Créatrices et créateurs canadiens


Crédit photo : Patrick Bouchard

Introduction

Le Canada a une riche histoire en matière de poupées traditionnelles : des figurines Inuit remontant vraisemblablement à plus de mille ans avant notre ère aux poupées fabriquées par les colons, en passant par les poupées des tribus indiennes autochtones (appelées là-bas premières nations) , le récit est long (voir Histoire des poupées).

Les poupées des peuples de la mosaïque canadienne

Les colons et les immigrés canadiens proviennent d’un nombre important de pays d’origine. Le mode d’intégration multiculturaliste à la nation est encouragé par des slogans tels que « célébrons nos différences ». Historiquement, la colonisation s’est opérée par des isolats géographiques et ethniques (au sens de peuples originaires de nations distinctes vivant sur des territoires distincts) disséminés dans tout le pays, avec peu de contacts entre eux. En conséquence, les canadiens ont un fort sentiment d’appartenance géographique et d’origine, et maintiennent sous la surface de l’uniformité culturelle et sociale moderne un modèle national constitué d’une mosaïque de cultures.
Les poupées sont un des moyens d’expression de cette mosaïque : leurs visages, expressions, coiffures, tenues vestimentaires et actions nous parlent de ces pays et cultures d’origine. Ci-dessous, photo de gauche : poupée de chef en bois, quartier italien de Vancouver, Colombie-Britannique. Photo du centre : berceau de poupée franco-canadien fait à la main et datant d’environ 1900. Photo de droite : jeune femme en uniforme de l’armée du salut canadienne.

L’ancienne Acadie était une colonie de la Nouvelle-France au nord est de l’Amérique du nord qui incluait une partie de l’est du Québec, les Provinces maritimes (Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse et Île-du-Prince-Édouard) et le Maine actuel jusqu’à la rivière Kennebec. La population acadienne incluait des membres de la confédération Wabanaki (confédération historique, du XVIIe et XVIIIe siècles, de cinq nations amérindiennes ayant la langue algonquine comme langue commune) et des descendants d’immigrants français, les acadiens, ces deux populations s’étant fortement métissées. Aujourd’hui, l’Acadie se réfère aux régions de l’Amérique du nord historiquement associées aux terres, aux descendants ou à la culture de l’ancienne Acadie. Elle peut aussi se référer à la diaspora acadienne en Louisiane du sud, une région aussi appelée Acadiane. Dans les faits, l’Acadie se réfère à l’existence d’une culture française dans ces régions. Les poupées jouent un rôle important dans l’affirmation de l’identité acadienne. Ci-dessous, de gauche à droite : fillette en tenue traditionnelle acadienne ; couple de pêcheurs acadiens, 1957 ; Evangeline, héroïne acadienne du poème de Henry Wadsworth Longfellow, qui relate une séparation déchirante et la recherche de toute une vie de deux amoureux l’un pour l’autre.
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Les Eaton’s beauty dolls

Les « Eaton’s beauty dolls » sont apparues en 1900, la dernière étant produite en 1999. Poupées commerciales fabriquées par des sociétés européennes (telles que J.D. Kestner, Armand Marseille, Cuno & Otto Dressel ou encore la SFBJ) et vendues par la société canadienne T. Eaton Company Limited, elles jouissaient d’une excellente réputation de rapport qualité-prix et de grande beauté, au point que toutes les petites canadiennes rêvaient d’en posséder une (photos, de gauche à droite : 1909, Cuno & Dressel ; 1941, Reliable Toy ; 1997, Effanbee).

Au cours du temps, le corps de ces poupées est passé du cuir au papier mâché (1906), à la composition (vers 1912), au latex (1954), au vinyl (1956), puis au plastique vinylique (1960-1965), à la composition (1977), enfin au biscuit (1983). La production a connu des arrêts nombreux au cours de sa vie, et a été rapatriée au Canada lors de la première (Dominion Toy Manufacturing Company Limited) puis de la seconde (Reliable Toy Company) guerre mondiale, ainsi que de 1954 à 1957 (Dee & Cee Toy Company Limited), de 1960 à 1961 (Dee & Cee), de 1962 à 1965 (Regal Toy Company), de 1977 à 1981 (Dorothy Churchill de Toronto, Ontario, reproduction d’un moule d’Armand Marseille), enfin de 1983 à 1989 (April Katz de Toronto).  Les « Eaton’s Beauty ont été vendues habillées à partir de 1908, suivaient les modes des coiffures et ont porté de 1904 à 1964 un badge d’authentification.
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Les poupées canadiennes de célébrités

Une autre catégorie de poupées concerne la représentation de personnalités canadiennes, qu’elles soient fabriquées au Canada ou à l’étranger. Elles sont assez rares, si l’on compare par exemple au nombre important de poupées représentant des notoriétés des USA, et concernent surtout des sportifs. On trouve ici par exemple les premiers quintuplés ayant survécu, les quintuplés Dionne, nés en 1934 à Callander, Ontario (photo de gauche, 1930, composition, probablement Effanbee ; photo de droite, composition, Madame Alexander).

Citons également Barbara Ann Scott, championne olympique de patinage artistique en 1948 ; Anne Heggtveit, championne olympique de slalom en 1960 ; Marilyn Bell, première personne à traverser le lac Ontario à la nage, en 1954 à l’âge de 16 ans (photo de gauche) ; Karen Magnussen, championne du monde de patinage artistique en 1973 ; Bobby Orr et Wayne Gretsky, champions de hockey ; Pauline Johnson, poétesse de l’héritage indien (photo du centre) ; Catherine Parr Traill, un des premiers colons de la région de Peterborough, Ontario, et naturaliste renommée ; Phoebe Parsons, une des premières infirmières à secourir les blessés de la rébellion du nord-ouest de 1885 (tentative brève et sans succès des métis canadiens de se rebeller contre le gouvernement du Canada) ; Laura Secord, héroïne de la guerre anglo-américaine de 1812 (photo de droite) ; Madame de la Tour, la mousquetaire en jupons acadienne.

La poupée utilitaire

Ce que l’on pourrait appeler la poupée utilitaire (« working doll ») joue un rôle éducatif, promotionnel ou civique. Une poupée célèbre de cette sorte est la mascotte des soupes Campbell, la poupée « Campbell soup kid » (photo de gauche). Dans un genre très éloigné, on trouve les personnages de crèches ou ceux des ordres religieux. Avant l’ère de la photographie , les poupées mannequins servaient aux couturiers à montrer leur travail. Les organisations de toute sorte utilisent les poupées comme véhicule de leurs valeurs ou pour susciter l’adhésion. Le monde du spectacle a reproduit en poupées des personnages de fiction ou des présentateurs célèbres. Le patriotisme utilise les poupées en uniforme en période de guerre. Ces poupées servent aussi à illustrer les événements commémoratifs. Les poupées représentant des personnages historiques sont légion dans le Monde entier.
Au Canada, le musée de la guerre d’Ottawa (Ontario) a commandité une exposition de poupées pour accompagner l’événement de 1984-1985 intitulé « les femmes dans la guerre » : on y trouve des infirmières du front, « Rosie the riveter » (Rosie la riveteuse, emblème des femmes nord américaines ayant travaillé dans l’industrie de l’armement lors de la seconde guerre mondiale), Madeleine de Vercheres (héroïne de guerre canadienne, photo du centre), Jeanne Mance, fondatrice de l’hôpital de l’Hôtel-Dieu de Montréal, Québec (photo de droite),…
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Les poupées commerciales du XXe siècle

Au Canada, l’industrie des poupées commerciales est née en 1911 avec la création de la société Dominion Toy Manufacturing Company à Toronto, Ontario, suite à la demande grandissante que satisfaisaient jusque là les entreprises européennes et américaines. Une prolifération de créations d’entreprises de jouets s’ensuivit, dont certaines furent éphémères. On en compte 29 au total, dont une douzaine subsistent aujourd’hui (les trois premières étant Hasbro Canada, Mattel Canada et Crayola Canada), qui produisent plus de 50 000 poupées par semaine sur plus de 300 modèles. Parmi les poupées canadiennes les plus intéressantes pour les collectionneurs, on peut citer : Cléopâtre et « Little mister bad boy » de Pullan ; les « Eaton’s beauty dolls » de 1940 à 1943, et la Barbara Ann Scott de Reliable Toy (voir plus haut). Parmi les poupées les plus récentes produites au Canada, on peut mentionner la gamme des sept fillettes à récit « Maplelea girls », aventurières qui « célèbrent l’esprit et l’identité du Canada » (photos, de gauche à droite : Alexi, Charlsea, Saila).

Les poupées d’artistes d’hier, d’aujourd’hui et de demain

Venons-en maintenant aux poupées d’art. Comme dans le reste du Monde, c’est, à l’échelle de l’histoire, un phénomène récent au Canada. Si l’on s’en tient aux statistiques, on peut constater que 9 femmes seulement sont sorties diplômées d’une école de Beaux-Arts au Canada en 1962, contre 93 en 1969, dont un grand nombre ont choisi la poupée comme moyen d’expression. Le nombre d’hommes diplômés a aussi fortement augmenté, mais peu ont choisi la poupée comme technique artistique.
On peut dater l’apparition de la poupée d’artiste au Canada avec le travail de deux femmes nées dans le milieu des années 1920 (voir ci-dessous) : Madeline Saucier, considérée comme l’artiste en poupées officielle du Canada, devenue célèbre pour ses personnages en feutre moulé dépeignant les traditions et l’histoire canadiennes ; Arlyn Coad, créatrice de marionnettes et de poupées et fondatrice avec son mari Luman Coad en 1966 de l’une des compagnies de théâtre de marionnettes les plus renommées au Canada, la Coad Canada Puppets. Ces deux artistes ont ouvert la voie en fabricant d’authentiques œuvres originales (OOAK) qui ont marqué leur époque.
La sélection d’artistes présentés ci-dessous, par la variété des formes représentées, des matériaux et des techniques utilisés, ainsi que par la qualité des œuvres proposées, illustre la vivacité de la création de poupées par des artistes canadiens d’hier, d’aujourd’hui et de demain.
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Sélection d’artistes en poupées canadiens

