Histoire des poupées

Introduction

Les poupées ont de tous temps été utilisées lors de rituels religieux ou magiques à travers le monde, des poupées traditionnelles faites de matériaux tels que l’argile ou le bois ayant été trouvées en Afrique, Asie, Amérique, Océanie et Europe. Cependant, il n’y a pas de frontière stricte entre l’histoire des poupées rituelles et celle des jouets : dans certaines civilisations, les poupées rituelles étaient données aux enfants, ou servaient comme moyen d’éducation ou de transmission de l’héritage culturel ; dans d’autres, les poupées étaient considérées comme porteuses de pouvoirs magiques et interdites aux enfants. Selon Max von Boehm, spécialiste de l’histoire des poupées et marionnettes antiques, « la genèse de la poupée doit être trouvée dans cette qualité commune aux peuples premiers et aux enfants, la faculté de discerner des formes humaines et animales dans toutes sortes de manifestations, telles que rochers et cornes, os et racines, qui ont stimulé une imagination naturelle ». Après un bref tour du monde des poupées traditionnelles (voir aussi l’article Les poupées folkloriques etc.), nous donnerons des repères chronologiques de l’histoire des poupées, de l’antiquité au début du XXIe siècle.

Petit tour du monde de l’histoire des poupées traditionnelles
Histoire des poupées en Afrique

L’ Afrique est sans doute le continent où les croyances en des forces supranaturelles sont les plus présentes dans la vie quotidienne. L’exemple le plus frappant en est le vaudou, religion originaire de l’ancien royaume du Dahomey (Afrique de l’Ouest) issue des cultes animistes africains, toujours largement répandue au Bénin et au Togo et dans les pays d’Amérique où elle a été apportée par les esclaves (Cuba, Haïti, Brésil, Louisiane). Les poupées vaudoues incarnent soit les esprits de la forêt favorisant une bonne récolte, une chasse giboyeuse, une bataille gagnée, un accouchement facile,…et prennent alors la forme de figurines effrayantes traversées de clous et d’éclats de verre puis enduites de sang (photo de gauche), soit l’esprit d’une personne à qui l’on souhaite jeter un sort ou faire du bien à distance, et prennent alors l’apparence de cette personne (photo du centre) : les actions sur la poupée sont supposées avoir des effets sur la personne à travers la poupée ; elle est censée contenir un élément de la personne à envoûter (cheveux, bouts de peau, rognures d'ongle,…), son nom sur un morceau de papier, ou une photographie. Les wangas (ou quimbois aux Antilles) permettent aussi de jeter des sorts (maladie, échec, rupture amoureuse …), sans aller jusqu’à la mort : ils prennent la forme de paquets ficelés rassemblant plusieurs ingrédients (photo de droite).

À cheval entre tradition et modernité, héroïne d’anciens contes lacustres et de légendes urbaines modernes, déesse du culte vaudou au Togo et au Bénin, Mamiwata (déformation de « Motherwater », la mère des eaux) est une sirène africaine objet de nombreux cultes : esprit de l’eau des pêcheurs, mangeuse d’hommes, sainte patronne des prostituées,… L’une des rares déités africaines à être représentée sous une forme humaine, c’est aussi la seule déesse « panafricaine » à être vénérée par des peuples aussi divers que les Ibo du Nigéria, les Éwé du Bénin, les Bamiléké du Cameroun et les Kongo de la République Démocratique du Congo (photos).

Les poupées d’Afrique subsaharienne sont des moyens d’enseigner et de distraire fréquemment transmis de mère à fille. Ce sont aussi dans l’histoire des intermédiaires avec les forces occultes, manipulées à des fins rituelles. Par exemple, les poupées Akuaba en bois sont des symboles de fertilité au Ghana et dans les environs ; les plus connues sont celles de l’ethnie Ashanti, avec une large tête en forme de disque (photo gauche).
Le Nkisi ou Nkishi est un esprit, ou un objet habité par le pouvoir d’un esprit, dans le bassin du Congo en Afrique centrale : des pouvoirs humains exceptionnels peuvent résulter d’une communication avec les morts ; des personnes connues sous le nom de bangaga travaillent comme guérisseurs, devins et médiateurs qui protègent les vivants contre la magie noire et leur procurent des remèdes contre les maladies résultant de l’emploi de la sorcellerie ou de demandes des bakisi (esprits), émissaires du pays des morts ; le bangaga affronte les pouvoirs des bakisi et des morts par l’intermédiaire d’un nkisi, qui peut prendre la forme d’une figurine en bois transpercée d’épingles (photo centre).
L’histoire des poupées Linga Koba de l’ethnie Ndebele en Afrique du  Sud (photo droite) nous dit qu’elles sont recouvertes de perles et de coquillages. Lorsqu’un prétendant place une de ces poupées devant la case d’une jeune femme, il indique son intention de lui proposer le mariage. Lorsqu’une jeune femme se prépare au mariage, on lui donne une poupée qu’elle nomme et dont elle prend soin. Son premier enfant prendra le nom de la poupée.

Dans l’ethnie Basotho au Lesotho et en Afrique du sud, les femmes supposées stériles portent une poupée de fertilité  à tête en argile et recouverte de perles colorées (photo de gauche) dans l’espoir d’avoir un enfant. Les femmes traitent ces poupées comme des enfants, ce qui les prépare psychologiquement à la maternité.
Dans l’ethnie Yoruba (Bénin, Nigéria, Togo), quand un enfant jumeau meurt, sa mère porte en permanence une figurine (Ibeji, qui signifie jumeau, photo de droite) à son effigie, qu’elle habille, baigne, allaite, nourrit, soigne et porte dans son dos comme le jumeau survivant. Après le bain, l’Ibeji est enduit de Camwood, mélange de bois rouge broyé et d’huile de palme. Cette figurine est chargée de rééquilibrer l’âme unique des jumeaux suite au décès de l’un d’eux, sous peine de voir de grands malheurs s’abattre sur la famille.
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Au Mozambique, les sorciers enferment dans une boîte noire une petite poupée en bois et tissu représentant les personnes disparues, pour emprisonner leurs esprits.
Les fétiches protecteurs de l’ethnie Batéké en République Démocratique du Congo sont creusés au niveau du ventre lorsqu’une femme est enceinte : après l’accouchement, ce trou est rempli de placenta mélangé à des végétaux et le fétiche (photo de gauche) est enterré dans la case pour protéger l’enfant.
Au Cameroun, quand un jeune homme de l’ethnie Fali se fiance, il fabrique une poupée en bois (ham pilu, photo du centre) en lui donnant le sexe qu’il désire pour son futur enfant, la décore de cheveux, de perles et de petits objets, et l’offre à sa fiancée qui la portera sur le dos  en gage d’une promesse de famille nombreuse et de beaux enfants. La jeune femme prend alors soin de la poupée jusqu’à la naissance, après quoi la poupée est mise de côté.
Les Ngide (enfant) sont des poupées de fécondité de l’ethnie Turkana au Kenya (photo de droite), traitées comme de véritables enfants, qui ont le double rôle de fétiches de fertilité portés par les jeunes femmes et de fétiches utilisés dans les rituels contre la stérilité. C’est le père de la jeune femme qui sculpte dans le bois ou la terre cuite la poupée, et sa mère qui l’habille. Les poupées ayant rempli leur rôle sont transmises de mère en fille.

Chez les Baoulé du centre de la Côte d’Ivoire, le blolo est un univers parallèle au nôtre, invisible au commun des mortels, dans lequel tout être humain a un conjoint mystique qui a le privilège de la permanence sur l’épouse ou l’époux terrestre. Si une personne a des problèmes d’ordre sexuel (impuissance, stérilité,…), il faut fabriquer une statuette de sexe opposé, féminine (blolo bla) pour les hommes et masculine (blolo bian) pour les femmes, effigie de la conjointe ou du conjoint mystique de cette personne. La statuette, enveloppée dans un linge, est placée dans la chambre où elle doit être nourrie et honorée : une fois par semaine, la personne doit déjeuner et coucher avec sa statuette. La plupart d’entre elles a les mains sur le ventre (photo de gauche, blolo bla), pour symboliser la transmission sereine de la vie.
Au Nigéria, les statuettes en bois de l’ethnie Mumuyé (photo du centre) représentent un ancêtre gardien du bien-être des individus et protecteur des demeures familiales. Certaines d’entre elles sont gardées dans une case sacrée appelée Java appartenant à une personne influente telle qu’un guérisseur, un devin, un faiseur de pluie ou un forgeron.
Les Dogons du Mali, ethnie à la cosmogonie très riche, vénèrent Dyongu Seru (photo de droite), l’un des ancêtres de l’humanité engendré par un Nommo, un des premiers êtres créés par le dieu Amma. Le visage dans les mains a plusieurs interprétations différentes, mais est lié à une faute commise par Dyongu Seru lui-même, qui entraîna sa mort et se propagea chez les hommes. Tous les 60 ans (en 2027 pour la prochaine fois), la mort de Dyongu Seru est commémorée par la cérémonie du Sigui, qui dure huit ans et circule de village en village.
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Le vocable Lobi regroupe principalement les ethnies  Birifor, Dagara, Gan et Lobi proprement dite, originaires du Ghana et occupant, outre ce dernier, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso. Les Lobi ont en commun les cultes du courage guerrier et celui de la déesse Terre (Di), des cours d’eau, des ancêtres, de la chasse, du marché, du patriclan (filiation de père en fils) et du matriclan (filiation de mère en fille), pour ne citer qu’eux. La statuaire Lobi est forte et dépouillée, les statuettes sont généralement en bois et debout, les bras le long du corps et la tête surdimensionnée. Toutefois, les yadawoza ont les bras levés au ciel (photo de gauche), en signe d’impuissance face à la condition humaine : un bras levé ou tendu, une tête tournée à droite ou à gauche traduisant un malheur ayant frappé le matriclan (gauche) ou le patriclan (droit).
Le peuple Agni, premier à être entré en contact avec les européens au XVIIe siècle, vit dans l’Est de la Côte d’Ivoire et au Ghana. Son art est en partie  influencé par celui des Baoulé du centre de la Côte d’Ivoire (voir plus haut). Les statuettes, qui servent à communiquer avec les ancêtres et les défunts, reçoivent offrandes et libations. On observe chez elles des caractéristiques constantes : le cou annelé, la coiffure en « chignon » et les bras le long du corps (photo du centre).
Toujours en Côte d’Ivoire, mais cette fois-ci au Sud du pays, l’ethnie Attié (ou Attiké) est reconnue comme festive et musicienne. Chez eux, l’âge est déterminant dans la position sociale, qui régit l’autorité dans la direction des affaires du village. Les statuettes (Alanga) servent d’intermédiaire avec le monde surnaturel, ou peuvent simplement être commémoratives, participer  à des cérémonies de guérison ou des cultes liés à la fécondité, ou encore intervenir dans des pratiques divinatoires. La statuaire, influencée par celle des Baoulé du centre de la Côte d’Ivoire (voir plus haut), présente quelques constantes (photo de droite) : traits fins, long nez, chevelure harmonieuse, volumes denses et masse importante, chéloïdes (bourrelets cicatriciels).

En Côte d’Ivoire encore, l’ethnie Bété a une organisation sociale marquée à l’Est par  la présence de matriclans, et accentuant sa patrilinéarité en allant vers vers l’Ouest. Les statues sont sorties de leur sanctuaire lors des cérémonies du Kolé, dédiées au souvenir d’un ancêtre illustre. Les Bété leur prêtent des pouvoirs surnaturels, et elles sont aussi utilisées lors de séances de divination. Elles ont des jambes massives, le corps long et robuste et portent les bras fléchis décollés du tronc. Le cou large et haut, annelé, porte une tête ronde surmontée d’une coiffe tressée vers l’arrière (photo de gauche). Autour du nombril proéminent, des scarifications dessinées à l’insigne du clan sont marquées de blanc de kaolin, le blanc étant la couleur du respect.
Restons en Côte d’Ivoire, dans la région du Centre Ouest, avec les Gouro, qui n’ont connu ni royaume ni chefferie (sauf à l’époque coloniale), et chez lesquels les rituels passent par le recours à une riche tradition de masques, les statuettes étant réservées à des usages commémoratifs ou narratifs. Leurs jambes sont galbées, leur buste droit, leur poitrine ample, le cou long est surmonté d’une tête ovale allongée (photo du centre). Des chéloïdes (bourrelets cicatriciels) sont présents sur le visage et sur le dos, tels qu’ils résultent de scarifications sur la personne représentée.
Les Moba, vivant au Nord du Togo, fabriquent les Tchitcheri, statuettes longilignes en bois ayant une triple fonction, par l’intermédiaire du lien avec la divinité ou les ancêtres :  protéger la communauté, soigner, attirer la prospérité. Il existe trois types de Tchitcheri : les petits (yendu) se placent dans les tombeaux et communiquent avec la divinité ; les moyens (bawoong), entre 25 et 90 cm, représentent les ancêtres récents dans les caveaux de famille ; les grands (sakwa, photo de droite) évoquent la mémoire d’un fondateur de clan. Sculpter le Tchitcheri demande la protection d’un père devin, sous peine de perdre la vue ou la raison.
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Au Burkina Faso et dans ses régions limitrophes, les Mossi ont conservé une structure politique basée sur le rôle central des chefs traditionnels (Nabas) et fournissent une importante main-d’œuvre à la Côte d’Ivoire et au Ghana. Les statuettes Mossi se distinguent par le soin apporté au détail des traits, et représentent principalement les rites agraires et initiatiques ainsi que les coutumes des cours royales. Ce sont des effigies de femmes de pouvoir : ancêtres-mères, filles aînées ou sœurs de rois. Ces poupées ont une forme stylisée à l’essentiel (photo de gauche) : le cou est long, l’absence de bras et de jambes met en valeur la tête (le statut social), les seins (la maternité) et l’abdomen (siège de la vie) scarifié, qui est aussi le réceptacle de Siiga, cette parcelle de la substance immortelle des ancêtres que chaque nouveau-né contient et dont la présence décide de la destinée.
Les Bambara ou Ban-Mana, « ceux qui refusent d’être dominés », constituent l’ethnie la plus nombreuse du Mali, forte de plus de six millions d’individus. Ils n’ont jamais constitué une unité politique et se divisent en plusieurs clans issus d’ancêtres mythiques. Comme la plupart des africains, ils honorent leurs ancêtres et se placent sous la protection bienveillante de leurs esprits. Leur vie s’organise autour de six sociétés d’initiation qui leur enseignent tous les aspects de la vie Ban-Mana. Les figurines appelées Jonyeleni (photo du centre) sont des représentations de la femme à l’origine première du Jo (ou do, ou dyo, mythologie où apparaissent des divinités fortement personnalisées). Elles sont l’incarnation de l’entité féminine, à l’origine des pratiques initiatiques qui organisent et maintiennent l’ordre social, et rappellent la jeune fille dans son état idéal à son plus haut degré d’attraction physique. Les Jonyeleni ont divers rôles : accompagner le renouvellement des alliances passées entre familles pour les  mariages ; être les garantes de la fertilité de la Terre, de la fécondité des femmes, de la perpétuation des bonnes relations aux ancêtres.
Les Dan, ethnie appartenant aux Dan-Nguere, peuplent en partie le Libéria oriental, la Guinée Conakry et la Côte d’Ivoire. Avant que des sociétés secrètes régissant leur vie spirituelle et sociale ne les unissent vers le début du siècle, les Dan vivaient dans des villages autonomes dirigés par un chef élu pour sa richesse et sa position sociale. Une société secrète majeure aujourd’hui est celle du léopard : les candidats à l’initiation doivent passer une période d’isolement de trois à quatre mois dans la forêt. La statuette ci-dessous (photo de droite) représente une femme honorée pour ses qualités morales et esthétiques. Elle présente les canons de la statuaire Dan : bras longs et raides, jambes musclées légèrement fléchies, nombril proéminent, poitrine importante, tête et cheveux très finement sculptés,  scarifications rituelles  sur tout le corps.

Les Sénoufo (terme Bambara du Haut-Niger qui peut se traduire par « langue des cultivateurs ») sont présents au Burkina Faso, au Sud du Mali et au Nord de la Côte d’Ivoire. On peut distinguer des sous-groupes Sénoufo, mais ils possèdent tous des caractères culturels communs comme la langue, le culte du « Komo » (institution socio-religieuse commune aux Malinkés et aux Bambaras, qui introduit l’enfant au savoir pour son éducation religieuse, culturelle, sociale et politique après la circoncision), les rites funéraires, la musique et la danse. La statuette ci-dessous (photo de gauche) est représentative de la statuaire Senoufo : une femme majestueusement assise sur un tabouret, que l’on retrouve dans les rites du Poro, système initiatique en trois cycles de sept ans chacun, majoritairement pratiqué au Libéria, en Guinée Conakry, au Nord de la Côte d’Ivoire, en Sierra Leone et dans le Sud du Mali. Objet de culte individuel, elle figure la déesse mère Katyeleo, intermédiaire entre le dieu créateur Kolotyolo, les forces surnaturelles et le monde des vivants. La coiffure en forme de casque figure l’animal mythique, la pintade.
Le terme Akan désigne un ensemble de plus de 30 ethnies (comprenant les Baoulé, les Agni et les Attié cités plus haut) vivant principalement au Ghana et en Côte d’Ivoire, qui regroupe environ 20 millions d’individus répondant aux critères suivants : autodétermination, succession matrilinéaire (pouvoir transmis par le neveu maternel), choix du prénom par association d’un prénom issu du clan du père et d’un jour de la semaine, régime monarchique où le roi, secondé par une reine-mère, possède un siège, un sabre et des poids à peser l’or, pratiques religieuses comme la fête de l’igname.  La statuette ci-dessous (photo du centre) est issue d’un monument funéraire Akan du Ghana.  Monument, statuette d’ancêtre, rituel funéraire sont autant d’occasions d’honorer la mémoire du défunt et de le garder en vie dans le monde invisible : un individu n’est plus lorsque personne n’en parle ou n’honore son souvenir. Le  joueur de tambour, après avoir rythmé la marche du cortège, raconte la vie du défunt.
Occupant la plaine côtière de la Guinée Conakry, une partie de la Guinée-Bissau et de la Sierra Leone, les Baga vivent de la culture du riz sur des terres préparées : défrichage par incendie de palétuviers, construction de digues. Musulmans en majorité, ils comprennent une forte communauté catholique. Grands féticheurs, ils adorent encore les génies locaux et les masques, une des deux composantes de la vie religieuse avec l’elek. Ce dernier, sculpture en forme de tête humaine ou animale reposant sur un socle massif, est au centre du culte lignager dont le doyen est le prêtre ; il incarne la vie du groupe, assiste aux funérailles et aux fêtes de la moisson ; il a un rôle judiciaire en aidant le doyen à découvrir les sorciers, dont il doit protéger ses dépendants. Inversement, les masques symbolisent des forces bienfaisantes. Société patriarcale, les Baga expérimentent toutefois une forte présence des femmes à tous les niveaux de décision. Les Baga ont une riche tradition musicale, dans laquelle les tambours occupent une place importante. La statuette ci-dessous (photo de droite) représente une femme agenouillée portant sur sa tête un tambour rituel, et possède de nombreux canons de beauté de la statuaire Baga : poitrine généreuse, scarifications sur les joues, colliers autour de la poitrine et des reins, bracelets enserrant les poignets et les bras et très fine coiffure. Ce type de sculpture est vraisemblablement lié aux associations féminines très fréquentes autrefois dans le bagataï (pays Baga) et qui poursuivent jusqu’à ce jour leurs pratiques rituelles.
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Les poupées Di Kori, réalisées à base d’os d’animaux, sont présentes dans quasiment toute l’Afrique de l’Ouest. L’os est nettoyé et séché (parfois au feu), puis le chef de famille perce des trous sur une extrémité à laquelle la petite fille accroche des perles. Elle peut aussi y attacher une ficelle qui lui permettra de porter l’os autour de ses épaules. Certaines ethnies utilisent ces poupées pour encourager la fertilité, la femme s’occupant de l’os à la manière d’un enfant réel. Lors de la naissance de l’enfant, ce fétiche lui sera donné comme jouet. La poupée ci-dessous (photo de gauche), qui stylise une mère portant un enfant sur son dos, est issue de l’ethnie Losso (qui se désigne elle-même comme Nawdba) vivant au Nord du Togo.
Les Zoulous sont un peuple bantou (parlant les quelque 450 langues dites bantoues, du Cameroun aux Comores et du Soudan à l’Afrique du Sud), en partie sédentarisé, qui se trouve principalement en Afrique du Sud. Guerriers aguerris, ils se battent farouchement contre les colons anglais. Ce sont aussi d’excellents danseurs et chanteurs. Ils  gardent leurs croyances pré-coloniales du culte des ancêtres sous forme d’un syncrétisme avec le christianisme : la religion zouloue possède un dieu créateur, Nkulunkulu,  les esprits des ancêtres (Amatongo ou Amadhlozi) ayant le pouvoir d’intervenir en bien ou en mal dans la vie des gens. Traditionnellement, lorsqu’une jeune fille est en âge de se marier, après avoir obtenu la permission des femmes plus âgées de la famille, elle cherche un homme qui  lui convienne, notamment en se présentant à lui avec une poupée (photo du centre). S’il est séduit, il s’affichera publiquement avec la poupée, la portant autour de ses épaules ou la suspendant dans sa maison.
Restons en Afrique australe avec les Nyamwezi, l’un des principaux groupes ethniques de la Tanzanie, qui vit dans la zone Nord-Ouest du pays, entre le lac Victoria et le lac Rukwa. Le mot Nyamwezi est d'origine swahilie, et se traduit par « le peuple de la Lune ». Ce nom a été donné par les habitants de la côte pour indiquer que les Nyamwezi venaient de l’Ouest (où la Lune se couche). La plupart des individus pratique la religion traditionnelle, malgré la percée de l’islam et du christianisme : dieu puissant nommé Likube (Haut Dieu), Limatunda (Créateur), Limi (Soleil) ou Liwelolo (Univers), croyance dans les esprits et culte des ancêtres. La poupée de fertilité ci-dessous (photo de droite) résulte de l’assemblage de deux calebasses ornées de nombreux colliers de perles multicolores, perles utilisées également pour donner une expression au personnage en lui créant des yeux, un nez, une bouche et une coiffe.

