Créatrices et créateurs américains


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Introduction

Les premières poupées connues sur le territoire des États-Unis (voir Histoire des poupées) sont les Kachinas, fabriquées par l’ethnie amérindienne des Pueblos, peuple vivant dans des pueblos, maisons juxtaposées en pierre ou en adobe. Les deux tribus de Pueblos les plus importantes sont les Hopis et les Zuñis, les Pueblos de l’époque précolombienne étant appelés Anasazis. Le territoire des Pueblos s’étend actuellement sur les États de l’Arizona et du Nouveau-Mexique, tandis que les Anasazis étaient en plus implantés au Colorado et dans l’Utah.
Sculptées dans de la racine de cactus ou du bois tendre tel que le peuplier ou le pin, les Kachinas sont peintes de couleurs vives et ornées de plumes. Elles ont une signification religieuse profonde, chacune représentant un esprit ou Katsina invoqué pendant les cérémonies rituelles. Celles-ci se déroulent sous la responsabilité de sociétés secrètes, les objets sacrés étant conservés dans des pièces circulaires et semi enterrées appelées kivas. Il existe des cérémonies de pluie, de récolte, de chasse, de guerre,… durant lesquelles un danseur qui met le masque de son Katsina devient cet esprit. Après leur usage rituel, les Kachinas, qui ne sont pas vénérées comme des idoles, sont données aux enfants dans un but d’éducation religieuse.

Les premières poupées européennes en Amérique

Moins d’un siècle après les voyages de Christophe Colomb, on trouve une trace des premières poupées européennes en Amérique. Parmi les membres de l’expédition de 1585 vers l’île de Roanoke (actuelles Outer Banks en Caroline du Nord) financée par Sir Walter Rayleigh se trouve le dessinateur et géomètre John White, qui esquisse une femme amérindienne et sa petite fille tenant une poupée en costume élizabéthain vraisemblablement offerte par un membre de l’expédition. L’auteure et historienne Antonia Fraser, dans son ouvrage « A history of toys » (Une histoire des jouets) publié en 1966, appelle à juste titre les cadeaux faits aux amérindiens « armes de l’amitié ». L’historien Ian Gordon, dans son article « Children, play and dolls in America 1880-1940 » (Les enfants, le jeu et les poupées dans l’Amérique de 1880 à 1940) revient sur le symbolisme de cette poupée élizabéthaine : emblème de la puissance et de la culture britanniques pour les indiens et les colons, et faite pour inspirer admiration et respect envers la « culture civilisée » de l’envahisseur, elle est tout sauf un jouet. Dans un article de la revue « Doll reader » de mai 1987, les auteures Dorothy S. et Evelyn Jane Coleman, spécialistes reconnues des poupées, reproduisent le dessin de John White, ainsi qu’une gravure de 1590 de Theodor de Bry, inspirée de ce dessin avec des nuances typiquement britanniques : le costume de la poupée présente des détails beaucoup plus élizabéthains, et l’enfant tient dans une main au-dessus de sa tête, comme un drapeau, un hochet anglais, illustrant le symbolisme pointé par Gordon. De plus, le sourire de l’enfant dans le dessin de White a disparu au profit d’une expression sévère (gravure ci-dessous).


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Les premières colonies du XVIIe siècle

La première colonie britannique permanente s’établit à Jamestown (actuelle Virginie) en 1607. Bien qu’il n’y ait aucun doute sur l’existence de poupées importées d’Angleterre ou fabriquées sur place à cette époque, il n’en subsiste que peu de traces. Il est important de noter que la structure sociale de ces premières colonies se compose d’une minorité gouvernante aisée et d’une majorité de travailleurs pauvres luttant pour leur survie. Le jeu n’est clairement pas une priorité pour les enfants de cette majorité, forcés à prendre très tôt des responsabilités d’adulte. En revanche, les enfants des riches disposent de loisirs et connaissent les jouets du commerce importés d’Europe. L’enfant de colon moyen du XVIIe siècle n’est pas gâté et, lorsqu’il lui arrive de s’amuser, joue avec des objets fabriqués à la maison : balles, billes, toupies, cerfs-volants et poupées.
Il est vraisemblable que des familles fortunées ont importé des poupées d’Angleterre, ainsi que des traditions d’Europe du Nord de cette époque, dont le goût pour les maisons de poupées. La plus ancienne qui soit parvenue jusqu’à nous remonte à 1744, et se trouve dans le manoir van Cortlandt à New York. Elle reflète les traditions des Pays-Bas, illustre l’architecture coloniale hollandaise, et fournit un aperçu des jeux que les enfants privilégiés du XVIIe siècle pouvaient se permettre.
Les amérindiens du Nord-Est ont appris aux premiers colons à cultiver et utiliser le maïs, pour l’alimentation et la fabrication d’éphémères poupées en épis de maïs. D’autres créations éphémères qui n’ont pas survécu sont les simples poupées de chiffon ou de bois fabriquées à la maison, trésors d’un enfant et témoins de l’amour de ses parents.
Pendant ce temps, en Allemagne, une gravure de 1665 intitulée « Kinder-spel » (jeux d’enfants) montre des enfants s’amusant avec une grande variété de jouets, jeux et instruments (voir ci-dessous) : une fanfare de fifres et de tambours défile, des garçons font voltiger des cerfs-volants, marchent sur des échasses, font des acrobaties, de la corde à sauter, jouent à saute-mouton, avec des toupies ou des cerceaux. Garçons et filles font une partie de colin-maillard animée, tandis qu’au premier plan deux fillettes jouent à la poupée, entourées d’un fourbi d’accessoires miniature. La scène est joyeuse et presque intemporelle, illustrant la nature universelle des jouets et la prospérité de l’industrie allemande dans ce domaine. Les immigrants allemands  ont apporté ce riche héritage, dont profiteront plus tard les enfants américains.


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XVIIIe siècle : les poupées en bois des immigrants anglais, pour le jeu et la mode
Poupées artisanales

À l’aube du XVIIIe siècle, la population des colons s’élevait à environ 275 000 personnes. La population des poupées est en revanche inconnue, mais les sociétés historiques et les musées, particulièrement au Nord-Est des États-Unis, abritent un certain nombre de poupées anglaises en bois de cette époque. Quelques unes, poupées mannequins chargées de promouvoir la dernière mode européenne, furent finalement acquises par des familles fortunées comme objets d’exposition. Elles ont été jalousement conservées et transmises de génération en génération, parfois avec le nom de leur propriétaire d’origine. C’est ainsi qu’une Mary Jenkins, immigrée à New York en 1745, trône au musée de cette ville. Polly Sumner, dame de Boston en 1776, s’est retirée au Capitole de l’État du Massachusetts. Le Peabody Essex Museum de Salem (Massachusetts) abrite un certain nombre de poupées familiales du XVIIIe siècle. Dans cette collection, une Reine Anne est particulièrement remarquable : elle a été repeinte en noir et dotée d’une perruque brune frisée, probablement au milieu du XIXe siècle, pour représenter une africaine-américaine.
Les belles poupées en bois ci-dessous, conservées au Museum of London, nous parlent silencieusement de leur passé. Anglaises comme nombre de leurs consœurs datant du XVIIIe siècle, elles sont le produit d’un artisan itinérant ou familial plutôt que d’une usine. Les tourneurs sur bois allaient souvent vers la fabrication de poupées et développaient un style personnel. La forme basique de la poupée de bois anglaise a évolué si lentement qu’elle rend sa datation précise difficile. De plus, comme le fait remarquer l’historienne des poupées Maurine S. Popp, la tendance à la simplification dans la sculpture des poupées en bois tout au long du XVIIIe siècle n’est probablement qu’une partie de leur évolution : des versions moins détaillées auraient été fabriquées, vendues moins chères pour satisfaire les petites bourses. Cette hypothèse si elle s’avérait juste compliquerait la datation des poupées.

Le XVIIIe siècle voit une croissance spectaculaire de la population américaine ainsi qu’une expansion du commerce et de l’industrie. Les colons juifs allemands, principalement des commerçants et des négociants, continuent d’apporter à l’Amérique un riche héritage en fabrication de jouets. Mais beaucoup d’enfants des colonies continuent, pour des raisons économiques, de jouer avec des poupées faites à la maison. D’autres poupées, illustrant les costumes traditionnels et parfois décorées au moyen de perles de verre et de broderie, sont fabriquées par les tribus amérindiennes pour leur propre usage et pour le commerce. Pendant la guerre d’indépendance, le sentiment anti-anglais était vivace et les produits britanniques dédaignés, laissant la porte ouverte aux importations d’autres pays, en particulier l’Allemagne.
De nombreux lieux jouent aujourd’hui le rôle de musées d’histoire vivante où les familles peuvent revivre et comprendre le passé : la Plimoth Plantation et le Sturbridge Village dans le Massachusetts, le Colonial Williamsburg de Virginie. La compréhension du passé et l’éducation historique des enfants à travers le jeu sont possibles avec la collection de poupées, livres et accessoires proposée par la société American Girl. La pratique continue des fabricants des XIXe et XXe siècle consistant à habiller les poupées en costume historique est symbolisée par la série historique produite par Effanbee en 1939 (Effanbee historical series, photos ci-dessous). Toutes ces initiatives associent jeu et apprentissage de manière interactive et plaisante.


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Poupées commerciales importées

En 1787, les Pères Fondateurs rédigent la Constitution des États-Unis et George Washington en devient le premier président en 1789. Héros de l’indépendance, soldat, homme d’État et père de famille, il devient un modèle apprécié des fabricants et des artistes en poupées (photos de gauche et du centre ci-dessous). L’année suivante s’ouvre le Bureau des Brevets des États-Unis, mais il faudra attendre 70 ans pour qu’un habitant de Philadelphie, Ludwig Greiner, dépose le premier brevet de poupée américaine (photo de droite ci-dessous, trois des premières poupées brevetées). Cette ville, lieu de naissance et capitale de la Nation américaine jusqu’en 1800, sera le siège de nombreux fabricants et distributeurs de poupées durant les deux siècles à venir. Durant cette période, Salem (Massachusetts) devient le principal port américain pour le commerce avec la Chine, qui aide le pays à se reconstruire après les effets dévastateurs du blocus britannique pendant la révolution. C’est aussi par Salem qu’arrivent de nombreuses poupées d’Europe. La plupart se sont retrouvées dans des collections ou des sociétés historiques, mais avec un peu de chance il en reste dans les foyers, oubliées dans les greniers ou au contraire chéries sous bonne garde. Le commerce avec les pays européens s’intensifie, et les poupées d’Allemagne et des Pays-Bas sont apportées en nombre croissant aux enfants de familles américaines de plus en plus urbanisées. À  la fin du siècle, d’élégantes petites poupées en bois à chevilles venues d’Allemagne prennent leur place dans les foyers et les cœurs des jeunes américains, au côté des poupées de chiffon faites à la maison, encore les plus répandues.


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Début du XIXe siècle : expansion, autosuffisance et poupées artisanales

Au commencement du XIXe siècle, les États-Unis comptaient plus de cinq millions d’habitants. En 1812, le Congrès déclare la guerre à la Grande-Bretagne et des batailles terrestres et maritimes sporadiques se déclarent tout au long des deux années suivantes. Les blocus pénalisent l’économie américaine, dans le secteur privé et pour le gouvernement fédéral, dont la principale source de revenus est la taxation des importations. Dopée par cette incapacité à recevoir des marchandises de l’étranger, la production américaine décolle de manière spectaculaire. Le frein sur les importations, couplé à l’effort de fabrication de produits de remplacement des biens retenus par le blocus, explique le faible nombre de poupées européennes survivantes de cette époque, et diffère l’émergence d’une industrie américaine de la poupée.
Durant la guerre de 1812, le terme « Oncle Sam » personnifie pour la première fois le gouvernement fédéral. Alors que l’âge de la première poupée « Oncle Sam » est inconnu, sa fabrication est probablement une initiative individuelle, représentant un acte politique. Oncle Sam devient ensuite un personnage  récurrent dans la fabrication commerciale de poupées américaines (photos de gauche et du centre ci-dessous), il est même produit en Allemagne (photo de droite ci-dessous), en hommage à l’Amérique et à ses personnalités.


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Le commerce et les conflits avec les amérindiens se poursuivent. La fierté, la confiance en soi et l’optimisme définissent la jeune nation. Art et littérature célèbrent de plus en plus l’expérience américaine, tandis qu’architecture et design commencent à dévoiler un style américain enfin identifiable. Les poupées domestiques de cette période sont authentiquement les poupées du peuple américain : ce sont souvent de modestes œuvres en tissu, en bois ou en autres matériaux naturels à portée de main, tels que fruit à coque, cuir, os ou brindille. Habituellement appelées poupées populaires ou primitives en raison de l’absence de formation artistique de leurs créateurs, on peut soutenir que ces derniers ont la meilleure instruction de toutes, la connaissance et l’amour de leur création.
Wendy Lavitt, dans son livre « American folk dolls » (Les poupées populaires américaines) paru en 1982, recense de nombreux souvenirs inoubliables de femmes du XVIIIe, XIXe et début du XXe siècles à propos de leurs poupées aimées. Polly, l’une d’entre elles, est une poupée de chiffon appartenant à un enfant de quaker dans la première décennie du XIXe siècle. Cette poupée mémorable a subi de nombreux remplacements de membres et réparations cosmétiques. Il arrive que l’une de ces créations de tissu  reçoive plusieurs visages au cours de sa vie, chacun superposé au précédent, décoloré ou sali. C’est toujours une grande émotion d’en découvrir un cent ans plus tard ! toutes ces poupées faites à la main nous racontent une histoire sans paroles et sont un reflet de leur temps.
Plusieurs autobiographies de femmes du XIXe siècle, comme « A New England girlhood » (Une enfance de petite fille en Nouvelle-Angleterre) de Lucy Larcom ou « A daughter of the puritans » (Une fille de puritains) de Caroline A. Stickney évoquent les amusements d’enfants qui grimpent aux arbres, font de la luge mais jouent aussi à la poupée. Lucy Larcom parle de « nombreux enfants de chiffon » et Caroline A. Stickney relate un baptême de poupée lorsqu’elle avait sept ans, qualifié de « péché impardonnable contre l’Esprit Sain ».

De 1850 à 1900 : ingéniosité et industrie américaine des poupées prometteuse
Naissance d’une industrie américaine de la poupée

À cette époque, l’industrialisation du pays fait naître et croître une classe moyenne. Ses hommes d’affaires et professionnels ont les moyens de se payer les nouveaux produits manufacturés, symboles de leur succès. Parmi ces produits, la grande majorité des poupées, faites de bois, papier mâché, cire ou porcelaine émaillée est toujours importée d’Angleterre, de France et d’Allemagne. Cependant, une industrie américaine émerge. La découverte accidentelle de la vulcanisation et son brevetage en 1844 par Charles Goodyear revêt une importance particulière. Dans son autobiographie parue en 1855, « Gum elastics and its varieties » (La gomme élastique et ses variétés), il liste un millier d’articles faits de ce matériau, incluant « poupées et autres broutilles ». Beaucoup de têtes en caoutchouc sont coulées dans des moules fabriqués à partir de têtes allemandes en porcelaine ou en papier mâché. Le catalogue de 1869 du grossiste en caoutchouc H.G. Norton en montre plusieurs exemples. D’autres industriels ont une activité secondaire de production de poupées, en réponse à une demande croissante de jouets.
Ludwig Greiner enregistre le premier brevet américain de poupée en 1858, qui annonce la naissance d’un nouveau commerce. Immigré allemand, il a déjà breveté dans son pays d’origine une tête collerette en composition ou papier mâché renforcée de tissu aux coutures et dans le nez. Les poupées (tête Greiner et corps généralement Lacmann), aux yeux peints souvent turquoise et aux cheveux moulés noirs ou blonds, sont disponibles dans une grande variété de tailles de 33 à 89 cm.
Les premières poupées commerciales américaines manufacturées proviennent de diverses industries familiales locales. Izannah Walker, de Central Falls, Rhode Island, commence de cette façon vers la fin des années 1840. Elle brevette la première poupée américaine en tissu en 1873 (photo de gauche ci-dessous) et réalise de nombreuses œuvres qui révèlent l’unité et la diversité de son travail (photos du centre et de droite ci-dessous).


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D’autres inventions, fondamentales, voient le jour, dont la machine à coudre et la photographie. Bien que brevetée pour la première fois en 1846 par Elias Howe, c’est le nom d’Isaac Merrit Singer qui reste attaché à la machine à coudre. Doué d’un grand sens des affaires, il brevette 20 améliorations à partir de 1851, utilise intensivement la publicité et devient le leader du domaine. Ses machines pénètrent les foyers américains, facilitant la couture domestique et le développement de l’industrie familiale de poupées.
L’invention de la photographie par le français Joseph Nicéphore Niépce en 1826 et ses progrès ultérieurs changent la face de l’histoire, au moment où se développe l’industrie américaine de la poupée. On prend en photo des enfants jouant à la poupée (photo de gauche ci-dessous), des fillettes amérindiennes avec des poupées allemandes importées, d’autres s’amusant avec des tipis ou des berceaux miniature (photo de droite ci-dessous), un mélange de pratiques culturelles semblant ne suivre aucune règle.


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Les vieilles photographies, comme celles de la compilation de clichés pris par le studio Norman de Natchez, Mississipi, intitulée « Natchez victorian children, 1865-1915 » (Les enfants de l’époque victorienne à Natchez, 1865-1915), où figurent en bonne place des enfants avec des poupées de mode françaises et en biscuit allemandes, sont une source de documentation historique inestimable.
Les américains se bousculent aux grandes expositions, pour voir les nouvelles inventions et les produits dernier cri. Celle de 1853 au Crystal Palace de New York offre une exposition de poupées par l’importateur George W. Tuttle, qui obtient une mention honorable avec le commentaire : « les spécimens de poupées habillées exposées ici surpassent certainement tout ce que nous avons pu voir, en raffinement de conception et beauté décorative ». À  l’autre extrémité du spectre se trouvent les petites Frozen Charlottes bon marché, importées en grande quantité à partir de 1850.

