coton, jersey, velours ou peluche. Traits peints, regard de côté, cheveux naturels ou en mohair, elles arborent des vêtements détachables ou non, et des coutures au niveau des jambes, des doigts et des orteils. Certaines poupées sont marquées avec des étiquettes en tissu cousues portant l’inscription « Farnell’s / Alpha Toys / Made in England », d’autres avec des étiquettes volantes en papier en forme de gland.


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American Art Dolls

Distribuées exclusivement par Strobel & Wilken Co., importateurs et agents de fabricants américains et allemands, les poupées de tissu American Art Dolls sont considérées comme des imitations bon marché des poupées Käthe Kruse. Leur publicité précise que « ces poupées sont des répliques de modèles européens vendus trois à quatre fois plus cher ».
Fabriquées en coton lourd, les poupées American Art Dolls représentent des enfants ou des bébés. Elles ont des visages moulés, en jersey en 1915 puis en canevas apprêté par la suite, des traits et cheveux peints, des mains aux doigts cousus avec pouces séparés, et des articulations aux épaules et aux hanches. Elles sont disponibles en styles variés, représentant des enfants contemporains habillés en costume régional ou en uniforme de scout.
En 1915 sortent les poupées Susie’s sister et Tootsie. En 1916 les nouveaux modèles incluent Ulrich, un garçon hollandais en pantalon long ; Buddy, fermier habillé en salopette ; Faith, vêtu en costume de Quaker. L’année suivante, 35 modèles de poupées différents sont disponibles, habillées en costumes de pays : Kathrina la hollandaise, le couple italien Pepe et Pepina, le couple allemand Hans et Gretel, le couple américain Robbie et Marion,…
La publicité déclare les poupées American Art Dolls « étanches et indestructibles ». Vue cette description, il peut paraître étrange qu’elles soient devenues si rares aujourd’hui.

Gre-Poir

La société Gre-Poir Inc. commence à produire en 1927 des poupées à masque facial en feutre ou en tissu pressé et à tête moulée, conçues par Eugenie Poir et réalisées sous la supervision de I. Alvin Grey. Les étiquettes volantes carrées en carton sur les poupées mentionnent des locaux de l’entreprise à New-York et à Paris. Début 1930, Gre-Poir intègre la compagnie new yorkaise de fabrication de poupées à corps en tissu « The French Doll Makers », fondée en 1925 et distribuée par A.S. Ferguson.
Les poupées Gre-Poir à visage en feutre (photo de gauche ci-dessous) ont des corps en coton rose et des membres en feutre, tandis que celles à visage en tissu (photo du centre ci-dessous) sont dotées de corps et membres en coton. Les yeux peints marron avec des ombres bleu gris regardent de côté. Un trait peint gris ou chocolat surligne le haut du blanc de chaque œil. Les poupées à visage en feutre ont généralement des cils supérieurs naturels, des cils inférieurs peints et des sourcils en pointillés, celles à visage en tissu des cils inférieurs et supérieurs peints, et des sourcils continus. Les bouches peintes de ces poupées exemptes d’oreilles sont en forme de cœur.
Les poupées à visage en feutre sont proposées en taille 49 cm, celles à visage en tissu en tailles 43 et 45,5 cm. L’articulation du cou est plate, celles des épaules et des hanches sont à disque. Les mains moufles ont les doigts dessinés par des coutures, les orteils étant également parfois délimités par des coutures. Corps, bras et jambes bourrés d’excelsior ont des coutures frontales et arrière centrées. Les perruques en mohair blond ou roux sont coiffées de trois manières différentes : frisée, ondulée avec de longues boucles dans le dos, courte à cheveux raide. Les poupées sont plus communément habillées en fille, avec sous-vêtement combiné teddy en organdi blanc garni de dentelle, jupon assorti et vêtement en organdi garni de feutre, chaussettes blanches à trois bandes horizontales assorties au vêtement, et chaussures Charles IX en feutre ou en toile cirée. Quelques poupées de salon sont produites (photo de droite ci-dessous). La marque « Balsam Baby » est déposée aux États-Unis en 1930, et des noms tels que Bimba ou Babara sont utilisés pour des modèles de poupées.


