Créatrices et créateurs américains

Les années 1980 ont connu un regain d’intérêt pour les poupées d’artistes aux États-Unis. Vous trouverez ici une sélection de créateurs et créatrices américains reconnus, dont on dévoile la biographie et les techniques de fabrication.


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A partir des années 1980, le public américain commence sérieusement à s’intéresser aux poupées d’artistes, et l’on voit  apparaître, parallèlement à celle des poupées anciennes et des poupées mannequins, une population de collectionneurs de poupées d’artiste, dont l’offre ne cesse de croître. Dans ce domaine, c’est Fawn Zeller (voir Les artistes en poupées pionniers) qui fait le lien entre les pionniers solitaires des débuts et ce qui deviendra le foisonnement de la fabrication des poupées des années 1990 aux États-Unis, en particulier des poupées d’artistes, qui n’a pas été démenti depuis.

Notons que le mouvement américain s’est propagé dans les années 1980 en Europe, à la suite du renouveau allemand des années 1970 (voir Les artistes en poupées pionniers), en annonçant la richesse de l’offre en poupées d’artistes des années 1990 et suivantes (voir Créatrices contemporaines).
Nous présentons ici un certain nombre d’artistes en poupées américaines représentatives de la production américaine contemporaine, dont de nombreuses membres du NIADA (National Institute of American Doll Artists), qui a joué un rôle décisif dans l’affirmation de la poupée comme objet d’art à part entière.

 Akira Blount (décédée en 2013) s’inscrit dans la droite ligne des pionniers américains en création de poupées d’art (voir Les artistes en poupées pionniers). En effet, elle a contribué depuis ses débuts  en 1969 à l’élévation du statut de jouet de la poupée à celui d’objet d’art. De plus, en tant qu’éducatrice, elle a encouragé l’expérimentation et l’innovation dans ce domaine.
Née en 1945, elle grandit à Madison (Wisconsin), où sa grand-mère lui apprend à confectionner des vêtements de poupée. Après avoir obtenu une licence en éducation artistique de l’université du Wisconsin, elle commence en 1970 à fabriquer des poupées avec des bas en coton. Elle apprend en autodidacte, au début en réponse au besoin de jouets de ses enfants, pour découvrir bientôt que cela satisfait l’enfant en elle bien au-delà du but initial. « La poupée provoque en moi une réponse émotive singulière », confie-t-elle, « et je ne m’éloigne pas de cette association avec le jeu et l’imagination enfantine ». À propos du matériau de prédilection de ses débuts, le tissu (photos), elle précise : « je me suis engagée à utiliser le tissu en raison de sa qualité spontanée et immédiate. Au départ, seules les poupées les plus modestes étaient faites en tissu, et je trouve que la place pour l’innovation dans ce matériau est très large. Je me suis consacrée à cette innovation, et j’ai découvert qu’élever le concept de poupée en tissu vers de nouveaux sommets était un défi irrésistible. Les limites sont en moi et dans la nature changeante du tissu ». Et, ajoute-t-elle, « aussi engagée que je puisse être dans les nouvelles techniques de fabrication, je n’oublie ni les fondamentaux du métier ni l’émotion et le plaisir de l’enfant intérieur que les poupées m’inspirent ».

Sur le plan technique, chaque poupée de tissu est bourrée de polyfill. Les visages et les mains sont faits d’un tricot de coton fin sculpté à la main au moyen  d’une aiguille et d’un fil. Les yeux sont brodés et les couleurs et ombres faciales ajoutées au crayon. Les cheveux sont en fibre naturelle comme la laine ou le lin, ou peints à la main avec des pigments textiles. Les vêtements utilisent des matériaux tels que tissu neuf ou ancien, cuir, fourrure, et sont embellis avec des perles, des boutons, de la dentelle, des bordures, des broderies ou du matelassage.
En 1979, Akira s’installe avec son mari et ses deux enfants à Bybee (Tennessee), dans un environnement rural qui l’inspirera beaucoup. Là, elle devient membre de la « Southern Highlands Handicraft Guild », une association d’artisanat locale qui expose son travail dans ses foires annuelles. Elle expose également lors des salons de l’association d’artisans d’art « Tennessee Association of Craft Artists » à Nashville. À ce propos, Akira Blount aime à penser que « la fabrication de poupées n’est pas un art à proprement parler, mais une forme évoluée d’artisanat. Je viens d’une tradition artisanale, et j’essaye d’y reconnecter les poupées, car je crois que c’est là qu’est leur place. Les gens franchissent la ligne de la poupée comme jouet à la poupée comme œuvre d’art, mais elle restera toujours enracinée dans sa tradition artisanale ». C’est à cette époque qu’Akira commence à incorporer des objets de récupération dans ses créations, tels que bois de vigne, pommes et aiguilles de pin, glands, brindilles,plumes,…et aussi un papier qu’elle fabrique à partir de plantes d’iris. Son mari Larry la rejoint dans sa production en 1991, et collabore avec elle pour fabriquer d’intéressantes et novatrices poupées en technique mixte, qui font la part belle aux matériaux naturels tels que le bois, dont Larry est un spécialiste de la sculpture (photos, de gauche à droite : « Twig and paper dress », 2000 ; « Mother and child », 2005 ; « Sharing dreams », 2010). Leurs visages inexpressifs aux yeux fermés semblent absorbés par un monde intérieur.

Présidente du NIADA (National Institute of American Doll Artists) de 1997 à 2001, elle préface et sélectionne les œuvres présentées dans l’ouvrage « 500 handmade dolls » (voir Bibliographie). Ses créations sont traitées dans de très nombreuses publications et présentes dans de nombreux musées et collections privées à travers le Monde, dont le musée des arts décoratifs du Louvre à Paris, la collection de la Maison Blanche à Washington et le musée de la poupée Sekiguchi d’Izu (Japon). Akira Blount a enseigné à l’Arrowmont School for Arts and Crafts de Gatlinburg (Tennessee) et donné des séminaires dans le Monde entier. Elle a remporté plusieurs prix dans sa carrière, dont l’Achievement Award du festival des Beaux-Arts de Gatlinburg en 2012. Ci-dessous, trois œuvres récentes, de gauche à droite : « Joy ride », 2010 ; « Heart a flutter », 2011 ; « Figure with pod hair », 2012)


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 Susanna Oroyan (décédée en 2007) occupe une place à part dans le monde de la poupée d’artiste : non seulement c’est une créatrice confirmée qui a près de 500 œuvres à son actif, mais elle a joué un rôle éducatif de premier plan en publiant plus de 300 articles, cinq ouvrages, et des livrets éducatifs (sous la marque Fabricat Design), en donnant de nombreuses conférences, en animant des ateliers de fabrication de poupées à travers le Monde et en organisant des expositions internationales d’art figuratif .
Née en 1942 à Portland (Oregon), elle y fréquente l’école primaire ainsi qu’à Salem (Oregon), où elle va au lycée avant d’être admise aux universités de l’Oregon et de Sacramento (Californie). Elle obtient une licence en Arts à Sacramento et une maîtrise en Arts de l’université d’Oregon en 1971. Elle étudie la rhétorique de 1978 à 1981 sous la supervision d’Albert Kitzhaber à l’université d’Oregon. « Après l’école je suis littéralement tombée dans la sculpture figurative », explique-t-elle, « il s’agit de la construction de représentations évocatrices ou provocatrices de l’être humain. Une de mes premières pièces, un personnage en sculpture souple, gagna un premier prix de sculpture à l’exposition d’art de l’Oregon en 1975. En 1980, je commençais à sculpter l’argile de cuisson ». Mais Susanna s’ntéresse à d’autres matériaux et en devient une praticienne expérimentée : argile polymère, Paperclay, tissu. Elle fabrique également avec soin les vêtements de ses poupées.
Son art est remarqué pour son caractère fantasque et avant-gardiste, comme en témoignent les photos ci-dessous de pièces de la série « La famille Mulliner ».

Suzanna commente : « Les personnages excentriques de la famille anglaise Mulliner ont fait plaisir à tout le monde. J’ai fait un arbre généalogique élaboré et écrit un récit pour chacun d’entre eux ».
Elle publie cinq ouvrages de référence dans le domaine de la fabrication de poupées : « Fantastic figures », 1994 ; « Anatomy of a doll », 1997, qui atteint la vente record de 40 000 exemplaires ;  » Designing the Doll », 1999 ; « Finishing the figure », 2001 (voir Bibliographie) ; « Dolls of the Art Deco era 1910-1940 », 2004. En 2003, elle est nommée rédactrice en chef-conseil du magazine « Art Doll Quarterly ». Elle est élue au NIADA (National Institute of American Doll Artists) en 1982, dont elle assure la présidence de 1987 à 1991. Elle occupe divers postes de responsabilité dans d’autres associations, telles que l’Eugene Doll Club, le Pacific NW Paper Doll Collectors et l’UFDC (United Federation of Doll Clubs). Susanna Oroyan reçoit en 1995 le prix de la meilleure artiste en poupées de l’année de la National Association of Cloth Doll Makers. Ci-dessous, une poupée représentative de son style imaginatif (« Dollmaker, where do you get the heads ? », Paperclay sur armature métallique, 2007).

