Les artistes en poupées pionniers

 Introduction

Avant d’aborder les artistes en poupées, replaçons-les dans leur contexte historique. De tous temps les poupées ont eu deux rôles principaux : rituel et ludique. Rituel, avec les  figurines féminines en bois en forme de pagaie trouvées dans des tombes de l’Égypte du moyen empire (2033-1786 av. J.C.), auxquelles on attribue des pouvoirs de renaissance éternelle ou de protection du défunt. Ludique, avec les figurines en terre cuite, en bois, en os, en cire, en ivoire ou en jade découvertes dans des tombes d’enfants de l’Egypte antique et qui seraient, selon les archéologues, les premiers jouets connus. Rituel encore, avec, dans la Rome antique, les poupées en ivoire, en os ou en bois dur consacrées à Bacchus dans les berceaux et aux dieux de l’enfer dans la tombe. Ludique, avec toujours dans la Rome antique, les  poupées de chiffon datant de 300 ans av. J.C., traditionnellement confectionnées de manière domestique avec des chutes de tissu. En descendant le temps jusqu’à l’époque actuelle, on trouve de nombreux exemples, dans le Monde entier, de ces deux rôles traditionnels de la poupée (voir la page Histoire).
Entre temps est apparu au XVIe siècle un troisième rôle, celui de la poupée mannequin, utilisée de manière courante dans les cours de France et d’Espagne pour montrer les qualités tactiles de la mode, qui ne pouvaient être transmises par le dessin ou la peinture. Elle sera utilisée par la suite pour promouvoir la mode française à l’étranger, dans les cours et les familles riches d’Europe. Elle a les traits et la taille d’une femme adulte, est souvent réalisée en bois et est accompagnée d’une garde-robe complète très soignée. Appelée « Pandore » au XVIIe siècle (sans doute par allusion au mythe grec de Pandore, créée par Héphaïstos et dotée par les dieux de tous les attributs féminins capables de séduire les hommes), elle prend le nom de « Parisienne » (Paris étant la capitale mondiale de la mode) au XIXe (photo).

parisienne

La poupée œuvre d’art

Bien que les poupées jouets aient pu être au cours du temps fabriquées par ou en collaboration avec de véritables artistes (on pense en particulier aux poupées en cire de Pierotti et Motanari au XVIIIe siècle, et plus tard aux bébés Jumeau du XIXe siècle), il a fallu attendre la deuxième moitié du XXe siècle pour que la poupée accède enfin au statut d’œuvre d’art, non pas tant en raison de la volonté des artistes en poupées, de plus en plus nombreux et talentueux à partir de cette époque, mais dans leur grande majorité modestes quant à leur démarche et à leur production, que par la prise de conscience des milieux artistiques et du public en général du caractère authentiquement artistique de cette production, synthèse de la sculpture, de la peinture, de la création de costumes et de la fabrication d’accessoires. On en vient alors à la définition de la poupée d’artiste adoptée conjointement par l’ODACA (Original Doll Artist Council of America), le NIADA (National Institute of American Doll Artists) et la BDAA (British Doll Artist’s Association) :
« Objet fabriqué par un-e- artiste qui prend un bloc d’argile, un morceau de bois, une pièce de tissu ou un autre matériau brut et le réarrange dans une forme de poupée qui reflète une idée ou un concept particulier. Le travail des mains et de l’esprit de l’artiste, la nature individuelle de l’approche par l’artiste du processus technique et le fait que ce portrait particulier n’a jamais été vu auparavant dans une réalité tridimensionnelle font du travail résultant une poupée d’ artiste. »
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Les artistes en poupées pionniers et les mouvements en Allemagne et en France au début du XXe siècle
Marion Kaulitz et les poupées d’art de Munich

Mais qui sont les pionniers de cet art, qui s’affranchit des fonctions d’objet rituel, ludique ou décoratif assignées à la poupée durant des siècles, pour en faire une œuvre contemporaine d’expression d’un idéal esthétique ?
Pour le découvrir, il faut remonter à 1908, année de l’exposition sur les « poupées d’art » organisée dans la branche munichoise de la chaîne de grands magasins Hermann Tietz par son directeur du département jouets Max Schreiber. Dans le but de doper les ventes de poupées, un concours est ouvert non seulement aux fabricants de poupées mais aussi aux sculpteurs et aux artistes en général : la seule consigne est que les poupées présentées ressemblent « aux enfants qui jouent dans les rues de Munich ». L’exposition, où l’on voit des poupées très réalistes pour l’époque, en rupture avec le style policé des jouets de luxe connus jusqu’à ce jour, remporte un vif succès.
Parmi les œuvres présentées, celles de  la comtesse Marion Magdalena Kaulitz, née en 1865, retiennent particulièrement l’attention de la critique, tant leur réalisme et leur expressivité sont saisissants. Le mouvement des poupées d’art de Munich est lancé, dans le sillon de la puppen reform (réforme des poupées) initiée par Marion Kaulitz, qui visait à rompre avec les « visages d’ange » non réalistes en faveur de l’expression d’émotions humaines (photos), y compris la souffrance.

poupée Marion Kaulitzpoupée Marion Kaulitzpoupée Marion Kaulitz

Marion Kaulitz installe à Gmünd, au sud de Munich, un atelier de fabrication de poupées : elle conçoit les poupées, achète les corps stock, en particulier à l’entreprise Heinrich Handwerck, et peint les têtes faites de plâtre. Elle revendique sa production comme signalant l’invention de la poupée de caractère.
D’autres artistes créent des poupées d’art de Munich : Alice Hegemann, Marie Marc-Schnür, Lillian Frobenius, Joseph Wackerle et Paul Vogelsanger. Ces poupées sont généralement faites en composition dure, avec des yeux peints et des bouches ouvertes ou fermées, et habillées de costumes régionaux allemands, de vêtements de jeux colorés ou d’uniforme d’écoliers. De taille variées, elles sont produites entre 1908 et 1912.
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Les mouvements français en faveur des poupées d’artiste

L’exposition de Munich sur les poupées d’art, comme la puppen reform, font partie d’un ensemble de mouvements apparus en Allemagne et en France au début du XXe siècle pour promouvoir la fabrication de jouets et poupées par des artistes. Un troisième exemple de ces mouvements est la commande en 1915, par la maison de mode parisienne de Jeanne Margaine-Lacroix, de la conception d’une poupée à Albert Marque, sculpteur et peintre français (voir page Les poupées célèbres d’hier et d’aujourd’hui).
Un quatrième exemple est la création en 1901 du fameux concours annuel Lépine par le préfet du même nom, visant à l’origine à promouvoir la conception et la fabrication de jouets par des artisans, au moyen d’expositions dans des galeries et musées, et de concours.
Un cinquième exemple des mouvements apparus en Allemagne et en France au début du XXe siècle pour promouvoir la fabrication de jouets et poupées par des artistes est la renaissance du jouet français et de la poupée. En 1914, avec le déclenchement de la guerre, les importations de poupées allemandes, effectuées en masse depuis la fin du XIXe siècle en raison de leurs hautes performances industrielles et de leur rapport qualité prix élevé, sont arrêtées du jour au lendemain, et la France se trouve dans une obligation d’auto-suffisance. Ainsi, cette période de guerre va être marquée par la  renaissance du jouet français et de la poupée grâce à des associations régies par des femmes, les hommes étant au front, et à deux expositions organisées par l’Union Centrale des Arts Décoratifs (UCAD), ancêtre de l’institution des arts décoratifs. Fondée en 1882 par des collectionneurs et des industriels désireux de mettre en valeur les arts appliqués en créant des liens entre industrie et beaux-arts pour « entretenir en France la culture des arts qui poursuivent la réalisation du beau dans l’utile », l’UCAD est reconnue d’utilité publique quelques mois après sa création. L’association remplit des missions de conservation de collections publiques, de diffusion culturelle, de soutien à la création, d’éducation artistique et de formation de professionnels. La Baronne de Laumont et Madame Lazarski sont les deux femmes qui président dans le renouveau de la poupée.
Madame Stefania Lazarski, peintre originaire de Pologne, s’installe à Paris en 1914 et crée un atelier avec des réfugiés polonais : illustrateurs et artistes développent la fabrication de poupées en tissu feutre ou en chiffon, simples et habillées avec goût, qui peuvent être qualifiées de poupées d’art et sont présentées dans de nombreuses expositions dès la fin de 1914 (Pierrot, photo).

La renaissance du jouet français et de la poupée culmine grâce à deux expositions parisiennes organisées par l’UCAD en 1916-1917. « L’exposition des jouets artistiques » a lieu de mai à juin 1916 au Pavillon Marsan et présente 74 exposants. La seconde, « l’exposition de jouets artistiques et de l’image de guerre populaire » a lieu de novembre 1916 à janvier 1917 et permet à 87 exposants, dont la moitié sont des créateurs de poupées, de présenter les dernières nouveautés. L’appel aux artistes pour créer des jouets de qualité est une des missions de l’UCAD à cette époque.
L’autre fer de lance de la renaissance du jouet français et de la poupée est la Ligue du jouet français. Voici ce qu’en dit Georges d’Avenel dans son article de la « Revue des deux mondes » de mai-juin 1915 intitulé « Jouets français contre jouets allemands » :

« Aujourd’hui que l’Allemagne, mise à peu près en vase clos, a cessé son exportation annuelle de 7 milliards et demi de francs d’objets fabriqués à travers le monde, la France, à qui elle en vendait pour 560 millions, — un peu plus du tiers de ce que l’univers entier nous fournissait, — se demande s’il ne lui serait pas possible de manufacturer chez elle une partie de ces objets ; si même elle ne pourrait pas aborder au dehors les marchés qui sont devenus inaccessibles à son ennemie.
A cette question, l’industrie du jouet nous fournira réponse : bien que secondaire par son chiffre, elle est très capable par sa nature, par la variété des matières qu’elle met en œuvre, de servir d’exemple ; et puisqu’elle a beaucoup fait parler d’elle depuis quelque temps, puisqu’il s’est constitué, sous l’impulsion de patriotes hardis et intelligents, une Ligue du jouet français, nous apprendrons en interrogeant les soldats de plomb, en scrutant les dessous des poupées ou en démontant la mécanique des chemins de fer à ressorts, comment, du point de vue le plus général, l’Allemagne avait su prendre l’avantage en de multiples domaines où rien ne paraissait devoir lui conférer un monopole, et comment à notre tour, par l’emploi de ses procédés de travail, nous pourrons lutter avantageusement avec elle ».

Les poupées qui sortent des ateliers de la Ligue du Jouet Français créées par la Baronne de Laumont restent dans la forme traditionnelle de la poupée : corps articulé, tête mobile en biscuit, habits régionaux des provinces françaises ou historiques. Modelées par des sculpteurs, elles constituent de nouveaux types de poupées d’artiste.
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Les artistes en poupées français

Ce mouvement de renaissance du jouet français et de la poupée a amené des artistes de renom tels que Berthe Noufflard, Georges Lepape, Francisque Poulbot, Hansi et Jean Ray, à s’impliquer dans la création de poupées.
Née Berthe Langweil le 5 juillet 1886, la portraitiste Berthe Noufflard (femme du peintre André Noufflard), élève de Jacques-Émile Blanche, s’inscrit dans ce mouvement en réalisant ses premières poupées en 1915, année de la mobilisation de son mari comme officier du génie dans l’armée italienne, suite à l’achat en 1913 d’une propriété à Broncigliano (près de Florence), où ils séjourneront souvent jusqu’à leur installation à Paris en 1919. Les poupées et costumes de Berthe Noufflard sont rares. Les critiques de l’époque font l’éloge de l’aspect naturel et vivant de ses représentations d’enfants, à l’image de sa poupée petit chaperon rouge (photo), envoyée en octobre 1916 avec quelques autres poupées confectionnées en plâtre et tissu bourré à l’exposition de jouets artistiques organisée pour la deuxième fois par le musée des Arts décoratifs de Paris. En 1922, le Touring Club de France commande à Berthe des poupées régionales. En 1924, elle expose à la galerie Simonson à Paris, dernière trace connue de ses poupées, dont l’exposition en même temps que des tableaux, rare pour l’époque, témoigne du statut artistique que Berthe donne à la création de poupées.

poupée Berthe Noufflard

Peintre, graveur, illustrateur français, Georges Lepape (1887 – 1971) illustre de 1912 à 1925 les pages de la Gazette du bon ton et dessine de nombreuses couvertures pour les revues Femina ou Vogue. Ami de Paul Poiret, il met en images les inventions de ce grand couturier et mécène et publie en 1911 « Les choses de Paul Poiret vues par Georges Lepape ». Quand Georges Lepape crée des poupées et des marionnettes, il travaille en collaboration avec sa femme. Alors qu’il réalise les visages, sa femme les habille en suivant les évolutions de la mode de l’époque. D’un intérêt exceptionnel, les poupées et marionnettes de Georges Lepape ont été présentées à « l’exposition de jouets artistiques et de l’image de guerre populaire ». La « Poupée fillette » (photo) naît dans le climat de création artistique provoqué par la renaissance du jouet français et de la poupée : haute de 51 cm et d’une grande élégance, elle a la tête, le buste et les membres en bois vernis peint de couleur crème, et le corps en tissu bourré ; elle est vêtue d’une robe blanche courte en dentelle ; son visage est finement traité et son nez en forme de triangle rapporté lui donne du caractère ; sa coupe de cheveux courte en bataille lui confère un petit air effronté ; elle est chaussée de vernis noir à brides et de socquettes blanches.
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poupée Georges Lepape

Le nom de Francisque Poulbot évoque surtout le dessinateur humoristique des « Poulbots », ces gamins des rues de Paris effrontés et gouailleurs, ses « bonshommes » comme il les appelait. Fils d’instituteur, né et élevé dans une école, il est attiré par les enfants des rues qu’il connaît bien. Il présente en 1908, au Salon des Humoristes, 18 petites poupées au visage expressif et rieur, gamins et gamines de Paris aux pommettes rouges partant pour l’école (photo).

poupée Francisque Poulbot

Les poupées « Nénette et Rintintin » sortent en 1913 (voir article correspondant dans la page Les poupées célèbres d’hier et d’aujourd’hui).