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La Venus

Adrien Carvaillo et son épouse Marie produisent des poupées en tissu à partir de 1915 et déposent la marque de fabrique « La Venus » en 1923. Principalement distribuées par le grand magasin parisien Le Bon Marché, elles imitent le style des populaires poupées Lenci de la même époque, bien qu’elles soient en tissu alors que les Lenci sont en feutre (photo de gauche ci-dessous). Articulées au cou, aux épaules et aux hanches, les poupées La Venus ont des masques faciaux pressés peints, des mains moufles aux doigts cousus et des perruques en mohair. Elles sont disponibles en différentes tailles suivant les années : habillées en feutre et hautes de 40, 50 ou 60 cm en 1925 ; habillées en soie ou velours et hautes de 37 et 45 cm en 1928 ; habillées en soie ou velours et hautes de 39, 47 et 55 cm en 1930.
Après le décès d’Adrien en 1923, son épouse et leur fils Robert continuent à produire des poupées La Venus jusqu’à la vente de l’entreprise à Marcel Desautel en 1933 (photo du centre ci-dessous), qui fabriquera les poupées jusqu’en 1939 (photo de droite ci-dessous). Les premières poupées sont marquées « La Venus » à l’encre rouge au bas du pied. Par la suite le marquage mentionne « Venus Made in France » puis « Venus Marque Déposée ».


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The Blossom Doll Co.

Cette société new yorkaise produit des poupées de salon en tissu aux longs membres de la fin des années 1920 jusqu’aux années 1930. Dotées de masques faciaux en soie peints à la main et de cheveux en mohair, elles ont souvent de longs cils naturels (photo de gauche ci-dessous). Les modèles représentent des femmes, les participants à une noce (photo du centre ci-dessous), et des Harlequins hommes ou femmes. De taille 76 cm et exemptes d’oreilles, les poupées sont articulées au cou, aux épaules et aux hanches.
Outre les poupées de salon, Blossom produit des poupées en tissu à masque facial représentant des enfants, hautes de 38,5 cm (photo de droite ci-dessous). Elles portent parfois des tenues historiques, telles que celles des pèlerins, et des costumes plein d’imagination évoquant des fruits, tels qu’oranges ou potirons. En l’absence d’étiquettes volantes originales, elles peuvent être aisément confondues avec des poupées d’autres fabricants.


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Messina-Vat

Durant l’entre-deux-guerres, la concurrence entre les fabricants italiens de poupées était rude mais fertile. C’est à cette époque que Lenci commence à créer ses remarquables poupées jouets entièrement en feutre. Dans le sillon de la société turinoise, plusieurs autres compagnies se spécialisent dans ce qui est alors appelé « poupées artistiques », et fournissent des poupées moins onéreuses mais tout aussi belles que les Lenci (photos ci-dessous).
Une de ces compagnies, dont la production est également basée à Turin, est Messina-Vat. Le lien entre son fondateur J.C. Messina et Lenci est complexe : d’abord distributeur de Lenci aux États-Unis, il produit ensuite sa propre ligne de poupées entre 1924 et 1930. La qualité du feutre employé par Messina est inférieure à celle du feutre employé par Lenci, de même que l’élaboration des costumes, positionnant de fait ses poupées dans une gamme de prix inférieure à celle des Lenci. En 1924 sont introduits des Pierrot, ainsi que des poupées noires avec de grands turbans et des costumes colorés. Outre les poupées, Messina-Vat fabrique des manteaux en feutre de couleurs vives pour femmes et enfants, ainsi que des animaux et des fleurs en feutre.
Les poupées Messina-Vat ont des têtes moulées et sont articulées au cou, aux épaules et aux hanches. Elles ont des pinces horizontales à l’avant et à l’arrière de l’entre-jambes. Leurs mains moufles ont les doigts dessinés par des coutures, et des coutures délimitent également leurs orteils. Le mohair des cheveux est cousu sur la tête par bandes. Des coutures sont présentes à l’avant et à l’arrière des jambes. Elles sont habillées de couleurs vives, et leurs sous-vêtements combinés teddy sont cousus à l’ourlet avec du fil rouge.
Le marquage de Messina-Vat consiste en une étiquette en tissu blanc sur laquelle sont inscrits le nom de la compagnie et celui de la ville d’origine, insérée dans un logo en forme de diamant. Cette étiquette, normalement cousue sur un sous-vêtement, est souvent détachée et perdue. Plus tard, l’étiquette sera en tissu noir et cousue sur les vêtements.