Toujours en Tanzanie, la macro-ethnie Zaramo, qui a subi un esclavagisme massif de la part des négriers  arabo-swahilis de Zanzibar, se convertit à l’islam mais conserve quelques traditions comme la parenté matrilinéaire, le culte de fertilité Kolelo, la vénération de la déesse Kulunku ou le recours aux guérisseurs Mganga. Les poupées Mwana Hiti (« enfant de bois » en Swahili, photo de gauche) sont chargées spirituellement lors de sacrifices qui ont pour fonction de les relier aux esprits des ancêtres du patriclan. Les jeunes filles une fois pubères sont mises en isolement. Leur tante paternelle leur remet alors leur « enfant de bois » que les jeunes intronisées habillent avec des morceaux de tissus de leurs vêtements, décorent de perles de leurs colliers et coiffent d’une touffe de leurs propres cheveux. La Mwana Hiti est alors traitée comme un véritable enfant : nourrie, lavée, câlinée, couchée,…Lors des cérémonies de fin de retraite, l’initiée danse devant la communauté des femmes en exhibant fièrement son enfant de bois. La danse se termine par l’autodafé des vêtements et des cheveux de la poupée qui se trouve alors déchargée. Devenue poupée de jeu, elle est gardée par la mère qui l’offre parfois à sa première fille.
Les Kwere (ou Wakwere) sont un peuple d’Afrique australe proche des Zaramo, surtout présent dans les régions côtières de la Tanzanie orientale. Comme eux, ils ont payé un lourd tribut à la traite orientale, sont agriculteurs ou pêcheurs, forment une société matrilinéaire et fabriquent des poupées en bois Mwana Hiti.
Les Luba sont un peuple d’Afrique centrale établi principalement en République Démocratique du Congo où ils constituent l’une des populations les plus nombreuses (13 millions d’habitants). Quelques communautés vivent aussi dans les pays voisins d’Afrique australe, en Zambie et en Angola. La stabilité de son royaume était garantie par la force d’une loi « Tshibawu » basée sur la réparation ou le pardon des torts et sur la solidarité de la communauté. Victimes de l’esclavage puis de la colonisation, ils vivent maintenant au sein de deux groupes : les Baluba du Katanga et les Baluba du Kasai. Leur art représente  souvent des femmes –porteuse de coupe ou venant d’accoucher, par exemple–, ce qui reflète l’importance qui leur est accordée au sein de la société, car elles sont étroitement associées aux décisions et possèdent le pouvoir de divination. La porteuse de coupe ci-dessous (photo du centre) est attribuée au « maître de Buli », un sculpteur Hemba ayant exercé dans la première moitié du XIXe siècle à Katemba, sur le territoire Luba. Ce type de statuette est lié au pouvoir des mulopwe, souverains et chefs Luba, la jeune femme portant un mboko, calebasse emplie de kaolin sacré, medium entre le chef et le monde des esprits et principal attribut de son pouvoir. On peut remarquer l’importante chevelure, caractéristique de l’ethnie Luba.
En remontant vers le Nord, on arrive au vaste territoire des Baggara, peuple arabe nomade habitant la zone située entre le lac Tchad et le Nil, au Soudan (en particulier au Darfour), au Niger, au Tchad, au Cameroun, au Nigéria et en République Centrafricaine. Comme leur nom l’indique (baggara signifie vache en arabe), ce sont en général des éleveurs, qui migrent entre les prairies à la saison humide et les zones de rivières à la saison sèche. La poupée ci-dessous (photo de droite) proviendrait du peuple Baggara ou du peuple voisin, les  Omdurman du Soudan Sud. C’est une représentation de femme habillée en costume traditionnel, les femmes de ces peuples étant souvent parées de bijoux perlés, colliers, boucles d’oreilles, bagues, bracelets, coiffes,…Les nombreuses amulettes attestent de l’influence islamique.
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Les Zandé sont une population d’Afrique centrale, vivant principalement en République Démocratique du Congo, sur le haut fleuve Congo, dans l’Ouest du Soudan du Sud autour des rives de l’Uelé, ainsi qu’en République Centrafricaine. Le nom « Azandé » signifie « le peuple qui possède beaucoup de terre », et se rapporte à leur histoire de conquérants et de guerriers. Dans le Soudan d’aujourd’hui, ils sont, dans beaucoup de cas, victimes de la dictature, en raison d’une guerre civile qui dure depuis quelques dizaines d’années. Leurs croyances sont fondées sur la magie, les oracles et la sorcellerie. Les Zandé produisent deux types de sculpture. Les Kudu, des objets de 30 à 50 cm, représentent sans doute des ancêtres. Les Yanda (force ou esprit), des statuettes de 10 à 20 cm  de forme animale ou humaine, qui ont un rôle apotropaïque (conjuration du mauvais sort) ; ornées de perles, d’anneaux, enduites de libations, elles sont le médium privilégié pour l’exercice de la magie ou de la sorcellerie et sont exposées durant les rites divinatoires ; elles sont  utilisés par les membres du Mani, une société secrète qui n’existe plus aujourd’hui, contre-pouvoir politique instauré en République Centrafricaine puis étendu dans le nord du Zaïre. Ces figurines ont souvent une face taillée en diamant, des yeux en saillie (parfois en perles) et des anneaux en fer aux oreilles et au nez (photo de gauche). Leur torse est cylindrique, les membres sont courts ou inexistants.
Les Teke forment une population bantoue d’Afrique centrale partagée entre l’Ouest de la République Démocratique du Congo, le Sud de la République du Congo et, minoritairement, le Sud-Est du Gabon. Selon les mythes fondateurs, ils descendent de Nguunu, ancêtre de la plupart des populations du sud Congo. Le terme Teke signifie ou a pris en kituba (langue bantoue parlée comme seconde ou première langue en République du Congo par la moitié de la population) la  signification de « commerçants ». Dans l’ancien royaume Tio, on vénère un être créateur suprême, Njami ou Njame Mpu. Les esprits sont représentés par des objets symboliques de la nature tels que les coquillages, les arbres, les plantes, et le plus souvent par des artefacts tels que les statuettes. Les figurines Teke interviennent dans les rites  Nkira (pluriel Bankira) et Buti (pluriel Mati). Les Bankira sont des esprits d’ancêtres (Ntswo) de nature bénéfique dont l’origine peut être mythique, familiale ou historique. Le Buti (photo du centre) est une entité magique que l’on va retrouver ailleurs sous le terme de Nkisi (voir plus haut) ; son usage touche à tous les aspects occultes : divination, protection, vengeance, santé, prospérité,…
En remontant vers le Nord-Ouest, on trouve les Bamiléké, établis dans la région du Grassland au Cameroun,  où vivent également les Bamoun et les Tikar, proches d’eux par leurs ancêtres communs, leurs structures sociales voisines et leurs langues. C’est la plus grande des 200 ethnies du pays. Elle  accorde une place de choix aux morts et pratique le culte des ancêtres et des divinités. Les Bamiléké considèrent que le contact avec le crâne d’un défunt permet d’entrer spirituellement en contact avec les morts, ce qui  nécessite d’entretenir les crânes des morts pour éviter la colère des esprits, la maladie, l’infertilité, voire la mort. Pour cela, il existe un rite funéraire qui comprend des danses initiatiques et l’exhumation des crânes des défunts. Malgré le respect que l’Eglise catholique accorde aux coutumes des Bamiléké, fortement christianisés, elle condamne les prières sur les crânes des morts. Provenant de la région de Dschang (Ouest du pays Bamiléké) et des Bangwa occidentaux (ethnie vivant dans le Sud-Ouest du Grassland), les anciennes têtes perlées, appelées Atwontzen (photo de droite), sont extrêmement rares. Ces figurations de crânes ennemis étaient portés par les souverains lors des cérémonies guerrières et de certaines danses (tso ou nzen).

Restons en Afrique centrale, où les Tabwa vivent principalement dans le Sud-Est de la République Démocratique du Congo, au Nord-Ouest de la Zambie et au Sud-Ouest de la Tanzanie. Peuple de pêcheurs et d’agriculteurs, ils échangent leurs produits avec ceux des ethnies de forgerons, chasseurs, cueilleurs et bûcherons. Les modifications et ornementations corporelles sont communes chez les Tabwa : scarifications, coiffures élaborées, barbes ou poils, peintures rituelles. Chez eux comme souvent en Afrique, les jumeaux sont des êtres particuliers envoyés sur terre pour assurer la paix entre les êtres vivants et la nature. Quand un jumeau meurt durant l’enfance, il sera représenté par une statuette en bois appelée Mpundu (photo de gauche). Lorsque le jumeau survivant est en âge de marcher, il prend en charge la statuette, ce qui signifie que même dans la mort, les jumeaux restent en contact.
Revenons en Afrique australe,  chez les Pare, peuple bantou vivant dans les monts Pare au Nord de la  Tanzanie, région du Kilimandjaro, pays connu sous le nom de Vuasu. C’était un territoire stratégique sur la route commerciale septentrionale traversant l’Afrique de l’Est depuis la côte indienne. Les autochtones divisent leurs montagnes en deux régions distinctes basées sur des différences ethnolinguistiques : les Ugweno parlant le kigweno au nord et les Usangi parlant le chasu au sud. Historiquement, les Pare étaient les principaux producteurs de fer pour les tribus occupant les montagnes du nord-est de la Tanzanie, comme les Chaggas. Leurs forgerons, réunis en particulier au sein du clan Shana, ont maintenu la tradition jusqu’à nos jours. Les Pare étaient également réputés pour leurs capacités de faiseurs de pluie. Ci-dessous, photo du centre, une poupée Pare en bois, vraisemblablement liée à la fécondité.
Les Makondés sont une population d’Afrique australe de langue bantoue, vivant principalement dans le Sud-Est de la Tanzanie et au Nord du Mozambique. Ils se trouvent également au Kenya et en petit nombre dans l’archipel de Mayotte. Son relatif isolement a longtemps préservé cette population des contacts avec les Européens, elle n’a été touchée par la colonisation qu’au début du XXe siècle. La société Makondé est matriarcale. Les rites de passage sont encore répandus, en particulier ceux qui sont liés à la circoncision, qui donne lieu à de grandes fêtes au cours desquelles sortent les masques, liés au culte des ancêtres. Le peuple Makondé est aussi connu pour ses sculptures en bois aux formes rondes et délicates, dont les premiers exemplaires connus représentaient des personnages féminins, ce qui a longtemps laissé croire que les statues masculines n’existaient pas. La statuaire plus tardive prend de nombreuses libertés sur les poses et représente plus facilement des scènes de la vie courante, perdant la notion de sacré au profit d’un travail artisanal particulièrement développé dans cette ethnie. Ci-dessous, photo de droite, une poupée Makondé de fertilité.

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Les Mumuhuila (singulier Huila ou Mwila, pluriel Mumuhuila ou Mumwila) sont associés au groupe ethnique Nyaneka Humbe (Ambo), présent sur les trois frontières de l’Angola, de la Namibie et de la Zambie. Ils sont établis sur un petit territoire de l’extrême Sud de l’Angola proche de la côte. Dans la région de Huila, les femmes sont connues pour leurs coiffes traditionnelles jouant un rôle significatif dans la culture du groupe. En effet, celles-ci dressent leurs cheveux avec une pâte appelée « oncula », formée de pierres rouges broyées. Les plus jeunes filles Mumuhuila portent de lourds colliers rouges faits de perles recouvertes d’un mélange de boue, de bouses de vache et d’herbes au parfum agréable. De la petite enfance à la vieillesse, avant, pendant et après mariage, chaque type de coiffure arborée porte une signification précise quant au statut social des filles. La poupée rituelle ci-dessous (photo de gauche), ornée de cauris avec une jupe en tissu, serait liée aux cérémonies de circoncision, mais cela reste difficile à vérifier en raison de l’extrême isolement des Mumwila.
Les Dowayo, ou Namji, sont une population d’Afrique centrale présente dans le Nord du Cameroun, à Poli et ses alentours. Dowayo est la contraction des deux mots Doyo (humain, homme) et Woyo (enfant, neveu). Wa-Yo se traduit par fils et fille. Toutes ces combinaisons permettent de traduire Dowayo par « enfant de l’homme » ou « fils de l’être humain ». Le nom de Namji viendrait du Peul et signifie « nous avons arrêté de moudre ». Le peuple Namji englobe d’autre petites ethnies comme les Koma, les Bata, les Papé… Les Dowayo fabriquent deux sortes de poupées : les simples poupées jouets sans ornement, portées dans le dos des petites filles à l’aide d’une ficelle ; les poupées de fécondité, réservées aux femmes, qui sont richement parées (photo du centre). Les femmes sans enfant ou sans lait touchent ou pressent les poupées de femmes comblées par la naissance d’un ou plusieurs enfants, afin que leur vœu de fécondité  se réalise.
Les Fante (anciennement Fanti), ou Twi, sont un peuple d’Afrique de l’Ouest faisant partie du groupe des Akans et vivant dans le golfe de Guinée, principalement au Ghana. Une importante communauté s’est également installée en Côte d’Ivoire pour y pratiquer la pêche à l’Ouest du pays. L’héritage et les charges publiques sont liés à l’ascendance matrilinéaire, comme il est d’usage chez les peuple Akans. Les Fante servaient d’intermédiaires commerciaux entre l’intérieur du pays et les comptoirs maritimes hollandais et britanniques. La production des poupées de fertilité en aluminium (photo de droite) est postérieure à l’introduction des marmites en fonte d’aluminium en Afrique dans les années 1950. Celle-ci est une variante Fante des poupées de fertilité Akwaba des Ashanti voisins (voir plus haut).

Répartis largement à travers l’Afrique australe, les Sotho présentent, malgré leur dispersion géographique, une grande homogénéité culturelle et linguistique. Les Sotho du Sud peuplent le Lesotho et les territoires adjacents de l’Afrique du Sud. Ils ont une organisation sociale stratifiée, qui a tendance à se désagréger à cause de l’émigration : l’agriculture (qui repose sur la culture du sorgho, du millet et du maïs) et l’élevage ne suffisent pas à nourrir la population, aussi une grande partie des hommes va-t-elle travailler dans les villes d’Afrique du Sud comme artisans, forgerons, maçons, gens de maison ou tenanciers de petits commerces (dans l’ensemble, ils répugnent à s’embaucher dans les usines). Les Sotho du Nord sont installés au Nord-Est du Transvaal. Chez eux, la chefferie dispose d’une grande autorité : le chef a un rôle partiellement sacré, car il sert d’intermédiaire avec les esprits des ancêtres, et il est le protecteur de l’agriculture, ayant le pouvoir de faiseur de pluie. Leur émigration est considérable :  nombre d’entre eux sont employés dans les mines d’or du Rand en République Sud-africaine ou dans les mines de chrome situées sur leurs réserves. Quant aux Sotho occidentaux, ou Tswana, ils constituent l’essentiel de la population du Botswana et débordent assez largement sur l’ouest du Transvaal et le nord de la province du Cap. Les poupées Nguana (photo de gauche) sont offertes aux jeunes femmes Sotho à l’occasion de leur mariage, qui les  utilisent pour combattre la stérilité. Elles constituent un bien précieux jusqu’à la naissance du premier enfant, lequel reçoit généralement le nom par lequel la mère a nommé la figurine.
Les Ntwana, sous-groupe des Sotho de l’Est provenant de Mpumalanga, territoire du Parc National Kruger sur la côte Est du Mozambique, réalisent de belles poupées perlées Gimwane (photo de droite).

