Les poupées d’art de Munich : un jalon essentiel de l’histoire des poupées


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La naissance des poupées de caractère

D’après Florence Theriault, copropriétaire de la société de vente aux enchères de poupées anciennes Theriault’s et auteure, l'idée selon laquelle les poupées de caractère sont un phénomène récent n’est pas la seule méprise dans l’histoire des poupées. L’autre idée fausse situe l’origine du mouvement allemand de réforme des poupées d’art au moment de l’exposition organisée en 1908 dans la branche munichoise de la chaîne de grands magasins Hermann Tietz par son directeur du département jouets Max Schreiber. En fait, on peut noter un intérêt spécifique pour la caractérisation dans certaines poupées françaises plusieurs décennies auparavant, par exemple la série 200 de Jumeau à la fin des années 1880. Cet intérêt se maintient après le mouvement de réforme des années 1905-1915, période que l’on pourrait décrire précisément par l’expression « du caractère comme concept ». Le mouvement trouve ses racines dans les deux décennies précédentes, durant lesquelles les sculpteurs étaient encouragés à créer des poupées ressemblant aux « enfants des rues » : boudeuses, pensives, mélancoliques, rieuses ou espiègles, elles dégagent une vraie personnalité. On assiste également à la naissance des poupées commerciales signées par des artistes, à l’instar du Kewpie de Rose O’Neill.

Les poupées Marion Kaulitz

Quoiqu’il en soit, une artiste retient l’attention à l’exposition sur les poupées d’art de 1908 : c’est la comtesse Marion Magdalena Kaulitz, originaire de Gmünd sur le lac Tegernsee en Bavière. Forte de ce premier succès, elle se joint à Hermann Tietz dans une deuxième exposition commémorant le 750e anniversaire de Munich. Son catalogue mentionne : « Marion Kaulitz : poupées sculptées par Marie Marc-Schnür, Joseph Wackerle et Paul Vogelsanger ; habillées par Marion Kaulitz, Alice Hegermann et Lillian Frobenius ». À la suite de ces deux événements, des articles élogieux sur les artistes sont publiés dans des magazines et des livres : le mouvement allemand de réforme des poupées est bien parti.


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La troisième présentation de poupées d’art de Munich a lieu dans le grand magasin Hermann Tietz de Berlin pour Noël 1908, dans le cadre d’une exposition sur les poupées produites à Sonneberg. Treize poupées d’art de Munich peuvent aujourd’hui être admirées au musée de Sonneberg, aussi réalistes et charmantes qu’à l’origine, avec leurs vêtements et accessoires en parfait état de conservation.
En 1909, Marion Kaulitz dépose la marque « Poupées d’art Kaulitz de Munich ». Comme Käthe Kruse, elle utilise des cartes postales comme support publicitaire. Elle réalise l’importance des expositions pour conserver l’intérêt du public.
Son succès est remarqué et les concurrents ne tardent pas à riposter. En 1909, Franz Reinhardt, directeur de l’entreprise Kämmer & Reinhardt (K & R) dépose la marque commerciale « Charakterpuppe » (Poupées de caractère). Il organise une exposition privée dans le grand magasin Hermann Tietz de Berlin pour lancer la première tête de bébé de caractère de K & R, moule 100 (le bébé de l’Empereur) ainsi que le moule 101, habillé en fille (Marie) ou en garçon (Pierre). Ces poupées de caractère, exposées au grand public pour la première fois au Noël 1910 dans le même magasin Tietz de Berlin, en même temps que les belles poupées en tissu de Käthe Kruse, rencontrent un grand succès. Marion Kaulitz réplique en revendiquant dans une publicité de journal de 1911 la paternité des poupées de caractère, et accuse K & R de copier les visages, les vêtements et les coiffures de ses poupées. Après une période de démêlés par voie de presse durant laquelle Max Schreiber se range du côté de K & R, Marion Kaulitz intente une action en justice qu’elle perdra.
Ceci n’empêche nullement les deux parties de produire de nouveaux modèles de poupées en 1911 et 1912. Marion Kaulitz introduit 14 nouveaux modèles et dépose en 1911 la marque « Kaulitz » pour les « poupées, corps de poupées, têtes, perruques et vêtements de poupées ». La même année, elle expose à Berlin, Paris, Vienne et Francfort, où elle reçoit le prix de la poupée d’artiste la plus originale. Elle avait auparavant reçu une médaille d’or à Bruxelles en 1910 et un premier prix à Breslau en 1911. En 1912, elle devient membre de  l’Union Internationale des Arts et Sciences de Paris. Ses poupées commencent à être distribuées aux États-Unis. La princesse héritière de Roumanie visite l’atelier Kaulitz au lac Tegernsee et y fait des achats remarqués, tandis que la reine de Bulgarie commande six poupées pour le Noël de sa famille.


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Jouets ou objets d’art ?

Marion Kaulitz ne considérait pas ses poupées comme des objets d’art ou de collection demandant des prix élevés, mais plutôt comme des jouets pour enfants. Leur prix restait donc modéré, malgré leur caractère artistique indéniable. Construits pour durer et pour être facilement remplacés, ils subissaient à la manière de Käthe Kruse un contrôle de qualité manuel par ses soins. Elle n’a jamais déposé de brevet de conception DRGM pour ses poupées, aussi n’avons nous aucune information sur sa technique de fabrication. Par ailleurs, leur  fabrication éphémère a conduit à de faibles volumes de production.
Jusqu’à présent, 16 moules de visage distincts ont été identifiés, avec une gamme de tailles comprise entre 30,5 et 63,5 cm et une conception de tête commune à différentes tailles. Des peintures faciales, perruques, cheveux peints et vêtements variés ont garanti des poupées uniques. Ceci était intentionnel, Marion Kaulitz ayant déclaré « qu’aucune poupée ne devrait ressembler à une autre ». La plupart des têtes sont à rotule, quelques une étant des têtes collerette. Elles sont généralement présentées comme étant faites en composition dure, et parfois en papier mâché, deux matériaux à ingrédients multiples, chaque fabricant ayant sa propre recette, à dureté spécifique. La composition est habituellement beaucoup plus dure et plus résistante que le papier mâché, aussi les poupées Kaulitz faites de ce matériau sont elles parvenues jusqu’à nous en bon état de conservation.
Les peintures et sculptures d’enfants datant de la Renaissance étaient souvent utilisées comme modèles pour les têtes de poupées d’art, l’influence revendiquée de Marion Kaulitz étant le sculpteur Donatello. Le collaborateur le plus assidu de Marion Kaulitz est le sculpteur Paul Vogelsanger. Aline Stickel et d’autres artistes assistent Marion Kaulitz dans la peinture des têtes. La plupart des poupées d’art de Munich ont des yeux peints et des bouches fermées ou ouvertes/fermées, certaines avec des sourcils peints. Les peintures utilisées sont de bonne qualité et la plupart des poupées ont conservé leur patine et leurs couleurs.
L’usine Cuno & Otto Dressel fabrique la majorité des corps articulés en composition de qualité élevée, les autres étant attribués aux fabricants K & R et Kestner. Les têtes à rotule se retrouvent sur les premiers, la plupart avec des poignets articulés. Les têtes collerette, plus rares, se retrouvent sur divers types de corps, en tissu ou en cuir avec des bras en composition, bois ou biscuit.
Outre Marion Kaulitz, Alice Hegermann et Lillian Frobenius, précédemment citées, Helen Stein et Hermine Baretsch sont chargées de l’habillement des poupées, typiquement en costumes provinciaux allemands et français ou en tenues de jeu pour enfants. Les habits offrent un grand luxe de détails et emploient divers tissus tels que soie, coton, velours et laine tricotée.


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On ne sait pas combien de poupées a produites Marion Kaulitz. Cependant, il existe un indice : quatre poupées vendues au musée de Sonneberg en 1912 portent les numéros de facture 2965 à 2968, peut-être le nombre de poupées vendues à cette date ? elles sont très recherchées aujourd’hui, mais cela n’a pas toujours été le cas : on raconte que certains collectionneurs et vendeurs des débuts arrachaient les têtes des poupées pour les jeter et réutiliser les corps !

1913 et après

Influence du procès contre K & R ou pas, il existe très peu de traces de Marion Kaulitz ou de ses activités dans la littérature après 1913. On trouve une mention de la fabrication de bouilloires à tête de poupée en 1915, de la production au début des années 1920 de poupées dans un atelier appartenant à Marion Kaulitz, et de poupées multiculturelles en 1923, sans détails et sans images. Une lettre d’une certaine Mme Lilli B., adressée en 1915 à Käthe Kruse, rapporte : « J’ai acheté trois poupées à la pauvre Kaulitz à Noël. La pauvre âme a tenté de se suicider tellement elle ne supportait plus de survivre jour après jour. » Que s’est-il passé entre 1913 et 1915 pour qu’elle en arrive à de telles extrémités ? en 1924, Marion Kaulitz s’installe avec son amie Aline Stickl dans la petite ville de Bayrish Gmain, dans les archives de laquelle cette dernière est enregistrée comme artiste peintre. Marion décède en 1948 à l’âge de 83 ans. Triste fin pour une artiste dont la créativité a marqué l’histoire des poupées. Elle n’aura pas connu de succès durable dans son existence. Malgré ses talents évidents, elle a disparu de la scène des poupées aussi rapidement qu’elle y est arrivée, privée de notoriété et d’aisance financière. Mais elle a laissé un merveilleux héritage que le public peut pleinement apprécier aujourd’hui.

Sources de l’article
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Les vêtements des poupées

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Introduction

« L’habit de la poupée est toujours un document pour l’histoire du costume. Il a souvent pour le collectionneur plus de valeur que la poupée elle-même ». Ce constat extrait de l’ouvrage « Jeux et jouets d’autrefois » de l’Institut Pédagogique National, publié en 1962 par le Musée d’Histoire de l’Éducation, montre à quel point ces petits objets que sont les poupées procurent un lien authentique avec notre passé. Le monde académique les a souvent dédaignées par ignorance, les considérant comme des jouets insignifiants. Pourtant, ce sont de réels artefacts en trois dimensions, heureusement préservés par nos ancêtres pour la postérité. La petite taille de leurs vêtements a facilité leur conservation, sans pour autant empêcher leur dégradation ou leur perte avec le temps. Néanmoins, la collection de poupées anciennes dans leurs vêtements d’origine reste une formidable expérience éducative.
Cette activité requiert une étude approfondie et de vastes connaissances en matière de costumes. Non seulement les collectionneurs doivent être familiarisés avec la mode de chaque époque, mais ils doivent en outre étudier les vêtements d’une grande variété de poupées, en particulier celles qui sont dotées de garde-robes complètes. Ils sont aidés en cela par la lecture des grands magazines de mode : Vogue, Harper’s Bazaar, Marie-Claire, Cosmopolitan, Elle, Gentlemen’s Quarterly,… Une terminologie parfois confuse vient compliquer la situation : selon l’époque, le même mot peut être utilisé pour désigner des vêtements différents et deux mots différents peuvent caractériser le même vêtement.
Les vêtements de poupées rendent compte non seulement des changements dans le domaine de la haute couture mais aussi dans celui de l’habillement de tous les jours. Comme le souligne C. Willett Cunnington dans son livre « English women’s clothing in the nineteenth century » (Les habits des femmes anglaises au dix-neuvième siècle), « il devrait être impossible de confondre un costume typique d’une période de l’Histoire avec celui d’une autre période. Ils peuvent présenter des caractéristiques similaires mais chacun a sa marque distinctive ».
Certains collectionneurs réagissent avec scepticisme à l’excellent degré de conservation de textiles vieux d’un siècle. Ils doivent cependant être rassurés : il est probable que les très vieux tissus, généralement faits de fibres naturelles (coton, laine, soie, lin), résistent mieux à l’usure du temps que les tissus plus récents soumis à un traitement chimique intensif.
Nous vous conseillons trois ouvrages de référence pour l’étude des costumes et des textiles, signalés plus bas dans les sources de l’article : « The collector’s book of dolls’ clothes », « Dictionnaire du costume » et « Dictionnaire encyclopédique des textiles ».

Les trois catégories de vêtements

Il convient de distinguer trois catégories de vêtements de poupées selon leur méthode de fabrication :

  1. Les vêtements artisanaux (photo de gauche ci-dessous)
    Ce sont les plus répandus. Ils reflètent l’habillement de tous les jours de nos ancêtres. Le style est généralement dépouillé et parfois démodé, lorsque les vêtements sont réalisés à partir de patrons datés. L’emplacement de certaines coutures révèle parfois une réutilisation du tissu, difficile à comprendre en nos temps d’abondance. Le savoir-faire dans la confection des vêtements dépend de la couturière, généralement pas une professionnelle : la fillette qui joue avec la poupée, une grande sœur ou une adulte.
  2. Les vêtements faits par une professionnelle
    Ils peuvent être réalisés à la maison ou dans une entreprise. Les familles aisées recevaient régulièrement une couturière professionnelle à leur domicile pour confectionner les vêtements des enfants et aussi, dans le même style, ceux de leurs poupées. Parfois, les fabricants de poupées louaient les services de couturières professionnelles, de leur épouse ou de sous-traitants artisanaux. Jusqu’aux années 1920, il était courant de voir des rue entières de couturières expérimentées occupées à confectionner des vêtements de poupées à la mode avec des textiles de qualité, dont certains sont parvenus jusqu’à nous.
  3. Les vêtements commerciaux (photo de droite ci-dessous)
    Il y a une grande part d’ostentation dans ces vêtements. L’attrait accrocheur d’un vêtement de fabrication industrielle bon marché et voyant se ressent toujours après qu’un siècle a terni son éclat et flétri ses dentelles. Les coutures sont longues, et les vêtements souvent simplement épinglés ou collés. Les styles peuvent varier mais reflètent toujours une époque, car les fabricants évitent soigneusement de laisser leurs poupées se démoder. Venons-en maintenant à la conception : une fois les patrons jugés satisfaisants, une maquette est construite sur laquelle sont opérées les révisions de style. Lorsque ces révisions sont approuvées, les tissus appropriés sont sélectionnés et la production en série peut commencer. Des ciseaux mécaniques découpent d’un seul coup un grand nombre de pièces identiques. Même lorsque les vêtements sont produits en masse, ils sont partiellement modifiés chaque année pour tenir compte de la demande de nouveauté : une poupée à succès peut se maintenir plusieurs années sur le marché, tandis qu’un costume ne dure au plus que deux ans.
    Les vêtements de poupées suivent habituellement la mode enfantine, mais l’inverse est également possible. La confection des vêtements de poupées prend du temps : il s’écoule de nombreux mois entre leur conception et la mise sur le marché de la poupée habillée. La datation des vêtements commerciaux de poupées s’appuie sur leur parution dans des publicités ou des catalogues. Les fabricants ne vendent pas toujours l’intégralité de leur stock, dont une partie se retrouve en entrepôt plusieurs années : ces poupées sont généralement offertes en prime ou soldées. La concurrence impose un coût de production minimal des vêtements de poupées, entraînant leur fragilité et leur remplacement par des vêtements artisanaux : il n’est pas rare de trouver dans la garde-robe de poupées à vêtements artisanaux un vêtement commercial résiduel.
    Déterminer si une poupée est habillée avec ses vêtements d’origine est rarement chose aisée. Les poupées qui proviennent directement de la famille du premier propriétaire sans passer d’un collectionneur à l’autre sont très probablement dans leurs vêtements d’origine. Malheureusement, les collectionneurs et les marchands ont trop souvent refait, échangé ou retouché les vêtements. Les marchands dignes de confiance avertissent leurs clients de la provenance de leur nouvelle poupée, premier propriétaire ou collectionneur. Cette bonne pratique gagnerait à être généralisée à tous les marchands et aux parties du corps de la poupée : en effet, les collectionneurs ont trop tendance par caprice à démembrer leurs poupées.
    La plupart des musées refusent les poupées qui ne sont pas dans leurs vêtements d’origine. Par chance, cela est relativement rare. Quoi qu’il en soit, le registre des entrées du musée précise la provenance de chaque poupée, premier propriétaire ou collection.


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Le vêtement d’origine comme artefact historique

Les vêtements d’origine des poupées sont importants à plus d’un titre. D’un point de vue artistique, ils conviennent habituellement mieux à leur poupée que tout autre vêtement ultérieur. Ils sont partie intégrante de la poupée et répondent aux canons de beauté en vigueur lors de sa création. Des tenues plus récentes trahissent presque toujours leur substitution aux tenues d’origine plus authentiques. Même des stylistes ne peuvent reproduire la beauté simple ou le charme voyant des vêtements d’origine.
Alors que les voyages se démocratisent, les changements dans la mode ne dépendent plus seulement du temps mais aussi de l’espace. Les poupées prennent une part très importante dans la diffusion des connaissances sur l’évolution de la mode. Au XVIIIe siècle, les grands maîtres de la mode tels que Rose Bertin, modiste à la cour de France, utilisent les poupées pour montrer leurs créations de vêtements. Après la Révolution Française, un nombre croissant de magazines et de gravures de mode tiennent informées les personnes élégantes, mais les poupées restent à l’occasion des propagatrices de l’évolution de la mode, et ce jusqu’au XXIe siècle.  Des couturiers français célèbres tels que Jeanne Lanvin, Paul Poiret, et plus près de nous Christian Dior et Jean-Paul Gaultier, emploient des poupées comme mannequins (photo ci-dessous, le Théâtre de la Mode).


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Les artefacts courants du passé sont mal documentés : peu de gens se soucient de décrire des objets que tout le monde connaît bien ; les vêtements de mode font l’objet d’écrits détaillés, pas ceux portés par les gens du peuple. Les vêtements préservés dans des musées ou dans des collections privées sont généralement des tenues pour des occasions spéciales telles que le mariage. Les costumes de tous les jours, ainsi que ceux des poupées dans une moindre mesure, sont rarement sauvegardés pour la postérité, ou alors ils sont modifiés en profondeur.
Lors de la peinture de portraits, les modèles portent généralement leur plus belle tenue, ce qui n’empêche pas l’artiste de s’autoriser une certaine licence artistique, à la manière des gravures de mode. C. Willett Cunnington, dans son livre précité « English women’s clothing in the nineteenth century » (Les habits des femmes anglaises au dix-neuvième siècle), écrit : « on doit par dessus tout éviter de ressembler à l’une de ces vulgaires gravures de mode sophistiquées que la génération suivante accepte comme portraits de l’époque ». Les photographies du XIXe siècle sont généralement des portraits formels ; les photos naturelles s’avèrent relativement rares jusqu’à la fin de ce siècle.
À quelques exceptions près, les vêtements de poupées représentent l’habillement réel mieux que tout autre artefact historique : peintures, photos et gravures de mode ne sont pas tridimensionnelles. Un autre avantage de la poupée habillée pour les étudiants en histoire du costume est qu’elle porte non seulement la tenue mais également les sous-vêtements, le chapeau, les bas, les chaussures et les accessoires qui composent un ensemble en vogue : la jupe peut être soulevée et le jupon, la chemise et la culotte examinés. De plus, lorsque la poupée est accompagnée de son trousseau, celui-ci est souvent documenté. La garde-robe des personnes est rarement conservée, alors que celle des poupées peut l’être.

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La datation des poupées à l’aide de leurs vêtements d’origine

Les vêtements sont un élément clé dans la datation et l’identification des poupées, à condition qu’ils soient reconnus comme étant d’origine. Les collectionneurs ont tendance à dater leurs poupées de l’époque à laquelle leur type est apparu pour la première fois sur le marché, mais cette pratique surestime parfois largement leur âge. L’estimation de l’ancienneté des vêtements d’origine est souvent la méthode la plus précise -et dans de nombreux cas- la seule possible pour obtenir une identification chronologique exacte.
Une des procédures les plus précises pour dater les vêtements d’origine consiste à les comparer aux publicités et illustrations de catalogues contemporaines. Elles fournissent la date à laquelle les poupées habillées selon une mode donnée étaient présentes sur le marché. Une autre excellente procédure est l’étude des brevets de conception des poupées habillées. Ceux-ci, bien sûr, s’appliquent principalement aux poupées à vêtements commerciaux. Autour du milieu du dix-neuvième siècle, des patrons pour vêtements de poupées commencent à être publiés, qui aident à dater de nombreux vêtements artisanaux. Sont également utiles les portraits ou photographies contemporains datés d’enfants jouant avec des poupées habillées (photo ci-dessous), spécialement à l’époque où les publicités sont moins courantes. Les dessins de poupées dans les livres et périodiques pour enfants ont une moindre valeur car ils sont souvent sujets à une licence artistique. Les poupées représentées peuvent être anciennes, ou le dessin lui-même beaucoup plus vieux que le livre.