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 Shelley Thornton s’intéresse à l’art depuis sa plus tendre enfance.  Née à Lincoln, Nebraska, où elle a grandi et vécu toute sa vie, elle obtient une licence en arts graphiques de l’université du Nebraska. Elle travaille ensuite dans une entreprise de fabrication de jouets, avant de devenir animatrice et instructrice en design et illustration dans les universités, et de se consacrer à l’illustration en freelance pendant plus de 20 ans.
C’est en 1993 qu’elle commence à utiliser la poupée en tissu comme mode d’expression artistique, créant à l’intention des collectionneurs des poupées stylisées, ni réalistes, ni trop embellies. Shelley affirme : « L’intérêt visuel de mes poupées repose largement sur la juxtaposition des motifs et couleurs des tissus que j’utilise dans une sorte de collage. Leur conception s’est élaborée à partir de mon style illustratif : décoratif et simple, avec une orchestration soignée des couleurs. Mon intention est de réaliser des objets artistiques, et  non pas des représentations en miniature de la forme humaine ».
Les poupées de Shelley Thornton recourent à des techniques de sculpture souple, et ont une « peau » en coton tricoté, un corps bourré de laine et un visage sculpté à l’aiguille et brodé. Des articulations sphériques en bois aux genoux, épaules, coudes et poignets avec des fils métalliques dans les doigts assurent une grande posabilité. Les cheveux en tissu rembourré sont devenus une signature de l’artiste, et montrent une grande créativité dans la conception des coiffures. Les poupées de Shelley ont une forte présence et dégagent une impression de douceur et de sérénité.
En ce qui concerne les costumes, elle laisse libre cours à son imagination, ne cherchant pas à évoquer une époque ou un style particulier : elle utilise des tissus anciens, comme des tentures, linges de maison ou mouchoirs, et des plus récents. Elle emploie principalement des pièces à dessins, et aime spécialement les grands imprimés, que l’on n’associe généralement pas aux vêtements de poupées. Pour cette raison, entre autres, elle réalise des poupées relativement grandes, de 63 à 68 cm.
Shelley Thornton est la directrice de publication de l’ouvrage « NIADA art dolls : rich traditions, new ideas » (voir Bibliographie). Elle a été présidente du NIADA de 2007 à 2009. Ses poupées sont dans les collections des musées « Toy and Miniature Museum », Kansas City, Missouri et « Sekiguchi Doll Garden », Izu, Japan. Ci-dessous, photos de gauche à droite, Pippa, Bess et Rochetta.


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Bienvenue dans le monde étrange et grinçant de Chris Chomick et Peter Meder, son mari. Tim Burton et Lewis Carroll ne sont pas bien loin lorsque vous observez leurs créations (ou lorsqu’elles vous observent ?), poupée à l’expression habitée, automate échevelé au regard perdu, singe au visage bienveillant.
Chris est née en 1954 à Burnaby, Colombie britannique, Canada, dans une famille de sept enfants. Son enfance est emplie de dessins, sculptures et projets de toutes sortes grâce auxquels elle fabrique poupées et jouets pour la famille et les amis, sacrifiant parfois ses propres jouets (sa mère l’a surprise  un jour une scie à la main en train de « reconcevoir » un de ses poupons !). Elle étudie le graphisme publicitaire et entame une carrière de directrice artistique. Elle se tourne ensuite vers le dessin, la peinture et la sculpture, puis découvre l’argile polymère comme matériau d’expression sculpturale figurative.
Peter est né à Chicago, Illinois. Il est fasciné dès son enfance par les vitrines animées, les marionnettes, la magie, la prise de vues image par image, et se faisait souvent réprimander pour avoir démonté ses jouets. Il fabrique son premier automate à 10 ans, sculpté dans le liège, habillé d’un vêtement cousu dans une vieille chaussette, doté d’un moteur construit avec une bobine électrique, un ruban de caoutchouc,un morceau de cire et quelques cure-dents ! Il est diplômé de l’université Loyola de Chicago en beaux-arts et communication, et travaille comme modéliste, réalisant des effets spéciaux pour des publicités.
Chris et Peter se rencontrent en 1978, découvrent leur fascination commune pour l’animation et combinent leurs savoir-faire pour créer leur première « poupée », une marionnette à gestes saccadés pour une publicité télévisée. Inspirés par cet intérêt commun, ils commencent à créer des poupées figuratives et des automates dans cet imaginaire bizarre et merveilleux (certains diront effrayant) qui sera leur marque de fabrique. « Notre processus de conception commence par une attitude », expliquent-ils, « nous trouvons l’inspiration dans une étrange et inhabituelle imagerie ; belle, mais dérangeante, intrigante et néanmoins mettant mal à l’aise. Des visages intéressants croisés lors de voyages, des coiffures extravagantes, des icônes religieuses vieilles de plusieurs siècles et des effigies de cire richement décorées, telles sont les sources de bien de nos figurines. Lorsque nous rencontrons un vêtement intéressant, nous nous demandons « qui porterait une chose pareille ? », et nous concevons un personnage qui le fait. » Prenons deux exemples connus de leur production pour illustrer cela : « ElviSan », l’imitateur japonais d’Elvis Presley, et Hermes l’automate.

ElviSan est réalisé en matériaux mixtes : argile, résine, Cernit, yeux en verre allemand et cheveux en mohair crêpé. Habillé d’une combinaison-pantalon avec une ceinture ornée de bijoux et des sandales en bois, il nous fixe avec un air goguenard qui n’a rien à envier au « King ». L’armature est articulée et positionnable, les charnières et pivots dans les bras permettent toutes sortes de mouvements et maintiennent la position.

Pour Hermes, une manette de jeux modifiée programme un cycle de mouvements de 5 minutes enregistré dans une mémoire à puces ; sa position correspond directement à celle des leviers qui actionnent le cou et la tête. L’automate peut être reprogrammé pour un cycle différent.

Hermes regarde lentement d’un côté et de l’autre tandis qu’il observe le Monde à travers sa bulle protectrice, faisant de temps en temps une pause pour jauger une menace potentielle. Son regard est effrayé, et ses mains plaquées contre la paroi de verre, en espérant qu’elle le protège du danger.
Le travail de Chris et Peter a été présenté dans de nombreuses expositions à travers le Monde ; il est présent dans diverses collections privées en Amérique, en Asie et en Europe. En dehors des poupées et automates, Chris est graphiste freelance pour le web, l’imprimerie et la conception de livres : elle a assuré la conception graphique de l’ouvrage « NIADA art dolls : rich traditions, new ideas » (voir Bibliographie). Chris et Peter ont reçu en 2018 le prestigieux prix Max Oscar Arnold pour « la meilleure œuvre complète d’un artiste établi ». Pour terminer, deux autres personnages illustrant l’univers de Chris Chomick et Peter Meder : de gauche à droite, Ava Simone, Jojo monkey.


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« J’ai toujours été attirée par les petites choses » confie Stephanie Blythe, « je pense que c’est parce que j’étais la plus petite de ma classe. Quand j’étais enfant, je passais des heures dans les bois à jouer avec des fées, à façonner des petites assiettes et tasses à partir de glands minuscules, et à chercher des graines microscopiques. J’étais aussi la petite fille efflanquée qui devait porter la robe habillée en organdi rose avec une grande rose brodée et une ceinture en velours. C’est pourquoi mon travail d’artiste en poupées est caractérisé par des figurines imaginaires de fantasie et de petites fées capricieuses élégamment costumées, qui expriment une forte relation avec la beauté de la nature. »
Née à Berkeley, Californie, Stephanie grandit sur la côte Est des États-Unis et vit ensuite à Jerusalem et Paris de 1963 à 1964, où son père est professeur invité. Diplômée du Philadelphia College of Arts, elle se marie, a deux enfants et passe les 25 années suivantes à vivre sur la côte Est. C’est là qu’en 1979 elle commence à collaborer avec Susan Snodgrass pour créer des poupées miniature destinées à des possesseurs de maisons de poupées historiques. Leur créativité étant restreinte par l’exigence de ces clients quant à l’authenticité des costumes et poupées, elles décident de s’en libérer et commencent à fabriquer pour leur compte de minuscules fées ornées de véritables ailes de papillon, qui tiennent dans une tasse de thé ou une coupe de champagne. C’est le début des « teacup fairies », littéralement « fées de tasse à thé », qui ont été par la suite copiées dans le Monde entier et sont certainement les œuvres les plus connues de Stephanie Blythe (photos).