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Population bantoue d’Afrique australe, les Tonga vivent principalement au sud de la Zambie, dont ils constituent l’un des groupes ethniques les plus nombreux. D’importantes communautés vivent également au Zimbabwe, ainsi qu’au Malawi, sur les rives du lac du même nom. Population de même type, les Yao sont principalement établis au Mozambique, également au Malawi où ils auraient migré dans les années 1830 du fait de leur activité de marchands d’esclaves pour le compte des Swahili sur la côte du Mozambique, et en Tanzanie à la pointe sud du lac Malawi. Ces deux ethnies, ayant une culture, des traditions et une musique particulièrement riches, auraient été initialement musulmanes. Elles fabriquaient des poupées gourdes en calebasse lestées avec un surmodelage en argile, appelées « Mwali » (fille ou initiée). Il s’agit d’un empilement de trois calebasses jointées avec de l’argile. Les deux extrémités sont donc rondes, et la poupée tient debout grâce à  un anneau enserrant sa base. La coiffe est constituée de cheveux ou de graines d’abrus (plante tropicale), des perles ou des lanières de tissus finissant les poupées (photo de gauche).
Autre peuple bantou d’Afrique australe, les Himba sont établis au nord de la Namibie, principalement dans le Kaokoveld, désert côtier du nord de la Namibie et du sud de l’Angola. Historiquement de lointains cousins des Massaï, ils sont originaires de la région du Nil, en Égypte. Au terme d’une migration de plusieurs siècles, ils sont arrivés au Zimbabwe, en Angola et en Namibie. Au milieu du XIXe siècle, attaqués et dépourvus de troupeaux, ils se trouvent dans l’obligation de se replier en Angola. Pour survivre, ils pratiquent la chasse et la cueillette, occupation plutôt humiliante pour un peuple de pasteurs. De cette époque ils tirent leur nom : « Himba » signifie « Les mendiants ».  Un bon nombre d’entre eux se sont sédentarisés au nord d’Opuwo, capitale du Kaokoland, où se situe la plupart des villages actuels, après le travail d’évangélisation effectué par les missionnaires blancs. Traditionnellement, les femmes Himba se teignent la peau en rouge avec une pommade réalisée à base de graisse de vache et de poudre d’ocre (hématite). Leurs cheveux sont coiffés en tresses lisses et épaisses, enduites de la même substance. Les hommes portent après la circoncision une queue de cheval avec le reste du crâne rasé, qu’ils recouvrent après le mariage d’un bonnet en coton. Leurs poupées reprennent les codes vestimentaires de l’ethnie, tissus sombres, grande nattes épaisses couvertes d’hématite (photo du centre).
Les Bijago sont une population d’Afrique de l’Ouest établie principalement sur les îles de l’archipel des Bijagos, au large des côtes de la Guinée-Bissau. Leurs masques sont zoomorphes : ils représentent le plus souvent des bovidés, mais également des requins ou des poissons-scies, et sont utilisés lors de cérémonies qui réunissent la population par classe d’âge. Les poupées en bois (« eiamba« ), quant à elles, sont taillées dans une fourche d’arbre dont elles reprennent la forme. Elles ont les jambes écartées, sont très stylisées et sans bras (photo de droite), sauf les versions pour touristes qui ont des bras et sont plus détaillées. Les jeunes filles les portaient sur la hanche, la fourche épousant leur taille, comme elle porteraient un enfant. Outre le fait que ces poupées montrent que la jeune fille puisse devenir une bonne mère, on suppose aussi que les jeunes filles s’en servaient lors de danses ou de cérémonies d’initiation liées à la puberté, la forme de la poupée, jambes très écartées et torse phallique, devenant un symbole de défloraison et rappelant l’importance de la virginité. Les femmes initiées mais encore célibataires portent ces poupées pour signaler leur fertilité et leur disponibilité. Très communes à une époque, ces poupées deviennent rares et sont partagées dans les villages entre les femmes qui en ont besoin.

Vivant principalement au nord de la Sierra Leone, où ils constituent le troisième groupe du pays après les Temnés et les Mendés, les Limba, dont quelques communautés vivent également en Guinée, sont répartis en plusieurs patriclans et organisés en chefferies. Du XVIe au XVIIIe siècle, de nombreux Limba furent réduits en esclavage. Principalement cultivateurs de riz, tailleurs de pierre, commerçants et chasseurs, leurs affaires communautaires sont réglées par des chefs suprêmes. Se considérant comme un peuple des montagnes, dans lesquelles ils se sont plusieurs fois réfugiés au cours de leur histoire, particulièrement pour se protéger de l’expansionnisme Soussou, ils tirent fierté de leur langue qui diffère totalement des autres langues de la région et fournissent d’excellents cadres politiques. Leur lieu spirituel est Kakoia, et ils ont une croyance selon laquelle tous les Limba reviennent à la montagne par une porte pratiquée dans le rocher. Les Limba fabriquent entre autres des marottes, attributs du fou à la cour des rois et des grands seigneurs et variante des marionnettes en Afrique. C’est le plus souvent une tête ou un buste tenu par un manche sans membres articulés. Ci-dessous photo de gauche, une marotte de danse en bois polychrome.
Peuple bantou d’Afrique centrale, les Bapendé sont présents dans les provinces de Bandundu et du Kasaï occidental en République Démocratique du Congo, ainsi qu’en Angola d’où ils sont originaires. Ils parlent le pendé, une langue bantoue, dont le nom serait tiré du mot « gupenda », qui signifie insulte ou affront, en référence à leur insoumission face aux colons portugais puis belges. De structure matrilinéaire, la société Bapendé est organisée autour des liens de parenté. Ils vénèrent leurs ancêtres (« Mvumbi »), qui ont une influence sur les succès et les échecs de la vie quotidienne. Ils sont renommés pour leur art complexe, qui inclut des masques traditionnels associés aux rituels d’initiation ainsi que des poupées souvenirs. La poupée masque ci-dessous en fibres végétales (photo du centre) représente en miniature les masques des cérémonies Bapendé, richement parés de filets de raphia.
Les Kirdis sont un groupe d’ethnies du Nord du Cameroun et du Tchad, ainsi appelés péjorativement par les populations islamisées puis par les colons occidentaux. En effet, Kirdi est un nom issu de la déformation locale du mot  « Kurdes » qui désigne les  « païens » par opposition aux fidèles de l’islam. Ces ethnies  cultivent le mil et élèvent des chèvres, des moutons et des zébus. La culture du mil a lieu sur des champs en terrasse dont les murets sont entretenus ou réparés chaque année. Afin de favoriser leur fécondité, les femmes portent sur elles une poupée représentant l’enfant désiré, choyé comme un bébé jusqu’à l’accomplissement de leur vœu d’enfantement.  Ces poupées sont faites de bois sombre et  parées de colliers ou de de petites perles multicolores (photo de droite).

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Habitants du Sud-Ouest de l’Éthiopie, dans la région des nations, nationalités et peuples du Sud, au Sud du lac Abaya et à environ 90 km au Sud d’Arba Minch, les Konso (ou Xonsita) sont un peuple physiquement et culturellement composite, avec des membres originaires de toutes les régions avoisinantes. Ils vivent généralement dans des villes gouvernées par des conseils d’anciens. La société Konso est majoritairement agricole, avec une pratique d’irrigation et de terrassement de pentes montagneuses. Les produits de base sont le sorgho, le maïs, et des cultures de rente de coton et de café. Bovins, moutons et chèvres sont élevés pour la viande et le lait. Leur religion traditionnelle repose sur la vénération de la divinité Waaq. Bien qu’il existe des différences culturelles marquées entre les Konso et leurs voisins Oromo, ils partagent le système d’organisation sociale « gadaa » reposant sur une classification générationnelle des individus, et un culte de phallicisme. La polygynie est une pratique acceptée. Les Konso érigent des statues en bois (wagas) à la mémoire des morts ayant tué un ennemi ou un animal. Dès leur plus jeune âge, les petites filles sont sensibilisées à la fécondité, notamment par le biais de poupées de fertilité utilisées par leur mère ou fabriquées par elles-mêmes, comme la poupée ci-dessous (photo de gauche) constituée d’un épi de maïs et d’une tête en terre crue.
Les Ovambos (ou Ambos) sont un peuple bantou d’Afrique australe établi au Nord de la Namibie et au Sud de l’Angola. Originaires des régions supérieures du Zambèze, ils n’ont immigré vers l’actuelle Namibie que vers 1550. Contrairement à la plupart des ethnies en Afrique, ils ont été peu affectés par le commerce arabe et européen avant le XIXe siècle, grâce à leur mode de vie nomade pastoral isolé. Ils s’adaptent aux fortes variations climatiques saisonnières au moyen de leurs pratiques liées au logement, à l’agriculture et au bétail. Les Ovambos sont sédentaires et pratiquent l’agriculture (millet, sorgho, haricots secs) et l’élevage (bovins, chèvres, moutons), principalement pour le lait, l’alimentation étant complétée par la chasse, la pêche et la cueillette. Ils ont des relations historique, culturelle et linguistique étroites avec les Herero au Sud et les Kavango à l’Est. De nos jours, les Ovambos sont dans leur immense majorité de religion chrétienne. Ce sont principalement des luthériens, convertis par les missionnaires allemands et finnois à partir des années 1870. Toutefois, ils ont gardé des croyances de leur religion ancestrale, notamment en un esprit supérieur appelé « Kalunga », qui prend la forme d’un homme invisible bienveillant. Les membres de la famille royale sont appelés « aakwanekamba » et seulement ceux-ci peuvent prétendre à devenir chef de tribu. La société est matriarcale, seule la mère confère à ses enfants la dignité royale. Les fils de chefs ne peuvent y prétendre, à moins que leur propre mère ne soit de lignée royale. La polygynie est acceptée, la première femme étant l’épouse principale. Ce sont des artisans habiles, fabriquant vannerie, poterie, bijoux, peignes en bois, lances, flèches, poignards richement décorés, instruments de musique et objets en ivoire. Les poupées des Ovambos sont réalisées à partir de matériaux locaux (photo du centre), et se transmettent de génération en génération par la mère. Lorsqu’une femme se marie, son époux rebaptise la poupée dont le premier enfant prendra le nom. Afin de hâter la conception et la naissance de l’enfant, la femme porte la poupée pressée contre son ventre.
Ethnie bantoue d’Afrique de l’Est à majorité musulmane installée au Sud-Est du Kenya sur les rives du fleuve Tana, les Pokomo  sont essentiellement des pêcheurs et des agriculteurs qui cultivent la banane plantain, le sucre de canne, le riz et le maïs. Des affrontements violents opposent régulièrement les Pokomo à leurs voisins à l’Ouest, les Orma, principalement autour de revendications liées à la propriété terrienne et à l’accès à l’eau dans une région semi aride menacée par la sécheresse. Les Pokomo sont géographiquement divisés en deux sous-ethnies : Les Pokomo du haut (Mila Julu) et du bas (Mila Nchini). La société est gouvernée par un conseil d’anciens (kijo). Trois structures soutiennent le kijo : le système judiciaire (gasa), l’exécutif (wagangana), et le religieux autour du dieu créateur Mulungu (Pokomo du haut) ou Mungu (Pokomo du bas). Leur culture, caractérisée par la présence de règles, de rituels, le culte de l’humour et celui de la beauté, a été exportée vers l’archipel de Lamu et les Comores. Les alliances entre Pokomo et arabes à Lamu est l’une des origines possibles du peuple Swahili. Le mariage est soumis à un ensemble strict de conditions et respecte un protocole précis (Maadha). Les nombreux chants et danses rythment les événements et activités de la vie : récoltes, pêche, chasse, mariage, circoncision, naissance,… Il existe trois types de bail pour les terrains : répartition en fonction des zones d’inondation du fleuve ; attribution de terrains à ceux qui les cultivent ; forêts préservées pour la culture de plantes médicinales, de bois de chauffage et de construction. La poupée de fécondité (photo de droite) est l’objet de cérémonies organisées par le clan du mari lorsqu’un couple est stérile. On donne ensuite la poupée au couple, qui dormira avec elle. Si l’enfant vient une cérémonie de célébration sera faite et on sacrifiera une vache pour remercier l’esprit de la poupée.

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Peuple bantou d’Afrique centrale et australe, les Tchokwés sont surtout présents au Sud-Ouest de la République Démocratique du Congo et en Angola, et à un moindre degré au Nord-Ouest de la Zambie, quelques milliers vivant aussi en Namibie. Historiquement un des douze clans du grand empire Lunda (« Mwata Yanvo ») des XVIIe et XVIIIe siècles en Angola, ils étaient employés à l’origine par les nobles Lunda, avant de devenir indépendants suite à leur refus de payer leut tribut à l’empereur. Une activité commerciale fructueuse, en particulier des défenses d’ivoire, du latex et des esclaves, et les ressources abondantes du sol et du sous-sol en font une des ethnies les plus riches de l’Angola. Au Nord, les Tchokwés sont des chasseurs expérimentés. Au Sud, ils sont agriculteurs (manioc, igname, millet, haricots secs, arachide, maïs) et éleveurs pastoraux. En 1900, ils avaient démantelé l’empire Lunda, en employant des fusils reçus en commerçant avec les « Ovimbundu » (la plus importante ethnie de l’Angola). Tandis que les guerres et les conflits coloniaux se développent aux XIXe et XXe siècles, contre les européens à l’Ouest et les swahilo-arabes à l’Est, ils répondent militairement et s’étendent au Nord de l’Angola, au Congo et en Zambie de l’Ouest. Avec l’ère coloniale, ils se sont convertis en masse au christianisme, tout en conservant des croyances et des pratiques animistes. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les Tchokwés subissent mais aussi pratiquent l’esclavage, qui passe chez eux, sous l’influence de la forte demande coloniale, du statut de pratique ancienne à petite échelle à celui d’une activité commerciale répandue. Société matrilinéaire où la polygynie est réservée aux chefs et aux familles riches, leurs croyances religieuses reposent sur le culte des esprits ancestraux. Les chefs sont les représentants du dieu « Kalunga » (ou « Nzambi »), et sont à ce titre vénérés comme maîtres de la terre (« Mwanangana »). Ils sont renommés dans la région pour leur habileté artisanale, en particulier pour la vannerie, la poterie, la sculpture de masques et de statues, les chaises,… Ils fabriquent des objets à nature spirituelle, utilitaires ou liés à la mythologie, comme par exemple le personnage du héros « Chibinda Ilunga », ancêtre royal. L’art « Cikungu » personnifie la puissance collective des ancêtres, tandis que les figurines « Mwana po » dépeignent les gardiens de la fertilité. Quant aux figurines « Ngombo », elles sont associées aux esprits devins qui annoncent maladies, malchance, stérilité, ou tout autre malheur frappant une famille ou un village. Parmi les réalisations les plus puissantes des Tchokwés figurent les masques de bois ou sculptés à partir de matériaux éphémères. Révélateurs d’une riche cosmogonie, ils sont les piliers du mukanda, processus d’éducation des jeunes garçons. Ils réalisent aussi des poupées, comme celle de la photo ci-dessous à gauche, qui  représente la maternité.
Les Ga, ou Ga-Adangme, sont un groupe ethnique du Ghana en Afrique de l’Ouest, principalement établi dans les plaines du Grand Accra.  Ses activités principales sont la pêche, le commerce et l’agriculture (millet, manioc, igname, maïs, banane plantain, cacao, huile de palme), basée sur le système « huza » : chaque membre d’une famille élargie se voit confier un lopin de terre au prorata du montant payé pour acquérir collectivement un terrain (« huza »), lopin sur lequel il a un contrôle total. Les négociations avec le vendeur du terrain sont menées par un « huzatse » (père du huza) élu. Le système de lignée est hybride : matrilinéaire pour les charges publiques et les biens détenus par des femmes, patrilinéaire pour ceux détenus par des hommes. Le festival Homowo (littéralement « huées à la faim »), célébré successivement par tous les clans Ga, est un événement annuel majeur, célébration de la fin d’une période de grande famine ayant sévi dans le pays il y a plusieurs siècles. Un autre festival majeur est le Asafotu (ou Asafotutufiam), célébration au début de la saison des récoltes en l’honneur des guerriers victorieux et de ceux tombés sur le champ de bataille. À cette occasion, qui constitue un rite d’initiation pour les jeunes hommes, les participants se parent d’habits de guerre traditionnels et miment des scènes de bataille. Les femmes suivent le rite de passage à l’âge adulte appelé « dipo » : rituels religieux et danses d’avant mariage, en portant des perles de verre, des étoffes en batik colorées, et des couvre-chefs tissés. Les Ga croient à une vie après la mort et sont connus pour l’importance qu’ils accordent au faste des funérailles. Depuis les années 1950, date à laquelle les artistes et menuisiers Ataa Oko (1919-2012) de La et Seth Kane Kwei (1924-1992) de Teshie en ont eu l’idée, des cercueils personnalisés, contribuant à asseoir une respectabilité et un certain prestige auprès de la communauté, sont fabriqués pour les défunts. Ils reflètent le métier de ceux-ci ou leurs aspirations : un poisson pour un pêcheur, une voiture de luxe pour un homme d’affaires, une poule et ses poussins pour une mère de famille nombreuse,… Ces cercueils, œuvres d’art reconnues par les musées et galeries occidentaux, vont rapidement devenir une véritable tradition, également parmi les chrétiens. À l’instar des autres peuples du Ghana, les Ga ont un goût développé pour la musique, les percussions et la danse, avec en plus une compétence reconnue pour la boxe anglaise. Ils fabriquent des petites poupées de bois plates (« tsobii », photo du centre), dont la présence dans l’habitat indique qu’un enfant est décédé et que son retour est souhaité. Ces poupées ont aussi été vues sur des dépotoirs près des cases, attachées sur le dos des femmes comme elles le feraient avec un vrai enfant, présentées à Na Afiye (la déesse des naissances), avec des offrandes de nourriture, de poteries,…ou liées au culte des jumeaux morts.
Peuple côtier pêcheur, éleveur (bovins et porcins) et cultivateur (millet, riz, arachide, noix de cajou, fruits) d’Afrique de l’Ouest, surtout présent en Guinée-Bissau, mais également au Sénégal (particulièrement en Casamance) et en Gambie, les Balante  ont une vie économique, socio-culturelle et sacrée tournée autour de la riziculture. Ils  ont apporté une contribution considérable à la lutte pour l’indépendance de la Guinée-Bissau. L’élevage tient un rôle important en raison des sacrifices de bétail à toutes les étapes de la vie (naissance, initiation, mariage, décès,…). Les Balante ont une réputation d’excellents cultivateurs, passés maîtres dans le maniement du « kebinde » (sorte de binette). Des systèmes d’irrigation complexes mélangeant eau salée et eau douce permettent d’atteindre de très bons rendements. Après la récolte se tient une célébration appelée « Kussundé », qui donne lieu à une compétition de danse entre hommes non initiés. Les Balante ont des rites d’initiation à différentes étapes de la vie : de la prime enfance à l’âge de 15 ans, ils appartiennent à la catégorie « Nwatch » ; de 18 à 20 ans, ils entrent dans la phase « Fuur », puis dans la phase « Nghaye » autour de 25 ans ; après le rite « Kgness » à 30 ans, les hommes sont autorisés à prendre une épouse. Le jeune homme Balante, devenu propriétaire et chargé de famille, peut désormais être choisi par son oncle maternel pour l’ultime initiation « Fanado », comportant une circoncision et une suite d’épreuves d’endurance, qui dure deux mois dans les « bois sacrés » et ouvre les portes de la maturité et de la sagesse. Le peuple Balante, comme bon nombre de casamançais, est partagé entre le catholicisme, l’islam et la religion animiste traditionnelle. Contrairement à de nombreuses ethnies africaines, la société Balante n’a pas de chef : les pouvoirs politiques et religieux sont répartis entre différentes classes qui choisissent leurs représentants. De plus, l’égalitarisme y prévaut, ce qui a rendu leur gouvernement par les colons portugais difficile. Les décisions importantes sont prises par un conseil des anciens initiés par la cérémonie Fanado. Comme de nombreux autres peuples d’Afrique de l’Ouest, les Balante fabriquent des poupées jouets à base de fémurs de moutons, de vaches ou de porcs appelées « di kori » (littéralement « fils d’os », voir plus haut). Ci-dessous, photo de droite, une poupée de fertilité Balante en bois et os ornée de perles.