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Les poupées habillées documentées sont rares, mais elles peuvent être extrêmement utiles pour dater d’autres poupées similaires. Il reste toutefois nécessaire de s’assurer que la documentation est exacte, et non pas le résultat d’une déposition sur la foi d’un tiers. Souvent, la personne considérée comme la première propriétaire est la mère qui a acheté la poupée et non pas sa fille qui joue avec, ce qui fausse d’une génération la datation de la poupée. Il faut également se souvenir que les vêtements d’origine d’une poupée documentée peuvent être des secondes mains d’une poupée plus ancienne ou appartenir à une époque antérieure.
La mode pour les poupées est habituellement proche, mais pas identique, à celle pour les personnes. On se doit d’examiner les poupées contemporaines pour savoir à quoi ressemblent leurs vêtements, plutôt que d’en juger d’après la mode haute couture montrée dans les magazines spécialisés. En fait, peu de poupées sont habillées en haute couture, considérée comme d’avant-garde. Elles sont plutôt vêtues dans le style en vogue, éventuellement modifié par le temps, le caractère pratique de la production et l’adaptation au personnage. Une mode n’existe que pour une durée limitée, alors que les styles peuvent revivre. Parfois, plusieurs styles sont combinés dans une nouvelle tenue, créant une mode passagère. À la fois dans le passé et le présent, les vêtements de poupées reflètent presque toujours les modes et les styles contemporains, bien que ces derniers soient parfois poussés aux extrêmes avec les poupées. Ceci est dû en partie à la taille miniature des vêtements. On rencontre aussi une simplification excessive, en particulier des vêtements confectionnés par des enfants.
Au dix-neuvième siècle, le même type de vêtements apparaît parfois dans les catalogues sur le même type de poupée pendant plusieurs années. Cette pratique peut être attribuée au coût élevé des coupes ou motifs d’imprimeur. Ainsi, bien que la même coupe soit réutilisée par des compagnies identiques ou distinctes, elle peut en fait être utilisée pour représenter des costumes complètement différents. Il est par conséquent difficile de dater les vêtements de poupées antérieurs à 1900 aussi précisément que ceux postérieurs à cette date. Mais les tendances de la mode sont évidentes, et les méthodes de datation proposées ici représentent généralement l’instant probable de première apparition sur le marché d’une mode et, à chaque fois que c’est possible, la durée de vie complète de cette mode.
La datation précise des poupées issues de catalogues de vente en gros et au détail est parfois difficile. La plupart des catalogues sont des éditions d’automne et d’hiver. La date de publication réelle du catalogue est indiquée dessus, mais parfois, surtout pour les catalogues français annonçant les cadeaux du Nouvel An, cette date est celle de la nouvelle année. En ce qui concerne les vêtements montrés sur les poupées, il importe peu que la poupée soit annoncée comme un cadeau de Noël d’une année donnée ou comme un cadeau de Nouvel An de l’année suivante, ce qui ne représente qu’un écart d’une semaine. Afin de retirer les matériaux non pertinents, certaines pages du catalogue sont recomposées.
À côté des modes réelles, les types de tissu et d’ornements, le savoir-faire et les accessoires aident à dater les vêtements d’une poupée. Un des problèmes pour l’attribution de dates aux textiles est l’utilisation fréquente sur les vêtements d’origine d’anciens matériaux et ornements, sauf pour les vêtements commerciaux. Les variations de savoir-faire dépendent plus de l’origine géographique et de la catégorie de prix que de l’âge de la poupée. Toutefois, les vêtements de poupées confectionnés avec un travail manuel de grande qualité datent généralement d’avant le vingtième siècle. C’est avec les poupées faites en France que l’on rencontre une confection de qualité et un style en vogue. Les vêtements de poupées commerciaux faits aux États-Unis au vingtième siècle ont tendance à être plutôt mal finis et cousus à la machine. Les vêtements raffinés entièrement faits à la main ont toujours appartenu à la catégorie luxe, même après l’introduction de la machine à coudre.
Les vêtements artisanaux faits à la maison sont encore plus difficiles à dater que les vêtements commerciaux (photo ci-dessous, poupée en porcelaine de datation inconnue). De nombreux vêtements artisanaux sont imaginés à partir de tissus anciens. Ils peuvent copier le style de presque toute période et sont rarement les plus récents. La couturière peut avoir copié une robe de poupée vue auparavant ou une robe ancienne préférée de la famille. Toutefois, cette copie finit habituellement par être mise à jour.


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La cohérence est une qualité parfois absente des premiers écrits sur les vêtements de poupée. Par exemple, un auteur commente en 1876 : « les ficelles font négligé », puis quelques phrases plus loin recommande de mettre des ficelles aux caleçons pour les attacher. Ceci nous enseigne qu’à défaut de meilleure méthode pour attacher les vêtements, les ficelles (ou les rubans) sont très répandues et que le lecteur doit se méfier des conclusions trop hâtives. De manière générale, une description rapide et aisée des vêtements de poupée à une période donnée est impossible. Une analyse détaillée est nécessaire pour extraire les caractéristiques saillantes requises pour une identification valide.
Après 1850, les nombreux patrons publiés fournissent un moyen utile pour dater certains vêtements de poupées artisanaux. Ces patrons apparaissent généralement pour la première fois dans des périodiques avant d’être publiés dans des ouvrages plusieurs années plus tard. Par exemple, dans dans le « Godey’s Lady’s Book » en 1860 avant « The Girl’s Own Toy Maker » jusqu’en 1868 ; dans le « Harper’s Bazaar » en janvier 1868 avant le livre hollandais de 1870 « De kleine Bazar ». Les mêmes patrons se retrouvent dans les éditions successives d’un livre pour enfants : il est alors impossible de vérifier quelle est la date de publication d’un patron donné. Cette duplication à des dates ultérieures signifie que les mêmes patrons ont dû être utilisés sur une période considérablement longue. Les modes nouvelles apparaissent habituellement pour la première fois dans des périodiques, en particulier français ; environ un an plus tard elles se retrouvent dans des périodiques américains, puis des années plus tard dans un livre. Par conséquent, le type de source de publication doit être pris en compte pour dater les vêtements.
La possibilité qu’un collectionneur expérimenté puisse avoir récemment ré-habillé une poupée à partir de patrons anciens, en réalisant ses vêtements à partir de vieux tissus et ornements, pose des problèmes de datation que l’on ne rencontre habituellement pas avec les vêtements commerciaux. Pour cette raison entre autres, un collectionneur consciencieux se doit de transmettre les connaissances en sa possession sur une poupée et ses vêtements au propriétaire suivant.

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Caractéristiques révélées par les vêtements d’origine

En dehors de l’époque de fabrication, les caractéristiques d’une poupée incluent le sexe et l’âge, l’origine géographique, le type de production, le statut économique, etc. Généralement, les vêtements d’une poupée la font homme ou femme, jeune ou vieille. Sa garde-robe peut la métamorphoser en garçon ou en fille, en femme ou en enfant, selon la sélection de vêtements dictée par la fantaisie de son propriétaire. Les collectionneurs ne sont souvent pas conscients que leur poupée représente un enfant plutôt qu’un adulte. Selon une idée fausse répandue dans le passé, toutes les poupées anciennes représentent des adultes. Cette conclusion provient du fait que les enfants et les adultes portent des vêtements similaires. Même dans le cas de poupées du XVIIIe siècle, lorsque des différences d’habillement commencent à apparaître, la discrimination entre les poupées vêtues en adulte ou en enfant requiert un œil exercé. Toutefois, si une poupée enfant possède des vêtements d’adulte dans sa garde-robe, il n’y a pas de raison de suspecter leur authenticité s’ils s’ajustent à la poupée et sont de la même époque qu’elle.

Vêtements contemporains

Lorsque les collectionneurs utilisent des vêtements contemporains pour leurs poupées, ils sont supposés en prendre note. Il est fréquemment impossible de décider si des vêtements bien ajustés, de la même époque que la poupée, sont d’origine ou simplement contemporains, à moins qu’un enregistrement le précisant ait été conservé. D’un point de vue historique, il est peu significatif qu’un vêtement ait appartenu à l’origine à une autre poupée similaire de la même époque. L’important est d’être capable de reconnaître la période et le type de poupée auxquels le vêtement a appartenu. Un vêtement de la période correcte, confectionné pour un type et une taille de poupée similaires, lui sera presque toujours ajusté.

Histoires sociale et économique révélées par le vêtement d’origine

L’importance de l’enfance et son effet sur la vie des futurs adultes sont de plus en plus reconnus, bien qu’ils n’aient pas été négligés par le passé. Les jouets ont un rôle de premier plan dans l’environnement d’un enfant, et la poupée est l’un des jouets les plus importants. La peine évidente consacrée par les jeunes enfants à la réalisation de grossiers vêtements de poupées est une preuve tangible ainsi qu’un formidable aperçu de leur apprentissage créatif et de leurs expériences passées. L’effet sur les enfants des types variés de poupées habillées avec lesquelles il joue peut être déduit de la condition actuelle et de la disponibilité de ces poupées. Dans le livre « Memoirs of a doll » (Mémoires d’une poupée), traduit du français et publié en anglais en 1853, il est écrit « si l’on y regarde de près, oui de très près, la poupée est le pivot de l’humanité ; telles que sont les fillettes avec leurs poupées, telles seront les femmes quelques années plus tard ».
Avant le XXe siècle, les femmes avaient peu de perspectives d’avenir autres que le mariage, et la préparation des filles à un mariage réussi constituait une part essentielle de leur éducation. La connaissance des vêtements, de la mode et la maîtrise de la couture étaient considérées comme des efforts vitaux pour la conquête d’un bon mari. Par conséquent, les poupées habillées n’étaient pas seulement des jouets pour enfants, mais aussi des outils d’éducation des petites filles, qui devraient plus tard savoir comment s’habiller à la mode, faire ou acheter leurs propres vêtements, ou superviser une couturière.
Les vêtements d’origine des poupées reflètent les intérêts changeants de la société à divers niveaux sociaux et époques. Pendant les années 1890, par exemple, des poupées de nombreuses cultures deviennent populaires avec l’exploration de contrées étrangères. En période de guerre, l’accent est mis sur les poupées militaires. Les énormes différences de classes sociales se retrouvent dans la grande diversité des habits de poupées : les exquises poupées françaises magnifiquement vêtues sont l’apanage des enfants des familles aisées (photo ci-dessous) ;


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les enfants du peuple jouent avec des poupées bon marché pauvrement habillées, souvent de manière voyante pour donner une illusion de grandeur, éventuellement parées de rubans, dentelles et perles miteux ; parfois seul le devant de la poupée est habillé. La plupart des poupées anciennes des collections sont faites pour les enfants des classes sociales supérieures : seules les familles aisées peuvent s’offrir les poupées françaises et leurs malles de tenues parisiennes qui coûtent plus qu’un mois de salaire d’une famille populaire. Des poupées non habillées sont souvent achetées par les familles modestes et vêtues à la maison de tenues simples.

La reproduction de vêtements

Par le passé, de nombreux collectionneurs n’appréciaient pas la valeur des vêtements d’origine de leurs poupées, et ils s’empressaient de les remplacer par des tenues inappropriées de leur choix. Il est vrai que les vêtements d’origine sont souvent déchirés et délavés. Si cela dérange le collectionneur, il peut ré-habiller la poupée, à condition que les nouveaux vêtements reproduits soient le plus possible dans le style des anciens. Il est important de conserver ces derniers pour leur valeur documentaire et pour leur éventuelle restauration par leur propriétaire suivant. Lorsque des photographies de poupées ré-habillées sont publiées, les vêtements reproduits font désormais partie de l’histoire de la poupée et devraient également être conservés pour assurer son identification ultérieure.
Certains collectionneurs ont le plus grand plaisir à confectionner des vêtements pour leurs poupées anciennes. La plupart de ces vêtements révèlent un savoir-faire, mais ce sont des créations modernes qui conviendraient mieux à des poupées modernes. Si un collectionneur reproduit des vêtements d’origine, il convient alors de les conserver avec leurs photographies, ainsi qu’une note mentionnant leur inventaire et la date de la reproduction. Un vêtement contemporain est bien sûr toujours préférable à une reproduction moderne.
Malheureusement, les collectionneurs novices pensent que copier une robe conçue pour une personne, comme celles dont on trouve le patron dans le  « Godey’s Lady’s Book » ou un autre périodique de mode, est suffisant pour reproduire la robe d’une poupée ancienne. Une gravure de mode du Godey’s, pourtant, ne dit rien ni sur la confection d’une robe ni sur les tissus ou attaches utilisés.
Les costumes d’époque avec lesquels sont habillées les poupées en vêtements d’origine sont généralement conçus pour répondre aux canons de beauté de leur époque de création. Les collectionneurs doivent reconnaître ce fait, et ne pas retoucher ou  tenter « d’améliorer » le costume d’origine. Les collectionneurs ne sont pas toujours assez fortunés pour pouvoir s’offrir des poupées dans leurs vêtements d’origine, ni pour acheter des vêtements contemporains appropriés. Lorsqu’une poupée est nue ou porte à l’évidence des vêtements inadéquats, le collectionneur va probablement chercher à lui confectionner des vêtements qui conviennent.
La totalité des modèles connus de poupées a été habillée pour représenter chaque âge des deux sexes, à quelques exceptions près. Par exemple, le modèle Bye-Lo de Grace Putnam est habillé en nouveau-né ou en bébé, tandis que la poupée avec la tête en biscuit de type F.G. sur un corps d’enfant bien galbé est habituellement habillée en femme, mais aussi en fille, en garçon et même en homme.
Après avoir décidé du sexe et de l’âge de représentation d’une poupée, le collectionneur doit estimer sa date de fabrication, qui n’est pas forcément celle de son costume historique. Pour confectionner un tel costume, le couturier se doit de connaître les vêtements de son époque et de celle de la fabrication de la poupée, et garder à l’esprit le fait que les costumes varient en fonction du statut social, de l’époque et du lieu. Par exemple, une poupée habillée en femme du début du XVIIIe siècle peut représenter une femme de colon américain, une grande dame de la cour de France ou bien une fabricante de jouets allemande, qui auront à l’évidence des costumes très différents.
Puisque la plupart des collectionneurs souhaitent reproduire des vêtements contemporains pour leurs poupées, celles-ci doivent au préalable être approximativement datées. L’ouvrage « The collector’s encyclopedia of dolls », référencé plus bas en source de l’article, procure des données de datation de pratiquement tous les types de poupées  antérieures à 1925, tandis que l’ouvrage « The collector’s book of dolls’ clothes – Costumes in miniature : 1700-1929 » liste les principaux types de poupées par période de production au début de chaque chapitre. Une fois estimée la date de fabrication, le deuxième ouvrage fournit des informations de sélection de vêtements chronologiquement adéquats. Une seconde passe permet de sélectionner la classe sociale à représenter, avant de décider de reproduire des vêtements commerciaux ou artisanaux. La plupart des poupées anciennes disponibles proviennent d’Allemagne, mais elles sont souvent habillées et vendues dans d’autres pays. Elles peuvent représenter n’importe quelle région du Monde.
Les poupées en cire sont principalement produites en Grande-Bretagne. Les modèles en cire coulée, spécialement ceux avec cheveux implantés, sont des jouets de luxe uniquement accessibles aux familles les plus fortunées. Puis viennent les poupées à tête en porcelaine, avec leur trousseau fabriqué en France, représentant parfois des dames ou des jeunes filles. Enfin, arrivent les bébés français à corps en composition. Des millions de bébés produits, nombreux sont ceux vendus en simple chemise, les modèles commercialement habillés étant sans aucun doute des produits de luxe. En revanche, les poupées à cheville en bois du Val Gardena (Italie) postérieures à 1850, les poupées en porcelaine émaillée postérieures à 1880, et certaines poupées allemandes en composition, sont relativement bon marché.
Les têtes collerette, spécialement en porcelaine émaillée ou en métal, sont souvent vendues séparément ; les poupées dotées de ce type de tête sont donc plus vraisemblablement habillées à la maison. Les corps faits à la maison pour compléter les têtes collerette ont souvent des proportions inhabituelles, ce qui ajoute à leur charme mais pose un défi au couturier. Dans ce cas, il est plus prudent de représenter un nouveau-né avec une robe longue ou une femme vêtue simplement :  en effet, habiller une telle poupée comme une enfant avec une jupe et des manches courtes révèlera son corps disproportionné. Une poupée avec un corps fait à la maison ne devrait jamais être habillée avec des vêtements qui reproduisent un costume commercial. De nombreuses poupées allemandes à tête en biscuit sont dénudées ou simplement vêtues d’une chemise. Les costumes confectionnés pour ces poupées peuvent reproduire des vêtements des trois catégories présentées au début de cet article : artisanaux, faits par une professionnelle, commerciaux.
Après avoir décidé du style d’habillement de la poupée, le collectionneur doit rechercher des tissus anciens et des ornements (dentelles, rubans, boutons, ganses, agrafes, photo ci-dessous) correspondant à sa datation.


                                                         © AliExpress

Les tissus pour les poupées anciennes se doivent d’être naturels : coton, laine, soie et lin ; une seule exception est admise, l’emploi de rayonne au XXe siècle. « The american home book », publié dans les années 1860, précise : « les tissus doivent être ébouillantés à l’eau savonneuse, séchés et pressés sans rinçage… de manière à les adoucir suffisamment pour que l’aiguille les traverse aisément. Sinon, frottez les parties à coudre avec un pain de savon blanc ou de la mousse de savon ».
Plus la tenue est simple, plus elle aura du succès. Un excès de décoration nuit à la beauté du costume. Efforcez-vous de confectionner des vêtements répondant aux canons de beauté de leur époque, pas à la mode d’aujourd’hui. Gardez à l’esprit qu’avant le milieu du XIXe siècle tous les vêtements étaient faits à la main, et qu’après cette période les habits de luxe l’étaient également.
Même si les vêtements d’origine de votre poupée sont déchirés par l’usure, ils sont par chance disponibles pour être copiés. Dupliquez-les aussi fidèlement que possible. Certains collectionneurs détachent les vêtements anciens de la poupée pour en faire un patron. Cet effort est louable, mais se fait au détriment des vêtements originaux. Quant aux ornements, leur usure laisse malgré tout suffisamment de matière pour montrer à quoi ils ressemblaient et où ils étaient placés, et permet une restauration correcte.
Les vêtements d’origine des poupées anciennes répondent merveilleusement au nettoyage et au repassage, qui les préservent et améliorent leur apparence. Utilisez un savon doux, ni détergent, ni décolorant ni amidon. Le soleil blanchit les tissus humides. Des feuilles d’herbe à savon broyées ou macérées dans l’eau nettoient et restaurent le coton, le lin et la soie. Une petite brosse à défroisseur à vapeur rafraîchit les vêtements anciens. La remise à neuf ajoute énormément de plaisir à l’entretien d’une poupée, mais réfrénez toute impulsion de modification des vêtements : gardez votre poupée et ses habits aussi propres que possible, sans opérer aucun changement.

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Les tissus pour vêtements de poupées

Avant de nous intéresser à l’histoire des vêtements de poupées proprement dite, faisons un bref détour par l’histoire des tissus pour ces vêtements. Si l’on souhaite confectionner des habits de poupée de qualité muséale (voir plus bas), on se doit d’avoir au préalable une bonne connaissance des tissus et des ornements. Si vous confectionnez une robe pour une poupée des années 1940 avec un tissu qui n’existait pas avant 1960, vous n’obtiendrez pas une qualité muséale ou patrimoniale, même si la couture est d’excellente facture. Et vous pouvez gâcher une belle robe en coton ou en soie avec de la dentelle et des rubans en polyester.
Avant 1900, les tissus existants pour fabriquer les vêtements étaient peu nombreux : coton, laine, soie, lin. Ils étaient respectivement disponibles en densité et style de lourd ou grossier à léger ou délicat. Étonnamment, on peut rencontrer des laines délicates et des soies lourdes.
À la fin du XIXe siècle, le premier tissu synthétique, la viscose, fait son apparition. Après stabilisation, son usage se répand au début du XXe siècle sous le nom de rayonne. Elle est employée pour la lingerie, et les robes raffinées autrefois faites en soie, un tissu beaucoup plus coûteux. La rayonne étant de bien moindre qualité que la soie, les clients s’en détournaient, conduisant les fabricants à promouvoir dans leurs catalogues la rayonne sous l’appellation « imitation soie ». La rayonne présente plusieurs inconvénients : elle ne tolère que le nettoyage à sec ; elle est fragile et se déchire facilement ; enfin, elle s’effiloche aisément, ce qui la rend impropre à la couture artisanale. Entre 1910 et 1950, de nombreux vêtements de poupées sont fabriqués en rayonne. En conséquence, les robes « d’origine usine » sont perdues ou jetées en raison des inconvénients de la rayonne, quelques manipulations dans les mains de petites filles suffisant à les laisser sans forme et déchirées.

Des vêtements de poupée de qualité muséale

Un habillement approprié est essentiel pour l’exposition de poupées anciennes. Il est plus difficile de confectionner des costumes de poupées de qualité muséale que des costumes de qualité ordinaire que l’on réparera et restaurera suivant les besoins. Le costumier se doit de comprendre en profondeur l’habillement et les coutumes de l’époque de fabrication de la poupée, l’histoire de la mode, ainsi que la tenue portée par la poupée en sortant de l’usine.
De nombreux collectionneurs qui se risquent à habiller leurs poupées anciennes le font de façon si inappropriée que c’en est presque drôle. Par exemple, une poupée enfant à tête en biscuit du premier quart du XXe siècle habillée comme une dame en vogue des années 1860. Ce genre de bévue dévalue l’intérêt patrimonial d’une poupée, si belle soit-elle.
Durant la guerre de Sécession, les dames et les poupées portent des jupes à crinoline (photo ci-dessous) et des corsets.