La grande dame de la poupée d’art canadienne, Madeline Saucier (décédée en 1985), fabrique ses premières poupées de cire à corps en tissu sur armature métallique lors d’une longue convalescence à l’âge de sept ans. « Mes modèles étaient parfois des amis et des membres de la famille », écrira-t-elle dans un article de 1974, « ces créations devinrent des compagnons de mes poupées jouets ».
Née en 1925 à Montréal, son enfance est marquée par les étés passés dans le manoir seigneurial de 33 pièces de ses grands-parents maternels en Gaspésie (Québec), au milieu d’une fratrie de 18 enfants. Dans le grenier, des malles emplies de belles robes sont l’objet d’essayages par Madeline et ses cousines lors des longues journées pluvieuses. Des années plus tard, elle songera avec regret à ces robes lorsqu’elle aura besoin de matériaux d’époque pour les costumes de ses poupées. Après avoir été éduquée par un précepteur à Montréal, elle entre dans une institution religieuse où elle passe beaucoup de temps, sur les conseils de ses médecins, à suivre des études artistiques dans les domaines de la peinture, de la sculpture et du modelage. Elle est la plus jeune écolière à gagner le prix de l’école des Beaux-Arts de Montréal pour un portrait à l’huile. Elle intégre ensuite l’Institut Pédagogique de Montréal puis l’école d’art du musée des Beaux-Arts de Montréal pour étudier le dessin, le portrait et l’anatomie. Puis elle suit des cours de peinture et de modelage à la Sir George Williams University, et de portrait sous la direction d’Adam Sheriff Scott de la Royal Canadian Academy of Arts.
Madeline ouvre son premier atelier, où elle enseigne le dessin et la peinture de portrait, tout en expérimentant la fabrication de poupées en bois, papier mâché, modelage français à l’aiguille, cire, composition, tissu et feutre. Elle se fixera finalement sur le feutre moulé, qu’elle travaillera des années 1960 au début des années 1980, et deviendra célèbre pour ses personnages dépeignant les traditions et l’histoire canadiennes (photos, de gauche à droite : « Royal canadian mountie police » ; « Red river » ; « Canteen girl »).

À cette époque, elle travaille à distance pour Raphaël Tuck & Co et Wilkinson, deux entreprises de New-York. En 1947, à l’âge de 22 ans, elle est clouée au lit par une longue maladie. Pour passer le temps, elle sculpte « Grape woman », un bronze représentant une jeune fille avec des grappes de raisin dans les cheveux, qui est exposé à l’hôtel Waldorf-Astoria de New-York et qui rencontre un succès d’estime dans la presse locale.
En juin de la même année, elle épouse le major André Morin, un attaché militaire à Paris. Ils ont un fils, André, en 1953. Après une longue maladie, son mari meurt en 1961. C’est à cette période que Madeline décide de devenir une artiste en poupées, profession qui ne comptait aucun représentant d’envergure au Canada. Elle poursuit encore ses études sur des sujets pertinents, dont un cours en arts appliqués. En 1963, elle reçoit une commande du Fashion Group of America pour une exposition de mode intitulée « La mode est internationale ». Il s’agit de réaliser une série de 17 poupées en costume national de différents pays. Cette série, avec d’autres poupées, est reproduite en 1966 pour les grands magasins Jordan Marsh de Boston.
En 1964, quelques unes de ses poupées sont données par la Société Historique de Montréal pour une exposition permanente au musée militaire de New-York ; la même année, Walt Disney commande pour le Disneyland d’Anaheim (Californie) quelques unes de ses poupées canadiennes. En 1965, elle tient sa première exposition individuelle au centre des Beaux-Arts de Stewart Hall, Pointe Claire, Montréal, avec plus de 30 poupées. L’Expo’67 de Montréal expose environ 35 poupées, la plupart étant des portraits d’enfants canadiens contemporains (photos, de gauche à droite : « Canadian snow baby » ; « Girl in Sunday best » ; « Two girls »).

En 1969, Madeline expose l’ensemble de son œuvre au musée des Beaux-Arts de Montréal. Elle collabore avec le département de psychologie et d’éducation de l’université d’Ottawa pour une monographie sur l’histoire des poupées, et avec le département d’anthropologie de l’université de Montréal sur la création de poupées. Son travail est également présent dans les collections de poupées de l’université Mc Gill de Montréal et dans des collections privées aux États-Unis et en Europe. Il a été couvert par de nombreuses publications, émissions de radio et de télévision.
Côté technique, les visages des poupées de Madeline Saucier sont depuis 1963 faits d’une formule spéciale de feutre durci avec des traits peints à la main et des cils implantés. Les corps sont entièrement dotés d’une armature métallique et recouverts de tissu ou de feutre.
Depuis 1966, toutes les poupées sont des commandes de portraits représentant le plus souvent des enfants. La plupart des poupées sont des éditions limitées protégées par le droit d’auteur et enregistrées comme œuvres d’art. Les thèmes sont si souvent canadiens (photo : « Femme du Québec ») qu’elle est généralement considérée comme étant l’artiste en poupées officielle du  Canada.

Madeline Saucier est membre artiste du musée des Beaux-Arts de Montréal et a été admise au NIADA (National Institute of American Doll Artists) en 1968.
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Fondatrice avec son mari Luman Coad en 1966 de l’une des compagnies de théâtre de marionnettes les plus renommées au Canada, Arlyn Coad (née Hill) est une créatrice de marionnettes et de poupées dont l’œuvre est caractérisée par la précision des lignes, de la texture et des couleurs. S’inspirant en partie du travail des théâtres d’État des pays de l’Est, ses marionnettes en bois aux formes originales, naïves, bonhommes ou drôles, dégagent une grande force expressive. Ci-dessous, de gauche à droite : « Darryl », « Polly », « The bag lady ».

Née à Finchley (banlieue Nord-Ouest de Londres) en 1927, elle grandit au milieu de crayons, de papiers et de pinceaux car sa mère est une styliste de mode spécialisée dans les robes de présentation des débutantes à la cour d’Angleterre. Elle s’intéresse aux marionnettes dès l’école. Quand elle a neuf ans, sa mère meurt et six ans plus tard, juste après son admission à la  Hornsey School of Art, c’est au tour de son père. Diplômée en 1946, elle émigre au Canada cette même année et entame des études de cycle supérieur à la Vancouver School of Art. Deux ans plus tard, elle intégre les Beaux-Arts de Paris, où elle épouse Georges Kuthan, un graphiste tchécoslovaque. Ils retournent à Vancouver où ils ont trois enfants. Arlyn rencontre Luman Coad à Oakland (Californie), où il met en scène le Children’s Fairyland Puppet Theatre. Georges meurt en 1966, l’année où Luman s’installe au Canada.
Arlyn et Luman fondent la compagnie de théâtre de marionnettes Coad Canada Puppets, dans laquelle Arlyn est la créatrice des marionnettes et Luman leur manipulateur, et se marient quelques mois plus tard. Ils ont su amener la marionnette à un haut degré d’exigence artistique, comme en témoignent les mentions d’excellence décernées par l’UNIMA (UNion Internationale de la MArionnette)-USA pour récompenser huit de leurs spectacles : « The box ? A show of feelings » (La Boîte ?, spectacle de sentiments, 1975), « Little ghost Gilroy » (Gilroy, le petit fantôme, 1975), « Mr Whipple’s whims » (Les caprices de M. Whipple, 1979), « Under the grasses » (Sous les herbes, 1980), « Polly » (1983), « Harlequin’s cloak » (la cape d’Arlequin, 2004), « There’s a dinosaur in the closet » (Il y a un dinosaure dans le placard, 2008), et « Up please ! » (Debout !, 1999), solo pour marionnette à gaine de Luman Coad, œuvre lyrique et divertissante. Les Coad ont reçu l’award du président des Puppeteers of America en 1980. Ci-dessous, de gauche à droite : « The Box ? A show of feelings », « Mr Whipple’s whims », « Up please ! ».

Les créations d’Arlyn Coad ne tardent pas à obtenir une reconnaissance internationale, elles sont incluses dans une exposition de concepteurs de théâtre canadiens à la quadriennale de Prague (événement mondial le plus important dans les domaines de la scénographie et de l’architecture théâtrales qui se déroule à Prague tous les 4 ans) dans les années 1970. Les spectacles tournent dsans 18 pays. Arlyn écrit : « le travail d’un concepteur de marionnettes est d’organiser les éléments visuels du spectacle de telle sorte qu’ils soient facilement compris par le public et qu’ils aient un impact émotionnel qui améliore la représentation. En partant d’un concept réaliste, le concepteur doit sélectionner, simplifier, éliminer, interpréter, communiquer, et laisser de la place à l’apport de l’imagination du spectateur. » Pour la fabrication des marionnettes, le couple met au point une pâte à papier mâché d’une grande simplicité et d’une grande efficacité : ils déchirent des boîtes à œufs en carton, les font tremper et les mixent. Une fois l’excédent d’eau enlevé, ils garnissent des moules en plâtre avec la pâte et laissent sécher deux jours. Une fois démoulée, la pièce peut être recouverte de colle blanche ou de gesso.
Mais Arlyn Coad ne se contente pas de créer pour ses productions théâtrales, elle réalise aussi des masques de théâtre (photos)

et des poupées en cire au 1/12e (photos), dont la technique de fabrication est la suivante : un modèle est sculpté dans de l’argile, puis un moule en plâtre dentaire est réalisé. Un mélange spécial de cires est coulé dans le moule. Lorsqu’il a durci, la figurine est retirée du moule puis traitée pour faire ressortir les détails fins. Chaque cheveu est incrusté individuellement dans le cuir chevelu. Les vêtements sont cousus à la main par l’artiste, en utilisant des tissus soigneusement sélectionnés.

Après le décès d’Arlyn Coad en 1999, une société portant son nom décerne un prix récompensant la meilleure scénographie appliquée au théâtre de marionnettes, l’Arlyn Award for Outstanding Design in Puppet Theatre.
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« Quand j’avais sept ans, j’ai ouvert une encyclopédie et je suis tombé sur le mot « marionnette », raconte Ronnie Burkett, « j’ai pensé que c’était ce que j’allais faire pour le restant de mes jours. C’est devenu une bonne blague familiale : si j’étais tombé sur le mot « proctologue », je serais en train d’examiner ton cul ». Le ton est donné : ce marionnettiste canadien au verbe cru donne depuis 1986 des spectacles de théâtre drôles, politiques ou carrément trash où il assure également les rôles de concepteur des marionnettes, auteur, metteur en scène, acteur, chanteur et décorateur (photos, de gauche à droite : personnages des pièces de théâtre « Tinka’s new dress », « Happy » et « Penny plain »).