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La guerre de sécession

Des histoires obsédantes abondent à cette époque, dont quelques récits impliquant des poupées. Alice Kent Trimpey, dans son ouvrage « Becky, my first love » (Becky, mon premier amour), nous parle d’un garçon de 15 ans qui s’enrôle dans un régiment du Wisconsin en 1861 lorsqu’il est appelé sous les drapeaux au début de la guerre de sécession. Après un dernier adieu, son amoureuse se fraie un chemin vers lui et glisse dans la main du jeune homme son objet le plus cher, sa petite poupée. Il meurt au combat, est enterré au cimetière militaire d’Arlington (Virginie), et dans ses affaires renvoyées chez lui ne se trouve que sa veste avec la poupée encore dans une poche, sa fidèle compagne qu’il avait gardée pendant trois ans en souvenir de celle qui l’aimait.
Durant cette guerre, des femmes travaillent comme infirmières au front et dans les hôpitaux. À leur domicile, elles participent à des manifestations de charité appelées « foires sanitaires » (« sanitary fairs »),  afin de lever des fonds pour l’USSC (United States Sanitary Commission, Commission Sanitaire des États-Unis), ONG de secours aux blessés et aux malades de l’armée nordiste. Les magazines féminins impriment des patrons pour habiller des poupées en tenue patriotique ou régimentaire, qui sont ensuite vendues ou mises en tombola (photos ci-dessous).


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Alaska, la nouvelle frontière

L’acquisition de l’Alaska en 1867 ouvre une nouvelle porte sur l’aventure, et incorpore les peuples natifs Inuit, Esquimaux, Aléoutes, Iñupiats et Yupiks dans le giron américain. Ces peuple autochtones ont une riche histoire de fabrication de poupées jouet en stéatite (pierre à savon), os, ivoire ou bois, vêtues de  matières semblables à celles que portent les humains : fourrure, peau ou intestins de phoque, cuir, plumes, poils, laine et coton (photos de gauche et du centre ci-dessous). Plus tard, ils produiront des poupées souvenir utilisant des matériaux similaires (photo de droite ci-dessous).


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Sport et divertissement, grands magasins

Tout au long du XIXe siècle, le sport et le divertissement s’imposent comme activités populaires : courses de chevaux, cirque, baseball, patinage, tennis sur gazon, bicyclette, bains de mer, natation,… Des poupées habillées viennent illustrer ces pratiques. Le jeu n’est plus désormais une occupation superflue, et les jouets sont fréquents dans les foyers des classes moyennes. Le commerce avec l’Europe bat son plein et le marché est inondé de poupées allemandes en papier mâché et en biscuit. Le premier grand magasin de jouets américain Schwarz Toy Bazaar, dirigé par une fratrie d’immigrants allemands et prédécesseur de FAO Schwarz, ouvre ses portes en 1870 à New York. Ils sont suivis par le Wanamaker Toy Department de Philadelphie (Pennsylvanie) et le distributeur en gros Marshall Field de Chicago (Illinois). La plupart des poupées sont importées d’Allemagne et de France, et les têtes en porcelaine émaillée ou en biscuit sont souvent disponibles séparément. L’importation des têtes seules économise des frais de transport et  stimule la production américaine de corps en tissu, fournissant les importateurs et assembleurs de poupées ainsi que les compagnies de vente par correspondance telles que Montgomery Ward & Co. de Chicago. Son catalogue propose aussi de très prisées poupées en papier.

Foires et expositions

Dans les années 1870, les foires et expositions continuent, en Amérique et dans le Monde entier, de montrer des poupées en nombre croissant. À l’exposition de Cincinnati (Ohio) de 1875, Philip Goldsmith, fabricant local de têtes en composition et de corps en tissu, montre des poupées dotées de son corps breveté avec corset intégré. Il fera construire en 1880 une usine à Covington (Kentucky) qu’il baptisera American Toy Co. L’exposition du centenaire de la déclaration d’indépendance des États-Unis qui se tient l’année suivante à Philadelphie accueille de nombreux acteurs du secteur des jouets et poupées, dont : la New York Rubber Company, qui fabrique sous licence Goodyear ; Jacob Lacmann & Son, importateur et assembleur ; E.R. Ives, fabricant de jouets mécaniques. Mais c’est le fabricant de poupées parisien Pierre-François Jumeau qui fait sensation et obtient une Médaille d’Or avec le commentaire « une belle collection de têtes et corps de poupées habillées à la meilleure mode. Têtes de la plus belle facture, de goût supérieur et d’excellente exécution dans la construction mécanique ». La plupart des poupées commerciales jusqu’à cette date se présentent sous la forme de dames au long cou et aux longs membres affichant une allure adulte à laquelle les enfant doivent aspirer. C’est ce type de poupée que Jumeau expose, dames élégantes à tête en biscuit et aux costumes élaborés à la dernière mode de Paris (photos ci-dessous).


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Bien que des poupées représentant des bébés aient été montrées par les japonais à l’exposition universelle de 1851 à Londres, et que des poupées à tête en porcelaine émaillée et en biscuit aux proportions d’un adulte fussent souvent habillées comme des bébés et jouées comme tels, une révolution dans la conception des poupées est en marche : développé en France, le bébé, une poupée représentant un jeune enfant avec des proportions enfantines et un corps articulé innovant en composition, est sur le point de faire une apparition très remarquée. Dans sa multitude de formes, la poupée enfant est destinée à virtuellement supplanter en popularité la poupée dame en quelques années.
Un autre type d’exposition se tient jusqu’à la fin du siècle, organisé afin de récolter des fonds pour des  œuvres charitables. En 1876, le périodique pour enfants « Wide awake » finance un concours d’habillage de poupées et une exposition à Boston, suivis d’un envoi des poupées pour Noël à des enfants hospitalisés. Un carnaval très réussi de poupées de charité en 1890 à New York, comprend des poupées habillées ou offertes par des premières dames et autres dignitaires ou vedettes de théâtre de l’époque. En 1896, 10 000 poupées sont exposées à Buffalo (New York) et 3 000 à Philadelphie l’année suivante, au bénéfice d’hôpitaux.

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Les brevets : tendances de genre

Les dernières décennies du XIXe siècle voient la délivrance de nombreux brevets de poupées aux États-Unis. Après le premier brevet accordé à Ludwig Greiner en 1858 (voir plus haut), Dominico Checkeni brevette en 1866 une tête en cire sur composition à quatre visages qui tourne autour d’un axe vertical à l’intérieur d’une perruque moulée (photo de gauche ci-dessous). Franck Darrow de Bristol (Connecticut) reçoit la même année un brevet de pressage du cuir brut non tanné pour fabriquer des têtes de poupées (photo du centre ci-dessous). En 1873, Joel A. H. Ellis et ses collaborateurs de Springfield (Vermont) déposent un brevet de poupée en bois avec articulation à tenon et mortaise digne d’une ébénisterie de grande qualité, « avec une friction suffisante…pour maintenir les membres et le corps dans n’importe quelle position désirée » (photo de droite ci-dessous).


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Plusieurs brevets concernent le procédé d'assemblage de la poupée, comme celui de Jacob Lacmann en 1871 sur l’insertion de fils métalliques dans des doigts en cuir pour les positionner, et de Martin Kintzbach en 1869 pour attacher une main en porcelaine à un bras en cuir au moyen de colle et de liège au lieu d’un fil et d’une aiguille. Philip Goldsmith (1885) et Charles Dotter (1880) brevettent séparément un corps en tissu à corset imprimé qui simplifie la production et économise du travail de couture. Le célèbre phonographe de Thomas Edison n’a que dix ans lorsqu’il est miniaturisé pour faire une poupée parlante avec des têtes et corps importés, en 1989. Mais c’est le brevet délivré en 1892 à Solomon D. Hoffmann, concernant une composition incassable pour les têtes et membres de poupées baptisées « Can’t break’em dolls », qui marquera un tournant dans l’industrie américaine de la poupée.
Si les mécanismes fascinent les hommes qui déposent des brevets, les femmes ne sont pas en reste, mais innovent dans le domaine des poupées en tissu. La fragilité du biscuit, matériau le plus en vogue pour les poupées au tournant du XXe siècle mais susceptible de causer des accidents, pousse naturellement les femmes vers la création de poupées en tissu, plus sûres. En effet, le rôle social des femmes de la classe moyenne à cette époque est bien défini : essentiellement domestique, il les assigne à ce qu’elles connaissent le mieux, les enfants et les textiles. La fabrication de poupées exploite leur savoir-faire en couture et en peinture, qui débouche parfois sur une professionnalisation.
Le brevet d’Izannah Walker en 1873 est le premier accordé pour une poupée en tissu. Son procédé consiste à mettre en sandwich une mince couche de ouate entre deux couches de tissu collé, conférant une légère élasticité au visage. Le texte du brevet précise que sa poupée est « bon marché, facile à entretenir, et sans danger pour un jeune enfant qui tomberait dessus ». La sécurité de l’enfant est une préoccupation récurrente dans les poupées brevetées ou commerciales fabriquées par des femmes : Martha Chase (Rhode Island), Martha Wellington (Massachusetts), Ella Smith (Alabama), Ida Gutsell (photo de gauche ci-dessous), Celia et Charity Smith (Ithaca, New York), et Emma et Marietta Adams (Oswego, New York), pour ne citer que ces femmes d’avant-garde.
Les préoccupations parfois pragmatiques des femmes se reflètent dans leurs brevets. En 1907, Elizabeth T. Hincks d’Andover (Massachusetts) brevette une poupée en tissu « avec un dispositif qui la chauffe et la garde au chaud  longtemps », ce dispositif étant une bouteille d’eau chaude incorporée dans son corps creux, « qui permet à l’enfant d’apprécier le luxe de tenir une poupée chaude, au lieu d’une poupée froide avec le risque associé de s’enrhumer ».

Poupées caritatives

Vers la fin du XIXe siècle, des paroissiennes fabriquent et vendent des poupées afin de récolter des fonds pour leur église ou pour des missions. Par exemple, les dévotes de l’église moravienne de Bethléem, Pennsylvanie (photo du centre ci-dessous) et de la première église presbytérienne de Bucyrus, Ohio (photo de droite ci-dessous) fabriquent et vendent des milliers de poupées.

Julia Beecher, belle-sœur de Harriet Beecher Stowe (auteure de « La case de l’Oncle Tom), est connue pour ses attachantes « missionary ragbabies » (poupées de chiffon missionnaires, photo de gauche ci-dessous), faites de  coton ou de jersey de soie et peintes à la main. Cette tradition de poupées caritatives se poursuit aujourd’hui avec l’UNICEF.

Exposition universelle de 1893, les Gibson girls

En 1893 a lieu la célébration du quatrième centenaire du voyage de Christophe Colomb vers l’Amérique avec l’exposition universelle de Chicago (« World’s columbian exposition »). La Libbey Glass Company de Corning (New York) y expose la fibre de verre, nouveau matériau dont elle habille un poupon japonais en composition (photo du centre ci-dessous). 72 pays participent à l’événement, qui accueille en particulier les fabricants de poupées européens réputés, dont Jumeau qui présente de grandes poupées en costume historique. Mais ce sont les charmantes poupées en tissu peintes à la la main d’Emma et Marietta Adams (Oswego, New York) qui volent la vedette, reçoivent le diplôme du mérite et deviennent connues sous le nom de poupées colombiennes (photo de droite ci-dessous).


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Le cinéma naissant et les bandes dessinées bien établies influencent les fabricants de poupées qui en reproduisent les personnages populaires. L’illustrateur Charles Dana Gibson personnifie l’idéal féminin américain connu dans le Monde entier sous le nom de « Gibson girl » (photo de gauche ci-dessous). Arborant une noble élégance, belle, grande et mince mais avec des formes généreuses mises en valeur par le port du corset, elle a un cou élancé et sa coiffure surélevée reflète la mode de l’époque, chignon ou autres coiffures bouffantes ou « à la Pompadour ». Toujours à l’aise et à la dernière mode, volontiers moqueuse, la Gibson girl apparaît souvent comme l’égale de l’homme qui l’accompagne et qu’elle n’hésite pas à plaisanter. Elle incarne une certaine indépendance et la réalisation personnelle des femmes américaines de l’ère progressiste. Le célèbre fabricant allemand de poupées J.D. Kestner en produit en 1910 une excellente représentation en biscuit, aujourd’hui très recherchée par les collectionneurs (photo de droite ci-dessous).


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introduction

L’étude de Hall et Ellis

Les psychologues G. Stanley Hall et A. Caswell Ellis de l’université de Clark à Worcester (Massachusetts) mènent en 1894 une étude sur les rapports entre enfants et poupées en Amérique au XIXe siècle, intéressant les historiens, les pédo-psychologues, les collectionneurs de poupées et les éducateurs. Deux questionnaires très complets sont envoyés, l’un à 800 enseignants et parents pour recueillir des « sentiments, actes ou pensées envers un objet représentant un bébé ou un enfant », l’autre à plus de 800 enfants scolarisés pour répondre à 29 questions très précises.
L’étude recense les matériaux constitutifs des poupées par ordre de préférence : cire, papier, porcelaine émaillée, chiffon, biscuit, caoutchouc, carton contrecollé, plâtre de Paris, bois, tricot, plus une myriade de matériaux divers qui reflètent probablement la limite des budgets des parents et par conséquent ce que les enfants connaissent. Elle montre aussi que les garçons jouent à la poupée et ont un penchant pour les noires, les esquimaux et les chinoises. Elle révèle que les enfants en bas âge préfèrent les poupons, les autres les poupées enfants et dans une moindre mesure les poupées adultes. Les jeux les plus fréquemment cités sont l’habillage des poupées, leur lavage, l’organisation de fêtes, la couture, les jeux d’école, la mise au lit, les mariages, les soins médicaux, le partage amical, suivis par les repas, les punitions et les enterrements. Les cinq aliments les plus mentionnés sont le lait, le pain, les gâteaux, l’eau et les bonbons, 40 aliments étranges étant cités une fois, comme les boutons, la poussière de brique, la farine, les sauterelles, le mucilage et l’eau savonneuse. Nul doute qu’avec un tel régime certaines poupées se sentent mal !
La santé des poupées est justement une préoccupation majeure des enfants : l’une d’elles a eu le visage brisé par l’enfant qui essayait de lui arracher une dent, d’autres se sont retrouvées avec de la peinture rouge simulant un symptôme de fièvre. Les maladies les plus évoquées sont la rougeole, suivie par la scarlatine, le rhume, la coqueluche, la diphtérie, les blessures, le mal de tête, les oreillons, la varicelle, la pharyngite, les coliques, la laryngotrachéite aiguë, le mal d’estomac, et plus rarement la jaunisse, les douleurs oculaires, les démangeaisons et la dyspepsie. Le jeu funéraire est également signalé sur un nombre important de réponses. Une fillette de 10 ans écrit : « nous nous sommes drapés, ainsi que le cercueil, avec de la crêpe, c’était une procession mélancolique, et après un touchant éloge funèbre de mon cousin, nous l’avons faite reposer près du coq mort ». En cette période de mortalité élevée, les funérailles font partie intégrante de la vie des enfants, et les enterrements de poupées sont un exutoire de ce phénomène hors de compréhension qu’est la mort. Les noms donnés aux poupées montrent beaucoup d’imagination et de réflexion, et les nombreux accessoires incluent vêtements, produits de toilette, et tout un attirail domestique varié.
Cette étude approfondie, qui a confirmé l’importance des poupées dans le développement des enfants il y a un siècle, est toujours d’actualité. Les parents ont reconnu leur rôle d’apprentissage de qualités sociales et morales, d’un savoir-faire domestique et d’une préparation à la parentalité. G. Stanley Hall a souligné la valeur éducative des poupées pour l’enseignement, par exemple de la lecture, remarquant la motivation des enfants pour lire plus tard des histoires à leurs poupées. L’étude donne une base solide pour une recherche actualisée aux XXe et XXIe siècles.

Début du XXe siècle : la composition, une industrie américaine de la poupée florissante
Le tournant du XXe siècle

L’aube du nouveau siècle est vue par 75 millions d’américains, dans un pays de plus en plus urbanisé et industrialisé. En 1903 débute la publication du magazine « Playthings », consacré à l’industrie américaine du jouet et de la poupée, qui connaîtra une longévité exceptionnelle jusqu’en 2010. Depuis le brevet accordé à Solomon D. Hoffmann en 1892 pour la composition « Can’t break’em » (voir plus haut § « Les brevets : tendances de genre »), l’industrie américaine des poupées en composition s’est développée. Le terme de « composition » prête à confusion, les collectionneurs assimilant les corps articulés faits de divers matériaux à de la composition, incluant les mélanges de bois, papier mâché et plâtre. De plus, quelques têtes de poupées du XIXe siècle, comme celles de Ludwig Greiner, sont considérées en papier mâché mais sont en réalité en composition. Différents mélanges de pâte de bois, sciure, colle, eau, glycérine, oxyde de zinc, cire du Japon et autres ingrédients sont combinés dans des formules secrètes brevetées par les fabricants. Lorsqu’elles sont cuites, toutes deviennent quasiment incassables, mais sont sujettes aux craquelures, aux fendages et à la décoloration.
Deux procédés coexistent : la composition pressée à froid et à chaud. Le premier est plus lent, car il faut attendre deux jours de séchage avant de retirer les pièces du moule. Le second utilise des moules en métal opposés munis de charnières à la manière d’un gaufrier géant, chauffés au gaz ou à la vapeur et mis sous haute pression mécanique pour déshumidifier le mélange. Plus tard, dans les années 1920, les pièces seront séchées plus rapidement dans un four électrique.
Les principaux fabricants américains de poupées en composition au début du XXe siècle sont Aetna Doll & Toy Co. qui rachète l’usine Hoffmann, et Ideal Novelty & Toy Co. Les premières productions d’Ideal incluent les poupées de célébrités telles que Ty Cobb et Dolly Varden. En 1909, Horsman introduit le Billiken (dieu chinois porte-bonheur, photo de gauche ci-dessous) avec une tête en composition « Can’t break’em » et un corps en tissu, qui se vend à plus de 200 000 exemplaires en six mois (photo de droite ci-dessous).