Jean-Jacques Waltz (1873-1951), dit Hansi est un artiste illustrateur et satiriste français originaire de Colmar, cité typiquement alsacienne de tradition française. Il devient célèbre comme dessinateur de cartes postales. Ses illustrations allient souvent des scènes villageoises idylliques avec de violentes caricatures anti-allemandes. En 1907, il publie sous le pseudonyme de Hansi une série de planches dans un recueil intitulé  » Vogesenbilder  » ( Images des Vosges ) qui rencontre un vif succès. Il publie jusqu’en 1914 plusieurs œuvres littéraires ( dont le très connu « Professor Knatschke » ) dans un esprit de satire anti-germanique. En 1909 naît la petite Gretel, charmante fillette à la mine réjouie, un bouquet de fleurs ou un bretzel à la main. Après l’entrée en guerre, Hansi lui attribue, en plus de son parapluie rouge et de son panier, un pioupiou dans la main droite. Le succès est immédiat, Gretel devient une icône dans le cœur des Français.
En 1916, l’éditeur parisien Gallais propose à Hansi de fabriquer une poupée Gretel. L’artiste accepte et lui crée même un petit compagnon, Yerri, issu lui aussi du célèbre ouvrage de l’auteur « Mon village » (photo). Le petit couple d’Alsaciens sera fabriqué jusqu’en 1921.
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poupée Hansi

Créateur fécond, Hansi aura produit de nombreux motifs de vaisselle, de vitraux, des poupées, des affiches, des étiquettes commerciales, des ex-libris, des menus, des programmes, des livres et près de 400 modèles de cartes postales.

Jean (Giovanni) Ray, né à Pise en 1881, est un illustrateur et dessinateur humoristique originaire d’Italie. Il publie, aux côtés de Francisque Poulbot et de Willette, dans le journal satyrique Le Rire à partir de 1908, ainsi que dans de nombreuses autres revues : La Baïonnette, Cuor d’Oro, Fantasio, Froufrou, La Guirlande, L’Illustré, Le Journal, Nos Loisirs, Le Pays de France, Qui lit rit, Le Sourire, La Vie Parisienne. Il est surtout connu pour ses dessins mettant en scène de jeunes enfants, et pour son travail sur le thème des marraines de guerre. On retrouve ses illustrations sur les couvertures de catalogues des grands magasins et sur des affiches publicitaires. Il fréquente le monde artistique parisien durant la première guerre mondiale et participe dès 1916 au mouvement de la renaissance de la poupée française. Créateur de jouets pour les Galeries Lafayette (ménagerie de Bob), il propose à Émile Lang (MFJT, Manufacture Française de Jouets en Tissu) la maquette de Lily, poupée élégante à l’expression décidée que le fabricant commercialise par les grands magasins du bon marché de 1917 à 1921. Jean Ray dessine d’autres poupées qui sont réalisées en feutrine ou tissu par la MFJT (photo). La SFBJ, qui absorbe la MFJT, reprend la production exclusive de ses poupées en 1923.


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Käthe Kruse

Käthe Kruse (1883-1968), née Katharina Simon, est une artiste à part dans le monde de la poupée : par la qualité et l’originalité de sa production, son style si caractéristique qui fait de ses poupées d’authentiques œuvres d’art, l’influence qu’elle a exercée et exerce encore sur les créateurs contemporains, tels que R. John Wright et Maggie Iacono, l’enthousiasme qu’elle suscite parmi les collectionneurs et les amateurs de poupées qui la considèrent comme une des plus célèbres membres de sa profession, et par ses remarquables qualités d’entrepreneure qui l’ont conduite à monter sa propre usine, à exporter dans le Monde entier, et à créer une entreprise qui existe encore de nos jours et a reçu en 2016 le label allemand « Marque du siècle ». Autres originalités, Käthe Kruse, d’extraction modeste, réussit d’abord comme actrice de théâtre en jouant à Berlin, Varsovie et Moscou, et ne se marie avec son amant, le célèbre sculpteur Max Kruse, que sept ans après leur rencontre en 1902, année de son renoncement au théâtre.
Tout commence au Noël de 1905, lorsque la fille aînée de Käthe, Maria (Mimmerle), demande comme cadeau une poupée « qui ressemble aux vrais bébés ». Son père se rend à Berlin et trouve les poupées de porcelaine proposées dans les magasins tellement froides et rigides, incapables d’éveiller des instincts maternels, qu’il demande à Käthe de la fabriquer elle-même ! Elle commence avec une idée précise : la poupée doit être chaleureuse et un peu lourde à porter. Avec une serviette remplie de sable, nouée aux quatre coins et une pomme de terre sculptée pour visage, la première poupée était née. Mimmerle l’adopte instantanément, joue avec et la trimbale partout toute la journée. La poupée ne dure pas, mais Käthe, encouragée par ce premier succès, décide de développer son habileté  en fabriquant des poupées pour tous ses enfants.
En 1910, on lui demande de montrer ses créations dans une exposition de jouets fabriqués à la maison organisée par les grands magasins Hermann Tietz à Berlin, deux ans après l’exposition sur les poupées d’art tenue par les mêmes magasins à Munich, qui avait lancé Marion Kaulitz. Elle y présente plusieurs poupées, dont une avec une tête modelée d’après une sculpture de François Duquesne et peinte, recouverte de tissu, remplie de cire, le corps étant en toile d’ortie remplie de copeaux de bois. Ces poupées s’inscrivent dans le mouvement d’éducation nouvelle (courant pédagogique qui défend le principe d’une participation active des individus à leur propre formation), dont un représentant en Allemagne est Paul Geheeb, fondateur de l’Odenwaldschule en 1910 (école d’éducation libre à la campagne) : les poupées ne ressemblent pas à des adultes, mais à des enfants ; elles ne sont pas des objets de rôle (mère idéale), mais des amis pour les enfants, auxquels ils peuvent s’identifier. Elles remportent un succès foudroyant et immédiat auprès des parents et de la critique, qui en apprécient le charme et la naïveté.
Un représentant de la célèbre chaîne de magasins de jouets new-yorkaise FAO Schwartz, qui assiste à l’exposition, commande 150 poupées à Käthe Kruse ! Elle n’a pas d’atelier, encore moins d’usine, mais l’idée lui plaît et elle engage un peintre pour les visages et des couturières pour les corps et les vêtements. Après des semaines de travail acharné, elle livre les poupées à temps. Elle raconte dans son autobiographie :

« Aucune chaise, table ou fenêtre n’était libre. Il y avait des poupées partout. Des jambes de poupées, des bras de poupées et des torses de poupées. Il y avait des robes tricotées, des robes travaillées au crochet, des robes terminées et non terminées et il y avait des patrons. Je devais trier les poupées et compter les poupées. Il y avait les poupées acceptées et les poupées rejetées. Les travailleurs à domicile allaient et venaient. Ils venaient chercher du matériel et remettre le travail fini. J’étais entourée de livreurs et le téléphone n’arrêtait pas de sonner. »

Une autre commande de 500 poupées pour FAO suit bientôt. Käthe réalise qu’elle ne peut pas les produire dans son salon. Elle donne une licence à un producteur industriel de poupées, puis décide d’ouvrir son usine à Bad Kösen. L’usine continue sa production avec des poupées recevant des noms de série : un garçon et une fille intitulées « Poupée I », créées entre 1911 et 1933 ; le garçon mesure près de 38 cm, a un corps potelé bourré de toile d’ortie, un visage rondouillard, des bras cousus et des hanches dotées d’articulations à disques ; le masque, en toile d’ortie moulée à la main ou en tissu moulé à la machine, est cousu sur un arrière de tête qui sera bourré de crin et de copeaux de bois ; une fois poncée, la tête est peinte à la main (y compris les yeux, les pommettes et les cheveux) par des artistes différents selon les poupées (photos).

poupée Käthe Krusepoupée Käthe Krusepoupée Käthe Kruse

Viennent ensuite, parmi les modèles les plus importants, les petites « Poupées de maison de poupées » en 1916, la « Poupée II-petit crochet- » en 1922, la « Poupée V-petit rêveur » et la « Poupée VI-tu es à moi- » en 1925. Mais la poupée qui a encore aujourd’hui le plus de succès est la célèbre « Poupée VIII-l’enfant fidèle- » de 1928, modelée d’après le visage de son fils Friedebald, première poupée Käthe Kruse avec une perruque en vrais cheveux (photo).

poupée Käthe Kruse

En 1923, l’usine s’agrandit par un déménagement dans la même rue, Friedrichstraße. Käthe promeut ses produits dans des magazines allemands et internationaux et les distribue dans des boutiques en Europe et aux États-Unis. Elle imprime son catalogue, donne des interviews, ne manque pas une seule foire aux jouets importante, prend part à des expositions internationales et gagne des prix en Italie, Allemagne et Pologne. En 1925, elle gagne en deuxième appel un procès en contrefaçon contre l’entreprise Bing, ce qui fera jurisprudence dans l’industrie du jouet.
En 1928, elle commence à fabriquer des mannequins d’enfants grandeur nature avec l’aide de sa fille Sofie, en utilisant un squelette métallique enroulé de plusieurs couches de tissu recouvertes d’un tricot. Puis viennent les mannequins d’adultes, de différentes tailles, avec des têtes et perruques interchangeables. Les mannequins rencontrent le succès grâce à leur réalisme et leur caractère vivant (photo).

mannequin Käthe Kruse

Pendant la deuxième guerre mondiale, il devient très difficile de maintenir la production : les clients envoient des pièces de tissu pour les vêtements, et leurs propres cheveux pour les perruques. En 1950, l’usine de Bad Kösen, située sur le territoire de la RDA, est réquisitionnée et la production transférée en RFA à Donauwörth. Käthe conçoit encore les poupées, qui sont toujours faites à la main, mais se retire progressivement de la gestion de l’entreprise en raison de son âge et de son état de santé. Lorsqu’elle arrête en 1956, ses enfants, et en particulier sa fille Hanne qui décide en 1967 d’élargir la production aux jouets pour bébés et tout-petits, reprennent l’entreprise familiale.
En 1990, elle est rachetée par Andrea et Stephen Christenson, puis par le fabricant suisse de jouets en matériaux durables Hape Holding AG en 2013.
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Sasha Morgenthaler

Comme Käthe Kruse et 30 ans plus tard, une autre artiste en poupées va marquer son époque et voir durer son influence jusqu’à aujourd’hui. Comme elle, insatisfaite des poupées commerciales, elle en fabrique pour ses enfants. Comme elle, elle rencontre le succès après des années de travail consacrées à parfaire sa technique pour aboutir à des poupées réalistes auxquelles l’enfant puisse s’identifier. Il s’agit de l’artiste suisse Sasha Morgenthaler (1893-1975), née von Sinner, formée dès l’enfance par le grand peintre Paul Klee, qui remarque ses dons pour le dessin et la peinture, la présente aux membres du groupe der blaue reiter (le cavalier bleu – un des deux groupes fondamentaux de peintres expressionnistes allemands avec die brücke, le pont -, fondé par des artistes russes et allemands en rejet des principes trop stricts et traditionnels du neue künstlervereinigung München, la nouvelle association des artistes munichois) et la fait inscrire à l’école des Beaux-Arts de Genève, où elle étudie la peinture et la sculpture.
En 1914, elle rencontre son futur mari le peintre Ernst Morgenthaler, avec lequel elle aura trois enfants. Après quelques essais de poupées de chiffon dans les années 1920, elle s’éloigne puis revient aux poupées en 1941, avec des têtes en cire et des corps en coton bourré. C’est là que tout commence : Sasha parcourt le Monde en humaniste, étudiant les enfants de toutes cultures, couleurs de peau et origines sociales pour en représenter sa vision dans ses poupées, qu’elles a choisies comme son moyen d’expression artistique d’élection. Elle veut des poupées caractérisées par leur individualité et l’extrême attention apportée à leurs détails ainsi qu’à ceux de leurs vêtements ; elle veut aussi des visages paisibles, aux expressions réalistes et subtiles, sans sourire artificiellement exagéré. Son souci est que les enfants survivant aux horreurs de la deuxième guerre mondiale ne se reconnaissent pas dans des poupées joyeuses. On raconte que « lorsqu’elle était triste, enfant, elle n’aimait pas le sourire rigide de ses poupées : elle prit une fois une lime à ongles et gratta pour l’effacer le sourire hypocrite de sa poupée ». Selon ses propres termes, « aucune caricature grotesque ne peut éveiller les sentiments authentiques d’un enfant : un morceau de bois, à peine sculpté, vaut bien plus qu’une poupée classique au sourire exagéré ».
A la fin des années 1940, après avoir livré avec son équipe des poupées en cire à six versions de visage en fonction de l’âge, elle invente le corps asymétrique qui sera sa marque de fabrique. Ses poupées uniques faites à la main, pour des collectionneurs privés et à la commande, en chiffon, gypse, résine, plâtre, tissu ou plastique (photos), qu’elle réalise jusqu’à sa mort dans son atelier, sont distribuées par les boutiques Heimatwerk en Suisse, et par Marshall Field & Co à Chicago, aux États-Unis.