Né en 1957 à Lethbridge, Alberta (Canada), Ronnie Burkett grandit à Medicine Hat (Alberta). Les marionnettes de Bil Baird dans le film de 1965 « La mélodie du bonheur » décident de sa vocation. Il revendique sa comédie musicale « The patchwork girl of Oz », écrite et jouée à l’âge de 14 ans, comme étant sa première pièce de théâtre de marionnettes. Il fréquente l’université de Medicine Hat, obtient une bourse de théâtre pour la Brigham Young University de l’Utah (États-Unis) qu’il abandonne après un semestre pour se consacrer à sa carrière.
Après avoir gagné un « Emmy award » régional en 1979 pour les marionnettes de « Cinderrabbit » à la télévision aux États-Unis, Ronnie Burkett crée sa propre compagnie de théâtre à Alberta en 1986. Ses premières pièces incluent « Fool’s edge », « Virtue falls », « The Punch club » et « Awful manors ». En 1994, « Tinka’s new dress » est son premier succès international, qui lui vaut deux Dora awards, quatre Elizabeth Sterling Haynes awards et une mention spéciale des Obie awards. C’est la première partie d’une trilogie qui continue avec « Street of blood » en 1999 et « Happy » en 2000. Dans la série des récompenses, il remporte aussi un Chalmers award en 1996 avec « Old friends » et le Siminovitch prize in theatre pour le décor en 2009. « Provenance » est créée en 2003, « Ten days on Earth » en 2006, sa pièce quasi autobiographique  » Billy Twinkle : requiem for a golden boy » en 2008, et la comédie apocalyptique « Penny plain » en 2011. Sa dernière pièce,  » The daisy theatre »(photos), mi-improvisation et mi-cabaret, créée en 2013 et inspirée par le théâtre de marionnettes subversif de la tchécoslovaquie occupée lors de la seconde guerre mondiale, inclut de courtes saynètes écrites par des auteurs dramatiques canadiens connus.

« Accro aux infos » selon ses propres termes, Ronnie Burkett y tire son inspiration quotidienne de faits d’actualité et de sujets à la mode. L’interaction avec le public fait aussi partie du spectacle : les volontaires peuvent se retrouver à manipuler des marionnettes ou finir sans chemise. Parmi les trente personnages de la pièce, on trouve : Edna Rural, canadienne confuse et donneuse de leçons (photo de gauche) ; Esme, une star hollywoodienne alcoolique, vulgaire et médisante (photo du centre) ; Schnitzel, la fée innocente (photo de droite, sur les épaules de Popo de Lune).

« Ces trois personnages se retrouvent à égalité dans Ronnie », commente leur créateur. En ce qui concerne l’immense popularité de cette pièce, il explique : « j’ai toujours voulu demander au public pouquoi il revenait. Je pense que c’est parce que j’ai un point de vue. Si un artiste n’a pas de point de vue sur son époque, c’est juste du divertissement vide ».
Ronnie Burkett est un fervent avocat du papier mâché pour fabriquer ses marionnettes. Ce matériau de base connaît selon lui une renaissance, tant il apparaît évident que la résine, la fibre de verre, le caoutchouc latex et autres substances artificielles sont nocives non seulement pour l’artisan mais pour l’environnement. La composition écrasée, matériau polyvalent, est une solution très satisfaisante de pâte à papier mâché : humide, c’est comme de l’argile, elle peut être coulée dans un moule ou modelée sur une armature ; sèche, elle possède de nombreuses propriétés du bois, peut être râpée, poncée et taillée. Contrairement à l’argile, elle ne requiert pas de cuisson. Elle est légère et durable. L’acrylique ou le gesso « fait maison », les peintures et le vernis procurent un fini excellent pour sa surface. La pâte peut être fabriquée à partir de divers papiers tels que papier journal (produit une pâte grossière), papier mince (produit une pâte fine au fini de type porcelaine), papier cannelé, boîte à œufs, prospectus. Avec un peu d’expérience, on peut employer un type de papier pour un personnage spécifique : une personne âgée ou un troll présente une texture de surface grossière, tandis qu’un premier rôle féminin ou un enfant a une peau lisse. La gamme entière de peintures et de pigments -aquarelle, gouache, huile, peinture-émail, peinture acrylique, stylo-feutre, crayon et teinture- est utilisable sur le papier mâché. Il y a une grande liberté à créer sans masque de ventilation, avec un matériau séchant à l’air libre que l’on peut employer pour sculpter ou couler têtes, mains, membres, accessoires, bijoux,…tout ce qu’une vision artistique décide de créer.
Pour finir, cette phrase de Ronnie Burkett à propos des thèses de doctorat s’interrogeant sur la signification profonde de l’art de la marionnette : « ce n’est pas du tout du méta-théâtre, c’est juste un homme vieillissant qui joue avec des poupées ! ».
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Le visiteur de la galerie de Michèle Prasil à Québec, « Le fil du temps », n’avait qu’à jeter un regard sur la centaine de poupées exposées pour apprécier l’étendue des directions dans lesquelles l’imagination de cette artiste l’avait conduite. Il y a là des poupées de salon, des personnages historiques de France et du Canada, un groupe inspiré du carnaval de Venise, le groupe « Les demoiselles » de poupées pour enfants, la mystérieuse « Fleur de nuit » masquée et richement habillée, la série « Les enfants » aux visages si expressifs,…
Native de France, cette institutrice s’installe au Québec avec sa famille en 1970 et, tout en perfectionnant son savoir-faire en création de poupées, guidée par des principes de composition, de texture et de couleur, elle étudie la culture du Canada francophone en profondeur, notamment l’histoire des costumes des trois derniers siècles. Elle a interrogé de nombreuses personnes âgées sur les coutumes et la culture de leur jeunesse, et couru bibliothèques et musées pour étudier les ouvrages et archives sur les costumes et matériaux anciens. Ce travail produira des séries de poupées représentant différentes époques et régions du Québec, n’utilisant que des tissus dont disposaient les premiers colons.
Sa première inspiration vient d’une de ces poupées de salon créées par le célèbre couturier Paul Poiret de chez Lanvin (photos de gauche et du centre), aperçue dans le salon de sa grand-mère. Passion d’enfance, cette poupée sert de modèle plus ou moins conscient pour ses premiers efforts ayant pour but de recréer l’univers élégant de la haute couture française de jadis. Ses dames minutieusement costumées de cette période ont de nombreux points en commun avec les poupées de salon (photo de droite) : leurs traits de visage féminins sculptés couverts de soie peinte ; leurs yeux, peints ou en verre, bordés de longs cils ; leurs corps élancés rappelant ceux des mannequins de haute couture. En revanche, les costumes ne correspondent pas forcément à l’époque de création de la poupée, mais sont empruntés à l’histoire (Diane de Poitiers, 1520, Elizabeth d’Autriche, 1550).

Une autre inspiration vient du monde de l’enfance, du « on dirait que » avec lequel elle se sent particulièrement à l’aise. Elle dit souvent que si son destin n’avait pas été de fabriquer des poupées, elle aurait aimé écrire des histoires pour enfants. En fait, l’atmosphère théâtrale de mystère qui entoure ses créations incite l’observateur à se souvenir d’un rêve ou d’un produit de son imagination d’enfance oublié. Après avoir ressuscité et perfectionné l’élégance des poupées de salon, on pourrait se demander pourquoi Michèle décide alors d’explorer d’autres voies. Elle répond : « j’ai senti que les poupées de salon, aussi luxueuses qu’elles puissent être, n’ont pas le caractère ludique habituellement associé aux poupées. J’ai voulu adapter mes poupées à la main d’un enfant. » Ainsi naît le groupe des « Demoiselles » à la tête sculptée dans la pierre et au corps en tissu. Mais le visage est encore celui d’une femme, habillée de manière raffinée. « Oui », poursuit Michèle, « l’idée de la poupée de salon est toujours présente. Malgré la taille plus petite (61 cm), le maintien est toujours plutôt hautain ! » L’étape suivant le travail sur l’authenticité des costumes sera une création plus débridée qui verra apparaître des personnages insolites, comme « Fleur de nuit » : son visage, masqué de cuir, est conçu comme le cœur d’une rose enveloppé de pétales de satin et de perles brillantes ; le costume en lamé d’argent scintille, avec des brocarts d’or et d’argent mêlés au satin et aux perles, et se termine par un bouquet de plumes d’autruche noire.
Après des années de recherche dans ces différentes directions, Michèle arrive à une synthèse avec « Les enfants ». Les costumes élaborés et la construction générale de ces poupées rappellent encore les poupées de salon. Toutefois, les visages sont enfantins, la hauteur ne dépasse pas 91 cm (alors que les poupées de salon atteignent jusqu’à 122 cm) et les corps sont moins élancés. De plus, la création incorpore les nombreuses techniques de sculpture des têtes telles que les visages en cuir avec des yeux en verre.
Michèle Prasil apporte un soin particulier à la confection de costumes historiquement authentiques, dont les détails sont souvent extraits de revues de mode victoriennes ou du début du XXe siècle issues de son importante collection, telles que la « La mode illustrée » ou « Dress in America » : elle utilise des tissus délicats comme la soie de Chine ou la soie brute, le satin, le coton Liberty, le velours, la dentelle ancienne et la fourrure ; elle emploie aussi des échantillons de vêtements anciens donnés par des gens qui suivent son travail ; les bottes et les gants sont cousus dans un cuir extrêmement fin. Son Jacques Cartier, par exemple, est remarquable : œuvre de commande de la mairie de Québec réalisée pour le 450e anniversaire de l’arrivée des français au Canada, c’est une une poupée de plus d’un mètre méticuleusement costumée à la mode de son époque, avec du satin crevé, des hauts-de-chausses matelassés et un manteau orné de fourrure de castor. Ses traits sont sculptés avec sensibilité et les yeux peints avec réalisme. Michèle crée également des campagnards du XVIIIe siècle vivant à Orléans, une île proche de Québec, ainsi qu’une série de dames habillées à la mode 1900 représentant d’élégantes citadines, et des enfants du XIXe siècle authentiquement vêtus au moyen de tissus anciens. Une autre série est constituée d’un groupe en costumes raffinés, semblant attendre le départ d’une mascarade. Tout ceci est réalisé au moyen de dentelle ancienne, de plumes, de rubans, d’étoffes élaborées et de fourrures donnant à la poupée une apparence de fantaisie.
L’œuvre ci-dessous est une grande poupée unique (OOAK) de 53 cm des années 1980, habillée d’une longue robe blanche crochetée et d’un beau jupon en satin couleur lavande orné de fine dentelle avec pantalons assortis. Elle porte de longues bottes en suède marron. De la dentelle orne chaque poignet et le cou. Son beau visage en bois peint à l’expression concentrée est encadré de cheveux blancs et porte un bonnet en dentelle. Autour de sa poitrine, une brassière à carreaux noirs et blancs est nouée dans le dos. Les avant-bras sont en cuir et le corps en tissu. 