                                                                                                                                  © Catawiki

Poupées de célébrités, poupées d’artistes et poupées pour le peuple

Au début du XXe siècle, les États-Unis sont une puissance mondiale reconnue, et des personnalités américaines sont représentées en poupées produites par des sociétés allemandes. Heubach, fabricant établi en Thuringe, créé une poupée portrait en biscuit sensible et réaliste représentant un amérindien, bientôt suivi par d’autres entreprises. Remarquables également, les poupées de l’Oncle Sam, parfois équipées d’une boîte à musique jouant un air patriotique, les poupées George Washington (voir plus haut § « Poupées commerciales importées »), et les officiers et héros de la marine américaine produits par Cuno et Otto Dressel, fabricants historiques installés à Sonneberg (Thuringe).
À la même époque, un certain nombre d’artistes, pour la plupart des femmes, deviennent célèbres pour les poupées qu’elles inspirent ou qu’elles créent. Particulièrement remarquable, Rose O’Neill, dont les dessins insolites du bébé Kewpie, accompagnés de récits et de poèmes, connaissent un succès retentissant. Kewpie est bientôt adapté en poupées, de papier puis en biscuit, composition, celluloïd, plastique et enfin vinyl. D’autres personnages sortiront de l’imagination de Rose O’Neill, dont les espiègles bébés Scootles, reproduits en poupées en biscuit, composition ou tissu. Georgene Averill crée des poupées pour l’ Averill Manufacturing Co. et plus tard pour Georgene Novelties. Elle brevette une des premières poupées Mama américaines et conçoit la capricieuse poupée Babe doll. Les trois Grace ont aussi joué un rôle important : Grace Gebbie Wiederseim Drayton, Grace Corry Rockwell et Grace Storey Putnam. Grace Drayton est la créatrice des célèbre Campbell kids, adaptés en poupées fabriquées par Horsman sous licence de la société agroalimentaire Joseph Campbell Co., dont les kids sont la mascotte publicitaire (photo de gauche ci-dessous). Les poupées de Grace Corry, à l’instar de ses modèles brevetés Fiji Wiji, possèdent une allure enfantine réaliste. Grace Putnam est connue pour son bébé Bye-lo, surnommé « The million dollar baby », quatre fois breveté, le premier brevet de 1922 décrivant « un modèle grandeur nature de nourrisson âgé de trois jours, les yeux mi-clos, la bouche fermée, des bourrelets derrière le cou, conçu pour s’adapter sur une cavité ». La restauratrice et créatrice de poupées Emma Clear s’attache à reproduire fidèlement des poupées élégantes du milieu du XIXe siècle (photo de droite ci-dessous).

À la veille du XXe siècle, la philanthrope bostonienne Elizabeth Richards Horton projette de faire voyager et d’exposer une poupée américaine à travers les États-Unis  et autour du Monde, afin de lever des fonds pour la cause des enfants. L’heureuse élue, « Miss Columbia », est une des poupées colombiennes  d’Emma et Marietta Adams (voir plus haut § « Exposition universelle de 1893, Gibson girls »), dont le voyage est sponsorisé par Wells Fargo et l’Adams Express Company (aucun lien de parenté avec les sœurs Adams). Miss Columbia quitte Boston le 12 avril 1900, et ses apparitions sont gratuites, pour toute personne ou institution réclamant sa présence, à condition d’attacher une note sur sa robe mentionnant les circonstances et le montant récolté de chaque visite. Son périple de trois ans est un franc succès. Autres ambassadrices de bonne volonté, les poupées de l’amitié échangées entre les États-Unis et le Japon en 1927.

introduction

De 1910 à la première guerre mondiale

En 1910, le magazine « Playthings » rapporte : « Pour la première fois dans l’histoire, les ventes au détail des poupées, jouets et jeux produits en Amérique ont dépassé les importations. L’avènement de la poupée américaine incassable a sans doute joué un rôle important dans cet accomplissement ». Cette même année, Fleischaker & Baum rejoint les rangs des fabricants américains de poupées et se fera connaître sous la marque déposée Effanbee à partir de 1913. Parmi ses premiers succès, Baby Grumpy, une poupée attachante qui sera produite pendant 15 ans. L’entreprise s’adjoindra les services d’artistes en poupées renommés tels que Joseph Kallus et Erneso Peruggi. Lorsque les États-Unis entrent en guerre en avril 1917, la vague de patriotisme qui se lève dans le pays se reflète dans ses productions de poupées. « Maiden America », marque déposée par Katherine Silverman, est appelée « la poupée nationale » et sert d’objet promotionnel pour la vente d’obligations d’État. Des poupées de toutes sortes arborent des tenues patriotiques rouges, blanches et bleues, tandis que les infirmières, soldats et Oncles Sam sont des vibrants symboles de la fierté nationale. Le sentiment anti-allemand pousse à éviter et même à détruire les poupées importées autrefois tant aimées, ce qui a pour effet de propulser l’industrie américaine des poupées. Deux hommes contribuent fortement à ce mouvement, qui ont pour noms Albert Schoenhut et Johnny Gruelle.
Albert Schoenhut est l’un des fabricants de poupées américains les plus dynamiques, qui s’inscrit dans la tradition allemande de l’industrie des jouets en bois. Immigré allemand, il s’installe aux États-Unis en 1867 à l’âge de 17 ans et fonde cinq ans plus tard son usine de jouets à Philadelphie. Ses premières poupées sont probablement les clowns de son « Humpty Dumpty Circus », dont il obtient les droits exclusifs en 1903. La production pour ce cirque de figurines humaines et animales affine ses techniques de sculpture et de tournage sur bois, et vaut à son activité dans le domaine des poupées, initiée en 1910, un succès phénoménal. Il obtient en 1911 un brevet pour une poupée avec articulations à ressorts et taille pivotante. Admirablement sculptées et articulées, ses « all-wood perfection art dolls » (poupées d’art parfaites tout en bois), comme elles sont commercialement nommées, sont solides, lavables et peuvent être jouées sans problème, répondant ainsi aux critères modernes d’achat (photo de gauche ci-dessous). Son usine de jouets de 2,4 hectares est la plus grande installation de production de poupées en bois au Monde.
John B. Gruelle, né à Arcola (Illinois) en 1880, crée des bandes dessinées pour le « New York Herald » au début de sa carrière. Il dépose la marque de poupées Raggedy Ann en 1915. La société P.F. Volland produit des poupées vendues avec les livres de contes Raggedy Ann, écrits par Gruelle à partir de 1918. À la fin des années 1940, la vente de ces livres dépasse sept millions d’exemplaires. Ces poupées un peu désuètes connaissent un tel succès qu’elles sont rééditées tout au long du XXe siècle et encore aujourd’hui par divers grands fabricants de poupées comme Georgene Novelties et Knickerbocker Toy Company. Les poupées Raggedy Ann et Raggedy Andy, son frère apparu en 1920, ainsi que leurs produits dérivés, sont très recherchés par les collectionneurs (photo de droite ci-dessous).


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Les années 1920

Les poupées américaines de la fin des années 1910 et du début des années 1920 offrent une profusion de styles reflétant la confusion de cette période d’après-guerre. Des répliques artistiques de vedettes de cinéma sont produites avec un degré élevé de réalisme. Des nouveautés insolites appelées « poupées de plage » apparaissent en 1919. Faites en fibre ou en composition de bois, elles représentent des filles séduisantes décrites comme « chic ». Des poupées en composition imitant les poupées allemandes en biscuit répondent aux attentes des amateurs de style classique, comme celles fabriquées par les sociétés New England Doll Company, Artcraft et Mitred Box Company. Quelques entreprises américaines se lancent dans la compétition avec le biscuit allemand, sans succès : les têtes en biscuit blanc inachevées de la Paul Revere Pottery (Massachusetts) semblent indiquer des problèmes de production, peut-être liés à la fabrication américaine d’yeux en verre auparavant importés d’Allemagne. La société Alexander Doll Company est fondée en 1923 par Beatrice Alexander Behrman, qui conçoit une ligne de poupées en tissu à visage masque représentant des personnages de la littérature tels que les quatre filles du docteur March, Alice au pays des merveilles et des héros de Dickens. Font aussi partie de ce foisonnement créatif des années 1920 la poupée Mama (photo de gauche ci-dessous), la « flapper doll » (photo du centre ci-dessous), la poupée d’artiste, la poupée publicitaire (photo de droite ci-dessous), la poupée de célébrité, la poupée de salon,…


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Les années 1930 : la grande dépression

Le Krach de 1929 et les crises boursière et bancaire qui s’ensuivent plongent les États-Unis dans le marasme économique et le chômage de masse. Pendant la période de redressement, une des nombreuses agences fédérales formées sous la présidence de Franklin Delano Roosevelt, élu en 1932, est la WPA (Works Progress Administration), qui crée à partir de 1935 des emplois pour construire des écoles et des hôpitaux, et passe des commandes publiques aux artistes, en particulier les fabricants de poupées. On voit dans les journaux une photo de la femme du président, Eleanor Roosevelt, prise dans un magasin de jouets de Milkwaukee (Wisconsin), à qui l’on présente deux poupées WPA et qui s’exclame « j’adore les poupées ».
Les Jeux Olympiques d’hiver de 1932 se tiennent à Lake Placid (New York). L’une des trois médailles d’or norvégiennes est remportée par Sonja Henie en patinage artistique féminin. Après avoir répété son exploit en 1936, elle passe professionnelle, se produit principalement aux États-Unis, dans la revue « Hollywood Ice » d’Arthur Wirtz, et joue dans une douzaine de films. Devenue citoyenne américaine en 1941, cette star de petite taille au grand charme est un sujet rêvé pour les fabricants de poupées (photo de gauche ci-dessous). La poupée officielle est produite par Madame Alexander, mais d’autres entreprises sortent des versions moins onéreuses pour capitaliser sur son immense popularité, certaines vendues par le distributeur de Chicago Sears & Roebuck, dont les catalogues étoffés sont une mine d’information sur la culture américaine.
Les poupées commerciales des années 1930 reflètent à la fois la dureté des temps et la recherche d’évasion dans les films et les distractions bon marché, comme les poupées en papier, largement disponibles dans des livres à découper et des journaux. Les poupées Mama sont aussi très populaires, avec leur jambes en composition et bras en tissu cousus sur un torse en tissu bourré contenant un boîtier vocal. De nombreux magasins engagent des représentantes de fabricants de poupées habillées en infirmières pour apprendre aux petites mamans en herbe à s’occuper d’elles. Ceci illustre un retour aux valeurs familiales, une tendance exprimée par le poupon Dy-Dee produit par Effanbee, qui boit et fait pipi. Madame Alexander exploite l’émotion créée par la naissance des quintuplés Dionne au Canada en 1934, et vend de nombreuses poupées sous licence et produits dérivés, malgré le contexte de la dépression économique. La poupée Patsy d’Effanbee en composition est pensive et presque inquiète, comme si la dépression l’atteignait aussi. La poupée iconique Shirley Temple d’Ideal Toy & Novelty Company bat des records de vente inégalés (photos du centre et de droite ci-dessous).


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introduction

Les expositions de 1939 et la deuxième guerre mondiale

Les années 1930 se concluent par deux événements simultanés très différents. L’Exposition Universelle de New York de 1939-1940, qui a lieu sur le site de Flushing Meadows-Corona Park, est résolument optimiste avec les promesses de son thème « Le Monde de demain ». De très nombreux pays du monde y participent, et plus de 44 millions de visiteurs s’y présentent sur les deux années. L’exposition internationale du Golden Gate, de 1939-1940 également, a lieu à San Francisco pour célébrer l’ouverture récente des deux principaux ponts enjambant la baie de San Francisco, le Bay Bridge et le Golden Gate Bridge. Elle se déroule sur Treasure Island, une île artificielle construite par le gouvernement fédéral et qui aurait dû devenir un aéroport, mais en raison de la deuxième guerre mondiale sera transformée en base navale de l’US Navy.
Pour commémorer ces événements, des poupées sont présentées à ces expositions. La photo de gauche ci-dessous en représente une, la version par Madame Alexander de Madeleine de Baine, une poupée mannequin française originale de 1868 (photo de droite ci-dessous). Cette dernière a une histoire étonnante. Elle appartenait à une jeune fille américaine de Buffalo (New York), Alice Sprague, qui l’emmena lors de voyages familiaux à travers le continent européen dans les années 1870. Au cours de ces voyages, Alice acheta à sa poupée une luxueuse garde-robe, des accessoires et du mobilier. Elle rédigea un journal de voyage vu à travers les yeux de la poupée, qui a été conservé. Plus tard, la nièce d’Alice hérita de la poupée et de toutes ses affaires, et les exhiba au profit d’œuvres caritatives à partir de 1937. En 1953, à l’occasion d’une de ces ventes de charité, le grand magasin de luxe new yorkais Bonwit Teller fit copier des costumes de la poupée en grandeur réelle pour les vendre et lever des fonds caritatifs supplémentaires. Aujourd’hui propriété du Rosalie Whyel Museum of Doll Art de Bellevue (Washington), Madeleine de Baine poursuit son œuvre philanthropique.


                                                                                          © Rosalie Whyel Museum of Doll Art

Après l’entrée dans la deuxième guerre mondiale des États-Unis en décembre 1941, des poupées commencent à représenter des membres des forces armées américaines, comme celles du fabricant Freundlich Novelty Corporation, dont le général MacArthur (photos de gauche et du centre ci-dessous). Les poupées en papier restent populaires dans les années 1940, ainsi que les poupons. Le caoutchouc est utilisé pour plusieurs modèles buveurs et mouilleurs populaires, qui servent accessoirement à entraîner les jeunes filles à la garde d’enfants, activité rémunératrice la plus fréquente chez les adolescentes. Après la guerre, la relance économique étant bien avancée, la question des droits civiques se fait plus pressante. Le sport national, le base-ball, provoque une forte prise de conscience lorsque Jackie Robinson devient le premier africain-américain à jouer dans les ligues majeures. Les poupées à son effigie ont souvent un visage d’enfant souriant, comme celle de la photo de droite ci-dessous, produite en 1950 par la société Allied-Grand Doll Manufacturing Company. Grâce notamment à son combat pour l’intégration raciale dans le sport américain, Jackie Robinson a fait progresser la cause des droits civiques avec force et dignité.


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Deuxième moitié du XXe siècle : plastique dynamique !

Les années de guerre froide sont une époque de formidable développement de l’industrie de la poupée, largement dû aux progrès dans le domaine du plastique. La télévision devient une source essentielle de divertissement et d’inspiration. Les américains voient l’Alaska et Hawaï intégrer leur nation et le sport devient une entreprise qui vaut des millions de dollars. C’est du pain bénit pour les fabricants de poupées : la médaille d’or de patinage artistique aux Jeux Olympiques d’hiver d’Innsbruck (Autriche) en 1976 revient à l’américaine Dorothy Hamill, immédiatement reproduite en poupée, à l’instar de Sonia Henie 40 ans plus tôt (voir plus haut § « Les années 1930 : la grande dépression »). Les jouets de la guerre froide sont sexués : Barbie et four de cuisine « Easy-bake oven » pour les filles, Ken et armes atomiques pour les garçons. Beaucoup d’enfants sont effrayés par la réalité et imaginent volontiers la fin du Monde, ce qui n’empêche pas la famille américaine de continuer à rêver et à planifier. Pour s’en convaincre, il suffit de constater la profusion de poupées ballerines et mariées produites à l’époque.
On n’insistera jamais assez sur l’importance du plastique : malléable, léger, durable et fonctionnel, il révolutionne l’industrie de la poupée. Des méthodes économiques de moulage par injection éliminent le recours aux lourdes presses et installations de chauffage, et prolongent la durée de vie des moules, tandis que la couleur et la texture des peaux de poupées s’améliorent spectaculairement. La classique poupée en composition, référence américaine par excellence, est dépassée dans les années 1950. Le plastique dur, et plus tard encore le vinyl souple, favorisent une créativité et un réalisme dans l’art de la poupée qui se prolongent aujourd’hui. Ces nouveaux matériaux permettent aussi à des jouets élaborés et peu onéreux d’envahir le marché. Bien que conçues et commercialisées par des compagnies américaines, la plupart de ces poupées ne sont plus fabriquées aux États-Unis.
Les petites poupées enfants de 20 cm caractérisées par Ginny, de la Vogue Doll Company, apparaissent tout au long de cette période et connaissent une résurgence dans le marché actuel. Les Ginny des années 1950 portent une perruque synthétique remplaçable que l’on peut laver et boucler comme des cheveux naturels, et sont dotées d’une garde-robe qui comprend tout ce dont une petite fille peut rêver. Ginny joue, fait du patin à roulettes, va à l’école, à l’église, et saute dans les flaques d’eau. Elle représente la reine Élisabeth II lors de son couronnement, l’un des premiers événements historiques télévisés, et devient l’une des poupées les plus populaires de son temps, inspirant de nombreuses imitations. La Vogue Doll Company, fondée en 1939 à Medford (Massachusetts) par Jennie Graves, est un exemple excellent d’industrie artisanale moderne réussie, qui emploie jusqu’à 800 femmes travaillant à la maison.


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Les dernières décennies du XXe siècle ont vu pléthore de poupées, principalement produites en vinyl, qui sont aujourd’hui bien documentées. La poupée américaine emblématique de cette période est bien évidemment Barbie, qui au long de ses 60 ans d’existence a fait tous les métiers : infirmière, professeure, ballerine, opératrice de téléphone, hôtesse de l’air, doctoresse, femme d’affaires, pilote d’avion, astronaute,…
Le dernier quart du siècle est aussi témoin de la continuation des modes et folies d’une culture changeante, toutes représentées à l’envi dans le domaine des jouets. Au moment où sort un film, voire avant, des produits dérivés dont des jouets sont commercialisés et rapportent plus que l’œuvre elle-même. L’omniprésence de la télévision dans la vie des enfants conduit les publicistes à s’adresser directement aux enfants. Fini le temps des publicités ciblant les parents : « si Stradivarius avait fait des poupées, il aurait fait la poupée Chase à tête en jersey »… Les figurines d’action telles que les Power Rangers apparaissent subitement et se répandent dans tout le pays, et des parents dépassés achètent la mauvaise couleur ou le mauvais pouvoir du super-héros, engendrant une déception inimaginable. De grotesques et puissantes créatures imaginaires, dont certaines défient presque toute description, font découvrir aux enfants des forces surnaturelles auxquelles ils ne peuvent que rêver ou qu’ils ne peuvent que prétendre posséder. Heureusement, les préférés et les plus nombreux semblent être les gentils, car les forces du mal sont plus sinistres que jamais.
Les enfants montrent un intérêt renouvelé dans les poupées qui marchent à quatre pattes, mangent et font pipi. Batman et Barbie coexistent, l’un théoriquement destiné aux garçons et l’autre aux filles, quoiqu’on assiste de plus en plus souvent à une inversion des rôles. Les années 1980 et 1990 voient certains changements subtils dans le monde des poupées, comme l’apparition des douces et câlines poupées Cabbage Patch (littéralement « carré de choux »). Conçues et produites à l’origine à partir de 1978 par Xavier Roberts et son entreprise Original Appalachian Artworks sous le nom de « The little people » (Les petite personnes), ces bébés et enfants en bas âge en sculpture souple faits à la main deviennent les Cabbage Patch en 1982. Utilisant des techniques de point de matelassage, elles sont aussi éloignées des poupées anciennes en tissu que des Raggedy Ann (voir plus haut § « De 1910 à la première guerre mondiale »). En 1982, le fabricant de jouets Coleco Industries obtient une licence de production de Cabbage Patch Kids à grosses têtes rondes en vinyl et corps en tissu. Il met au point une technique d’appariement par ordinateur, avec les corps, de 9 variantes de tête, pour garantir des poupées toutes différentes. Celles-ci ne sont pas proposées à la vente, mais adoptées avec leur nom et leur certificat de naissance : au lieu d’un prix d’achat, on paye un tarif d’adoption. De nombreux enfants, garçons et filles, certains très jeunes, sont impatients d’adopter ces personnages à la drôle de bouille, vus comme des jouets éducatifs. Les garçons insistent sur le fait qu’ils ne jouent pas à la poupée, mais sont des pères. Avec de nombreux pères modernes plus actifs dans les soins apportés à leurs enfants, l’attitude des garçons envers les poupées a peut-être évolué. les Cabbage Patch, l’une des franchises les plus durables de l’histoire des États-Unis,  provoquent l’un des plus forts engouements pour des jouets des années 1980.
La première guerre du Golfe de 1990-1991 apporte un regain de vigueur au patriotisme, et les poupées en costume historique ou militaire reviennent sur le devant de la scène. Le respect du passé est attesté par le succès des poupées American Girl, qui apprennent aux enfants d’aujourd’hui l’histoire et les valeurs de l’Amérique d’hier.
À l’aube du XXIe siècle, il est intéressant de se pencher sur les milliards de poupées présentes aux États-Unis et les objectifs qu’elles poursuivent. La fascination de l’histoire est l’une des motivations des collectionneurs de poupées (voir Poupée de collection : une définition). D’autres aiment le travail artistique, et sont attirés par les poupées d’artiste, superbes sur le plan de la sculpture et parfois étonnantes. Il ne faut pas oublier les poupées jouets d’hier si appréciées des collectionneurs d’aujourd’hui, ni les poupées jouets actuelles qui font la joie des enfants. En dépit de la nature toujours changeante des poupées, celles qui restent classiques sont celles qui stimulent simplement l’imagination : ce sont les poupons, étreints par les petits enfants qui s’identifient à eux, et les poupées enfants, éduquées par leur petite propriétaire. Les savoir-faire familiaux sont transmis, et des poupées faites de tous matériaux, représentant des personnes de toutes nations et de toutes couleurs continuent à vivre dans les foyers, célébrant le peuple américain.