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Chacune des poupées de Stephanie commence quand elle sculpte ses pièces originales en Sculpey ou Casteline (dérivé de la cire). Elle fabrique ensuite des moules en plâtre à partir de la sculpture et parfois affine la pièce en la remoulant et la resculptant dans de l’argile à porcelaine, qu’elle cuit pour la réduire et fabriquer un autre moule. Une fois ce moule fait, elle le coule et resculpte pour définir les traits et obtenir le mouvement désiré. Stéphanie explique : « Bien que je fasse des moules pour mon travail, je sculpte chaque pièce d’argile à sa sortie du moule, de façon à donner à chacune sa personnalité unique, ainsi le mouvement et l’expression de la figurine ne sont pas limités par les restrictions du moulage. En raison de la petitesse de mon travail, je peux manipuler l’argile à porcelaine pour obtenir les gestes que je veux. Souvent cela signifie découper la pièce en morceaux (tête, bras, jambes), les travailler séparément et les réassembler avec de l’argile et de l’engobe, puis nettoyer et cuire la pièce. La peinture sur porcelaine exige ensuite plusieurs cuissons. »
De ses études en dessin textile, Stephanie a gardé le goût pour la collection de tissus anciens, qui l’inspirent parfois pour imaginer une poupée. Chaque costume émerge, souvent intuitivement, d’une variété de textures et de motifs d’éléments décoratifs issus d’un endroit à l’autre et d’une décennie à l’autre, sur le siècle passé : soies, velours, dentelles, cristaux, fils métalliques, ailes de papillon, coquillages. Ces éléments évoluent souvent par découpe, teinture, peinture, pliage,…
Mais Stephanie Blythe ne fait pas que des « teacup fairies », loin de là ! Une autre série connue est celle du baiser. Inspirée par le brillant tableau éponyme de Klimt, son couple sculpté s’est avéré être une de ses créations les plus techniquement éprouvantes et gratifiantes à la fois : l’homme et la femme sont sculptés individuellement, puis les moules faits séparément ; les coulages en porcelaine des deux figurines sont ensuite joints et resculptés pour refléter l’humeur intime des deux amoureux. C’est en fait un ensemble de neuf moules distincts de parties du corps qui est coulé, soigneusement resculpté en affinant les détails, puis cuit en une seule pièce réassemblée. La tâche la plus fastidieuse est le nettoyage, qui trop souvent se termine par une rupture, conduisant à une grande frustration… et ramenant à l’étape des neuf moules. Les costumes demandent une recherche historique méticuleuse, et une quête acharnée des étoffes et ornements parfaits. Stephanie s’efforce de réaliser un « baiser » par an, inspiré d’amoureux (tristement) célèbres ou fascinants. Ci-dessous, de gauche à droite, « Fairy kiss », « Renaissance romance » (le premier couple de la série) et « Edwardian ».


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Stephanie Blythe a également créé des figurines plus grandes, toujours élégamment costumées et ornées. Ci-dessous, de gauche à droite : « Winter solstice », 30 cm, « The pearl gatherer », 25 cm, « Evening star », 25 cm.


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En 38 ans de carrière, Stephanie a reçu de nombreux prix. Ses œuvres sont présentes dans cinq musées aux États-Unis et dans la  collection permanente du Musée des Arts Décoratifs du Louvre à Paris (ce qui est son souvenir le plus mémorable). Elle a été première vice-présidente du NIADA de 2004 à 2007. Laissons-lui le mot de la fin : « J’aime réaliser des choses en miniature car cela vous attire dans mon monde et peut être intime et envoûtant. J’aime y mettre des détails complexes pour que vivre avec mon travail soit une source de contemplation et une constante découverte. La taille minuscule permet aussi à l’observateur de tenir l’objet dans sa paume pour une expérience plus proche et plus intime. »

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Chez Janet Bodin, l’inspiration est multiforme : la spiritualité et la Bible tout d’abord, mais pas seulement ; un poème, une parole de chanson, une couleur, l’expression d’un visage, peuvent être le point de départ de ce « voyage dans la connaissance de soi » qu’est le processus de fabrication d’une poupée.
Janet Bodin est née à Houston, Texas. Après avoir vécu à Mexico et Rome, elle revient au Texas où elle obtient un diplôme de la Trinity University de San Antonio. Elle vit maintenant à Houston avec son mari et ses deux filles. Voici comment elle raconte le parcours qui l’a conduite aux poupées :
« Mon intérêt pour la couture et la broderie remonte à l’enfance ; ma mère m’a appris à coudre, et ma grand-mère à broder. Adulte, mes centres d’intérêt se sont élargis à la teinture et la peinture sur étoffes, aux travaux d’aiguille, au perlage, et au travail du feutre. Pendant une visite au festival international de la courtepointe en 1996, j’ai vu une exposition de poupées d’artistes et en fus complètement enchantée. J’ai immédiatement commencé à apprendre tout ce que je pouvais sur la fabrication des poupées. J’ai pris des cours avec de nombreux professeurs et je suis si reconnaissante de leur enthousiasme à partager leurs savoir-faire et leurs connaissances. J’ai commencé à créer mes propres poupées d’artiste originales en 1998, utilisant divers arts du textile pour ma sculpture figurative. »
Pendant quelque temps, elle fabrique des poupées en tissu avec des visages en kaolin, pour obtenir le détail des traits que permet l’argile. Mais le travail avec l’argile ne lui plaît pas, et elle revient au tout tissu : elle aime coudre, sculpter avec une aiguille et du fil, expérimenter pour atteindre un plus grand réalisme dans les traits du visage en tissu. Ci-dessous, trois œuvres récentes de Janet Bodin, de gauche à droite : « Pumpkin men », « Balancing act », « A joyful noise ».

Les poupées de Janet commencent avec une armature en aluminium. Leur corps est en feutre taupé empli de fibre de rembourrage puis couvert de lycra de coton. Les têtes sont également faites de cette façon, en utilisant deux à trois couches de « peau » (nappe pour ouatinage et fibre de rembourrage) pour construire les traits du visage. Celui-ci est colorié avec des crayons ou des pastels. Les perruques sont en mohair ou en laine d’agneau du Tibet. Parfois elle utilise une forme simplifiée du corps de manière à se concentrer sur le travail du textile qui le couvre : c’est la poupée « pilier ». Les poupées sont ses « canevas » et évoluent constamment. Récemment, Janet s’intéresse à la création de ses propres étoffes : teinture à la main et autres techniques de conception de surfaces, travail du feutre (pressage humide et travail à l’aiguille) et fusion de la soie. Ces étoffes sont souvent perlées et brodées à la main et/ou à la machine. Le travail du feutre est une de ses techniques préférées pour créer des vêtements sans couture. La fusion de la soie, qu’elle apprécie également, est une méthode de liage de fibres non tissées pour créer un tissu de type papier : appliqué sur le corps de la poupées encore humide, il permet d’atteindre un superbe mouvement. Les photos ci-dessous illustrent ce procédé : outre la sombre splendeur de leur costume, ce qui frappe chez ces femmes en prière (de gauche à droite, « Morning praise », « Afternoon prayer », « Vespers »), c’est la sérénité de leur attitude et la joie intérieure qu’exprime leur visage.

Ses dernières pièces incorporent des teintures naturelles et des éco-imprimés. Les teintures naturelles sont préparées à partir de plantes, de minéraux et même d’insectes : elles fonctionnent sur des étoffes naturelles telles que le coton, la soie et la laine. Les éco-imprimés peuvent être faits à partir de feuilles, brindilles, fleurs, graines et métal rouillé étroitement serrés sur l’étoffe puis chauffés à la vapeur. « Tous ces procédés », nous dit Janet Bodin, « sont parfois imprévisibles et comportent une part de magie qui, pour moi, sont la joie de la création. »
Janet sait se faire légère parfois et nous faire partager la gaieté de deux baigneuses d’époque (« All-American bathing beauties »), de la lune esquissant un pas de danse (« Moon dance ») ou du clown dressant son caniche (« New tricks »), photos ci-dessous de gauche à droite.

Depuis 20 ans qu’elle fait des poupées, Janet a présenté son travail dans de nombreuses galeries et expositions avec jury, et remporté divers prix locaux et nationaux, dont le « Women in the Arts Award » en 2016. Elle est membre de l’ODACA (Original Doll Artists Council Of America) et de sept associations locales d’artistes.