Une autre œuvre remarquable est cette longue dame à la robe de dentelle Chantilly noire décorée de feuilles et de fleurs (photos ci-dessous), poupée unique de 1985 dont le visage penché nous regarde avec bienveillance.

Sur le plan technique, contrairement aux  poupées de salon, les  œuvres de Michèle Prasil sont très robustes. Le corps est composé de bourrage de coton lourd. Les avant-bras, mains et mollets (et parfois la tête) sont habituellement sculptés dans un mélange très résistant inventé par Michèle et appelé « pierre en poudre ». Un lest est ajouté aux membres souples, de manière à ce que le costume tombe bien quelle que soit la position de la poupée. Elle utilise différentes méthodes de fabrication des têtes pour obtenir le bon effet. Certaines de ses poupées de salon ont une tête en tissu faite d’une étoffe très fine de type soie pour donner l’apparence de la peau. Lors de la réalisation d’un couple adulte, elle emploie un tissu légèrement plus rugueux pour le visage de l’homme afin de simuler la barbe naissante.
Michèle commence à vendre ses poupées en 1976. Ses œuvres sont présentes dans des collections privées à travers le Monde, notamment aux États-Unis. Membre active de la Corporation des Artisans de Québec, elle expose en Amérique du Nord et au Mexique et apparaît dans de nombreuses émissions de télévision.
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De 1995 à 2005, les sœurs Marianne Reitsma et Martha Boers fabriquent plus de 250 poupées uniques (OOAK) reproduisant des personnages historiques ou de fantasie. Cette équipe artistique -Marianne sculpte les poupées et Martha les perruque, les habille et les accessoirise- fait partie de l’élite des artistes en poupées originales au Canada. À la fois expressifs et très convaincants, ces portraits sont issus de contes populaires et de récits historiques universels (photos, de gauche à droite : « Nain celte », « Shéhérazade », « Le prince Jean ») :

  • personnages génériques : géants, dragons, fées, elfes, princesses, gnomes, sorciers, pirates, mousquetaires, fauconniers, ballerines,…
  • personnages de fiction et mythologiques : la belle et la bête, Petruccio, Sinbad le marin, la femme de Noe, le dieu Thor, Robin des bois,…
  • personnages historiques : John Hawkins le pirate, le Lakon Nai (danseur traditionnel thaï), Elissa reine de Cartage, Léonard de Vinci, la peintre canadienne Emily Carr, Macbeth,…

Martha naît aux Pays-Bas et émigre au Canada à l’âge de cinq ans. Après la naissance de Marianne trois ans plus tard, les deux filles grandissent dans un environnement où la créativité est encouragée, chaque anniversaire ou Noël apportant son lot de fournitures artistiques. Dès son plus jeune âge, Martha éprouve un irrésistible besoin de créer : que ce soit avec du fil, de l’argile, de la peinture, des crayons ou du tissu, elle est toujours occupée. Mais sa préférence va à la confection de vêtements, ce qui la conduit naturellement à la création de poupées. Après un an d’étude de la technique théâtrale avec l’espoir de devenir un jour conceptrice de costumes, elle quitte l’école, se marie, et devient mère au foyer sans abandonner la fabrication de poupées : elle crée une poupée en tissu qui se vend bien, mais un problème au pied l’empêche de coudre à la machine. Elle découvre alors les possibilités de l’argile polymère pour les poupées.
Entre-temps, Marianne, qui a a terminé le cycle d’illustration technique à l’école Sheridan, travaille comme artiste infographiste. Elle est aussi fascinée par les potentialités de l’argile polymère. Au milieu des années 1990, les deux sœurs décident de s’associer et créent des poupées d’art d’une grande finesse. À partir de là, les choses s’accélèrent : elles sont invitées à participer à la prestigieuse exposition « Santa Fe International Doll Art » en 1996, où leur pièce « Robin des bois » (photo de gauche) se vend avant l’ouverture. Dans la compétition internationale, « Léonard de Vinci » (photo de droite) gagne le premier prix dans la catégorie meilleure poupée originale en sculpture directe.

Cette sculpture a une histoire. Au départ, Marianne et Martha se heurtent a une difficulté : il existe très peu de documentation sur la vie de Léonard ; elles finissent par trouver après de longues recherches un auto-portrait et une esquisse de profil. Sur la sculpture de la tête, Marianne se souvient : « c’était ma première tête de vieillard, et comme il était chauve, le crâne devait être parfait. Il ne pouvait y avoir de bosses ou aspérités, que l’on peut habituellement cacher sous les cheveux. » Pour ce qui concerne la tenue, Martha fait remarquer : « À l’époque de Léonard, les vêtements étaient assez simples et sans forme, avec beaucoup de drapés. Après avoir cousu et volontairement taché le tissu, la tunique fut trempée, tendue sur une armature et posée sur une source de chaleur. Le drapé fut disposé avec la tunique passée sur la poupée. J’ai ensuite mis sur sa tête la barbe et les cheveux en fine laine de mohair blanche. » Côté accessoires, la peinture posée sur le chevalet est une vraie reproduction inachevée de « Mona Lisa » ; l’environnement reconstitue un atelier en désordre : pots et cruches en bois peint pour imiter la vieille porcelaine, sol et caisse tachés de peinture, rouleaux imprimés en sépia sur du vieux papier journal jauni, véritables chiffons à peinture miniature.
En 1997, elles gagnent à nouveau le premier prix pour « Saskia » (photo de gauche). La demande croît, diverses galeries américaines, dont Dolls etc. (qui organise deux fois par an l’International Doll Art Show à Chicago) exposent leurs poupées. En 1999, Marianne et Martha sont invitées à soumettre une de leurs pièces pour une exposition au musée canadien de la civilisation à Ottawa (« Trésors éternels : l’histoire des poupées au Canada »). Elles envoient « Léonard de Vinci », qui y restera deux ans. La même année voit la fondation de la CDAA (Canadian Doll Artists Association), que les deux sœurs rejoignent immédiatement. À la première conférence, leurs trois pièces entrées en compétition gagnent un premier prix, et leur « Gnome sur un dragon » (photo de droite) gagne le prix de la la meilleure poupée. Vers cette époque, le duo s’oriente vers des figurines moins réalistes, les petits personnages de gnomes, elfes et dragons réservés au marché canadien.

À la fin de 2005, elles décident d’un commun accord de mettre un terme à leur collaboration : Marianne retourne à l’infographie artistique et gère un club d’amateurs de poupées local ; Martha peint des calebasses avec des motifs traditionnels, fabrique des poupées en technique mixte avec des objets de récupération naturels (photos, de gauche à droite : « Gourd angel »,  » Fawn, maiden with firewood », « Elk drummer »)

et habille des BJD (photos).

Le travail de Marianne et Martha est présenté dans de très nombreuses publications. Il a fait l’objet de nombreuses expositions au Canada et aux États-Unis, et a remporté plusieurs prix, dont le « Mary Phillips Memorial Award for Excellence in Design of Display » en 2000.
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La couture a toujours été une passion pour Adele Sciortino, mais la sculpture de poupées est venue plus tard. « Je me souviens que j’aimais dessiner à l’âge de six ans », confie-t-elle, « de là j’en suis venue à jouer avec des poupées et à leur créer des costumes. J’ai reçu ma première machine à coudre à l’âge de huit ans, j’ai fait des tonnes de vêtements pour Barbie, ma fille les a toujours et mes petits-enfants jouent avec ».
Adele naît et grandit à la Nouvelle-Orléans (Louisiane), dans une famille de tailleurs, matelasseurs et professeurs de musique qui encouragent ses talents innés. Leur savoir-faire la pousse à trouver sa propre voie artistique à travers l’exploration de diverses techniques : sculpture figurative, création de vêtements, art vestimentaire, broderie perlée, peinture à l’aquarelle, photographie, travail au crochet et couture. Les poupées se révèlent pour elle un moyen naturel de combiner l’art de la céramique, l’histoire et la mode à ces diverses techniques. Elle a une double formation : diplômée de l’université d’Alabama du Sud en conception graphique, et certifiée en vente et marketing du Dale Carnegie Sales and Marketing Program.
Adèle commence à fabriquer des poupées en tissu à partir de modèles pour ses enfants à la fin des années 1970. Cette artiste autodidacte aujourd’hui installée au Canada se met à réaliser des poupées en argile polymère uniques (OOAK) en 1990, mais ne devient professionnelle qu’en 2000. Sur le plan stylistique, elle combine l’esthétique asiatique , l’Art Déco et les influences élizabéthaines (photos, de gauche à droite : « Misaki », argile polymère, 36 cm ; « Aurélia cousine de Cendrillon », argile polymère, 25 cm ; « La dryade Marina », argile polymère et technique mixte, 30 cm).

« Parfois mon style vire à l’inattendu », explique-t-elle, « j’aime que l’élégance se dévoile lorsqu’une personne observe mon travail ». Actuellement, Adele perfectionne  ses squelettes et ses armatures pour que les poupées soient mieux articulées aux diverses postures recherchées. Son emploi du temps chargé et ses créations chronophages lui permettent néanmoins d’accepter les commandes : « j’aime recevoir des commandes car j’aime les défis. Leur processus me fascine et je m’émerveille toujours du résultat final ».
Les vêtements élaborés et délicats sont le fruit d’une recherche intensive : « j’aime concevoir mes propres costumes uniques et le défi que cela représente. Pour cela, je passe des heures à feuilleter des livres d’histoire du costume et des magazines de mode ». Une œuvre qui illustre bien ceci, ainsi que la complexité des accessoires, est « Journey woman’s fish tale » (photo), qui a remporté le premier prix de la conférence CDAA (Canadian Doll Artists Association) de 2008.