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introduction

Sélection d’artistes américains contemporains

À partir des années 1980, le public américain commence sérieusement à s’intéresser aux poupées d’artistes, et l’on voit  apparaître, parallèlement à celle des poupées anciennes et des poupées mannequins, une population de collectionneurs de poupées d’artiste, dont l’offre ne cesse de croître. Dans ce domaine, c’est Fawn Zeller (voir Les artistes en poupées pionniers) qui fait le lien entre les pionniers solitaires des débuts et ce qui deviendra le foisonnement de la fabrication des poupées des années 1990 aux États-Unis, en particulier des poupées d’artistes, qui n’a pas été démenti depuis.
Nous présentons ici un la biographie et les techniques de fabrication d’une sélection d’artistes en poupées représentatifs de la production américaine contemporaine, dont de nombreux membres du NIADA (National Institute of American Doll Artists), qui a joué un rôle décisif dans l’affirmation de la poupée comme objet d’art à part entière.

Akira Blount

 Akira Blount (décédée en 2013) s’inscrit dans la droite ligne des pionniers américains en création de poupées d’art (voir Les artistes en poupées pionniers). En effet, elle a contribué depuis ses débuts  en 1969 à l’élévation du statut de jouet de la poupée à celui d’objet d’art. De plus, en tant qu’éducatrice, elle a encouragé l’expérimentation et l’innovation dans ce domaine.
Née en 1945, elle grandit à Madison (Wisconsin), où sa grand-mère lui apprend à confectionner des vêtements de poupée. Après avoir obtenu une licence en éducation artistique de l’université du Wisconsin, elle commence en 1970 à fabriquer des poupées avec des bas en coton. Elle apprend en autodidacte, au début en réponse au besoin de jouets de ses enfants, pour découvrir bientôt que cela satisfait l’enfant en elle bien au-delà du but initial. « La poupée provoque en moi une réponse émotive singulière », confie-t-elle, « et je ne m’éloigne pas de cette association avec le jeu et l’imagination enfantine ». À propos du matériau de prédilection de ses débuts, le tissu (photos), elle précise : « je me suis engagée à utiliser le tissu en raison de sa qualité spontanée et immédiate. Au départ, seules les poupées les plus modestes étaient faites en tissu, et je trouve que la place pour l’innovation dans ce matériau est très large. Je me suis consacrée à cette innovation, et j’ai découvert qu’élever le concept de poupée en tissu vers de nouveaux sommets était un défi irrésistible. Les limites sont en moi et dans la nature changeante du tissu ». Et, ajoute-t-elle, « aussi engagée que je puisse être dans les nouvelles techniques de fabrication, je n’oublie ni les fondamentaux du métier ni l’émotion et le plaisir de l’enfant intérieur que les poupées m’inspirent ».

Sur le plan technique, chaque poupée de tissu est bourrée de polyfill. Les visages et les mains sont faits d’un tricot de coton fin sculpté à la main au moyen  d’une aiguille et d’un fil. Les yeux sont brodés et les couleurs et ombres faciales ajoutées au crayon. Les cheveux sont en fibre naturelle comme la laine ou le lin, ou peints à la main avec des pigments textiles. Les vêtements utilisent des matériaux tels que tissu neuf ou ancien, cuir, fourrure, et sont embellis avec des perles, des boutons, de la dentelle, des bordures, des broderies ou du matelassage.
En 1979, Akira s’installe avec son mari et ses deux enfants à Bybee (Tennessee), dans un environnement rural qui l’inspirera beaucoup. Là, elle devient membre de la « Southern Highlands Handicraft Guild », une association d’artisanat locale qui expose son travail dans ses foires annuelles. Elle expose également lors des salons de l’association d’artisans d’art « Tennessee Association of Craft Artists » à Nashville. À ce propos, Akira Blount aime à penser que « la fabrication de poupées n’est pas un art à proprement parler, mais une forme évoluée d’artisanat. Je viens d’une tradition artisanale, et j’essaye d’y reconnecter les poupées, car je crois que c’est là qu’est leur place. Les gens franchissent la ligne de la poupée comme jouet à la poupée comme œuvre d’art, mais elle restera toujours enracinée dans sa tradition artisanale ». C’est à cette époque qu’Akira commence à incorporer des objets de récupération dans ses créations, tels que bois de vigne, pommes et aiguilles de pin, glands, brindilles,plumes,…et aussi un papier qu’elle fabrique à partir de plantes d’iris. Son mari Larry la rejoint dans sa production en 1991, et collabore avec elle pour fabriquer d’intéressantes et novatrices poupées en technique mixte, qui font la part belle aux matériaux naturels tels que le bois, dont Larry est un spécialiste de la sculpture (photos, de gauche à droite : « Twig and paper dress », 2000 ; « Mother and child », 2005 ; « Sharing dreams », 2010). Leurs visages inexpressifs aux yeux fermés semblent absorbés par un monde intérieur.

Présidente du NIADA (National Institute of American Doll Artists) de 1997 à 2001, elle préface et sélectionne les œuvres présentées dans l’ouvrage « 500 handmade dolls » (voir Bibliographie). Ses créations sont traitées dans de très nombreuses publications et présentes dans de nombreux musées et collections privées à travers le Monde, dont le musée des arts décoratifs du Louvre à Paris, la collection de la Maison Blanche à Washington et le musée de la poupée Sekiguchi d’Izu (Japon). Akira Blount a enseigné à l’Arrowmont School for Arts and Crafts de Gatlinburg (Tennessee) et donné des séminaires dans le Monde entier. Elle a remporté plusieurs prix dans sa carrière, dont l’Achievement Award du festival des Beaux-Arts de Gatlinburg en 2012. Ci-dessous, trois œuvres récentes, de gauche à droite : « Joy ride », 2010 ; « Heart a flutter », 2011 ; « Figure with pod hair », 2012)


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Susanna Oroyan

 Susanna Oroyan (décédée en 2007) occupe une place à part dans le monde de la poupée d’artiste : non seulement c’est une créatrice confirmée qui a près de 500 œuvres à son actif, mais elle a joué un rôle éducatif de premier plan en publiant plus de 300 articles, cinq ouvrages, et des livrets éducatifs (sous la marque Fabricat Design), en donnant de nombreuses conférences, en animant des ateliers de fabrication de poupées à travers le Monde et en organisant des expositions internationales d’art figuratif .
Née en 1942 à Portland (Oregon), elle y fréquente l’école primaire ainsi qu’à Salem (Oregon), où elle va au lycée avant d’être admise aux universités de l’Oregon et de Sacramento (Californie). Elle obtient une licence en Arts à Sacramento et une maîtrise en Arts de l’université d’Oregon en 1971. Elle étudie la rhétorique de 1978 à 1981 sous la supervision d’Albert Kitzhaber à l’université d’Oregon. « Après l’école je suis littéralement tombée dans la sculpture figurative », explique-t-elle, « il s’agit de la construction de représentations évocatrices ou provocatrices de l’être humain. Une de mes premières pièces, un personnage en sculpture souple, gagna un premier prix de sculpture à l’exposition d’art de l’Oregon en 1975. En 1980, je commençais à sculpter l’argile de cuisson ». Mais Susanna s’ntéresse à d’autres matériaux et en devient une praticienne expérimentée : argile polymère, Paperclay, tissu. Elle fabrique également avec soin les vêtements de ses poupées.
Son art est remarqué pour son caractère fantasque et avant-gardiste, comme en témoignent les photos ci-dessous de pièces de la série « La famille Mulliner ».

Suzanna commente : « Les personnages excentriques de la famille anglaise Mulliner ont fait plaisir à tout le monde. J’ai fait un arbre généalogique élaboré et écrit un récit pour chacun d’entre eux ».
Elle publie cinq ouvrages de référence dans le domaine de la fabrication de poupées : « Fantastic figures », 1994 ; « Anatomy of a doll », 1997, qui atteint la vente record de 40 000 exemplaires ;  » Designing the doll », 1999 ; « Finishing the figure », 2001 (voir Bibliographie) ; « Dolls of the Art Deco era 1910-1940 », 2004. En 2003, elle est nommée rédactrice en chef-conseil du magazine « Art Doll Quarterly ». Elle est élue au NIADA (National Institute of American Doll Artists) en 1982, dont elle assure la présidence de 1987 à 1991. Elle occupe divers postes de responsabilité dans d’autres associations, telles que l’Eugene Doll Club, le Pacific NW Paper Doll Collectors et l’UFDC (United Federation of Doll Clubs). Susanna Oroyan reçoit en 1995 le prix de la meilleure artiste en poupées de l’année de la National Association of Cloth Doll Makers. Ci-dessous, une poupée représentative de son style imaginatif (« Dollmaker, where do you get the heads ? », Paperclay sur armature métallique, 2007).

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Shelley Thornton

 Shelley Thornton s’intéresse à l’art depuis sa plus tendre enfance.  Née à Lincoln, Nebraska, où elle a grandi et vécu toute sa vie, elle obtient une licence en arts graphiques de l’université du Nebraska. Elle travaille ensuite dans une entreprise de fabrication de jouets, avant de devenir animatrice et instructrice en design et illustration dans les universités, et de se consacrer à l’illustration en freelance pendant plus de 20 ans.
C’est en 1993 qu’elle commence à utiliser la poupée en tissu comme mode d’expression artistique, créant à l’intention des collectionneurs des poupées stylisées, ni réalistes, ni trop embellies. Shelley affirme : « L’intérêt visuel de mes poupées repose largement sur la juxtaposition des motifs et couleurs des tissus que j’utilise dans une sorte de collage. Leur conception s’est élaborée à partir de mon style illustratif : décoratif et simple, avec une orchestration soignée des couleurs. Mon intention est de réaliser des objets artistiques, et  non pas des représentations en miniature de la forme humaine ».
Les poupées de Shelley Thornton recourent à des techniques de sculpture souple, et ont une « peau » en coton tricoté, un corps bourré de laine et un visage sculpté à l’aiguille et brodé. Des articulations sphériques en bois aux genoux, épaules, coudes et poignets avec des fils métalliques dans les doigts assurent une grande posabilité. Les cheveux en tissu rembourré sont devenus une signature de l’artiste, et montrent une grande créativité dans la conception des coiffures. Les poupées de Shelley ont une forte présence et dégagent une impression de douceur et de sérénité.
En ce qui concerne les costumes, elle laisse libre cours à son imagination, ne cherchant pas à évoquer une époque ou un style particulier : elle utilise des tissus anciens, comme des tentures, linges de maison ou mouchoirs, et des plus récents. Elle emploie principalement des pièces à dessins, et aime spécialement les grands imprimés, que l’on n’associe généralement pas aux vêtements de poupées. Pour cette raison, entre autres, elle réalise des poupées relativement grandes, de 63 à 68 cm.
Shelley Thornton est la directrice de publication de l’ouvrage « NIADA art dolls : rich traditions, new ideas » (voir Bibliographie). Elle a été présidente du NIADA de 2007 à 2009. Ses poupées sont dans les collections des musées « Toy and Miniature Museum », Kansas City (Missouri) et « Sekiguchi Doll Garden », Izu (Japon). Ci-dessous, photos de gauche à droite, Pippa, Bess et Rochetta.


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Jack Johnston

Les Beaux-Arts et le marketing sont ses passions. Étrange association me direz-vous, mais il faut de tout pour faire un monde ! Jack Johnston occupe une place à part dans le petit univers des poupées d’art, et il la tient justement de ses deux passions : artiste en poupées à la vocation précoce et au style affirmé, il est aussi un pédagogue prodigue, auteur de six ouvrages et onze DVD sur l’art de fabriquer des poupées et de les vendre, et entrepreneur avisé, inventeur de la ProSculpt, argile polymère teinte destinée à la fabrication de poupées.
Certaines de ses créations font preuve d’un humour dont le caractère loufoque n’est pas sans rappeler celui de Neva Waldt. Témoin cet aviateur jovial assis sur son avion prêt à décoller (photo de gauche), ou cet autoportrait en baba-cool (photo de droite).

Élevé par ses grands-parents dans une ferme du Kansas, où il travaille durement dans les champs l’été dès l’âge de dix ans, il excelle à l’école primaire dans le dessin et le travail manuel. Au collège, il commence à collectionner les illustrations de Norman Rockwell en couverture du « Saturday evening post ».  Au lycée, il prend des cours de sculpture et se voit encouragé par sa grand-mère à poursuivre des études artistiques à l’université. Diplômé d’une licence en graphisme de l’université Brigham Young dans l’Utah en 1964, Jack est missionnaire de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours (église des mormons) à New York de 1964 à 1966. Là, il travaille comme graphiste pour le pavillon mormon à l’exposition universelle et comme éditeur au « Eastern states mission magazine ». Il sert ensuite au Vietnam comme illustrateur des armées.
Devenu graphiste pour un promoteur immobilier, il exploite son goût pour la vente et y devient en parallèle responsable marketing, fonction qu’il exercera pendant 18 ans. Puis il occupe ce poste dans diverses entreprises d’immobilier de tourisme, dont SeaWorld,  chaîne commerciale de parcs à thème spécialisés dans le monde marin à Orlando (Floride). La guerre du Golfe de 1990 met un terme à son ascension : SeaWorld périclite et licencie 125 employés, dont Jack.
La même année, sa femme lui demande comme cadeau une poupée de père Noël, et il décide faute d’argent de la fabriquer lui-même. En suivant les conseils d’un tutoriel du magazine « Doll crafter », Jack réalise un père Noël en argile polymère. Satisfait du résultat, il l’expose à un salon d’artisanat local, ou il rencontre un franc succès. Rapidement , Jack en vient à prendre des commandes et à quadrupler le prix de ses pères Noël. Il décide alors de se professionnaliser et développe un plan marketing pour vendre des poupées OOAK de pères Noël et de personnages. La conjonction de trois facteurs assurera sa réussite : le déclin de la fabrication en série des poupées en porcelaine face à la concurrence de la Chine, qui ne s’intéresse pas au marché de niche des poupées OOAK ; la sollicitude des médias et du public pour les entrepreneurs inventifs en cette période de récession ; la rencontre avec un riche homme d’affaires, Philip Crosby, qui décide de l’aider. Il se forme à la commercialisation des poupées auprès de Danny et Barry Shapiro, propriétaires de la célèbre boutique « The toy shoppe », et commence à donner des cours de fabrication de poupées. Ci-dessous de gauche à droite, deux poupées de personnages : « Liberté pour tous », avec Abraham Lincoln ; l’écrivain Mark Twain.

Jack Johnston gagne encore en notoriété lorsqu’il réalise une ligne de poupées retraçant l’histoire du père Noël pour le parc thématique Epcot de Disney. Il enseigne régulièrement aux États-Unis, puis au Canada et au Mexique. Pour aider ses élèves à se lancer sur le plan professionnel, il  fonde l’association professionnelle de fabricants de poupées PDMAG (Professional Doll Makers Art Guild, voir Associations), qui compte aujourd’hui 400 artistes membres.
Pour sculpter ses poupées, il utilise un mélange de Sculpey et de Cernit qui ne le satisfait pas. Il travaille alors avec la société Polyform Products, productrice du Sculpey, pour mettre au point une argile polymère répondant à un cahier des charges exigeant : facile à pétrir, pouvant être mélangée sans trace de jointure, très résistante après durcissement, conservant sa teinte de chair humaine et destinée spécifiquement au marché des fabricants de poupées. Ce sera la ProSculpt, argile polymère distribuée exclusivement par sa société Johnston Original Art Dolls en Amérique du Nord et en Europe, qui se vend très bien.
Jack est alors un homme très occupé : création de la ProScupt Company, promotion de la PDMAG, enseignement, création d’une ligne de fournitures pour artistes, publication d’ouvrages et de DVD. Il met également au point une armature de tête thermoplastique pour remplacer l’aluminium, interdit au transport aérien depuis les attentats du 11 septembre 2001, ainsi qu’un outil universel pour la sculpture de poupées. Une autre de ses activités est la rédaction régulière d’articles pour les revues du groupe d’édition Jones Publishing, dont « Dolls » et « Doll crafter ».
Une étape importante de sa carrière est la réalisation en trois dimensions de la célèbre peinture de Norman Rockwell intitulée « Triple autoportrait »  (ci-dessous, à gauche la peinture originale, à droite la sculpture de Johnston). Une année de négociation avec les ayants droit est nécessaire pour obtenir l’autorisation de reproduire le tableau en sculpture. La sculpture est rachetée par l’atelier monétaire Franklin Mint, qui en édite 2 500 exemplaires en résine.