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Autre artiste texane, Neva Waldt se distingue par un humour contagieux qui se reflète dans ses poupées, dont chacune, avec l’aide des couleurs et des textures, d’un grand sens du détail et du mouvement, vient au monde avec une histoire drôle à raconter. « Si elles vous font sourire, elles ont fait leur boulot », assure-t-elle.
Neva Waldt est née au Texas en 1953 d’une famille de texans depuis cinq générations. Elle apprend à coudre à l’âge de cinq ans et obtient une licence en graphisme publicitaire en 1976 à la Sam Houston State University de Huntsville, Texas. Elle travaille pendant 25 ans comme graphiste à Houston, puis décide, depuis toujours fascinée par la transformation de l’étoffe en forme à trois dimensions, que ce soit les vêtements ou la sculpture souple, de « troquer sa souris pour une aiguille et du fil » et d’entamer en 2004 à l’âge de 51 ans une carrière d’artiste en poupées originales.
Elle apprend avec de nombreux artistes professionnels reconnus installés au Texas : Janet Bodin (voir ci-dessus), Donna Sims, Marsha Krohn, Joyce Patterson, Angela Jarecki, Rosie Rojas. Au début de sa pratique, elle fabrique les corps en premier puis les têtes, juste avant le « dessert » que constitue la confection des chaussures, que Neva adore et à laquelle elle apporte un soin presque fétichiste (elle avait déconcerté son futur mari Kenny en lui apprenant qu’elle possédait quatre paires de chaussures rouges !). Mais elle décide un jour d’inverser les choses et de fabriquer la tête en premier : « Je réalise la tête exactement comme je la veux », dit-elle, « et j’adapte le corps. C’est amusant de voir comme c’est plus facile d’obtenir les tailles et proportions justes quand on a une tête par laquelle commencer. »
Lorsqu’elle travaille, dans l’environnement très encombré de son atelier où chaque chose est pourtant à sa place (comme si « elle vivait sur une péniche »), au milieu des tableaux d’affichage remplis de coupures de magazines, de rubans et de petits dessins qu’elle accroche pour suivre le développement d’une nouvelle idée (elle se promène partout avec un carnet à dessins), Neva écoute des bandes sonores de films. « Des navets que j’ai vus des centaines de fois et que je n’ai pas besoin de regarder, j’ai juste les dialogues. C’est comme recevoir des gens sans avoir à leur offrir un verre. », confie-t-elle. Cela l’aide à régler son allure et à travailler par étapes : quand le film est fini, il est temps de passer à autre chose. Pendant que la colle sèche sur un visage (elle utilise des faces en kaolin recouvertes de tissu), elle peut commencer une armature métallique ou travailler une paire de jambes, formée en papier mâché au moyen d’une méthode ancienne à base de colle d’os et de couches de papier journal. Cette méthode lui permet de créer les tibias, chevilles et pieds qui, avec les costumes parfaits, le détail de la sculpture à l’aiguille et de la peinture au pastel des visages capturant les émotions, et les chaussures incroyablement réalistes, apportent tant de vraisemblance à ses figurines. Ci-dessous, de gauche à droite : « The dust collector » (le collectionneur de poussière), « One more time » (encore une fois), « The joyful nun » (la joyeuse religieuse).


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Bien que le soin apporté à la forme d’un astragale (un des os de la cheville) puisse paraître futile, c’est la condition d’une poupée vivante. « C’est très demandeur en effort et en temps », admet-elle, « mais puis-je faire autrement ? c’est nécessaire ». Quand on lui demande comment elle réagit en cas de défaut de fabrication, elle répond en riant : « Je vous le dirai quand ça arrivera ». Ce n’est pas de l’orgueil, simplement le signe d’un contrôle total sur le processus d’élaboration du personnage : avec une préparation et une planification exigeantes, elle sait où elle va dès qu’elle commence à sculpter. Sans oublier les objets : « Les accessoires miniature sont la partie la plus gratifiante du processus. Les chapeaux, chaussures et sacs sont soigneusement confectionnés avec des matériaux à l’échelle, comme ces gants d’enfant anciens que j’utilise pour les chaussures. Je préfère réaliser tous les accessoires, mais il m’arrive d’en utiliser de tout faits : ce doit alors être une pièce parfaite à l’échelle exacte. »
Pour mieux pénétrer l’univers loufoque et caricatural de Neva Waldt, quoi de mieux que d’en détailler quelques œuvres représentatives ?


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À gauche : « It’s not the destination, but the journey » (ce n’est pas la destination qui compte, mais le voyage). Le gitan stoïque et résigné porte sur son dos la gitane euphorique, le long d’un chemin rocailleux et vallonné, vers une destination lointaine. « J’aime l’idée que deux personnes situées exactement au même endroit et au même moment vivent deux expériences totalement différentes », commente Neva Waldt, « ça en dit long sur les disputes lors des repas de fête en famille. » Elle poursuit : « J’ai employé de la soie ancienne et du velours dans un dégradé de verts pour mettre en valeur le violet brillant et stimulant du manteau de la gitane. Les chaussures sont sans doute mon élément préféré dans ce duo, si bien portées et à l’air si confortable. »
Au centre : « Leo was allergic to dogs ». Tel maître, tel animal ? Dans le cas de Leo, sa démarche chaloupée et son air peu avenant ressemblent à ceux de son crocodile domestique. Son style quelque peu truand et son air méfiant rappellent son compagnon au cuir épais. Regard perçant, gros museau. Et en plus, il était allergique aux chiens.
À droite : « All dressed up and nowhere to go » (Sur son trente et un et nulle part où aller). « Comme je le dis souvent, je suis fascinée par les attitudes », annonce Neva. « J’aime la façon dont les adolescents s’étendent sur les canapés. Même devenus jeunes hommes, dans mon esprit ils restent ces personnes nonchalantes à l’expression ennuyée, si bien habillés qu’ils soient. Ceci est une de mes plus petites poupées, 25 cm assise. Son smoking est en soie et ses chaussures en cuir de gant poli. Le fauteuil est en cuir fin et elle tient à la main sa télécommande Bang et Olufsen, à la recherche d’une distraction quelconque pour sauver la soirée. J’ai placé un aimant dans le siège pour maintenir le type, bien qu’il n’ait de toute façon aucun endroit où aller. »
Depuis 2004, l’année de ses débuts dans la création de poupées, Neva Waldt a présenté ses personnages dans de nombreuses galeries et expositions. En guise de conclusion : « Un ami m’a dit une fois qu’une personne créative implose si elle ne crée pas. Je suis absolument d’accord. Pour moi, le processus est la récompense. »

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Elles sont drôles aussi, les poupées d’Annie Wahl, mais d’une drôlerie pleine de tendresse, sa façon à elle de croquer des personnes âgées ni rangées ni guindées, dont elle dit : « Très très vieilles, mais très mignonnes. Je crois que c’est mon amour et ma dévotion envers les personnes âgées qui ont influencé ma vie. De toute façon, je les trouve plus intéressantes. »
La première fois qu’elle se souvient avoir fait une poupée, c’est lorsque sa grand-mère lui donne un rouleau de bandes, un rouleau de papier toilette et du tissu. « J’avais environ trois ans », dit-elle, « je pense que c’était un ange car je l’ai fait voler. » Sa mère renforce son intérêt naissant en lui apprenant à confectionner des poupées en tissu.
Annie Wahl étudie à l’école des beaux-arts de Mount Mary puis à l’université du Minnesota à Mankato. Elle commence à fabriquer en autodidacte des poupées traditionnelles amérindiennes en enveloppe de maïs, sculpture souple ou pomme (voir Histoire des poupées) jusqu’à ce qu’elle découvre l’argile polymère. Elle trouve son matériau idéal dans le Super Sculpey, et réalise tout son potentiel pour faire des visages exprimant la douceur et une humeur subtile, d’autres plutôt extravagants rien que pour le plaisir.
Quand Annie et son mari adoptent leur premier enfant, elle choisit de rester à la maison. Elle commence à fabriquer sérieusement des poupées au milieu des années 1980, au moment même ou la passion pour les poupées d’artiste entame son essor aux États-Unis. Au début elle les offre, puis fréquente les ventes artisanales et les marchés aux puces. Son hobby se transforme en travail à plein temps lorsqu’un bijoutier du centre commercial de Burnsville, près de Minneapolis, lui propose une place dans sa vitrine pour exposer ses poupées : le succès est immédiat. Mais Annie est également reconnaissante envers Susanna Oroyan (artiste et célèbre vulgarisatrice de l’art des poupées) de l’avoir guidée dans cette transformation, en particulier en lui conseillant de faire de bonnes photographies de ses œuvres, ce qui lui assurera à travers la diffusion dans les magazines spécialisés un rayonnement international. Les galeries lui ouvrent leur porte, et c’est par ce biais qu’elle fait la connaissance de Richard Simmons au début des années 1990, avec qui elle travaille sur le projet de la famille de Nana : ce qui fit le succès immédiat de ce clan aux multiples personnages, c’est le lancement de la ligne avec une demi-douzaine de modèles, donnant ainsi envie aux collectionneurs d’acquérir les autres membres du clan au fur et à mesure de leur sortie. Annie et Richard s’organisent pour une production en série : elle sculpte les figurines en argile polymère, en discute avec lui, qui les envoie à un développeur de produit chargé de les faire reproduire en Chine et de les distribuer sur QVC (chaîne internationale de téléachat). Ci-dessous de gauche à droite, « Vivian the volunteer », « Dottie », « Miss Bea ».