poupée Sasha Morgenthalerpoupée Sasha Morgenthalerpoupées Sasha Morgenthaler

Cependant, ces poupées jouets s’avèrent trop onéreuses pour le budget de la plupart des familles. Le désir de Sasha de produire des poupées à un prix abordable qui puissent plaire à tous les enfants la conduit à en produire en série : elle donne la licence de production de poupées en vinyl dur de 41 cm appelées « Sacha » à la firme Götz Puppenfabrik de Rödental en Allemagne en mai 1964, commercialisées par les magasins Migros en Suisse à partir d’octobre 1965. La fabrication de ces exemplaires devenus très rares s’arrête en 1970. Entre-temps, insatisfaite de leur qualité, Sacha Morgenthaler s’adresse en 1965 à John et Sarah Doggart, de la compagnie Frido au Royaume-Uni (devenue Trendon en 1970) pour produire des « Sasha » à bas prix également en vinyl dur, de 40 cm, production qui dure de 1966 à 1986 (la distribution est assurée par la boutique Sasha Dolls de 1984 à 1986) , date de la fermeture de l’usine de Stockport (Cheshire). Sacha se lie d’amitié avec les Doggart, leur rend souvent visite à l’usine  et prodigue ses conseils pour peindre les yeux ou encore couper les cheveux des poupées. La production par Götz reprend de 1995 à 2001. Durant tous ces cycles de production, Sasha Morgenthaler continue de parcouri le Monde.
Les « Sasha », vendues partout dans le Monde, deviennent très populaires dans les années 1960-1980. Elles ont des traits de visage caractéristiques : une expression sérieuse et ouverte qui semble les rendre plus aptes à un jeu imaginatif que si elles arboraient un éternel sourire. Elles possèdent une tête articulée qui peut tourner, des mains moulées à doigts joints et pouces séparés, des cheveux en nylon implantés par mèches de couleur brune, noire, blonde ou rousse (quelques éditions limitées ayant des perruques), des lèvres peintes à la main, et des yeux peints à la main ou au spray pour les plus anciennes, ou imprimés et finis à la main pour les plus récentes. Elles présentent une structure de corps asymétrique à proportions réalistes, tendu par des élastiques dont la couleur indique la provenance ; leurs pied plats leur permettent de se tenir debout, et elles sont même si équilibrées qu’elles tiennent toutes seules sur la tête ! Les « Sasha » portent des tenues variées (achetables séparément, ou seulement avec la poupée), et présentent de subtiles différences, principalement dans la peinture, qui les rendent uniques. Elles possèdent toutes un médaillon au poignet droit qui porte le logo des productions Sasha. Les poupées sont disponibles en versions garçonnets, fillettes, bébés, et tout petits à partir de 1995. Les bébés et tout petits mesurent entre 28 et 30,5 cm. Les bébés ont des bras et jambes courbés et ne tiennent pas debout ; lors de leur introduction, ils étaient sexués avec des organes génitaux, mais cette caractéristique fut plus tard abandonnée. Quant à la taille effective des poupées, elle est très variable : de 39,5 à 41 cm au début de leur production, elle atteint plus de 43 cm à la fin des années 1990, en raison de la refonte fréquente des moules. Les « Sasha » allemandes sont toutes marquées au dos et au cou avec le logo, à l’exception de quelques erreurs de fabrication, tandis que les « Sasha » anglaises ne sont pas marquées.
L’idée originale de Sasha Morgenthaler vise à une représentation de l’enfance universelle, aussi depuis le début de la production en série le vinyl est il couleur café pour évacuer l’identification ethnique (photos). Ils offrent trois tons de chair, selon la couleur noire, brune ou blonde des cheveux, et s’appellent à partir des années 1960 « Gregor » pour les garçonnets. Toutefois, au début des années 1970, des poupées noires sont introduites, appelées « Caleb » pour les garçonnets et « Cora » pour les fillettes (photo). Lorsque la production allemande reprend en 1995, de nombreux modèles de poupées reçoivent des prénoms, mais sont tous identifiés par le nom générique de « Sasha ». Ci-dessous, de gauche à droite :  « Sacha » Götz, « Sasha » Frido  et   Cora, « Sacha » Trendon.

poupée Sasha Morgenthalerpoupée Sasha Morgenthalerpoupée Sasha Morgenthaler

Les « Sasha » allemandes anciennes sont plus nombreuses en Europe qu’aux États-Unis, à l’inverse des « Sasha » anglaises. Les « Sasha » allemandes les plus récentes se trouvent partout. La production ayant cessé, les poupées de Sasha Morgenthaler intéressent de plus en plus les collectionneurs. On peut en admirer de toutes les époques au Bärengasse Puppenmuseum Sasha Morgenthaler de Zurich, en Suisse.
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Les artistes pionniers américains du XXe siècle
Les prémices

De l’autre côté de l’Atlantique, dans le sillage des poupées primitives rembourrées faites à la main par les pionniers, les colons et les esclaves, se distinguent deux créatrices, Izannah Walker et Martha Chase.
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, Izannah Walker perfectionne la technique de fabrication des poupées en tissu et obtient un brevet en 1873 : ses poupées ont un corps en tissu cousu et bourré, et une tête rigide faite de tissu collé sur un masque sculpté, la colle étant comprimée dans un moule en fer et durcie, tête qui ressemble aux porcelaines européennes, mais meilleur marché et de plus incassable ; des oreilles en forme de coquillage sont ensuite attachées, avant de peindre à l’huile les traits du visage et la coiffure ; les bottes sont souvent peintes sur les jambes, et les mains sont reconnaissables à leur pouce séparé ; elles sont habillées comme des filles de la classe moyenne de l’époque (photo). Ces poupées sont devenues très rares en raison de leur dégradation due à l’humidité et aux insectes.

poupée Izannah Walker

Une poupée Walker chérie dans son enfance a inspiré une autre américaine dans les années 1890, Martha Chase, créatrice des poupées Chase en jersey et fondatrice d’une usine de poupées jouets à Pawtucket (Rhode Island), la Martha Chase Doll Company. Bien que non brevetées, les poupées portent toutes la mention : « The Chase stockinet doll. Made of stockinet and cloth. Stuffed with cotton. Made by hand. Painted by hand. Made by especially trained workers. » (La poupée Chase en jersey. Faite de jersey et de tissu. Bourrée de coton. Faite à la main. Peinte à la main. Fabriquée par des travailleurs spécialement formés). Martha est aussi l’auteure d’une poupée innovante, la Chase hospital doll (photo), conçue comme une aide à l’apprentissage des soins infirmiers, équipée d’une partie interne en caoutchouc étanche.
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poupée Martha Chase

Mais une révolution se prépare dans le domaine de la création de poupées. Sur les traces de Marion Kaulitz et Käthe Kruse en Allemagne, Berthe Noufflard en France et Sasha Morgenthaler en Suisse, une artiste américaine à la carrière fascinante mais douce-amère, Dewees Cochran, s’engage dans la création de poupées ressemblant aux jeunes enfants de son temps. Une autre artiste, Dorothy Heizer, fabrique de somptueuses poupées historiques richement costumées. Toutes deux exercent une forte influence sur les artistes contemporains, contribuent, en tant que membres fondatrices du NIADA (National Institute of American Doll Artists), l’institut national des artistes en poupées américains, à définir les critères de création de poupées d’artiste réalistes, et peuvent être considérées comme les deux premières pionnières de la poupée d’artiste américaine.

Dewees Cochran

Fille unique d’une famille aisée, Dewees Cochran (1892-1991) suit des cours de peinture et de modelage à l’école des arts industriels (School of Industrial Art) à Philadelphie et à l’académie des beaux-arts de Pennsylvanie (Pennsylvania Academy of Fine Arts). Après la fin de ses études aux États-Unis, elle se rend en Europe où elle apprend et enseigne l’art et l’histoire de l’art, et étudie une discipline qui lui servira pour la création de poupées, l’histoire des physionomies au XIXe siècle. Lors de son séjour à Elsinore au Danemark à l’université populaire internationale (den internationale højskole), elle rencontre son futur mari l’écrivain anglais Paul Helbeck qu’elle suivra au début des années 1920 à Salzburg et Berlin.
Après leur mariage dans la maison de ses parents aux États-Unis en 1924, elle retourne avec Paul en Europe pour poursuivre leur vie d’artistes dont elle dira que « rien ne pourrait être plus beau et satisfaisant que ces brèves années, malgré des revenus américains et anglais combinés de proportions modestes ». Mais cette belle vie ne durera pas : la crise de 1929, la montée du nazisme et le décès de son père en mars 1933 les conduisent à retourner aux États-Unis pour aider sa mère.
En arrivant à New-York à la descente du bateau, elle s’écrie sans raison apparente : « Paul, je vais faire des jouets aussi agiles que ce chat ! ». De fait, elle se met à faire ses premières poupées en 1934 à New Hope (Pennsylvanie) : « Topsy et Turvy » (de topsy-turvy, sens dessus dessous, voir aussi « topsy-turvy dolls » en introduction), « Mammy » et « Philadelphia ladies », poupées à corps en tissu et tête importée en porcelaine ; elle les vendra bien dans une boutique locale, ce qui l’encourage dans son « intention de faire des poupées d’enfants très réalistes ».
Plus tard, elle recevra un bon accueil des boutiques FAO Schwartz et Saks à New-York, où une acheteuse lui dit : « À notre époque de mères psychologiquement éveillées, on ne donne rien aux enfants qui puisse déformer leurs esprits, faites quelque chose de réaliste, plus vivant que ces poupées dans la vitrine ». Elle bredouille à l’acheteuse qu’elle relève le défi, et dans le bus qui la conduit à la boutique pour enfants Young books, elle a une révélation : « pourquoi ne pas faire une poupée à la commande, qui ressemble à un enfant particulier ? » Suite à la commande par la femme du célèbre auteur-compositeur Irving Berlin (chanson « God bless America », comédie musicale « La mélodie du bonheur ») de poupées portraits de ses deux filles, elle commence la série de ses « portrait dolls » (photo) :

poupée Dewees Cochran

à partir de croquis ou de photographies, dit-elle, « je fabrique ces premières tête en bois de balsa sculptée, leurs corps en soie bourré de kapok, les perruques en cheveux naturels et les costumes soigneusement cousus à la main, avec ma tête dans les nuages ». Après s’être formée à la réalisation de moules, elle fabrique les têtes en emplissant un moule de plâtre humide, fait sur un modelage en plasticine, d’un nouvel enduit léger et incassable une fois séché, appelé bois plastique (plastic wood). Les commandes de poupées portraits affluent, le couple s’installe à New-York.
À partir du visage d’une fillette de six ans, Dewees développe une série de six petites américaines représentant six périodes, depuis les puritains jusqu’à l’époque présente. Elle choisit les années 1600, 1776, 1810, 1860, 1900, 1934, et conçoit les peintures de visage, les coiffures en mohair et les costumes correspondants. Elle appelle cette série « poupées personnages ». Poursuivant son étude des enfants américains en 1936, elle collecte une énorme quantité d’images et de photos provenant de diverses sources (bibliothèques, agences de mannequins) pour réaliser six moules de visages type désignés de A à F, appellés têtes sosies (« look-alike heads ») : Cynthia, visage ovale souriant montrant ses dents ; Abigail, figure plutôt carrée à l’expression légèrement souriante ; Lisa, visage triangulaire souriant à peine ; Deborah, figure en forme de cœur légèrement souriante ; Mélanie, long visage fin et léger sourire ; Jezebel, figure ronde faisant la moue. En personnalisant l’un de ces visages par la peinture des traits, la perruque et les vêtements, n’importe quelle fillette peut être reproduite en poupée.
Il est décidé que Paul retourne en Europe pour reprendre son travail d’écrivain, Dewees devant le rejoindre plus tard : ils ne se reverront plus jamais, chacun se consacrant à sa carrière.
Elle fait un court séjour en tant que conceptrice dans la société Alexander Doll. Les magazines lui font une large publicité : Harper’s bazaar, the New-Yorker, the New York American, Vogue, Life,…
Entre 1936 et 1939, elle conçoit des poupées qui sont réalisées en composition par la société Effanbee sur le modèle de quatre des têtes sosies, connues pour leur réalisme saisissant sous le nom de poupées d’enfants américains (american children dolls). La guerre interrompt la production, Dewees devient directrice artistique de la compagnie R.H. Donnelley puis directrice de création de l’école des artisans américains (School of American Craftsmen).
Quand la guerre se termine et avec elle la pénurie de matériaux, elle fonde une petite société, la Dewees Cochran Doll, qui accorde une licence de fabrication en série de la poupée Cindy (photo) à la compagnie Molded Latex (New-Jersey), détentrice du brevet du procédé latex.

poupée Dewees Cochran

Moins d’un an et 1 000 Cindy plus tard, Dewees Cochran, insatisfaite de la qualité des poupées, retire sa licence à Molded Latex, qui continuera à vendre des poupées Cindy non marquées, les authentiques Cindy ayant un numéro de série écrit et une signature estampée sur le torse.
En 1952, elle lance la célèbre série « Grow-Up » (qui grandissent), dont l’idée est de faire progresser en âge (5, 7, 11, 16 et 20 ans) et en taille (de 32 à 46 cm) les poupées sur une durée de cinq ans, en conservant leurs traits caractéristiques. Trois filles (supposées être les arrière petites nièces de personnages célèbres du folklore américain – Bullhead Stormalong, Johnny Appleseed et Paul Bunyan -) et deux garçons, tous en en latex articulé au cou, aux épaules et aux hanches, avec une perruque en cheveux naturels, des yeux peints et des cils naturels ou peints, constituent la série : Susan (Stormie) Stormalong la rousse ; Angela (Angel) Appleseed la blonde (photo) ;

poupée Dewees Cochran

Belinda (Bunnie) Bunyan la brune ; Peter (Pete) Ponsett doll le blond ; Jeffery (Jeff) Jones le brun. À leur suite, elle sort une série de poupons de tailles comprises entre 13 et 23 cm.
En 1960, Dewees Cochran s’installe à Saratoga en Californie, où elle reçoit une bourse de résidence à la Villa Montalvo, centre de vie artistique créé en 1912 par le maire de San Francisco James Duval Phelan. Elle continue à faire des poupées et travaille à son autobiographie « As if they might speak » (Comme si elles pouvaient parler), qui sort en 1979.
Toute sa vie, elle a, selon ses propres termes, « trouvé de la magie à faire des poupées et à aimer leur compagnie ».
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Dorothy Heizer