                                                © Old Magazine Article

À la même époque, les femmes portent des shorts-culottes ouverts à l’entre-jambes, sortes de culottes longues avec des cordons en bas des jambes ou froncées avec une bande de dentelle ou un œillet. Plus tard les pantalons à ruches, plus courts, tombent au-dessus ou au-dessous du genou, ni froncés ni bouffants. Le blanc est la seule couleur adéquate pour ces sous-vêtements en coton : elle est considérée comme pure car le blanc peut être bouilli dans la lessive pour nettoyage et désinfection.
À la fin du XIXe siècle, la tournure devient à la mode. Les poupées imitent les styles en vogue et portent des tournures faites de fil tissé et d’un fort rembourrage de coton. Au tournant du siècle, la tournure est démodée et les manches longues font leur apparition.
La plupart des gens associent l’appellation « d’origine » à la couture manuelle. Cette idée est fausse : de nombreux vêtements d’origine, aussi loin que les années 1850, sont cousus à la machine, en usage courant dans les usines à partir de 1870 et dans les foyers à partir de 1889. Cela dit, les machines ne cousant ni les ourlets invisibles ni les boutons, la finition s’exécute toujours à la main. Et il reste encore des foyers non équipés de machine. En définitive, il revient au costumier de mettre en œuvre la combinaison appropriée de couture à la main et à la machine.
Comme souligné précédemment, il existait avant 1900 peu de textiles en usage : coton, laine, soie et lin de divers types. Par conséquent, les costumes de poupées datés de cette époque qui revendiquent une qualité muséale doivent être confectionnés avec ces textiles. Et ceci inclut les ornements. Une dentelle synthétique suffit à disqualifier le costume : les musées, par dessus tout, exigent l’authenticité !
En 1884, la viscose, premier tissu synthétique, baptisé « imitation soie » ou « soie artificielle », est inventée. Bien moins chère que la soie, elle connaît un grand succès avant d’être retirée du marché pour cause de haute inflammabilité. Il faudra attendre 1905 pour voir apparaître une version plus sûre, immédiatement adoptée pour les sous-vêtements féminins raffinés et les poupées. De vieux catalogues  de poupées du début du XXe siècle en font mention sous l’appellation « satin imitation soie ».
La dentelle française de Valence en coton était à l’origine, aussi loin que les années 1600, faite à la main et la plus chère des dentelles. Elle devint bon marché avec la mécanisation, et fut imitée par les fabricants américains. Jusqu’aux années 1800, avant l’arrivée de la dentelle commerciale, des artisans expérimentés utilisent de la dentelle crochetée à la main ou des frivolités en coton pour confectionner des vêtements de poupées.
Enfin, les costumes de qualité muséale doivent avoir des fermetures adéquates, agrafes et boutons pour les modèles les plus anciens, fermoirs cousus par la suite.

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Évolution chronologique
Les  vêtements de poupées avant 1789

Avant la Révolution Française, les poupées étaient principalement de quatre types. Bois : tout en bois, avec des articulations à cheville ou sphériques ; à tête et membres en bois, et torse en chanvre. Cire : tout en cire ; à tête en cire et corps fait d’autres matériaux. En tissu, dont peu sont parvenues jusqu’à nous. En terre cuite, dont peu d’exemplaires ont survécu.
Quant aux textiles des vêtements de poupées, c’est principalement de la soie, en particulier brochée de motifs floraux ou de bandes. Les coupons sont étroits, de 46 à 51 cm de large. La laine est rarement rencontrée. Le coton ou le lin filés à la maison sont utilisés pour les sous-vêtements. La couleur verte est populaire pendant la première moitié du XVIIIe siècle, les teintes pastel pendant la seconde moitié, sous l’influence du rococo. Les ornements sont multiples : galon à fil métallique, guimpe, falbala, dentelle, tulle, paillette, broderie sur soie et crewel. Les types courants de robe sont la robe redingote et la robe à devant ouvert incluant la robe vague à la française. Enfin, la présence de quelques caractéristiques spéciales est à noter : pièce d’estomac, poches séparées, absence de caleçons.

Les  vêtements de poupées de 1790 à 1815

Pendant les années de pénurie des guerres napoléoniennes, il existe quatre types principaux de poupées. Bois : tout en bois, avec des articulations à cheville ou sphériques ; à tête en bois et corps fait d’autres matériaux. Composition : à tête en carton moulé et corps en carton et/ou fait d’autres matériaux. Cire : tout en cire ; à tête en cire et corps fait d’autres matériaux. En tissu, dont peu sont parvenues jusqu’à nous.
Les textiles des vêtements de poupées sont en coton ou soie fins, plus rarement en matériaux tissés lâchement tels que la gaze ou le tulle. Les couleurs prédominantes sont le blanc, le jaune, le marron et le rose. Les ornements sont multiples : ruban, dentelle faite à la machine, broderie, en particulier au tambour, volant, bordure Vandyke, frange, ganse. Les types courants de robe sont : à corsage avec mouchoir de cou croisé devant la taille ou rentré dans l’encolure basse ; à jupe ample ; de style empire, silhouette affinée avec taille très haute ; à coutures d’envers en biseau et manches en retrait ; à manches longues couvrant en partie les mains. Deux nouveautés apparaissent : en 1804, les pantalons et pantalons à ruches ; en 1806, les rubans tramés. Enfin, la présence de quelques caractéristiques spéciales est à noter : réticule remplaçant les poches séparées ; foulards longs ; gants longs en chevreau.

Les vêtements de poupées de 1815 à 1837

Les années qui suivent le congrès de Vienne de 1815 sont marquées par la paix et la prospérité en Europe. Durant cette période, les poupées sont en majorité plus petites que pendant les périodes précédentes et principalement de quatre types. Bois : tout en bois, avec des articulations à cheville ou sphériques ; à tête en bois et corps fait en tout ou partie d’autres matériaux. Composition : tête en papier mâché sur corps en cuir, généralement avec membres inférieurs en bois, appelées « tête vernie avec corps en cuir » dans le commerce. Cire : cire sur composition, habituellement avec corps en tissu et bras en chevreau ; à tête en cire et corps fait en tout ou partie d’autres matériaux. En tissu, avec des traits du visage brodés ou peints.
Les textiles des vêtements de poupées sont en coton, en particulier la mousseline et le chintz, en challis, ou en soie. Les ornements sont multiples : ruban, broderie de tulle, rouleau, ganse, frange, guirlande de fleurs, bouton, bordure Vandyke, feston. Les types courants de robe sont : la robe pelisse, à pièce d’estomac sur le devant, à manches gigot ou à l’imbécile. Quatre nouveautés apparaissent : dans les années 1820, le cuir verni est inventé par Seth Boyden ; en 1829, la crinoline, tissu crin français ; en 1831, l’élastique en caoutchouc remplace progressivement les ressorts enroulés ; dans les années 1830, le coton fait à la machine. Enfin, la présence de quelques caractéristiques spéciales est à noter : bandeaux et ferronnières autour de la tête ; bouton en tissu à base métallique inventé par Sanders ; anneaux métalliques pour trous en œillet des corsets.

Les vêtements de poupées de 1837 à 1851

Le couronnement de la reine Victoria en 1837 inaugure une période de croissance de la concurrence internationale et de grandes expositions. Pendant ces années coexistent cinq types principaux de poupées. À tête en composition : corps tout en chevreau ; corps en chevreau et membres en bois ; corps en tissu et bras en chevreau. À tête en cire : tête en cire sur composition, corps en tissu et bras en chevreau ; tête en cire coulée, corps en tissu et membres en cire ou autres matériaux. À tête en porcelaine émaillée : corps en tissu et bras en chevreau ; corps tout en tissu ; corps en bois, membres en porcelaine émaillée. En bois : tout en bois ; tête en bois sur corps en tissu ou en chevreau ; types variés de membres. En tissu, dont peu sont parvenues jusqu’à nous.
La soie est le plus populaire des textiles de vêtements de poupées. Viennent ensuite les modes de la tarlatane et du velours, puis le coton, en déclin. Le textile est habituellement tissé de deux couleurs complémentaires. L’impression polychromatique est meilleur marché que le tissage de motifs. Des techniques de teinture plus élaborées sont développées. Les ornements, manuels et mécaniques, sont multiples : passepoil, gland, cannetage, ganse, passementerie, dentelle, gros boutons. Les types courants de robe sont : la robe ronde, la robe pelisse, la robe redingote ; on porte deux corsages avec la même jupe, un pour le jour et un pour le soir. Trois nouveautés apparaissent : en 1840, les boutons en porcelaine de Prosper ; en 1841, les triples boutons en lin de John Ashton ; en 1848, les corsets avec fil élastique tissé. Enfin, la présence de quelques caractéristiques et tendances spéciales est à noter : l’usage des combinaisons se répand ; les corsets sont très serrés ; caleçons à bordure Vandyke ou ruchée ; les gants se portent à toute heure dans la classe oisive ; le port des bijoux se fait plus rare.

Les vêtements de poupées de 1851 à 1865

Sous l’effet des révolutions politiques, industrielles et sociales, le Monde change rapidement au milieu du XIXe siècle. Cette époque connaît huit types principaux de poupées. Cire : tête et membres en cire sur corps en tissu ; tête en cire sur composition sur corps en tissu, quelques unes avec membres en bois. Porcelaine émaillée : tête en porcelaine émaillée sur corps en tissu ou en chevreau ; tête et membres en porcelaine émaillée sur corps en bois ; tout en porcelaine émaillée. Biscuit : tête en biscuit sur corps en tissu ou en chevreau ; tout en biscuit ; les premières poupées en biscuit n’ont habituellement pas la chair teintée. Composition : tête en composition sur corps en tissu ou avec membres en bois sur corps en chevreau ; tête de type plâtre sur corps en bois. Bois : tête en bois sur corps en tissu, quelques unes avec membres en bois ; tout en bois. Caoutchouc : tête en caoutchouc sur corps en tissu ; tout en caoutchouc. Poupées en tissu. Poupées en gutta-percha.
Les textiles des vêtements de poupées sont en coton, laine, soie ou une combinaison des trois. Les ornements sont multiples (photo ci-dessous) : ruban de velours, ganse, frange, broderie, dentelle, grelot.

Les robes se séparent en deux pièces, veste et jupe. Quatre nouveautés apparaissent : en 1850, crochets en cuivre et teintures à l’aniline ; en 1856, crinoline artificielle ; en 1858, machine à coudre familiale. Enfin, la présence de quelques caractéristiques spéciales est à noter : manches à deux coutures sur les robes et les vestes ; pièce de chevreau dans les chaussures au niveau des orteils ; bottes balmoral  et avec élastique latéral ; bas à rayures circulaires.

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Les vêtements de poupées de 1865 à 1878

C’est l’époque des garde-robes françaises élaborées pour les poupées dames à la mode. Il existe alors huit types principaux de poupées. Biscuit : tête en biscuit sur corps en chevreau, quelques unes avec des bras en bois ou en biscuit ; tête en biscuit sur corps en bois ; tête en biscuit sur corps en tissu ; tout en biscuit ; toutes les poupées ci-dessus ont des perruques en mohair, cheveux naturels ou fourrure, à l’exception de quelques coiffures moulées. Cire : tête en cire sur composition sur corps en tissu, membres en divers matériaux ; tête et membres en cire sur corps en tissu. Composition : tête en composition sur corps en tissu ou en chevreau ; tête en composition avec coiffure ou perruque moulée ; pour toutes les poupées ci-dessus, les qualificatifs « indestructible » ou « éternel » font référence à la partie de la poupée en composition. Porcelaine émaillée : tête en porcelaine émaillée sur corps en chevreau ou en tissu ; tout en porcelaine émaillée ; les poupées à tête en porcelaine émaillée ont généralement des cheveux noirs moulés, certaines ont une perruque. Tissu : tout en tissu ; poupées de chiffon londoniennes, visages en mousseline sur cire et corps en tissu ; tête en tissu traité (imprégnée de caoutchouc) et corps en tissu. Caoutchouc : tout en caoutchouc ; tête en caoutchouc sur corps en tissu. Bois : tout en bois ; tête en bois sur corps en tissu, quelques unes avec des membres en bois. Poupées en gutta-percha.
Les textiles des vêtements de poupées sont en coton, laine, soie ou une combinaison des trois. Les ornements sont multiples : plissage, volant gaufré, ruché, bouillonné, ganse, frange, cannetage, ruban en velours, dentelle, bordure Vandyke, rosette, attache, feston, guirlande. Les types courants de robe sont : veste avec basque et jupon ; robe polonaise avec combinaison ; tunique avec jupon ; robe princesse ; robe avec traîne. Trois nouveautés apparaissent : au milieu des années 1860, câble à trois doubles cordons pour machines à coudre ; fin des années 1860, apparition des étiquettes de fabricant sur les vêtements ; en 1877, premières soies chargées. Enfin, la présence de quelques caractéristiques spéciales est à noter : apparition de soies japonaises ; l’usage des chemises associées aux caleçons se répand ; les encolures et tailles hautes sont à la mode ; les jupes longues raccourcissent.
Les revues « La poupée » et « Gazette de la poupée » publient en 1864 des images et des descriptions des vêtements des poupées anciennes de Jumeau, Huret, Rohmer, Bereux et autres fabricants français. En 1872, Bru Jeune publie un catalogue de ses poupées.

Les vêtements de poupées de 1878 à 1889

Cette période est l’âge d’or du bébé français à tête en biscuit et corps en composition, baptisé « Bébé incassable », produit en grande série, de quelques milliers par an à la fin des années 1870 à plusieurs millions en 1890. Huit types principaux de poupées y coexistent. Biscuit : tête en biscuit sur corps en chevreau et/ou en tissu, quelques unes avec des bras en biscuit ; tête en biscuit sur corps articulé en composition ; tout en biscuit, y compris les poupées articulées. Cire : tête en cire sur composition sur corps en tissu ; tête en cire sur corps en tissu. Composition ou papier mâché : tête en composition sur corps en tissu ; tout en composition. Porcelaine émaillée : tête en porcelaine émaillée avec coiffure stéréotypée moulée et corps en tissu ; tête en porcelaine émaillée avec coiffure raffinée et corps en tissu ; tête en porcelaine émaillée avec cheveux naturels et corps en tissu ; tout en porcelaine émaillée, cheveux habituellement peints en noir mais existent aussi en blonds, présence d’oreilles percées. Tissu : tout en tissu ; poupées de chiffon londoniennes, visages en mousseline sur cire et corps en tissu ; tête en tissu traité (imprégnée de caoutchouc) sur corps en tissu. Caoutchouc : tout en caoutchouc ; tête en caoutchouc sur corps en tissu. Bois : tout en bois ; tête en bois sur corps en tissu. Celluloïd : tête en celluloïd sur corps en tissu ; tout en celluloïd.
Les textiles des vêtements de poupées sont en coton, laine, soie ou une combinaison des trois. Apparition de textiles chargés. Les ornements sont multiples : ruban, dentelle hors couleur noire, ganse (en particulier croquet et galon à fil métallique), plissage, bouillonné ou smock, passepoil. Les types courants de robe sont : robe taille basse avec jupe courte plissée ; combinaison veste et jupe ; robe polonaise ; polisson et tunique ou jupe du dessus ; robe princesse ; robe à traîne. Cinq nouveautés apparaissent : fin des années 1870, attache des jarretelles en bas du corset et épingle de sûreté danoise avec étui de protection ; début des années 1880, les bandes élastiques remplacent les rubans pour attacher les jupes ; milieu des années 1880, apparition de la dentelle de couleur ; fin des années 1880, attache d’un crochet à l’arrière du corset sur l’œillet de la jupe pour prévenir son glissement. Enfin, la présence de quelques caractéristiques et tendances spéciales est à noter : combinaison de caleçons et corsage attachés ; apparition de plastrons ; tournures sur les robes de poupées ; jupes courtes sur les poupées enfants ; empiècements, parfois sur décolletés carrés profonds Pompadour ; manches longues une pièce amples en haut de l’épaule.

Les vêtements de poupées de 1889 à 1900

Les deux influences principales des vêtements de poupées dans les années 1890 sont les œuvres de la célèbre illustratrice anglaise Kate Greenaway et les poupées multiculturelles promues par le développement des moyens de transport. Le style vestimentaire des personnages de Kate Greenaway s’inspire de la mode enfantine des premières décennies du XIXe siècle (photo ci-dessous).


                                                       © Shanfields

Il existe alors neuf principaux types de poupées. Biscuit : tête en biscuit sur corps en composition ; tête en biscuit sur corps en chevreau et/ou en tissu ; tout en biscuit, y compris les poupées articulées ; les têtes collerette en biscuit et les poupées à bonnet deviennent populaires. Cire : tête en cire sur composition sur corps en tissu ; tête et membres en cire sur corps en tissu. Composition ou papier mâché : tête en composition sur corps en tissu ; tout en composition. Porcelaine émaillée : tête en porcelaine émaillée avec coiffure stéréotypée moulée sur corps en tissu ; tout en porcelaine émaillée. Tissu : poupée tout en tissu, faite à partir de coupons ; tête en tissu traité (imprégnée de caoutchouc) sur corps en tissu. Poupées tout en caoutchouc. Poupées à tête métallique sur corps en tissu. Celluloïd : tête en celluloïd sur corps en tissu ; tout en celluloïd. Poupées tout en bois.
Les textiles des vêtements de poupées sont en coton, laine, soie ou une combinaison des trois. La flanelle se popularise. Des textiles bon marché sont disponibles sur les poupées commerciales. Les ornements sont multiples : dentelle, ruban, ganse incluant croquet et galon, broderie. Styles des vêtements : empiècements ; tailles blousées ; guimpes portées sous des robes sans manches à décolleté profond ; corsages et jupes séparées ; manches longues, spécialement gigot et d’évêque. Six nouveautés apparaissent : boîtes avec patron, poupée et tissus ; poupées de chiffon non découpées et leurs vêtements imprimés sur tissu ; papier crêpe employé pour les vêtements de poupées ; des rubans passent à travers les broderies perlées, spécialement dans les sous-vêtements ; invention de la soie artificielle à base de cellulose ; soie chargée de produits chimiques.
À la fin des années 1880, les bébés français portaient des robes au-dessus du genou. Vers 1890, de nombreuses poupées enfant anciennes les portent au niveau des chevilles ou traînantes. Les éléments stylistiques courants des robes sont : la Gibson girl, les empiècements, les jarretelles portées sur les guimpes, les ensembles veste et jupe, les robes-chemisiers.

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Les vêtements de poupées de 1900 à 1908

La concurrence allemande en production de poupées force la France à unir ses fabricants au sein de la SFBJ (Société Française de Fabrication de Bébés et Jouets) en 1899. Une conséquence directe est la baisse de qualité de la production française de bébés et poupées, tandis que le volume de leur production augmente. Le XXe siècle voit également l’essor de la production de poupées aux États-Unis, en particulier en tissu.
Neuf principaux types de poupées coexistent. Biscuit : tête en biscuit sur corps en composition ; tête en biscuit sur corps en chevreau et/ou en tissu, incluant les imitations de chevreau et de feutre ; pour ces poupées, présence d’yeux mobiles et de bouches ouvertes sur dents apparentes ; tout en biscuit. Tissu : tout en tissu, avec visages imprimés, peints, photographiés ou brodés ; tête en tissu traité (imprégnée de caoutchouc) sur corps en tissu ; poupées faites à partir de coupons. Composition : tout en composition ; tête en composition sur corps en tissu, incluant quelques poupées incassables expérimentales. Poupées tout en caoutchouc. Métal : tête métallique sur corps en tissu ; tout en métal. Poupées tout en bois. Celluloïd : tout en celluloïd ; tête en celluloïd sur corps en tissu. Porcelaine émaillée : tête en porcelaine émaillée avec coiffure stéréotypée moulée sur corps en tissu ; tout en porcelaine émaillée. Cire : tête en cire sur composition sur corps en tissu ; tête et membres en cire sur corps en tissu, principalement pour les poupées d’art ; tout en cire. Poupées tout en cuir.
Les textiles des vêtements de poupées sont en coton, laine, soie ou une combinaison des trois, avec très peu de soie artificielle ; utilisation de textiles extra fins et de teintes pâles ; présence de tartan, de carreaux et de pois. Les ornements sont multiples : dentelle, ruban, ganse et broderie. La présence de quelques caractéristiques et tendances spéciales est à noter : sélection accrue de vêtements et accessoires vendus séparément ; boîtes de trousseaux vendues séparément ; développement des poupées d’art ; apparition des boutons-pression ; crochets à triple fil.
La poupée Bleuette voit le jour en 1905, lorsque les très catholiques éditions Gautier-Languereau commandent à la SFBJ pour le lancement de la revue enfantine « La semaine de Suzette », destinée aux petites filles, une poupée offerte en prime pour tout abonnement annuel. La revue permet ensuite aux jeunes filles de réaliser son trousseau à partir des patrons fournis ou bien de commander celui proposé par l’éditeur. Les costumes de Bleuette s’inspirent souvent de l’actualité. Elle connaîtra le succès jusqu’à la cessation de parution de la revue en 1960.