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Les Ewes sont une population d’Afrique de l’Ouest vivant principalement au Sud-Est du Ghana, au sud du Togo (où ils sont majoritaires ), et au Sud-Ouest du Bénin. Ils ont entretenu des relations cordiales avec les commerçants européens de l’ère coloniale, à l’exception d’un conflit en 1784 avec les danois qui tentaient d’établir des forts côtiers dans les régions Ewes pour abriter leurs officiers et leurs commerçants. Ils ont souffert de l’esclavage mais ont également collaboré à ce trafic avec les esclavagistes européens. Structurés en chefferies, ils ont subi des guerres intestines et contre les Ashanti. Après l’abolition de l’esclavage, l’activité économique des Ewes s’est tournée vers l’exportation d’huile de palme et de noix de coco. La religion traditionnelle des Ewes est le vaudou (voir plus haut). Ce terme, emprunté à la langue Fon, signifie « esprit ». « Mawu » en est le dieu créateur de divinités inférieures qui servent de véhicules spirituels et influencent la destinée des personnes, accordent des faveurs ou infligent le mal. Ces divinités peuvent contracter un mariage spirituel (« Si ») avec les croyants. Les esprits des ancêtres jouent aussi un rôle important dans la religion traditionnelle. L’islam, arrivé au XVIIe siècle, est resté concentré dans les régions du Nord parmi la noblesse fortunée et les commerçants trans sahariens. Le christianisme s’est installé avec les marchands coloniaux et les missionnaires à partir de 1840, et a converti la moitié de la population, en particulier dans les régions côtières urbaines, qui continue toutefois à pratiquer les rites traditionnels. La société Ewe est patrilinéaire et vénère ses ancêtres mâles, mais le commerce à tous les niveaux est tenu par des femmes. La terre possédée par une famille Ewe est un don des ancêtres, elle ne peut être vendue. Connus pour leur farouche indépendance, les Ewes ont toujours refusé la concentration des pouvoirs, les décisions étant prises par des collèges d’anciens. Ils ont cependant construit à l’époque contemporaine une culture et une identité communes fondées sur la langue. Un autre trait remarquable de leur culture est leur refus de blâmer, en particulier leurs ancêtres pour le rôle qu’ils ont joué dans l’esclavage. Les Ewes ont développé une culture musicale complexe, intégrée à leur religion traditionnelle, particulièrement autour de la percussion. Les différents tambours de la polyrythmie représentent symboliquement les membres de la famille. Les nombreuses danses occupent également une place importante dans la vie sociale des Ewes. La statuaire Ewe est riche : poupées de fertilité, maternités, figures votives Mamiwata (voir plus haut), statuettes colons, fétiches vaudou, jumeaux (« venavi »),… Ces derniers sont un signe de bon augure chez les Ewe, qui les traite de manière identique : baignés et nourris en même temps, habillés pareillement,… Si l’un des jumeaux meure, les parents se font fabriquer une figurine spirituellement « chargée » par un spécialiste, qui prend la place de l’enfant décédé (photo de gauche). Celle-ci montre le genre de l’enfant et arbore des traits de visage adultes. Des scarifications, vêtements et colliers de perles peuvent révéler des affiliations sociales et religieuses de clan.
Ethnie habitant le Sud-Est du Nigéria, les Igbos sont des agriculteurs (igname, maïs, gombo) majoritairement chrétiens, dont la société repose sur un système de classes d’âges. Avant la colonisation européenne, ils vivaient en clans autonomes, hiérarchisés et indépendants, ayant une structure politique de type démocratique. L’arrivée des Britanniques dans les années 1870, apportant la religion chrétienne qui sera largement adoptée, fait aussi naître un sentiment d’identité ethnique. La société Igbo est patriarcale et clanique, chaque clan étant un groupement de plusieurs familles avec un ancêtre mâle commun. Aujourd’hui, la plupart des Igbos sont catholiques mais nombreux sont ceux qui pratiquent encore le syncrétisme avec la religion traditionnelle (« odinani »). Celle-ci repose sur la divinité créatrice « Chukwu » (grand esprit), la croyance en la réincarnation et la division du cosmos en quatre parties : la création (« okike »), les forces supranaturelles (« alusi »), les esprits (« mmuo »), et le Monde (« uwa »). Les anciens sont très respectés, les enfants étant tenus de les saluer et de s’adresser à eux avec un titre honorifique. Les constructions comprennent les cases de boue séchée à toit de chaume et portes sculptées, les pyramides en argile, ainsi que les grandes maisons sacrées « mbari » contenant des personnages peints grandeur nature : officiers, artisans, étrangers européens, animaux, créatures légendaires, ancêtres et divinités. La musique utilise divers instruments à vent et percussions. Elle est en relation étroite avec les danses, dont certaines sont acrobatiques. L’art igbo est connu pour ses masques, étroitement liés à la musique traditionnelle et dont certains sont monumentaux, et ses costumes représentant des personnes, des animaux, ou des abstractions. Des bronzes datés du IXe siècle ont été découverts dans la ville d’Igbo Ukwu, témoignant d’une maîtrise technique élevée de la part des artisans. La statuaire Igbo est variée : statues d’ancêtres « alussi » ou « agbara » ; statuettes protectrices « ikenga » aux longues oreilles symbolisant la puissance ; statues polychrome sacrificielles en terre crue ; statues rituelles funéraires féminines scarifiées ; maternités ; statuettes de divinités anthropomorphes. Ci-dessous, photo du centre, statue d’ancêtre avec les paumes de mains tournées vers le ciel en signe d’offrande. La couleur des pigments qui peuvent la recouvrir ainsi que les marques présentes sur le visage déterminent le rang du personnage.
Les Kota sont un peuple bantou chasseur et pêcheur d’Afrique centrale, établi principalement au Gabon (forêt équatoriale au Nord-Est), mais également en République du Congo. Société traditionnellement patriarcale et fortement égalitaire, certains de ses sous-groupes tels que les Mahongwe ont néanmoins adopté un lignage matrilinéaire. Les enfants doivent respecter la tradition, les anciens, et pratiquer l' »ewele » (approximativement traduit par « fierté »). Une caractéristique-clé du peuple Kota est l’originalité de ses rituels de circoncision et de veuvage, généralement tenus secrets. Ils excellent dans l’art de la poterie et le travail du fer. Ils sont reconnus pour leurs reliquaires en cuivre et en laiton, objets religieux et mystiques associés à l’ordre « Bwete ». Ce dernier est un rite initiatique reposant sur la mastication par le néophyte d’écorces de racines de l’arbuste appelé « iboga » ou « eboga », possédant des propriétés hallucinogènes qui procurent au néophyte des visions spectaculaires dont le récit aux initiateurs serviront à valider son initiation. Le Bwete possède deux branches : la branche originelle « Bwiti dissumba » est un passage pubertaire strictement masculin et s’appuie sur le culte des ancêtres, notamment à travers des reliquaires contenant les ossements des ascendants défunts ; la branche dérivée mixte « Bwiti misoko » a  une fonction avant tout thérapeutique. Ci-dessous, photo de droite, un reliquaire Bwiti en cuivre.

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Peuple d’Afrique centrale établi au centre de la République Démocratique du Congo, les Kubas sont organisés en royaume et parlent une langue bantoue. Le Royaume Kuba, ou la confédération Kuba, est une entité étatique et politique unifiée par les Kubas au XVIIe siècle, regroupant près de 20 peuples bantous,  dont les Luba, les Leele, les Pende, les Dengese et les Wongo. L’art Kuba se caractérise par un sens exceptionnel des formes et des couleurs. Il se manifeste sous la forme de statuettes, nattes et pagnes en fibre de raphia tissés et brodés, masque de danse, coupe céphalomorphes, peignes, porte-rasoirs et boîtes à fard stylisées. Habituellement fabriquées par de jeunes garçons ou des apprentis sculpteurs, les poupées jouets (« deli ») sont de simples pièces de bois avec une extrémité en forme de tête coiffée à la manière des Kuba, coiffure reconnaissable également sur les masques et les figurines sculptées de rois Kuba (« ndop »). Elles peuvent être des jouets pour les filles ou les garçons. Chaque statue ndop est caractérisée par la présence d’un élément typique et représentatif  (« ibol », « mabol » au pluriel) de chaque personnage. L’ibol du ndop en photo de gauche ci-dessous est un perroquet.
Les Tsongas sont une population d’Afrique australe vivant principalement dans le nord du Transvaal (Afrique du Sud) et dans le sud du Mozambique, et parlant une langue bantoue. On en trouve également un tout petit nombre au Swaziland et au Zimbabwe. Le terme « Shangaan » habituellement utilisé pour les désigner est impropre, car il ne représente qu’une petite fraction du groupe ethnique Tsonga. Cette ethnie a été unifiée par l’assimilation progressive de diverses tribus voisines et le développement de la langue commune Xitsonga depuis le XIIIe siècle. L’économie traditionnelle des Tsongas repose sur l’agriculture (manioc, maïs, millet, sorgho) et l’élevage pastoral (vaches, moutons, chèvres). Les femmes assurent en majorité les travaux des champs, les hommes et les adolescents s’occupant des troupeaux. Mais aujourd’hui beaucoup d’hommes partent pour chercher du travail. Les jeunes hommes suivent traditionnellement la préparation à la circoncision appelée « matlala » ou « ngoma », et les jeunes filles vierges l’initiation « khomba » à la féminité, à la place de la femme dans la communauté, et au mariage. Les Tsongas ont un profond respect pour leurs ancêtres, qui ont la réputation d’exercer une forte influence sur le destin des vivants. Les guérisseurs traditionnels se nomment « n’anga », et soignent les douleurs, les maladies et la stérilité, considérées comme des signes de possession de la personne, qui peut à son tour devenir guérisseur si les ancêtres en décident ainsi. Les Tsongas ont largement contribué à la scène musicale africaine contemporaine et sont connus pour leurs danses traditionnelles, comme le  « xibelani ». Les mères Tsonga fabriquent des poupées pour leurs filles lorsqu’un bébé naît. Les filles initiées font quant à elles une poupée perlée appelée « n’wana » (enfant), qu’elles conservent jusqu’à ce qu’elles donnent naissance à une fille. La nouvelle mère orne alors le bébé avec des objets faits à partir des perles de la poupée. Ci-dessous, photo du centre, une n’wana réalisée par un artiste Tsonga contemporain autour de 1950.
Les Abrons (ou Brons, ou Bono) sont une population d’Afrique de l’Ouest, vivant principalement au Ghana d’où ils sont originaires, ainsi qu’à l’Est de la Côte d’Ivoire. Ils font partie du grand groupe des Akans. À la fin du XVIe siècle, ils fondent le royaume Gyaman, en extension du Bonoman. La société  est matrilinéaire : seuls les enfants des sœurs et des tantes du roi peuvent lui succéder. Les Abrons sont agriculteurs et éleveurs. Lors de la fête des ignames, qui marque le début de la nouvelle année, les chefs de familles offrent des sacrifices aux mânes des ancêtres et aux dieux pour les remercier de leur avoir donné protection, santé et prospérité. Après cette cérémonie, les anciens sont invités à consommer la nouvelle igname. La danse et la musique, très développées et pratiquées par les seuls initiés, contribuent au rayonnement culturel de la Côte d’Ivoire. Les Abrons fabriquent, entre autres, des lance-pierres sculptés en bois polychrome, ainsi que des statues autels, colons, de reine ou d’ancêtre féminin (photo de droite ci-dessous).

Les Adja sont une population d’Afrique de l’Ouest vivant au Sud-Ouest du Bénin et au Sud-Est du Togo. Ils ont fondé en l´an 1000 le royaume le plus puissant du sud du Togo actuel, appelé royaume de Tado, qui prospéra géographiquement et culturellement jusqu’au XIXe siècle. Sur le territoire du Bénin actuel, ils se mélangèrent aux populations locales pour former l’ethnie Fon, aujourd’hui majoritaire dans ce pays. Les Adja ont payé un lourd tribut à l’esclavage jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, période à laquelle les Yoruba devinrent les captifs les plus communs de la région. En raison de la pénurie de terres due à la forte densité de population le long de la frontière Togo-Bénin, de nombreux Adja ont récemment migré vers les régions côtières, le Sud du Nigéria ou le Gabon, pour chercher des terres arables ou travailler en milieu urbain. La statuaire Adja liée au vaudou (religion dont les Adja seraient à l’origine) est puissante : fétiches anthropomorphes, statues cultuelles (photo de gauche ci-dessous) et autels domestiques. Par ailleurs, de nombreux crânes humains reliques sont utilisés pour des rituels de divination, pour s’attribuer les qualités du défunt et communiquer avec lui, ou à des fins guerrières.
Peuple d’éleveurs pastoraux, de pêcheurs et d’agriculteurs, les Baguirmi (ou Barma) sont une population d’Afrique de l’Ouest vivant au Tchad et au Nigeria. Le royaume du Baguirmi est un ancien État sahélien localisé au Sud-Est du lac Tchad, dont la capitale est Massenya. Le roi du Baguirmi porte le titre de Mbang, mais du fait de l’islamisation, on parle également de Sultan. S’il n’existe plus aujourd’hui en tant qu’entité politique indépendante, le Baguirmi demeure comme chefferie traditionnelle en relation avec les autorités administratives tchadiennes. La fondation du royaume se situe vers la fin du XVIe siècle, et son islamisation entre 1620 et 1630. Selon la tradition, un groupe de chasseurs kinga aurait fondé Massenya et obligé les populations de la région à rejeter la domination des Bilala. Une autre thèse attribue la création du Baguirmi à des Peuls originaires du Fouta Toro. Une dernière version prétend que le Baguirmi aurait été l’œuvre de neuf frères venus de Njimi, au Kanem. Vassal du Bornou, le Baguirmi connaît une grande prospérité au XVIIIe siècle, grâce au commerce des esclaves issus des populations animistes du Sud. Mais dès le début du XIXe siècle commence le déclin du royaume, entouré de deux puissants voisins, le Bornou et le Ouaddaï, qui se disputent la suzeraineté du Baguirmi. En 1897, le sultan Abd er Rhamane Gaourang II se place sous le protectorat français. Mais à partir de 1915, le régime d’administration directe est appliqué au Baguirmi, et le sultan perd presque tous ses pouvoirs. De 1 500 000 habitants en 1850, le Baguirmi n’en compte plus aujourd’hui que 45 000, en raison du faible taux de natalité de sa population. Ceci explique peut-être la forte présence des poupées de fertilité (photo du centre ci-dessous) dans la statuaire Baguirmi.
L’une des plus anciennes populations de l’Afrique centrale, les Kotoko sont surtout présents au Nord du Cameroun, ainsi qu’au Tchad et au Nigeria. Ils se disent les descendants des mythiques Sao, réputés pour leur grande taille, leur corpulence et leurs exploits, qui peuplèrent la région dès le Xe siècle. Ce sont pour la plupart des musulmans sunnites, à peine 10 % étant chrétiens évangélistes. Les  croyances traditionnelles subsistent, notamment celles liées aux esprits de l’eau. Chaque ville, formant une communauté relativement indépendante gouvernée par un prince héréditaire assisté de dignitaires, possède un territoire sur lequel elle exerce des droits : droit de pêche dans les rivières et droit de culture. Les agglomérations sont divisée en quartiers, regroupés en deux moitiés : la moitié Nord est associée à la force, à la masculinité, aux activités liées à l’eau ; celle du Sud à la féminité, à la passivité, à la chasse, à la couleur noire, à la nuit et à la saison des pluies. Sur la place centrale, outre la mosquée, se dresse une tour où seul a accès le prince, et dont la fonction est de relier la cité au monde céleste. Les Kotoko, qui tentent aujourd’hui de valoriser leur patrimoine architectural, artisanal et culturel, vivent dans un écosystème fragile : des pluies rares concentrées sur trois mois environ, une végétation clairsemée et un désert qui avance. La statuaire Kotoko comprend des cavaliers en bronze ainsi que des poupées de fertilité (photo de droite ci-dessous).

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Population d’éleveurs pastoraux habitant le Sahara central et ses pays bordures (Algérie, Libye, Niger, Mali, Mauritanie, Burkina Faso), les Touaregs, qui se nomment eux-mêmes les Kel Tamasheq en référence à leur langue berbère, ont une image largement influencée par l’héritage colonial : fiers, rebelles, chevaleresques et, en même temps, pillards et esclavagistes, ils sont réputés pour être réfractaires à toute tentative extérieure de mise en ordre politique et économique. Au début du XXe siècle, les Touaregs sont le dernier peuple d’Afrique de l’Ouest soumis par les français. Souvent nomades, leur sédentarisation s’accélère depuis la seconde moitié du XXe siècle. Confrontés à des formes d’assimilation culturelle et linguistique, à une marginalisation économique et politique qui les ont conduits à la lutte armée dans les années 1990 et à la sécheresse qui décime les troupeaux, ils ont abandonné pour beaucoup le nomadisme pour se fixer dans les oasis ou dans les grandes villes en bordure du Sahara. La société touarègue est organisée en tribus (« tawsit ») dirigées par un chef de tribu (« amghar »), divisées elles-mêmes en fractions. Elle est matrilinéaire (l’enfant reçoit le rang social de sa mère et appartient à sa tribu quelle que soit la qualité de son père), généralement monogame et hiérarchisée : tribus de guerriers nobles, tribus maraboutiques de religieux, tribus vassales, artisans et forgerons noirs, anciens captifs, serviteurs. Les femmes touareg ont un statut plus élevé que celui de leurs homologues arabes. La tradition musicale des Touaregs est riche, varie selon la classe sociale et utilise des instruments spécifiques comme la vièle monocorde (« imzad ») et le tambour à peau de chèvre (‘tendé »). L’artisanat traditionnel est très présent chez les Touaregs, il recense 21 modèles régionaux de croix du Sud en argent. Ils produisent des bijoux (colliers, boucles d’oreilles, bagues) en or et en argent, des boîtes de pèlerinage richement décorées, des épées et poignards, des objets en cuir vert (masques, panneaux de tente), des objets utilitaires (selles de dromadaire, piquets de tente, clés de voile, cadenas, pots et bols en terre ou en bois,…) et quelques rares poupées (photo ci-dessous à gauche).
Les Peuls (Foulani, Fellata ou Fulbe) sont un peuple traditionnellement nomade, essentiellement constitué d’éleveurs transhumants de vaches zébus et de chevaux, établi dans toute l’Afrique de l’Ouest et au-delà de la bande sahélo-saharienne, soit au total dans une quinzaine de pays. Leur dispersion et leur mobilité ont favorisé les échanges et les métissages avec d’autres populations. Par ailleurs, les guerres saintes menées dès le XIVe siècle entraînèrent un contrôle de terres importantes et une domination sur un grand nombre de non-Peuls assujettis ou capturés lors de razzias, qui accéléra leur sédentarisation. Sans cesser d’être éleveurs, les Peuls abandonnèrent la vie nomade, pratiquée aujourd’hui par une minorité, et se livrèrent aussi aux activités agricoles.  Particulièrement nombreux au Nigeria, au Niger, dans le Nord du Cameroun, au Mali, au Sénégal et en Guinée, ils sont minoritaires partout à l’exception de ce dernier pays, où ils représentent 40 % de la population. Ses membres sont très majoritairement musulmans, avec des minorité de bahaïs (religion abrahamique et monothéiste, proclamant l’unité spirituelle de l’humanité), de chrétiens et d’animistes. La société peule est patrilinéaire et endogame, avec quelques exceptions chez les sédentaires. Elle est très hiérarchisée, avec deux classes sociales (nobles et roturiers) réparties en de nombreuses castes de métiers. Enseignée auprès des adolescents par les personnes les plus âgées et en particulier les femmes au travers de chants et de comptines, la transmission orale des traditions et des légendes est très vivace. Le « pulaaku », que l’on pourrait traduire par « foulanité », est un ensemble de règles morales et sociales très subtiles définissant un code de comportements jugés spécifiquement peul.  L’artisanat peul est développé : les nomades fabriquent des calebasses, des chapeaux coniques et des tabliers en cuir ; les sédentaires tissent le coton et la laine, font des bijoux en or et en fer qu’ils associent au cuir et aux perles, et travaillent la poterie et le bois. Ils créent des poupées faites de tissu, de bois et d’os et décorées de perles et de coquillages (photo du centre ci-dessous), ou à base d’épis de maïs.
Les Bozos sont une très ancienne population mandingue de pêcheurs et de bateliers d’Afrique de l’Ouest, vivant principalement au Mali et au Niger, le long du fleuve Niger et de son affluent le Bani. Peuple semi nomade, il déplace ses habitations selon les saisons et le niveau de l’eau. Les Bozos sont à l’origine de la création de la plupart des villes situées au bord du fleuve Niger, telles que Djenné ou Mopti. Leur peu d’intérêt pour le pouvoir et l’absence de griot en leur sein ont fait que ces villes ont été administrées par les autres ethnies. Principalement de confession musulmane, ils gardent une très forte tradition animiste autour de leur animal-totem le taureau, dont le corps représente le fleuve et les cornes les pirogues. Ils pratiquent également le culte du génie des eaux « dyi dye » (fils de l’eau). Les Bozos ont une tradition de masques de fabrication artisanale communément appelés marionnettes bozos (photo de droite ci-dessous). De variétés et tailles très diverses, faites de bois et de tissu et peintes de couleurs vives et chaudes, ces marionnettes aux formes humaines et animales ont chacune une signification particulière et jouent à la fois un rôle ludique et éducatif. Elles sont sorties lors de la cérémonie du « Sogobo », théâtre traditionnel de marionnettes accompagné de danses, de chants et de musique.