Née à Philadelphie, Dorothy Heizer (1881-1973) est, comme Dewees Cochran, originaire de Pennsylvanie, et comme elle se forme  à la Pennsylvania Academy of Fine Arts, où elle étudie l’histoire de l’art, le portrait, l’anatomie et la sculpture. Elle est particulièrement connue pour ses poupées portraits de personnages historiques en tissu au visage sculpté à l’aiguille, recevant une attention sans précédent aux détails, élégantes et élaborées, et ses magnifiques costumes, souvent brodés de perles à la main, qu’elle commence à fabriquer au début des années 1920 lorsqu’elle s’installe avec sa famille à Essex Fells (New Jersey).
À l’âge de 9 ans, elle crée son premier mannequin et l’habille. À 11 ans, elle vend au magasins de jouets FAO Schwartz de Philadelphie des poupées en papier et des dessins de leurs garde-robes. Puis elle abandonne les poupées, étudie l’art, se marie et élève ses enfants. En 1920, à l’âge de 39 ans, elle commence à fabriquer et vendre des poupées de chiffon aux traits peints et des figurines de mode. En 1923, elle reçoit sa première commande de poupée portrait représentant Irene Castle (danseuse de salon, célébrité de Broadway et icône de la mode aux États-Unis dans les années 1910).
Au long des années, des commandes et des expositions, elle affine sa technique : développement d’une armature de squelette en cuivre qui permette de poser la poupée ; matelassage avec une nappe de coton ouatée, couverture par une peau en crêpe de soie, sculpture à l’aiguille du visage, peint ensuite à l’aquarelle. Le placement innovant du cou et de la tête en avant des épaules donne une posture humaine à la poupée. Sa technique lui permet de réaliser des portraits avec de fines particularités, pour des tailles de poupées relativement petites, de 25 à 30 cm. Ces portraits couvrent une période étendue (du XVIe au XXe siècle) et comprennent des personnages royaux (dont une galerie de reines renommée), historiques ou issus de peintures célèbres, comme le « Garçon bleu » de  Gainsborough (photo). Pour le portrait de mariage de la princesse Elizabeth (photo), l’artiste a méticuleusement cousu à la main 44 000 perles, copiant la conception de la robe et de la traîne brodées et décorées de perles à partir de photographies de l’originale !

poupée Dorothy Heizerpoupée Dorothy Heizer

La fabrication par Dorothy Heizer de poupées uniques entièrement faites à la main s’étend sur quatre décennies (années 1920 à 1950). Le recensement de son œuvre a été effectué par sa famille et repris par Helen Bullard dans son livre paru en 1972,  « Dorothy Heizer, the artist and her dolls ».
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Helen Bullard

Née à Elgin (Illinois), Helen Bullard (1902-1996) apporte à l’histoire des poupées d’artiste aux États-Unis une triple contribution : en tant qu’écrivain, elle rédige les biographies des artistes en poupées Dorothy Heizer et Faith Wick, la monographie de référence en deux volumes « The american doll artist »,  et de très nombreux articles sur l’artisanat régional et la fabrication de poupées en tant qu’art ; en tant qu’artiste en poupées, elle mène une carrière du début des années 1950 à 1981, de front avec sa carrière de sculptrice sur bois ; en tant qu’organisatrice ensuite, comme fondatrice du NIADA (National Institute of American Doll Artists) en 1963, association internationale influente aujourd’hui et dont le but est de « promouvoir l’art de la poupée originale faite à la main ».
En 1932, elle part de Chicago avec son mari l’écrivain Joseph Marshall Krechniak et ses deux filles pour aller s’installer dans une cabane en bois à Ozone, près de Crossville (Tennessee). Elle continue à écrire, donne naissance à une troisième fille qui  mourra en 1938, avant la naissance d’une quatrième fille en 1940. Cette femme courageuse à la sensibilité féministe écrit : « si vous avez un vrai style, vous pouvez aller avec assurance, en exagérant votre confiance en vous, et en tuant dans l’œuf chaque problème qui surgit tel un dragon d’un simple tour de poignet. C’est votre récompense pour faire face à tous ces problèmes et même à la pauvreté qui semble paniquer tout le monde. Vous devenez un aventurier avec la seule sécurité innée qui soit, la confiance en vous. Et vous apprenez à sauver les meubles, sans jamais regarder derrière vous ».
En 1949 elle fabrique sa première poupée en bois taillée à la main après avoir vu le travail de Margaret Campbell, sa professeure d’art de l’académie Pleasant Hill. Elle se perfectionne en étudiant les poupées exotiques en bois offertes avec le magazine « Hobbies » et en correspondant avec son amie artiste Ruth Campbell Williams. Elle baptise ses premières poupées du nom de « Miss Holly » (mademoiselle houx) et les juge comme étant très grossières. Ce sont des poupées en bois de 25 cm articulées par des goujons. Elle monte rapidement une fabrique artisanale avec l’aide de quatre femmes à qui elle apprend à tailler « trois mois seulement après avoir tenu mon propre couteau », et qui cousent les vêtements pour les « Holly mountain dolls », qui deviendront les « Holly dolls ». C’est un succès, elle vend 300 poupées la première année (photo).

poupée Helen Bullard

C’est en 1951 qu’elle assiste au 2e congrès de l’UFDC (United Federation of Doll Clubs) et voit pour la première fois de sa vie des centaines de poupées, dont celles de Gertrude Florian, Avis Lee et Fawn Zeller, qui joueront aussi un rôle important dans l’histoire des artistes en poupées américaines. Elle tombe « désespérément amoureuse » de la poupée « Mother and baby in the rocking chair » (« une mère et son bébé dans le fauteuil à bascule ») de Gertrude Florian. Elle écrit à propos de cette poupée dans son autobiographie « My people in wood » : « Quand vous travaillez depuis plusieurs années avec quelque chose de nouveau et intéressant et puis vous découvrez que c’est, même de manière lointaine, relié à un domaine qui inclut une œuvre aussi fascinante et émouvante, vous ressentez un grand choc. J’ai tout de suite su que j’étais tombée sur un domaine aux possibilités infinies, un art, pas moins. Les « Holly dolls », c’était bien, mais ce n’était qu’un début ».
En 1952, elle réalise une poupée portrait de Margaret Truman (écrivaine américaine auteure de biographies, de livres sur la Maison-Blanche et de plusieurs romans best-sellers) à la demande de Pauline Gore (épouse d’Al Gore, futur vice-président des États-Unis). Cette poupée de 38 cm en bois de marronnier lui fera une énorme publicité.
Son désir d’échapper aux « petites poupées mignonnes et faciles à vendre » la conduit en 1954 à réaliser une poupée plus élaborée dont elle est fière. Il s’agit de « Caroline 1880 » (photo, reproduction de 1967 par Helen Bullard), censée camper une militante féministe des premières heures tenant à la main le livre « Une  maison de poupée » d’Ibsen. Cette poupée de 46 cm finement taillée à la main dans du bois de marronnier d’Inde est habillée par Carrie Hall, célèbre costumière de poupées.

poupée Helen Bullard

Un peu plus tard la même année, elle réalise trois « Alice au pays des merveilles » de 5 cm, 16,5 cm et 46 cm, qui sont appréciées par Gertrude Florian. Elle complète le tableau des féministes avec Constance 1800 et Margie 1928, qui formeront le groupe des trois militantes.
Helen Bullard revendique l’utilisation du bois comme matériau, avec ses qualités et ses limites. Elle « déteste les poupées en bois qui singent la porcelaine ou l’argile. Un tel traitement les ravale au rang de copies ». En 1962, réfléchissant à l’un des objectifs du NIADA de « créer des poupées originales illustrant la culture américaine », elle entame le projet ambitieux de réaliser une parade d’américains ordinaires sur neuf générations, avec des couples sculptés le jour de leur mariage en habit d’époque, de 1630 à 1900. Ce sera la série « une famille américaine ». Ce projet est suivi d' »une famille de fermiers des Appalaches », groupe de 23 personnages réalisés d’après une photographie. Influencée dans sa vie personnelle par celles qu’elle appelle les « vraies mentors des femmes impatientes » (les féministes), elle en réalise les portraits en poupées en bois de 1979 à 1981 : Ottoline Morrell, Virginia Woolf, Gertrude Stein, Alice B. Toklas et George Sand.
Elle étudie la sculpture sur bois avec Alicia Neathery de 1957 à 1959, ce qui la fait « travailler comme une folle à la maison pour pouvoir apprendre quelque chose de nouveau à chaque cours. Surtout, je devais faire la transition vers une échelle plus grande et de nouveaux outils ». Après ses deux premières sculptures, « Mountain mother » (bois de pommier, 1959) et « Gertrude Stein » (86 cm, vieux châtaignier, 1960), elle continue à travailler diverses essences de bois en réalisant de plus grandes sculptures : « The GNP cross » (Gross National Product, produit national brut), « l’icône numéro 1 de notre culture et la préoccupation numéro 1 de notre culture », symboles associés dans une sculpture en acajou d’Afrique de 1,73 m ; « The gardener » (2,74 m, châtaignier, 1963) ; « Old mountain family », groupe de 17 personnages (châtaignier, 1972) ; quand elle perd son mari, elle sculpte en 1972 « The widow comforter », le consolateur de veuve, pièce assise sans tête et sans avant-bras en Acajou d’Afrique de l’Ouest ; « Primeval magic », magie primitive, groupe de 8 figures taillées dans des blocs de bois brut de vieux châtaignier patiné hauts de 1 m à 1,80 m évoquant des sculptures rituelles (déesse anatolienne de la fertilité, dieu lion babylonien, face de totem amérindienne du nord-ouest, esquimau, olmèque mexicain, menhir corse, olmèque guatémaltèque, fétiche du Ghana et face mystérieuse) ; « The good ole mountain boys », sept portraits de jeunes montagnards exécutés en châtaignier patiné d’après une photo de 1908 ; collage de  15 visages du peuple américain, diverses essences (châtaignier, pin, acajou, marronnier), 1969 (photo).

poupée Helen Bullard

Voici ce qu’elle écrit à propos de sa sculpture : « En tant que disciple de Brancusi, Archipenko et Noguchi, je me  dois d’évacuer tout détail non essentiel dans le développement de mes personnages. Je m’inspire du travail des égyptiens de l’antiquité, des mayas, des africains, des chinois de l’ère pré-Tang, des australiens, des islandais…J’espère que mon travail reflète ma forte tentative de de relier mes figures à la Terre et aux environnements naturels…Je n’envie personne. Je suis toujours vaguement surprise lorsqu’une de mes folles idées fonctionne ».
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Nous allons maintenant présenter trois artistes ayant en commun un travail original sur la porcelaine et la participation à la réunion fondatrice du NIADA du 12 mai 1963 à l’instigation d’Helen Bullard, au cours de laquelle furent définis les objectifs de l’association et les critères d’admission des artistes candidats : Gertrude Florian, Fawn Zeller, Magge Head.

Gertrude Florian

L’auteure de la célèbre poupée « Mother and baby in the rocking chair » (photo, copie d’artiste), considérée par ses pairs comme l’une des plus belles poupées jamais faites, et qui a tant ému Helen Bullard (voir ci-dessus), est née à Brookfield, Missouri.

poupée Gertrude Florian

Gertrude Florian (1903-1973) étudie à la Kansas City School of Fine Arts. Après avoir vécu et travaillé à Hartford, Connecticut, à Philadelphie, Pennsylvanie, et à l’Arts Student League de New York, elle s’installe à Detroit, Michigan en 1931. Ses premiers travaux sont dans les domaines du portrait en peinture et du stylisme de mode. Mais elle réalise vite qu’elle n’est pas faite pour la mode. En 1940, elle commence à fabriquer des poupées. Sa méthode commence par le modelage de la tête : un premier moule est fabriqué, puis un premier moulage en cire sur lequel sont travaillés les détails fins ; ensuite, un second moule est produit pour le coulage final en céramique, avec un procédé secret pour obtenir une teinte chaude et douce ainsi qu’un matériau résistant. Gertrude Florian expérimente avec une patience infinie les tons de chair et le fera toute sa vie : c’est sa marque de fabrique et l’une des merveilles de son travail. Elle conçoit et réalise elle-même les costumes de ses poupées. Les cheveux sont généralement moulés, mais elle utilise également des perruques en cheveux naturels, dont certaines sont réalisées par sa mère, qui sera une source d’inspiration et un soutien fervent pour Gertrude.
Elle commence à montrer son travail en 1941, mais a du mal à trouver des acheteurs, car à l’époque il existe très peu d’opportunités pour vendre de belles poupées faites à la main : elle essaie les foires d’État et les expositions artisanales sans succès ; les grands magasins lui conseillent d’acquérir d’abord une réputation ; les médias adaptés pour faire de la publicité n’existent pas. Elle est sur le point d’abandonner lorsque elle reçoit une proposition inespérée des grands magasins J.L. Hudson pour un décor de Noël : 75 petites poupées (de 30,5 à 35,5 cm) disposées dans des petits villages construits autour des grandes colonnes du magasin. Elle doit d’abord soumettre un couple de démonstration portant des costumes de 1830 ou 1850 : son couple de 1830 emporte facilement la commande.
Viennent ensuite ses poupées portraits de Margaret Deland  (écrivaine américaine réaliste née en 1857) puis une petite religieuse de 4 cm, « un petit bibelot pour faire un cadeau ». À la recherche de récits de religieuses pleines de bravoure et d’esprit de sacrifice, elle se découvre une obligation de sculpter une nonne par récit, et se retrouve à fabriquer 30 religieuses d’ordres différents ! Elle en apprend le coût des habits de religieux, la beauté du textile utilisé, la signification de chaque détail, et le style et la grâce de chaque pli.
C’est le moment ou commence à germer l’idée de ce qui sera son chef d’œuvre, « Mother and baby in the rocking chair », lorsqu’elle réalise que « les collectionneurs de poupées veulent des madones italianisantes, et non pas les robustes jeunes mères américaines qui m’attirent en tant que modèles ». Son modèle s’impose par hasard lorsqu’un jour, en faisant une course, elle frappe à une porte et « là se tenait une fille avec un bébé replet tout juste sorti du bain sur son bras. Le bébé avait un air rose et doux, avec de petits bourrelets grassouillets  et des tons de chair presque transparents » (tiré du livre de Janet Johl « Your dolls and mine »). Gertrude Florian travaille sur le thème des jeunes mères. Puis vint la célèbre poupée sur laquelle Helen Bullard écrit dans le tome 1 de sa monographie « The american doll artist » : « flamboyants d’émotion, ces deux visages expriment toute la merveille, le mystère et l’accomplissement de la relation mère-enfant ».
Puis viennent à partir de 1950 la commande d’un ensemble de Pères pèlerins pour l’hôtel Mayflower à Plymouth, Michigan, et plusieurs années de travail sur une série de personnages et groupes historiques et religieux pour un riche collectionneur. Durant les années 1960, elle prépare chaque année pour la convention de l’UFDC des têtes et des membres très prisés des collectionneurs qui les assemblent ensuite sur des corps avant de les costumer. C’est à cette époque qu’elle réalise ses « Mercer girls » (photos), poupées figurant des membres du bataillon de jeunes femmes courageuses de la côte Est enrôlé par Asa Shinn Mercer (sénateur de l’État de Washington) en 1864 et 1866 pour compenser le déficit en femmes de la région industrielle de Seattle.