Les vêtements de poupées de 1908 à 1915

Deux femmes et une entreprise allemandes remarquables, à l’origine des poupées de caractère, s’inscrivent dans cette période : Marion Kaulitz, initiatrice du mouvement des poupées d’art de Munich ; Käthe Kruse, artiste et entrepreneure fondatrice du fabricant de poupées éponyme ; l’entreprise Kämmer & Reinhardt, originaire de Waltershausen, dépositaire de la marque « poupée de caractère ».
Il existe alors dix principaux types de poupées. Biscuit : tête en biscuit sur corps en composition à articulation sphérique ; tête en biscuit sur corps de bébé en composition à membres pliés ; tête en biscuit sur corps en chevreau et/ou en tissu, incluant les imitations de chevreau ; tout en biscuit. Composition : tête en composition sur corps en tissu ; tête généralement en composition dite « incassable » ; corps souvent construit avec des rivets, à l’instar des ours en peluche ; tout en composition. Tissu : tout en tissu ; tête en tissu traité (imprégnée de caoutchouc) sur corps en tissu ; tête en feutre sur corps en tissu ; tout en feutre ; poupées faites à partir de coupons. Celluloïd : tout en celluloïd ; tête en celluloïd sur corps en tissu. Poupées tout en caoutchouc. Poupées tout en bois. Porcelaine émaillée : tête en porcelaine émaillée avec coiffure stéréotypée moulée sur corps en tissu ; tout en porcelaine émaillée. Cire : tête et membres en cire sur divers types de corps, principalement pour les poupées d’art ; tout en cire. Métal : tête métallique sur corps en tissu ; tout en métal. Poupées tout en cuir.
Les textiles des vêtements de poupées sont en coton, laine, soie, lin et un peu de soie artificielle ; utilisation de textiles extra fins ; rayures et imprimés blancs, rouges, bleus et verts. Les ornements sont multiples : dentelle, ruban, ganse, broderie, couleurs contrastées, fourrure et imitation fourrure. Styles des vêtements : robe empire, taille haute ; robes françaises, taille basse ; tuniques russes, incluant les ourlets irréguliers ; barboteuses ; empiècements ; manches de type kimono ; panneaux abaissés sur le devant de la robe. Cinq nouveautés apparaissent : plus de réalisme dans les visages et les vêtements ; robes courtes de bébé ; maillots de corps tricotés ; porte-jarretelles ; armoires remplies de vêtements et de linge de corps pour les poupées.

Les vêtements de poupées de 1915 à 1921

La première guerre mondiale et le bouleversement économique qui s’ensuivit modifient de nombreux aspects du monde des poupées. Les modèles à tête en biscuit allemands et français qui ont dominé le marché ne sont plus disponibles, et chaque pays allié tente de produire ses propres poupées. L’absence de concurrence étrangère favorise la production de poupées en composition aux États-Unis (photo ci-dessous, « Doughboy » d’Ideal Toy, 1917), et des productions expérimentales de têtes en biscuit ont lieu non seulement aux États-Unis, mais aussi au Japon, en Grande-Bretagne, en Belgique, et probablement ailleurs.


                                                         © Ruby Lane

Dès la fin des hostilités, la France reprend la fabrication de poupées à tête en biscuit. En Allemagne, l’inflation galopante de l’après-guerre empêche une reprise immédiate de l’industrie des poupées, sans compter l’animosité mondiale envers ce pays, qui lui fait perdre des marchés.
Neuf principaux types de poupées coexistent. Composition : tête en composition sur corps en tissu, certaines avec des membres en composition ; tout en composition, incluant les corps de bébés à membres pliés. Tissu : tout en tissu, incluant les poupées tout en feutre ; tête en tissu traité (imprégnée de caoutchouc) sur corps en tissu ; tête en feutre sur corps en tissu ; poupées faites à partir de coupons. Biscuit : tête en biscuit sur corps en composition  articulé, incluant les types de bébés à membres pliés ; tête en biscuit sur corps en chevreau et/ou en tissu, incluant les imitations de chevreau ; tout en biscuit.  Celluloïd : tout en celluloïd ; tête en celluloïd sur corps en tissu. Poupées tout en caoutchouc. Poupées tout en bois. Poupées à tête en métal sur corps en tissu. Poupées tout en cuir. Poupées en porcelaine émaillée, pratiquement introuvables.
Les textiles des vêtements de poupées sont en coton, incluant le feutre, en laine, et en soie naturelle ou artificielle. Utilisation de textiles extra fins, unis ou imprimés. Durant la guerre, emploi de couleurs patriotiques des alliés, spécialement le rouge, le blanc et le bleu ; après la guerre, teintes pastel et couleur blanche. Les ornements sont multiples : dentelle, broderie, ruban, tissus de couleurs contrastées. Styles des vêtements : simplifications dues aux pénuries en temps de guerre ; empiècements ; manches de kimono ; pull-overs courts. Quatre nouveautés apparaissent : vêtements larges pour grosses poupées ; essor des vêtements tricotés et crochetés ; décroissance des vêtements artisanaux ; tendance aux ceintures étroites, souvent décorées de rosettes multiples.

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Les vêtements de poupées de 1921 à 1929

Malgré les difficultés du contexte économique de l’après-guerre, l’Allemagne produit à nouveau dès le début des années 1920 la plupart des têtes de poupées en biscuit au niveau mondial. Meilleur marché et de qualité supérieure à celle des têtes de poupées américaines, elles n’en respectent pas moins les spécifications des brevets déposés aux États-Unis. De fait, les plus importantes entreprises américaines de poupées ont des bureaux en Allemagne et exploitent les installations des fabricants allemands.
Il existe alors huit principaux types de poupées. Biscuit, incluant les poupées peintes après cuisson. Tête en biscuit sur corps en composition : poupées à articulations sphériques incluant les corps à membres pliés ; corps de type bébé à membres pliés ; corps à membres et articulations raides ; tête en biscuit sur corps en tissu, poupées Mama et nouveau-nés ; tête en biscuit sur corps en chevreau ou en imitation chevreau et/ou en tissu ; tout en biscuit. Composition :  tête en composition sur corps en tissu, spécialement les poupées Mama ; tout en composition. Tissu : tout en tissu, incluant les poupées à membres longs ; tête en tissu traité (imprégnée de caoutchouc) sur corps en tissu ; tout en feutre ; tête en feutre sur corps en tissu ; poupées faites à partir de coupons. Celluloïd : tout en celluloïd ; tête en celluloïd sur corps en tissu ; tête en celluloïd sur corps en composition. Caoutchouc : tout en caoutchouc ; tête en caoutchouc sur corps en tissu ; tête en caoutchouc sur corps en composition ; en 1927, introduction de mains en caoutchouc sur les corps en composition et en tissu. Bois : tout en bois ; tête en bois sur corps en tissu. Métal : tête métallique sur corps en tissu ; tout en métal. Rares poupées en porcelaine émaillée.
Les textiles des vêtements de poupées sont en coton, incluant le feutre, en laine, et en soie naturelle ou artificielle. Utilisation de textiles extra fins, unis ou imprimés. Emploi de la couleur blanche, de teintes pastels et de carreaux. Les ornements sont multiples : dentelle, broderie, ruban, ganse, tissus de couleurs contrastées. Styles des vêtements : ils se portent large ; présence de culottes bouffantes sous les jupes. Quatre tendances apparaissent : la fabrication de vêtements de poupées devient une industrie ; production d’ensembles de broderies pour vêtements de poupées ; robes en rayonne ; fermetures Éclair.
En 1924, à l’exposition « Dames d’aujourd’hui » présentée à l’Hôtel Jean Charpentier à Paris, 25 figurines sont présentées qui reconstituent l’évolution de la mode féminine depuis 1900 et sont signées Lafitte-Désirat.

Les années 1930, France et Marianne

En mode féminine, la taille basse androgyne de la décennie précédente cède la place à une féminité provocante. Les couturiers parisiens introduisent la coupe en biais, qui contraint les tissus à épouser les courbes corporelles. Les longues robes du soir moulantes en satin, souvent à dos nu, sont en vogue. Durant la journée, on porte des ensembles en laine avec épaulettes et des jupes tombant au genou. Cols et étoles en fourrure sont répandus, ainsi que les petits chapeaux décorés d’une plume ou de fleurs portés sur le côté. Les cheveux sont coupés courts, souvent ondulés au peigne à leur naissance. Les styles sport et plage influencent la mode, et le bronzage est recherché pour la première fois.
Les hommes ne portent des costumes trois-pièces que pour le travail et les occasions formelles. Le costume deux pièces sans le gilet et les tenues décontractées deviennent communs : cardigan tricoté, débardeur, chemise à col souple ; la cravate n’est plus obligatoire. Les pantalons sont portés très larges et hauts, avec ourlets visibles et plis marqués le long de la jambe. Le rasage de près est courant, et les chapeaux melons sont réservés aux hommes d’affaires.
En 1938, les poupées France et Marianne (photo ci-dessous), fabriquées par la célèbre maison Jumeau, avec leur magnifique ensemble de 360 pièces de vêtements et accessoires, sont offertes aux princesses Elizabeth et Margaret du Royaume-Uni (Margaret Rose) à l’occasion de la visite d’État en France de George VI et de la reine Elizabeth. Les « petites princesses », alors âgées de 12 et 8 ans, n’accompagnaient pas le roi et la reine, aussi le directeur du « Journal » conçut-il l'idée du cadeau offert par les enfants de France. Les poupées hautes d’un mètre et leurs objets personnels sont alors exposés au public parisien avant d’être expédiés à Londres dans une grande malle. Présentées formellement aux princesses au Palais de Buckingham par l’ambassadeur de France, les poupées sont ensuite exhibées au Palais Saint-James au bénéfice de l’hôpital pour enfants princesse Elizabeth de York.


                                             © Royal Collection Trust

Bien qu’elles soient voulues comme un gage tangible de l’entente cordiale entre la Grande-Bretagne et la France à la veille de la seconde guerre mondiale, les poupées sont aussi une vitrine de l’industrie française de la mode et du monde prestigieux de la haute couture parisienne. Les plus célèbres stylistes du Paris des années 1930, chaque événement mondain, moment de la journée et saison de l’année sont représentés : le trousseau comprend des bijoux Cartier, des éventails Duvelleroy, des robes du soir Madeleine Vionnet et Jeanne Lanvin, des robes de jour Jean Patou, Marcel Rochas et Paquin, des gants Alexandrine et des sacs Hermès, de la lingerie Charmis, Maggy Rouff et Aux Mille et Une Nuits, des fournitures de papeterie Maquet, des tasses et soucoupes à thé en porcelaine de Sèvres, des chaussures Hellstern, des chapeaux, écharpes et parapluies, des valises, des robes pour les courses à Ascot, des tenues de yachting, des manteaux en fourrure et des imperméables, des négligés de soie, une automobile de course à traction avant Citroën,…

Les années 1940, le théâtre de la mode

Les pénuries dues à la guerre se prolongent jusqu’à la fin de la décennie. Les vêtements sont fabriqués avec un minimum de tissu, peu de plis et pas d’ornements. En mode féminine, les robes sont droites et arrivent un peu au-dessous du genou, portées avec des vestes cintrées et des épaulettes larges. Les uniformes sont fréquents. À partir de 1942, une partie des vêtements est confectionnée selon le plan d’utilité gouvernemental qui rationne les matériaux. Ils sont identifiables par un tampon « CC41 », abréviation de « Civilian Clothing Act of 1941 » (Loi d’Habillement civil de 1941). Pendant la guerre, les accessoires jouent un rôle important en raison de leur coût relativement modéré. La vogue est aux chaussures ou sandales à semelle compensée et aux chapeaux hauts à fleurs. Les cheveux se portent longs, avec des ondulations et des rouleaux stylisés sur le dessus de la tête. En 1947, Christian Dior introduit le « New look », symbolisé par des vestes cintrées aux épaules arrondies sur des jupes amples sous les genoux et des chapeaux larges en forme de soucoupe : cette silhouette révolutionne les codes de la féminité et de la mode.
Côté hommes, l’uniforme militaire et le rasage de près sont de rigueur. Les cheveux sont courts derrière et sur les côtés. Ceux qui sont habillés en civil portent souvent des tenues de ville, avec des pantalons larges fermés haut sur l’abdomen. Après 1945, les hommes démobilisés quittent l’armée avec une tenue « de-mob » comprenant une chemise, une cravate, une veste croisée et un pantalon large.
À l’aube de la seconde guerre mondiale, l’industrie française de la mode est une force économique et culturelle de premier plan : 70 maisons de haute couture et de nombreux stylistes indépendants se partagent un marché florissant. Mais la guerre impacte sévèrement le secteur : couturiers, acheteurs, journalistes, illustrateurs et photographes fuient Paris et la France occupée et cessent leur activité ; le nombre de clientes est en diminution. Ceux qui se battent pour continuer font face à de graves pénuries de tissu, de fil, de papier et autres matériaux. L’occupant a le projet de déplacer le centre de la haute couture de Paris à Berlin et Vienne, en y établissant un quartier général et une école de stylisme avec des professeurs français.
À la fin du conflit, la haute couture, coupée du reste du monde durant cinq ans, subit des critiques de la part des pays anglo-saxons pour les libertés prises par les maisons de couture en matière de fourniture de tissus durant la période de rationnement. Afin de lui redonner son prestige après la libération de Paris et de lever des fonds pour les survivants de la guerre, tout en économisant les matériaux devenus rares, Robert Ricci, le fils de la couturière Nina Ricci, a l'idée d’un théâtre miniature itinérant de la mode, exposant des poupées mannequins habillées par les meilleurs stylistes de la capitale : Nina Ricci, Balenciaga, Germaine Lecomte, Mad Carpentier, Martial & Armand, Hermès, Philippe & Gaston, Madeleine Vramant, Jeanne Lanvin, Marie-Louise Bruyère et Pierre Balmain. À l’initiative de la Chambre Syndicale de la Couture Parisienne, l’exposition baptisée « Théâtre de la mode » tourne en Europe en 1945 (Paris, Londres, Barcelone, Zurich, Stockholm, Copenhague, Vienne) puis aux États-Unis (New York, Boston, Chicago, Los Angeles, San Francisco) avec un nouveau trousseau en 1946 : 180 poupées en fil de fer d’environ 70 à 80 cm de hauteur, dessinées par Eliane Bonabel, présentées en 14 tableaux décorés sous la direction artistique de Christian Bérard et Boris Kochno, conçus par les grands décorateurs de l’époque, dont Emilio Terry, Louis Touchagues, Jean Dorville, Georges Wakhévitch, Georges Geffroy ou Jean Cocteau (photo ci-dessous).


                                               © The Fashion Stories

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Les années 1950, les Teddy Boys et Bild Lilli

La mode féminine poursuit la décennie 1940 finissante, avec des jupes très amples ou fourreau en tissu uni ou en imprimés floraux, des tailles cintrées et des épaules inclinées. La vogue des robes longues et larges favorise l’emploi d’étoffes de bonne tenue : tulle, taffetas, faille, ottoman, gros satin. Pour les toilettes moulantes, on recherche des mousselines, des velours, des toiles de laine, décorés de motifs souvent empruntés au style Louis XV. Les fibres synthétiques, dont la plus célèbre est le nylon, se popularisent : elles donnent des tissus à la fois légers et chauds, résistants et faciles d’entretien. Les vêtements de jour incluent des jupes, des vestes ou des robes en laine ou en tweed. La robe de cocktail constitue la principale nouveauté : tombant au-dessous du genou, son corsage au bustier baleiné autorise des décolletés asymétriques audacieux. La robe du soir est luxueuse et richement brodée : son corsage bustier baleiné dégage complètement les épaules et met en valeur la poitrine. Les coordonnés sont populaires, en particulier les cardigans longueur taille. Les accessoires deviennent indispensables : gants brodés à manchettes, petits sacs en peau, souliers décolletés, sandales à lanières découpées, bas nylon. On porte de petits chapeaux tambourins ou des chapeaux soucoupe à bord large. Les cheveux sont coupés court et bouclés, ou longs et réunis en chignon ou en queue de cheval.
La mode masculine est toujours centrée sur le costume. Un tissu courant est la flanelle grise, portée avec une chemise, une cravate et une pochette. On rencontre souvent des vestes en tweed ou à carreaux portées avec des pantalons non assortis, et des cols ouverts autorisés pour les tenues décontractées. Les adolescents commencent à apparaître comme un groupe social distinct. Leur mode est influencée par celle des vedettes américaines, qui portent des vestes en cuir et des jeans, et par celle des Teddy boys, habillés de pantalons étroits, de vestes longues décorées de velours et de chaussures pointues. Les cheveux sont séparés par une raie latérale et lissés avec de la brillantine.
En Allemagne, Bild Lilli, poupée mannequin apparue en 1952 pour la première fois sous la forme d’un personnage de bande dessinée dans le journal « Bild Zeitung », est produite de 1955 à 1961 par la société allemande O&M Hausser. Contrairement aux autres poupées de son époque, ce n’est pas un bébé mais une jeune femme moderne complètement mature. Elle connaît un succès foudroyant, est l’objet de controverses et sera copiée pour créer la célèbre Barbie en 1959. Les vêtements d’origine de Bild Lilli représentent une part essentielle de l’attrait de la poupée et sont aujourd’hui très prisés des collectionneurs. Ils sont vendus séparément pour constituer un trousseau. Le même vêtement présente souvent différentes combinaisons de couleurs, destinées à la fois à la grande et à la petite Lilli, les deux versions de la poupée sorties respectivement en 1955 et 1956. Quatre tenues spéciales sont proposées : une robe Lilli Marleen, une édition limitée « Magician Lilli » de 1959, une tenue Marlene Dietrich et une robe prototype rose.

Les années 1960, Mary Quant et Barbie

Les revenus des jeunes sont à leur plus haut niveau depuis la fin de la seconde guerre mondiale, suscitant le désir d’une garde-robe qui dépasse la simple copie des vêtements des adultes. La jeunesse, devenue modèle de société et idéal de mode, se détache en groupe social de consommateurs qui favorise l’émergence du prêt-à-porter. Des stylistes comme Mary Quant, créatrice anglaise de la mini-jupe en 1965, et Barbara Hulanicki, fondatrice polonaise du magasin de vêtements Biba à Londres, conçoivent des vêtements à l’usage des jeunes. Des jeunes stylistes français créent leur propre maison de couture : Pierre Cardin, André Courrèges, Emmanuel Ungaro, Jean-Louis Sherrer, Paco Rabanne et Yves Saint-Laurent, pour ne citer qu’eux. À la fin de la décennie, le mouvement hippy venu de la côte Ouest des États-Unis emprunte des textures, des motifs et des couleurs aux cultures orientales. Les femmes plus classiques portent encore des jupes et de robes au-dessous du genou et des vestes, manteaux ou cardigans sur mesure. En maquillage, les fonds de teint pâles, le khôl, le mascara et les faux cils dominent. Les cheveux sont longs ou coupés au carré.
Le fait le plus remarquable en matière de mode occidentale dans les années 1960 est sans doute l’évolution des vêtements pour hommes. Depuis 150 ans auparavant, ils étaient fait sur mesure, unis et sombres. Désormais, le prêt-à-porter offre des éléments colorés tels que la veste sans col, portée avec des pantalons moulants et des bottes. Au milieu de la décennie, les cravates se portent sur des chemises imprimées éclatantes. Les revers de veste et les pantalons prennent des dimensions exagérément larges. Enfin, la tendance est à l’unisexe.
La poupée Barbie naît en 1959 d’un plagiat de Bild Lilli, lancée en Allemagne en 1955 et dont elle reprend les codes : morphologie adulte, cheveux implantés, fabrication en matière plastique avec une garde-robe contemporaine et taille de 29 cm. La première poupée de célébrité voit le jour en 1967 sous les traits de Twiggy, emblème des années 1960 et mannequin le plus célèbre de cette époque (photo ci-dessous).


                                                          © PicClick

Pas moins de 22 tenues sont proposées pour Barbie en 1959, de son maillot de bain initial rayé noir et blanc à une robe de mariée en satin et tulle, en passant par une veste sans col de style Chanel avec jupe fourreau assortie. De fait, les vêtements sont un élément si important du marketing de la poupée que la styliste renommée Charlotte Johnson quitte son poste de professeur à l’école d’art Chouinard de Los Angeles pour habiller Barbie. La plupart des tenues sont reconduites en 1960, à l’exception de « Gay Parisienne », « Easter Parade » et « Roman Holiday », très recherchées par les collectionneurs. Des six nouvelles tenues de 1960, « Friday Night Date » est l’une des mieux vendues, avec son charmant pull bleu en velours côtelé à appliqués de feutre.
À partir de 1961, le style de Barbie change tous les ans et devient une vitrine des tendances de la mode les plus populaires de la deuxième moitié du XXe siècle. Son succès entraîne des rupture de stock, faisant des tenues comme « Plantation Belle » et « Busy Gal » des objets rares. Les tenues sont référencées par un numéro de série. La série 1600, initiée en 1964, est aussi difficile à tracer que la série précédente 900 des années 1959 à 1963, en raison des plus faibles quantités produites. Parmi les raretés de la série 1600, on trouve les tenues « Satin’N Rose », « White Magic » et « Skaters Waltz ». L’état de conservation de l’étiquette  contribue à garantir la valeur d’un vêtement Barbie. Malheureusement, cette dernière se détériore rapidement.
Tout au long de la décennie, la production des vêtements et accessoires Barbie explose. Des tenues pour chaque situation contemporaine imaginable (pourvu qu’elle soit honnête !) accompagnent la poupée. L’introduction en 1962 de packs de mode vendus séparément, qui procurent des accessoires codés en couleurs allant du collier de perles à la paire de chaussons rouges, favorise les combinaisons d’ensembles en vogue. Barbie commence aussi à prendre des vacances qui requièrent des tenues exotiques telles que la mantille noire du modèle mexicain.
La production de la Barbie vintage et de sa ligne de vêtements s’interrompt en 1966. L’année suivante, Mattel introduit Mod Barbie, une version résolument plus tendance qui s’affranchit de sa formalité stricte et de son élégance quasi adulte. Twist’N Turn Barbie, sortie en 1966, est vêtue d’un bikini orange en vinyl et d’une robe cache-maillot en tulle blanc. Elle est dotée d’une articulation de hanche déformable par torsion, comme la plupart des modèles lancés après 1966.