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Vivant principalement en Guinée forestière, également en Sierra Leone et au Liberia, les Kissi sont une population d’Afrique de l’Ouest à majorité chrétienne. La plupart pratique cependant l’animisme ou une forme de syncrétisme, une minorité étant musulmane. À  la fin du XIXe siècle, le guerrier nommé Kissi Kaba Keita unifie de nombreuses chefferies et résiste à l’occupation française. Les Kissi sont essentiellement agriculteurs et éleveurs, le riz étant leur production de base. Les autres cultures incluent l’arachide, le coton, le maïs, la banane, la pomme de terre et le melon. Les travaux agricoles sont partagés à égalité entre hommes et femmes. Les hommes chassent, pêchent et défrichent la terre. Les femmes s’occupent des jardins potagers, des enfants et de la vente sur les marchés. Les enfants prennent soin du bétail, bovins et chèvres, les vaches étant réservées aux sacrifices. Sous la conduite d’un chef et des anciens, les Kissi vivent dans des petits villages autogérés. Ils pratiquent le culte des ancêtres, qui agissent comme intermédiaires avec le dieu créateur, et la prière aux morts. Ils craignent le surnaturel, portent des amulettes pour se protéger des esprits malins et ont recours à la sorcellerie, la transe et l’hypnose.  À la puberté, les enfants subissent un rituel de purification (« biriye »). Les Kissi sont connus pour la vannerie et le tissage sur métiers verticaux. Par le passé, ils excellaient dans le travail du fer et ont produit le « penny Kissi », une monnaie de fer en usage en Afrique de l’Ouest et centrale. Ils sculptent des effigies de leurs esprits ancestraux (« pomdo », photo de gauche ci-dessous) dans de la stéatite (pierre à savon), auxquelles ils offrent des sacrifices. Une autre thèse soutient qu’elles représentent des dieux vénérés pour augmenter les rendements agricoles.
Localisés dans le Sud du Bénin où ils constituent la plus grande ethnie (40 % de la population) et au Nigeria, les Fon ont une économie traditionnelle reposant sur l’agriculture (maïs, mil, manioc, banane plantain, igname, huile de palme). Zone d’influence de la France en Afrique de l’Ouest depuis le milieu du XIXe siècle, le Dahomey (Bénin actuel) était le siège du royaume Fon qui avait pour capitale Abomey. Son régiment combattant féminin (« mino ») dit « des amazones », dont la création remonte à la fin du XVIIe siècle, était composé d’environ 5 000 femmes. Aux XVIIIe et XIXe siècles, les Fon ont été victimes du trafic d’esclaves, mais y ont aussi soumis d’autres ethnies. L’administration coloniale française, présente de 1892 à l’indépendance en 1960, améliora l’infrastructure du pays pour servir ses intérêts, notamment dans les plantations. La société Fon est patrilinéaire et polygynique : chaque lignage, composé de familles apparentées en ligne masculine, est dirigé par son membre masculin le plus âgé. La religion Fon repose sur le vaudou, culte animiste polythéiste mêlé d’éléments du rite catholique, de croyances magiques et d’un système complexe de pratiques divinatoires, où la musique et la danse jouent un rôle important. Issus de la tradition orale, les proverbes, les légendes et les contes figurent parmi les formes d’expression les plus populaires de la culture et des valeurs traditionnelles des Fons. Dans les activités agricoles, les hommes assurent défrichage et sarclage, et les femmes entretiennent les champs et font la récolte. Dans les activités artisanales, la forge et le tissage sont assurés par des hommes, et la poterie constitue une activité féminine. L’art des Fon est exceptionnel et très varié : sculptures sur bois comprenant des statuettes protectrices (« bochio », divinité vaudou recevant des offrandes et nourrie d’huile de palme et de sang animal), des trônes et sièges pour le roi et les ministres, des piquets fétiches, des poteaux protecteurs (« hwèdo ») et des poupées fétiches (photo du centre ci-dessous) ; le travail du fer (autels portatifs ou « asen », gongs) et celui de la fonte (cannes de dignitaires) sont très anciens, ainsi que la fonte à la cire perdue de motifs en cuivre ou en argent sur temples et palais ; les objets en aluminium (« asen », recade ou bâton de danse) sont plus récents ; les crânes reliques sont très nombreux ; des bas-reliefs de terre colorée décrivent les événements des différents royaumes.
Les Nupe sont une population d’Afrique de l’Ouest vivant au centre-Ouest du Nigeria, le long du Niger et de la Kaduna. Essentiellement agriculteurs, ils sont surtout présents dans le états de Niger, de Kwara et de Kogi. Le commerce et les conflits avec leurs voisins Yoruba des sous-groupes Igbomina et Oyo ont conduit à une fertilisation croisée culturelle entre ces trois ethnies au cours des siècles. Majoritairement musulmans après leur conversion à la fin du XVIIIe siècle et leur incorporation dans l’empire Fulani en 1806, ils comptent une minorité de chrétiens et conservent des traces de pratiques des cultes animistes. Ils portent des scarifications rituelles au visage, signes d’appartenance à une famille ou de protection contre les esprits malins, ainsi que de nombreux bijoux. Ils ont une réputation d’excellents artisans, organisés en corporations qui travaillent le bois (chaises et portes gravées, masques), le verre, le cuivre, le cuir et le coton. Ils produisent également quelques rares poupées de fertilité en bois (photo de droite ci-dessous).

Toujours au Nigeria, Les Wurkun sont un ensemble de peuples d’Afrique de l’Ouest vivant au Nord du pays, à la limite de la haute et de la moyenne vallée de la rivière Bénoué. Leurs masques et leur statuaire colonnaire ont été décrites, mais les populations elles-mêmes restent peu documentées. Les masques verticaux, de  grande taille et spectaculaires, sont énigmatiques pour deux raisons : par leur forme, qui empêche certains d’entre eux d’être portés facilement du fait de l’espace entre les extrémités inférieures, trop étroit pour y placer la tête d’une personne ; par leur usage, qu’aucune observation n’a permis de comprendre. Ces objets servaient probablement moins de masques conventionnels que de sculptures ambulatoires exhibées lors des festivals célébrés pour la moisson ou les semailles, afin de répandre les bénédictions de prospérité agricole et de bien-être sur la communauté. Ils incarnaient également des ancêtres revenant dans le monde des humains lors de cérémonies spectaculaires. Les statuettes, souvent par paires (photo de gauche ci-dessous), présentent un tronc cylindrique avec une hernie ombilicale saillante. La sculpture de la tête met en évidence une coiffure en crête et amplifie le pavillon de l’oreille. Ces « wundul » sont percées à leur base afin de pouvoir être fichées en terre : elles auraient peut-être joué une fonction protectrice des récoltes.
De part et d’autre de la frontière entre Nigeria (Sud-Est) et Cameroun (Nord-Ouest), dans la vallée de la Donga, vit le peuple d’agriculteurs et d’éleveurs Mambila, en difficile cohabitation avec les éleveurs nomades Peuls (Fulani) qui en réduisirent un bon nombre en esclavage. Leur culture alimentaire est le maïs, et leur culture de rapport le café. Politiquement, les Mambila nigérians sont traditionnellement acéphales, c’est-à-dire qu’ils ont un chef rituel mais pas de chefs au pouvoir politique. Par contraste, au Cameroun, ils semblent avoir emprunté à leurs voisins, les Tikar, l’institution du chef, un emprunt qui a été appuyé par les administrations coloniales et indépendantes, dont I’autorité a renforcé le rôle et le statut du chef. Majoritairement chrétiens, avec une petite minorité musulmane, ils restent fortement sous l’influence de la religion traditionnelle, notamment le suàgà, système de mascarades et de serments accompagnés de sacrifices. Parmi les nombreuses œuvres réalisées dans le cadre de ce système, on trouve des masques zoomorphes polychromes très expressifs et des statuettes en bois dur (« tadep », photo du centre ci-dessous). On pensait que ces dernières étaient des figures d’ancêtres, mais il semble qu’elles devaient être plutôt utilisées à des fins thérapeutiques. Les Mambila ont également réalisé des poteries dont on suppose qu’elles étaient utilisées lors de rites.
Les Fangs, dont certains pensent que le vrai nom est « Ekang », sont un groupe ethnique de langue bantoue réparti dans trois pays de l’Afrique centrale : Guinée équatoriale, Cameroun et Gabon. Partis vers la fin du XVIIIe siècle de la savane située sur la rive droite de la Sanaga, probablement sous la poussée des Peuls, ils progressent vers le Sud-Ouest à travers la forêt jusqu’à la région du bas Ogooué au Gabon à la fin du XIXe siècle, arrêtés par la mer et par l’administration coloniale française. Agriculteurs, ils pratiquent une culture vivrière (manioc, banane, igname, maïs, huile de palme et arachide) et de rapport (cacao). La société patrilinéaire a une organisation hiérarchique : ethnie, sous-groupes principaux et secondaires (« ayong »), tribus, clans, familles élargies. Le pouvoir est exercé par le chef de la famille étendue, qui n’est pas l’homme le plus âgé, mais le plus apte : en effet, les anciens perdent leur autorité quand diminuent leurs capacités. Le « ngil », association rituelle, était un élément de cohésion tribale interclanique, qui protégeait la société Fang contre sorciers et malfaiteurs en démasquant et en punissant ceux-ci sans tenir compte de leur origine ancestrale. Deux mythologies sont centrales chez les Fangs : le « Mvet » et « Ondzabogha ». Le Mvet est avant tout une cosmogonie, puisqu’il explique la formation de l’univers à partir d’une explosion initiale ; il est ensuite un récit merveilleux d’aventures épiques mettant aux prises les mortels, les immortels et le dieu créateur Eyoh. Ondzabogha signifie « creuser l’adzap », un arbre immense, ce qui résume la détermination du peuple Fang à franchir les obstacles dressés sur sa route pour trouver sa terre promise, l’Afrique centrale. Le « Byeri » est une société secrète et initiatique masculine utilisant pour ses rituels des crânes d’ancêtres fétiches et des statuettes gardiennes de reliquaire. Les Fang en produisent de nombreux, ainsi que de longs masques blancs portés par des membres du ngil lors de cérémonies, des masques effrayants « Ekekek » ou « Bikeghe » représentant des européens, des masques de rite initiatique « Ngon-ntang », des cuillères cérémonielles, des instruments de musique (harpe), des armes forgées, et quelques rares poupées de rite initiatique « Bwiti » (photo de droite ci-dessous).

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Les Punu sont un peuple bantou d’Afrique centrale établi principalement au Sud du Gabon, autour des fleuves N’gounié et Nyanga, ainsi qu’en République du Congo dans la région du fleuve Niari. Marchands et guerriers, ils collectent le caoutchouc et pratiquent le commerce des esclaves au XIXe siècle. Aujourd’hui, ils sont connus pour fabriquer des vêtements en fibre de palme et des armes en fer. Leur société matrilinéaire exogame est organisée en clans, définis comme des groupes de personnes ayant un ancêtre commun mythique ou réel. Les masques féminins blancs de la société Mukuyi (ou Okuyi) ont une fonction funéraire, ils représentent l’esprit de la défunte revenu du pays des morts et ont un rôle apotropaïque : ils ont pour but de détourner les influences maléfiques venues de la forêt. Outre les nombreux masques, les Punu produisent des louches cérémonielles et des sceptres de dignitaire en bois, des soufflets de forge, des harpes et quelques statuettes rituelles féminines (photo de gauche ci-dessous).
Population bantoue d’Afrique centrale vivant au Sud-Est de la République Démocratique du Congo, entre le fleuve Congo et le lac Tanganyika, dans la province du Katanga et principalement dans le territoire de Kongolo, les Hemba sont avant tout des agriculteurs et des chasseurs. Victimes des trafiquants d’esclaves arabes à la fin du XIXe siècle, ils sont ensuite colonisés par les belges. Ils pratiquent une culture vivrière (manioc, maïs, arachide, haricots secs et igname), ainsi que dans une faible mesure la chasse et la pêche pour compléter leur alimentation. La collecte du cuivre alluvionnaire leur assure un revenu. De nombreux hommes sont aussi employés dans les mines de cuivre. La société matrilinéaire Hemba est organisée en chefferies (familles étendues de propriétaires terriens). Ses membres peuvent appartenir à des sociétés secrètes d’hommes telles que la « Bukazanzi », de femmes telles que la « Bukibilo », ou dédiées aux rituels pour les esprits ancestraux comme la « So’o ». Ces sociétés servent à contrebalancer le pouvoir du chef. Les Hemba reconnaissent un dieu créateur « Vidiye Mukulu » et un être suprême « Shimugabo », et pratiquent le culte des ancêtres au moyen de sacrifices et d’offrandes, non seulement pour honorer la mémoire des chefs disparus mais aussi pour légitimer l’autorité du chef actuel. L’art Hemba est fortement influencé par celui de leurs voisins Lubas, la tradition sculpturale étant essentiellement vouée à la représentation d’ancêtres mâles en bois (« singiti ») : le personnage est généralement debout, les mains sur le ventre et les yeux mi-clos, et son attitude dégage une impression d’assurance et de sérénité, le  travail du visage étant particulièrement élaboré (photo du milieu ci-dessous). Les Hemba honorent aussi la « kajeba », une statuette buste fétiche janiforme (qui a deux visages opposés) surmontée d’un réceptacle contenant des substances magiques chargées de protéger son propriétaire contre les maladies et la malchance. Ils produisent également deux types de masque (anthropomorphe et chimpanzé), ainsi que des objets utilitaires : tabourets à cariatides, sceptres, coupes cérémonielles, instruments de musique (sanza),…
Population forestière bantoue d’Afrique centrale, les Lega sont principalement établis en République Démocratique du Congo (RDC), à l’Est du fleuve Congo, jusqu’en altitude dans les monts Mitumba, dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et du Maniema. Depuis les crises à répétition consécutives à l’indépendance de la RDC le 30 juin 1960, les Lega font partie des peuples réclamant une nouvelle réorganisation administrative fondée sur des critères objectifs : homogénéité culturelle, démographie, superficie, viabilité économique. La société secrète initiatique du « Bwami » occupe un place prépondérante dans leur vie sociale et religieuse : elle comporte des grades hiérarchisés et vise à observer un code de conduite moral idéal axé sur la bonté, la vérité et la perfection spirituelle. La communion du Bwami et le pouvoir autonome territorial sont les deux institutions socio-politiques autour desquelles se structure toute la société Lega. La religion des Lega est l’ancestralisme : fondée sur la croyance en la communion avec les ancêtres défunts, intermédiaires entre les vivants et Dieu, l’ancêtre des ancêtres, le proto-ancêtre. Le culte des ancêtres se pratique au moyen de nécropoles familiales (« nabuu ») où sont placés des ossuaires. La production artisanale et artistique des Lega est très riche : sculptures « bikyeko » (masques, statuettes et figurines), « myambalo » (ornements et objets de culte) et « bitngya » (instruments de musique) en bois, ivoire, os, corne ou pierre ; statues en argile (« babumbi ») ; vannerie (paniers, corbeilles, meubles, nattes,…) en liane, raphia, feuille de palmier, herbe, roseau,… ; forge (fer, cuivre, argent) produisant entre autres des armes blanches (couteaux, rasoirs, lances,…). Ci-dessous, photo de droite : statuette Bwami en os animal.

Restons en République Démocratique du Congo (RDC) avec les Luluwa, présents dans le Sud-centre de la province du Kasaï-occidental, entre la rivière Kasaï à l’Ouest et la frontière du Kasaï-oriental à l’Est. Leur origine remonte à  l’interpénétration d’immigrants Luba (voir plus haut) avec la population autochtone de la région. Organisés en petites chefferies autonomes, ils ont néanmoins subi l’influence politique et culturelle des Tchokwés (voir plus haut), notamment dans l’adoption des rituels d’initiation et l’usage des masques. Un conflit territorial violent les oppose aux Luba de 1959 à 1961. La société s’organise sous la direction d’un chef à travers les assemblées du peuple (« Masambakanyi »). Les Luluwa sont agriculteurs (manioc, maïs, millet, riz, igname, sorgho, haricot, arachide, pistache, banane, ananas,…) et éleveurs (bovins, basse-cour). L’éducation insiste sur la notion de solidarité, envers la communauté et les étrangers. Le sport le plus prisé est la lutte « bibula ». Les Luluwa pratiquent avec habileté l’art oral et emploient de nombreux proverbes. La musique traditionnelle Luluwa est d’une grande richesse mélodique, et a donné naissance à de nombreux interprètes contemporains. Les Luluwa travaillent la céramique, la vannerie, et produisent de nombreux masques initiatiques et statuettes politiques, religieuses ou décoratives en bois ou en bronze d’une grande qualité artistique. Des sculptures de femmes avec des scarifications et un traitement élaboré du nombril sont fréquentes, ainsi que des représentations d’ancêtres et d’enfants morts réincarnés. Les femmes utilisent des poupées de fertilité : elles sont isolées pendant leur grossesse, au cours de laquelle elles commandent une poupée au sculpteur ; elles gardent ensuite la poupée dans un panier près de leur lit, l’enduisent régulièrement d’huile et la sortent les nuits de pleine lune, symbole de fertilité. Les figures masculines représentent généralement des dignitaires, des chefs ou des responsables d’associations religieuses. Ci-dessous, photo de gauche : féminité de charme (« mbulenga ») de la catégorie « chibola », maternités destinées à protéger l’enfant à naître et présider aux accouchements.
Toujours en République Démocratique du Congo, les Songye sont un peuple bantou d’Afrique centrale établi dans le Sud-Est de ce pays, réparti dans plusieurs provinces (Kasaï-occidental et oriental, Maniema et Katanga). Selon certains historiens, ils seraient descendants de l’Egypte ancienne dont l’invasion par les assyriens, perses et grecs fut la cause principale de leur émigration massive, suite à leur refus d’être colonisés par les nouveaux maîtres. Ils sont pour la majorité agriculteurs (manioc, maïs, archide) et chasseurs lorsque l’environnement le permet. La société Songye est patrilinéaire, avec un mélange de patrilignage strict (« kabinebine ») et secondaire (les sept autres arrière grands-parents). Elle est constituée d’une vingtaine de chefferies  indépendantes qui possèdent en commun un principe d’organisation politique reposant sur le partage du pouvoir. Les fondements de la croyance magico-religieuse sont souvent encore la magie bénéfique (pratiquée par le « nganga »), la magie maléfique (pratiquée par le « ndoshi »), un dieu unique et désintéressé du monde qu’il crée (« Efile Mukungu »), et les « bikudi », âmes des ancêtres défunts qui se réincarnent dans les fœtus des femmes enceintes. Les Songye fabriquent des masques (kifwebe) couverts de scarifications linéaires et représentant un esprit. Masculins, ils portent une crête blanche. Féminins, ils ont une coiffe lisse. Ils sont liés à la magie noire et occupent un rôle très important de contrôle de la vie politique et sociale (initiations, circoncisions, funérailles,…). Liées à la magie blanche, les statues Songye assurent le bien-être du village. Variant en taille de 10 à 130 cm (« nkishi » pour les petites, « mankishi » pour les grandes), elles sont généralement masculines et renferment des substances magiques logées dans l’abdomen ou dans des cornes fixées sur la tête. Elles sont parfois recouvertes de  cuivre ou de laiton, de perles ou de clous afin de renforcer leur puissance magique. Le sculpteur Songye fabrique aussi des amulettes (« boanga »), des sièges, des coupes, des mortiers, des tambours, des bâtons de danse, des boucliers et même de petits masques aveugles que l’on accroche dans la case. Ci-dessous, photo du centre, fétiche nkishi, médiateur entre le divin et les hommes.
Encore en République Démocratique du Congo, les Yaka sont une population bantoue d’Afrique centrale vivant principalement au Sud-Est du pays, et aussi au Nord-Est de l’Angola. Peuple de razzieurs nomades, ils lancent avec succès au XVIe siècle des offensives sur leurs voisins Kongos, ethnie côtière déjà en contact avec les Européens. Finalement soumis par eux, puis par les Lundas au XVIIIe siècle, ils sont occupés par l’armée coloniale à la fin du XIXe siècle. Ce sont principalement des agriculteurs (manioc, arachide, igname, courge, maïs, haricots, café robusta), des éleveurs (petit bétail, volaille) et des chasseurs. Le royaume Yaka est une monarchie patriarcale dirigée par le « kiamfu », secondé par plusieurs chefs coutumiers gouvernant des fiefs. Au niveau de la famille opère une segmentation en lignage dont le chef exerce une réelle autorité, jusqu’au droit de vie ou de mort. Les Yaka ont beaucoup migré à Kinshasa, des suites de l’exode rural. Il existe un rite d’initiation pour les jeunes entre 10 et 15 ans, qui se termine par la circoncision.  À cette occasion ont lieu de grandes fêtes avec masques zoomorphes, danses et chants. Les masques Yaka ont de nombreuses fonctions : effrayer l’assistance, se protéger des maléfices, assurer la fertilité du jeune initié, guérir des maladies, jeter des sorts. Le masque d’initié « kholuka » est très connu, avec ses yeux globuleux ou tubulaires, son nez important et retroussé, sa bouche entrouverte sur deux rangées de dents, souvent muni d’une grande coiffe en raphia supportant des personnages ou des animaux. Les statues Yaka sont habituellement de petite dimension et sont souvent sculptées par paires, les traits du visage reproduisant ceux caractéristiques des masques. Elles servent à guérir ou au contraire à jeter des sorts : les substances médicinales (« biteki ») sont introduites dans l’abdomen, obstrué ensuite avec de la résine, ou contenues dans des sacs accrochés à la statue. On trouve aussi la statue « khosi », d’une taille de 30 à 80 cm, formée soit d’un corps à deux visages et membres dédoublés (photo de droite ci-dessous), soit de deux statues accolées dos à dos. Les chefs Yaka possédaient des objets de prestige comme des appuie-nuques, des coupes, des herminettes, des peignes à trois dents dont la poignée est surmontée d’une tête humaine au nez retroussé ou d’une figure animale, des glaives, des tambours, des sifflets, des sceptres ou des pipes en terre cuite.