Le poisson est doté d’une armature métallique et d’écailles constituées de pétales de rose en soie teints soigneusement attachés, ses nageoires étant ornées de plumes. La femme, dont le visage est sculpté à l’aiguille, comporte une armature en métal et tissu. Le perlage utilise des cristaux Swarovski. Elle tient dans sa main les rames d’or qui l’aideront à se glisser vers sa prochaine destination. Cette pièce unique  mesure 61 cm de haut sur 61 cm de large.
Côté technique, Adele utilise pour chaque poupée une armature métallique qu’elle couvre de nappe pour ouatinage afin de préparer le port du vêtement. Elle sculpte le visage à l’aiguille puis le recouvre d’un tissu tendu pour donner un fini de porcelaine. Elle en peint ensuite les traits au crayon aquarellable et à l’acrylique. Outre le tissu, Adele travaille avec de nombreux matériaux : argile polymère Fimo, papier mâché, Aves Apoxie Sculpt, technique mixte.
En 2009, Adele Sciortino réalise « The gift » (photo), une poupée aux belles combinaisons de couleurs et de textures, pour célébrer le 25e anniversaire du magazine « Doll crafter & costuming ».

En 2016, Adele Sciortino s’associe à Deb Wood, artiste en poupées américaine, pour le projet « The merry widows » (les veuves joyeuses) autour du thème traditionnel de la mystic society (société festive et carnavalesque apparentée à Mardi Gras et aux célébrations des carnavals de Mobile dans l’Alabama) « Cain’s merry widows » fondée en 1974 : le jour de Joe Cain (le dimanche avant Mardi Gras), des membres de la société habillées en deuil avec voilette déposent une gerbe sur la tombe de Joe Cain (durant la guerre de sécession, il parada dans les rues de Mobile déguisé en chef indien Chicacha pour narguer les nordistes), pleurent leurs maris disparus, puis défilent jusqu’au domicile de Joe Cain pour porter un toast et prononcer l’oraison funèbre de leur « cher Joe ». Il s’agit pour les deux artistes d’inventer un récit autour de quatre personnages de veuve joyeuse et de les réaliser en poupées : Deb conçoit et sculpte les personnages, tandis qu’Adele dessine et réalise les costumes. Le point culminant du projet est la présentation en 2017 des veuves joyeuses lors d’ateliers de « A for Artistic », site de cours en présentiel et en ligne de fabrication de poupées fondé par Adèle. Ci-dessous : photo de gauche et de gauche à droite, les trois premières veuves joyeuses Elizabeth Irene Naughterstik (Lizzy), Adelaide Rose Naughterstik et Mehling ; photo de droite, Adelaide Rose Naughterstik.

L’enseignement occupe une place importante dans la vie d’Adele : elle donne des ateliers de confection créative de vêtements à travers toute l’Amérique du Nord. C’est aussi une entrepreneure : elle a fondé et dirige le site « A for Artistic », assure la rédaction en chef du magazine électronique  trimestriel de ce site et donne des conseils aux artistes pour la commercialisation de leurs poupées. Elle est reçue à l’ODACA (Original Doll Artist Council of America) en 2007, dont elle assure la présidence en 2013 et 2014. Ses œuvres sont traitées dans de nombreuses publications et ont reçu plusieurs prix décernés par la CDAA (Canadian Doll Artist Association).
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« Ces dernières 30 années j’ai probablement touché à toutes les techniques artistiques connues de l’homme. Une bonne chose sauf si vous vivez avec moi et n’arrivez pas à vous faire à l’idée que je commence par envahir une pièce…puis deux…trois, jusqu’à ce que je puisse appeler pratiquement toute la maison mon atelier », plaisante Rhonda Ingram-Calhoun. Puis elle poursuit plus gravement : « il y a huit ans en 2009, après la perte tragique de mon fils de 13 ans, j’ai pris un morceau d’argile pour la première fois, comme un moyen de surmonter ma peine. Ce fut très apaisant et j’ai commencé à créer des sculptures statiques en argile polymère. Ça me plaisait de pouvoir amener à la vie un simple morceau d’argile, même si je ne savais pas trop où j’allais. » Ci-dessous, pièces uniques (OOAK) de ses débuts, de gauche à droite : « Assyria-mother of the sea », « Esmerelda miniature mouse », « Bella ».

Née en 1966 en Colombie-Britannique (Canada), elle vit et sculpte au Canada, au Mexique, puis en Arizona. Elle ne tarde pas à croiser la route des BJD. « Ces stupéfiantes poupées pouvaient poser, prendre une attitude et même montrer un peu d’âme ! », s’exclame-t-elle. « J’étais accro, et j’ai fondé ma société CreamSoda Fashion, pour la création de vêtements et de tenues uniques, et la personnalisation de peinture faciale pour BJD. » C’est tout naturellement qu’elle revient à la sculpture en 2003 avec l’intention de fabriquer ses propres BJD en Paperclay ou en résine. Commence alors une période d’auto-apprentissage longue de deux ans à l’issue de laquelle naît Cassie, poupée d’environ 60 cm en édition limitée de 20 pièces avec couleurs d’yeux en résine personnalisées (photos). CreamSoda Fashion devient CreamSoda BJD, et la ligne de poupées produite est baptisée « Silent souls » (âmes silencieuses).

« J’ai sculpté Cassie pour qu’elle montre tout ce que je voulais voir dans une poupée », confie Rhonda, « y compris ses oreilles, orteils et doigts d’elfe, son derrière arrondi et ses bonnes cuisses. Elle fut un voyage magique dans toutes les possibilités qu’offrent l’imagination et la sculpture de poupées. »
Cassie fut suivie par Lily, poupée d’environ 25 cm en édition limitée de 30 pièces, produite en Paperclay avec deux couleurs de résine : teinte hivernale et caramel (photos).

Rhonda poursuit : « avec Lily, j’ai pu explorer encore ce que je voulais voir dans une BJD, cette fois comme collectionneuse. Je me lance des défis pour produire à chaque fois du neuf dans la conception et dans la mécanique de la poupée. Lily a 19 points d’articulation, ce qui la rend très agréable à manipuler, et elle a une adorable petite culotte sculptée (photos). »Pour cette poupée, Rhonda collabore avec la société AngelToast Aesthetics, qui prend en charge la peinture faciale.

« Ma troisième BJD, Lacey, a été poussée encore plus loin. Ses 21 points d’articulation donnent des possibilités infinies aux postures, au jeu et à la photographie (photos). Lacey, haute d’environ 40 cm,  déborde de personnalité et en montre de nouvelles facettes à chaque finition de la peinture faciale ou de l’habillage. Quand je l’ai sculptée, je la voyais comme un vieux jouet abandonné dans un grenier, et je lui ai mis une clef ancienne en cuivre en pendentif qui rentre dans un trou de serrure richement orné sculpté dans son dos. »

Parallèlement à la création de BJD, Rhonda retourne à ses anciennes amours, la sculpture directe de poupées uniques, et fabrique des pièces en Paperclay sur corps en tissu. En 2017, elle s’installe à Bucerias (Mexique), où elle trouve une atmosphère plus propice à la création. Elle y crée Stella (photos), une nouvelle poupée de 41 cm à la tête surdimensionnée, un peu à la manière des Pullip et des Blythe. Stella a de grands yeux ronds étonnés, des taches de rousseur sur son minois ovale aux pommettes rouges bien remplies, et l’on aperçoit ses deux incisives supérieures. « J’ai pris beaucoup de plaisir à la sculpter et à filmer sa progression en vidéo pour partager avec ses fans », déclare Rhonda, « Stella a fait ses débuts avec son chat errant, Princess, qui sera bientôt disponible. J’ai en projet un petit frère et un ou deux amis. » Elle ajoute : « c’est passionnant de travailler dans un style différent que j’espère développer. J’ai toujours été une fervente admiratrice du modelage animé et des personnages loufoques. Avec mon déménagement et ma nouvelle vie, j’ai décidé de prendre des libertés avec la norme et de m’amuser avec des styles de personnages inédits ».

Il faut à Rhonda entre cinq et huit mois pour sculpter une BJD, car elle fabrique toujours un nouveau corps à chaque tête qu’elle crée.
Son travail est commenté dans plusieurs magazines spécialisés. Ses œuvres sont présentes dans de nombreuses collections privées. Elle prévoit en 2017 d’animer des stages d’une semaine à Puerto Vallarta (Mexique) pour apprendre à réaliser une poupée d’art complète (armature, sculpture, pose des yeux et des cheveux, peinture, habillage), ainsi que la sortie d’un DVD tutoriel avec kit sur la fabrication des BJD.
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« J’aime ces moments qui apportent paix et confort dans notre vie quotidienne. Mon art reflète ces moments. Au moyen de la sculpture, je capte des instantanés sincères des plaisirs simples de la vie. Je veux que mon public sente le lien entre mes œuvres et leur propre expérience. Mon travail, c’est du réalisme avec une touche de fantaisie ». Cette profession de foi de Maria Saracino résume bien son art vivant et généreux, ces tranches de vie familières qui déclenchent une émotion liée à un souvenir personnel, le regard tendre et drôle qu’elle pose sur les personnes âgées, à la manière d’une Annie Wahl (voir Créatrices et créateurs américains). Ci-dessous, de gauche à droite : « The bath », « Vin et fromage », « Unsportsmanlike conduct ».