poupée Gertrude Florianpoupée Gertrude Florian

Les œuvres de Gertrude Florian sont bien représentées dans les musées à travers les États-Unis : son portrait de Francis Scott Key (homme de loi et auteur des paroles de l’hymne américain « The star-spangled banner » en 1814) commandé par le Flag House Museum de Baltimore, Maryland ; le Children’s Museum de Detroit ; le Alfred P. Sloan Museum de Flint, Michigan.
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Fawn Zeller

Fawn Zeller (1906-1997) restera dans l’histoire comme la grande dame de la poupée miniature en porcelaine. En effet, mis à part quelques séries limitées et poupées souvenir de taille moyenne créées spécialement pour des conventions nationales de l’UFDC (photos), elle aura passé sa vie d’artiste en poupées à exécuter des portraits historiques et de fiction en exemplaire unique  d’une minutie poussée à l’extrême, tant dans les personnages que dans les costumes et accessoires. De la « Case de l’Oncle Tom » en 1949 aux « Onze têtes » de 1989, en passant par « Yul Brynner » en 1957, elle laisse plus d’une centaine de portraits en exemplaire unique.

poupée Fawn Zellerpoupée Fawn Zeller

Née dans une famille d’artistes accomplis à Alton, Illinois, elle se marie juste après avoir fini ses études secondaires. Elle s’installe à Chicago où elle devient artiste free-lance en publicité, illustration, stylisme et peinture de portraits. Dans le sillage de son mari, elle devient photographe professionnelle. Durant la seconde guerre mondiale, elle travaille comme chef documentaliste à l’office d’information de défense de New York, où elle établit et maintient le fichier du fonds des photographies de guerre. C’est là qu’elle rencontre le monde des poupées sous la forme d’une exposition, dans un grand magasin à Greenwich Village, de poupées anciennes, folkloriques, et faites à la main, ainsi que de maisons de poupées, comme elle n’en avait jamais vue. Elle y retourne encore et encore les jours suivants, et lorsque l’exposition prend fin, elle hante les boutiques d’antiquaires à la recherche d’une jolie poupée pour elle-même. Elle devient collectionneuse quand son mari lui offre pour le Noël suivant deux magnifiques poupées Armand Marseille à tête en biscuit et corps en composition articulés.
Après la guerre, le couple retourne à Chicago où elle rencontre Alice Schiavon, une collectionneuse et vendeuse de poupées renommée, qui lui parle de l’UFDC. C’est là qu’elle décide, après avoir rejoint l’antenne de l’UFDC de Chicago, de se lancer dans la création de poupées. Commence alors une période de tâtonnements comme en connaissent de nombreux apprentis artistes en poupées, d’expérimentations plus ou moins heureuses de matériaux tels que le savon, la poudre dentifrice, l’argile autodurcissant, la futée, la cire, le papier mâché, et même le mastic de vitrier.
En 1950, après le déménagement du couple à Inverness en Floride, Fawn Zeller se remet au travail et commence à étudier toutes les phases de la fabrication de poupées en parfaite autodidacte. À la convention de Detroit de l’UFDC en 1951, elle présente un portrait de Scarlett O’Hara qui obtient un prix. Durant les années 1950, elle continue à travailler seule en correspondant avec Martha Thompson, autre artiste pionnière en poupées travaillant la porcelaine. Il n’existait pas à l’époque de cursus pour l’apprentissage de la fabrication de poupées, ni de manuels, vidéos ou kits en vogue aujourd’hui. Fawn Zeller s’illustrera en partageant son savoir chèrement acquis, notamment dans le livre de SiByll McFadden « Fawn Zeller’s porcelain dollmaking techniques » paru en 1984, dans lequel elle dévoile en détail ses techniques tout au long du processus de fabrication des poupées.
Par exemple, elle découvre en 1963 une approche totalement nouvelle de la sculpture avec l’argile à porcelaine. Elle travaille sur un projet si petit qu’elle doit utiliser une loupe. Les détails sont si fins qu’une attaque à la brosse semble plus efficace qu’avec un outil de modelage. Elle trouve qu’elle ne peut pas garder une petite tête suffisamment humide. Cependant elle remarque qu’elle peut facilement brosser de la barbotine délayée sur l’argile sèche. Plus la tête est sèche, mieux la barbotine liquide adhère. Cette argile fraîche peut maintenant être manipulée, modelée et sculptée dans les moindres détails et lissée avec une brosse. « C’était une découverte excitante. Cette approche extrême et opposée était une technique tout à fait différente : la sculpture totalement sèche peut encore être changée et même on peut y ajouter des détails. Quand ma première tentative avec cette méthode inhabituelle fut mise à grand feu au cône pyrométrique 6, et que le résultat fut une porcelaine admirablement noyée dans la masse, au fini satiné, je sus que j’avais trouvé une meilleure méthode. Cette découverte se révéla être la plus sensationnelle de ma carrière de fabricant de poupées ! ».
Par ailleurs, elle s’engage activement au sein de nombreuses associations : fondatrice du NIADA (dont elle a été vice-présidente pour la région Est), de la Citrus County Art League, membre du Florida West Coast Doll Collectors Club, membre honoraire du Chicago Doll Collectors Club et des Florida Sand Dollers, membre de l’Orange Blossom Doll Club,…Son seul regret, comme l’écrit Helen Bullard dans « The american doll artist », « est d’avoir, comme plusieurs autres artistes en poupées, commencé tard dans le travail de figures tridimensionnelles, car elle a découvert que c’était le seul média vraiment satisfaisant ».
En octobre 1961, les Zeller ouvrent leur musée « Personnages célèbres en miniature », qui obtient un franc succès (photos), et où l’on peut observer derrière une vitre l’artiste au travail dans son atelier.

poupée Fawn Zellerpoupée Fawn Zellerpoupée Fawn Zeller
          Mamie Eisenhower, 1953             Gen. Dwight D. Eisenhower, 1951

En 1962, elle va à New York pour le compte du Citrus County (où se situe sa ville d’Inverness) participer à l’exposition de la Floride dans les locaux de la radio-télévision NBC. Là, elle sculpte en direct un buste grandeur réelle en argile de Jackie Kennedy, d’après des photographies envoyées par la Maison Blanche. Neuf jours de travail et 30 kg d’argile sont nécessaires au projet, présenté avec quelques poupées portraits lors d’une émission de télévision.
Chaque poupée de Fawn Zeller est précédée d’une recherche approfondie sur le sujet : à partir de photos, elle commence à sculpter la tête, les mains et les pieds directement dans l’argile à porcelaine, ce qu’elle est à sa connaissance la seule à faire dans le pays. Ses deux objectifs sont des proportions correctes et une pose caractéristique du sujet. La poupée commence, explique-t-elle, « par un morceau de fer qui constitue l’armature, enveloppé dans du coton, du papier crêpé ou de la gaze, et couvert d’une étoffe fine de lin ou de tissu crêpe. Les articulations sont laissées libres sur la plupart des figures, de manière à pouvoir être placées en posture de mouvement suspendu. Bien que je travaille toujours sur cinq ou six poupées à la fois, chacune prend des mois, et comme tous les fabricants de poupées je ne vais jamais aussi vite que je voudrais.
« Trouver les bons matériaux pour l’exacte réplique d’un costume demande beaucoup de correspondance et souvent des mois d’attente. La reine Elizabeth nécessitait de vrais fils d’or pour sa robe somptueuse, pourtant j’ai dû utiliser du métal. Puis quelques mois plus tard j’ai pu acheter du fil d’or en Inde. Le satin de soie pose souvent un problème. Pareil pour les yeux -de vrais yeux en verre soufflé- jusqu’à ce qu’un beau jour après deux ans d’attente j’en reçoive un paquet d’Allemagne. Une pleine cuillerée à soupe. Ils font 3 mm de long, en différentes couleurs, et sont soufflés selon mes spécifications.
« Certaines de mes poupées ont des cils en cheveux naturels (souvent les miens) et des perruques faites comme des postiches que l’on peut séparer, brosser et boucler. Le bouclage est bien fait avec un fer de 4,5 cm de long, fabriqué par mon mari.
« Les costumes sont copiés minutieusement sur les originaux, et les sous-vêtements sont aussi correctement détaillés. Les costumes des hommes sont complètement coupés, alignés et entoilés. Les pantalons sont repassés sur un manche à balai. J’aime les détails minutieux. Plus c’est compliqué, plus ça me pose des défis et me ravit. Je peux me détendre complètement une loupe à la main, répétant une tâche difficile, parfois retenant littéralement mon souffle pour mettre en place un infiniment petit bout de quelque chose ».
Cette passion pour la précision et le détail n’est illustrée nulle part mieux que dans la description de sa reine Elizabeth II, costumée en robe de couronnement. Minutieusement répliquée à partir de photographies du costume original de Norman Hartnell, la robe de satin de soie blanche est brodée avec un fond grillagé de cristal et d’argent sous une semence de perles. Juste sous la taille sont brodées les armoiries du Commonwealth et de la couronne : le poireau du Pays de Galles, le trèfle irlandais et le chardon écossais, et sur le bas de l’ourlet la rose des Tudor d’Angleterre, l’épi de blé du Pakistan, le mimosa doré d’Australie, la fougère de Nouvelle-Zélande, le protea d’Afrique du Sud, le lotus d’Inde et du Sri Lanka et la feuille d’érable du Canada. Comme dans l’originale, la poupée a un trèfle à quatre feuilles brodé sur la jupe (demandé par la reine afin de pouvoir le toucher du bout des doigts en signe de porte-bonheur). Sous la jupe on trouve dix jupons en filet séparés.
Sa longue traîne de velours pourpre est doublée de satin blanc et bordée d’hermine. Brodés dans le dessin d’une branche d’olivier et d’un épi de blé, elle porte la couronne et l’insigne royal ER (Elizabeth Regina).
La couronne de Saint-Edouard du XVIIe siècle, utilisée pour la cérémonie du couronnement, est répliquée à l’échelle (elle fait moins de 2,5 cm de diamètre) par Fawn Zeller, comme les autres ornements de bijouterie, la boule et la croix de la souveraine chrétienne dans sa main gauche, le sceptre royal dans sa main droite. La confection de cette poupée, considérée par l’artiste comme sa plus belle œuvre, demanda une année.
Certaines de ses pièces sont exposées dans un musée de poupées en Caroline du Nord.
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Magge Head

Comme Fawn Zeller, Magge Head a réalisé de nombreux portraits historiques, dont sa célèbre série de présidents et premières dames. Elles est également connue pour ses personnages afro-américains (photo gauche) et pour ses pixies (photo droite), petits personnages facétieux tout en porcelaine, héros de son livre illustré pour enfants publié en 1963 : « At first I thought they were dolls but they’re not they’re pixies ».

poupée Magge Headpixies Magge Head

Née à Nashville, Tennessee, elle fait sa première expérience de modelage d’une façon étonnante : très malade, elle accompagne sa famille à une partie de pêche dont elle se désintéresse. « Sans savoir ce que je faisais », raconte-t-elle, « j’ai ramassé une poignée d’argile rouge humide collée à mes chaussures, et j’ai modelé un petit animal. J’ai dû y passer plus d’une heure avant que quiconque s’en aperçoive. Quand ils le virent, ils furent enchantés, comme moi. Je n’avais pas du tout envie de rentrer à la maison, et j’emportai avec moi une bassine remplie de cette argile rouge. Les jours qui suivirent, je ressentis toujours la douleur mais j’étais trop intéressée par autre chose pour y accorder toute mon attention. Je remplis mon salon avec toutes les formes et figures imaginables, retournai de nombreuses fois chercher de l’argile ; et enfin je fus sur le chemin de la guérison. Toute à sa joie, ma famille amena ses amis voir mon travail. Parmi eux se trouvait un reporter-photographe du « Tennessean » qui écrivit ma petite histoire dans une rubrique de l’édition du dimanche. Dès la parution de l’histoire, mon téléphone a commencé à sonner. »
Cette publicité fait comprendre à Magge Head que, bien qu’elle modèle de l’argile, l’étape suivante -qui implique moules, fours, techniques de céramique et peinture, toutes choses qui lui sont inconnues- va lui demander un travail difficile. Elle achète bientôt un four de petite taille et alterne euphorie et découragement à la vue du résultat de ses cuissons. À sa grande surprise, elle réussit à vendre un prix inespéré une poupée à buste en bois plastique lors d’une exposition de poupées anciennes ! Elle entreprend alors d’apprendre tout ce qu’elle peut sur les poupées et la sculpture sur céramique et se met exclusivement à fabriquer des poupées. Elle réalise en 1951 un beau couple, Andrew Jackson (7e président des États-Unis, photo) et sa femme Rachel.