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Installés dans le Sud-Ouest de la République Démocratique du Congo et en Angola, les Suku partagent les mêmes traditions culturelles et la même organisation politique que leurs proches voisins les Yaka (voir ci-dessus). Cette dernière est pyramidale, du chef de village au chef de plusieurs villages, en passant par le chef de région jusqu’au chef suprême (le « Kyambko » chez les Yaka et le « Menikongo » chez les Suku). La forme politique coutumière de la tribu est du type monarchique et féodal, sous l’obédience du chef suprême, qui investit ses vassaux dans la cérémonie du « kuyadisa mbwene » et arbitre leurs différends. Cette forme politique fut toutefois singulièrement bouleversée par l’occupation européenne. La religion repose sur la croyance en un être suprême, « Nzambi Mpungu », et la morale sur la crainte fétichiste d’une justice immanente : les ancêtres défunts se vengent parce que les règles coutumières (« nsiku ») n’ont pas été observées et il y aura mort ou maladie dans le clan si la faute n’est pas réparée par l’amende et le sacrifice expiatoire. Comparée à celle des peuplades voisines, la morale sexuelle des Suku est relativement sévère : tout rapport extra-matrimonial ou prématrimonial, même entre fiancés, est prohibé et sanctionné par la coutume. Les Suku ont sculpté des masques initiatiques « mukanda », parmi les plus grands connus d’Afrique noire (plus d’un mètre sans la parure), aux joues gonflées et au menton proéminent. La production artistique des Suku se distingue de celle des Yaka par certaines caractéristiques stylistiques : les statues Suku possèdent des épaules hautes, rejetées en arrière, aux omoplates saillantes, supportant une tête relativement grande à  la coiffure sophistiquée et montrant parfois un nez retroussé. Les deux ethnies sculptent aussi un art de cour et des insignes de chef (pipes, poires à  poudre anthropomorphes, appuie-nuques, herminettes), ainsi que des fétiches auxquels sont accrochés des accessoires hétéroclites afin d’augmenter leur puissance magique. Ci-dessous, photo de gauche : statuette de fécondité.
Les Nyaturu sont un peuple bantou d’Afrique australe établi au Nord-centre de la Tanzanie, dans la région de Singida. Il comprend trois tribus, composées chacune de plusieurs clans : Airwana, Vahi et Anyinanyi. Les Nyaturu vivent en intégration avec d’autres tribus de la région telles que les Iraqwi, les Wagogo, les Nyamwezi (voir plus haut),… Ce sont des fermiers qui pratiquent des cultures vivrières (maïs, millet, manioc, patate douce) avec des outils anciens comme la charrue manuelle ou à bœufs, ainsi que l’élevage (bovins, chèvres, moutons et poules). Ils pratiquent également depuis peu des cultures de rapport (tournesol, oignons, tabac) et produisent du miel. Ils fabriquent des boucliers en cuir et de nombreuses poupées servant aux rites d’initiation à la puberté chez les garçons et au culte de la fertilité : les femmes mariées et les filles les portent jusqu’à la naissance du premier enfant ; lorsqu’une fillette atteint la puberté, elle est isolée jusqu’à la saison des récoltes qui suit et, pendant ce temps, porte une poupée de bois ou une gourde-poupée (photo du centre ci-dessous) ; si elle prend grand soin de la poupée en la nourrissant et la lavant comme un vrai enfant, elle aura la bénédiction de la fertilité.
Les Massaï constituent une population d’éleveurs pastoraux et de guerriers semi nomades d’Afrique de l’Est, vivant principalement dans le centre et le Sud-Ouest du Kenya et au nord de la Tanzanie. Ils occupent de nombreux parcs animaliers, ce qui a probablement contribué à en faire l’un des peuples les plus connus du grand public occidental. Ils se répartissent en cinq groupes : les Arusha, les Baraguyu, les Kisongo, les Purko et les Samburu. Une partie importante de leurs terres a été conquise par les colons britanniques et allemands à la fin du XIXe siècle. Depuis l’ère coloniale, ils ont été dépossédés d’une partie importante de leurs terres traditionnelles, soit par des fermiers privés, soit dans le cadre de plans gouvernementaux, de création de parcs nationaux ou de concessions de chasse. La société Massaï, traditionnellement polygyne, est divisée en sections territoriales, clans patrilinéaires et classes d’âge à passages initiatiques, les anciens prenant les décisions pour l’ensemble du groupe. L’expert rituel (« oloiboni ») agit comme un intermédiaire entre les Massaï et leur dieu ; il est le détenteur des connaissances sur les plantes médicinales et peut pratiquer la divination et la magie. Le dieu unique « En-Kai » revêt deux formes : « En-Kai narok », dieu noir bienveillant qui apporte la pluie et les orages et « En-Kai nanyokie », dieu rouge coléreux qui apporte la sécheresse et la maladie. Toutefois, beaucoup de Massaï sont aujourd’hui convertis au christianisme. Les femmes construisent et possèdent les maisons, s’occupent de la traite du bétail, de la recherche de l’eau et du bois, des repas, de l’entretien, de la fabrication des bijoux et des soins aux très jeunes enfants. Les hommes veillent à la sécurité du campement, gèrent le bétail et prennent les décisions qui concernent la communauté. Chaque famille possède une dizaine de bœufs, de chèvres et de moutons marqués. C’est le plus ancien guerrier qui guide le troupeau à travers la savane. Les Massaï se nourrissent surtout de laitages, de sang et de plantes, la viande (buffle) étant réservée à certaines cérémonies ou occasions particulières. Outre la circoncision ou l’excision, les enfants des deux sexes subissaient autrefois une ablation de l’une ou de deux incisives inférieures. Le goût pour les vêtements rouges des Massaï contemporains fait suite à l’utilisation plus traditionnelle d’ocre rouge, pour teindre les cheveux par exemple. Bien qu’ils soient très attachés à leurs origines et à leur culture, de nombreux Massaï ont abandonné leur mode de vie traditionnel pour le style de vie occidental. En musique, les Massaï pratiquent la polyphonie rythmique avec bourdon, la mélodie étant chantée par un soliste (« olaranyani »). Des danses de séduction suggestives rassemblent les femmes et les hommes. L’artisanat Massaï produit divers objets : colliers, bracelets et parures de tête en perles de verre ; disques d’oreille en os ; sceptres (« o-rinka ») en ébène, ivoire ou os ; tabatières et étuis à tabac décorés ; glaives ; boucliers en cuir ; pagnes (« shuka »). Quelques rares poupées sont fabriquées, en argile pour aider à la fertilité ou en bois comme jouets (photo de droite ci-dessous).

Les Kamba sont un peuple bantou d’Afrique de l’Est établi dans la province orientale semi aride du Kenya, des environs de Nairobi et Tsavo à Embu au Nord. Nomades à l’origine, ils se sédentarisent suite à la terrible famine de 1836 et s’assimilent à la vie culturelle, économique et politique de la province de la Côte. Ce sont des commerçants qui échangent des biens locaux comme la bière de canne, l’ivoire, les amulettes en laiton, les outils et les armes, le mil et le bétail, contre du cuivre, des perles, des rouleaux de tissu et du sel. Ils chassent également à l’arc avec des flèches empoisonnées, en particulier les éléphants pour l’ivoire. Avec l’arrivée des colons européens, les Kamba deviennent d’indispensables auxiliaires de chasse et guides pour les expéditions d’exploration en Afrique de l’Est, en raison de leurs connaissances précises de ces régions et de leur neutralité vis-à-vis de nombreuses autres tribus. Ils résistent de manière non violente au colonialisme. La famille est centrale dans l’organisation de la communauté. L’homme, qui est le chef de famille (nau, tata ou asa), est responsable d’une des activités économiques comme le commerce, la chasse, la garde des troupeaux ou l’agriculture. La femme mariée (mwaitu) travaille les cultures vivrières (maïs, millet, patates douces, citrouilles, haricots, pois cajan, épinards, manioc et igname) sur ses terres et élève les enfants de la famille élargie. Les grands-parents (susu et umau) aident dans les corvées les moins pénibles, comme la fabrication de cordes, le tannage du cuir, le nettoyage des calebasses, la confection de flèches et la vente dans les marchés locaux. Les Kamba croient en un dieu unique invisible, transcendant et miséricordieux (Ngai, Mulungu ou Mwatuangi) vivant dans le ciel (yayayani), créateur omnipotent de la vie sur Terre. Les esprits de leurs morts (Aimu ou Maimu), honorés dans les rituels familiaux et les offrandes ou libations sur les autels, sont les intercesseurs avec Dieu. Dans leurs danses religieuses ou profanes, souvent accompagnées de chansons composées pour une occasion (mariage, naissance, événement national) ou pour critiquer des comportements déviants et anti-sociaux, ils montrent une habilité athlétique sur des mouvements acrobatiques. Les Kamba fabriquent de nombreux bijoux (colliers, bracelets et chevillières), principalement en cuivre et en laiton, des calebasses, gourdes et kiondos (sacs à main ou à provisions en sisal tissés à la main avec des garnitures en cuir) et sont d’habiles sculpteurs (tables et sièges décorés, masques et statuettes) et vanniers. Ci-dessous, photo de gauche : poupée de fertilité abstraite.
Les Ibibio sont une population d’Afrique de l’Ouest, vivant principalement dans le Sud-Est du Nigeria (État d’Akwa Ibom), mais également au Ghana, au Cameroun et en Guinée équatoriale. La société Ibibio traditionnelle est constituée d’ensembles de familles élargies dirigés par leur chef constitutionnel et religieux (« Ikpaisong »). Ce même chef invoque le dieu du ciel (« Abasi Enyong ») et le dieu de la Terre (« Abasi Isong »), vénérés par le biais d’entités spirituelles invisibles (« Ndem »). Aujourd’hui majoritairement chrétiens, les Ibibio ont été progressivement convertis à partir du XIXe siècle par des missionnaires de nombreuses églises: catholique, méthodiste, presbytérienne, apostolique,… Ils ont payé un lourd tribut au commerce triangulaire et ont résisté activement aux invasions coloniales jusqu’à la fin de la première guerre mondiale. Les britanniques durent toutefois faire usage des traditions Ibibio pour maintenir une autorité indirecte dans la région. Sur le plan artistique, les masques et statuettes Ibibio sont d’une grande finesse et expriment aussi bien la beauté des êtres humains (photo du centre ci-dessous) que la laideur des esprits malfaisants.
Peuple d’Afrique centrale, les Bamoun sont établis à l’Ouest du Cameroun, dans la région du Grassland où vivent également les Bamiléké et les Tikar, proches d’eux par leurs ancêtres communs, leurs structures sociales voisines et leurs langues. Dès 1394, ils ont construit un royaume qui a connu son apogée au XVIIIe siècle, puis fut rapidement démantelé par la colonisation française. Aujourd’hui, le roi des Bamoun, 19e descendant d’une des plus anciennes dynasties de l’Afrique, règne encore sur un royaume qui occupe 80 % du territoire de la région administrative Ouest du Cameroun. C’est toujours une société traditionnelle qui possède sa propre écriture (exemple unique en Afrique)  et sa propre organisation politique et économique. Le pouvoir est exercé par le roi, mais de manière très collégiale : chaque secteur important de la vie quotidienne est pris en charge par un responsable nommé par lui. La société Bamoun comporte trois castes : les « esclaves », aujourd’hui des hommes libres ayant beaucoup de mal à se défaire psychologiquement de leur statut initial ; le peuple, constitué de toutes les ethnies vaincues rassemblées ; la noblesse, héréditaire ou non, y compris les serviteurs du palais. Les Bamoun votent toujours contre le pouvoir central camerounais : ils entretiennent ainsi des rapports houleux avec ce pouvoir et en paient le prix. Les femmes possèdent tous les leviers de l’économie, en particulier le monopole du commerce et de l’agriculture (les Bamoun pensaient que les femmes rendaient le sol fertile), elles travaillent mais n’ont pas accès à la propriété. Traditionnellement, les Bamoun pratiquaient le culte de l’esprit des ancêtres, enfermé dans leurs crânes détenus par les aînés des lignées. De nos jours, la majorité des Bamoun est chrétienne ou musulmane. Les artistes Bamoun fabriquent des masques casques exhibés lors des cérémonies commémoratives en l’honneur de défunts illustres, des poupées de fertilité (photo de droite ci-dessous), des objets rituels (cimier, cuillère cérémonielle), utilitaires (glaive, pipe, sifflet, collier, torque, coiffe, marmite, bouteille) ou décoratifs (bronzes, casques coloniaux en bois).

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Les Mijikenda (littéralement « les neuf villes ») sont un ensemble de neuf groupes ethniques bantous établis le long des côtes du Kenya, de la Somalie et de la Tanzanie : les Digo, Chonyi, Kambe, Duruma, Kauma, Ribe, Rabai, Jibana et Giriama. Ils ont des coutumes et une langue propre, même si les langues sont similaires entre elles et avec le swahili. Chaque groupe habite une forêt sacrée (« kaya »), qui comporte des zones d’habitation, d’exercice du pouvoir, de la magie et de la médecine, de cérémonies initiatiques, d’enterrement, de prière et de divertissement. La forêt sacrée est aussi un symbole politique de la résistance au colonialisme à partir du milieu du XIXe siècle. À l’époque précoloniale, les Mijikenda étaient horticulteurs et éleveurs pastoraux, et vendaient des produits agricoles aux populations Swahili de la côte, commerce reposant sur des alliances économiques, politiques et militaires. À la même époque, les Giriama souffrent du commerce d’esclaves organisé par les arabes et les Swahili. Cependant, le pouvoir colonial s’étend des régions côtières à l’arrière-pays, menaçant les Mijikenda qui y résident. La société est organisée en clans (groupes de familles ayant un ancêtre commun) et classes d’âge (déterminant le rôle social) avec rites de passage. La plupart des Mijikenda sont chrétiens ou musulmans, mais certains conservent leurs coutumes traditionnelles, comme la circoncision dans la forêt avec sacrifice d’animaux, les visites rituelles avant le mariage, les pratiques autour de la dot, et la magie entourant l’installation dans la forêt sacrée.  L’agriculture et la pêche sont les principales activités économiques. Les cultures de rapport concernent le cocotier, la noix de cajou, l’orange et la mangue. Le cocotier produit huile et vin de palme, ses feuilles servant à faire des toitures, des paniers, des nattes et autres produits tressés. Les cultures vivrières sont le maïs, le sorgho, le millet et les haricots. Les Mijikenda sont connus pour fabriquer de nombreux poteaux funéraires en bois (kigango) destinés à accueillir les âmes des défunts. Ces poteaux sont l’objet d’un trafic international illégal de pièces volées. Ils produisent également des statues funéraires (photo de gauche ci-dessous).
Proches de leurs voisins Luba (voir plus haut) culturellement et linguistiquement, avec lesquels ils ont des liens historiques, les Lunda sont un peuple bantou d’Afrique centrale et australe, vivant dans le Sud de la République Démocratique du Congo, dans le Nord de la Zambie et dans l’Est de l’Angola. Aux XVIe et XVIIe siècles, leur royaume était l’un des plus puissants d’Afrique centrale. Il s’est étendu au siècle suivant grâce au commerce du sel, de l’ivoire, du cuivre et des esclaves, mais son déclin s’est amorcé au XIXe siècle en raison de la colonisation portugaise et belge. Aujourd’hui, les Lunda sont agriculteurs et cultivent le maïs, le mil, le manioc, les bananes plantains, les arachides, le coton et le tabac. Nombre d’entre eux travaillent dans les mines et les industries du Katanga. Leur système de descendance est hybride : au Sud, à cause du voisinage des Tchokwés matrilinéaires, la famille de la mère joue un rôle privilégié ; au Nord, la proximité des Luba patrilinéaires fait préférer la famille du père. Les Lunda entourent le monarque (« Mwata Yamvu »), source de toute vie comme le soleil, d’un rituel élaboré. Son symbole royal essentiel est le « rukan » ou « lukano », bracelet de fibres serrées recouvert, jadis, de veines humaines. Les défunts forment le monde des esprits et vivent chez le dieu unique, transcendant et créateur (« Nzamb Katang »). Pour le solliciter, les Lundas implorent les ancêtres, qu’ils prient autour de l’arbre sacré (« Mulemb »), au pied duquel sont déposées tous les jours des offrandes de nourriture, et à qui l’on s’adresse pour le remercier ou lui demander assistance. L’association funéraire masculine « Acudyaang », chargée d’apaiser les esprits, assure au mort la résurrection par des danses qui imitent le mouvement d’oiseaux aquatiques. Les Lundas sont aujourd’hui convertis au catholicisme. La littérature orale Lunda est très riche en contes, proverbes et autres maximes, qui traduisent le mode de pensée, les rites et les traditions. La musique occupe également une place importante, avec des chansons et des rythmes adaptés à toutes les circonstances de la vie : naissance, circoncision, mariage, mort. L’art Lunda ne se distingue pas de celui des Tchokwés (voir plus haut), ethnie du nord de l’Angola. Les Lunda fabriquent aussi des lingots de cuivre cruciformes utilisés comme monnaie depuis le Xe siècle appelés « croix de Katanga », et des poupées de fertilité richement décorées de perles (photo du centre ci-dessous).
Les Luchazi sont une population bantoue d’Afrique australe vivant dans le Nord-Est de l’Angola et l’Ouest de la Zambie. Également appelés Ngangela, ils partagent l’histoire et l’héritage d’autres ethnies de la région : Tchokwés (voir plus haut), Lunda (voir plus haut), Luvale et Mbunda. Avec l’arrivée de la guerre civile en Angola due à l’indépendance, de nombreux Luchazi émigrent en Zambie et en Namibie, où ils vivent pauvrement sans pouvoir exercer de responsabilités politiques. Les Luchazi sont principalement agriculteurs (manioc, patate douce, arachide, maïs à bière, tabac, chanvre), activité pratiquée par les femmes, et accessoirement éleveurs (moutons, chèvres, cochons, poules), pêcheurs, chasseurs et apiculteurs. Les forgerons, profession considérée, fabriquent lances et couteaux. Les Luchazi occupent des lieux de vie circulaires (« kuimbo ») pour famille élargie de 20 à 40 personnes sous l’autorité d’un parent, un groupe de kuimbos étant conduit par un chef héréditaire local appelé « mwene » ou « mwananganga » (seigneur de la terre). Le statut de chef est acquis de manière matrilinéaire. Le mwene répartit et administre la terre d’une famille, et exerce la justice. La cohésion de la société Luchazi repose sur le principe moral de bon comportement, sous peine d’un jugement très sévère pouvant aller jusqu’à la peine de mort : respect de l’autre, en particulier des femmes et des enfants, bonne volonté pour résoudre les problèmes, fraternité intraethnique, pacifisme. Le mariage interethnique, autrefois prohibé, est aujourd’hui toléré. En dépit des interdits de l’église, la polygynie est pratiquée. Bien que plus de la moitié des Luchazi soit christianisée, la tradition animiste basée sur le culte des esprits ancestraux et les guérisseurs (« cimbundu ») est encore présente. Aujourd’hui, le mode de vie occidental est bien implanté, en raison de l’influence des colons portugais et des missionnaires. Sur le plan artistique, les Luchazi fabriquent surtout de nombreux masques, portés par des danseurs lors des cérémonies d’initiation, et des poupées représentant des danseurs du rite « makishi » de passage à l’âge adulte (photo de droite ci-dessous).