« L’attention portée aux détails est le succès de mes poupées », confie-t’il, et d’ajouter « Je dis à mes étudiants qu’il faut trois choses pour faire une poupée réussie :  une expression gestuelle, une bonne qualité de réalisation, et des détails raffinés. Le détail fait toute la différence ». Les visages sont sa partie préférée : « ils ne sont pas difficiles à faire. Le plus dur, c’est les oreilles et les mains. La première année, je ne savais pas faire les mains, et toutes mes poupées portaient des mitaines ». « Le fait qu’il s’agisse de pères Noël m’a aidé », plaisante-t’il, « mais j’ai réalisé que si je voulais progresser, je me devais de sculpter de belles mains. Je ne crois pas y être parvenu avant ma 150e paire de mains ».
Une de ses expériences les plus gratifiantes a été d’apprendre aux vieux indiens Inuit à fabriquer des poupées en argile polymère. Les poupées étaient une tradition ancienne chez eux (voir Histoire des poupées), mais ils utilisaient des matériaux désormais interdits comme l’ivoire ou la peau de phoque. Cette nouvelle activité a aidé les Inuit  à se développer économiquement.
Jack Johnston a reçu de nombreuses récompenses au cours de sa carrière, dont quatre prix d’excellence, le prix diamant,  le prix de cristal et le prix « Lifetime achievement award » pour l’ensemble de son œuvre, tous décernés par le magazine Dolls. Laissons-lui le mot de la fin : « La sculpture de poupées peut être très valorisante. Les faire venir à la vie et nous raconter une histoire est le défi posé à tous les artistes. C’est extrêmement gratifiant de voir se réaliser vos rêves lorsque votre poupée se termine. La satisfaction de voir réussir un de mes étudiants dans le monde des poupées est aussi émouvante que s’il s’agissait de moi ». Ci-dessous, de gauche à droite : « Jazz », « Elfe » et « Arrière grand-mère ».

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Chris Chomick et Peter Meder

Bienvenue dans le monde étrange et grinçant du couple Chris Chomick et Peter Meder. Tim Burton et Lewis Carroll ne sont pas bien loin lorsque vous observez leurs créations (ou lorsqu’elles vous observent ?), poupée à l’expression habitée, automate échevelé au regard perdu, singe au visage bienveillant.
Chris est née en 1954 à Burnaby, Colombie britannique, Canada, dans une famille de sept enfants. Son enfance est emplie de dessins, sculptures et projets de toutes sortes grâce auxquels elle fabrique poupées et jouets pour la famille et les amis, sacrifiant parfois ses propres jouets (sa mère l’a surprise  un jour une scie à la main en train de « reconcevoir » un de ses poupons !). Elle étudie le graphisme publicitaire et entame une carrière de directrice artistique. Elle se tourne ensuite vers le dessin, la peinture et la sculpture, puis découvre l’argile polymère comme matériau d’expression sculpturale figurative.
Peter est né à Chicago, Illinois. Il est fasciné dès son enfance par les vitrines animées, les marionnettes, la magie, la prise de vues image par image, et se faisait souvent réprimander pour avoir démonté ses jouets. Il fabrique son premier automate à 10 ans, sculpté dans le liège, habillé d’un vêtement cousu dans une vieille chaussette, doté d’un moteur construit avec une bobine électrique, un ruban de caoutchouc,un morceau de cire et quelques cure-dents ! Il est diplômé de l’université Loyola de Chicago en beaux-arts et communication, et travaille comme modéliste, réalisant des effets spéciaux pour des publicités.
Chris et Peter se rencontrent en 1978, découvrent leur fascination commune pour l’animation et combinent leurs savoir-faire pour créer leur première « poupée », une marionnette à gestes saccadés pour une publicité télévisée. Inspirés par cet intérêt commun, ils commencent à créer des poupées figuratives et des automates dans cet imaginaire bizarre et merveilleux (certains diront effrayant) qui sera leur marque de fabrique. « Notre processus de conception commence par une attitude », expliquent-ils, « nous trouvons l’inspiration dans une étrange et inhabituelle imagerie ; belle, mais dérangeante, intrigante et néanmoins mettant mal à l’aise. Des visages intéressants croisés lors de voyages, des coiffures extravagantes, des icônes religieuses vieilles de plusieurs siècles et des effigies de cire richement décorées, telles sont les sources de bien de nos figurines. Lorsque nous rencontrons un vêtement intéressant, nous nous demandons « qui porterait une chose pareille ? », et nous concevons un personnage qui le fait. » Prenons deux exemples connus de leur production pour illustrer cela : « ElviSan », l’imitateur japonais d’Elvis Presley, et Hermes l’automate.

ElviSan est réalisé en matériaux mixtes : argile, résine, Cernit, yeux en verre allemand et cheveux en mohair crêpé. Habillé d’une combinaison-pantalon avec une ceinture ornée de bijoux et des sandales en bois, il nous fixe avec un air goguenard qui n’a rien à envier au « King ». L’armature est articulée et positionnable, les charnières et pivots dans les bras permettent toutes sortes de mouvements et maintiennent la position.

Pour Hermes, une manette de jeux modifiée programme un cycle de mouvements de 5 minutes enregistré dans une mémoire à puces ; sa position correspond directement à celle des leviers qui actionnent le cou et la tête. L’automate peut être reprogrammé pour un cycle différent.

Hermes regarde lentement d’un côté et de l’autre tandis qu’il observe le Monde à travers sa bulle protectrice, faisant de temps en temps une pause pour jauger une menace potentielle. Son regard est effrayé, et ses mains plaquées contre la paroi de verre, en espérant qu’elle le protège du danger.
Le travail de Chris et Peter a été présenté dans de nombreuses expositions à travers le Monde ; il est présent dans diverses collections privées en Amérique, en Asie et en Europe. En dehors des poupées et automates, Chris est graphiste freelance pour le web, l’imprimerie et la conception de livres : elle a assuré la conception graphique de l’ouvrage « NIADA art dolls : rich traditions, new ideas » (voir Bibliographie). Chris et Peter ont reçu en 2018 le prestigieux prix Max Oscar Arnold pour « la meilleure œuvre complète d’un artiste établi ». Pour terminer, deux autres personnages illustrant l’univers de Chris Chomick et Peter Meder : de gauche à droite, Ava Simone, Jojo monkey.


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Stephanie Blythe

« J’ai toujours été attirée par les petites choses » confie Stephanie Blythe, « je pense que c’est parce que j’étais la plus petite de ma classe. Quand j’étais enfant, je passais des heures dans les bois à jouer avec des fées, à façonner des petites assiettes et tasses à partir de glands minuscules, et à chercher des graines microscopiques. J’étais aussi la petite fille efflanquée qui devait porter la robe habillée en organdi rose avec une grande rose brodée et une ceinture en velours. C’est pourquoi mon travail d’artiste en poupées est caractérisé par des figurines imaginaires de fantasie et de petites fées capricieuses élégamment costumées, qui expriment une forte relation avec la beauté de la nature. »
Née à Berkeley, Californie, Stephanie grandit sur la côte Est des États-Unis et vit ensuite à Jerusalem et Paris de 1963 à 1964, où son père est professeur invité. Diplômée du Philadelphia College of Arts, elle se marie, a deux enfants et passe les 25 années suivantes à vivre sur la côte Est. C’est là qu’en 1979 elle commence à collaborer avec Susan Snodgrass pour créer des poupées miniature destinées à des possesseurs de maisons de poupées historiques. Leur créativité étant restreinte par l’exigence de ces clients quant à l’authenticité des costumes et poupées, elles décident de s’en libérer et commencent à fabriquer pour leur compte de minuscules fées ornées de véritables ailes de papillon, qui tiennent dans une tasse de thé ou une coupe de champagne. C’est le début des « teacup fairies », littéralement « fées de tasse à thé », qui ont été par la suite copiées dans le Monde entier et sont certainement les œuvres les plus connues de Stephanie Blythe (photos).


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Chacune des poupées de Stephanie commence quand elle sculpte ses pièces originales en Sculpey ou Casteline (dérivé de la cire). Elle fabrique ensuite des moules en plâtre à partir de la sculpture et parfois affine la pièce en la remoulant et la resculptant dans de l’argile à porcelaine, qu’elle cuit pour la réduire et fabriquer un autre moule. Une fois ce moule fait, elle le coule et resculpte pour définir les traits et obtenir le mouvement désiré. Stéphanie explique : « Bien que je fasse des moules pour mon travail, je sculpte chaque pièce d’argile à sa sortie du moule, de façon à donner à chacune sa personnalité unique, ainsi le mouvement et l’expression de la figurine ne sont pas limités par les restrictions du moulage. En raison de la petitesse de mon travail, je peux manipuler l’argile à porcelaine pour obtenir les gestes que je veux. Souvent cela signifie découper la pièce en morceaux (tête, bras, jambes), les travailler séparément et les réassembler avec de l’argile et de l’engobe, puis nettoyer et cuire la pièce. La peinture sur porcelaine exige ensuite plusieurs cuissons. »
De ses études en dessin textile, Stephanie a gardé le goût pour la collection de tissus anciens, qui l’inspirent parfois pour imaginer une poupée. Chaque costume émerge, souvent intuitivement, d’une variété de textures et de motifs d’éléments décoratifs issus d’un endroit à l’autre et d’une décennie à l’autre, sur le siècle passé : soies, velours, dentelles, cristaux, fils métalliques, ailes de papillon, coquillages. Ces éléments évoluent souvent par découpe, teinture, peinture, pliage,…
Mais Stephanie Blythe ne fait pas que des « teacup fairies », loin de là ! Une autre série connue est celle du baiser. Inspirée par le brillant tableau éponyme de Klimt, son couple sculpté s’est avéré être une de ses créations les plus techniquement éprouvantes et gratifiantes à la fois : l’homme et la femme sont sculptés individuellement, puis les moules faits séparément ; les coulages en porcelaine des deux figurines sont ensuite joints et resculptés pour refléter l’humeur intime des deux amoureux. C’est en fait un ensemble de neuf moules distincts de parties du corps qui est coulé, soigneusement resculpté en affinant les détails, puis cuit en une seule pièce réassemblée. La tâche la plus fastidieuse est le nettoyage, qui trop souvent se termine par une rupture, conduisant à une grande frustration… et ramenant à l’étape des neuf moules. Les costumes demandent une recherche historique méticuleuse, et une quête acharnée des étoffes et ornements parfaits. Stephanie s’efforce de réaliser un « baiser » par an, inspiré d’amoureux (tristement) célèbres ou fascinants. Ci-dessous, de gauche à droite, « Fairy kiss », « Renaissance romance » (le premier couple de la série) et « Edwardian ».


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Stephanie Blythe a également créé des figurines plus grandes, toujours élégamment costumées et ornées. Ci-dessous, de gauche à droite : « Winter solstice », 30 cm, « The pearl gatherer », 25 cm, « Evening star », 25 cm.


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En 38 ans de carrière, Stephanie a reçu de nombreux prix. Ses œuvres sont présentes dans cinq musées aux États-Unis et dans la  collection permanente du Musée des Arts Décoratifs du Louvre à Paris (ce qui est son souvenir le plus mémorable). Elle a été première vice-présidente du NIADA de 2004 à 2007. Laissons-lui le mot de la fin : « J’aime réaliser des choses en miniature car cela vous attire dans mon monde et peut être intime et envoûtant. J’aime y mettre des détails complexes pour que vivre avec mon travail soit une source de contemplation et une constante découverte. La taille minuscule permet aussi à l’observateur de tenir l’objet dans sa paume pour une expérience plus proche et plus intime. »

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Janet Bodin

Chez Janet Bodin, l’inspiration est multiforme : la spiritualité et la Bible tout d’abord, mais pas seulement ; un poème, une parole de chanson, une couleur, l’expression d’un visage, peuvent être le point de départ de ce « voyage dans la connaissance de soi » qu’est le processus de fabrication d’une poupée.
Janet Bodin est née à Houston, Texas. Après avoir vécu à Mexico et Rome, elle revient au Texas où elle obtient un diplôme de la Trinity University de San Antonio. Elle vit maintenant à Houston avec son mari et ses deux filles. Voici comment elle raconte le parcours qui l’a conduite aux poupées :
« Mon intérêt pour la couture et la broderie remonte à l’enfance ; ma mère m’a appris à coudre, et ma grand-mère à broder. Adulte, mes centres d’intérêt se sont élargis à la teinture et la peinture sur étoffes, aux travaux d’aiguille, au perlage, et au travail du feutre. Pendant une visite au festival international de la courtepointe en 1996, j’ai vu une exposition de poupées d’artistes et en fus complètement enchantée. J’ai immédiatement commencé à apprendre tout ce que je pouvais sur la fabrication des poupées. J’ai pris des cours avec de nombreux professeurs et je suis si reconnaissante de leur enthousiasme à partager leurs savoir-faire et leurs connaissances. J’ai commencé à créer mes propres poupées d’artiste originales en 1998, utilisant divers arts du textile pour ma sculpture figurative. »
Pendant quelque temps, elle fabrique des poupées en tissu avec des visages en kaolin, pour obtenir le détail des traits que permet l’argile. Mais le travail avec l’argile ne lui plaît pas, et elle revient au tout tissu : elle aime coudre, sculpter avec une aiguille et du fil, expérimenter pour atteindre un plus grand réalisme dans les traits du visage en tissu. Ci-dessous, trois œuvres récentes de Janet Bodin, de gauche à droite : « Pumpkin men », « Balancing act », « A joyful noise ».

Les poupées de Janet commencent avec une armature en aluminium. Leur corps est en feutre taupé empli de fibre de rembourrage puis couvert de lycra de coton. Les têtes sont également faites de cette façon, en utilisant deux à trois couches de « peau » (nappe pour ouatinage et fibre de rembourrage) pour construire les traits du visage. Celui-ci est colorié avec des crayons ou des pastels. Les perruques sont en mohair ou en laine d’agneau du Tibet. Parfois elle utilise une forme simplifiée du corps de manière à se concentrer sur le travail du textile qui le couvre : c’est la poupée « pilier ». Les poupées sont ses « canevas » et évoluent constamment. Récemment, Janet s’intéresse à la création de ses propres étoffes : teinture à la main et autres techniques de conception de surfaces, travail du feutre (pressage humide et travail à l’aiguille) et fusion de la soie. Ces étoffes sont souvent perlées et brodées à la main et/ou à la machine. Le travail du feutre est une de ses techniques préférées pour créer des vêtements sans couture. La fusion de la soie, qu’elle apprécie également, est une méthode de liage de fibres non tissées pour créer un tissu de type papier : appliqué sur le corps de la poupées encore humide, il permet d’atteindre un superbe mouvement. Les photos ci-dessous illustrent ce procédé : outre la sombre splendeur de leur costume, ce qui frappe chez ces femmes en prière (de gauche à droite, « Morning praise », « Afternoon prayer », « Vespers »), c’est la sérénité de leur attitude et la joie intérieure qu’exprime leur visage.

Ses dernières pièces incorporent des teintures naturelles et des éco-imprimés. Les teintures naturelles sont préparées à partir de plantes, de minéraux et même d’insectes : elles fonctionnent sur des étoffes naturelles telles que le coton, la soie et la laine. Les éco-imprimés peuvent être faits à partir de feuilles, brindilles, fleurs, graines et métal rouillé étroitement serrés sur l’étoffe puis chauffés à la vapeur. « Tous ces procédés », nous dit Janet Bodin, « sont parfois imprévisibles et comportent une part de magie qui, pour moi, sont la joie de la création. »
Janet sait se faire légère parfois et nous faire partager la gaieté de deux baigneuses d’époque (« All-American bathing beauties »), de la lune esquissant un pas de danse (« Moon dance ») ou du clown dressant son caniche (« New tricks »), photos ci-dessous de gauche à droite.

Depuis 20 ans qu’elle fait des poupées, Janet a présenté son travail dans de nombreuses galeries et expositions avec jury, et remporté divers prix locaux et nationaux, dont le « Women in the Arts Award » en 2016. Elle est membre de l’ODACA (Original Doll Artists Council Of America) et de sept associations locales d’artistes.

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Neva Waldt

Autre artiste texane, Neva Waldt se distingue par un humour contagieux qui se reflète dans ses poupées, dont chacune, avec l’aide des couleurs et des textures, d’un grand sens du détail et du mouvement, vient au monde avec une histoire drôle à raconter. « Si elles vous font sourire, elles ont fait leur boulot », assure-t-elle.
Neva Waldt est née au Texas en 1953 d’une famille de texans depuis cinq générations. Elle apprend à coudre à l’âge de cinq ans et obtient une licence en graphisme publicitaire en 1976 à la Sam Houston State University de Huntsville, Texas. Elle travaille pendant 25 ans comme graphiste à Houston, puis décide, depuis toujours fascinée par la transformation de l’étoffe en forme à trois dimensions, que ce soit les vêtements ou la sculpture souple, de « troquer sa souris pour une aiguille et du fil » et d’entamer en 2004 à l’âge de 51 ans une carrière d’artiste en poupées originales.
Elle apprend avec de nombreux artistes professionnels reconnus installés au Texas : Janet Bodin (voir ci-dessus), Donna Sims, Marsha Krohn, Joyce Patterson, Angela Jarecki, Rosie Rojas. Au début de sa pratique, elle fabrique les corps en premier puis les têtes, juste avant le « dessert » que constitue la confection des chaussures, que Neva adore et à laquelle elle apporte un soin presque fétichiste (elle avait déconcerté son futur mari Kenny en lui apprenant qu’elle possédait quatre paires de chaussures rouges !). Mais elle décide un jour d’inverser les choses et de fabriquer la tête en premier : « Je réalise la tête exactement comme je la veux », dit-elle, « et j’adapte le corps. C’est amusant de voir comme c’est plus facile d’obtenir les tailles et proportions justes quand on a une tête par laquelle commencer. »
Lorsqu’elle travaille, dans l’environnement très encombré de son atelier où chaque chose est pourtant à sa place (comme si « elle vivait sur une péniche »), au milieu des tableaux d’affichage remplis de coupures de magazines, de rubans et de petits dessins qu’elle accroche pour suivre le développement d’une nouvelle idée (elle se promène partout avec un carnet à dessins), Neva écoute des bandes sonores de films. « Des navets que j’ai vus des centaines de fois et que je n’ai pas besoin de regarder, j’ai juste les dialogues. C’est comme recevoir des gens sans avoir à leur offrir un verre. », confie-t-elle. Cela l’aide à régler son allure et à travailler par étapes : quand le film est fini, il est temps de passer à autre chose. Pendant que la colle sèche sur un visage (elle utilise des faces en kaolin recouvertes de tissu), elle peut commencer une armature métallique ou travailler une paire de jambes, formée en papier mâché au moyen d’une méthode ancienne à base de colle d’os et de couches de papier journal. Cette méthode lui permet de créer les tibias, chevilles et pieds qui, avec les costumes parfaits, le détail de la sculpture à l’aiguille et de la peinture au pastel des visages capturant les émotions, et les chaussures incroyablement réalistes, apportent tant de vraisemblance à ses figurines. Ci-dessous, de gauche à droite : « The dust collector » (le collectionneur de poussière), « One more time » (encore une fois), « The joyful nun » (la joyeuse religieuse).