poupée Magge Head

Son premier couple connu est « Adam et Ima » : elle le présente à la convention de l’UFDC de Chicago en 1952 et, avec l’aide d’une citation dans l’ouvrage de Janet Johl « Your dolls and mine », il rencontre un succès immédiat. Puis elle se met à fabriquer des personnages afro-américains : Uncle Plez et sa femme Aunt Abbey, Magnolia, Little Uke, Peach blossum, en 1952 ; Lil Nickodemus et Caldonia, qu’elle considère comme sa plus belle poupée, en 1957 ; la même année sort une des plus belles poupées de Magge Head, « Gypsy mother and nursing babe » (photo).

poupée Magge Head

Un ami de Magge Head, Jerry Baird, l’aide à peindre les visages de ses premières poupées, et une amie, Willie Cartwright, les habille. Peu après la mise en route des premières dames, un client de l’Iowa propose un partenariat : en février 1957, Magge Head, sa fille Jean et Willie Cartwright s’installent dans l’Iowa, afin de produire en petite série des poupées destinées au musée Dollorama de Cedar Rapids projeté par C.F. Howe et son épouse. Elle travaille énormément sur les poupées des 20 scènes du musée qu’elle peint elle-même, retombe malade, se repose et repart sur un autre projet, le Doll Museum de Windy Acres à Carlos, Indiana, avec ses 22 scènes.
Magge étudie alors la céramique à l’université d’Iowa pour compléter sa maîtrise pratique de la création de poupées. Elle est régulièrement invitée à animer des ateliers aux deux plus grandes expositions nationales annuelles de céramique, la Pageant of Ceramics de Chicago et la manifestation d’Ashbury Park, New Jersey. Elle y gagne 29 prix d’enseignement dans divers domaines : sculpture, modelage, peinture,…et en 1960 le prix convoité « Freddie » du plus remarquable travail de sa classe.
Poursuivant cette démarche pédagogique, elle met en place des cours collectifs dans son atelier, puis en 1963 des cours par correspondance.
En 1960, elle s’associe avec Keith Kane pour fonder une société de production de moules de têtes de poupées. Elle l’épouse en 1962 et le couple s’installe à Modoc, Indiana, puis à Joelten, Tennessee en 1964. La société produit en 1963 une série de portraits d’inventeurs célèbres (Benjamin Franklin, Thomas Edison, Henry Ford, Alexander Graham Bell,…) pour un musée itinérant de l’histoire américaine.
Entre 1949 et 1963, Magge Head produit plus d’une centaine de poupées ou de groupes portraits dont, curiosité, une série de dictateurs (Hitler, Mussolini, Staline).
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Poursuivons notre tour d’horizon des membres fondateurs du NIADA, avec les biographies de Martha Thompson, Lewis Sorensen, Ellery Thorpe, Halle Blakely et Muriel Bruyere, cinq des principaux artistes en poupées des deuxième et troisième quart du XXe siècle, avant l’arrivée de la nouvelle génération de créateurs dans les années 1980, qui consacrera le statut de la poupée comme objet d’art au niveau international.

Martha Thomson

Comme Gertrude Florian, Fawn Zeller et Magge Head à la même époque, Martha Thompson (1903-1964) utilise la porcelaine comme matériau de prédilection et confectionne des poupées portraits historiques, de personnalités ou de fiction. Ses œuvres sont caractérisées par une grande maîtrise des matériaux biscuit et parian, une délicatesse et une sensibilité affirmées, ainsi qu’un réalisme et un ressenti de ses personnages qui s’explique par la compréhension empathique et l’identification avec ses sujets résultant d’une longue étude avant exécution.
Martha Darwin Thompson naît et grandit à Huntsville, Alabama, jusqu’à la fin de ses études secondaires. Elle part ensuite à Boston étudier aux Museum of Fine Arts School, New School of Design et Massachusets School of Art. Elle entame une carrière d’illustratrice de manuels, de styliste de mode pour la presse et de directrice artistique à Boston. Elle réalise ses premières poupées en 1928 à la demande de sa sœur qui travaille au jardin d’enfants Wheelock et a besoin d’un ensemble de poupées de pays pour un projet : les têtes et les mains sont sculptées dans du savon Ivory, les corps étant en tissu. Insatisfaite de ce matériau, Martha Thompson se tourne vers l’argile crue sans succès, car les poupées sont friables et cassent.
Martha Thompson se marie en 1929 et a deux enfants, qu’elle élèvera en regrettant de ne pas disposer de suffisamment de temps pour se consacrer aux poupées. Lorsque sa sœur prend un cours de marionnettes, Martha en fabrique avec des corps en bois et des têtes en papier mâché. Elle persévère dans l’argile crue jusqu’à ce qu’elle visite en 1947 une poterie où on lui montre comment fabriquer des moules en plâtre de Paris, comment verser la barbotine et manipuler la pièce crue (moule en argile humide). Ses premiers projets en terre cuite sont de petites têtes portraits d’enfants exécutées à partir de photographies, qu’elle apporte pour les cuire chez un potier à l’autre bout de la ville.
Elle décide alors de s’intéresser à la porcelaine, et rencontre Nola Watson, une spécialiste du sujet, qui lui recommande une source d’argile à porcelaine d’excellente qualité et lui envoie un exemplaire de la revue « Popular ceramics ». Pour apprendre à travailler avec ce nouveau matériau, elle fait des copies de poupées en biscuit et en parian, qu’elle commence à vendre. Puis elle réalise des poupées portraits des petits-enfants de Ruby Short McKim (artiste américaine connue en particulier pour ses couvre-lits raffinés en patchwork), dont elle utilise le moule pour faire des poupées de petite fille ou de petit garçon avec des perruques blondes, des pulls et des shorts bleus tricotés à la  main, des courtes jupes blanches et des chaussons blancs à lacets, qu’elle vend. Une rencontre avec la collectionneuse Lotta Daniels lui fait connaître entre autres les livres de Janet Johl et Clara Fawcett. Elles collaborent (Lotta s’occupant des costumes et de la vente) pour réaliser des poupées portraits de Kate Greenaway, écrivaine et illustratrice anglaise de livres pour enfants. Puis viennent les portraits de la mère d’Elizabeth Andrews Fisher (directrice de publication du magazine de référence « Toy trader ») en 1951 et du prince Charles enfant à différents âges (photo, avec la princesse Anne enfant).

poupée Martha Thompson

Après avoir réchappé à une maladie chronique qui la maintient sept mois à l’hôpital, elle modèle en plasticine les originaux d’un projet ambitieux, les « Little women » (petites femmes, en fait les quatre filles du docteur March), initié en 1951 (photo gauche). Sa réputation dans le monde de la poupée de collection est établie. Elle réalise également en 1953 un groupe qui ne reçut « aucune objection, mais aucune approbation officielle » de la famille royale : Elizabeth II, le duc d’Édimbourg, le prince Charles et la princesse Anne (photo droite).

poupées Martha Thompsonpoupée Martha Thompson

Une création significative de cette période est une charmante petite fille habillée en costume du début du XXe siècle, qui a une histoire : la sœur de Martha Thompson, celle-là même grâce à qui elle réalisa ses premières poupées en 1928, est mariée à un prêtre de l’Église Épiscopale de Sheffield, Alabama, et cherche à récolter des fonds pour l’église ; Martha offre les poupées « Betsey Sheffield » et « Little Brother » en 1954 à l’église (photo), ce qui lui permet d’acheter un nouveau tapis et de récolter en 10 ans, combiné avec le don des « Laughing and crying babies » et une exposition-vente des poupées de Martha Thompson, plus de 15 000 $.

poupée Martha Thompson

En 1955, Martha Thompson attaque un autre projet ambitieux, le « 19th century groups », ensemble qui restera inachevé. L’artiste confie à Clara Fawcett la complexité de ce projet dans un article du numéro de mai 1956 du magazine « Hobbies » : « Je voulais exprimer l’esprit de chaque décennie du XIXe siècle et le suivre dans ses transitions, en produisant avec précision l’émotion des vieilles gravures. Certaines des poupées obtenues paraissaient très étranges au premier abord, mais elles me plurent de plus en plus, et j’ai commencé avec quelques uns des modèles les plus éclatants à partir de 1830. J’ai lu tout ce que je pouvais trouver sur le sujet -peu de choses en fait- mais il existe un magazine très utile appelé « Popular ceramics », plein d’idées et de suggestions. En essayant différents matériaux pour les ornements, je suis finalement arrivée à une méthode satisfaisante…C’est un travail méticuleux et il y a beaucoup d’interruptions. Je ne peux pas travailler continuellement sur les grandes poupées parce que les moules sont si lourds et que la poussière due au ponçage et à la finition oblige à porter un masque. Aussi j’alterne avec les petites que je peux fabriquer à partir de la barbotine de porcelaine en étant assise à ma table de salle à manger. »
En 17 ans de carrière, Martha Thompson a fabriqué plus de 50 poupées ou groupes qui suscitent  aujourd’hui l’admiration des artistes et des collectionneurs.
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Lewis Sorensen

Seul pionnier parmi les pionnières, Lewis Sorensen (1910-1985) se distingue par son matériau de prédilection, la cire, qui fut celui de l’âge d’or des poupées anglaises (1850-1930) et par la réalisation de poupées portraits grandeur nature. Né dans une famille de mormons de l’Utah, il s’intéresse très tôt aux poupées et fabrique sa première à l’âge de 9 ans à l’aide d’un sac de farine qu’il bourre de coton consciencieusement dérobé soir après soir dans le vieux canapé familial. Après le décès de sa mère et le remariage de son père, qui porta à onze le nombre d’enfants dans la famille, il s’installe à Salt Lake City et travaille comme dessinateur de mode dans une usine de jupes, qu’il continue à faire le soir pour ses deux sœurs, sur une antique machine à coudre. Sa seconde poupée date de cette époque, en 1935 : inspiré par une illustration de magazine, il fabrique un clown coloré qui fait l’admiration de ses collègues et qu’il vend un dollar et demi ! Il fabrique ensuite un marin, très réaliste et attrayant dans son costume bleu avec sa casquette blanche qui lui tombe sur l’œil, et sa compagne « frenchy » à minijupe, hauts talons et béret. Ce couple réalisé en de nombreux exemplaires se vendra bien.
Il passe ensuite à des poupées plus grandes et plus élaborées, 41 et 61 cm, les filles en pyjama. Il confectionne des corps bien galbés et les habille de pyjamas de salon amples en tricot de rayonne, produisant un effet provocateur. Une poupée de 36 cm, figurant une petite fille avec des tresses en fil et des patins à roulettes, fait son effet : elle a un compagnon, un chiot assis dont les longues pattes de devant sont nouées comme s’il avait les bras repliés ; le chiot est un tel succès que le patron de Lewis le fait fabriquer et commercialiser sous le nom de « Jerry pup ». Lewis Sorensen gagne encore de l’argent, mais la production en série ne l’intéresse pas.
Quittant l’Utah pour s’installer à Los Angeles, il se produit comme danseur avec une partenaire dans les boîtes de nuit d’Hollywood. Il travaille pour Mode O’Day (chaîne de boutiques de mode californienne créée dans les années 1930) et passe les 15 années suivantes à concevoir avec succès des robes dans un atelier d’Hollywood, grâce à son don inné pour le traitement des matériaux et des couleurs, et sa réelle maîtrise de la couture. Cette expérience contribuera grandement à sa réussite dans l’habillage des poupées.
En 1936, il commence à s’intéresser à la composition pour les poupées, mais comme il n’a aucun contact dans le milieu des fabricants de poupées d’une part et n’a même pas l’idée de se plonger dans les livres d’autre part, ses premiers essais de composition s’avèrent d’une nature plutôt grossière. Il se souvient d’avoir fabriqué des cartes en relief à l’école avec un mélange de farine, de sel et d’eau, et l’essaye sur une tête en tissu, montant des couches de pâte pour former les traits du visage. L’indien qu’il projette de faire se retrouve avec un nez et un  sourire courbés qui le transforment en clochard : il mesure 60 cm, avec un corps et des membres en tissu, et des cheveux en fil noir. Comme le remarque Helen Bullard dans son ouvrage « The american doll artist » : « quand on étudie la photo du clochard , il est difficile de croire que quelque chose d’aussi intéressant puisse résulter de l’emploi de matériaux si simples et imprévisibles ; peut-être que le talent est le seul ingrédient important ».
Après quelques autres poupées dans ce matériau difficile entre 1937 et 1943 (« Prince », « Pretty lady », « Will Rogers », le groupe « Mormon pioneers » conservé au Capitol Building Museum de Salt Lake City), il commence par ajouter un peu de plâtre de Paris (photo).

Comme sa composition s’améliore, son intérêt pour les poupées devient sérieux  et il essaie son premier moulage, « Mother mormon » en 1945, femme pionnière en jupe à coton imprimé et tablier blanc, tête en composition dure, bonnet peint et corps en tissu. Puis suit une série de sept poupées moulées.
Durant le seconde guerre mondiale, il travaille en parallèle dans une usine d’uniformes. La May Company lui commande des poupée pour son grand magasin : il avait acheté un grand stock de masques italiens qu’il maquille, y adjoint des têtes modelées en argile, des corps en tissu bien galbés et des costumes espagnols élégants pour former le groupe « Fashion ladies ».
Peu après la guerre, il déménage à Bremerton, Washington, et continue ses recherches de matériaux. De 1946 à 1948, il produit quelque belles poupées tout en biscuit, les « Follies fashion ». Bien qu’il leur trouve un débouché commercial, il continue encore ses recherches sur les matériaux et finit par mettre au point une composition à la cire de son invention qui marquera le début d’une longue et prolifique période de création à partir de 1950, année où il livre un ensemble de portraits de couples présidentiels (photo gauche, Abraham et Mary Todd Lincoln), qui connaît un grand succès : une commande est même effectuée par Eleanor Roosevelt, l’épouse du 32e président des États-Unis Franklin Delano Roosevelt. La même année on lui doit une Marie-Antoinette (photo droite).