Les années 1970, hippies, discos, punks et résistance à Barbie

Les tendances de la mode adolescente occidentale au début de la décennie sont un prolongement de l’époque hippie : textiles naturels en impression cachemire ou en teinture nouée, styles exotiques, blouses de paysans mexicains et pantalons de gauchos, vêtements africains et indiens audacieusement colorés et ornés de motifs, pantalons serrant les hanches, pattes d’éléphant, jupes micro, mini ou midi, jupes de mamie traînantes, pantaminis et shorts courts portés avec des corsages bain-de-soleil l’été, chaussures confortables telles que hush puppies, sabots et sandales en cuir tissé, go-go boots blanches popularisées par Nancy Sinatra et autres fashionistas, boucles d’oreilles créoles, écharpes et sacs à main en tissu jean recyclé.
Au milieu des années 1970, le style disco s’impose : robes glamour en tissus synthétiques comme le polyester satiné ou la rayonne, robes et bandeaux tape-à-l’œil en tissus soyeux. De nombreuses tenues sont adaptées des vêtements professionnels de danse. Des costumes décorés de paillettes et de strass sont conçus pour briller et scintiller sous les boules de lumière. Des vêtements lustrés à lames métalliques et des pantalons moulants extensibles en Lycra attirent l’attention sur la piste de danse. Des robes portefeuille en tricot jersey sont portées avec d’extravagantes chaussures à semelle compensée. Des chaussures chic à semelles épaisses et talons mesurant jusqu’à 13 cm accompagnent des jeans de styliste.
À la fin des années 1970, le mouvement punk (littéralement vaurien, voyou) s’établit sur des idéaux de non-conformisme, de non-compromission, d’anti-autorité, d’anti-fascisme, d’anti-capitalisme, d’anti-consumérisme, d’action directe et de liberté individuelle. Il est centré culturellement sur un genre musical agressif appelé rock punk. La mode punk comprend des t-shirts volontairement provocants, des vestes en cuir, des chaussures Doc Martens, des coiffures à crêtes colorées, des tatouages et des bijoux voyants. Les punks pratiquent  la modification corporelle.
Une des versions les plus emblématiques de Barbie lors de cette période est la « Malibu Barbie » de 1971 : sa première tenue est un maillot de bain une pièce bleu nattier avec une serviette de plage jaune ; produite jusqu’en 1977, c’est le dernier modèle considéré comme authentiquement vintage par les collectionneurs (photo ci-dessous).


                                                        © Amazon

Devant le succès rencontré par Barbie, la contre-offensive s’organise. En France, Bella sort Marion en 1972, la même année que la Martine de Marki, et Ella en 1973, Clodrey lance Crissy en 1970 et Bettina en 1975, la même année que la Perle de Delavennat. En Italie, à la fin des années 1970, Fiba sort Barbara et Judy. En Allemagne, la Petra à jambes droites est produite en 1970 et Petra star en 1972. En Grande-Bretagne, en 1973, la célèbre styliste anglaise Mary Quant (créatrice de la mini-jupe et du mini-short) lance en association avec la société Flair Toys la poupée Daisy ; la société Palitoy produit une poupée nommée Pippa distribuée en France par Meccano, qui possède une impressionnante garde-robe : durant les années 1970, 48 nouveaux vêtements sortent par an. Face à la déferlante Barbie qui arrive en Espagne en 1978, Famosa réagit avec Nancy mannequin. Aux États-Unis, Hasbro introduit dès 1970 la longiligne poupée Leggy, dont les vêtements reflètent le style de la décennie, pantalons pattes d’éléphant et chaussures à semelles compensées ; la version Ideal Toy de la Tressy d’American Character Doll est une poupée introduite en 1970 sous le nom de Gorgeous Tressy (superbe Tressy) et de Posin’ Tressy (Tressy la poseuse) en 1971 ; de la même société Ideal Toy, Tiffany Taylor en 1974, dont les tenues fleurent bon les années 1970 : robes longues, ourlet à la cheville, bustiers-pantalons et combinaisons-pantalons, bandeaux dans les cheveux, motifs fleuris, socques à talons hauts ; toujours par Ideal Toy, plusieurs versions d’une poupée appelée Tuesday Taylor portent les mêmes vêtements : « Suntan Tuesday Taylor » brunit au soleil,  » Tuesday Taylor beauty queen » a des chaussures magnétiques, « Tuesday Taylor supermodel » bouge les jambes et « Taylor Jones » est une poupée noire.

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Les années 1980, golden boys et poupées pour fillettes

La décennie qui s’achèvera avec la chute du mur de Berlin est matérialiste et insiste sur l’apparence : logos, marques, couleurs, maquillages, accessoires doivent être ostentatoires. La réussite économique fascine, Bernard Tapie et les sagas américaines Dallas et Dynastie donnent le ton. La Grande-Bretagne, qui vit difficilement les années Thatcher, à l’exception des golden boys de la City, remplit de sa musique les charts de toute la planète et impose le mouvement New Wave et les Nouveaux Romantiques. Aux alentours de 1987, la période d’euphorie décline en révélant une nouvelle génération de créateurs parmi lesquels Jean-Paul Gaultier, Azzedine Alaïa et Giorgio Armani.
Loin de cet étalage fric et frime, les poupées des années 1980 restent dans le domaine du rêve pour jeunes filles, comme en témoignent les 15 exemples qui suivent. En premier lieu, Barbie continue de capturer le cœur des fillettes, qu’elle soit habillée en rockstar ou en princesse. Les Cabbage Patch Kids, ces bébés et enfants à la grosse tête ronde et aux membres potelés, sont un des jouets les plus populaires des années 1980. Les poupées gâteau (Cupcake dolls) sont des jouets parfumés ressemblant à un gâteau avant d’être ouverts pour révéler une poupée (photo ci-dessous).


                                                   © The Toy Insider

Les fées fleuries (Flower fairies), nées en 1983, sont une série de sept poupées de 18 cm avec des jupes en forme de pétales et des ailes dans le dos, inspirées par les illustrations de Cicely Mary Barker publiées pour la première fois en 1923 ; elles sont baptisées Almond Blossom (Floraison d’amandes), Christmas Tree (Arbre de Noël), Guelder Rose (Viorne obier), Heliotrope (Héliotrope), Narcissus (Narcisse), Pink (Rose) et Sweet Pea (Pois de senteur).
Jem, promue par la série télévisée musicale d’animation américaine Jem et les Hologrammes (« Jem and the Holograms »), est une poupée rock star de 32 cm entièrement articulée produite par Hasbro, aux cheveux de couleurs vives et aux tenues extravagantes, accompagnée de coffrets aux fonctions musicales. Mattel répliquera avec la ligne « Barbie et les Rock Stars » (Barbie and the Rockers). Dame Boucleline et les Minicouettes (Lady Lovely Locks and the Pixietails) est une série télévisée d’animation en coproduction américaine-française-japonaise diffusée aux États-Unis en 1984 et 1985 et en France en 1987. Elle donne lieu à la production par Mattel de poupées de 21,5 cm à la longue chevelure colorée, accompagnées chacune de trois ou quatre petits écureuils en plastique à longue queue soyeuse que l’enfant peut accrocher dans ses cheveux ou dans ceux de la poupée. Clair de Lune (MoonDreamers) est une série télévisée d’animation américaine diffusée aux États-Unis en 1986 et en France en 1987, destinée à promouvoir une collection de poupées phosphorescentes produite par Hasbro. Elle raconte l’histoire d’un peuple céleste qui apporte de beaux rêves aux enfants de la Terre. Mais la méchante reine Scowlene et ses acolytes les maintiennent éveillés à l’aide de leurs cristaux de cauchemar. My beautiful doll est une série de huit poupées de 44,5 cm à la longue chevelure produites par Hasbro en 1989, entièrement habillées : robe, sous-vêtements, chaussettes, chaussures. Elles sont accompagnées d’un accessoire pour les cheveux (ruban, nœud, serre-tête), d’un peigne démêloir et d’un pendentif assez grand pour être porté par un enfant. Ma jolie ballerine (My pretty ballerina) est une poupée de 40,5 cm en tutu rose produite par Tyco, qui danse en faisant bouger sa tête et son bras droit au son d’une cassette et en s’appuyant sur une barre, fournies dans le coffret.
En 1983, Chris Wiggs réalise pour sa fille Kate une petite maison de poupée à partir d’un poudrier. La société Bluebird Toys de Swindon (Grande-Bretagne) reprend le concept et y adjoint de minuscules figurines de moins de 2,5 cm baptisées Polly Pocket, commercialisées en 1989 et distribuées par Mattel au début des années 1990. En 1998, Mattel rachète Bluebird Toys et reconçoit les Polly Pocket, poupées plus grandes et plus réalistes, avec de nouveaux personnages (Lea, Shani, Lila, Rick, Steven,…). L’année suivante sont introduites les « Fashion Polly ! », poupées articulées en plastique de 9,5 cm, habillées de vêtements en plastique amovibles créés par Genie Toys. Les Polly Pocket sont promues par des adaptations en livres, séries d’animation TV et web, films et jeux vidéo. En 2002, la production des figurines est arrêtée. En 2004, la ligne « Quik Clik » de poupées dont les vêtements s’assemblent au moyen de petits aimants est lancée, créant des problèmes de sécurité relevés par la CPSC (Consumer Product Safety Commission ). En 2010, les proportions des poupées sont modifiées et les Cutants, animaux hybrides, sont introduits. En 2015, la production des Polly Pocket est arrêtée. La ligne effectue un comeback en 2018 avec des figurines légèrement plus grandes que celles de 1990.
Produite par Caleco en 1987, Princess Magic Touch est une ligne de poupées dotées d’une breloque qui, si elle est touchée par leur baguette magique, se transforme en bijou que l’enfant peut porter. Chaque poupée est accompagnée d’une robe amovible, d’une culotte, d’un collier, de chaussures, d’une baguette magique, d’une brosse et d’une breloque. Les poupées sont au nombre de six : Princess, Twinkle, Twirl, Glitter, Fancy et Candy.
Rainbow Brite, également connue au Japon sous le nom de « Magical Girl Rainbow Brite », est une franchise média de Hallmark Cards datant de 1983 : livres, bandes dessinées, albums d’autocollants et cassettes audio et vidéo, séries d’animation TV, films et services de diffusion vidéo en continu à la demande. En 1984, Hallmark Cards accorde à Mattel une licence de production d’objets variés de première génération : poupées, vêtements, linge, jouets et jeux, disques et radios, fournitures scolaires, lampes, livres de contes, puzzles, bijoux, valises, produits d’hygiène et cosmétiques, bicyclettes, literie, rideaux,… En 1996, une licence de deuxième génération est accordé à « Up, Up and Away », une compagnie qui n’existe plus aujourd’hui. Chargée d’exprimer la diversité, Rainbow Brite a quatre amies, « the color crew » (l’équipe de couleur) : Amber (latino-américaine), Cerise (asiatique), Ebony (africaine-americaine) et Indigo (moyen-orientale). La troisième génération (2003), avec une licence de production de poupées et de vêtements accordée à Toy Play, coïncide avec le 20e anniversaire de la franchise. Elle reprend les personnages de Mattel en différentes tailles de 8 à 71 cm, des figurines en plastique PVC aux poupées en peluche. La quatrième génération (2010), avec une licence de production de jouets accordée à Playmates Toys puis à Madame Alexander, est accompagnée d’une série d’épisodes web produits par Animax Entertainment. La franchise est relancée en 2014 avec une mini-série d’animation en trois parties diffusée sur Feeln, le site de vidéo à la demande de Hallmark. En 2015, une licence de cinquième génération pour la production de jouets et de vêtements est accordée à Hallmark Toys, avec en produit phare la gamme de poupées Itty Bitty.
Au début des années 1960, la compagnie britannique de jouets Pedigree Dolls & Toys décide, à grands renforts de publicité, de mettre sur le marché Sindy, une poupée mannequin dotée d’une importante garde-robe, de multiples accessoires et autres articles  assez onéreux que les fillettes et les préadolescentes pourront acheter avec leur argent de poche. Elle deviendra devient une rivale de Barbie et le jouet le plus vendu au Royaume-Uni en 1968 et 1970.
Charlotte aux fraises, « Strawberry shortcake » aux États-Unis, est née en 1977 du crayon de Muriel Fahrion au département « Jeunesse et Humour » de la société « American Greetings » pour illustrer des cartes de vœux. La « Kenner Toy Company » achète la licence et sort plusieurs lignes de poupées de 1979 à 1986. La poupée devient un énorme phénomène de mode et génère plusieurs produits dérivés tels que des autocollants, des albums, des vêtements, un jeu vidéo, des dessins animés,…
« Dites bonjour à une Petite Bénédiction (Tiny Blessing). Juste la bonne taille pour aimer et caresser. Avec des cheveux si doux et des yeux si brillants et une petite couverture câline pour s’enfoncer dans la nuit. Il y a des Petites Bénédictions filles et des Petites Bénédictions garçons, et ils aiment tous les histoires, les berceuses et les jouets. Blottissez-vous contre votre tout nouvel ami car les Petites Bénédictions veulent partager un amour éternel ». Qui sont ces Petites Bénédictions ? c’est un ensemble de huit petites poupées posables de 7,5 cm avec vêtements moulés et cheveux coiffables, produites en 1987 par le troisième fabricant mondial et le premier fabricant japonais de jouets, Bandai Namco : Kris, Michael, Sarah, Christopher, Lee Ann, Elizabeth, Katherine, Philip (photo ci-dessous). Articulées au cou, aux épaules et aux hanches, elles sont vendues séparément. Également disponible, une maison de poupée avec des pièces de mobilier.


                                                           © Flickr

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Les années 1990, mondialisation et poupées remarquables

La dernière décennie du XXe siècle est résolument placée sous le signe de la mondialisation. Internet et téléphone portable diffusent l’information instantanément et partout, entraînant une certaine uniformisation des pratiques et des modes, sous la domination du modèle américain. Le glamour s’impose et le phénomène des top-models culmine. Ces mannequins super-payées à la réputation mondiale ont souvent des antécédents dans la haute couture et travaillent avec des stylistes en vue et pour des marques de vêtements prestigieuses. Au cours des années 1990, les top-models envahissent les médias, signent des contrats de plusieurs millions de dollars et jouissent d’un véritable statut de superstar, allant jusqu’à supplanter les vedettes d’Hollywood.
Au milieu de la décennie sont introduites trois poupées remarquables : la Gene Marshall de Mel Odom produite par les Ashton-Drake Galleries est la première grande poupée mannequin (39 cm) à disposer d’une garde-robe étendue, orientée vers la mode haute couture des années 1930 à 1950 ; Tyler Wentworth, autre grand mannequin (40,5 cm), créé par Robert Tonner et produit par la Tonner Doll Company à l’usage de collectionneurs adultes, est une poupée à récit élaboré et trousseau imposant composé des plus fins tissus (soie, dentelle française, laine, tricot) ; Alexandra Fairchild Ford est une ligne de grandes poupées mannequins (40,5 cm) créée et produite par Madame Alexander pour des collectionneurs adultes, dont le rôle est d’être rédactrice en chef du magazine de mode fictif new yorkais « Élan ».
Mais les années 1990 voient aussi la sortie de poupées éphémères en grande partie oubliées aujourd’hui : Sally Secrets, sorte d’Inspecteur Gadget de l’artisanat avec ses autocollants et ses tampons cachés ; The Lil Miss Dolls, poupées de 33 cm se transformant grâce à leurs propriétés de changement thermique de couleur ; My Pretty Mermaid, sirène laissant apparaître un dessin sur sa nageoire lorsqu’elle est aspergée d’eau ; Magic Nursery vous dit si vous attendez un garçon ou une fille en plongeant la robe en papier de la poupée dans une assiette d’eau qui, une fois dissoute, produit un certificat de naissance et des habits ; Baby Rollerblade, poupée équipée de patins à roues alignées, qui reproduit le mouvement du patinage avec celui des bras et de la tête ; Fairy Winkles, ou Folly Magic, petites figurines représentant des fées nues, cachées dans des paniers, des fleurs, des cygnes,… Baby Tumbles Surprise, poupon effectuant des roulades lorsqu’on le pousse vers l’avant ; Krystal Princess Dolls, petites poupées enfermées dans des boules à neige en plastique, dont le sort étrange consiste à attendre qu’on les délivre ; Sweet Secrets, séries de pendentifs qui se transforment en poupées ou en animaux, les trois poupées de la première série étant baptisées Flashee, Gleamie et Shinie.

Les années 2000, culture des loisirs, marques et offensive asiatique

Le nouveau millénaire voit émerger de jeunes puissances comme la Chine ou l’Inde, de nouveaux défis comme celui de l’environnement et de nouveaux paradigmes comme les réseaux sociaux. Influencée par les États-Unis et par la culture des loisirs, la mode occidentale est une fusion de plusieurs styles vintage, du boho-chic (mélange de bohème et de hippy) et de subcultures associées à des mouvements musicaux comme le hip-hop ou les labels indépendants. La mondialisation impacte aussi la mode, avec les tenues moyen-orientales et asiatiques. Mentionnons enfin les habillements écologique et éthique, tels que les vêtements recyclés et la fausse fourrure.
Créée en 2000 par le célèbre styliste Jason Wu pour Integrity Toys, la ligne de poupées mannequins glamour haut de gamme Fashion Royalty affiche diverses tendances stylistiques de la haute couture et de ses accessoires. Destinée à des collectionneurs adultes, elle comprend des personnages tels que Dania Zarr et la baronnesse Agness Von Weiss. Autre jalon de la décennie, les Sybarites des artistes londoniens Desmond Lingard et Charles Fegen, poupées mannequins de 40,5 cm en résine de 2005, également conçues à l’intention de collectionneurs adultes. Paul Pham créé la ligne de poupées mannequins de 40,5 cm Numina pour Dollcis. Fulla est une poupée mannequin de 29 cm de type Barbie produite en Chine et commercialisée en 2003 en direction des fillettes des pays à majorité musulmane par l’entreprise familiale NewBoy FZCO basée à Dubaï. Lancées en 2001, conçues par Carter Bryant et produites par MGA Entertainment, les Bratz sont devenues célèbres pour leur style streetwear, leurs grands yeux en amande, leur tête surdimensionnée et leurs lèvres pulpeuses et brillantes.
En 2000, Mattel produit la ligne de poupées mannequins parlantes de 23 cm Diva Starz ; dotées d’habits en plastique amovibles, elles sont équipées d’un mécanisme qui leur permet de savoir quel vêtement elles portent et font ainsi des commentaires appropriés. Afin de concurrencer les Bratz, la même entreprise sort deux lignes de poupées à l’intention des préadolescentes en 2002 et 2003 respectivement, My Scene, aussi minces que les premières Barbie mais avec de plus grosses têtes, et Flavas, multiculturelles et hip-hop, avec tatouages et bijoux ostentatoires. Puis c’est au tour de What’s her Face, ligne de quatre poupées mannequins lancée en 2001 : Hip, Cool, Sweet et Glam ; les poupées ont un visage vierge et sont dotées de feutres et de tampons destinés à en dessiner les traits. Teen Trends, sortie en 2005, est une ligne de quatre poupées mannequins de 43 cm fournies avec un placard pour ranger vêtements et accessoires : Gabby, Deondra, Courtney et Kianna. Le début des années 2000 est marqué par les poupées portraits à l’effigie des sœurs jumelles Mary-Kate et Ashley Olsen, actrices de séries télévisées et de cinéma ; la première version est réalisée par Mattel en 1999, lorsque les jumelles ont 13 ans ; articulées au cou, aux épaules, à la taille et aux genoux, elles sont conçues pour le jeu (photo ci-dessous).