« Pendant cinq ou six ans, j’ai travaillé douze heures par jour sans prendre de vacances », raconte Annie, « nous voulions que cette collection soit un succès. Mais j’aime les résultats immédiats, et j’aime travailler vite : avec l’argile polymère, c’est le cas, on peut sculpter une figurine complète en quelques jours. » Le clan Nana devient très populaire dans le Monde entier. Annie ajoute : « La famille de Nana m’a emmenée dans tant d’endroits que je n’aurais jamais connus sans elle, et m’a fait connaître tant de gens que je n’aurais jamais rencontrés. Les poupées ont travaillé dur pour moi. Je l’apprécie à sa juste valeur. »
Si une figurine s’avère être trop compliquée ou détaillée à réaliser en production, Annie prend malgré la pression le temps de la faire en poupée originale, car elle a besoin de continuer cette forme de création. C’est l’époque ou elle réalise des poupées d’artiste pour chaque convention annuelle du NIADA, collectionnées par des célébrités telles que Demi Moore ou Anne Rice, et même par Richard qui les réserve avant même qu’elles soient exposées !
Mais le 11 septembre passe par là, QVC arrête de distribuer des poupées, les collectionneurs freinent et les affaires se calment. Ceci n’est pas pour déplaire à Annie, qui peut enfin souffler. Tout en aidant son mari dans son travail, elle continue à faire tranquillement des poupées en laissant les figurines se développer sous ses yeux et la surprendre : « quand je prends un morceau d’argile, je ne sais pas qui je vais rencontrer. Même lorsque j’ai une idée précise en tête, quelque chose d’autre apparaît inévitablement. Je l’accueille alors et en vérité ces personnages sont le plus souvent ma meilleure compagnie. » Les figurines prennent vie lorsque la sculpture est finie, puis Annie les habille et ajoute les cheveux, et c’est là que leur personnalité surgit et qu’elle découvre leur histoire unique.
Ce qui maintient la fraîcheur du processus de création chez Annie Wahl, ce sont les défis qu’elle se lance en permanence comme, dit-elle, « faire danser quatre poupées norvégiennes en ligne se prenant par la main et se tenant sur un pied » (photo gauche). Ou comme ces figurines amérindiennes en costume traditionnel, qu’elle affectionne particulièrement, et qui lui demandent des heures de recherches préparatoires et un long travail de perlage (photo droite).


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Cette affection pour la tradition vient peut-être de ses origines qu’elle revendique haut et fort : « Je suis du Middle West et mes poupées reflètent cela. Elles célèbrent la vie avec des valeurs traditionnelles. J’ai grandi dans une famille nombreuse aimant Dieu, joyeuse et drôle, qui se retrouvait souvent dans une cabane sur le lac Prior sans raison particulière. J’aimais beaucoup mes oncles et tantes, mes cousins étaient comme des frères et sœurs. Les adultes jouaient avec nous et nous ont fabriqué de merveilleux souvenirs. Mon cœur en est empli et mes poupées viennent de mon cœur. Il n’y a rien de mystérieux ou de profond dans ce que je fais. Je sculpte des poupées pour la joie de la création, le plaisir et le sens qu’elles ont pour les gens. » Ci-dessous, de gauche à droite : « Three gossips », « Dame Edna ».


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Comme le fil de la tradition relie la vie et l’œuvre d’Annie Wahl, le fil de l’amour pour les enfants relie la vie et l’œuvre de Bo Bergemann, mère de famille d’accueil pour enfants de santé fragile, qui fait sa première poupée en 1995 lorsqu’une petite fille qu’elle accueille est rendue à sa famille naturelle. Ce geste de défense contre la tristesse d’une séparation, elle le répète à chaque départ d’un enfant : en quinze ans, son mari et elle accueillent quatorze enfants, dont ils adoptent trois. Ce rituel soulage sa souffrance mais entretient aussi sa créativité : « Je voulais à chaque fois faire une meilleure poupée », dit-elle. Elle améliore son habileté en pratiquant en autodidacte, cherchant des conseils sur internet, allant même jusqu’à fabriquer une poupée en porcelaine.
Née en 1966 à San Bernardino (Californie), Karin Luckau part à Kihei (Hawaii) à l’âge de deux ans avec sa famille. Son père est promoteur et construit des complexes résidentiels. Sa petite enfance est idyllique, jusqu’au divorce de ses parents, quand elle se retrouve avec une mère malade et un beau-père addictif. Plus tard, elle étudie la prémédecine et la communication à l’université de Mānoa et se marie avec Jeff Bergemann. Son surnom de Bo lui a été donné par son père d’après le nom d’un catcheur célèbre de l’époque, Bobo Brazil.
En 2007, à l’âge de 41 ans, Bo Bergemann voit pour la première fois une BJD de Corée (voir article Les poupées BJD). « J’aimais l’idée qu’elles puissent bouger, monter sur une bicyclette et prendre des poses », dit-elle. Elle achète une chambre à vide, apprend à faire les moules et commence à couler de la résine. Un tournant s’opère en 2010 lors des Modern Doll Collector Convention et Doll and Teddy Expo, où elle vend douze poupées et revient avec des commandes (et au passage un statut tout neuf de professionnelle !). Elle a depuis vendu plus de 1 000 de ses créations : certaines sont des poupées d’artiste, d’autres sont faites pour des collectionneurs ordinaires, d’autres encore des corps destinés à la personnalisation. Leur caractère distinctif lui a valu sa bonne réputation dans le milieu des collectionneurs. Elle  est aujourd’hui une experte reconnue, donnant des conférences, enseignant, et écrivant dans des revues spécialisées.
Côté technique, Bo est une perfectionniste qui fait partie du petit groupe fermé d’une douzaine de créateurs au niveau mondial qui sculptent eux-mêmes leurs propres BJD originales. Elle commence à travailler à partir d’argile polymère formée autour d’une feuille d’étain, sculpte le visage reconnaissable à ses joues pleines et à ses yeux en amande, puis le torse, le cou, les bras et les jambes ; ce processus peut prendre jusqu’à quatre mois. Elle découpe ensuite le corps et fabrique un moule pour chaque partie, dans lesquels elle coule de la résine. Elle dispose aujourd’hui de 13 modèles de corps et de 49 modèles de têtes. Enfin vient la finition à la main de chaque poupée : maquillage facial au moyen de peintures et de poudres, collage des yeux et des cils en mohair, coiffure, vêtements, accessoires. Le résultat : une poupée au réalisme raffiné, à la peau translucide et au regard profond, superbement habillée, caractéristiques de sa production. Bo Bergemann a ouvert une boutique à Haleiwa (Hawaii) baptisée Kii Nani (jolis personnages). Ci-dessous, de gauche à droite : un elfe sensuel et sexy ; « Christmas angel » ; un exemple hawaiien du travail de Bo Bergemann.

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Robert Tonner est un personnage à part dans le monde des poupées de collection : il  travaille dans l’industrie de la mode pendant 18 ans pour des stylistes légendaires tels que Bill Blass avant de changer d’orientation et de fonder en 1991 la société  RTDD (Robert Tonner Doll Design). Rebaptisée Tonner Doll Company en 2000, cette entreprise de poupées de collection désormais célèbre  dans le Monde entier possède sa boutique à Kingston (New-York). Robert Tonner est également connu pour ses nombreuses actions caritatives.
Il est né en 1952 dans une famille ouvrière à Bluffton (Indiana), dont la pauvreté est entretenue par le coût des soins de sa mère, atteinte de nombreuses maladies graves. Dans son enfance, il se tourne vers le dessin et la télévision pour échapper à la difficile situation domestique. Les super-héros de bande dessinée et les personnages de séries télévisées et de films seront pour lui une grande source d’inspiration. Il apprend à coudre à l’âge de 8 ans, et renonce en 1973 à devenir chirurgien pour se consacrer à sa passion du stylisme à l’école Parsons School of Design de New-York, dont il sort diplômé en 1975. Avant de rejoindre Bill Blass, il travaille comme assistant styliste dans la société de vêtements de sport Gamut pendant trois ans et lance sa marque  « Robert Tonner for Tudor Square » en 1983. Tout au long de sa carrière dans la 7e avenue, ses modèles sont cités dans des magazines et journaux tels que Women’s Wear Daily, Town & Country, New York Magazine, The New York Times et Vogue.  Robert Tonner refera un passage dans le stylisme en 2010, avec l’introduction de sa collection de printemps au Metropolitan Pavilion  de New-York.
La fascination ancienne de Robert Tonner pour les poupées d’artiste l’incite à sculpter des figurines originales : en 1985, il reçoit une critique élogieuse de la part du NIADA (National Institute of American Doll Artists) pour une poupée mannequin. En 1991, parallèlement à ses activités à la RTDD fondée avec son partenaire Harris Safier, où il conçoit lui-même les modèles des lignes de poupées (corps et vêtements), il rejoint le NIADA, dont il sera président de 1995 à 1997. Ses premiers produits sont présentés à l’American International Toy Fair de 1991 et connaissent un succès immédiat. Les poupées Robert Tonner, aux proportions impeccables et aux tenues élaborées, lui valent les droits exclusifs pour incarner de nombreux personnages de fiction issus de films et de bandes dessinées tels que Autant en emporte le vent, Harry Potter, Twilight, Superman et Spiderman, pour ne citer qu’eux (photos).