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Bien que le soin apporté à la forme d’un astragale (un des os de la cheville) puisse paraître futile, c’est la condition d’une poupée vivante. « C’est très demandeur en effort et en temps », admet-elle, « mais puis-je faire autrement ? c’est nécessaire ». Quand on lui demande comment elle réagit en cas de défaut de fabrication, elle répond en riant : « Je vous le dirai quand ça arrivera ». Ce n’est pas de l’orgueil, simplement le signe d’un contrôle total sur le processus d’élaboration du personnage : avec une préparation et une planification exigeantes, elle sait où elle va dès qu’elle commence à sculpter. Sans oublier les objets : « Les accessoires miniature sont la partie la plus gratifiante du processus. Les chapeaux, chaussures et sacs sont soigneusement confectionnés avec des matériaux à l’échelle, comme ces gants d’enfant anciens que j’utilise pour les chaussures. Je préfère réaliser tous les accessoires, mais il m’arrive d’en utiliser de tout faits : ce doit alors être une pièce parfaite à l’échelle exacte. »
Pour mieux pénétrer l’univers loufoque et caricatural de Neva Waldt, quoi de mieux que d’en détailler quelques œuvres représentatives ?


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À gauche : « It’s not the destination, but the journey » (ce n’est pas la destination qui compte, mais le voyage). Le gitan stoïque et résigné porte sur son dos la gitane euphorique, le long d’un chemin rocailleux et vallonné, vers une destination lointaine. « J’aime l’idée que deux personnes situées exactement au même endroit et au même moment vivent deux expériences totalement différentes », commente Neva Waldt, « ça en dit long sur les disputes lors des repas de fête en famille. » Elle poursuit : « J’ai employé de la soie ancienne et du velours dans un dégradé de verts pour mettre en valeur le violet brillant et stimulant du manteau de la gitane. Les chaussures sont sans doute mon élément préféré dans ce duo, si bien portées et à l’air si confortable. »
Au centre : « Leo was allergic to dogs ». Tel maître, tel animal ? Dans le cas de Leo, sa démarche chaloupée et son air peu avenant ressemblent à ceux de son crocodile domestique. Son style quelque peu truand et son air méfiant rappellent son compagnon au cuir épais. Regard perçant, gros museau. Et en plus, il était allergique aux chiens.
À droite : « All dressed up and nowhere to go » (Sur son trente et un et nulle part où aller). « Comme je le dis souvent, je suis fascinée par les attitudes », annonce Neva. « J’aime la façon dont les adolescents s’étendent sur les canapés. Même devenus jeunes hommes, dans mon esprit ils restent ces personnes nonchalantes à l’expression ennuyée, si bien habillés qu’ils soient. Ceci est une de mes plus petites poupées, 25 cm assise. Son smoking est en soie et ses chaussures en cuir de gant poli. Le fauteuil est en cuir fin et elle tient à la main sa télécommande Bang et Olufsen, à la recherche d’une distraction quelconque pour sauver la soirée. J’ai placé un aimant dans le siège pour maintenir le type, bien qu’il n’ait de toute façon aucun endroit où aller. »
Depuis 2004, l’année de ses débuts dans la création de poupées, Neva Waldt a présenté ses personnages dans de nombreuses galeries et expositions. En guise de conclusion : « Un ami m’a dit une fois qu’une personne créative implose si elle ne crée pas. Je suis absolument d’accord. Pour moi, le processus est la récompense. »

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Annie Wahl

Elles sont drôles aussi, les poupées d’Annie Wahl, mais d’une drôlerie pleine de tendresse, sa façon à elle de croquer des personnes âgées ni rangées ni guindées, dont elle dit : « Très très vieilles, mais très mignonnes. Je crois que c’est mon amour et ma dévotion envers les personnes âgées qui ont influencé ma vie. De toute façon, je les trouve plus intéressantes. »
La première fois qu’elle se souvient avoir fait une poupée, c’est lorsque sa grand-mère lui donne un rouleau de bandes, un rouleau de papier toilette et du tissu. « J’avais environ trois ans », dit-elle, « je pense que c’était un ange car je l’ai fait voler. » Sa mère renforce son intérêt naissant en lui apprenant à confectionner des poupées en tissu.
Annie Wahl étudie à l’école des beaux-arts de Mount Mary puis à l’université du Minnesota à Mankato. Elle commence à fabriquer en autodidacte des poupées traditionnelles amérindiennes en enveloppe de maïs, sculpture souple ou pomme (voir Histoire des poupées) jusqu’à ce qu’elle découvre l’argile polymère. Elle trouve son matériau idéal dans le Super Sculpey, et réalise tout son potentiel pour faire des visages exprimant la douceur et une humeur subtile, d’autres plutôt extravagants rien que pour le plaisir.
Quand Annie et son mari adoptent leur premier enfant, elle choisit de rester à la maison. Elle commence à fabriquer sérieusement des poupées au milieu des années 1980, au moment même ou la passion pour les poupées d’artiste entame son essor aux États-Unis. Au début elle les offre, puis fréquente les ventes artisanales et les marchés aux puces. Son hobby se transforme en travail à plein temps lorsqu’un bijoutier du centre commercial de Burnsville, près de Minneapolis, lui propose une place dans sa vitrine pour exposer ses poupées : le succès est immédiat. Mais Annie est également reconnaissante envers Susanna Oroyan (artiste et célèbre vulgarisatrice de l’art des poupées) de l’avoir guidée dans cette transformation, en particulier en lui conseillant de faire de bonnes photographies de ses œuvres, ce qui lui assurera à travers la diffusion dans les magazines spécialisés un rayonnement international. Les galeries lui ouvrent leur porte, et c’est par ce biais qu’elle fait la connaissance de Richard Simmons au début des années 1990, avec qui elle travaille sur le projet de la famille de Nana : ce qui fit le succès immédiat de ce clan aux multiples personnages, c’est le lancement de la ligne avec une demi-douzaine de modèles, donnant ainsi envie aux collectionneurs d’acquérir les autres membres du clan au fur et à mesure de leur sortie. Annie et Richard s’organisent pour une production en série : elle sculpte les figurines en argile polymère, en discute avec lui, qui les envoie à un développeur de produit chargé de les faire reproduire en Chine et de les distribuer sur QVC (chaîne internationale de téléachat). Ci-dessous de gauche à droite, « Vivian the volunteer », « Dottie », « Miss Bea ».

« Pendant cinq ou six ans, j’ai travaillé douze heures par jour sans prendre de vacances », raconte Annie, « nous voulions que cette collection soit un succès. Mais j’aime les résultats immédiats, et j’aime travailler vite : avec l’argile polymère, c’est le cas, on peut sculpter une figurine complète en quelques jours. » Le clan Nana devient très populaire dans le Monde entier. Annie ajoute : « La famille de Nana m’a emmenée dans tant d’endroits que je n’aurais jamais connus sans elle, et m’a fait connaître tant de gens que je n’aurais jamais rencontrés. Les poupées ont travaillé dur pour moi. Je l’apprécie à sa juste valeur. »
Si une figurine s’avère être trop compliquée ou détaillée à réaliser en production, Annie prend malgré la pression le temps de la faire en poupée originale, car elle a besoin de continuer cette forme de création. C’est l’époque ou elle réalise des poupées d’artiste pour chaque convention annuelle du NIADA, collectionnées par des célébrités telles que Demi Moore ou Anne Rice, et même par Richard qui les réserve avant même qu’elles soient exposées !
Mais le 11 septembre passe par là, QVC arrête de distribuer des poupées, les collectionneurs freinent et les affaires se calment. Ceci n’est pas pour déplaire à Annie, qui peut enfin souffler. Tout en aidant son mari dans son travail, elle continue à faire tranquillement des poupées en laissant les figurines se développer sous ses yeux et la surprendre : « quand je prends un morceau d’argile, je ne sais pas qui je vais rencontrer. Même lorsque j’ai une idée précise en tête, quelque chose d’autre apparaît inévitablement. Je l’accueille alors et en vérité ces personnages sont le plus souvent ma meilleure compagnie. » Les figurines prennent vie lorsque la sculpture est finie, puis Annie les habille et ajoute les cheveux, et c’est là que leur personnalité surgit et qu’elle découvre leur histoire unique.
Ce qui maintient la fraîcheur du processus de création chez Annie Wahl, ce sont les défis qu’elle se lance en permanence comme, dit-elle, « faire danser quatre poupées norvégiennes en ligne se prenant par la main et se tenant sur un pied » (photo gauche). Ou comme ces figurines amérindiennes en costume traditionnel, qu’elle affectionne particulièrement, et qui lui demandent des heures de recherches préparatoires et un long travail de perlage (photo droite).


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Cette affection pour la tradition vient peut-être de ses origines qu’elle revendique haut et fort : « Je suis du Middle West et mes poupées reflètent cela. Elles célèbrent la vie avec des valeurs traditionnelles. J’ai grandi dans une famille nombreuse aimant Dieu, joyeuse et drôle, qui se retrouvait souvent dans une cabane sur le lac Prior sans raison particulière. J’aimais beaucoup mes oncles et tantes, mes cousins étaient comme des frères et sœurs. Les adultes jouaient avec nous et nous ont fabriqué de merveilleux souvenirs. Mon cœur en est empli et mes poupées viennent de mon cœur. Il n’y a rien de mystérieux ou de profond dans ce que je fais. Je sculpte des poupées pour la joie de la création, le plaisir et le sens qu’elles ont pour les gens. » Ci-dessous, de gauche à droite : « Three gossips », « Dame Edna ».


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Bo Bergemann

Comme le fil de la tradition relie la vie et l’œuvre d’Annie Wahl, le fil de l’amour pour les enfants relie la vie et l’œuvre de Bo Bergemann, mère de famille d’accueil pour enfants de santé fragile, qui fait sa première poupée en 1995 lorsqu’une petite fille qu’elle accueille est rendue à sa famille naturelle. Ce geste de défense contre la tristesse d’une séparation, elle le répète à chaque départ d’un enfant : en quinze ans, son mari et elle accueillent quatorze enfants, dont ils adoptent trois. Ce rituel soulage sa souffrance mais entretient aussi sa créativité : « Je voulais à chaque fois faire une meilleure poupée », dit-elle. Elle améliore son habileté en pratiquant en autodidacte, cherchant des conseils sur internet, allant même jusqu’à fabriquer une poupée en porcelaine.
Née en 1966 à San Bernardino (Californie), Karin Luckau part à Kihei (Hawaii) à l’âge de deux ans avec sa famille. Son père est promoteur et construit des complexes résidentiels. Sa petite enfance est idyllique, jusqu’au divorce de ses parents, quand elle se retrouve avec une mère malade et un beau-père addictif. Plus tard, elle étudie la prémédecine et la communication à l’université de Mānoa et se marie avec Jeff Bergemann. Son surnom de Bo lui a été donné par son père d’après le nom d’un catcheur célèbre de l’époque, Bobo Brazil.
En 2007, à l’âge de 41 ans, Bo Bergemann voit pour la première fois une BJD de Corée (voir article Les poupées BJD). « J’aimais l’idée qu’elles puissent bouger, monter sur une bicyclette et prendre des poses », dit-elle. Elle achète une chambre à vide, apprend à faire les moules et commence à couler de la résine. Un tournant s’opère en 2010 lors des Modern Doll Collector Convention et Doll and Teddy Expo, où elle vend douze poupées et revient avec des commandes (et au passage un statut tout neuf de professionnelle !). Elle a depuis vendu plus de 1 000 de ses créations : certaines sont des poupées d’artiste, d’autres sont faites pour des collectionneurs ordinaires, d’autres encore des corps destinés à la personnalisation. Leur caractère distinctif lui a valu sa bonne réputation dans le milieu des collectionneurs. Elle  est aujourd’hui une experte reconnue, donnant des conférences, enseignant, et écrivant dans des revues spécialisées.
Côté technique, Bo est une perfectionniste qui fait partie du petit groupe fermé d’une douzaine de créateurs au niveau mondial qui sculptent eux-mêmes leurs propres BJD originales. Elle commence à travailler à partir d’argile polymère formée autour d’une feuille d’étain, sculpte le visage reconnaissable à ses joues pleines et à ses yeux en amande, puis le torse, le cou, les bras et les jambes ; ce processus peut prendre jusqu’à quatre mois. Elle découpe ensuite le corps et fabrique un moule pour chaque partie, dans lesquels elle coule de la résine. Elle dispose aujourd’hui de 13 modèles de corps et de 49 modèles de têtes. Enfin vient la finition à la main de chaque poupée : maquillage facial au moyen de peintures et de poudres, collage des yeux et des cils en mohair, coiffure, vêtements, accessoires. Le résultat : une poupée au réalisme raffiné, à la peau translucide et au regard profond, superbement habillée, caractéristiques de sa production. Bo Bergemann a ouvert une boutique à Haleiwa (Hawaii) baptisée Kii Nani (jolis personnages). Ci-dessous, de gauche à droite : un elfe sensuel et sexy ; « Christmas angel » ; un exemple hawaiien du travail de Bo Bergemann.

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Robert Tonner

Robert Tonner est un personnage à part dans le monde des poupées de collection : il  travaille dans l’industrie de la mode pendant 18 ans pour des stylistes légendaires tels que Bill Blass avant de changer d’orientation et de fonder en 1991 la société  RTDD (Robert Tonner Doll Design). Rebaptisée Tonner Doll Company en 2000, cette entreprise de poupées de collection désormais célèbre  dans le Monde entier possède sa boutique à Kingston (New-York). Robert Tonner est également connu pour ses nombreuses actions caritatives.
Il est né en 1952 dans une famille ouvrière à Bluffton (Indiana), dont la pauvreté est entretenue par le coût des soins de sa mère, atteinte de nombreuses maladies graves. Dans son enfance, il se tourne vers le dessin et la télévision pour échapper à la difficile situation domestique. Les super-héros de bande dessinée et les personnages de séries télévisées et de films seront pour lui une grande source d’inspiration. Il apprend à coudre à l’âge de 8 ans, et renonce en 1973 à devenir chirurgien pour se consacrer à sa passion du stylisme à l’école Parsons School of Design de New-York, dont il sort diplômé en 1975. Avant de rejoindre Bill Blass, il travaille comme assistant styliste dans la société de vêtements de sport Gamut pendant trois ans et lance sa marque  « Robert Tonner for Tudor Square » en 1983. Tout au long de sa carrière dans la 7e avenue, ses modèles sont cités dans des magazines et journaux tels que Women’s Wear Daily, Town & Country, New York Magazine, The New York Times et Vogue.  Robert Tonner refera un passage dans le stylisme en 2010, avec l’introduction de sa collection de printemps au Metropolitan Pavilion  de New-York.
La fascination ancienne de Robert Tonner pour les poupées d’artiste l’incite à sculpter des figurines originales : en 1985, il reçoit une critique élogieuse de la part du NIADA (National Institute of American Doll Artists) pour une poupée mannequin. En 1991, parallèlement à ses activités à la RTDD fondée avec son partenaire Harris Safier, où il conçoit lui-même les modèles des lignes de poupées (corps et vêtements), il rejoint le NIADA, dont il sera président de 1995 à 1997. Ses premiers produits sont présentés à l’American International Toy Fair de 1991 et connaissent un succès immédiat. Les poupées Robert Tonner, aux proportions impeccables et aux tenues élaborées, lui valent les droits exclusifs pour incarner de nombreux personnages de fiction issus de films et de bandes dessinées tels que Autant en emporte le vent, Harry Potter, Twilight, Superman et Spiderman, pour ne citer qu’eux (photos).

En 2003, Tonner rachète Effanbee, l’une des plus anciennes entreprises de poupées des États-Unis (fondée en 1908), créatrice des poupées de porcelaine Little Orphan Annie, Patsy et Brenda Starr. En 2006, il créé la société de marketing direct Wilde Imagination, qui apporte avec ses trois collections (Ellowyne Wilde, Evangeline Ghastly et Sad Sally) un riche assortiment de poupées avec leurs récits de vie (photos ci-dessous de gauche à droite : « Hostess with the mostest », « Baffled in brocade », « Angelique Loves Lingerie »).

 

Le processus de fabrication des poupées commence avec un croquis. Les tissus sont ensuite sélectionnés et le dessin est transmis à l’équipe de couturières chargée de le réaliser. Chaque modèle de poupée est créé à partir d’une sculpture unique moulée puis coulée, généralement en résine, vinyl ou plastique dur, chacune des parties étant conçue pour un mouvement naturel au niveau des articulations. Le modèle est ensuite méticuleusement maquillé et coiffé à la main. Le prototype est alors envoyé à l’usine qui réalise sa propre version, réexpédiée à l’équipe de conception pour approbation.  Une fois approuvée, la poupée entre dans une production en série limitée. Outre les personnages de fiction et la ligne Wilde Imagination, l’offre actuelle comprend les collections de poupées mannequins Déja vu (photos), Marley Wentworth, DeDe Denton, Rockabilly et Re-imagination, les poupées à jouer My imagination, ainsi que les collections de culture populaire DC Stars collection et The wizard of Oz.

Robert Tonner a reçu des prix nationaux et internationaux, et jouit d’une reconnaissance symbolisée par la présence d’une de ses pièces dans la collection permanente du musée des arts décoratifs du Louvre à Paris. Fin 2018, la Tonner Doll Company cesse son activité et la société Phyn & Aero voit le jour. Quelques mois plus tard, en mars 2019, Phyn & Aero cesse à son tour son activité pour des problèmes de coûts et de délais de production. Robert Tonner a  ouvert une boutique sur le site de services d’impression 3D Shapeways, qui propose des accessoires réalisés pour sa dernière création, la poupée Rayne. Il travaille par ailleurs comme consultant pour de nombreux fabricants de poupées et conçoit également des sacs et des bijoux.