La compagnie Thinkway Toys délivre la série de poupées mannequins interactives ‘N Style Girls en 2001 ; ressemblant aux Barbie, elles parlent, chantent et reconnaissent les vêtements qu’elles portent ; elles sont dotées d’accessoires tels qu’une trousse de maquillage, des barrettes, un lecteur de musique avec écouteurs, un sac à main et une brosse à cheveux, et sont au nombre de trois : Nadine l’africaine-américaine, Ava la blonde et Fushia la brune.  En 2002, la société Tiger Electronics produit la ligne de quatre poupées mannequins dansantes Gotta Dance Girls ! commandées par infrarouge : une blonde, une brune, une rousse et une africaine-américaine. Secret Central est une ligne de poupées introduite par Hasbro en 2003, inspirée de stéréotypes universitaires ; chaque personnage est associé à un casier secret protégé par une combinaison qui se trouve sur le produit. Liv est une ligne de poupées mannequins articulées de 30,5 cm lancée par le fabricant de jouets Spin Master en 2009 ; promues par des épisodes web et une chaîne YouTube dédiée, elles possèdent des yeux en verre réalistes et des perruques amovibles.
La décennie 2000 est témoin d’une offensive des poupées venues d’Asie et principalement destinées au marché asiatique. Les Blythe, sorties en 2000 au Japon, sont des poupées mannequins d’environ 11 à 28 cm de haut, dotées d’une tête surdimensionnée et de grands yeux qui se ferment et se rouvrent en changeant de couleur et parfois de direction lorsqu’on tire sur une ficelle munie d’un anneau située derrière leur tête. Pullip, sortie en 2003 en Corée du Sud, est le personnage principal d’une ligne de poupées mannequins de 30 cm à tête relativement surdimensionnée ; elle peut bouger ses grands yeux expressifs d’un côté à l’autre grâce à une petite manette située derrière la tête, cligner des paupières par l’action sur deux boutons également placés derrière la tête, et maintenir les yeux fermés.

Les années 2010, crises, influenceurs et poupées d’art

La décennie 2010 est riche en événements politiques, économiques, environnementaux et technologiques majeurs. Elle commence dans une crise financière qui débouche sur des politiques d’austérité dans toute la zone euro, particulièrement en Grèce, en Espagne et en Italie. Elle se poursuit par le printemps arabe et des attentats islamistes, l’augmentation importante du nombre de réfugiés et la progression des extrêmes en Europe. Sur le plan environnemental, la diminution de la biodiversité et les émissions de gaz à effet de serre se poursuivent, sécheresses et inondations se multiplient sur tous les continents, et le réchauffement climatique devient un enjeu politique et social clé : la décennie 2010 est la plus chaude jamais enregistrée dans le Monde. Deux séismes majeurs se produisent : Haïti et Japon, suivi d’un tsunami provoquant l’accident nucléaire de Fukushima. D’un point de vue technologique, la démocratisation mondiale du smartphone favorise l’essor des réseaux sociaux et déclenche de nouveaux débats sur la place des internautes dans l’espace public et sur la surveillance de masse pratiquée par les gouvernements. L’entrepreneuriat spatial privé utilise des lanceurs réutilisables.
La mode occidentale est marquée par le mouvement hipster, le style athlétique-loisirs (athleisure), un renouveau des vêtements austères des périodes de guerre, des éléments unisexe du début des années 1990 influencés par la musique grunge, et la mode des adeptes du skateboard. Les dernières années de la décennie voient l’irruption des influenceurs de médias sociaux payés  pour promouvoir des marques de mode éclair.
Mattel lance les Monster High en 2010, détournements de personnages issus de la littérature et du cinéma de monstres, d’horreur ou encore de thrillers ; en 2013, les Ever After High sont des ados fréquentant un pensionnat d’enfants de héros de contes de fées et de récits fantastiques ; en 2017, les Enchantimals sont des personnages hybrides mi humains mi animaux, chacun accompagné d’un animal de la forêt qui lui ressemble.
En 2014, l’artiste Nickolai Lamm dévoile Lammily, poupée mannequin aux proportions réalistes, conçue à partir d’une Barbie redessinée au niveau des formes (pour reproduire les mensurations moyennes d’une américaine de 19 ans), du visage et des cheveux, dotée d’articulations supplémentaires et d’un maquillage atténué.
En 2019, MGA Entertainment sort la première ligne de quatre poupées mannequins LOL OMG (Lil Outrageous Littles Outrageous Millennial Girls), grandes sœurs des LOL Surprise tots et des LOL Surprise lil sisters : Royal Bee, Neonlicious, Swag et Lady Diva sont les grandes sœurs respectives de Queen Bee, Neon QT, MC Swag et Diva. Puis sortent d’autres lignes à un rythme soutenu pour atteindre en 2021 un total de plus de 40 personnages dont le premier garçon OMG, Rocker Boi. Les LOL OMG ont un air de famille avec les Bratz, produites par la même compagnie.
Le début des années 2010 est marqué par l’introduction de la ligne de poupées mannequins haut de gamme à récit Poppy Parker d’Integrity Toys. Poppy, naïve et ingénue, arrive à New York et devient une vraie citadine. La ligne comprend quatre modèles : Coney Island Saturday, en tenue de style marin, frange bouclée queue de cheval et regard de côté ; Beatnik Blues, en veste et jupe bleus, cheveux longs et frange raides, col roulé, béret et chaussures noires plates ; Look of Love, robe blanche en tulle à perles, chignon droit, pochette à la main, bracelet en diamant et boutons d’oreille assortis, et chaussures argentées à bride arrière ; le quatrième modèle est l’ensemble cadeau « She’s Arrived ! » en édition limitée de 350 exemplaires (contre 500 pour les autres modèles), Poppy blonde avec des faux airs de Grace Kelly : elle porte un tailleur fuchsia typique des années 1960, une robe à impressions géométriques et encolure bateau, une robe longue sans manches jaune beurre avec appliqué de fleurs ou encore une robe imprimée à points noirs et bleus.
La collection 2010 de la Tonner Doll Company comprend quelques lignes de poupées remarquables. Cami & Jon, poupées mannequins de 40,5 cm, adoptent le modèle de corps Antoinette et proposent de nombreuses tenues dans le style contemporain. Cristal porte une magnifique robe rouge et présente un maquillage élaboré (photo de gauche ci-dessous). L’athlétique Jessica Rabbit, 43 cm, est vêtue d’une robe rouge fendue (photo de droite ci-dessous).


        © The Fashion Doll Chronicles           © The Fashion Doll Chronicles

Une nouvelle Ava Gardner (Black Magic, photo de gauche ci-dessous) porte une robe noire et une nouvelle Joan Crawford (Woman of Passion, photo de droite ci-dessous) une robe violette évasée.


     © The Fashion Doll Chronicles           © The Fashion Doll Chronicles

Dans la famille des poupées flapper représentant les sœurs Deveraux, le modèle Backstage Invitation porte une robe noire luxueuse (photo ci-dessous).


                                           © The Fashion Doll Chronicles

Les années 2010 voient aussi l’émergence d’un nouveau paradigme : la poupée mannequin comme objet d’art. Le célèbre styliste Andrew Yang commence à réaliser des poupées en tissu « top-models » de luxe, avec de parfaites répliques à une échelle réduite de vêtements et coiffures en vogue. Contrairement à leurs homologues précédentes, ces poupées ne sont pas destinées à promouvoir la mode, mais à décorer les beaux intérieurs. Ainsi, l’objet des poupées mannequins s’est-il déplacé de sa fonction pratique, élevant les vêtements de leur emploi d’usage à l’expression artistique d’idées et d’individualités.

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Sources de l’article
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Les poupées et les robots comme thérapie : maladies neurodégénératives, dépression, solitude

Introduction

Aux nombreux usages de la poupée rencontrés à travers l’histoire vient s’ajouter à l’ère moderne la fonction thérapeutique. Connue sous le vocable anglais de « doll therapy », elle regroupe l’ensemble des applications de la poupée au traitement non médicamenteux des symptômes associés aux maladies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer, ainsi que de la dépression et de la solitude. C’est un modèle de soin centré non plus sur les tâches mais sur la personne, qui donne une plus grande place à la vision du patient, à son vécu et ses besoins. Des modèles spécialement développés aux usages thérapeutiques sont appelés « poupées d’empathie ».
Les poupons reborn sont également utilisés pour soigner le manque d’enfant, la dépression et la solitude.
Enfin, d’après Serge Tisseron, psychiatre, docteur en psychologie, auteur et membre fondateur de l’IERHR (Institut pour l’Étude de la Relation Homme-Robot) : « les robots ne se contentent plus de capter et de traiter des informations, ils interagissent avec leurs utilisateurs et certains sont même capables de parler. Ces capacités rendent possible leur application en santé mentale, notamment aux pathologies liées à l’autisme et au vieillissement ».

Les poupées et les maladies neurodégénératives

La thérapie par la poupée s’inspire de ce modèle et a pour objectifs, dans le cas des maladies neurodégénératives, d’améliorer le bien-être général des personnes atteintes de démence en réduisant certains symptômes de la maladie, plus particulièrement les manifestations de détresse (anxiété, déambulation, colère,…) et en renouant avec les émotions et les souvenirs perdus. Peu appliquée en France, elle fait de plus en plus d’adeptes aux États-Unis, en Australie, au Japon, en Angleterre, en Suisse, en Italie,…(photo ci-dessous).


                                         © Care Home Professional

La thérapie par la poupée trouve ses fondements théoriques dans les travaux de Bowlby (1969), Winnicott (1953) et Miesen (1993) : les poupées font office d’objets transitionnels et agissent comme une figure d’attachement lors des périodes de stress. En pratique, les poupées sont placées à disposition des personnes de manière à ce que celles-ci les découvrent et puissent interagir avec elles et en prendre soin si elles le décident. De nombreuses expérimentations ont permis de constater les bénéfices de la thérapie par la poupée :

  • apport de confort et de compagnie
  • renforcement de la stimulation sensorielle
  • renforcement de l’initiative
  • diminution des comportements agressifs et de l’agitation
  • diminution de la déambulation
  • augmentation des interactions avec les soignants
  • relâchement des contraintes sur les soignants
  • amélioration de l’expression des besoins
  • amélioration de la prise alimentaire
  • réduction du besoin en médicaments

Ces bénéfices ont été validés en Angleterre par une étude empirique du Newcastle Challenging Behavior Service (groupe de professionnels de la santé mentale). Toutefois, des problèmes sont présents : infantilisation des personnes âgées ; mensonge thérapeutique sur le statut de personne vivante de la poupée ; choix et consentement de la part de personnes démentes ; conflits de propriété et risques de perte ou de détérioration en institution. Sans parler des questions éthiques liées à la substitution de poupées aux êtres humains pour créer du lien, conséquence du manque chronique de moyens des institutions de soins.

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Les poupées et peluches d’empathie

Ce sont des modèles spécialement développés pour les applications thérapeutiques aux personnes âgées souffrant de troubles cognitifs importants. Les poupées d’empathie se présentent sous la forme d’un poupon au visage naïf et neutre (photo ci-dessous). Lestées, elles donnent la sensation de tenir un enfant dans les bras ou sur les genoux. Leur visage volontairement non réaliste permet de prendre une certaine distance par rapport à la poupée, qui apparaît ainsi comme un objet transitionnel vers lequel on projette des sentiments et des comportements, plutôt que comme un faux bébé qui pourrait créer un certain malaise. Leur texture est douce et incite au toucher, à la manipulation et aux caresses. Les poupées possèdent de grands yeux ouverts qui captent le regard de la personne qui la porte.


                                                      © Agoralude

Les peluches d’empathie sensorielles se présentent sous la forme d’un chat ou d’un chien souple, doux et lesté (photo ci-dessous). Elles peuvent être prises dans les bras et serrées contre soi, ce qui améliore les repères corporels pour les personnes atteintes de troubles de la perception, de la maladie de Parkinson, de la maladie d’Alzheimer ou de maladies apparentées. On les porte, on les pose sur les genoux, on les caresse et on leur parle. Le sac lesté peut être chauffé au micro-ondes, ce qui procure une sensation de chaleur réconfortante et apaisante.


                                                     © Agoralude

Les poupées et les traumatismes de l’enfance

Au-delà des maladies neurodégénératives, les poupées peuvent aider les enfants à se remettre d’un traumatisme, dans le cadre d’une thérapie par le jeu. C’est le cas des poupées abstraites en bois sans visage développées par la designer israélienne Yaara Nusboim, en collaboration avec des psychologues. Ces jouets en bois d’érable et polyuréthane souple aident les enfants à exprimer une gamme d’émotions qui peuvent survenir pendant la thérapie : peur, douleur, vide, amour, colère et sécurité. Chacune des six poupées correspond à une émotion (photo ci-dessous).


                                                         © Dezeen

La thérapie par le jeu, initiée par la psychanalyste Melanie Klein dans les années 1930, substitue le jeu à la conversation comme mode de traitement supervisé par un thérapeute. « Les jouets, et non pas les mots, constituent le langage d’un enfant », explique Yaara Nusboim, « le jeu procure une distance de sécurité psychologique avec les problèmes de l’enfant et lui permet d’exprimer librement pensées et émotions ». « Le thérapeute observe les choix de l’enfant », poursuit-elle, « quel jeu il prend, comment il joue, la règle du jeu, et avec ces éléments se documente sur l’état mental et émotionnel de l’enfant ». Cette méthode, bien établie en pédo-psychiatrie, reposait toutefois sur des jouets génériques. L’apport de Yaara Nusboim a été de développer des poupées spécifiques à la thérapie par le jeu, suffisamment attrayantes pour inciter au jeu, mais cependant aussi abstraites que possible pour permettre à l’enfant de projeter dessus sa propre histoire à l’aide de son imagination.

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Poupons reborn, dépression et solitude

Autre type de poupée utilisé comme objet thérapeutique, les poupons reborn (photo ci-dessous). Curieusement, si l’on considère leur énorme succès, il n’existe pas à ce jour d’étude scientifique sur le phénomène des femmes achetant, parfois fort cher, ces bébés hyperréalistes. Bien qu’ils provoquent souvent, par leur éloignement de la norme sociale, une réaction de rejet, il est compréhensible que des femmes expérimentant le départ d’un enfant du foyer, la stérilité ou la perte d’un enfant, y aient recours pour combler un vide douloureux. Sans aller jusqu’à affirmer la réalité du poupon, il leur permet d’apprécier des moments de soulagement et de répit, où elles échappent à la dure réalité de leur manque, et éprouvent la sensation familière de dorloter et choyer un bébé. Qui plus est sans engagement : le poupon est un objet transitionnel sans couches, sans odeur, sans tétée, sans pleurs, qui n’implique aucune responsabilité. Il ne grandira pas, ne vous décevra pas, ne vous quittera jamais, ne vous fera pas ressentir de manque et ne vous dira jamais « je te hais ».


                                               © Gladstone Observer

Les reborn soignent aussi la dépression et la solitude, comme chez Amanda, photographe londonienne quadragénaire et dépressive pendant de longues années jusqu’à ce qu’elle rencontre sur internet AJ, petit garçon avec déjà une tignasse brune, de bonnes joues et une fossette au menton. AJ est un reborn, plus vrai que nature. Amanda l’habille, le promène et le donne à garder à ses parents quand elle s’absente. AJ lui a redonné goût à la vie. Elle a le sentiment qu’il l’écoute, qu’il la comprend. Depuis qu’il est là, plus de crises d’angoisse.

Les robots, nouveaux partenaires de soins psychiques

Les enfants qui présentent des troubles du spectre autistique (TSA) et les personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer sont aujourd’hui les principaux bénéficiaires du développement de la robotique dans le domaine de la santé mentale (photo ci-dessous). Les pathologies associées aux TSA sont très diverses. Toutefois, elles présentent en commun des problèmes de communication et d’interaction sociale, ainsi qu’un éventail de comportements restreint et stéréotypé : les enfants semblent percevoir le monde comme confus, imprévisible et menaçant. Les robots, dont les réactions sont limitées, simples et prévisibles, constituent pour certains des interlocuteurs rassurants et ne sont jamais confondus avec un humain.


                                                    © About Autism

Avec les personnes âgées, certains robots sont des agents de conversation : non seulement ils répondent lorsqu’on les interpelle, mais ils proposent des interactions dynamiques. Beaucoup de personnes âgées ont réduit leur conversation à quelques lieux communs et oublient au fur et mesure les propos qu’elles tiennent : le robot permet de relancer leur discours. Il peut aussi jouer le rôle d’assistant en rééducation psychomotrice par un kinésithérapeute et de facilitateur de relations dans les salles communes d’hôpital ou d’EHPAD, ou à domicile.
Les applications des robots au traitement des maladies mentales font entrevoir trois risques majeurs : le premier est d’oublier qu’un robot est connecté en permanence à son fabricant, auquel il peut transmettre de nombreuses données personnelles sur son utilisateur ; le second est d’oublier qu’un robot est une machine à simuler, qui n’éprouve ni émotion ni douleur, et de mettre notre santé en danger à vouloir les aider ; le troisième est que nous prenions peu à peu les robots comme des modèles, certains humains en venant à préférer la compagnie des robots à celle de leurs semblables, tandis que d’autres demanderaient à leurs semblables d’être aussi adaptés à nos goûts et à nos envies que les robots.
Le développement de la robotique dans les institutions de santé posera à terme des questions à l’ensemble de la société. La relation que nous allons établir avec les machines est en effet appelée à devenir centrale, dans la mesure où nous interagirons avec elles comme avec des humains, sans toutefois leur donner les mêmes droits et responsabilités. C’est ce qui fait dire à Laurence Devillers, chercheuse en intelligence artificielle et auteure : « demain, nos robots devront avoir une dimension morale ». De son côté, l’IERHR a rédigé une charte éthique en cinq points pour assurer un développement des technologies robotiques respectueux des humains : liberté de chacun d’utiliser ou non son robot ; transparence des algorithmes ; autonomie de l’usager ; évitement du risque de confusion entre l’homme et la machine ; égalité d’accès aux technologies innovantes.

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Animaux robots interactifs

En marge des robots à forme humaine, on trouve des animaux robots interactifs. Se présentant sous la forme de chats, de chiens (photo ci-dessous) ou d’oursons, ils conviennent aux personnes âgées qui vivent isolés à leur domicile et ne peuvent plus avoir d’animal domestique. Grâce à leurs capteurs, ils réagissent aux caresses, bougent la tête, les pattes,… Le chat robot miaule et ronronne, le chien robot jappe et aboie, l’ours robot applaudit et fait la sieste. Ils sollicitent l’attention, canalisent l’angoisse et permettent de gérer des moments de crise dans des structures collectives où il n’est pas possible d’être présent en permanence auprès de chaque résident. L’animal robot peut aussi simplement faire office de compagnon pour les personnes âgées qui souffrent de la solitude.


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Sources de l’article
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Les poupées des personnages de Stephen King vont régner sur vos cauchemars !


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De nombreux auteurs se sont spécialisés dans les histoires d’horreur et la prose macabre. Mais il en est un qui se détache du lot par la popularité de son œuvre prolifique : Stephen King. Imprégnée des côtés les plus sombres de la culture américaine (violence, racisme, individualisme,…), son œuvre porte un regard quasiment naturaliste et dénué de complaisance sur la société. À l’occasion d’Halloween, nous allons évoquer sa carrière et l’adaptation sous forme de poupée de certains personnages marquants de ses romans.