En 2003, Tonner rachète Effanbee, l’une des plus anciennes entreprises de poupées des États-Unis (fondée en 1908), créatrice des poupées de porcelaine Little Orphan Annie, Patsy et Brenda Starr. En 2006, il créé la société de marketing direct Wilde Imagination, qui apporte avec ses trois collections (Ellowyne Wilde, Evangeline Ghastly et Sad Sally) un riche assortiment de poupées avec leurs récits de vie (photos ci-dessous de gauche à droite : « Hostess with the mostest », « Baffled in brocade », « Angelique Loves Lingerie »).

 

Le processus de fabrication des poupées commence avec un croquis. Les tissus sont ensuite sélectionnés et le dessin est transmis à l’équipe de couturières chargée de le réaliser. Chaque modèle de poupée est créé à partir d’une sculpture unique moulée puis coulée, généralement en résine, vinyl ou plastique dur, chacune des parties étant conçue pour un mouvement naturel au niveau des articulations. Le modèle est ensuite méticuleusement maquillé et coiffé à la main. Le prototype est alors envoyé à l’usine qui réalise sa propre version, réexpédiée à l’équipe de conception pour approbation.  Une fois approuvée, la poupée entre dans une production en série limitée. Outre les personnages de fiction et la ligne Wilde Imagination, l’offre actuelle comprend les collections de poupées mannequins Déja vu (photos), Marley Wentworth, DeDe Denton, Rockabilly et Re-imagination, les poupées à jouer My imagination, ainsi que les collections de culture populaire DC Stars collection et The wizard of Oz.

Robert Tonner a reçu des prix nationaux et internationaux, et jouit d’une reconnaissance symbolisée par la présence d’une de ses pièces dans la collection permanente du musée des arts décoratifs du Louvre à Paris.

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À l’instar de Robert Tonner, R. John Wright est un homme dans cet univers très féminin, et comme lui il est entrepreneur et américain. Né dans le Michigan, il étudie à la Wayne State University de Detroit d’où il sort diplômé en arts libéraux avec une spécialité en art et littérature. Il s’installe ensuite en Nouvelle-Angleterre. En furetant dans une librairie, il tombe sur le beau livre d’art de Carl Fox « The doll », rempli de photographies de poupées anciennes dont une attire particulièrement son attention : une classe d’école avec des poupées Steiff assises à leurs pupitres. Très inspiré par cette photo, et ayant récemment fait la connaissance de l’artiste en poupées de porcelaine Gail Wilson, il commence à envisager la possibilité de se lancer dans la fabrication de poupées. Deux ans plus tard, il rencontre sa future épouse et partenaire de création Susan, récemment licenciée de l’University of New Hampshire en Beaux-Arts, avec laquelle il s’installe à Brattleboro (Vermont) en 1974.
En 1976, après avoir brutalement perdu son emploi de vendeur dans la quincaillerie locale, il décide de s’essayer à la fabrication de poupées. Il commence sans expérience à coudre grossièrement un personnage -sa première poupée- dans le seul tissu qu’il ait sous la main, une flanelle jaune pâle : comme le résultat est encourageant, il songe déjà aux améliorations à apporter à la seconde.  Il réalise bientôt un groupe de six poupées masculines fabriquées sur le même modèle en feutre mou de couleur chair, habillées de manière rudimentaire et dotées de cheveux et de barbes en laine de mouton, qu’il vend immédiatement à la galerie artisanale Serkin et qui se revendent bien. Dans les six mois qui suivent, John fabrique et vend plus de 100 de ces poupées rustiques (photo de gauche) dans des boutiques artisanales locales. Susan commence alors à aider John dans sa production et ils entament ensemble une intensive période de recherche et d’expérimentation, notamment sur les poupées anciennes en tissu, pour améliorer leur technique de fabrication. Les poupées en feutre de Steiff ainsi que les poupées en feutre moulé de Lenci et de  Käthe Kruse (voir Les artistes en poupées pionniers) constituent une forte source d’inspiration. Dans un délai de six mois, ils passent du feutre mou à des poupées en feutre moulé avec articulations (photo de droite). Les poupées sont vendues dans des foires artisanales de la côte Est incluant les expositions de l’American Craft Council à Rhinebeck (New-York), en attirant des commandes croissantes en gros et en détail.

La production du couple dépasse alors le cadre étroit de leur petit appartement en rez-de-chaussée, transformé en atelier de fortune : ils engagent bientôt des assistants pour honorer les commandes et fondent la société R. John Wright Dolls (RJW) qui conçoit, produit et commercialise des poupées en feutre et des animaux en peluche en série limitée.
En 1978, les poupées de caractère sont introduites (photo de gauche), avec leurs visages peints à la main et leurs costumes élaborés ; R. John Wright rejoint l’United Federation of Doll Clubs (UFDC) et le National Institute of American Doll Artists (NIADA) -voir Associations-. La charmante série « Little children » (photo de droite) de 1981 introduit un style nouveau et voit un nouvel accroissement des commandes. Le couple déménage à Cambridge (New-York), installe son atelier dans un immeuble victorien, engage et forme une main-d’œuvre plus importante et achète des machines spécialisées pour répondre à la demande.

  • En 1984 commence une collaboration de 13 ans avec la Walt Disney Company, avec le développement d’une gamme de poupées et d’animaux fidèlement inspirée des illustrations originales de E. H. Shepard sur le personnage de « Winnie-the-Pooh » ; suivront sous licence Disney les poupées Mickey, Minnie, Cendrillon, Pinocchio, Gepetto, Chistopher Robin et Blanche-Neige et les sept nains (photo de gauche).
  • Depuis 1987, chaque poupée possède un bouton d’identification en cuivre de 8 mm de diamètre.
  • La compagnie monte le club des collectionneurs en 1996, qui attire des milliers de membres à travers le Monde.
  • En 1998, RJW lance « Peter Rabbit », première d’une gamme de 27 poupées reposant sur les délicieux personnages d’animaux créés par Beatrix Potter.
  • En 1999, c’est la licence de Kewpie (voir Les poupées célèbres d’hier et d’aujourd’hui), très collectionnée au Japon.
  • De 2000 à 2006, la littérature pour enfants est à l’honneur avec le Petit Prince, « Paddington Bear », « Curious George » et Bécassine (voir Les poupées célèbres d’hier et d’aujourd’hui).
  • En 2004, l’entreprise revient dans le Vermont à Bennington ; parmi les premières productions figurent les personnages d’ Alice au pays des merveilles et ceux de Raggedy Ann  (voir Les poupées célèbres d’hier et d’aujourd’hui).
  • En 2007, retour aux premières amours avec une délicieuse série reposant sur les poupées anciennes Steiff, les »Steiff Kinder » (photo centre).
  • De 2008 à 2009, d’autres personnages de la littérature classique pour enfants incluent les collections « Palmer Cox Brownie » et « Edith, the lonely doll ».
  • De 2009 à 2011, c’est au tour des « Flower Fairies » de Cicely Mary Barker et du Magicien d’Oz (photo de droite), 2009 étant l’année de la première convention R. John Wright et 2011 celle du lancement de la boutique en ligne RJW Company.
  • Les années 2012 à 2013 voient sortir de nombreuses productions : Patsy et Skippy, reproductions en feutre de poupées des années 1930 ; la série des « Toddler Bears » ; l’ourson Willoughby ; la collection nostalgique des personnages créés par M.I. Hummel en Allemagne ; plusieurs poupées sur le thème des quatre saisons ; la série des chatons avec entre autres « Snowball ».
  • Depuis 2014 ont été lancés : de nouveaux personnages du Magicien d’Oz ; des personnages du livre pour enfants « Where the wild things are » de Maurice Sendak.
  • en 2016, pour le quarantenaire de la société, RJW réalise des joint-ventures avec Steiff, un nombre important de pièces sous licence et une ligne de souris, oursons, chats, chiens et agneaux.

 

Les Wright continuent comme par le passé à superviser toutes les phases de la production, en mettant l’accent sur la qualité des matériaux, la connaissance des métiers et l’intégrité de la conception. Leurs poupées et animaux sont reconnus pour leur fidélité aux illustrations originales et leur finesse technique et artistique. Ils ont été récompensés par de nombreux prix : le Doll of the Year Award du Doll reader magazine ; le Golden Teddy Award ; l’Award of Excellence du Dolls magazine ; la plus haute récompense allemande pour les oursons Der Goldene George ; le prestigieux trophée Jumeau ; le  Lifetime Achievement Award  de l’éditeur Jones’ Publishing. En 2004 paraît l’ouvrage de Krystyna Goddu « R. John Wright : the art of toys ».