Née et élevée à Ottawa, Ontario (Canada), elle marche dans les traces de son père, sculpteur italien spécialisé dans les monuments funéraires en marbre et en pierre, les vases et les vasques d’huile et d’eau. Malheureusement, en raison de la faiblesse de la demande, ce dernier doit se reconvertir dans le carrelage lorsqu’il émigre au Canada. Après avoir travaillé comme graphiste pendant 18 ans, elle complète son savoir-faire en peignant à l’aquarelle, à l’acrylique et en technique mixte, ainsi qu’en expérimentant les textiles et la sculpture. Elle découvre dans le milieu des années 1990 l’argile polymère et les possibilités créatrices de la sculpture figurative. Ses influences ? Norman Rockwell tout d’abord (auteur, peintre et illustrateur américain populaire, connu pour son travail sur la culture américaine et ses illustrations de la vie quotidienne), Joe Fafard (sculpteur canadien fortement inspiré de son Saskatchewan natal, dont les œuvres comprennent des vaches, chevaux et cochons en bronze grandeur nature) et Ron Mueck (australien, ses sculptures hyperréalistes reproduisent le corps humain dans ses plus minutieux détails grâce au silicone, à la résine polyester et à la peinture à l’huile).
Maria Saracino réalise ses pièces uniques (OOAK) de préférence dans les argiles polymères Super sculpey et LivingDoll. Leur découverte lui a permis de résoudre bon nombre de ses frustrations liées au matériau artistique traditionnel : « grâce à l’argile polymère, je peux créer de la dimension, du réalisme, du mouvement et de l’émotion. Elle ne nécessite aucun équipement spécial et vous avez le temps de travailler à votre sculpture sans qu’elle ne sèche », explique-t-elle.
Outre ses pièces uniques, Maria développe une ligne de cadeaux incluant ses éditions limitées d’elfes et de fées (photos), ainsi que d’autres articles saisonniers.

Elle accepte également plusieurs commandes par an sous la forme de portraits uniques qu’elle réalise entre 4 à 6 semaines (photo), ou de bas-reliefs. « On me demande de travailler pour diverses occasions telles que départs à la retraite, anniversaires ou mariages. C’est beaucoup plus agréable que de faire des figurines à tête branlante », confie-t-elle. Elle reçoit aussi souvent des commandes de figurines de « La Befana », cette vieille femme légendaire qui donne des cadeaux aux enfants à travers toute l’Italie le jour de l’Épiphanie (photos).

Maria assure des ateliers de création de poupées en présentiel et en ligne, ainsi que des séminaires techniques et commerciaux sur le thème des poupées d’art. Son travail est couvert dans de nombreuses publications et elle expose dans de nombreuses galeries au Canada : en 2003, elle participe à l’exposition « Presenza, un nouveau regard sur l’héritage italo-canadien » (photos) au musée canadien de la civilisation de Gatineau (Québec).

 

Maria Saracino a reçu plusieurs prix, dont le « Doll of the year » pour l’industrie du magazine « Doll reader » en 2001 et le « Canadian Doll Artist’s Honour Award » en 2005. Elle est membre de la CDAA (Canadian Doll Artists Association), qu’elle préside de 1999 à 2002, et de l’ADAA (American Doll Artists Association). Ci-dessous de gauche à droite, trois de ses projets récents : « The hair cut », « Karaoke night », « Life’s too short ».
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« C’est difficile de mettre des mots sur le sentiment de satisfaction qui vient lorsqu’on  prend un morceau d’argile pour en créer l’image d’un enfant. C’est un défi sans fin, souvent exaltant et parfois frustrant, mais la récompense est indescriptible ! » C’est en ces termes que Heather Maciak, artiste en poupées renommée vivant sur l’île de Vancouver, British Columbia (Canada), décrit la passion qui l'anime depuis qu’elle décide en 1989 de se lancer dans cette activité. Elle connaîtra rapidement le succès avec ses poupées en porcelaine en éditions limitées à l’identité affirmée (photos, de gauche à droite : Victoria, 1989 ; Sarah Jane et Elizabeth Anne, 1996 ; Tenshi, 2002), qui ne sont pas sans rappeler les créations de Sylvia Natterer (voir Créatrices contemporaines), avec leurs visages et yeux ronds, leurs expressions sages et légèrement espiègles, et leurs tenues soignées.

C’est en 1985 que Heather Maciak, née en Colombie et élevée à Houston (Texas,) tombe sur une petite poupée chez un antiquaire, qui lui rappelle son enfance. Elle décide de rechercher d’autres poupées de son enfance, se met à acheter des magazines spécialisés et constate que des artistes fabriquent de belles poupées originales. Heather est déjà sculptrice d’animaux en argile, et a une certaine expérience du dessin, de la sculpture, de la peinture et de la confection de vêtements, mais elle se sent attirée par un nouveau défi, la création de poupées.
Bientôt, elle se met au travail, aidée de photos de ses enfants et de l’article de Lewis Goldstein « Sculpting a baby doll head ». La sculpture de poupées devient bientôt une passion comme elle n’en a jamais connue. Elle ne tarde pas à gagner un prix local avec une poupée originale dont elle réalise aussi les vêtements. Durant trois ans, elle travaille sans cesse à améliorer son savoir-faire en sculpture, fabrication de moules, nettoyage de pièces crues, peinture et couture. La fabrication de moules en particulier est délicate : la sculpture originale du torse est installée sur un  lit de plasticine molle ; une pièce en argile en forme d’entonnoir située en haut du torse servira à couler la barbotine dans le moule ; après le coulage, des ouvertures permettant le passage du cordage d’articulation sont pratiquées.
Heather fréquente durant quatre ans les conférences du NIADA (National Institute of American Doll Artists) avant de postuler au titre d’artiste membre, se voit signifier un refus, persévère et est reçue en 1997. En 2000, elle est approchée par Chuck Harley, un représentant de la ligne de poupées « Collection of the masters » de Richard Simmons. Attiré par ses petites poupées, il lui propose de concevoir des modèles commerciaux pour sa société. Ainsi naissent Emily Ann (photo de gauche) et Rebecca Jane (photo de droite), suivies de plusieurs autres petites poupées.

En 2007, Heather franchit une nouvelle étape, en tant que conceptrice et productrice de sa propre ligne commerciale de poupées en porcelaine à articulations sphéroïdes, yeux peints et perruque en mohair. Produites en collaboration avec le fabricant chinois Leannie pour être plus abordables que les originales, elles déclinent de nombreuses tenues, crées en collaboration avec Rosemarie Ionker de la société allemande Boneka, autour de deux personnages, Lexie (la rousse) et Jenny (la blonde). Ci-dessous, un aperçu des collections 2007 (photo de gauche) et 2008 (photo de droite). Des éditions spéciales pour certains événements ont également été produites.

La production cesse en 2010, et Heather Maciak, qui s’est entre-temps installée avec son mari sur l’île de Vancouver en 2009, reprend la fabrication de poupées en éditions limitées. Ci-dessous, de gauche à droite : Isabella, 2009 ; Lilly et Jack, 2011 ; Aimée et Max, 2011.

En 2016, Heather crée pour la convention de l’UFDC (United Federation of Doll Clubs) la poupée souvenir Emily (photo de gauche) et son âme sœur Annie (photo de droite), produites par Leannie et costumées par Bonka. Emily a elle-même une petite poupée en bois, créée en collaboration avec l’artiste Susan Scogin.
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« Sculpter un visage n’est jamais facile mais quand l’objectif est de partager une émotion c’est encore plus difficile. À un moment donné, je dois mettre de côté mes tentatives de réalisme, pour me concentrer sur l’émotion du personnage. Je continue à travailler. Je fais et refais le coin d’un œil ou la commissure d’une lèvre jusqu’à ce que j’y arrive, ou presque. À un moment donné vous devez arrêter, et qu’il en soit ainsi ! d’une certaine façon, créer est pour moi un processus qui conduit à trouver le niveau d’imperfection acceptable. » Ce constat de Patrick Bouchard, l’étoile montante des artistes en poupées contemporains, explique assez bien l’impression de plénitude, de quasi-perfection que l’on ressent au spectacle de ses œuvres classiques d’une force et d’une sensualité saisissantes (photos, de gauche à droite : « Apollon et Daphné », d’après la sculpture du Bernin (1622-1625) conservée à la Galerie Borghese à Rome ; « L’aurore », d’après la peinture de William Bouguereau (1825-1905), peintre français représentatif de la peinture académique ; « Poseïdon endormi », d’après la copie du « Faune Barberini » faite par Edmé Bouchardon (1698-1762), sculpteur et dessinateur français promoteur du renouveau dans les arts).