La carrière

Né en 1947, Stephen King grandit à Portland (Maine). Son père ayant abandonné le domicile conjugal en 1949, sa mère, son frère aîné adopté David et Stephen vivent dans des conditions financières souvent très difficiles. Ils déménagent fréquemment, Ruth occupant de petits emplois et s’installant près du domicile de ses nombreuses sœurs. En l’absence de père, le jeune Stephen se sent différent de ses camarades. Les deux frères souffrent des restrictions matérielles et du jugement de leur communauté. Stephen gardera toujours ces ressentiments, qui influenceront les intrigues et le caractère des protagonistes de ses romans.
Après avoir vécu à Fort Wayne (Indiana), West De Pere (Wisconsin), Chicago (Illinois), Malden (Massachusetts) et Stratford (Connecticut), la famille retourne dans le Maine à Durham. Stephen a alors 12 ans. Son frère et lui sont des inconditionnels du genre horrifique sous toutes ses formes : roman, nouvelle, bande dessinée, film. En fait, son frère aîné est son premier mentor : il édite un journal ronéotypé appelé « Dave’s rag » (Le torchon de Dave), auquel Stephen contribue.
Lycéen à l’école de Lisbon Falls (Maine), il écrit en 1963 son premier roman, « The aftermath », inachevé et jamais publié. La première histoire qu’il réussit à faire publier, après de nombreux refus, est « I was a teenage grave robber » (J’étais un adolescent pilleur de tombe) qui paraît en 1965 dans un fanzine d’horreur sous le titre « In a half-world of terror » (Dans un demi-monde de terreur).
Étudiant en première année à l’université du Maine d’Orono, Stephen écrit en 1966 son premier roman « Marche ou crève », rejeté à son grand désarroi à un concours du premier roman organisé par l’éditeur Random House. Il réussit l’année suivante à vendre la nouvelle « The glass floor » (Le plancher de verre) au magazine « Startling Mystery Stories ». À l’âge de 20 ans, il peut se targuer d’être un auteur publié. Il écrit aussi des nouvelles qui paraissent dans le magazine littéraire du campus, « Ubris », et dans le journal des étudiants, « Maine Campus », pour lequel il écrit également des articles dans une rubrique intitulée « King’s Garbage Truck » (Le Camion à ordures de King) à partir de 1969. Depuis sa première vente, il n’a jamais cessé d’écrire, aidé au début par les ateliers littéraires du professeur Burton Hatlen. Ses livres ont été adaptés en films de cinéma, séries de télévision et comédies musicales théâtrales.
Il connaît une période de vaches maigres de 1970 à 1972, ne réussit à vendre que deux nouvelles, se résigne à travailler dans une blanchisserie industrielle et développe une dépendance à l’alcool. Entre-temps, il épouse Tabitha Jane Spruce, avec laquelle il fait deux enfants. Après la mort de sa mère en 1973, King et sa famille déménagent à Boulder (Colorado).
Stephen King connaît enfin le succès avec « Carrie », roman publié en 1974. Il décide alors d’arrêter sa carrière d’enseignant et de se consacrer uniquement à l’écriture. La famille revient s’installer dans le Maine en 1975, où il achète sa première maison à Bridgton. Désormais habitué de la liste des meilleures ventes, il publie successivement : « Salem » en 1975 ; « Shining, l’enfant lumière » en 1977 ; « Rage », sous le pseudonyme de Richard Bachman, la même année ; après un bref séjour à Bridgton (Angleterre), la naissance d’un troisième enfant, l’achat d’une maison à Lovell (Maine) qui deviendra par la suite sa résidence estivale, il accepte en 1978 un poste de maître de conférences offert par l’université du Maine et s’installe à Orrington (Maine) pour un an ; cette année-là sortent le recueil de nouvelles « Danse macabre » et le roman post-apocalyptique « Le fléau » ; en 1979, il publie « Marche ou crève » sous son pseudonyme, et « Dead zone ».
Dans les années 1980, Stephen King continue d’écrire à un rythme soutenu : « Charlie » en 1980 ; la même année, il achète la William Arnold House, une demeure victorienne de 23 pièces à Bangor (Maine), dont il fait sa résidence principale ; en 1981 sortent « Chantier » (sous son pseudonyme), l’essai « Anatomie de l’horreur », et « Cujo » ; le roman de science-fiction « Running man » (sous son pseudonyme), « Le pistolero », premier volume du cycle de « La tour sombre » composé de cinq nouvelles, épopée au croisement de plusieurs genres littéraires retraçant la longue quête de la mythique tour sombre par le pistolero Roland de Gilead, et  » Différentes Saisons » paraissent en 1982 ; l’année suivante, il publie « Christine », « Simetierre » et « L’année du loup-garou » ; en 1984, l’auteur aborde le genre de la fantasy avec la parution de deux ouvrages, le conte pour enfants « Les yeux du dragon » et « Le talisman » (photo ci-dessous), écrit en collaboration avec son ami Peter Straub, rencontré lors de son bref séjour en Angleterre ; « La Peau sur les os », cinquième roman publié sous le pseudonyme de Richard Bachman, sort quelques jours après « Le talisman » ; à cette époque, la popularité de l’écrivain atteint des sommets et l’écrivain devient un phénomène médiatique ; il publie le recueil de nouvelles « Brume » en 1985 et « Ça » en 1986 ; trois nouveaux romans sont édités l’année suivante : « Les trois cartes », deuxième volume de « La tour sombre », Misery » et « Les tommyknockers » ; il suit une cure de désintoxication à l’alcool, la cocaïne et les médicaments qui réussira, mais entraînera une période de blocage de l’écrivain de presqu’un an ; à part l’introduction de « Nightmares in the Sky », il n’écrit rien en 1988 ; « La Part des ténèbres » sort en 1989.


                                                          © Filmsactu

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Dans les années 1990, Stephen King retrouve progressivement son rythme d’écriture. En 1990 paraissent une nouvelle édition du « Fléau » et « Four Past Midnight » (Minuit 2 et Minuit 4) ; « Terres perdues », troisième volume de « La tour sombre », et « Bazaar », sortent en 1991 ; l’année suivante sont publiés deux romans à caractère féministe, « Jessie » et « Dolores Claiborne »; il publie le recueil de nouvelles « Rêves et Cauchemars » en 1993, et les romans « Insomnie » en 1994 et  » Rose Madder » en 1995 ; après une brève baisse de popularité, il retrouve cependant les sommets dès 1996 avec sa nouvelle « L’homme au costume noir » ; il remet à l’honneur le genre du roman-feuilleton en publiant les six épisodes de « La Ligne verte » au rythme d’un épisode par mois entre mars et août 1996 ; la même année sortent le même jour « Désolation » et « Les Régulateurs » (sous son pseudonyme),  mettant en scène des personnages portant les mêmes noms et confrontés au même adversaire, une force maléfique nommée Tak, mais dans des situations et des décors radicalement différents ; « Magie et Cristal », quatrième volume de « La tour sombre », paraît en 1997, et « Sac d’os » en 1998 ; l’année suivante, il publie « La petite fille qui aimait Tom Gordon » et le recueil de nouvelles « Cœurs perdus en Atlantide » ; entre les publications de ces deux livres, il est victime d’un grave accident de la route : renversé par une camionnette, il reste hospitalisé trois semaines durant lesquelles il subit cinq interventions chirurgicales, et se remet à écrire seulement 15 jours après sa sortie de l’hôpital ; à la suite de cet accident, il achète une maison à Sarasota (Floride), afin de passer l’hiver sous un climat plus favorable à son état de santé.
En 2000, Stephen King est l’un des premiers écrivains à explorer le marché du livre numérique avec la nouvelle « Un tour sur le bolid' », écrite pendant sa convalescence ; il innove également en proposant de télécharger le premier chapitre du roman « The Plant » depuis son site web et de payer un dollar de façon optionnelle, en s’engageant à continuer tant qu’un nombre suffisant de lecteurs acceptent de payer ; l’expérience tourne court au bout de six chapitres écrits au rythme d’un par mois : le nombre de lecteurs payants diminuant progressivement, l’écrivain finit par abandonner le projet ; « Écriture : mémoires d’un métier », essai autobiographique, paraît en octobre ; en 2001 sont publiés deux romans, « Dreamcatcher » et « Territoires », écrit en collaboration avec Peter Straub ; en 2002, Stephen King annonce qu’il va prendre sa retraite d’écrivain après avoir terminé le cycle de « La tour sombre », en raison du sentiment qu’il éprouve de se répéter et des douleurs engendrées par les séquelles de ses blessures ; il renonce à ce projet, mais ralentit néanmoins son rythme d’écriture ; cette année-là sortent le recueil de nouvelles « Tout est fatal » et le roman « Roadmaster » ; en 2003, l’écrivain partage environ toutes les trois semaines ses opinions sur la culture populaire dans une colonne de l’Entertainment Weekly appelée The pop of King (La pop de King ), publiée jusqu’à janvier 2011 ; il souffre d’une pneumonie, causée indirectement par son accident qui a fragilisé un de ses poumons, et met plusieurs mois à s’en remettre ; le roman « Les Loups de la Calla », cinquième volume de « La tour sombre », est inspiré par le western de John Sturges « Les sept mercenaires » ; « Le Chant de Susannah » et « La tour sombre », respectivement sixième et septième volumes de « La tour sombre », sont publiés en 2004 ; l’écrivain change alors complètement de genre avec la publication du roman policier « Colorado Kid » en 2005 ; l’année suivante, il revient à son genre de prédilection avec « Cellulaire » et « Histoire de Lisey » ; en 2007, il publie sous son pseudonyme de Richard Bachman le roman « Blaze » ; le roman « Duma key » et le recueil de nouvelles « Juste avant le crépuscule » sortent en 2008 ; l’année suivante, l’auteur renoue avec le marché du livre numérique en publiant une nouvelle, « Ur » ; il coécrit avec son fils Joe Hill une autre nouvelle, « Plein Gaz », à l’occasion d’une anthologie rendant hommage à Richard Matheson, l’écrivain qui l’a le plus influencé ; il publie également le roman « Dôme ».
Stephen King commence la décennie 2010 en scénarisant avec Scott Snyder les cinq premiers numéros de la série de comics « American Vampire » ; fin 2010, il publie « Nuit noire, étoiles mortes » ; le roman « 22/11/63 » paraît en 2011 ; l’année suivante, il retrouve l’univers de « La tour sombre » avec « La clé des vents », le huitième et dernier volume du cycle, et collabore à nouveau avec son fils Joe Hill pour l’écriture de la nouvelle « In the tall grass » ; en 2013, il renoue avec le roman policier en écrivant « Joyland », et publie la suite de « Shining »,  » Docteur Sleep » ; son livre suivant, « Mr Mercedes », édité en 2014, est le premier volume d’une trilogie policière ; le deuxième volume, « Carnets noirs », sort en 2015 ; entre ces deux ouvrages, il publie fin 2014 le roman « Revival » ; le recueil de nouvelles « Le Bazar des mauvais rêves » paraît fin 2015 ; l’écrivain termine ensuite sa trilogie policière avec « Fin de ronde », publié en 2016 ; 2017 est une année placée sous le signe de la collaboration : il coécrit avec Richard Chizmar la novella « Gwendy et la boîte à boutons », puis avec son fils Owen le roman « Sleeping beauties » ; l’année suivante, il publie « L’outsider », roman policier surnaturel, le recueil de nouvelles « Classe tous risques » et le conte fantastique « Élévation » ; en 2019 paraissent le roman « The institute », et la nouvelle « Squad D » dans l’anthologie « Shivers VIII » ; en 2020 sortent « If it bleeds », recueil des quatre romans courts « Mr Harrigan’s phone », « The life of Chuck », « Rat » et « If it bleeds », et la nouvelle « The fifth step ».
Stephen King est un collectionneur : machines à écrire, premières éditions d’ouvrages et même stations de radio ! passionné de baseball, il écrit sur ce sport l’essai « Head down » et le poème « Brooklyn august ». Dans l’ouvrage collectif « Mid-life confidential : the Rock Bottom Remainders tour America with three chords and an attitude » paru en 1994, les membres du groupe de rock « Rock Bottom Remainders » dont il fait partie relatent une tournée de huit concerts effectuée en 1993 ; il a également collaboré à plusieurs reprises avec des musiciens : le groupe de hard rock Blue Öyster Cult, Michael Jackson, John Mellencamp,…
Engagé politiquement et socialement, il milite contre la guerre du Vietnam, pour le parti démocrate, contre la censure, contre la prolifération des armes à feu, pour la justice fiscale, et contre les abus des réseaux sociaux. Par l’intermédiaire de la Stephen & Tabitha King foundation, il finance de nombreuses œuvres philanthropiques dans le Maine, notamment dans les domaines de l’éducation et des soins médicaux.

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Les poupées

Le réalisme de ses paysages imaginaires du Maine assure la crédibilité des manifestations démoniaques et des personnages. Tourmentés puis brisés, effrayés puis sauvés, ces derniers sombrent dans la folie, la panique et le meurtre, mais nous avons envie de les soutenir. Exemple emblématique : la gentille Carrie, rendue folle par les moqueries de ses camarades, devient une machine à tuer. Elle est représentée en poupée par les fabricants « Heroes of horror » (photo de gauche ci-dessous) et NECA  (photo de droite ci-dessous).


                          © PicClick                                                © Amazon

Les producteurs de cinéma sont attirés par les romans de Stephen King parce que leurs intrigues sont à la fois exagérées et terre à terre. Un décor tout à fait plausible (un hôtel isolé en hiver) se transforme en toile de fond de discorde conjugale puis d’effondrement mental : « The shining » est empli de passages terrifiants, comme l’apparition des jumelles Grady dans un couloir de l’hôtel. Le département Living Dead Dolls de Mezco Toyz a produit des poupées parlantes des jumelles (photo ci-dessous).


                                                          © Amazon

Une anecdote illustre bien l’humour pince-sans-rire de Stephen King : à un journaliste qui lui demande comment il fait pour rester si prolifique et actif, il répond : « j’ai le cœur d’un garçon de neuf ans. Je le conserve dans un bocal sur mon bureau ». Cet humour noir est une des raisons pour lesquelles ses personnages restent si présents à notre esprit. Avant Pennywise (Grippe-sou, le clown dansant), les clowns étaient synonymes de rire et de fêtes d’anniversaire. Ils faisaient leur apparition aux sorties familiales et aux carnavals scolaires. Après la minisérie « Ça » de 1990 tirée du roman éponyme de Stephen King, les clowns deviennent menaçants, une sorte de rencontre entre Dracula et Frankenstein. Porté à l’écran en 2017 avec la suite « Ça : chapitre 2 » en 2019, son personnage Pennywise a tout naturellement trouvé ses incarnations en poupées. Ci-dessous, de gauche à droite, les poupées de NECA et de Mezco Toyz.


                   © NECA                                               © The toyark

Les personnages de fiction de Stephen King ne vieillissent jamais. Ils continuent de tournoyer dans nos têtes et nous capturent dans leur grande roue de cauchemars.

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Henri Launay, le restaurateur de poupées infatigable

Si vous poussez la porte de la boutique à la façade jaune au 114 de l’avenue Parmentier dans le XIe arrondissement de Paris, vous le trouverez penché avec application sur une de ses poupées, procédant à un délicat changement d’élastiques, d’yeux, de membre ou encore de perruque, avec la minutie et la patience qui le caractérisent (photo ci-dessous). Lui, c’est Henri Launay, restaurateur de poupées anciennes en porcelaine, baigneurs en celluloïd, poupons et ours en peluche, depuis 55 ans dans ce même atelier qu’il a créé en 1964.


Né en 1927, il est titulaire d’un CAP d’électricien. À l’âge de 13 ans, il devient apprenti dans la création de boutiques de réparation en maroquinerie. Au tout début de sa carrière, Henri répare ainsi des sacs, des valises et des parapluies, mais un beau jour on lui fait remarquer que les réparateurs de parapluies s’occupent aussi de poupées, alors il se dit pourquoi pas ?, prend contact avec les fabricants de l’époque (Gégé, Clodrey, Raynal, SNF,…) et commence à se former sur le tas, en parfait autodidacte, à leurs méthodes de démontage/remontage de poupées. Comme il y a du travail dans le domaine, il profite de ce qu’il appelle un « concours de circonstances » et entame une nouvelle activité de restaurateur qu’il ne quittera plus.
« Mes doigts sont mes meilleurs outils », a coutume de dire ce travailleur plus exigeant que ses clients, pour qui le résultat doit être parfait. C’est ainsi qu’au fil du temps, il s’est forgé une réputation internationale. Ses clients sont des adultes qui lui apportent avec gravité des poupées de leurs enfants « comme on amène un enfant à l’hôpital », ou des poupées anciennes qui se transmettent de génération en génération. Les clients peuvent être aussi des collectionneurs très exigeants, en raison de leur passion et aussi du coût élevé de leurs poupées, surtout lorsqu’elles datent du XIXe siècle.
La poupée n’est assurément pas un jouet comme les autres : son caractère anthropomorphique (qui est semblable à l’être humain) et le plus souvent articulé favorise des mises en scènes d’animation ludiques, et permet à l’enfant d’y investir de forts sentiments qui laissent des traces durables dans l’imaginaire individuel et collectif. Ce jouet l’accompagne de l’âge de nourrisson à la puberté, et, complété par des accessoires (vêtements, mobilier, dînettes, véhicules,…), il autorise des jeux de rôles variés. La poupée est la gardienne silencieuse et fidèle des souvenirs d’enfance, et c’est pour cela que l’enfant y est si attaché.
Cette passion de l’enfant et du collectionneur pour ses poupées, Henri la voue à son métier. Vêtu d’une blouse blanche, le « doll doctor » observe, évalue les réparations à effectuer, et une fois le diagnostic posé, procède aux nettoyages, remplacements et remontages nécessaires. Il officie au milieu d’un entassement de poupées dans lequel il est le seul à se retrouver (photo ci-dessous), et de pièces détachées dont il possède une quantité impressionnante, résultat de l’acquisition de nombreux stocks accumulés au cours du temps.

En 55 ans de restauration, Henri a obtenu des compliments et des félicitations en abondance, qui constituent la meilleure récompense de son travail. Il a même reçu des témoignages émouvants, comme celui sur la poupée Arlette, endommagée pendant l’exode de 1940 (photo ci-dessous),

ou sur la poupée sans nom offerte par un officier allemand à un bébé français pendant la seconde guerre mondiale (photo ci-dessous).

Henri a (presque) toujours une solution à proposer à ses clients désemparés par l’état de leur poupée malade : il estime à seulement 1/1000 le pourcentage de poupées diagnostiquées comme irréparables. Gageons qu’il saura les réconforter pendant de nombreuses années encore en exerçant son métier de « guérisseur qui redonne vie aux poupées », selon sa jolie formule.

 

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Les « Broken Toys » de Loïc Jugue

Les fans de Barbie vont avoir la nausée : brûlées, pendues, estropiées, clouées, vissées, hameçonnées, ligotées, scarifiées, empalées, les vêtements en lambeaux,… rien n’aura été épargné aux poupées traitées par l’artiste vidéaste, photographe et plasticien Loïc Jugue. Mais à la réflexion, quel était le sort réservé à ces jouets ? quitte à moisir dans un grenier poussiéreux ou à finir dans une benne à ordures, ne valait-il pas mieux les « sauver » en leur donnant une seconde vie, un nouveau statut d’objet d’art qui témoignera de l’impermanence et de la disparition des objets, de nos souvenirs, de nos vies ?
C’est justement la démarche de Loïc Jugue : « depuis longtemps, je travaille sur la thématique de la destruction d’objets, du moment précis où ils passent d’utiles à inutiles. Destructions par le feu, la gravité, les micro-ondes… Ces objets qui semblent si importants dans notre monde et qui pourtant ne sont pas grand chose, une petite chute et puis plus rien… Cette notion d’entropie règne partout, je ne fais juste que l’accélérer et la mémoriser pour en faire un travail artistique. Quand mes parents sont morts, j’ai récupéré mes vieux jouets… Plutôt que de les voir partir à la poubelle ou dans une benne quelconque, j’ai décidé de les détruire moi-même et d’en faire une série de vidéos que j’ai appelée les « Broken Toys » (jouets cassés). J’ai pensé alors aux autres personnes, adultes ou enfants, dont les jouets termineront à la décharge. J’ai pensé à tous ces rêves, tous ces espoirs que contenaient ces jouets, promesses d’un monde merveilleux à jamais disparu. En poursuivant cette démarche, j’ai donc proposé à d’autres personnes, proches ou inconnus, de me passer leurs vieux jouets… J’ai prolongé ce travail vidéo, en faisant des installations et également des photos… Il y a pour moi une grande beauté dans ces déformations, ces matières calcinées, ces plastiques fondus… Cette destruction / transformation rappelle un peu la façon dont l’écrivain japonais Yukio Mishima parle de l’incendie criminel du temple bouddhiste du Pavillon d’or, mais dans mon cas, la destruction contrôlée amène à une sorte de résurrection, de fétichisation ».
Au public de juger du caractère esthétique de ces créations pour le moins provocantes. Quoi qu’il en soit, ces objets dégradés renvoient à des préoccupations environnementales : le scandale de l’obsolescence programmée, cette réduction délibérée de la durée de vie d’un produit pour en augmenter le taux de remplacement ; l’accumulation d’objets de consommation voués à la destruction ; la pollution par des matériaux faiblement dégradables comme le plastique. Ce dernier, matière essentielle des poupées avec lesquelles il travaille, fascine Loïc, par sa robustesse incroyable (il doit résister aux enfants) et la façon dont il se modifie et se transforme sous l’action du feu. Ci-dessous, de gauche à droite : « La chute », trois poupées brûlées au chalumeau, 2020 ; « Poupée métal » (hommage à Richard Serra), 2020 ; « L’homme cloué », 2019/2020.