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Les textiles et la couture font partie de la vie de Maggie Iacono depuis sa plus tendre enfance, lorsque sa mère lui apprend à coudre ses propres vêtements. Élevée dans le Minnesota, elle se forge ainsi une expérience qui deviendra à son insu la base de sa carrière. Elle a depuis combiné cette expérience à un talent artistique qui l’a conduite à une vie consacrée à la fabrication de poupées. Cet art deviendra selon ses termes  une obsession : le besoin d’apprendre et d’inventer constamment de nouveaux moyens de perfectionner ses poupées constitue une motivation puissante. Fabriquer des poupées est un véritable art de vivre qui satisfait sa nécessité créative. Maggie puise dans l’exercice de sa profession une grande joie et un grand plaisir ; elle a fait sien l’adage selon lequel faire ce qu’on aime pour gagner sa vie est une grande chance.
Elle commence par fabriquer des poupées en tissu pour ses filles, ce qui lui procure un tel plaisir qu’elle en créé de nombreuses pour les vendre dans des foires artisanales et des boutiques locales. Les collectionneurs remarquent bientôt la qualité de son travail. Elle recherche alors un moyen de parfaire le réalisme de ses poupées, ce qu’elle obtient par la combinaison de la sculpture des visages et de l’emploi du feutre moulé. Suivent alors de nombreuses années de tâtonnements : perfectionner le processus, manipuler l’étoffe, sculpter un modèle de forme enfantine dans l’argile, apprendre à peindre les visages, inventer de nouveaux moyens de mouler le feutre, sont des obstacles que l’artiste doit progressivement surmonter.
Comme la demande augmente, Maggie et son mari Tony décident de travailler ensemble à plein temps à la production de poupées uniques ou en édition limitée. Ils conçoivent ensemble un nouveau système d’articulation sphéroïde qui fournit de grandes liberté de mouvement et posabilité, ainsi le collectionneur peut-il jouer avec sa poupée. Réaliser ce type d’articulation sur une poupée en feutre nécessite un cordage interne complexe et l’obtention de la tension requise entre les parties de la poupée.  La tête est complètement mobile, ce qui permet au regard d’aller dans de nombreuses directions. Chaque doigt est doté d’une armature métallique pour autoriser une manipulation  à visée expressive ou la préhension d’un objet. Le poignet  peut être tourné ou plié vers l’arrière pour créer un geste naturel de la main. Les articulations du coude et de l’épaule permettent une extension naturelle du bras, rendant possible une multitude d’actions ajoutant de l’émotion à chaque pose. Les hanches, les genoux, et même les chevilles sont articulées, afin d’obtenir la posture désirée. Tout ceci procure aux créations de Maggie Iacono une étendue de mouvements qui les rend incroyablement vivantes (photos).

 L’habillage des poupées est passé au cours des années de l’emploi de feutre simple à l’application à l’étoffe de techniques plus élaborées telles que peinture, teinture, broderie, tissage, impression, peinture au pistolet et association à d’autres types de tissu. Les créations de Maggie Iacono sont d’une grande délicatesse et leur expression légèrement espiègle dégage une grande douceur. Ci-dessous, de gauche à droite :  Marie (1995), Evelyn (2007), Jeanne (2017).

Maggie entre au  NIADA (National Institute of American Doll Artists) en 1993 et reçoit plusieurs prix prestigieux tout au long de sa carrière :  le Doll of the Year Award du Doll reader magazine ; l’Award of Excellence du Dolls magazine ; le  Lifetime Achievement Award  de l’éditeur Jones’ Publishing. Ses œuvres sont exposées dans de nombreux musées et galeries à travers le Monde, dont le musée des arts décoratif du Louvre à Paris.

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Avec un grand-père qui dessinait et peignait, et un père sculpteur sur cire et sur bronze, l’art a eu une influence majeure sur Kori Leppart dès son plus jeune âge…Mais pas tellement les poupées. Plutôt que d’être des jouets chéris, celles-ci n’avaient d’intérêt pour Kori le garçon manqué que comme victimes d’explosion ou de décapitation, pratiquées avec son cousin et les garçons du voisinage. Le rôle des poupées dans sa vie a remarquablement changé depuis !
« J’ai toujours été attirée par l’art figuratif et l’illustration », confie-t-elle, « enfant j’aimais dessiner, surtout des personnes et des animaux. Au lycée, j’ai appris à dessiner en imitant le travail de Brian Froud et d’autres. J’ai toujours aimé le monde de la fantasie : en 1997, j’ai découvert le livre de Suzanna Oroyan « Personnages fantastiques », et mon univers à deux dimensions est devenu tridimensionnel, grâce à l’argile polymère ».
Kori Leppart étudie les Beaux-Arts et l’Histoire de l’Art à l’université. Elle travaille ensuite comme apprenti chez un tailleur où elle se forme au dessin de vêtements et à la confection. Plus tard, elle est styliste pour la Montana Coat Company, conservatrice d’un musée d’art, elle monte une affaire de confection de robes de mariée et ouvre même un bar.
Elle commence par sculpter des personnages de fantasie, des fées et des enfants grandeur nature en 1997. Autodidacte, elle apprend surtout dans les livres. Mais elle ressent une frustration devant l’immobilité de ses créations, avant de découvrir les BJD (voir Les poupées BJD) : leurs articulations les rendent vivantes selon elle, aussi s’essaye-t-elle à la sculpture de BJD en argile polymère. En 2009, Kori Leppart met au point une méthode de fabrication d’éléments de poupée creux en argile polymère. Son mari lui suggère d’en faire un tutoriel vendu sur Etsy (site de commerce électronique spécialisé dans les objets anciens ou faits à la main), ce qui lui permet d’acheter son premier four. Elle sculpte aussi dans l’argile à séchage ambiant, comme le produit La Doll. Ses poupées, produites par elle seule dans son studio du Montana,  sont soit originales (OOAK), soit en édition très limitée résultant de la fabrication de moules en silicone puis d’un coulage de résine.
Elle commence en 2015 à fabriquer des poupées BJD en porcelaine, obtenues par sculpture directe ou par coulage (ci-dessous, de gauche à droite : Claira, Frida Kahlo, Inmemoriam).

« il y a toujours au début une sculpture en argile polymère », dit-elle, « j’utilise une argile grise appelée « sculpey medium firm ». Une fois la pièce traitée, j’en réalise un moule en plâtre et je coule la porcelaine. Ce matériau a mauvaise réputation, mais il n’est pas aussi fragile que certains collectionneurs le pensent, il est en fait très durable et résistant, et contrairement à la résine il ne se détériore pas à l’exposition d’UV et ne jaunit pas avec le temps. Le résultat peut se transmettre de génération en génération. Les BJD en porcelaine sont bien plus finies que celles en résine ». Les poupées en porcelaine de Kori Leppart mesurent en moyenne 33 cm et possèdent 18 points d’articulation, très fortement cordés par des élastiques allemands de qualité élevée pour bien tenir les postures. Les articulations sont méticuleusement recouvertes d’une mince  suède de peau  de porc pour leur donner à la fois une protection et un point de friction pour tenir des postures naturelles. Kori commente : « de nombreux artistes en poupées BJD se tournent aujourd’hui vers la porcelaine pour des éditions de qualité élevée. Pour répondre à la demande, j’ai créé une entreprise afin d’assurer le moulage et le coulage pour d’autres artistes en BJD réputés. Attendez-vous  à une renaissance des poupées en porcelaine dans le futur ». Kori réalise aussi des poupées sculptées en argilite et recouvertes par des couches  de gofun polies, ce qui est un processus très long. Elle en fabrique d’ailleurs rarement plus d’une par an. Le rendu est proche de la porcelaine, avec un fini beaucoup plus mat, comme celui du biscuit. La peinture utilise de nombreux supports : huile, acrylique, pastels, aquarelle, encre,…
Kori Leppart se dit inspirée par le surréalisme pop : « j’aime à qualifier mes poupées de douces-amères. Elles ont des visages très doux, avec un petit côté gothique sombre et étrange (photos). Je suis aussi inspirée par les belles BJD asiatiques en porcelaine, mes préférées étant celles de Koitsukihime. »

Kori travaille en 2017 à des poupées en porcelaine plus grandes (46 cm). Elle a donné de nombreux cours de sculpture classique ou appliquée aux poupées, ainsi que des cours en ligne sur aforartistic.com. Ses poupées sont présentes dans de très nombreuses galeries et boutiques à travers le Monde, et ont été traitées dans les magazines spécialisés Dolls, Hautedoll et Art  doll quarterly. Elle est membre de l’ODACA (Original Doll Artists Council of America) et de la PDMAG (Professional Doll Makers Art Guild).

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« Dans ma carrière, j’ai vraiment bouclé la boucle », déclare Berdine Creedy, « j’ai travaillé avec trois matériaux différents. Je suis l’une des premières artistes à avoir fait ça : porcelaine, puis vinyl, enfin BJD en résine. C’est aussi pour ça que je prends ma retraite, Je vois vers quoi l’industrie se dirige : des machines 3D et plus de technologie. Avant d’en arriver là, je ne vais pas apprendre une quatrième technique ! deux de mes enfants ont des machines 3D, et je refuse d’apprendre. J’en ai fini ! ». Ce cri du cœur résume bien l’honnêteté et la liberté d’action de Berdine Creedy, artiste talentueuse qui fabrique depuis 1991 de magnifiques fillettes pour la plus grande joie des collectionneurs (photo).