Crédits photos : Patrick Bouchard

Né en 1977 à Chibougamau (Québec) d’un père militaire et d’une mère au foyer, il vit plusieurs déracinements dus aux déménagements liés au métier paternel, ce qui lui fait dire que « ses racines sont aériennes ». Mais aujourd’hui, après 20 ans d’enracinement à Montréal, il reconnaît volontiers qu’elles sont « solidement ancrées à un arbre centenaire du parc Lafontaine au cœur de la ville ». Patrick est un enfant plutôt introverti, contemplatif, doté d’une imagination débordante et d’une curiosité insatiable : la nature sous toute ses formes, animale, végétale, minérale, le fascine, ainsi que la culture, la science, les arts et l’artisanat. Il passe des heures à feuilleter les magazines d’artisanat collectionnés par sa mère, où il est question de crochet, de couture, avec à la fin de chaque numéro la fiche bricolage qu’il réalise toujours. Et les longues soirées d’hiver à parcourir tous les ouvrages qui lui tombent sous la main : encyclopédie médicale, livre de jardinage, dictionnaire, atlas, et le fameux  »L’art de vivre au temps jadis » où tous les sujets de l’auto-suffisance étaient abordés : de la teinture de fibres naturelles avec des plantes à la fabrication de savon, en passant par la fabrication d’un barrage, la culture des légumes au potager ou la fabrication d’un miroir aux alouettes. « J’ai tout essayé », raconte-t-il, « la fabrication du parfum par enfleurage, la calligraphie, l’origami, la fabrication de guimauve, de bonbons, de chips, la culture de champignons, de bonzaïs, la couture, les émaux sur cuivre, la fabrication de maquettes…Tout m’intéressait : Léonard de Vinci et ses machines, les cabinets de curiosité de l’époque victorienne, l’astrophysique, la mode, la chirurgie…  J’étais le genre d’adolescent qui, pendant que ses amis sortaient et faisaient la fête, écoutait des reportages scientifiques à la télé, feuilletait des livres de gemmologie ou des grands trésors de la Mésopotamie.  Ma première paye, comme étudiant travaillant l’été, je l’ai dépensée en achetant une pierre géode de citrine et une fiole de verre soufflé à la bouche ! ».
On imagine facilement l’embarras du jeune Patrick au moment de choisir une orientation. Il opte finalement pour les arts plastiques au CEGEP (Collège d’Enseignement Général Et Professionnel) de Chicoutimi (Québec). À l’âge de 19 ans, il s’installe à Montréal où il entame une longue période de tourisme scolaire : cours de base en stylisme, formation interrompue en scénographie à l’UQAM (Université du Québec À Montréal), baccalauréat spécialisé en enseignement des arts plastiques. Puis arrive le 11 septembre, qui le choque profondément. Le besoin de sécurité matérielle le décide finalement à suivre une formation accélérée d’infirmier et à exercer à temps partiel, pour continuer à pratiquer ses passions, dans un hôpital spécialisé de Montréal.
Il croise la route des poupées d’art lorsqu’il est adolescent en lisant un magazine spécialisé : stupéfié par la texture et la légère transparence des matériaux, il pense que ce résultat est inaccessible pour lui. Des années plus tard, avec l’explosion des tutoriels sur Youtube, il découvre les possibilités infinies et la simplicité d’emploi de l’argile polymère. Les poupées le passionnent aussi car il a toujours été, à l’instar d’une Stephanie Blythe (voir Créatrices et créateurs américains), fasciné par les miniatures : il a des réminiscences de films comme « The incredible shrinking woman » (La femme qui rétrécit, 1981) ou « The borrowers » (Le petit monde des borrowers, 1973). « Quand j’étais enfant », confie-t-il, « je rêvais toujours d’avoir un petit compagnon caché dans le placard. Réfléchissant comment je pourrais lui fabriquer ses couverts, vêtements et cadre de vie miniatures à partir de ce que je pourrais trouver dans la maison. Pré-adolescent, j’étais très intéressé par les modèles réduits : faire une copie à l’échelle de ma chambre, un diorama de tombe égyptienne ou un décor de cabane dans les bois. Depuis l’adolescence, je conçois et cultive des bonzaïs. Adulte, j’aime les petits animaux comme les oiseaux-mouches ou les souris des champs, et aussi les petites plantes : je collectionne les plantes grasses et cactus rares dans les plus petits pots possibles ».
En 2009, lors de sa première visite au musée du Louvre, il a un coup de foudre devant deux statues en marbre : l’Antinoüs d’Écouen (favori de l’empereur romain Hadrien) et le Nisus et Euryale (deux personnages de la mythologie romaine qui apparaissent principalement dans l’Énéide de Virgile) de Jean-Baptiste Roman (1792-1835), sculpteur français néoclassique de personnages historiques, mythologiques ou contemporains. Il rentre au Canada décidé à transmettre la même émotion en reproduisant des œuvres classiques, et s’attaque immédiatement à un buste d’Antinoüs en argile naturelle (photo de gauche) : c’est un travail éprouvant et frustrant, en raison de son inexpérience et de la nature même de la matière qui, comme un organe vivant, a son rythme, ses faiblesses et ses limites ; malgré toutes ses précautions, le buste sèche plus rapidement que souhaité ; le résultat final, s’il est satisfaisant, notamment grâce à une cuisson à 1 200 ° Cel, ne le satisfait pas pleinement ; il décide, soupçonnant un problème d’échelle, de réaliser un deuxième Antinoüs grandeur nature (photo de droite) en technique mixte, dont l’argile polymère.


Crédits photos : Patrick Bouchard

Cette insatisfaction le conduit à se perfectionner en apprivoisant la matière d’une part, au moyen de nombreux tâtonnements et expérimentations, et en améliorant sa connaissance de l’anatomie humaine d’autre part, en consultant de nombreux ouvrages d’anatomie artistique et médicale. Ses influences vont des peintres préraphaélites (le préraphaélisme est un mouvement artistique né au Royaume-Uni en 1848, qui tient la peinture des maîtres italiens du XVe siècle prédécesseurs de Raphaël comme le modèle à imiter) tels que John William Waterhouse (1849-1917) et académiques français (l’académisme  est un courant artistique du milieu du XIXe siècle caractérisé par un goût pour les thèmes historiques et l’orientalisme) tels que William Bouguereau (1825-1905), aux sculpteurs néo-classiques (le néo-classicisme est à la fois un mouvement artistique et une période stylistique qui émerge vers 1750 dans l’Europe des Lumières, caractérisés par la volonté d’un retour aux sources antiques de l’art) tels que Jean-Baptiste Roman (1792-1835) et baroques (le baroque est un mouvement artistique qui trouve son origine en Italie dès le milieu du XVIe siècle et se caractérise par l’exagération du mouvement, la surcharge décorative et les effets dramatiques) tels que Le Bernin (1598-1680).
Arrêtons-nous un instant sur cette recherche de l’émotion chère à Patrick Bouchard : « Je dois avouer que rendre l’émotion des visages n’est pas chose facile », déclare-t-il, « j’y mets un temps fou. Le travail peut s’échelonner sur cinq ou six jours rien que pour le modelé du visage, ceci excluant la fabrication des yeux et des dents ainsi que tout le travail préparatoire d’observation et de recherche iconographique.  J’observe le modèle dans ses moindres détails jusqu’à le connaître par cœur. Je le dessine dans ma tête.  Je le croque de mémoire sur papier. Je deviens aussi obsédé par l’observation des gens.  Dans le métro, au  travail,  partout,  je cherche à reconnaître chez les gens les traits que je veux reproduire : la commissure des lèvres, le canthus externe de l’œil (angle formé par les paupières inférieure et supérieure, près des tempes),…  J’en observe la tridimensionnalité, la relation entres les plans, les courbes, les formes.  Doucement le personnage se construit dans ma tête ».
Devant la page blanche, il redoute toujours le moment de démarrer un nouveau projet : la peur de ne pas trouver la bonne forme, la bonne couleur pour dire l’émotion. Mais une fois lancé, il est impossible à arrêter : il ne voit plus le temps passer, ne ressent ni la soif ni la faim ; il peut faire et refaire un détail encore et encore jusqu’à ce qu’il ressente la fameuse émotion, la petite étincelle au cœur qui lui dit que ça y est. Patrick poursuit : « je prends souvent une pause de quelques jours entre les séances de sculpture pour me  »nettoyer » les yeux et revenir plus vierge au projet. Et souvent je refais encore ce que je croyais réussi. Parfois pour mieux. Parfois je regrette de ne pas avoir accepté ce qui était déjà bien. Je me dis souvent que le mieux est l’ennemi du bien : ma recherche de perfection peut conduire à certains écueils ! ». Mais le résultat est là, l’émotion transparaît bien dans les œuvres achevées : l’expression terrorisée de Daphné (photo de gauche), l’atmosphère de paix et de sensualité qui se dégage de l’Aurore (photo du centre), le visage tourmenté par les rêves de Poséïdon dans son sommeil (photo de droite).
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Crédits photos : Patrick Bouchard

Côté technique, Patrick Bouchard utilise pour fabriquer ses pièces de l’argile polymère, qui offre le grand avantage de ne pas sécher à l’air ambiant, ce qui  permet de retravailler la pièce à volonté jusqu’à la cuisson. De plus, elle possède une translucidité intéressante pour rendre la chair et une sorte de sensualité. Ses inconvénients (décolorations, craques, bulles, poussière collant à sa surface) ont été maîtrisés grâce à l’expérience accumulée. La lumière est exploitée (éclairage direct ou indirect, droit ou gauche,..) pour identifier toutes les imperfections et les adoucir avec les doigts, des instruments de dentiste et de tout petits pinceaux : à l’échelle utilisée, une différence de matière de 1 mm équivaut à 1,5 cm sur un visage réel ! une fois le modelage terminé, il est lissé avec des pinceaux trempés dans un peu d’alcool. Toutes les pièces de Patrick sont uniques (OOAK) et les seuls moules qu’il utilise (et réalise lui-même) servent par exemple à la fabrication des feuilles dans  »Apollon et Daphné » (photo). Toutefois, il n’exclut pas leur emploi dans un projet futur, comme ces personnages féminins de Bouguereau entourés d’angelots, qui seraient alors moulés. Afin de partager les différentes étapes de réalisation de chaque pièce et les difficultés rencontrées, Patrick en fait des vidéos de making of qu’il poste sur Youtube.


Crédit photo : Patrick Bouchard

Regardons maintenant d’un peu plus près trois des œuvres de Patrick Bouchard : « Lady of Shalott » (photos),


Crédits photos : Patrick Bouchard

« Le centaure Chiron » (photos),


Crédits photos : Patrick Bouchard

et « Humeur nocturne » (photos).