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George Hawkins

George H. Hawkins, de New York, produit au début des années 1860 des carcasses en excelsior pour bonnets. En 1868 il étend ses activités à la fabrication de têtes de poupées (photo de gauche ci-dessous) portant l’inscription X.L.C.R. (équivalent phonétique du mot « excelsior ») sur une étiquette en papier, pour lesquelles il obtient des brevets aux États-Unis, en Grande-Bretagne et en France. Ces brevets sont centrés sur les outils et matrices spéciaux nécessaires à la fabrication des têtes collerettes moulées en tissu. L’étoffe préparée en la saturant d’apprêt ou de colle est pressée à chaud jusqu’à durcissement dans une matrice et raccordée aux épaules par une couture, également pressée à chaud pour créer un lien permanent entre la tête et les épaules. La ressemblance frappante entre les têtes collerettes en tissu et celles en porcelaine émaillée de la même période laisse penser que les matrices utilisées sont à l’origine moulées à partir d’une tête en porcelaine déjà existante.
Les têtes Hawkins se retrouvent souvent sur les poupées faisant partie de jouets mécaniques, tels que ceux brevetés par William Farr Goodwin (inventeur de poupées marcheuses), ou sur les premières poupées en tricycle (photo de droite ci-dessous).


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Carl Wiegand

Ce fabricant new yorkais obtient un brevet aux États-Unis en mai 1876 pour la technique de fabrication d’une tête de poupée moulée en tissu. Ses têtes de poupées ressemblent fortement à celles brevetées par Hawkins (voir ci-dessus). Il pourrait en fait avoir travaillé avec les outils et les matrices utilisés par Hawkins. Le brevet de Wiegand fait référence aux matériaux employés pour les têtes des poupées. Dans son procédé, elles sont réalisées avec des couches internes de papier ou de carton contrecollé et des couches externes de mousseline. Ces couches sont assemblées avec de la colle puis pressées encore humides dans les matrices. La tête ainsi fabriquée est probablement plus résistante que la tête Hawkins, qui est seulement en tissu rigidifié.