Élevée dans une ferme céréalière à Moorreesburg, région de Cape Town (Afrique du Sud), Berdine est institutrice pendant plus de dix ans avant de se marier et de se consacrer à ses quatre enfants. Elle fait alors de la poterie pour son plaisir, puis commence à vendre ses créations dans des magasins locaux et enseigne cette discipline. Elle s’essaye ensuite à la reproduction de poupées en argile, mais, trouvant cette activité trop limitée, décide de sculpter ses propres modèles. Les toutes premières poupées remportent deux prix, ce qui incite son mari à envisager de les commercialiser aux États-Unis.
En 1993, Berdine se rend à la foire internationale du jouet de Nuremberg, où elle rencontre des artistes célèbres. Elle est tellement impressionnée par leurs poupées qu’elle décide d’être là dans quinze ans, ce qui arrivera bien plus tôt ! C’est à cette époque que le couple commence à rêver de s’installer aux USA : contre toute attente, ils remportent comme dans un conte de fées un tirage au sort de carte verte, ce qui fait dire à Berdine que « ça devait arriver ». La famille déménage en 1996 à Gainesville (Floride), où Berdine anime des ateliers de sculpture et de fabrication de moules, tout en travaillant d’arrache-pied pour réaliser des poupées uniques (OOAK) et en édition limitée, qui rencontrent le succès auprès des collectionneurs et lui font remporter de nombreux prix. C’est une véritable entreprise familiale : son fils Kevin fabrique les moules, les autres fils Michael-Jones et Keith s’occupent des fournitures, tandis que sa fille Charlene fait les photos et réalise les brochures, la grand-mère Helene faisant des vêtements au crochet.
2008 est un tournant dans la carrière de Berdine, qui commence à réaliser des BJD : « cela a changé ma vie », dit-elle, « leur étonnante posabilité due à leurs 15 à 17 articulations les rend vivantes. J’adore travailler la résine, c’est un matériau de qualité et riche de possibilités ». Elle renchérit : « la création de BJD est une véritable addiction, c’est une histoire sans fin. Parce qu’elles peuvent bouger dans tant de directions, les poupées BJD vous dictent en fait ce qu’elles veulent être et quel personnage elles veulent incarner. Cela les rend parfois très faciles à créer ». Sa première collection de BJD est une série de poupées de 32 cm représentant de jeunes adolescentes (photo de gauche).
2009 voit l’introduction d’une nouvelle taille de poupée, de deux fillettes de 27 cm, « Hugs and kisses » (photo de droite), et de la série « Masquerade magic ».

2010 est l’année de la série de ballerines “Dancing with Grace” (photo de gauche ») et des petites poupées de 13 cm « Tiny Bee-B », « Lady-B » et « B-Fly ». En 2011, Berdine crée « Around the world » (photo de droite), série en petite édition limitée à peinture faciale manuelle et yeux en verre souple, costumée par Gale Torres et Diane Lemieux.

 

En 2015 sort la série « Graceful Dancing Flowers » avec les poupées Lily-Rose (photo de gauche), Prim-Rose (photo du centre) et Venus (photo de droite).

En 2017, Berdine Creedy reçoit le prestigieux prix « Lifetime achievement award » de la revue « Dolls » pour l’ensemble de son œuvre. Sa récente série « Love-is » (photo) résume bien son triple accomplissement comme artiste, avocate des causes caritatives et professionnelle reconnue par ses pairs.

Dès l’enfance, Natalie Ruiz était bien partie pour être la talentueuse artiste de fantasie qu’elle est devenue. D’un côté, elle baigne dans une atmosphère familiale artistique : son père, musicien professionnel dans les années 1960 et 1970, voyage avec toute sa famille à travers l’Europe entière et peint des tableaux dans le style de Picasso ; c’est un fervent admirateur de Frank Frazetta (illustrateur, dessinateur de comic strip et peintre américain ayant influencé l’art de la science-fiction et de la fantasie). De l’autre, elle passe des heures à jouer dans un décor d’églises gothiques, de murs de châteaux et de ruines romaines dans sa ville d’enfance de Coblence (Allemagne) ; le temps passé parmi ces reliques d’un monde disparu l’a aidée à développer une imagination active. Natalie se souvient : « Coblence est située au confluent du Rhin et de la Moselle, près du rocher d’où la légendaire Lorelei attirait les marins. L’histoire de la cité remonte à plus de 2 000 ans, et je me souviens comment nous jouions dans les trous que nous creusions, espérant trouver quelque chose de très vieux et d’important », Il n’est donc pas surprenant qu’elle soit devenue cette pourvoyeuse douée d’enchanteresses, de sorcières et de tentatrices (photos, de gauche à droite : « Siren’s song », « Bone witch », « Gipsy moon »).

Enfant et adolescente, Natalie est passionnée de dessin. Elle réalise aussi des vêtements et accessoires pour ses poupées. Fascinée par la figure de la femme, elle rêve d’être illustratrice de mode. En fait elle fait une carrière dans la finance pendant 20 ans, qui ne lui laisse pas beaucoup de loisirs pour les activités artistiques. C’est seulement après s’être installée à Longmont (Colorado) à la fin des années 1990 qu’elle commence à créer des poupées en 2001 et les expose publiquement à partir de 2011 : en vendant dès cette année sa première poupée au salon IDEX à Orlando (Floride), elle sait qu’elle est sur la bonne voie pour libérer ses talents artistiques et trouve la paix intérieure avec la sculpture figurative. Natalie Ruiz se définit comme autodidacte partielle : bien qu’elle passe beaucoup de temps à tâtonner avec divers matériaux, elle profite de l’enseignement de nombreux artistes à partir de ses débuts dans la sculpture classique en 2009, et suit des cours et des ateliers de fabrication de poupées. Elle est assistée par son mari Joe qui s’occupe de son site web et de ses réseaux sociaux, et par son fils Marc qui l’encourage à explorer le mouvement steampunk (photos ci-dessous, de gauche à droite : « The weatherman », « Steampole », « Lunatic »).

« La fantasie nous fait voyager dans le temps et l’espace. Je crois que chacun ressent le besoin d’échapper occasionnellement à sa réalité pour vivre correctement », analyse Natalie, « la fantasie rappelle aussi la magie ressentie dans l’enfance. C’est pourquoi je pense que nous souhaitons parfois secrètement revenir en arrière ». Elle poursuit : « la fantasie trouve essentiellement ses racines dans la mythologie, le folklore et la religion. Ce qu’un artiste inspiré en fait apporte quelque chose de neuf qui nous est en même temps familier. En créant et en offrant mes êtres de fantasie, j’ouvre mon monde imaginaire à la découverte et à l’exploration par le public, et ça lui plaît. Je ne crois pas que les gens arrêteront jamais d’explorer de nouveax mondes ».
Sur le plan technique, Natalie ne réalise que des poupées uniques (OOAK) sculptées à la main dans de l’argile polymère autour d’une armature métallique solide, puis cuites. Leur taille moyenne hors support est de 25 cm pour les sujets féminins et de 33 cm pour les sujets masculins. Elle s’efforce d’atteindre un niveau élevé de réalisme anatomique, poussant le détail jusque dans les oreilles, dents et ongles, si bien que le processus de création peut prendre plusieurs semaines. Les yeux sont faits à la main par l’artiste, ainsi que la peinture à l’acrylique et à l’huile, les vêtements qui utilisent des matériaux comme l’agneau tibetain, la soie ou la viscose pour les cheveux, et les accessoires d’un niveau de complexité élevé (photos, de gauche à droite : « Willow », « Caged fairy », « Happy camper »).

Le travail de Natalie est présenté dans de nombreuses publications et lui a valu une quantité impressionnante de prix, parmi lesquels : artiste de l’année de l’IADR (International Art Doll Registry, voir Associations) ; prix annuel de la Prosculpt Company, IDEX 2013 ; prix Helen Bullard du Quinlan show, années 2014 et 2015. Laissons-la conclure : « vous faites le meilleur travail quand vous n’essayez pas d’être quelqu’un d’autre ou de vous séparer de votre art. Au-delà de votre talent, les gens veulent voir votre personnalité. Plus vous vous montrez, plus votre art sera attirant. Montrez votre courage et votre âme. Ne sous-estimez pas votre travail. Trouvez votre créneau et le courage d’être vulnérable ». Ci-dessous, trois photos illustrant divers aspects du travail de Natalie Ruiz : à gauche, la complexité de la coiffure de « Tattered rose » ; au centre, les détails du visage de « Dragonfly » ; à droite, la sensualité de la posture de « Summer dreams asleep in her wagon ».

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