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E.J. Taylor

Barbara Spadaccini Day, alors conservatrice au département des jouets du Musée des Arts Décoratifs de Paris, disait en 1999 à propos de l’artiste en poupées américain E.J. Taylor : « c’est devenu un cliché de dire que les artistes ressemblent à leurs poupées. E.J. ressemble à ses œuvres, pas physiquement, mais dans un sens spirituel plus profond. Son travail est paisible et fort, doux et touchant, comme E.J. lui-même. Il n’est jamais anecdotique, insignifiant ou agressif, mais, poignant et poétique, il incite à la réflexion. Ses poupées dégagent une présence puissante et font appel à la profondeur intime de chacun, marque de l’authentique artiste intérieur ».
L’opposition entre force et intériorité est en effet frappante lorsqu’on observe, par exemple, les portraits qu’E.J. Taylor fait de deux rois partagés entre exercice du pouvoir et quête intérieure : Obéron (photo de gauche), le roi des elfes du « Songe d’une nuit d’été » de Shakespeare, personnage puissant mais qui n’intervient que peu physiquement, confiant les actions à son dévoué et espiègle serviteur Puck ; Nabuchodonosor (photo de droite), roi bâtisseur de Babylone, chef militaire puissant et conquérant qui s’intéresse cependant à des questions à la fois spirituelles et morales et qui cherche l’inspiration divine.


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Élevé  dans une famille de pêcheurs de saumons du Nord-Ouest Pacifique, E.J. Taylor passe les étés de son enfance dans une conserverie sur l’île Kodiak au Sud de l’Alaska avec ses parents et son jeune frère. Le reste de l’année, il vit dans une ferme laitière de chevaux et d’ovins. Son intérêt pour la fabrication de poupées lui vient du  contact avec les poupées folkloriques alors qu’il est encore enfant. Il commence à en fabriquer avec de la ficelle, du coton, des chutes du nécessaire de matelassage de sa mère et ses bas de nylon usagés, mais n’étant pas encouragé par ses parents, il abandonne.
Il étudie l’art et le théâtre à l’université, où il s’essaie à la fabrication de marionnettes, puis le stylisme à l’école de design Parsons de New York. Dans cette même ville, il travaille comme styliste pour le cinéma, la comédie musicale, le théâtre et le ballet. Il y est membre de l’Union des Artistes de Scène pour le cinéma et le théâtre. Il se remet aux poupées en 1973, avec la fabrication de personnages de clowns tirés de la commedia dell’arte italienne. L’année suivante il réalise un groupe de figurines mi-homme mi-animal. Puis il crée en 1976 sa « Dame en blanc », une aristocrate âgée vêtue d’une robe en damas de soie fermée avec des boutons en perle, destinée à décorer la vitrine de la joaillerie Tiffany à New York. Elle a un tel succès que deux ans plus tard la chaîne américaine de grands magasins Saks Fifth Avenue lui en commande trois.
E.J. Taylor s’installe à Londres en 1979, où il écrit et illustre la série de livres pour enfants « La chaumière au lierre » (« Ivy cottage »), qui sera publié en Angleterre et aux États-Unis. Mais les poupées lui manquent, et il recommence à en fabriquer en 1986, ce qu’il ne cessera plus de faire. Il est accepté comme artiste membre du NIADA (National Institute of American Doll Artists) en 1993, expose son travail dans le Monde entier et aide au recrutement d’artistes internationaux. À la demande d’Helen Kish et de Robert Tonner, il élabore le programme inaugural du cours sur la fabrication de poupées qui accompagne les conférences du NIADA.
Dans les poupées de E.J. Taylor, les mains, toujours expressives et bien formées avec de longs doigts élégants, et les têtes, dont les traits les font paraître vivantes, sont en Sculpey, les corps étant faits de paperclay moulé sur une armature métallique. Ces caractéristiques sont évidentes dans le tableau « Elfes de Noël » et la poupée « Jessie ».
« Elfes de Noël » (photo ci-dessous), créé en 1981 pour une vitrine de Noël d’un magasin Tiffany à New York, représente plusieurs âges de l’être humain : l’homme, au centre, porte une veste de couleur assortie à sa chevelure rousse, des bas rayés et des pantoufles en coton crocheté, la jeune femme à son côté arbore une mine rubiconde et réjouie, tandis que les vieilles femmes souriantes aux extrémités sont habillées en tons neutres.

La tête délicate de « Jessie » (photo ci-dessous), réalisée en 1988, est faite de Sculpey III, un matériau possédant les caractéristiques du Super sculpey plus une disponibilité de 30 couleurs. Le fini de sa texture donne l’illusion que la tête est faite en cire. On remarque la qualité de réalisation des mains, une particularité des poupées de E.J. Taylor.

E.J. Taylor donne des conférences et continue d’exposer dans le Monde entier, plus récemment en Europe de l’Est. Plusieurs de ses poupées en éditions limitées ont été vendues par la galerie d’art « The dollsmith ».
Krystyna Poray Goddu, alors directrice des projets spéciaux au « Contemporary doll magazine », écrivait en 1999 : « une beauté troublante distingue les poupées de E.J. Taylor. Elles frappent par leur mystère, leur profondeur et leur puissance émotionnelle. Le travail de cet artiste établit de profondes connexions avec l’esprit humain ». Et elle ajoutait : « Ses poupées incarnent l’affirmation du théologien français Pierre Teilhard de Chardin (1881-1995), –nous ne sommes pas des êtres humains vivant une expérience spirituelle, nous sommes des êtres spirituels vivant une expérience humaine-. Avec du paperclay, de la peinture et du tissu, E.J. Taylor donne forme au êtres spirituels pris dans une expérience humaine ».
Ci-dessous, de gauche à droite, trois poupées en paperclay : « Belle of the masque », « Captain Hook », « Eve ».


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R. John Wright

À l’instar de Robert Tonner, R. John Wright est un homme dans cet univers très féminin, et comme lui il est entrepreneur et américain. Né dans le Michigan, il étudie à la Wayne State University de Detroit d’où il sort diplômé en arts libéraux avec une spécialité en art et littérature. Il s’installe ensuite en Nouvelle-Angleterre. En furetant dans une librairie, il tombe sur le beau livre d’art de Carl Fox « The doll », rempli de photographies de poupées anciennes dont une attire particulièrement son attention : une classe d’école avec des poupées Steiff assises à leurs pupitres. Très inspiré par cette photo, et ayant récemment fait la connaissance de l’artiste en poupées de porcelaine Gail Wilson, il commence à envisager la possibilité de se lancer dans la fabrication de poupées. Deux ans plus tard, il rencontre sa future épouse et partenaire de création Susan, récemment licenciée de l’University of New Hampshire en Beaux-Arts, avec laquelle il s’installe à Brattleboro (Vermont) en 1974.
En 1976, après avoir brutalement perdu son emploi de vendeur dans la quincaillerie locale, il décide de s’essayer à la fabrication de poupées. Il commence sans expérience à coudre grossièrement un personnage -sa première poupée- dans le seul tissu qu’il ait sous la main, une flanelle jaune pâle : comme le résultat est encourageant, il songe déjà aux améliorations à apporter à la seconde.  Il réalise bientôt un groupe de six poupées masculines fabriquées sur le même modèle en feutre mou de couleur chair, habillées de manière rudimentaire et dotées de cheveux et de barbes en laine de mouton, qu’il vend immédiatement à la galerie artisanale Serkin et qui se revendent bien. Dans les six mois qui suivent, John fabrique et vend plus de 100 de ces poupées rustiques (photo de gauche) dans des boutiques artisanales locales. Susan commence alors à aider John dans sa production et ils entament ensemble une intensive période de recherche et d’expérimentation, notamment sur les poupées anciennes en tissu, pour améliorer leur technique de fabrication. Les poupées en feutre de Steiff ainsi que les poupées en feutre moulé de Lenci et de  Käthe Kruse (voir Les artistes en poupées pionniers) constituent une forte source d’inspiration. Dans un délai de six mois, ils passent du feutre mou à des poupées en feutre moulé avec articulations (photo de droite). Les poupées sont vendues dans des foires artisanales de la côte Est incluant les expositions de l’American Craft Council à Rhinebeck (New-York), en attirant des commandes croissantes en gros et en détail.

La production du couple dépasse alors le cadre étroit de leur petit appartement en rez-de-chaussée, transformé en atelier de fortune : ils engagent bientôt des assistants pour honorer les commandes et fondent la société R. John Wright Dolls (RJW) qui conçoit, produit et commercialise des poupées en feutre et des animaux en peluche en série limitée.
En 1978, les poupées de caractère sont introduites (photo de gauche), avec leurs visages peints à la main et leurs costumes élaborés ; R. John Wright rejoint l’United Federation of Doll Clubs (UFDC) et le National Institute of American Doll Artists (NIADA) -voir Associations-. La charmante série « Little children » (photo de droite) de 1981 introduit un style nouveau et voit un nouvel accroissement des commandes. Le couple déménage à Cambridge (New-York), installe son atelier dans un immeuble victorien, engage et forme une main-d’œuvre plus importante et achète des machines spécialisées pour répondre à la demande.

  • En 1984 commence une collaboration de 13 ans avec la Walt Disney Company, avec le développement d’une gamme de poupées et d’animaux fidèlement inspirée des illustrations originales de E. H. Shepard sur le personnage de « Winnie-the-Pooh » ; suivront sous licence Disney les poupées Mickey, Minnie, Cendrillon, Pinocchio, Gepetto, Chistopher Robin et Blanche-Neige et les sept nains (photo de gauche).
  • Depuis 1987, chaque poupée possède un bouton d’identification en cuivre de 8 mm de diamètre.
  • La compagnie monte le club des collectionneurs en 1996, qui attire des milliers de membres à travers le Monde.
  • En 1998, RJW lance « Peter Rabbit », première d’une gamme de 27 poupées reposant sur les délicieux personnages d’animaux créés par Beatrix Potter.
  • En 1999, c’est la licence de Kewpie (voir Les poupées célèbres d’hier et d’aujourd’hui), très collectionnée au Japon.
  • De 2000 à 2006, la littérature pour enfants est à l’honneur avec le Petit Prince, « Paddington Bear », « Curious George » et Bécassine (voir Les poupées célèbres d’hier et d’aujourd’hui).
  • En 2004, l’entreprise revient dans le Vermont à Bennington ; parmi les premières productions figurent les personnages d’ Alice au pays des merveilles et ceux de Raggedy Ann  (voir Les poupées célèbres d’hier et d’aujourd’hui).
  • En 2007, retour aux premières amours avec une délicieuse série reposant sur les poupées anciennes Steiff, les »Steiff Kinder » (photo centre).
  • De 2008 à 2009, d’autres personnages de la littérature classique pour enfants incluent les collections « Palmer Cox Brownie » et « Edith, the lonely doll ».
  • De 2009 à 2011, c’est au tour des « Flower Fairies » de Cicely Mary Barker et du Magicien d’Oz (photo de droite), 2009 étant l’année de la première convention R. John Wright et 2011 celle du lancement de la boutique en ligne RJW Company.
  • Les années 2012 à 2013 voient sortir de nombreuses productions : Patsy et Skippy, reproductions en feutre de poupées des années 1930 ; la série des « Toddler Bears » ; l’ourson Willoughby ; la collection nostalgique des personnages créés par M.I. Hummel en Allemagne ; plusieurs poupées sur le thème des quatre saisons ; la série des chatons avec entre autres « Snowball ».
  • Depuis 2014 ont été lancés : de nouveaux personnages du Magicien d’Oz ; des personnages du livre pour enfants « Where the wild things are » de Maurice Sendak.
  • en 2016, pour le quarantenaire de la société, RJW réalise des joint-ventures avec Steiff, un nombre important de pièces sous licence et une ligne de souris, oursons, chats, chiens et agneaux.

 

Les Wright continuent comme par le passé à superviser toutes les phases de la production, en mettant l’accent sur la qualité des matériaux, la connaissance des métiers et l’intégrité de la conception. Leurs poupées et animaux sont reconnus pour leur fidélité aux illustrations originales et leur finesse technique et artistique. Ils ont été récompensés par de nombreux prix : le Doll of the Year Award du Doll reader magazine ; le Golden Teddy Award ; l’Award of Excellence du Dolls magazine ; la plus haute récompense allemande pour les oursons Der Goldene George ; le prestigieux trophée Jumeau ; le  Lifetime Achievement Award  de l’éditeur Jones’ Publishing. En 2004 paraît l’ouvrage de Krystyna Goddu « R. John Wright : the art of toys ».

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Maggie Iacono

Les textiles et la couture font partie de la vie de Maggie Iacono depuis sa plus tendre enfance, lorsque sa mère lui apprend à coudre ses propres vêtements. Élevée dans le Minnesota, elle se forge ainsi une expérience qui deviendra à son insu la base de sa carrière. Elle a depuis combiné cette expérience à un talent artistique qui l’a conduite à une vie consacrée à la fabrication de poupées. Cet art deviendra selon ses termes  une obsession : le besoin d’apprendre et d’inventer constamment de nouveaux moyens de perfectionner ses poupées constitue une motivation puissante. Fabriquer des poupées est un véritable art de vivre qui satisfait sa nécessité créative. Maggie puise dans l’exercice de sa profession une grande joie et un grand plaisir ; elle a fait sien l’adage selon lequel faire ce qu’on aime pour gagner sa vie est une grande chance.
Elle commence par fabriquer des poupées en tissu pour ses filles, ce qui lui procure un tel plaisir qu’elle en créé de nombreuses pour les vendre dans des foires artisanales et des boutiques locales. Les collectionneurs remarquent bientôt la qualité de son travail. Elle recherche alors un moyen de parfaire le réalisme de ses poupées, ce qu’elle obtient par la combinaison de la sculpture des visages et de l’emploi du feutre moulé. Suivent alors de nombreuses années de tâtonnements : perfectionner le processus, manipuler l’étoffe, sculpter un modèle de forme enfantine dans l’argile, apprendre à peindre les visages, inventer de nouveaux moyens de mouler le feutre, sont des obstacles que l’artiste doit progressivement surmonter.
Comme la demande augmente, Maggie et son mari Tony décident de travailler ensemble à plein temps à la production de poupées uniques ou en édition limitée. Ils conçoivent ensemble un nouveau système d’articulation sphéroïde qui fournit de grandes liberté de mouvement et posabilité, ainsi le collectionneur peut-il jouer avec sa poupée. Réaliser ce type d’articulation sur une poupée en feutre nécessite un cordage interne complexe et l’obtention de la tension requise entre les parties de la poupée.  La tête est complètement mobile, ce qui permet au regard d’aller dans de nombreuses directions. Chaque doigt est doté d’une armature métallique pour autoriser une manipulation  à visée expressive ou la préhension d’un objet. Le poignet  peut être tourné ou plié vers l’arrière pour créer un geste naturel de la main. Les articulations du coude et de l’épaule permettent une extension naturelle du bras, rendant possible une multitude d’actions ajoutant de l’émotion à chaque pose. Les hanches, les genoux, et même les chevilles sont articulées, afin d’obtenir la posture désirée. Tout ceci procure aux créations de Maggie Iacono une étendue de mouvements qui les rend incroyablement vivantes (photos).

 L’habillage des poupées est passé au cours des années de l’emploi de feutre simple à l’application à l’étoffe de techniques plus élaborées telles que peinture, teinture, broderie, tissage, impression, peinture au pistolet et association à d’autres types de tissu. Les créations de Maggie Iacono sont d’une grande délicatesse et leur expression légèrement espiègle dégage une grande douceur. Ci-dessous, de gauche à droite :  Marie (1995), Evelyn (2007), Jeanne (2017).

Maggie entre au  NIADA (National Institute of American Doll Artists) en 1993 et reçoit plusieurs prix prestigieux tout au long de sa carrière :  le Doll of the Year Award du Doll reader magazine ; l’Award of Excellence du Dolls magazine ; le  Lifetime Achievement Award  de l’éditeur Jones’ Publishing. Ses œuvres sont exposées dans de nombreux musées et galeries à travers le Monde, dont le musée des arts décoratif du Louvre à Paris.

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Kori Leppart

Avec un grand-père qui dessinait et peignait, et un père sculpteur sur cire et sur bronze, l’art a eu une influence majeure sur Kori Leppart dès son plus jeune âge…Mais pas tellement les poupées. Plutôt que d’être des jouets chéris, celles-ci n’avaient d’intérêt pour Kori le garçon manqué que comme victimes d’explosion ou de décapitation, pratiquées avec son cousin et les garçons du voisinage. Le rôle des poupées dans sa vie a remarquablement changé depuis !
« J’ai toujours été attirée par l’art figuratif et l’illustration », confie-t-elle, « enfant j’aimais dessiner, surtout des personnes et des animaux. Au lycée, j’ai appris à dessiner en imitant le travail de Brian Froud et d’autres. J’ai toujours aimé le monde de la fantasie : en 1997, j’ai découvert le livre de Suzanna Oroyan « Personnages fantastiques », et mon univers à deux dimensions est devenu tridimensionnel, grâce à l’argile polymère ».
Kori Leppart étudie les Beaux-Arts et l’Histoire de l’Art à l’université. Elle travaille ensuite comme apprenti chez un tailleur où elle se forme au dessin de vêtements et à la confection. Plus tard, elle est styliste pour la Montana Coat Company, conservatrice d’un musée d’art, elle monte une affaire de confection de robes de mariée et ouvre même un bar.
Elle commence par sculpter des personnages de fantasie, des fées et des enfants grandeur nature en 1997. Autodidacte, elle apprend surtout dans les livres. Mais elle ressent une frustration devant l’immobilité de ses créations, avant de découvrir les BJD (voir Les poupées BJD) : leurs articulations les rendent vivantes selon elle, aussi s’essaye-t-elle à la sculpture de BJD en argile polymère. En 2009, Kori Leppart met au point une méthode de fabrication d’éléments de poupée creux en argile polymère. Son mari lui suggère d’en faire un tutoriel vendu sur Etsy (site de commerce électronique spécialisé dans les objets anciens ou faits à la main), ce qui lui permet d’acheter son premier four. Elle sculpte aussi dans l’argile à séchage ambiant, comme le produit La Doll. Ses poupées, produites par elle seule dans son studio du Montana,  sont soit originales (OOAK), soit en édition très limitée résultant de la fabrication de moules en silicone puis d’un coulage de résine.
Elle commence en 2015 à fabriquer des poupées BJD en porcelaine, obtenues par sculpture directe ou par coulage (ci-dessous, de gauche à droite : Claira, Frida Kahlo, Inmemoriam).