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Merrythought

La société britannique Merrythought Limited située à Ironbridge (Shropshire) est connue pour ses oursons et autres animaux en peluche et en mohair pour le jeu ou l’exposition. Ce qu’on sait moins, c’est qu’elle a produit de magnifiques poupées en feutre ou en tissu très recherchées aujourd’hui par les collectionneurs (photo de gauche ci-dessous). Les plus intéressantes, fabriquées dans les années 1930 à 1950, possèdent des masques faciaux pressés en feutre dans la tradition des Lenci italiennes ou des Chad Valley britanniques. Merrythought débute ses activités en 1930 dans un des immeubles de la Coalbrookdale Company, une usine métallurgique datant de 1709.
Son origine remonte au partenariat de 1919 entre W.G. Holmes et G.H. Laxton pour l’ouverture d’une petite filature dans le Yorkshire, destinée à produire des fils à partir de mohair brut importé en particulier de Turquie. Dans les années 1920, la demande en fils de mohair faiblit en raison de l’invention des fibres synthétiques. Dyson Hall and Co., de Huddersfield (Yorkshire), société cliente qui fabrique du tissu en mohair, est rachetée par la filature pour assurer la transformation de ses fils de mohair. Le directeur des ventes de la nouvelle entreprise ainsi créée connaît C.J. Rendle, responsable de la production de jouets à Chad Valley, et A.C. Janisch, directeur de J.K. Farnell, tous deux en recherche d’un nouveau poste. Holmes et Laxton les engagent comme directeurs d’une nouvelle structure de production de jouets souples qui assure des débouchés au tissu en mohair, baptisée Merrythought, terme de vieil anglais désignant le bréchet (« wishbone »), cet os de volaille porte-bonheur.
Une des premières employées de Merrythought est Florence Atwood, qui travaillait auparavant sous la direction de Norah Wellings à Chad Valley. Conceptrice sourde-muette de jouets, elle crée la première ligne de poupées et animaux en 1931. Elle travaille à partir de ses propres dessins et de ceux d’artistes renommés comme  Chloe Preston, G. E. Studdy et Lawson Wood. En 1939, environ 200 personnes travaillent à Merrythought. En 1949, Trayton Holmes, le fils de l’un des fondateurs, rejoint la compagnie qui’il modernise en achetant des machines de bourrage et autres équipements, et en rénovant et agrandissant les locaux après avoir acheté ceux de la Coalbrookdale Company.
Merrythought a la réputation de fabriquer parmi les meilleurs jouets de Grande-Bretagne, et vend 80 % de sa production au marché national dans des magasins sélectionnés. Son distributeur aux États-Unis depuis 1982 est Tide-Rider Inc. de Hauppauge (New York). L’entreprise a introduit depuis sa fondation des centaines de modèles différents : oursons, chiens, chats, lapins, chevaux, tigres et autres animaux, sans oublier les poupées en tissu, des plus simples aux plus élaborées : les populaires golliwogs (photo du centre ci-dessous) à partir de 1932,  la série « Little people » de poupées de 20 cm de 1937 inclut « Yah Sah », « Puck », un gnome et « King Cole » (personnage de comptine anglaise) ; la série « Cabaret poupée » de 1939 (43 à 46 cm) comprend Aladin, un bouffon, le « Kentucky minstrel » et Sonja (la championne de patinage artistique et actrice Sonja Henie) ; la même année, les « Fairy Tale Art Dolls » proposent les personnages de Boucles d’Or, le Prince Charmant et Alice au pays des merveilles.
De 1954 à 1980, Merrythought produit des animaux et des poupées inspirés des personnages des films de Walt Disney. Pour des raisons de licence, ils ne sont pas commercialisés aux États-Unis. Parmi les poupées on trouve un ensemble Blanche-Neige et les sept nains, fabriqué en 1954 à partir de masques faciaux fournis par Chad Valley et peints par Merrythought. Des personnages sont inspirés des dessins de plusieurs artistes : « Slumbering Sam » et « Vanity Jane » de Mabel Lucie Atwell ; « Noddy » (Oui-Oui, photo de droite ci-dessous) et « Big ears » d’après Enid Blyton ; « Blanche-Neige » et « la Fée Princesse » dessinées par Lilian Rowles ; « Simple Simon », « Pixie Man » et un esquimau de G. W. Studdy. Des poupées non bourrées servent de rangement pour les vêtements de nuit : Josephine, poupée noire de 53 cm ; une « Fille hollandaise » de la même taille ; un clown rieur.
La compagnie Merrythought actuelle produit uniquement des animaux en peluche et en mohair, dont de nombreux modèles d’oursons, ainsi que des accessoires.