Histoire des poupées en Asie

Dans l’histoire des civilisations de l’Extrême-Orient, on trouve des exemples très anciens de poupées avec une signification purement rituelle. En chinois et en coréen, le mot poupée a la même racine que le mot idole ou fétiche. Mais contrairement aux poupées du Moyen-Orient, du Proche-Orient et de l’Europe, elles n’ont pas coexisté avec des jouets. Gustaaf Schlegel, sinologue néerlandais du XIXe siècle, notait que les petites filles chinoises ne jouaient jamais avec des poupées, parce qu’on leur attribuait des pouvoirs magiques ; il pensait que les poupées en tant que jouets avaient été introduites au Japon par les hollandais.
En Chine ancienne, il n’est pas correct pour un médecin homme d’examiner une femme : aussi, celle-ci montre-t-elle au médecin sur une poupée en céramique, ivoire ou bois l’endroit du corps qui la fait souffrir. À l’époque de Confucius (551-479 av. J.C.), des poupées de paille recouvertes d’un papier taché de sang sont percées d’aiguilles en scandant des incantations. Plus près de nous, au XVIIe siècle, on retrouve un personnage articulé en bois sculpté représentant Nuo Gong, le dieu père de l’humanité (photo de gauche). Avec Nuo Mu, ils forment le couple primordial. Ils sont aussi appelés Fuxi et Nüwa, Fuxi étant aussi considéré comme le premier empereur. Ce type de statuette est utilisé dans des rituels de protection Nuo, qui a son origine dans la culture primitive chinoise. Le terme de Nuo signifie l’expulsion des démons et correspond à des cérémonies rituelles et à des rites d’exorcisme pratiqués depuis le néolithique (9 000-3 300 av. J.C.). Au début du XXe siècle, les couples mariés en désir d’enfant vont prier au temple en apportant une poupée en bois articulée qu’ils laissent en offrande. La couleur dorée, celle de la cour impériale, garantit les meilleures chances de fertilité (photo de droite).

Les poupées en soie de porc ou sur plateau de cuivre sont des poupées traditionnelles de Pékin, qui ont émergé à la fin de la dynastie Qing (ou Mandchou, la dernière dynastie impériale de Chine) vers 1910 et sont inspirées du théâtre d’ombres et de l’opéra. Pourvues d’une tête en plâtre et d’un corps en paille, elles sont habillées de soie ou de papier coloré et doublées d’un bourrage en coton. Sous leur base est collé un cercle de soies de porc longues de 2 ou 3 cm. Les différents maquillages et habits caractérisent les personnages des récits, qui sautent et dansent sur un plateau de cuivre frappé par un bâton (photo).
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Au Japon, il existe une histoire riche en poupées traditionnelles, qui remonte aux figurines en argile Dogù (14 000–200 av. J.C., photo).

Les « Haniwa » (cylindres de terre cuite, photos) sont des statuettes funéraires retrouvées sur de nombreuses tombes de la période Kofun (250-538). Le mot kofun désigne en japonais le type de tertre funéraire, souvent « en trou de serrure » mais aussi rond ou carré, qui apparaît dans la seconde moitié du IIIe siècle et disparaît au cours du VIIe siècle. À partir du XIe siècle, les poupées sont utilisées comme des jouets, comme des moyens de protection ou lors de cérémonies religieuses.

Le jour des poupées, Hinamatsuri (photo gauche), on sort des poupées représentant l’empereur, l’impératrice, des serviteurs et des musiciens en habits de cour de la période Heian (794 à 1185) ; faites de paille et de bois peint, dans des habits élaborés à plusieurs couches, elles sont soigneusement présentées sur sept estrades tendues de tissu rouge.
Les poupées Daruma en papier mâché, rouges et sphériques à face blanche sans pupilles, représentent Bodhidharma, le fondateur du bouddhisme Zen, et ont le double rôle de jouet et de talisman (photo centre).
Les poupées Kokeshi en bois, sans bras ni jambes, avec une grosse tête et un corps cylindrique, remontent au début du XVIIe siècle, représentent des fillettes et sont les gardiennes de la tradition et de l’unité nationale, associées aux voyages et à la nostalgie (photo droite). Elles sont originaires de Tohoku, la région nord de l’île principale du Japon, Honshū.

Les célèbres poupées russes, ou matriochkas (photo), sont des séries de poupées creuses en bouleau (ou parfois en tilleul), peintes, de tailles décroissantes et placées les unes à l’intérieur des autres ; le mot matriochka est dérivé du prénom féminin russe Matriona, traditionnellement associé à une femme russe de la campagne, corpulente et robuste ; on parle aussi parfois de poupée gigogne, en référence à la marionnette de la Mère Gigogne, qui représente une grande et forte femme entourée d’enfants, personnage des contes et des pièces bouffonnes du théâtre forain en faveur en France aux XVIIe et XVIIIe siècles ; une série de matriochkas, dont la première dans l’histoire date de 1890, comporte le plus souvent 5, 7 ou 10 poupées et peut aller pour les grands modèles jusqu’à 64.
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Histoire des poupées en Amérique

Amérique du nord : les indiens

En Amérique du nord, Les poupées Kachina, de l’ethnie amérindienne Hopi (vivant sur le territoire de l’actuel Arizona, États-Unis), sont sculptées dans la racine de peuplier pour instruire les jeunes filles et les jeunes mariées sur les Katsinas, êtres immortels qui apportent la pluie et agissent comme messagers entre les hommes et le monde spirituel. Elles sont données en cadeau aux enfants lors de cérémonies où des danseurs masqués symbolisent les esprits.
Les poupées Inuit (Canada, Alaska, Groenland), en stéatite (pierre à savon) ou en os et remontant sans doute à plus de 2000 ans, sont vêtues de fourrure ou de peau animale et rappellent les tenues traditionnelles pour affronter les grand froids. Des archéologues ont déterré de petites figurines en ivoire ou en bois dans des vestiges de campements Inuit. Les poupées Inuit parvenues jusqu’à nous sont dans un exceptionnel état de conservation en raison des conditions météorologiques (grand froid sec).
Il faut commencer à coudre dès l’enfance, car les vêtements chauds et imperméables sont essentiels à la survie. Les plus vieilles poupées trouvées au Canada sont confectionnées, il y a environ mille ans, par les ancêtres des Inuit qui vivent à Brooman Point sur l’île Bathurst. Elles servent de jouets d’apprentissage et de transmission de la culture aux jeunes filles (photo).

Les fillettes Inuit apprennent à couper et à coudre peaux et fourrures en fabriquant des poupées à jouer. On peut les ranger dans une mitaine ou dans un capuchon et les transporter au gré des déplacements de la communauté en quête de nourriture. Les chasseurs Inuit fixent parfois, comme leurs ancêtres, une petite poupée à leur bateau comme porte-bonheur. Aujourd’hui, les poupées Inuit sont fabriquées pour les collectionneurs et les touristes : elles sont habituellement beaucoup plus grandes et comportent des matériaux modernes.
Les poupées de l’ethnie Innu (photo), sur le territoire du Canada, sont pourvues d’une cavité remplie de feuilles de thé. Ainsi, même les enfants portent leur part des provisions lors des déplacements des familles.
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Au Canada toujours, les autochtones, appelés premières nations, fabriquent des poupées en matériaux naturels, tels que le bois, le cuir, la fourrure et l’épi de maïs. Ces dernières, populaires dans l’histoire des peuples des six nations iroquoises de la région du lac Ontario qui cultivent le maïs, représentent des joueurs de crosse ou des danseurs de cerceau. Les Iroquois ne gaspillent pas la récolte :  chaque produit est exploité, y compris les enveloppes et épis de maïs ; les enveloppes servent à faire des nattes, des chaussons, des masques et des poupées (photos).

Ces poupées ont une particularité, l’absence de traits du visage : en effet, ces derniers auraient insufflé un esprit à la poupée, ce qui est l’apanage des dieux ; par ailleurs, cet esprit aurait eu le pouvoir de se venger sur le responsable éventuel de la destruction de la poupée ; ainsi, une poupée sans visage n’est dotée que d’un pouvoir bénéfique. Chez les Iroquois, il y a une croyance en une espèce de démons appelée « faux visages », qui peuvent blesser les vivants. Afin d’apaiser ces mauvais esprits, une organisation secrète a été formée nommée « société des faux visages ». Pour rejoindre cette société, on doit faire un rêve dans ce but, le raconter à la bonne personne et donner une fête. Si une personne malade rêve qu’il voit un faux visage, cela signifie qu’il sera guéri par la société. Des poupées en enveloppe de maïs portent des petits masques grotesques imitant la société, et représentées en action, par exemple en train de danser (photo).

Les peuples des plaines fabriquent une poupée simple faite d’une pièce de cuir travaillé, au centre de laquelle ils placent un matériau mou tel que poils de buffle, herbe ou bouts de cuir. Les côtés sont ensuite repliés et une ficelle enroulée autour du matériau pour figurer une tête. Le cuir qui pend pour représenter le corps est ensuite soigneusement enveloppé dans un petit châle. Ils ornent les vêtements en cuir à franges de leurs poupées de piquants de porc-épic, qui seront remplacés par des perles européennes après 1840.
Certaines tribus fabriquent des poupées avec des têtes en bois et des corps en cuir. Les enfants de l’île de Vancouver ont des poupées en écorce de cèdre, parfois pourvues de planches porte-bébés du même bois, qui ressemblent aux poupées en enveloppe de maïs. Dès le XVIIIe siècle, les algonquins (dont la plupart vit sur le territoire de l’actuel Québec) fabriquent des poupées avec des têtes et des mains en cire d’abeille. Comme dans d’autres traditions, on offre des poupées aux jeunes montagnaises et askapies afin qu’elles leur confectionnent des vêtements pour perfectionner leurs talents de couturière, les poupées servant également de porte-bonheur, d’amulette ou de fétiche. Un type différent de poupée est découvert à Big Lake, entre la deuxième partie du cours du fleuve Yukon et l’embouchure du fleuve Kuskokwim : la tête est creusée de manière à faire ressortir les yeux et la bouche. Quelques unes de ces poupées sont en os, avec la tête séparée du corps, l’articulation pivotante étant assurée par une cheville sortant du corps. Parfois, elles sont vêtues de peau de cerf.
Sur la côte ouest, les poupées salish sont revêtues de couvertures que l’on décore de petits coquillages avant l’apparition des boutons (photos).
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On obtient aussi par troc des poupées à tête de porcelaine : parfois, après les avoir habillées de vêtements autochtones et les avoir déposées dans de petits porte-bébés, on les offre comme jouets aux enfants. Les indiens Ojibwés, qui vivent dans la région comprise entre la vallée d’Ottawa et les prairies de l’ouest, fabriquent des poupées primitives en rameau de saule et racine d’épicéa. Plus tard, ils font des poupées en peau bourrées de mousse d’épicéa et habillées de cuir ouvragé en piquants de porc-épic.
Certaines tribus fabriquent des petites poupées en argile. Des fillettes indiennes portent parfois sur leur dos des poupées sur des planches porte-bébés miniatures. De jeunes indiens réalisent des répliques en os de leur bien-aimée, avec un petit trou dans la poitrine en guise de cœur : quand le jeune homme part à la chasse, il place un petit bout de bois dans la cavité, espérant toucher ainsi le cœur de la jeune femme. II est intéressant de voir comment les poupées indigènes évoluent au contact des européens, comme ces poupées à tête de porcelaine habillées de vêtements indiens (photos).

Amérique du nord : les colons

Les colons fabriquent également des poupées pour leurs enfants, à partir de matériaux communs utilisés dans et hors de la maison : bois, enveloppe de maïs, tissu, laine, cuir. Ils font des poupées à l’aide de souches d’arbres, de chaussettes, de papier mâché et même de bouteilles ! L’étude de ces poupées révèle le contexte ethnique, historique et socio-économique des pionniers, les ressources dont ils disposaient ainsi que leur inventivité qui les conduit à une grande variété de réalisations au fur et à mesure qu’ils avancent vers l’ouest.
La fabrication artisanale de poupées amérindiennes en enveloppe de maïs, dont les traits du visage ne sont pas marqués, est adoptée dans l’histoire par les premiers européens immigrés en Amérique. Elle est adaptée pour faire des poupées avec de longues jupes à la mode européenne. Peu d’entre elles ont survécu, mais le savoir-faire est resté. Les colons fabriquent également des poupées en bois sculpté appelées « pennywoods ».
Lors de la colonisation de l’Amérique par les européens aux XVIIe et XVIIIe siècles, à l’instar des pennywoods, diverses traditions amérindiennes sont reprises et combinées pour produire des formes d’artisanat primitives typiquement américaines, telles que les poupées « topsy-turvy » (sens dessus dessous) fabriquées par les esclaves : ce sont des poupées jouets en chiffon avec deux bustes diamétralement opposés, une tête de couleur blanche et une tête noire (photo), probablement données aux filles d’esclaves pour les préparer à l’éventualité d’une vie consacrée à élever deux enfants, un blanc et un noir.

Les poupées primitives rembourrées faites à la main par les pionniers, les colons et les esclaves sont l’héritage de l’histoire des fabricants américains contemporains de poupées en tissu. Certaines poupées de chiffon primitives ne sont qu’une forme humaine nue, d’autres portent des parures soigneusement élaborées. Les visages sont peints, appliqués, brodés, ou créés avec des boutons et des perles. Au XVIIIe siècle, après l’avènement de filatures produisant des textiles meilleur marché, on voit émerger des industries artisanales de poupées de chiffon destinées au jeu.
L’une des poupées les plus simples à réaliser est la poupée en bois, à partir d’une racine ou d’une branche dans laquelle on reconnaît une forme humaine. Après avoir peint ou sculpté grossièrement un visage, le bébé est emmailloté. Des cuillères en bois sur le dos desquelles est peint le visage de la poupée sont utilisées. Pour les enfants plus âgés, on crée des poupées en bois sculptées plus raffinées avec des bras et des jambes articulés : le « bonhomme danseur », appelé parfois « Dancing Dan » ou « Limber Jack », apprécié tant par les filles que les garçons, est en bois sculpté articulé aux chevilles, aux genoux, aux hanches, aux épaules et aux coudes, et on peut le faire danser à l’aide d’un bâton inséré dans son dos (photos). Il est particulièrement populaire au Québec et en Acadie, et souvent accompagné par un chanteur ou un musicien.
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L’autre matériau de prédilection des colons est le tissu (photo) : certaines poupées ont de beaux visages brodés, d’autres des traits peints ; leurs cheveux sont naturels ou en laine, et leurs vêtements rappellent ceux des enfants.  Bien que moins courantes, on trouve également des poupées à tête en papier mâché peint et corps en tissu.

On trouve aussi des poupées dont le corps est une vieille bouteille en verre, et la tête du tissu bourré, avec des traits de visage peints ou brodés. Une fois la poupée habillée, la bouteille est cachée par le vêtement. Les poupées de pomme, quant à elles, ont une tête traditionnellement sculptée dans une pomme puis séchée et montée sur un corps en métallique avant d’être habillées (photos).
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Amérique du sud

En Amérique du sud, dans l’histoire de la mythologie Inca, Sara Mama est la déesse du grain, associée au maïs dont on habille les épis comme des poupées. Au Mexique, on a retrouvé des poupées en argile marquées de l’insigne du soleil, appartenant au culte des anciens aztèques, datées de 1000 av. J.C. Au Pérou, les poupées Inca sont de grande qualité, incluant des statuettes massives de femmes en or et d’hommes en argent. Les poupées de sépulture Chancay (1200-1450), ethnie précolombienne originaire de la côte centrale de l’actuel Pérou, sont en tissu bourré de roseau ou de fibre et présentent des visages en tapisserie aux expressions effrayantes (photo) ; on ne sait pas si ces poupées appartiennent aux enfants enterrés qui jouaient avec de leur vivant, si elles sont faites spécifiquement dans un but funéraire, ou si elles servent de compagnon ou de servant au défunt dans l’au-delà, à l’instar des Ushabti de l’égypte antique (voir Repères chronologiques).

La última muñeca, ou dernière poupée, est une tradition associée à la Quinceañera, célébration du quinzième anniversaire d’une jeune fille en Amérique latine, particulièrement au Mexique : pendant le rituel, la jeune fille abandonne une poupée de son enfance pour signifier qu’elle n’a désormais plus besoin d’un tel jouet.

Histoire des poupées en Océanie

Chez les Maoris de Nouvelle-Zélande, le Hei-tiki (photo) est un talisman pendentif (Hei) en néphrite ou en os de baleine considéré comme un trésor.  Il représente un être humain (Tiki) en position de repos, les jambes repliées sous lui et les bras s’appuyant sur les cuisses. La tête a la langue tirée (geste de provocation chez les Maoris). Symbolisant les ancêtres, il donne à son porteur leur puissance et leur soutien. Symbolisant la naissance et la fertilité, il est offert à la femme par la famille de son mari quand elle est supposée avoir des problèmes de stérilité.
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Histoire des poupées en Europe

L’emploi d’une effigie pour jeter un sort est rapporté dans l’histoire des civilisations africaine, amérindienne et européenne. En Europe, la magie blanche et la sorcellerie utilisent des poupées sortilège (« poppet dolls« ) sur lesquelles des manipulations sont effectuées, qui sont censées se transmettre à la personne représentée au moyen d’une forme de magie appelée imitative ou sympathique. La pratique de la poupée vaudou dans les cultures afro-américaines a vraisemblablement été influencée par ces poupées européennes.
En Scandinavie, la poupée de cuisine (photo), représentant une sorcière ou une vieille, sert à attirer la bonne fortune et à éloigner les mauvais esprits.