La série des « Gibson girls » est également remarquable (photos)

Citons également les portraits du roi Henri VIII en 1951 (photo gauche) et de Betsy Ross (américaine qui aurait confectionné le premier drapeau américain pendant la révolution américaine, à la demande de George Washington) en 1976 (photos centre et droite).

Lewis Sorensen, qui a des origines danoises, se fait appeler « The danish doll man » (l’homme des poupées danois). Il travaille au début avec de la cire sur composition, puis s’oriente sur la cire coulée. Il travaille à la résistance climatique de sa composition à la cire, qui tiendra les températures glaciales mais pas l’exposition directe au soleil.
Après trois années à Bremerton, il part à Santa Cruz, Californie, où il passe onze ans et fait construire le « Hall of memories », musée où il expose ses figures en cire grandeur nature. Il passe une partie de l’année à Santa Claus, Indiana, à travailler sur des figures pour les expositions « Santa Claus Land ». Son propre musée, le « House of wax » à Capitola, Californie, expose de nombreux groupes de figures en cire grandeur nature, des poupées en cire de sa création ainsi que des poupées anciennes et modernes de sa collection personnelle. Ce musée brûle en 1957, puis est reconstruit à Santa Cruz, tandis qu’un autre musée est construit à Monterey, Californie.
En 1962, il passe un contrat avec la chaîne de lieux événementiels « Ripley’s believe it or not odditoriums » (franchise qui traite d’événements bizarres et d’objets étranges, d’une vérité sujette à caution) pour la fabrication de figures en grandeur réelle.
En 1963, il réalise environ 25 figures en cire pour le nouveau « Movieland wax Museum » à Buena Park, Californie.
Après une longue période de recherches, il inaugure en 1971 sa célèbre série de poupées Santa Claus, qu’il continuera à produire pratiquement jusqu’à la fin de sa vie (photos).

Ses œuvres peuvent par ailleurs être admirées au « McCurdy historical doll Museum » de Provo, Utah, et au « Hobby city toy and doll Museum » d’Anaheim, Californie.
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Ellery Thorpe

Ellery Thorpe est l’artiste en poupées des enfants, qu’elle représente joufflus, à l’expression sérieuse ou rêveuse, issus de toutes les parties du Monde. C’est sans doute son amour pour les enfants qui la conduit à créer des poupées, et encore lui qui la pousse à fabriquer des poupées qui figurent des enfants. Lorsqu’elle accepte de travailler pour Volland à Chicago comme illustratrice de cartes de vœux, on la surnomme « the babies artist » car elle demande à dessiner toutes les cartes qui représentent des enfants.
Née à Hollywood à l’époque où ce n’était qu’une petite place avec un maréchal-ferrant et une épicerie, elle joue enfant dans les champs et les vergers de citronniers, dont un appartient à son père. À l’âge de 11 ans, elle étudie l’art à la Los Angeles School of Art and Design, où les autres élèves lui demandent de peindre des poupées de papier à l’aquarelle. Puis elle étudie à la Los Angeles State Normal School d’où elle sort diplômée du cursus d’art.
En 1922, elle part à New York étudier avec Arthur Bridgman à l’Art Students League. C’est là que son désir de poupées lui fait écrire à Jessie Willcox Smith (célèbre dessinatrice et peintre de Philadelphie, Pennsylvanie, particulièrement connue pour ses travaux dans les magazines américains de l’époque, notamment le « Ladies home journal », et pour ses illustrations de livres pour enfants) pour un conseil sur une école d’art correspondant à ses intérêts. Elle reçoit rapidement une invitation à rencontrer Jessie Willcox Smith et à s’inscrire à la Museum School of Arts de Philadelphie. Elle y étudie jusqu’à ce qu’une offre de J. Smith & sons, une société de fabrication de vitraux, lui propose de venir travailler à dessiner des vitraux. Elle accepte et y dessine, entre autres, un grand vitrail pour l’église de Camden, New Jersey.
Plus tard, elle part pour sept ans à Chicago illustrer des cartes de vœux chez Volland, où elle rencontre Johnny Gruelle, le créateur du célèbre personnage de Raggedy Ann (voir Les poupées célèbres d’hier et d’aujourd’hui).
Lors d’une visite en Californie, elle rencontre son futur mari Edwin Thorpe, avec lequel elle s’installe à Glendale, Californie. Leur fille Nelda naît en 1935 et grandit avec des poupées et animaux de chiffons confectionnés par sa mère. En 1949, la famille Thorpe s’inscrit à un cours de céramique. Les deux années suivantes, Ellery fabrique des figurines en céramique uniques d’enfants qui jouent. Un jour de 1951, la tête d’une figurine en pièce crue se détache et Ellery Thorpe, ne voulant pas gaspiller une jolie tête, se dit : « pourquoi ne pas faire une poupée ? » Ce qu’elle fit, et elle ne revint jamais plus aux figurines.
S’ensuit alors une période d’études et d’expérimentations intensives : en 1953, elle passe de la céramique à la porcelaine, inaugurant une longue carrière de 30 ans dans la création de ces poupées. Elle fait de grands progrès, et réalise des poupées délicates et vivantes à la manière des beaux biscuits français (photo). Parallèlement, elle commence à collectionner sérieusement les poupées.

Voici comment Ellery Thorpe fabrique ses poupées en porcelaine. Elle modèle dans l’argile la tête, le buste, les épaules et les membres et travaille en tenant directement les pièces dans sa main gauche, sculptant de la droite avec un petit ébauchoir en bois d’oranger luisant d’usure. Ses doigts font le reste, mettant en forme grossièrement la pièce, puis affinant les détails. Contrairement à l’usage, elle préfère fabriquer les moules directement à partir de l’original en argile, car le séchage ou la cuisson font perdre de l’expressivité à la sculpture. Le moulage est fait en versant de la barbotine de porcelaine dans le moule. Puis la pièce est séchée, poncée et cuite au cône pyrométrique 6 (feu de biscuit). Vient alors la peinture : les sourcils d’abord, puis la pupille, l’iris, la bouche et les joues. Elle retourne au four pour le premier feu de porcelaine. Raffermissement des couleurs et peinture des cheveux si besoin. Enfin, second et dernier feu de porcelaine. Comme la plupart des poupées ont des corps en tissu, elle en conçoit et coupe les patrons, avant de les bourrer de coton ou de kapok. Lorsqu’il y a des perruques, elles sont faites soit par son mari, soit par elle-même : sa préférence va au mohair pour les petites poupées et aux cheveux naturels pour les plus grandes.
La partie amusante pour Ellery est l’habillage de ses poupées : pour les robes élaborées comme celles des années 1880, elle découpe ses patrons une première fois dans de la mousseline pour les essayages, afin d’éviter de gaspiller du beau tissu ancien.
Le modelage des visages d’enfants par Ellery Thorpe vise à les individualiser et à leur donner un attrait auquel aucun amateur de poupée ne peut résister. Comme il est écrit dans un compte-rendu d’exposition dans le journal local « The Star-News » de Chula Vista, Californie du 26 décembre 1990 : « Les poupées d’Ellery Thorpe ont des noms individuels qui peuvent avoir été inspirés de vrais enfants, comme Joy, Sara, Elizabeth, Gaye, Lillian ou N’eysa…Toutes les poupées sont belles quand elles sont faites avec amour et faites pour être aimées. Le talent aimant d’Ellery Thorpe se voit dans chacune de ses poupées » (photo, Harry, portrait d’un petit garçon japonais, 1972).
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Halle Blakely

Bien qu’elle soit connue sous le nom de Halle dans le monde des poupées, le vrai prénom de Halle Blakely (1901-1981) est Hazel et son nom s’orthographie Blakeley. Son activité principale du milieu des années 1950 à son décès fut la fabrication de poupées dans son matériau de prédilection, une argile à grand feu, représentant des personnages historiques, pour le Alfred P. Sloan Museum de Flint, Michigan et le Charles G. Bowers Museum de Santa Ana, Californie (photos). La dernière poupée qu’elle réalise pour le musée de Flint est celle de la première dame Rosalynn Carter, militante américaine des droits de l’homme  et épouse du 39e président des États-Unis, Jimmy Carter.

Née à San Francisco, elle étudie à la California Art School avant d’exercer divers métiers dans le domaine du dessin publicitaire et du stylisme. Elle dessine des robes pour un fabricant local lorsque la crise de 1929 éclate. Pour s’occuper l’esprit en cette période de chômage, elle sort le sac de chutes de tissu familial et fabrique deux poupées, un garçon et une fille, avec des motifs appliqués. Quelques années plus tard, après avoir décoré le sapin de Noël pour son fils, elle décide de mettre une poupée dessous, bien qu’elle n’ait pas de petite fille pour la recevoir. La petite poupée de chiffon qu’elle fait et dépose très tard sous l’arbre cette nuit-là reste vive dans son souvenir lorsqu’une grave maladie la cloue au lit pour longtemps.
Pendant la seconde guerre mondiale, elle travaille comme dessinatrice technique dans la firme aéronautique Douglas. Son emploi du temps surchargé de mère, travailleuse et ménagère pour son fils et sa mère la conduit à une dépression et à une longue (et chère) cure de repos qui rend obligatoire l’exercice d’un passe-temps. La collection de poupées la tente mais faute de moyens elle se rabat sur leur confection. Sa nouvelle occupation l’absorbe tellement qu’on la laisse sortir de l’hôpital. De retour chez elle, Halle fabrique de petites poupées en tissu rembourré qu’elle vend bientôt à des boutiques renommées : Marshall Field & Company, Saks sur la 5e avenue, Bullock et F.A.O. Schwarz. De 1943 à 1950, elle poursuit cette activité et produit des centaines de poupées par an dans une douzaine de modèles différents.
Les premières poupées de Halle Blakely ont des têtes bourrées de coton, avec une surépaisseur pour le nez et les joues, couvertes d’un jersey de rayonne. Les détails du visage sont peints à l’aquarelle et les perruques sont en fils. À partir de 1949, elle utilise pour remplacer le coton une composition de plâtre à reboucher, colle et eau taillée avant séchage. La peinture est identique mais les perruques sont en mohair. Avec ce matériau elle fait aussi bien des poupées de caractère que des dames en costume.
Un dimanche de 1950, elle visite le Charles G. Bowers Museum, dont la conservatrice Bessie Beth Coulter est intéressée par les poupées qu’elle lui montre. Voici comment Roberta Yonker Dale, dans une biographie de Bessie Coulter publiée dans la série « Pioneer memories of the Santa Ana valley » en 1986, relate cette rencontre :
« Les expositions de poupées amenaient beaucoup de monde au musée. Un jour, Halle Blakely se présenta en cherchant quelqu’un qui pourrait acheter ses poupées. Elle en portait une vingtaine dans une grande boîte en carton. Elle était très nerveuse et tendue bien que de manière évidente d’une nature artistique…Mme Coulter sentit qu’elle avait besoin d’aide. Les poupées étaient en tissu et n’avaient pas la qualité requise par Mme Coulter pour ses expositions. Cependant, elle n’eut pas besoin de le dire à Halle, car l’exposition annuelle touchait à sa fin. Mme Coulter sentit qu’elle devait d’une manière ou d’une autre aider cette jeune femme. Elle se souvint d’une dame à Anaheim dont elle avait entendu parler et qui collectionnait les poupées. Elle était simplement intéressée par les poupées, pas forcément d’une qualité supérieure. En composant le numéro de téléphone, Mme Coulter ne cessait de penser : elle demande du pain et je lui offre une pierre (citation des évangiles). La dame d’Anaheim était intéressée et acheta les poupées. Mais avant que Melle Blakely ne quitte le musée, Mme Coulter suggéra qu’elle essaie de faire des poupées en céramique. Melle Blakely suivit ce conseil et revint l’année suivante avec une poupée de qualité supérieure. Elle fut exposée et suscita des commandes totalisant cent poupées à 65 $ l’unité. La première fut toutefois donnée à Mme Coulter, qui la prisa grandement ».
Grâce à Mme Coulter, elle fait la connaissance de nombreux collectionneurs pour lesquels elle fera des poupées. Laissant progressivement tomber son commerce de poupées en tissu, elle se consacre à la création de poupées originales et à l’habillage de poupées anciennes directement pour les collectionneurs, et ouvre une boutique à Hollywood.
Entre-temps, elle adopte le matériau qui sera sa marque de fabrique : une argile à grand feu avec une finition à froid de sa conception. Les cheveux sont soit moulés et posés sur les têtes, soit réunis en perruques. Les corps sont bourrés de coton ou de sciure de bois, et chaque poupée est montée sur un support. La taille usuelle est de 41 à 46 cm, parfois jusqu’à 76 cm.
Depuis 1954, Halle Blakely fait de nombreux portraits historiques pour les musées, en plus des commandes pour les collectionneurs (photos). Elle restera connue pour son talent de costumière et pour ses madones originales qu’elle fabrique chaque année pendant sept ans pour l’exposition spéciale du Charles G. Bowers Museum. Elle restera appréciée pour la beauté et le caractère vivant des visages de ses portraits.
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Muriel Bruyere

Comme tant d’autres artistes en poupées américaines (Dorothy Heizer, Gertrude Florian, Fawn Zeller, Magge Head, Martha Thompson, Halle Blakely), Muriel Bruyere s’inspire de peintures ou de photographies pour fabriquer de nombreux personnages historiques (photo gauche) et de fiction (photo droite). Mais son activité ne s’arrête pas là : sa spécialité est le portrait généalogique, depuis qu’elle a commencé dans les années 1940 à copier en poupées portraits des photographies de famille (photo centre) ; elle crée également des figures amusantes ou de fantasie. Dans les mains expertes de Muriel Bruyere, de charmantes poupées cuites au biscuit voient le jour en s’échappant des photographies  de fillettes contemporaines et parfois de leurs mamans.