Crédits photos : Patrick Bouchard

« Lady of Shalott » a été sculptée d’après la peinture de William Waterhouse, huile sur toile de 1888, représentant une scène tirée du poème éponyme de Lord Alfred Tennyson écrit en 1832, dans lequel est décrit le destin d’une jeune femme librement inspirée du personnage d’Élaine d’Astolat, languissant d’un amour non partagé envers le chevalier Lancelot et enfermée pour une raison secrète dans une tour voisine du château du roi Arthur, Camelot. Patrick Bouchard explique : « j’ai analysé cette peinture dans les moindres détails, en commençant par le récit et la signification de la scène jusqu’à la présence subtile d’un oiseau, d’un rosaire ou des écritures sur le côté du bateau. Puis j’ai commencé à esquisser et à trouver un moyen d’amener chacun de ces détails à la vie. Deux défis se sont présentés : la tapisserie et l’émotion du personnage. » Pour le premier, bien des techniques ont été essayées avant d’en arriver à la solution qu’on voit dans la sculpture finale. Quand au second, le résultat se passe de commentaires : le désespoir de la Dame est palpable dans la sculpture. Une anecdote à son propos : Patrick a ôté l’œil gauche de son orbite après cuisson et l’a serti à nouveau, car l’orientation des pupilles n’était pas satisfaisante.
« Chiron le jeune » est une représentation libre de Chiron, célèbre centaure de la mythologie grecque, fils de Cronos et de l’Océanide Philyra et maître de nombreux héros dont Achille. On le voit en arrêt, bandant son arc dans une forêt éclaboussée de soleil, avec une expression martiale et décidée. Ses accessoires (arc, flèches, carquois et casque) sont réalisés avec minutie. Une autre anecdote : lors de l’addition par Patrick de couleurs à ses joues au moyen d’une peinture GHSP, qui doit être chauffée pour sécher, le fusil à air chaud utilisé à cet effet a brûlé le bout du nez de la sculpture ; la couche d’argile brûlé a été délicatement enlevée.
« Humeur nocturne » a été sculptée d’après la peinture éponyme de William Bouguereau datant de 1882, et représentant une femme nue drapée dans un voile noir, se tenant debout sur l’eau, la tête penchée sur l’épaule avec une expression paisible et les yeux clos, sur fond de rocher et de ciel chargé avec une lune croissante. La sculpture, dont le grain de peau est remarquable, dégage une grande sérénité et une sensualité exacerbée. La réalisation de la mer agitée a constitué un véritable défi.
Patrick Bouchard a plein de projets dans ses cartons, dont le fameux Nisus et Euryale quand, dit-il, « il sera prêt ». Mais c’est aussi un homme très occupé. Outre la culture de bonzaïs et de plantes grasses miniatures (il en possède plus de 150 !), il a de nombreux animaux de compagnie et se livre à diverses activités : couture, crochet, peinture, céramique (il a réalisé un moule de buste cache-pot), cuisine, décoration intérieure, menuiserie, bricolage,…sans compter la vie sociale et amoureuse, et le travail à l’hôpital.
Patrick a remporté le prix « Doll of the year » de l’IADR (International Art Doll Registry) pour « Humeur nocturne » en 2011.
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Deux choses frappent de prime abord l’observateur des poupées de Sharrie Wing : la grande expressivité des visages et l’élaboration des costumes et des accessoires. Considérons par exemple la création de 2015 « The vain painter » (la peintre vaniteuse, photo de gauche) : elle arbore un air satisfait criant de vérité à la vue de son autoportrait ; et qui croirait que sa tenue est entièrement faite de papier ? « The princess and the frog » (la princesse et la grenouille, 2016, photo de droite) saisit l’instant juste avant le fameux baiser, lorsque la princesse éclate d’un rire franc à la vue du sourire tout en dents de la grenouille ; on peut apprécier ici le raffinement de la couronne faite de petites perles et de pièces de bijouterie récupérées, ainsi que le plaisir visuel que procure l’alliance du satin, de la crêpe de soie et du papier pour la tenue vestimentaire.


Crédits photos : Sharrie Wing

Née à Sarnia, Ontario (Canada) en 1968 et élevée à Mississauga, Ontario, Sharrie Wing s’est toute sa vie sentie une âme d’artiste et a toujours trouvé plaisir et réconfort dans l’exercice d’activités artistiques : enfant, elle s’imagine devenir plus tard marionnettiste ; à l’école primaire, elle sculpte des champignons en argile, l’été avec ses cousins elle fabrique des marionnettes en papier mâché, et ne s’arrête jamais de dessiner et de colorier ; au lycée, elle prend des cours d’art appliqué. Sharrie fréquente le Humber College of Applied Arts and Technology à Etobicoke, Ontario, et devient infirmière diplômée en 1991.
Sa passion la conduit à reproduire des poupées en porcelaine anciennes à l’aide de moules et à les peindre, puis à s’essayer à la sculpture de ses propres poupées. « Je voulais que ce que captait mon regard intérieur devienne réalité », confie-t-elle, « je voulais que cela soit tangible, afin que je puisse le partager autour de moi ». Elle se met alors à étudier la sculpture sur argile polymère en autodidacte dans les livres qu’elle accumule en nombre, en suivant des cours locaux et en ligne, puis dans dans des ateliers où interviennent des artistes internationaux . « Je devins une exploratrice, une expérimentatrice et une accro aux ateliers », poursuit-elle, « j’étais et demeure obsédée par l’apprentissage dans les domaines de l’art et en particulier dans la sculpture ». Sharrie s’entoure de fournitures artistiques, perles, garnitures, tissus et objets trouvés.
Côté technique, elle se définit comme une artiste en technique mixte, bien qu’elle ait une préférence pour le Paperclay, qui est proche de la céramique ou de l’argile à porcelaine par l’aspect et a l’avantage de sécher à l’air ambiant. Tous les vêtements de ses sculptures associent papier, tissu et leurs teintures, en utilisant des techniques de traitement du papier comme l’art du parchemin ou le filet peigné. De temps en temps, elle abandonne la sculpture pour la bijouterie, l’encaustique, l’ornementation d’arbres ou même la sculpture sur argile polymère. Mais ses sculptures en Paperclay finissent toujours par la rattraper !
Sharrie expose dans l’Ontario à Lucan, Toronto et London, où elle s’installe en 2007. Elle expose également comme artiste invitée à quatre conférences du NIADA (National Institute of American Doll Artists). Son travail est présenté dans des articles du magazine « Art doll quarterly ». Elle est membre artiste de l’IADR (International Art Doll Registry, voir Associations).
Sharrie Wing oriente actuellement son travail dans deux directions : la fabrication de moules pour ses propres sculptures ; leur embellissement au moyen de verre et d’émail. Nous présentons en détail ci-dessous trois créations récentes de Sharrie : « The princess of the forest fairies » (la princesse des fées de la forêt, 2013), « The snow queen » (la reine des neiges, 2014), « Change » (la monnaie, 2017).


Crédits photos : Sharrie Wing

La princesse des fées, 43 cm, est sculptée en argile séché à l’air et peinte à l’acrylique au pistolet. La tenue vestimentaire, le fard à paupières et la mousse sur son visage et ses bras sont faits de différents types de papier, y compris du papier teint à la main. Sa couronne est réalisée à partir de filigrane, qui peut être acheté dans la plupart des magasins de fourniture de perles. Celles-ci sont des perles récupérées sur un vieux bracelet et les feuilles proviennent d’un collier. Ses bottes sont sculptées en Paperclay, les œillets étant sculptés directement dans les chaussures. Son fidèle ami le scarabée est aussi fait en Paperclay.


Crédits photos : Sharrie Wing

La reine des neiges, 41 cm, est sculptée en Paperclay et peinte à l’acrylique au pistolet en bleu et blanc pour donner l’illusion d’une froide journée d’hiver. Sa jupe, ses bas et les flocons de neige sont en papier. Son socle est en bois traité à l’Apoxie sculpt pour donner une texture de neige et de glace. Son chapeau est fait d’objets de récupération et de cristaux Swarovski.


Crédits photos : Sharrie Wing

La monnaie, 41 cm, est une allégorie politique de l’emprise de l’argent sur l’environnement. Sculptée en Paperclay, la coloration de sa peau au pistolet utilise une peinture à l’eau pour lui donner une apparence plus réaliste. Sa perruque en mohair est teinte à la main dans des tons terreux variés. Son socle récupère un vieux couvercle en fer-blanc. Sa robe a été confectionnée en utilisant une carte du Monde et diverses techniques de peinture.
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Dès son enfance, Angel Burgess fait beaucoup de dessins et de croquis au crayon, et s’essaye à la peinture à l’huile ainsi qu’au pastel. Cette jeune artiste en poupées canadienne autodidacte commence la sculpture en 2014 et affirme progressivement son style à l’aide de tutoriels et de sa propre recherche. Son thème de prédilection est la femme dans toutes ses dimensions : amoureuse, pin-up, sirène, déesse, martyre, ange,…(photos, de gauche à droite : « Satii », « Lucian and Londyn », « The angel »).

Née en 1973 à Mississauga, Ontario (Canada), elle exerce comme dessinatrice dans l’industrie jusqu’en 2010. Sa famille s’installe dans la province d’Alberta (Canada) en 1977. À l’âge de 16 ans, elle remporte un deuxième prix local pour le dessin d’un cheval, thème qui inspirera sa pièce « Goddess Nike on her chariot » (La déesse Niké sur son char). Lorsqu’elle se met à la sculpture, son parcours la conduit à tester différents matériaux, et elle opte finalement pour l’argile polymère. Tout lui plaît dans la création de poupées, de la fabrication des armatures à la confection des costumes, en passant par la peinture. Angel dit à ce propos : « je fais tout moi-même, je crois vraiment que j’ai encore des tonnes de choses à apprendre et j’attends cela avec impatience ».
Angel réalise trois projets en 2017 pour l’IADR (International Art Doll Registry, voir Associations) :

  • « Ruby’s leisure time » (photo de gauche) est une sirène avec une tortue sur son rocher, en argile polymère ; le rocher et les plantes sont également en argile polymère, sauf les algues qui sont en métal enrobé de soie teintée ; le socle est en bois recouvert de sable ; l’ensemble est peint à l’acrylique et à la GHSP ; les cheveux sont un mélange d’alpaga et de viscose.
  • « Hazel » (photo du centre), pin-up des années 1950, a une robe et des chaussures en faux cuir et fil à tricoter ; peinte à la GHSP, ses cheveux sont un mélange d’alpaga et de viscose, le rocher en argile polymère sur lequel est posée une fausse fourrure est peint à l’acrylique ; le socle est un plateau de bois de busserole manzanita.
  • « Goddess Nike on her chariot » (photo de droite) est entièrement en argile polymère ; la crinière des chevaux est en poils d’agneau tibétain, les brides et les harnais en suède ; le décor frontal du char est en soie teintée avec impression de décalcomanies ; la robe de Niké est en charmeuse de satin, sa ceinture est en suède ; elle a une chaîne plaquée or autour du cou avec une feuille en or en pendentif ; peinte à la GHSP, ses cheveux sont un mélange d’alpaga et de viscose ; ses chaussures sont en suède ; sur sa tête, elle porte un fil d’or et des feuilles en argile polymère peintes à la poudre Pearl Ex.


Crédits photos : Angel Burgess

Angel Burgess travaille à une pièce pour le concours de l’exposition 2018 de l’IADR, sur le thème de l’au-delà : il s’agit d’une Mégère (divinité persécutrice de la mythologie grecque) immobilisant un homme égaré qui n’était pas invité dans son repaire, inspirée d’une belle sculpture de Mégère existante. Elle a l’intention de s’attaquer dans l’avenir à  la fabrication d’une BJD et d’une poupée réaliste.
Angel est membre de l’IADR depuis 2016 et de la PDMAG (Professional Doll Makers Art Guild, voir Associations) depuis 2017. Ci-dessous, gros-plans de « Ruby’s leisure time » (photo de gauche ») et de « Hazel » (photo de droite).
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Crédits photos : Angel Burgess

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