 © Historic Flying Clothing                    © Invaluable.com

Magda Boalt

La plus célèbre des fabricantes de poupées scandinaves, Magda Maria Boalt, parfois appelée la Käthe Kruse suédoise, est connue pour ses « poupées avec une âme » (photos ci-dessous). Née en 1901 à Stockholm dans une fratrie de trois enfants, elle étudie la physique-chimie et la couture à l’école élémentaire de filles de la capitale. Après un apprentissage de coiffeuse, elle exerce diverses activités : peinture sur porcelaine, fabrication d’abat-jour, travailleuse sociale, secrétaire médicale,…
Pendant la seconde guerre mondiale, en 1944, une de ses nièces lui réclame une poupée. Convaincue que cette poupée doit être réaliste, résistante aux câlins et aux chocs, et doit éviter le regard fixe et les expressions froides, Magda décide, en ces temps de pénurie, de la réaliser elle-même. Cela lui prendra 450 heures de travail, mais chaque nièce recevra sa poupée. Le bouche à oreille fonctionne et les commandes de poupées ne tardent pas à affluer. Elles sont fabriquées dans un local dédié du quartier de Kungsholmsgatan à Stockholm, avec l’aide de quelques employées.
Les visages en soie fine sont modelés avec un bâtonnet de manucure. Le rouge pâle des joues et de la bouche et les yeux sont peints avec les doigts, un pinceau fin étant utilisé pour les pupilles et les sourcils. Les poupées sont bourrées d’un mélange de matériaux gardé secret, garantissant une souplesse et un poids optimaux pour la sécurité du jeu des enfants. Elles sont faites à la main, seules les longues coutures sur les bras et les jambes sont piquées à la machine. Magda exploite ses connaissances en coiffure pour réutiliser les cheveux de ses clients et de ses neveux et nièces dans les perruques des poupées. Elle confectionne des costumes typiques de l’époque. La réalisation complète d’une poupée lui prend entre deux semaines et trois mois.
Magda est invitée à participer à des salons et à donner des conférences. Après avoir montré ses poupées au salon Exposita à Stockholm en 1949, elle se rend à Paris et expose l’année suivante une collection de poupées représentant des personnages de contes de fées à la foire de juin à Örebro (Suède). Inspirées entre autres par Cendrillon et Blanche-Neige, elles portent des perruques du XVIIIe siècle.
Puis s’ensuit une période de voyages intensifs. Les États-Unis en 1950 : New York, exposition et émission de télévision à Chicago, Minneapolis, Seattle, Los Angeles et Hollywood, avec des articles dans la presse quotidienne. En 1951, elle visite l’Angleterre et la Rhodésie (actuel Zimbabwe), le Venezuela, la Syrie et le Japon, où elle participe à des émissions de télévision à Tokyo. Retour en Suède en 1952, avec entre autres le centre artisanal Konsthantverkarna et la foire Sankt Eriks-Mässan.
Magda fabrique également des poupées en papier à découper. Outre des personnages de contes de fées et de sagas populaires, elles représentent les personnages de fiction Anders et Lisskulla habillés en costumes folkloriques du comté de Dalécarlie.
Magda Boalt épouse le professeur Bodvar Liljegren en 1954. Un incendie ravage l’appartement du couple, qui ne fait pas de victime mais détruit de nombreuses poupées. Magda cesse probablement de produire des poupées à la suite de cet incendie. À sa mort en 1984, les poupées restantes reviennent à la femme d’un de ses neveux. D’abord exposées au musée du jouet de Suède à Stockholm, elles sont depuis conservées au château de Tidö dans la ville de Västerås (province de Västmanland).


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Montanari

En 1850-1851, l’architecte Joseph Paxton construit à Londres le Crystal Palace pour l’Exposition universelle de 1851. Dans son ouvrage « History and description of the Crystal Palace and the exhibition of the world’s industry in 1851 », John Tallis rapporte la vente de poupées en tissu par Augusta Montanari. Bien plus connus pour leurs belles poupées en cire, les Montanari faisaient apparemment face à une importante demande pour de simples poupées en tissu, au point d’en fabriquer. Destinées à un public de très jeunes enfants, elles n’en étaient pas moins relativement chères, car alignées sur le haut niveau de qualité des poupées Montanari en cire. Elles sont aujourd’hui extrêmement rares (photo ci-dessous, « London Rag baby », poupée de 35,5 cm).


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