« il y a toujours au début une sculpture en argile polymère », dit-elle, « j’utilise une argile grise appelée « sculpey medium firm ». Une fois la pièce traitée, j’en réalise un moule en plâtre et je coule la porcelaine. Ce matériau a mauvaise réputation, mais il n’est pas aussi fragile que certains collectionneurs le pensent, il est en fait très durable et résistant, et contrairement à la résine il ne se détériore pas à l’exposition d’UV et ne jaunit pas avec le temps. Le résultat peut se transmettre de génération en génération. Les BJD en porcelaine sont bien plus finies que celles en résine ». Les poupées en porcelaine de Kori Leppart mesurent en moyenne 33 cm et possèdent 18 points d’articulation, très fortement cordés par des élastiques allemands de qualité élevée pour bien tenir les postures. Les articulations sont méticuleusement recouvertes d’une mince  suède de peau  de porc pour leur donner à la fois une protection et un point de friction pour tenir des postures naturelles. Kori commente : « de nombreux artistes en poupées BJD se tournent aujourd’hui vers la porcelaine pour des éditions de qualité élevée. Pour répondre à la demande, j’ai créé une entreprise afin d’assurer le moulage et le coulage pour d’autres artistes en BJD réputés. Attendez-vous  à une renaissance des poupées en porcelaine dans le futur ». Kori réalise aussi des poupées sculptées en argilite et recouvertes par des couches  de gofun polies, ce qui est un processus très long. Elle en fabrique d’ailleurs rarement plus d’une par an. Le rendu est proche de la porcelaine, avec un fini beaucoup plus mat, comme celui du biscuit. La peinture utilise de nombreux supports : huile, acrylique, pastels, aquarelle, encre,…
Kori Leppart se dit inspirée par le surréalisme pop : « j’aime à qualifier mes poupées de douces-amères. Elles ont des visages très doux, avec un petit côté gothique sombre et étrange (photos). Je suis aussi inspirée par les belles BJD asiatiques en porcelaine, mes préférées étant celles de Koitsukihime. »

Kori travaille en 2017 à des poupées en porcelaine plus grandes (46 cm). Elle a donné de nombreux cours de sculpture classique ou appliquée aux poupées, ainsi que des cours en ligne sur aforartistic.com. Ses poupées sont présentes dans de très nombreuses galeries et boutiques à travers le Monde, et ont été traitées dans les magazines spécialisés Dolls, Hautedoll et Art  doll quarterly. Elle est membre de l’ODACA (Original Doll Artists Council of America) et de la PDMAG (Professional Doll Makers Art Guild).

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Berdine Creedy

« Dans ma carrière, j’ai vraiment bouclé la boucle », déclare Berdine Creedy, « j’ai travaillé avec trois matériaux différents. Je suis l’une des premières artistes à avoir fait ça : porcelaine, puis vinyl, enfin BJD en résine. C’est aussi pour ça que je prends ma retraite, Je vois vers quoi l’industrie se dirige : des machines 3D et plus de technologie. Avant d’en arriver là, je ne vais pas apprendre une quatrième technique ! deux de mes enfants ont des machines 3D, et je refuse d’apprendre. J’en ai fini ! ». Ce cri du cœur résume bien l’honnêteté et la liberté d’action de Berdine Creedy, artiste talentueuse qui fabrique depuis 1991 de magnifiques fillettes pour la plus grande joie des collectionneurs (photo).

Élevée dans une ferme céréalière à Moorreesburg, région de Cape Town (Afrique du Sud), Berdine est institutrice pendant plus de dix ans avant de se marier et de se consacrer à ses quatre enfants. Elle fait alors de la poterie pour son plaisir, puis commence à vendre ses créations dans des magasins locaux et enseigne cette discipline. Elle s’essaye ensuite à la reproduction de poupées en argile, mais, trouvant cette activité trop limitée, décide de sculpter ses propres modèles. Les toutes premières poupées remportent deux prix, ce qui incite son mari à envisager de les commercialiser aux États-Unis.
En 1993, Berdine se rend à la foire internationale du jouet de Nuremberg, où elle rencontre des artistes célèbres. Elle est tellement impressionnée par leurs poupées qu’elle décide d’être là dans quinze ans, ce qui arrivera bien plus tôt ! C’est à cette époque que le couple commence à rêver de s’installer aux USA : contre toute attente, ils remportent comme dans un conte de fées un tirage au sort de carte verte, ce qui fait dire à Berdine que « ça devait arriver ». La famille déménage en 1996 à Gainesville (Floride), où Berdine anime des ateliers de sculpture et de fabrication de moules, tout en travaillant d’arrache-pied pour réaliser des poupées uniques (OOAK) et en édition limitée, qui rencontrent le succès auprès des collectionneurs et lui font remporter de nombreux prix. C’est une véritable entreprise familiale : son fils Kevin fabrique les moules, les autres fils Michael-Jones et Keith s’occupent des fournitures, tandis que sa fille Charlene fait les photos et réalise les brochures, la grand-mère Helene faisant des vêtements au crochet.
2008 est un tournant dans la carrière de Berdine, qui commence à réaliser des BJD : « cela a changé ma vie », dit-elle, « leur étonnante posabilité due à leurs 15 à 17 articulations les rend vivantes. J’adore travailler la résine, c’est un matériau de qualité et riche de possibilités ». Elle renchérit : « la création de BJD est une véritable addiction, c’est une histoire sans fin. Parce qu’elles peuvent bouger dans tant de directions, les poupées BJD vous dictent en fait ce qu’elles veulent être et quel personnage elles veulent incarner. Cela les rend parfois très faciles à créer ». Sa première collection de BJD est une série de poupées de 32 cm représentant de jeunes adolescentes (photo de gauche).
2009 voit l’introduction d’une nouvelle taille de poupée, de deux fillettes de 27 cm, « Hugs and kisses » (photo de droite), et de la série « Masquerade magic ».

2010 est l’année de la série de ballerines “Dancing with Grace” (photo de gauche ») et des petites poupées de 13 cm « Tiny Bee-B », « Lady-B » et « B-Fly ». En 2011, Berdine crée « Around the world » (photo de droite), série en petite édition limitée à peinture faciale manuelle et yeux en verre souple, costumée par Gale Torres et Diane Lemieux.

 

En 2015 sort la série « Graceful Dancing Flowers » avec les poupées Lily-Rose (photo de gauche), Prim-Rose (photo du centre) et Venus (photo de droite).

En 2017, Berdine Creedy reçoit le prestigieux prix « Lifetime achievement award » de la revue « Dolls » pour l’ensemble de son œuvre. Sa récente série « Love-is » (photo) résume bien son triple accomplissement comme artiste, avocate des causes caritatives et professionnelle reconnue par ses pairs.

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Natalie Ruiz

Dès l’enfance, Natalie Ruiz était bien partie pour être la talentueuse artiste de fantasie qu’elle est devenue. D’un côté, elle baigne dans une atmosphère familiale artistique : son père, musicien professionnel dans les années 1960 et 1970, voyage avec toute sa famille à travers l’Europe entière et peint des tableaux dans le style de Picasso ; c’est un fervent admirateur de Frank Frazetta (illustrateur, dessinateur de comic strip et peintre américain ayant influencé l’art de la science-fiction et de la fantasie). De l’autre, elle passe des heures à jouer dans un décor d’églises gothiques, de murs de châteaux et de ruines romaines dans sa ville d’enfance de Coblence (Allemagne) ; le temps passé parmi ces reliques d’un monde disparu l’a aidée à développer une imagination active. Natalie se souvient : « Coblence est située au confluent du Rhin et de la Moselle, près du rocher d’où la légendaire Lorelei attirait les marins. L’histoire de la cité remonte à plus de 2 000 ans, et je me souviens comment nous jouions dans les trous que nous creusions, espérant trouver quelque chose de très vieux et d’important », Il n’est donc pas surprenant qu’elle soit devenue cette pourvoyeuse douée d’enchanteresses, de sorcières et de tentatrices (photos, de gauche à droite : « Siren’s song », « Bone witch », « Gipsy moon »).

Enfant et adolescente, Natalie est passionnée de dessin. Elle réalise aussi des vêtements et accessoires pour ses poupées. Fascinée par la figure de la femme, elle rêve d’être illustratrice de mode. En fait elle fait une carrière dans la finance pendant 20 ans, qui ne lui laisse pas beaucoup de loisirs pour les activités artistiques. C’est seulement après s’être installée à Longmont (Colorado) à la fin des années 1990 qu’elle commence à créer des poupées en 2001 et les expose publiquement à partir de 2011 : en vendant dès cette année sa première poupée au salon IDEX à Orlando (Floride), elle sait qu’elle est sur la bonne voie pour libérer ses talents artistiques et trouve la paix intérieure avec la sculpture figurative. Natalie Ruiz se définit comme autodidacte partielle : bien qu’elle passe beaucoup de temps à tâtonner avec divers matériaux, elle profite de l’enseignement de nombreux artistes à partir de ses débuts dans la sculpture classique en 2009, et suit des cours et des ateliers de fabrication de poupées. Elle est assistée par son mari Joe qui s’occupe de son site web et de ses réseaux sociaux, et par son fils Marc qui l’encourage à explorer le mouvement steampunk (photos ci-dessous, de gauche à droite : « The weatherman », « Steampole », « Lunatic »).

« La fantasie nous fait voyager dans le temps et l’espace. Je crois que chacun ressent le besoin d’échapper occasionnellement à sa réalité pour vivre correctement », analyse Natalie, « la fantasie rappelle aussi la magie ressentie dans l’enfance. C’est pourquoi je pense que nous souhaitons parfois secrètement revenir en arrière ». Elle poursuit : « la fantasie trouve essentiellement ses racines dans la mythologie, le folklore et la religion. Ce qu’un artiste inspiré en fait apporte quelque chose de neuf qui nous est en même temps familier. En créant et en offrant mes êtres de fantasie, j’ouvre mon monde imaginaire à la découverte et à l’exploration par le public, et ça lui plaît. Je ne crois pas que les gens arrêteront jamais d’explorer de nouveax mondes ».
Sur le plan technique, Natalie ne réalise que des poupées uniques (OOAK) sculptées à la main dans de l’argile polymère autour d’une armature métallique solide, puis cuites. Leur taille moyenne hors support est de 25 cm pour les sujets féminins et de 33 cm pour les sujets masculins. Elle s’efforce d’atteindre un niveau élevé de réalisme anatomique, poussant le détail jusque dans les oreilles, dents et ongles, si bien que le processus de création peut prendre plusieurs semaines. Les yeux sont faits à la main par l’artiste, ainsi que la peinture à l’acrylique et à l’huile, les vêtements qui utilisent des matériaux comme l’agneau tibetain, la soie ou la viscose pour les cheveux, et les accessoires d’un niveau de complexité élevé (photos, de gauche à droite : « Willow », « Caged fairy », « Happy camper »).

Le travail de Natalie est présenté dans de nombreuses publications et lui a valu une quantité impressionnante de prix, parmi lesquels : artiste de l’année de l’IADR (International Art Doll Registry, voir Associations) ; prix annuel de la Prosculpt Company, IDEX 2013 ; prix Helen Bullard du Quinlan show, années 2014 et 2015. Laissons-la conclure : « vous faites le meilleur travail quand vous n’essayez pas d’être quelqu’un d’autre ou de vous séparer de votre art. Au-delà de votre talent, les gens veulent voir votre personnalité. Plus vous vous montrez, plus votre art sera attirant. Montrez votre courage et votre âme. Ne sous-estimez pas votre travail. Trouvez votre créneau et le courage d’être vulnérable ». Ci-dessous, trois photos illustrant divers aspects du travail de Natalie Ruiz : à gauche, la complexité de la coiffure de « Tattered rose » ; au centre, les détails du visage de « Dragonfly » ; à droite, la sensualité de la posture de « Summer dreams asleep in her wagon ».

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Henry et Zofia Zawieruszynski

Les poupées du couple Henry et Zofia Zawieruszynski saisissent d’emblée l’observateur par leur beauté formelle et leur délicatesse et procurent, s’il était besoin de comparer, la même plénitude émotive que la contemplation des œuvres d’Annette Himstedt ou d’Héloïse. Mêmes sérénité et gravité des expressions, même profondeur du regard, même mélange de force et de douceur, même perfection des traits. Les magnifiques costumes faits à la main dans des tissus précieux viennent encore ajouter à leur charme. Ci-dessous, de gauche à droite : « Liberty Grace », porcelaine, 66 cm, 2019 ; « Aldona », BJD en édition limitée de 25 exemplaires, 46 cm, 2017 ; « Viviana », vinyl en édition limitée de 10 exemplaires, 84 cm, 2016.

Après des études d’art en Pologne, les Zawieruszynski entament une carrière fructueuse d’artistes peintres et de sculpteurs sur bois. En 1988, ils décident de s’installer aux États-Unis dans le Minnesota, où ils travaillent chez un imprimeur tout en produisant des œuvres de commande. La rencontre avec les poupées a lieu en 1992, lorsqu’un atelier de céramique les sollicite pour créer des personnages en porcelaine et du mobilier miniature. Dans un entretien accordé au magazine « Dolls » en 1996, Henry confie : « on nous a demandé de les dessiner, de les sculpter, de fabriquer des moules, de concevoir les vêtements et de réaliser des prototypes de mobilier miniature tels que des canapés, toutes choses que nous avons faites. Cependant, notre collaboration n’a pas abouti. Mais nous avons aimé ce travail et décidé de continuer à faire des poupées et de les vendre nous-mêmes ».
En 1993, ils exposent leur cinq premières poupées en porcelaine dans un salon au Minnesota et remportent un prix. Ceci leur donne également l’occasion de voir le travail de nombreux autres artistes et d’apprécier un accueil chaleureux de la part des collectionneurs. Ils décident alors de se consacrer à plein temps aux poupées, et reçoivent l’année suivante d’autres prix. À partir de 2000, leur collection annuelle d’éditions limitées inclut des poupées en vinyl (ci-dessous à gauche, « Olya », OOAK, 81 cm, 2019), et des BJD en résine à partir de 2013 (ci-dessous au centre, « Monia », édition limitée de 30 exemplaires, 46 cm, 2015). Mais comme le souligne Henry, « ce sont nos collectionneurs qui nous ont demandé de fabriquer une BJD. Nous n’y avions pas pensé. Nous pensions que ce n’était pas notre style. Nos collectionneurs et nos revendeurs nous ont dit d’essayer. Ils avaient confiance en nous ». Et Zofia d’ajouter : « ça a été long, mais nous y sommes arrivés. Nos BJD ont rencontré un grand succès. Elles ont été passionnantes à concevoir, et nous comprenons pourquoi les collectionneurs aiment les avoir et ‘jouer’ avec elles ».
Quel que soit le matériau, chaque poupée est assemblée et finie dans leur atelier, Henry et Zofia travaillant en équipe. Leur exigence quant à l’emploi de matériaux de qualité et à l’attention accordée aux détails à chaque étape du processus de production implique de longues journées de travail -10 à 12 heures- pour sortir chaque collection annuelle.
Leur sujet de prédilection a toujours été les fillettes bien mises au regard rêveur. Ils ont toutefois fait une exception pour quatre poupées inspirées de leurs petits-fils : Dylan, Erick, Philippe et Patrick ; ce dernier est accompagné de son fidèle compagnon, le chien Misiek (photo de droite ci-dessous, édition limitée de 30 exemplaires, 79 cm, 2016).
Ces derniers temps, plutôt que de créer une grande collection annuelle, les Zawieruszynski se concentrent sur de petites éditions spéciales, des commandes et des poupées OOAK à personnaliser. La raison ? « toutes ces années nous avons travaillé si dur… Nous aimons le processus créatif, de la sculpture à la conception des costumes », explique Henry au magazine « Dolls » dans une interview de 2019, « maintenant nous avons décidé de ralentir un peu ».

Les Zawieruszynski ont reçu de très nombreux prix tout au long de leur carrière, en particulier ceux du magazine « Dolls », dont le convoité DOTY (Doll Of The Year).

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Gregg Ortiz

L’élégance intemporelle des poupées de Gregg Ortiz est le fruit d’une imagination créatrice servie par une technique impeccable. Ses personnages au visage rond, joues pleines et grands yeux en amande, semblent vous interroger de leur regard grave. Somptueusement vêtues de tissus anciens, de pierres fines, de cristaux Swarovski et de perles de verre ou d’eau douce, elles évoquent tantôt la haute couture (photo de gauche ci-dessous) tantôt les univers étranges de la fantasie et des contes de fées (photo de droite ci-dessous).

Gregg Ortiz est né et a été élevé à New York, sa mère est artiste peintre et son père propriétaire de l’immeuble qui abrite la société Ideal Toy Co., près duquel habite la famille. « Il y avait un monsieur qui apportait des jouets à mon père pour ma sœur et moi », se souvient Gregg, « c’étaient toutes des nouveautés du monde des jouets ». Ayant ainsi suivi dès le plus jeune âge l’évolution de l’offre en matière de jouets, il retient des informations qui vont lui servir dans sa vie de créateur de poupées. Sa curiosité aiguisée par le défilé des poupées « Tiffany Taylor », « Evel Knievel », »G.I. Joe » et « Shirley Temple » dans sa maison, il en vient à se demander comment et pourquoi elles sont fabriquées. « J’étais curieux de savoir comment ces poupées étaient créées et fabriquées », confie-t’il, « à l’école j’allais à la bibliothèque me documenter sur les poupées anciennes, leurs origines,… Je n’aurais jamais pensé faire les miennes aujourd’hui ».
Devenu danseur, chorégraphe, acteur et mannequin, il s’installe à Orlando (Floride) en 1986. Sa vie d’artiste débute après une visite au salon du jouet de New York en 1991, où il rencontre Pat Thompson, propriétaire de la Vlasta Doll Co. Il se met à créer des poupées OOAK en autodidacte, inspiré par son amour de l’art, du théâtre et de la mode. Le succès vient rapidement, il fonde la marque « Timeless Heart » (cœur éternel) et il reçoit une commande de Disney pour une édition limitée de 20 poupées Mickey. Il aime ce personnage depuis son enfance : à l’age de six ans, on lui offre une tablette à dessin sur laquelle il exécute immédiatement la célèbre souris. « J’ai dit à mes parents que quand je serais grand je travaillerais pour Disney. Lorsqu’on est enfant, on ne sait pas vraiment ce qu’on dit, mais j’ai toujours ce dessin », déclare Gregg.
Sa relation avec Disney se poursuit avec d’autres personnages, tels que le classique Mickey aux yeux en forme de tarte entamée (« pie-eyed Mickey »), Winnie l’ourson, Minnie, Cendrillon, la petite sirène et la fée Clochette. Il crée par ailleurs des poupées Olive Oyl (photo de gauche ci-dessous), Betty Boop (photo du centre ci-dessous), Alice au pays des merveilles et, en collaboration avec Jim Henson, une poupée hommage en édition limitée Maggie de la série télévisée Fraggle Rock pour le 30e anniversaire de l’émission (photo de droite ci-dessous). Ces personnages sont réalisés avec des matériaux recherchés. Par exemple, Betty Boop porte une robe de soirée avec strass, paillettes rouges, châle blanc en fausse fourrure, et porte-jarretelles en velours avec cœur en cristal de roche. Maggie est faite entièrement à la main avec des cheveux en plumes d’autruche teintes et un pull en tissu chenille. Mickey arbore des boutons en cristal Swarovski, des chaussures en cuir et un short en velours frappé.