Muriel Atkins (Mme Paul Tulane Bruyere) étudie l’art au Cooper Union Institute et à l’Art Students’ League de New York, puis à l’Art Institute de Chicago. Depuis le début son intérêt se centre sur les portraits, en particulier d’enfants. Une fois l’éducation de ses enfants terminée, elle donne un cours d’art dans une maison de village. « Ma première poupée portrait » écrit Muriel Bruyere, « a été faite autour de 1930 pour amuser les enfants de ce cours. C’est une copie d’une photo de poupon de mon fils. J’ai conservé la poupée. Après cela, j’ai pris beaucoup de plaisir à  répliquer divers membres de générations passées de ma famille.
« Me sentant plutôt satisfaite de la tête d’une fillette de 1834 avec ses courtes boucles, j’en fis un moule en plâtre et commençais à reproduire ma première poupée en plusieurs exemplaires. Elle avait un visage cuit au biscuit et des cheveux moulés vernis en différents tons. Je l’ai offerte à Marshall Field’s (magasin de gros de Chicago) et, avec une commande de quelques douzaines d’exemplaires, m’embarquai dans ma première entreprise de créatrice de poupées professionnelle. J’ai ensuite vendu la fillette et un garçonnet compagnon à une boutique de cadeaux de Michigan avenue, où il en fut vendu une à une femme de Philadelphie qui s’est donnée beaucoup de mal pour me trouver. Elle voulait que je lui fasse une poupée portrait de l’un des ancêtres de son mari. J’ai été surprise et amusée à cette idée, et j’ai fait la poupée. Elle fut si enchantée qu’elle en commanda d’autres, et ainsi donna le coup d’envoi à ma carrière de portraitiste généalogique ».
Mme Bruyere fait des poupées depuis lors. Elle quitte Chicago en 1940 après le décès de son mari, pour habiter successivement à New Haven, Connecticut, Washington, New York, et Rockport, Massachusetts. Voici ce qu’écrit V. Hummel Berghaus Jr dans la rubrique « Class notes » du journal de l’Université de Princeton « Princeton alumni weekly » du 8 novembre 1957 : « Comprenant Mamie Eisenhower (première dame des États-Unis en tant que femme du 34e président des États-Unis Dwight D. Eisenhower, Mamie Geneva Doud était très célèbre pour son attitude amicale, son goût des vêtements et de la mode, ses bijoux et la fierté naturelle pour son mari. Elle était considérée comme l’épouse exemplaire des États-Unis des années 1950) comme l’une de ses mécènes les plus enthousiastes, Muriel, veuve de notre camarade de classe Paul T (Pete) Bruyere, est engagée dans la fascinante et rémunératrice occupation de faire des poupées ressemblantes. Dans sa maison du 5 Bearskin neck, Rockport, Massachusetts, elle a fait à la main des milliers de poupées qu’elle a vendues du Canada au Texas et aussi loin que l’Australie et l’Inde. Parmi les objets les plus prisés en sa possession, figurent deux lettres écrites par Mme Eisenhower depuis la Maison Blanche, dans lesquelles la femme du président exprime sa grande reconnaissance pour le travail sur les poupées portraits de deux petits-enfants des Eisenhower, Barbara Ann et Susan. Sur l’une des deux poupées, Mamie écrivit : « Vous êtes certainement douée pour être capable de faire un tel trésor, et nous projetons de toujours chérir ce double de notre petite-fille ». La maison de Muriel est un pittoresque cottage aménagé de pêcheur dans un quartier d’artistes à Rockport, dans lequel elle a installé une petite galerie de poupées portraits. Les collectionneurs des quatre coins du Monde gardent là le contact avec elle et les revenus de son travail lui assurent un niveau de vie indépendant. »
Muriel Bruyere finit par s’installer à Charleston, Caroline du Sud. Ses poupées sont pour beaucoup des originales moulées et cuites. Celles-ci, comme les répliques multiples faites à partir de ses propres moules, sont pour la plupart composées de têtes, mains et pieds en argile cuits au biscuit, avec des corps en tissu articulés bourrés de sciure de bois.
Depuis sa première exposition de 25 portraits généalogiques à la South Shore Art School de Chicago en 1935, Muriel Bruyere a fait du chemin : 30 ans plus tard, près de 3 000 poupées ont pris leur place dans des collections privées ou des musées à travers les États-Unis (photos).
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Le renouveau allemand des années 1970

Retour en Allemagne, où les années 1970 ont connu un regain d’intérêt pour la collection de poupées en général et les poupées d’artiste en particulier, après le succès des « Ari »  dans les années 1950 à 1960, petites poupées allemandes en caoutchouc de 6 a 15 cm, en tenues folkloriques ou de ville. Le rôle de l’artiste Mathias Wanke dans ce mouvement a été décisif : il importe ou distribue de nouveaux matériaux, utilisés dans un premier temps pour copier des poupées anciennes ; il fabrique et distribue des moules et accessoires permettant à des amateurs de loisirs créatifs de reproduire les modèles de Hildegard Günzel (voir ci-dessous); il organise stages, concours et expositions afin de développer la pratique de la création et de la fabrication de poupées ; enfin, il fonde en 1979 avec Carol Ann Stanton et Debbie Stanton la GDS (Global Doll Society), dont il est le directeur de la branche ouest-allemande, avec le but de relier les fabricants de poupées à travers le Monde au travers du message d’amitié par les poupées « World wide friendship through dolls ». Dans une interview téléphonique accordée au « Longview News » du 17 février 1985 depuis son domicile de Limburg (qui possède un musée de poupées qui porte son nom), il rappelle que 10 000 collectionneurs de poupées anciennes en Allemagne de l’Ouest dépensent environ un million de dollars par an pour leur hobby.
Ceci s’inscrit dans la grande tradition des poupées, figurines de crèches et maisons de poupées de ce pays. Cinq artistes en poupées allemandes vont dans ce contexte s’imposer et connaître la notoriété grâce à la presse (notamment la presse spécialisée « Puppen & Spielzeug », « Puppenmagazin »), aux galeristes (comme Brigitte Lohrman de la galerie « Die Puppenstube » à Hambourg), aux spécialistes de la poupée ancienne et aux événements tels que  le salon du jouet de Nuremberg, ainsi que l’exposition annuelle du grand magasin Beck et les expositions de la galerie de l’union artisanale de Bavière (Bayrische Kunstgewerbe Verein), à Münich. Ces cinq artistes sont Brigitte Deval et Annette Himstedt (voir Créatrices contemporaines), Hildegard Günzel, Rotraut Schrott et Sabine Esche.

Hildegard Günzel

Hildegard Günzel est l’une des artistes en poupées allemandes les plus reconnues et les plus influentes, notamment par le biais de l’enseignement de son art dans le Monde entier pendant de nombreuses années à partir de 1972. Formée à l’école de stylisme « Fachschule für Schnitt und Entwurf » de Munich, elle travaille d’abord dans le stylisme de mode et en bijouterie, avant d’apprendre à sculpter des poupées en autodidacte. Hildegard prend des cours avec Mathias Wanke pour apprendre à travailler la porcelaine. Au début des années 1980, la société Wanke GmbH fabrique des moules d’après les sculptures de Hildegard Günzel qui se vendent dans le Monde entier et lui valent une certaine notoriété.
Elle met au point ce qui deviendra son matériau de prédilection, la cire sur porcelaine, qui donne une texture de peau vivante à ses poupées. Elle raconte : « une fois terminé mon premier modèle, j’ai retourné sa tête pour la prendre dans mes mains…cette sensation était radicalement différente de celles que me procurait mon ancien métier, et je n’ai jamais voulu arrêter. »
Elle fabrique maintenant des modèles uniques et des séries limitées pour le compte de sa société, le studio Hildegard Günzel de Duisbourg (Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Allemagne), et présente une collection annuelle de poupées en cire sur porcelaine ou en résine. Ses créations ont pour sujet des personnages de tout âge, avec une préférence pour les figures de contes et les fillettes au teint diaphane, au regard rêveur et à l’expression grave ou souriante, habillées des textiles les plus délicats comme la soie, le cachemire, le brocart précieux et les broderies à la main. Leurs perruques faites main sont en cheveux naturels ou en mohair, et leurs yeux en verre allemand soufflé (photos, de gauche à droite : Katja, Xenia, Shani).

En 1996, elle ouvre à Duisbourg le premier musée consacré aux poupées d’artiste. En 45 ans de carrière, Hildegard Günzel a participé à de nombreuses expositions (IDEX aux États-Unis, salon du jouet de Nuremberg, Maison & Objet à Paris,…) et reçu de nombreux prix : Doty awards et Dolls of excellence aux États-Unis, prix Jumeau pour l’ensemble de sa carrière en 2003, prix Pandora à Moscou en 2010,…
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Rotraut Schrott

Lorsqu’elle était enfant à Francfort, Rotraut Schrott regardait son père, le célèbre aquarelliste Ludwig Adam, qui aimait, comme elle l’apprit avec lui, les portraits. Elle a toujours été fascinée par les visages d’enfants, leur douceur et leur rondeur, et leur élan vers la vie future et l’aventure. Après avoir appris avec son père à peindre et à sculpter, à maîtriser l’anatomie et les proportions du corps humain, elle commence à réaliser des modèles originaux de poupées en 1980. À propos de l’anatomie, elle souligne : « je prends autant de soin à réaliser les bras et les jambes de mes poupées qu’à sculpter leur visage. » C’est pourquoi ses poupées sont si réalistes, avec des plis naturels aux poignets et aux chevilles, et des mains finement sculptées pour pouvoir tenir un animal en peluche, des perles ou une mèche de cheveux (photos). Les ongles sont également très soignés.

Son matériau préféré pour la tête et les membres est le Cernit, avec un corps en tissu rembourré. Les yeux sont également en Cernit sculpté, puis peints à la main avant d’être dotés de paupières du même matériau. Des cils naturels teints à la main sont insérés dans le Cernit. La bouche, partie la plus expressive du visage selon Rotraut Schrott, est l’objet d’un traitement soigné visant à rendre au mieux l’expression du visage, tantôt souriant, tantôt boudeur ou rêveur, tantôt chaleureux ou tendre. Le naturel qui s’en dégage est proprement stupéfiant. Elle dit de ses figures : « certaines semblent saisir un moment de bonheur, de tristesse, voire une saute d’humeur ». Elle ajoute que son objectif vise à réaliser des poupées que « le collectionneur croira vivantes, le temps d’un bref émerveillement, et qui donnent envie qu’on leur parle, et même qu’on les caresse. Mon but est de créer des poupées qui semblent avoir un cœur et une âme ». Pour les costumes, elle trouve en chinant les tissus anciens et les ornements les plus surprenants et les plus uniques, dont elle habille elle-même ses poupées. Les perruques en cheveux naturels sont créées spécialement pour elle.
Rotraut aime bien travailler en famille : tandis que son père peint un portrait joyeux et rafraîchissant de l’originale, son mari Georg, lui, photographie les poupées. Bien que ses créations apparaissent publiquement pour la première fois en Allemagne en 1985 dans un ouvrage sur les poupées d’artistes, le succès de ses enfants de tous pays viendra des États-Unis, au Dollery doll show de 1988, époque à laquelle elle produit des modèles en porcelaine et vinyl pour la GADCO (Great American Doll Company) de Compton (Californie).
En 1994, Rotraut Schrott ne produit qu’une douzaine de modèles uniques par an. En 2017, elle n’en fait plus que trois et déclare ne vouloir se concentrer que sur ce qui l’inspire. Ci-dessous, sa dernière œuvre, « Roméo et Juliette ».
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Sabine Esche

Née en 1941 à Lübeck (Allemagne), Sabine Esche fait des études d’art et de musique. Elle suit un apprentissage commercial avant de trouver un emploi dans le secteur du commerce d’art et d’antiquités à Sarrebruck (Allemagne). C’est en parcourant à l’orée des années 1970 un album de photos de famille jaunies datant du début du 20e siècle que Sabine Esche tombe en arrêt devant un portrait de sa grand-mère Paula enfant. « Ce n’était pas tant  le fait que c’était ma grand-mère que le regard rêveur et distant de la petite fille qui me fascinait », raconte-t-elle. « Un regard contrastant remarquablement avec ce que nous n’appellerions pas aujourd’hui des vêtements d’enfant : la robe moulante amidonnée et boutonnée avec dentelle et volants, sans oublier les solides bottines  lacées ». Elle commence à expérimenter l’idée de faire une poupée ressemblant à ce portrait nostalgique, tout en lui donnant le charme juvénile de sa grand-mère. Elle teste divers types de cire à mouler et autres matériaux. Mais ce n’est qu’en travaillant avec la porcelaine à partir de 1976 que Sabine Esche réussit à rendre les plus fins détails : tout ensemble -le matériau de moulage, la palette de couleurs adaptée ainsi que les instruments de chirurgien (qui permettent les meilleures retouches)- concoure à produire des poupées enfant réalistes (ci-dessous, de gauche à droite : Birte, Sabine 2, Laura).

Depuis, il n’est plus question de transformer en poupées des photos  de famille nostalgiques : ses modèles sont ses enfants, les enfants d’amis et ceux de clients. Elle ne se contente pas de les reproduire fidèlement comme en photographie, mais réduit ou accentue les contours du visage. Elle peut ainsi générer l’expression attendue sans dévier de l’impression générale du visage. « J’ai toujours travaillé à partir de photos plutôt que de dessins, car elles montrent mieux les formes du visage », dit-elle, « et en raison de la variété des expressions enfantines, il est parfois difficile de choisir la bonne photo dans une pile d’instantanés ». Il peut parfois paraître étrange de voir que la plupart de ses poupées arbore un air significatif de bonheur tranquille, avec un regard rêveur. Mais c’est exactement cela, le contraire d’un visage rieur, qui lui laisse plus de place à l’interprétation  et la stimule.
Depuis 1976, Sabine Esche participe à des salons en Allemagne à Lübeck, Francfort, Essen, Munich, Hambourg et Berlin, ainsi qu’à l’étranger à Rapperswil (Suisse) et Paris. Son travail est traité dans de nombreuses publications, ainsi qu’à la radio et à la télévision. Elle vit actuellement à Hambourg. Ci-dessous, de gauche à droite : Winona, Nora, Lilly.
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