En Allemagne, les poupées en argile remontent au XIIIe siècle, et les poupées en bois au XVe siècle.
Au début de ce siècle, des poupées extrêmement élaborées sont faites pour représenter la scène de la nativité, principalement en Italie.
Des poupées habillées avec des vêtements conçus avec minutie sont vendues en France au XVIe siècle, bien que leurs corps soit grossièrement réalisés.
En Allemagne et aux Pays-Bas, les poupées en bois à chevilles, ou poupées hollandaises, sont des jouets articulés en bois tourné originaires de Val Gardena, une région alpine des Dolomites (Italie du nord). Ces poupées, qui remontent au XVIe siècle, de fabrication rudimentaire, étaient destinées aux enfants pauvres. Vendues nues, elles étaient habillées par les enfants avec des chutes de tissu.
Le bois continue à être le matériau de prédilection pour la fabrication de poupées jusqu’au XIXe siècle. On ne sait pas exactement quand les premiers yeux en verre sont apparus, le marron étant la couleur la plus répandue jusqu’à l’ère victorienne (1837-1901), où les yeux bleus de la reine Victoria ont rendu cette couleur plus populaire pour les poupées.
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Repères chronologiques

Avec le paléolithique et l’apparition de l’homme sur terre il y a trois millions d’années, des statuettes commencent à intervenir dans la manifestation du pouvoir de procréation, comme symboles de fertilité ou de bon déroulement de la grossesse. Témoins les Vénus paléolithiques,  statuettes féminines caractéristiques du paléolithique supérieur (entre 45 000 et 10 000 ans avant notre ère) eurasiatique, réalisées en ivoire, en pierre tendre (stéatite, calcite, calcaire) ou en terre cuite (photo ci-dessous, Vénus de Willendorf, en calcaire).

XXIe-XVIIIe siècle avant J.C.

Découverte dans des tombes de l’Égypte antique de la période du moyen empire de figurines féminines en bois en forme de pagaie (photo). Elles sont habituellement peintes avec un motif géométrique de lignes et de points, qui semble reproduire des tatouages ou des scarifications rituelles, ou représenter des vêtements ou des bijoux. Certaines ont une chevelure faite d’argile non cuite et de perles en faïence enfilées sur une fibre de lin, parfois entrelacée avec des carrés de pailles pour imiter les ornements de cheveux en or.
Ce type de figurine était souvent hautement stylisé, et les archéologues suggèrent que l’accent mis sur la poitrine, les hanches, les cheveux et le pubis représente les aspects sexuels du renouvellement des générations : cet artefact serait un symbole de fertilité, placé dans les tombes pour garantir une renaissance éternelle. D’autres interprétations, notamment des figures funéraires Ushabti, suggèrent que les poupées représentent des serviteurs placés dans les tombes afin de travailler pour leur défunt maître dans l’au-delà osiriaque, de le protéger ou encore de le distraire.  Certaines poupées ont aussi été trouvées dans des tombeaux d’enfants égyptiens. Figurines en terre cuite, en bois, en os, en cire, en ivoire, en jade, elles sont vraisemblablement, selon les archéologues, les premiers jouets connus.

Ve-Ier siècle avant J.C.

En passant de la préhistoire à l’histoire, on voit apparaître des figurines mobiles, l’articulation des membres étant un critère de l’adaptation à l’activité ludique. Leur commerce se répand dans tout le bassin méditerranéen grâce aux marchands de céramique, que les chinois ont été parmi les premiers à utiliser pour fabriquer des poupées en porcelaine.
On a retrouvé diverses sortes de poupée de chiffon de la Rome antique datant de 300 ans av. J.C., traditionnellement confectionnées de manière domestique avec des chutes de tissu. Au berceau, les poupées, également en ivoire, en os ou en bois dur, sont consacrées à Bacchus, et dans la tombe aux dieux de l’enfer ; certaines ont été découvertes dans des tombes d’enfants, comme cette poupée en bois sculpté de 70 cm avec des membres mobiles retrouvée dans la tombe d’une petite fille dans le Prati di Castello à Rome. Comme les enfants d’aujourd’hui, les jeunes membres de la civilisation romaine habillaient leurs poupées à la mode de l’époque. Au moment du mariage, la vierge vouait sa poupée à Vénus, et lorsqu’elle avait un enfant, elle allait suspendre au temple une image du nourrisson.
En histoire de la Grèce antique, l’artisan utilise des chutes de bois ou de terre pour mouler des poupées de 20 à 25 cm de hauteur, qui représentent une petite fille ou des personnages de la rue (danseurs, comédiens, soldats), entre statuettes rituelles et jouets ludiques. Des récits, autour de 100 ans av. J.C., font état de jeux de fillettes avec des poupées, dont on a retrouvé des pièces faites d’argile ou d’os et articulées aux hanches et aux épaules (photo), qui rappellent les poupées articulées d’aujourd’hui. Il y a de fréquentes allusions aux poupées dans les écrits de la Grèce antique, tels ceux de Plutarque faisant le récit de sa petite fille de deux ans Timoxena, demandant à sa nourrice de donner du lait à sa poupée. En Grèce comme à Rome, les mariages étaient l’occasion pour les jeunes mariées de consacrer leur poupée et sa garde-robe à la déesse Artemis. Selon Athénée de Naucratis, Sappho dédiait sa poupée à Aphrodite avec ces mots : « Ô Aphrodite, ne méprise pas le petit foulard pourpre de ma poupée. Moi, Sappho, je te dédie ce précieux présent ».
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Moyen-âge

Pendant le haut moyen âge (VIe-Xe siècles), on donne aux garçons à la naissance des répliques de soldats en armure. Les filles recevaient de petites dames habillées à la dernière mode. Bien que ces poupées soient gardées à vie, elles sont rarement utilisées comme jouets ; des poupées moins précieuses en bois ou en tissu remplissent toutefois ce rôle. À la période de l’histoire du moyen âge central (XIe-XIIIe siècles), des poupées faites de racines, légumes séchés et tissu bourré d’herbes sont souvent utilisées à des fins médicinales ; de même, des effigies miniatures d’individus, strictement interdites aux enfants, sont fabriquées comme véhicules de magie sympathique pour les aider ou leur nuire à distance. Certaines poupées du XIIIe siècle ont subsisté jusqu’à nous : ce sont des figurines de terre cuite, dames et cavaliers, moulées en un seul bloc.
Les premières poupées européennes ayant survécu sont en argile : des fouilles dans le vieux Strasbourg ont mis à jour des spécimens datant du XIIIe siècle, et des poupées en argile du XIVe et du XVe siècle ont été découvertes sous les pavés de Nuremberg, incluant des représentations d’enfants emmaillotés, de moines, de nonnes et de prêtres, ainsi que de dames habillées à la mode médiévale. Les poupées religieuses étaient populaires, surtout en Italie ; grâce à ces poupées, les enfants reconstituaient la messe ; on a retrouvé de petits objets religieux en étain, comme des chandeliers ou des encensoirs. Ces découvertes confirment la réputation de Nuremberg comme étant un centre historique important de fabrication de jouets. L’expression « dockenmacher » (fabricant de poupées) est en usage en Allemagne de 1400 à 1700, date à laquelle le nom de « puppe » dérivé du latin s’impose dans l’usage. Martin Luther parlait de sa femme comme d’une « hubsoher tocke » (charmante poupée) !
Le Hortus Sanitatis (littéralement « le jardin de la santé », première encyclopédie d’histoire naturelle publiée par Jacob Meydenbach à Mayence, Allemagne, en 1485) mentionne à plusieurs reprises un fabricant de poupées au travail (illustration).

Les premiers écrits allemands mentionnent le « Tocke », bloc de bois, qui illustre l’importance de ce matériau dans la fabrication d’objets usuels et de jouets, et dont la profusion due aux grandes forêts du centre du pays (actuel land de Thuringe) permettra la domination des artisans allemands dans la fabrication de poupées en bois. À Nuremberg (actuel land de Bavière), on produit dès le XVe siècle des poupées à membres mobiles. La tradition des crèches, qui se développe selon la légende avec Saint-François d’Assise au XIIIe siècle en Italie, entraîne un usage plus complexe du matériau qui influencera les méthodes de fabrication des poupées. Mais en fait la coutume de la crèche remonte à l’histoire de la célébration de Noël établie par le pape Libère en 354 : des sermons de Saint-Jean Chrysostome et Saint-Grégoire Thaumaturge vers l’an 400 font référence à une crèche avec des personnages de la Sainte Famille, et même le bœuf et l’âne. C’est à Naples que la crèche trouve sa forme artistique la plus aboutie : en 1478, un certain Jaconello Pepe commande à deux sculpteurs, Pietro et Giovanni Alamanno, une crèche pour sa chapelle familiale qui comprend pas moins de 37 personnages et animaux. Des écrits rapportent la vente de poupées dans le Palais de Justice de Paris vers 1450, qu’Antoine Astereau trouve « charmantes et habillées de façon séduisante ».
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XVIe siècle

Apparition des premières poupées fabriquées pour les enfants de l’aristocratie, en bois et en chiffon. Vers la fin du siècle, la poupée mannequin, dont le but est de promouvoir la mode française à l’étranger, est créée. C’est un objet de mode et d’ornementation aussi bien qu’un jouet. Les villes de Nuremberg et de Hambourg sont connues pour leurs poupées en bois de buis. À Paris, les bimbelotiers, les premiers « fabricants de poupées », font de belles poupées bien habillées. En 1530, l’histoire raconte que l’empereur Charles V achète des poupées de Paris à sa fille, malgré sa haine de la France. En 1571, la duchesse Claudia de Lorraine commanda six des poupées les plus admirablement habillées de Paris, pour les présenter à sa petite fille nouvelle née, la duchesse de Bavière. Cependant, sous les habits élaborés se tiennent des corps rudimentaires, consistant soit en un paquet de chiffons, soit en un sac de cuir rempli de son de blé ou de sciure de bois, les jambes étant fréquemment omises, le corps reposant sur un jupon en cerceau. Les poupées de bois bon marché commencent à voyager, vendues à travers l’Europe par des commerçants allemands.

XVIIe siècle

Apparition de poupées plus raffinées, aux yeux de verre, aux membres en peau et les cheveux peints. Les matériaux se diversifient : cire, papier mâché permettent de fabriquer des poupées meilleur marché. En Allemagne, Daniel Neuberger produit à Augsburg des poupées en cire « si merveilleusement colorées qu’elles paraissent vivantes ». Sur le modèle des poupées allemandes en bois bon marché, les poupées hollandaises se développent et sont exportées massivement en Angleterre, d’où la comptine anglaise :
« Les enfants d’Angleterre prennent plaisir à casser
Ce que les enfants de Hollande prennent plaisir à fabriquer ».
La poupée en bois la plus ancienne conservée dans l’histoire de l’Angleterre date d’environ 1600 : faite d’une pièce dans une souche d’arbre, elle présente la forme de poupée la plus rudimentaire. Une autre poupée costumée datant de 1690 est conservée au Victoria and Albert museum of London. Elle aurait été donnée par la famille de James Stewart à l’un de ses partisans loyalistes : elle a la tête surdimensionnée, les yeux peints et les grandes mains caractéristiques des poupées anglaises de cette époque (photo).
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C’est le début des pandores, ces poupées mannequins ambassadrices de la mode française dans les cours d’Europe et même jusqu’en Amérique (voir Histoire des poupées mannequins), qui vont durer jusqu’au début du XIXe siècle.

XVIIIe siècle

Les poupées de cire sont fabriquées pour les enfants riches, et sont de plus en plus fragiles et luxueuses. Les productions sont de deux familles italiennes émigrées à Londres, Pierotti (photo gauche) et Montanari, qui font concurrence aux fabricants français. Ces derniers moulent des têtes en cire avec des coiffures élaborées pour les couturiers de mode. Il est intéressant de noter combien la simple poupée en bois faite par un fabricant allemand de Sonneburg au XVIe siècle est proche du « bébé des Flandres » anglais du XVIIIe et de la poupée hollandaise du XIXe (photo droite).

La poupée de type « reine Anne » apparaît au début du siècle : elle a des yeux en verre blanc, des pupilles noires, un corps tourné et des membres articulés par cheville. Au cours de l’histoire, les costumes deviennent plus élaborés : le détail vestimentaire , les vestes, jupons, encolures, le reste du trousseau, et les coupes de cheveux renseignent sur la mode de l’époque. En 1776, une certaine miss Delaney écrit ironiquement à propos d’une poupée qu’elle avait habillée  pour une de ses amies : « ma poupée est une dame à la mode (en français dans le texte) du point de vue de son costume, mais pour le reste, tout au contraire (idem), car elle ne peut ni se farder, ni ricaner ni s’enfuir ».

XIXe siècle

La fabrication industrielle remplace le travail des artisans. La poupée a un corps raide en bois gainé de peau, des membres en tissu ou en peau bourrée de sciure de bois, une tête en papier mâché avec des yeux de verre, et les cheveux peints ; elle est de plus en plus réaliste, son cou pivote ; elle aura ensuite généralement la tête en biscuit. L’apparition du « bébé », qui représente l’enfant de 3 à 12 ans (en 1878, lors de l’Exposition universelle de Paris), correspond au formidable essor international de l’industrie française de la poupée et du jouet : les principaux fabricants de l’histoire sont Jumeau (photo), Bru, Gaultier, Steiner, Fleischmann, Thuillier, Schmitt, May et Halopeau.
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La princesse Victoria constitue sa célèbre collection de 132 poupées en bois costumées, dont 32 ont été habillées par la princesse elle-même et le reste par sa gouvernante, la baronnesse Lehzen : elles représentent des artistes d’opéras célèbres en costume de scène, des dames et des gentilhommes de la cour, mesurent entre 8 et 23 cm, et possèdent le traditionnel nez étroit et les joues vermillon de la poupée hollandaise ; les costumes, en contraste avec les rigides figures de bois, sont faits de matériaux vaporeux dans des tons pastels féériques ; cette collection est conservée au London Museum.
Toujours en Angleterre, la famille Montanari invente de nouvelles techniques de fabrication des poupées en cire qui produisent des œuvres remarquées à l’exposition de l’industrie mondiale au Crystal palace de Londres en 1851, en particulier pour la technique d’implantation minutieuse dans la cire des cheveux, cils et sourcils un par un. Ces poupées ont de petites bouches en bouton de rose, de grands yeux généralement bleus bordés de longs cils sombres, des chairs potelées roses et blanches aux bras et aux épaules, moulées dans des courbes rondes et délicates, et des expressions différentes d’une poupée à l’autre (photo gauche). La famille Pierotti continue à fabriquer des poupées en cire de grande qualité, caractérisées par un teint d’une rare beauté (la cire étant colorée par un procédé tenu secret), les coins des yeux délicatement rougis ainsi que les narines et la bouche, des courbes naturelles, des plis réalistes aux poignets et aux chevilles, des fossettes sur les mains et les pieds, avec les ongles marqués. Les cheveux sont implantés par petites mèches, les corps sont généralement en calicot blanc, soigneusement cousus à la tête, aux épaules et aux membres en cire (photo droite).

Charles Marsh fabrique des poupées en cire sur papier mâché aux longs cheveux blonds, la bouche peinte en rose, des yeux incrustés d’un bleu vif et des cils et sourcils en cheveux naturels. Elles sont légèrement plus grandes et potelées que les autres poupées en cire : les membres sont en cire creuse, la tête et les épaules d’une pièce sont articulées au corps en lin blanc bourré par un fil traversant des trous pratiqués dans les membres. Dans l’histoire, la France et l’Allemagne ne sont pas en reste pour la fabrication de poupées en cire, la première faisant des têtes en cire épaisse similaires à celles des Montanari, la seconde en couche fine de cire sur papier mâché. Ce matériau est aussi un constituant à part entière de poupées, dont l’Allemagne domine le marché en Europe au XIXe siècle. Aux États-Unis, Ludwig Greiner fabrique des poupées en papier mâché à Philadelphie qu’il brevète en 1858, caractérisées par un renforcement des têtes au moyen d’un tissu (mousseline, lin, soie ou équivalent), leurs bras et mains en cuir et leur expression placide (photo).
Au milieu du XIXe siècle se développent d’autres types de composition que le papier mâché : l’utilisation intensive d’additifs tels que la colle, la farine, la cire de bois bouillie, le plâtre et autres matériaux bon marché et disponibles ne produit pas un résultat aussi indestructible que revendiqué par les fabricants.
La période du second empire (1852-1870) est l’âge d’or des parisiennes, ces poupées mannequins destinées à l’éducation des jeunes filles des familles aisées (voir Histoire des poupées mannequins).


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XXe siècle

Les principaux fabricants français se réunissent dans la Société Française de Bébés et Jouets (SFBJ) pour tenter d’endiguer la concurrence étrangère, notamment allemande. La nouveauté de la production de la SFBJ a consisté en une série de « bébés de caractère » aux traits expressifs et aux proportions de très jeunes enfants, voire de nouveau-nés. Avec la première guerre, puis les années folles, de nouveaux matériaux concurrencent le biscuit : le celluloïd, le tissu bourré, la feutrine, entre autres, avec les poupées Steiff et Käthe Kruse (Allemagne), Lenci (Italie), Kamkins (États-Unis) et Vénus (France) pour les plus connues.
Simultanément, un nouveau type de poupée s’impose dans l’histoire sur le marché : le poupon « baigneur » à corps mou qui représente le nouveau-né, avec une grosse tête sans cheveux et un regard vivant. Les revues enfantines assurent également la promotion de poupées « prime », dont Bleuette (photo) de la revue  « La semaine de Suzette » est certainement la plus célèbre, avec son riche trousseau acheté tout fait ou confectionné par les fillettes à partir des patrons de la revue.

La poupée mannequin lancée en 1956 par les américains, Barbie, est née avec la mixité : ce n’est pas une poupée de maternage, mais d’identification. En France, les principales concurrentes de Barbie sont Cathie et Tressy de Bella, ainsi que Mily et Dolly de Gégé.
À  partir de 1950, les principales entreprises qui utilisent encore du celluloïd sont Petitcollin, Nobel, Convert, et Maréchal ; mais celles qui s’imposent avec les nouvelles matières plastiques s’appellent Bella, Gégé, Clodrey et, beaucoup plus tard, Corolle ; l’usage du celluloïd, inflammable, a été supprimé pour les poupées en 1960.
La concurrence asiatique (au Japon, il existe un artisanat qui crée des poupées de jeunes filles admirées pour leur beauté physique) et l’augmentation des prix des matières premières due aux chocs pétroliers ont engendré des difficultés économiques qui ont précipité la chute des grandes entreprises françaises de poupées (Bella, Gégé, Raynal et Clodrey).
Parallèlement, la poupée d’artiste fait son apparition en Allemagne avec Marion Kaulitz (1908) et Käthe Kruse (1910), en France avec Berthe Noufflard et Albert Marque (1915), en Suisse avec Sasha Morgenthaler (1941), et aux États-Unis avec  Dewees Cochran (1934) et Dorothy Heizer (voir page Les artistes en poupées pionniers).

XXIe siècle

L’électronique sert à faire parler les poupées et devient source de comportements divers. Face à la suprématie de Barbie dans l’histoire, la société Corolle, rachetée par Mattel, représente aujourd’hui environ 18 % du marché grâce à un positionnement haut de gamme. Jusqu’en 2004, la plupart des poupées Corolle étaient encore fabriquées en France ; elles sont aujourd’hui fabriquées en Chine et en Espagne, toutes les étapes de conception du design au prototypage étant assurées en France par une équipe de 65 personnes.
Déjà amorcé dans les années 1980, l’ouverture à de nouvelles formes d’expression et de représentation se développe :


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