          © Loïc Jugue                     © Loïc Jugue                      © Loïc Jugue

Né à Paris en 1958, Loïc Jugue (nom prédestiné qui signifie « jouer » en espagnol) aime depuis toujours les jouets. Il se forme au théâtre (cours Jean-Laurent Cochet) à partir de 1978 et obtient son diplôme du CERIS (Centre d’Etudes et de Recherches de l’Image et du Son) en 1984. Il fait partie très jeune de groupes artistiques divers et rentré à Canal+ comme monteur, puis devient réalisateur de différentes émissions dont la célèbre « Ça cartoon ». Parallèlement, il réalise des installations, des sculptures vidéos, des mono-bandes (œuvres  vidéo qui n’utilisent qu’une seule projection, d’une seule source vidéo, avec parfois du son) ainsi que des photographies. Loïc fait partie de la seconde génération des pionniers français de l’art vidéo. Il travaille sur la notion de réalité, ses représentations et sur le processus de destruction de cette réalité.
C’est dans les années 1990 qu’il commence à utiliser les jouets avec une démarche artistique vidéographique. En les brûlant d’abord, dans une série appelée « Destruction » diffusée au Centre Georges Pompidou et sur Canal+. Puis dans une autre série de vidéos, les « Broken Toys », où il détruit des jouets de différentes façons : scie circulaire, tronçonneuse, perceuse,… Il en fait ensuite des photos et des installations. Enfin, dans son dernier travail, il créé à partir de ces poupées des objets/sculptures, des sortes de fétiches contemporains.
Marcel Duchamp est l’une de ses influences revendiquées : « j’aime beaucoup Duchamp, son humour, son ironie, son intelligence », confie Loïc, « il a révolutionné l’art en introduisant l’objet comme élément du champ artistique. C’est l’artiste qui détermine ce qui est objet d’art ». Dans le prolongement de Duchamp, le nouveau réalisme qui s’approprie la réalité, ou en tout cas les artefacts humains, comme matière artistique, l’a beaucoup inspiré. « La façon dont l’objet devient matière artistique est un processus étonnant qui ouvre la voie à de nombreuses possibilités de création », analyse-t’il. Les arts premiers et l’art africain en particulier l’intéressent également : « les fétiches sont cette part oubliée de l’art qui relie l’objet matière à un monde immatériel. Pour moi, mes poupées sont des fétiches contemporains mais renvoyant plutôt à nous, à notre inconscient, nos désirs et nos peurs ».
Sur le plan technique, Loïc récupère des poupées, cassées ou pas, dans des brocantes, chez Emmaüs, ou bien sous forme de don. Il les transforme ensuite de différentes façons, en les brûlant, les faisant fondre, les clouant,… Il les associe entre elles, ou pas, pour en faire une sorte de groupe statuaire. Parfois les choses se font rapidement, parfois non. Il les laisse alors reposer dans un coin puis une sorte de dialogue s’établit entre elles et lui et un nouveau fétiche arrive.
Le support/socle est très important dans son travail : il est l’élément reliant les poupées au Monde, il les ancre dans une réalité et lui permet de les transformer en des sortes de statues ; il est aussi souvent signifiant, l’artiste choisit des supports qui viennent de sa vie quotidienne, grille-pain, cible, murs cassés de sa maison,… Quand tout lui semble bien, il stabilise l’ensemble en collant les parties ou en les clouant/vissant, puis souvent il les enduit de vernis pour les stabiliser, leur donner un aspect brillant reflétant la lumière.
En dehors des poupées, Loïc mène plusieurs projets artistiques : sculptures vidéo monumentales (Les gardiens), kaléidoscopes vidéo abstraits (Les chromatismes crâniens), portraits vidéo (Les portraits lents), photos de viande alimentaire (Boucherie).
Côté projets, Loïc souhaite récupérer encore plus de poupées pour continuer à produire ces objets/sculptures, aller dans d’autres pays pour travailler sur des jouets de cultures différentes et exposer ces fétiches contemporains dans un maximum d’endroits.
Le travail de Loïc Jugue a été montré dans de nombreuses expositions en France (Centre Pompidou, Palais de Tokyo, Grand palais, Salon d’Automne, Macparis,…) et à l’étranger : vidéothèque Jonas Mekas (New York), Villa Kujyama (Kyoto), musée national centre d’art Reina Sofia (Madrid), Goethe Institut (Montréal),… Il est membre de plusieurs sociétés de gestion des droits d’auteur : ADAGP (Association pour la Diffusion des Arts Graphiques et Plastiques), SCAM (Société Civile des Auteurs Multimédia), SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques) et SACEM (Société des Auteurs, Compositeurs et Éditeurs de Musique). Ci-dessous, de gauche à droite : « Barbie et Ken », poupées brûlées à l’essence, 2018 ; « Happy couple » (Cénotaphe contemporain), 2020.


           © Loïc Jugue                                           © Loïc Jugue

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Poupées : que s’est-il passé en 2019 ?

 


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2020 : 20 sur 20. Une année parfaite pour le succès, les prévisions optimistes, amusantes ou excitantes malgré le contexte déprimant : pauvreté, conflits, violence, désastres et menaces écologiques. Une note d’espoir et d’harmonie exprimée par la symétrie de ce nombre, pour ceux qui croient aux symboles. En attendant, il faut solder 2019. Quels événements ont marqué l’année passée dans le monde qui nous intéresse particulièrement, celui des poupées ? après l’enchaînement des feux d’artifice autour de la planète pour saluer l’an nouveau, passons en revue 2019.
Janvier de cette année-là s’ouvre sur une triste nouvelle pour le plangonophile : après 28 ans de réalisations remarquables, Tonner Doll ferme ses portes, le modèle industriel occidental de la poupée de collection n’étant plus viable, dixit Robert Tonner (photo de gauche ci-dessous). Néanmoins, ce dernier poursuit la création de poupées uniques en exclusivité avec sa nouvelle société de structure plus légère Phyn & Aero.
Février inaugure en fanfare le 60e anniversaire de Barbie. Mattel revisite les modèles emblématiques de la poupée à queue de cheval et maillot de bain rayé créée en 1959, Barbie dans six métiers difficiles d’accès pour les femmes : astronaute, pilote de ligne, championne de football, grand reporter, politicienne et pompière (photo de droite ci-dessous).


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Selon des chercheurs en sociologie, de nombreuses fillettes perdent confiance en elles dès l’âge de cinq ans, lorsqu’elles sont confrontées à la compétition avec d’autres enfants à l’entrée en maternelle. Ce phénomène a été baptisé « brèche dans le rêve » (dream gap). En mars 2019, dans la foulée de la journée internationale des droits de la femme, Mattel, convaincue que Barbie est un vecteur d’émancipation des fillettes à travers l’identification aux métiers d’élite exercés par la poupée, s’engage à réduire cette brèche en finançant des associations visant à promouvoir l’affirmation de soi des petite filles.
En mars toujours, après à peine deux mois d’existence, Phyn & Aero cesse ses activités suite à des problèmes de coûts et de délais de production. Son directeur Robert Tonner ouvre une boutique sur le site de services d’impression 3D Shapeways, qui propose des accessoires réalisés pour sa dernière création, la poupée Rayne. Il travaille par ailleurs comme consultant pour de nombreux fabricants de poupées et conçoit également des sacs et des bijoux.
Est-ce un poisson? en avril, Hasbro revisite les poupées des princesses Disney selon leur apparence dans le dessin animé « Ralph 2.0 » ou « Ralph brise l’internet » (Ralph breaks the internet). Cendrillon délaissant sa robe de bal et Mulan sa qipao, les princesses devenues adolescentes d’aujourd’hui  arborent des tenues sport et confortables (photo de gauche ci-dessous) : Blanche-Neige en pantalon Capri, Cendrillon en sweatshirt et leggings, Mulan en jean et gilet, Anna en short et baskets,… Les poupées sont conditionnées par paires, mélangeant personnages classiques et héroïnes récentes : Cendrillon et Mulan, Pocahontas et Ariel, la belle au bois dormant et Jasmine, Belle et Mérida, Blanche-Neige et Moana (photo de droite ci-dessous), Elsa et Anna, Raiponce et Tiana.


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Miley Cyrus est une auteure-compositrice-interprète et actrice américaine. Elle rencontre la célébrité à l’adolescence en incarnant Miley Stewart / Hannah Montana dans une série de Disney Channel entre 2006 et 2011. Sa vie privée, son image publique et ses prestations sont l’objet de nombreuses controverses et reçoivent une large couverture médiatique. Elle a réalisé sept albums en studio, tourné dans douze films et dans un épisode de la série télévisée de science-fiction britannique « Black mirror » diffusé sur Netflix en juin 2019. Dans cette série, elle joue le rôle de la pop star de fiction Ashley O. et assure la voix de son alter ego la poupée intelligente Ashley Too. Les deux entreprises de jouets Jakks Pacific (photo de gauche ci-dessous) et Mattel (photo de droite ci-dessous) ont produit dans les années 2000 une poupée à l’effigie de Miley Cirrus / Hannah Montana.


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Juillet 2019 célèbre les 50e anniversaires de la mission Apollo 11 sur la Lune et de l’album « Space oddity » du chanteur pop David Bowie. La conquête spatiale, évoquée par ces deux événements dans des domaines très différents, a inspiré les fabricants de poupées. Entre les représentations de sommités scientifiques réelles et les personnages de fiction, tous destinés à encourager les vocations des fillettes dans les carrières professionnelles du domaine des STIM (Science, Technologie, Ingénierie et Mathématiques) en général et de l’exploration spatiale en particulier, l’offre est vaste : la poupée de Mattel représentant Katherine Johnson, la mathématicienne africaine-américaine du programme spatial habité de la NASA (photo de gauche ci-dessous), fait partie de la série de Barbie « Inspiring women » (femmes inspiratrices) ; la poupée à récit fictionnelle Luciana Vega d’American Girl campe une astronaute chilienne qui veut explorer Mars, dont le labo a toutefois une forte dominante rose ! (photo de droite ci-dessous) ;


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la Barbie « Miss Astronaut » de 1965 (photo de gauche ci-dessous) fait place à la poupée « Astronaut Barbie » de 2019 (photo de droite ci-dessous) ;


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Les Barbie exploratrices spatiales remontent au salon du jouet de New York de 2016. Tirées des personnages du dessin animé par ordinateur « Star Light Adventure » (Barbie – Aventure dans les étoiles), elles portent une tenue irisée, surfent sur leur skateboard à lévitation et promènent leur chat Pupcorn dans l’espace. Loin de ces surfeuses galactiques de fiction, Mattel sort en 2019 deux poupées inspirées de personnalités scientifiques ancrées dans la réalité : une Barbie astrophysicienne avec son télescope et sa carte du ciel (photo de gauche ci-dessous), en partenariat avec la revue National Geographic ; la scientifique grecque de la NASA Eleni Antoniadou photo de droite ci-dessous), spécialiste en médecine régénératrice et bioastronautique, dans la collection Shero dolls (Super hero dolls).


                         © Mattel                                          © vickysstyle.com

David Bowie introduit le personnage de l’astronaute fictif Major Tom dans son album « Space oddity », sorti cinq jours avant les premiers pas de l’homme sur la Lune par la mission Apollo 11. Pour célébrer le 50e anniversaire de l’album, Mattel commercialise en juillet 2019 une poupée Barbie en édition limitée de l’alter ego du chanteur Ziggy Stardust dans son costume spatial métallique (photo de gauche ci-dessous). HuskySnail produit le même mois une surprenante poupée posable en tissu représentant Major Tom (photo de droite ci-dessous).


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Sorti en décembre 2018 et disponible en diffusion continue sur la chaîne de télévision payante américaine HBO à partir d’août 2019, « Mortal engines » (Mécaniques fatales) est un film de science-fiction américano-néo-zélandais réalisé par Christian Rivers, coécrit et produit par Peter Jackson, adapté du roman éponyme de Philip Reeve. Dans un monde post-apocalyptique ravagé après un holocauste nucléaire, de gigantesques villes mobiles errent et tentent de prendre le pouvoir sur d’autres villes mobiles plus petites ou moins armées. Le récit suit ainsi le trajet de la ville de Londres, hégémonique et sans pitié. Le hasard va faire se rencontrer les deux héros Tom Natsworthy et Hester Shaw, qui vont modifier la destinée de la ville. Dès novembre 2018, Funko sort une ligne de poupées en vinyl représentant les personnages du film : Hester Shaw (photo de gauche ci-dessous), Tom Natsworthy (photo de droite ci-dessous), Anna Fang et Thaddeus Valentine.


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En 1978, préparant un PhD à l’Université de Stanford, Sally Ride répond à une annonce parue dans le journal des étudiants de la faculté proposant le recrutement de femmes dans le corps des astronautes de la NASA. Elle est l’une des six femmes retenues parmi 8 000 candidates. En juin 1983, elle embarque à bord de la navette spatiale Challenger, devenant à 32 ans la première et la plus jeune américaine dans l’espace. Fin août 2019, Mattel lance une poupée Sally Ride dans la série de Barbie « Inspiring women » (photo de gauche ci-dessous).
En hommage à « Star wars » (La guerre des étoiles), la saga cinématographique de fantasie et de science-fiction créé par George Lucas, Mattel sort en août 2019 la collection de poupées « Star Wars™ x Barbie® » (photo de droite ci-dessous) comprenant les personnages de Dark Vador, R2D2 et Princesse Leia. Plutôt que de simplement copier la garde-robe, le concepteur Robert Best l’a réinterprétée en style Haute Couture.


                    © Target                                          © MaxiTendance

« The shining » (L’enfant lumière) est un film d’horreur psychologique américano-britannique réalisé par Stanley Kubrick en 1980 d’après  le roman éponyme de Stephen King paru en 1977. Jack Torrance, ex-professeur et alcoolique repenti qui se voudrait écrivain, accepte un poste de gardien de l’Overlook, un palace isolé dans les montagnes Rocheuses du Colorado, vide et coupé du reste du monde durant l’hiver. Le directeur de l’hôtel avertit Jack que le précédent gardien, Grady, a sombré dans la folie et massacré sa femme et ses deux filles jumelles avec une hache avant de se suicider avec une arme à feu. Jack accepte malgré tout le poste, accompagné de sa femme Wendy et son fils Danny, consistant à entretenir l’hôtel durant l’hiver : il profitera de la solitude pour écrire enfin son livre. À des centaines de kilomètres de l’hôtel, son fils a des visions sanglantes qui l’avertissent d’un danger. Après une tempête de neige qui coupe les lignes téléphoniques, la santé mentale de Jack se détériore sous l’influence des forces surnaturelles qui hantent l’hôtel, mettant sa famille en danger. La division Living Dead Dolls de Mezco Toyz lance en août 2019 la paire de poupées parlantes de 25 cm à cinq articulations représentant les jumelles Grady, habillées en robe bleue à volants froncés, chaussettes montantes et chaussures babies photo de gauche ci-dessous).
« It » (« Ça ») est une adaptation cinématographique du roman éponyme de Stephen King publié en 1986. « Ça » est est une entité extraterrestre ancienne et puissante qui sort d’un long cycle de sommeil tous les 27 ans afin de se nourrir d’êtres humains, principalement d’enfants. Cette entité prend de multiples formes, dont celle du clown maléfique Pennywise (Grippe-Sou) le Clown dansant : « Ça » affectionne particulièrement la forme du clown, car elle lui permet d’attirer plus facilement les enfants. En octobre 2019, Mezco Toyz commercialise une poupée Pennywise avec deux têtes interchangeables et son fameux ballon rouge. Haute de 15 cm, elle porte un costume de clown à volants froncés et possède 8 articulations (photo de droite ci-dessous).


                    © Mezco Toyz                                         © Mezco Toyz

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À l’automne 2019, l’artiste April Norton habille une série de cinq poupées OOAK sculptée par Dianna Effner et baptisée « Amethyst Collection » (photo de gauche ci-dessous). Les tenues utilisent différentes pièces acquises ou fabriquées au cours du temps évoquant un univers de fantasie et de carnaval. Les textiles employés incluent entre autres soie en toile doupion, tulle brodé, soie synthétique, faux suède et jersey.
À temps pour Noël, une fête que même les élèves de l’école Hogwarts Academy fréquentée par Harry Potter attendent avec impatience, Star Ace commercialise une série de poupées hyperréalistes de 25 cm en édition limitée de 250 exemplaires : Harry, Hermione et Ron habillés en Père Noël (photo de droite ci-dessous).


                    © April Norton                                          © Star Ace

Pour finir en beauté cette année de poupées si mal commencée, évoquons l’anniversaire de Corolle. La marque française de Langeais en Touraine, à l’occasion de ses 40 ans, édite les deux poupons Madeleine (photo de gauche ci-dessous) et Léonie (photo de droite ci-dessous), avec des visages à l’identique de ceux des poupées originelles de 1979, et programme de nombreux événements.


                         © Corolle                                               © Corolle

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Sources de l’article
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Les poupées les plus chères au Monde

Introduction

Dans l’édition 2019 de son enquête annuelle sur les milliardaires, intitulée « Billionaire census 2019 », la société américaine de conseil Wealth-X révèle que la collection d’œuvres d’art est le quatrième hobby préféré des détenteurs d’un patrimoine supérieur à cinq milliards de dollars, avec 35,8 % de pratiquants, derrière la philantropie, le sport et les voyages en avion. Plus près de nous et de nos bourses limitées, la société américaine spécialisée dans l’aménagement des espaces de vie CompactAppliance  constate que les poupées et jouets figurent parmi les cinq objets de collection les plus populaires, avec les timbres, les pièces de monnaie, les cartes de collection et les bandes dessinées.
Quels que soient ces objets et la motivation de notre ferveur collectrice, passion, intérêt financier ou autre, il est certain que ce hobby nécessite généralement un budget non négligeable. Heureusement, en ce qui concerne les poupées, entre le modèle de chiffon à 30 € déniché dans un salon ou une brocante et la poupée Eloise de Madame Alexander, décorée de cristaux Swarovski et de diamants de neuf carats estimée à 5 millions de dollars, en passant par la poupée d’Albert Marque adjugée à 150 000$ dans une vente aux enchères en 2011 (photo ci-dessous), ou la poupée d’artiste Amber Moon, série limitée de la créatrice Lorella Falconi vendue 940 €, il y en a pour toutes les bourses.


                                                  © LiveAuctioneers

Pour ceux qui disposent de moyens conséquents ou pour les simples curieux, voici une sélection de 22 poupées valant de quelques centaines d’euros à plusieurs millions d’euros, présentées par ordre de prix croissant, sous la forme d’un dialogue entre poupées anciennes et Barbie classiques ou de créateurs, trois catégories naturellement onéreuses. Certaines d’entre elles ayant fait l’objet de donations à des musées, vous pouvez donc ranger votre portefeuille !

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Des poupées encore abordables

Commençons par les célèbres Kewpies créés par Rose O’Neill. Des modèles de 16,5 cm tout en biscuit datant des années 1910, constitués d’un bloc tête-torse-jambes avec bras articulés aux épaules et des yeux déviants peints, en parfait état de conservation, sont estimés dans une fourchette de 200 à 300 $. Fabriqués à l’origine par Borgfeldt, puis par Joseph Kallus et par Jesco dans les années 1980, ils sont très demandés par les collectionneurs malgré le grand nombre d’exemplaires présents sur le marché. Notons que des Kewpies en parfait état de conservation, dans des poses d’action ou dans des vêtements moulés, plus rares, ont atteint plusieurs milliers de dollars lors de ventes aux enchères.
La Queen Elizabeth I Barbie, très populaire dernière monarque de la dynastie des Tudor, fait partie de la série « Women of Royalty ». Sortie en 2004, elle porte, à l’instar de de son modèle, une robe somptueuse, des bijoux raffinés et un diadème en or, et arbore son front haut et son teint pâle (photo de gauche ci-dessous). Dans le courant de l’année 2019, deux exemplaires étaient proposés sur Amazon à 500 $.
Cette beauté au bain allemande en biscuit  de 7,5 cm assise (photo de droite ci-dessous) a été réalisée aux environs de 1920. Les traits du visage peints, elle porte une perruque en mohair brune. La tenue, d’origine, est inspirée du style des harems turcs des années 1930, avec un turban vert et des boucles d’oreilles ornées de perles. Sa valeur en parfait état de conservation, comprise entre 500 et 700 $, est supérieure en présence d’accessoires tels qu’un miroir ou un perroquet.


                       © Mattel                                          © The Spruce Crafts

Entre 1 000 et 3 000 $

Retour à la star de chez Mattel avec la Midnight Tuxedo Barbie. D’une élégance intemporelle, elle s’affirme avec audace dans sa robe traînante noire brillante sans manches à revers satinés et boutons argentés, assortie d’une étole en fausse fourrure et d’un sac à main en satin noirs (photo de gauche ci-dessous). Cette poupée produite en 2001 dans la collection « Official Barbie Collector Club Exclusives » (exclusivités officielles du club de collectionneurs Barbie), avec sa peinture de visage élaborée et son abondante chevelure brune tombant sur ses épaules, est estimée à 995 $.
Un nouveau saut dans le temps, et voici une poupée française en biscuit de Gaultier vêtue d’un joli ensemble en tissu ancien et fabriquée aux alentours de 1875 (photo de droite ci-dessous). Haute de 38 cm, elle est dotée d’une tête pivotante sur une plaque d’épaules bordée de chevreau et d’yeux bleus en verre incrustés avec cils peints et sourcils en plumes. Bouche fermée aux lèvres accentuées, oreilles percées et perruque en mohair blonde sur une calotte crânienne en liège, son corps d’origine en chevreau français avec articulations à soufflet aux coudes, hanches et genoux possède des doigts cousus séparément et se trouve en état de conservation quasi parfait. Elle a été vendue aux enchères 1 600 $ chez Proxibid.


                                    © Mattel                                             © Proxibid

Somptueusement signée par la styliste Monique Lhuillier, la Monique Lhuillier Bride Barbie doll (photo de gauche ci-dessous) produite en 2006 porte une robe de mariée à corset en dentelle de soie blanche et jupe plissée en tulle à coupe en A. Une ceinture en satin bleu avec broche florale en strass, aux extrémités brodées de fausses perles et décorées de paillettes argentées, souligne la taille. Une lingerie en dentelle et des jarretelles blanc cassé à ruban bleu complètent l’ensemble. Cette version « Platinum Label » (édition limitée à moins de 5 000 exemplaires) blonde aux yeux bleus, signées sur sa boîte par la styliste, est estimée à 1 600 $.
Un des trois premiers personnages de la ligne historique de poupées American Girl créée par Pleasant Rowland, sorti en 1986, Kirsten Larson (photo de droite ci-dessous) évoque la vie d’une émigrante suédoise qui s’installe avec sa famille dans le Minnesota au milieu du XIXe siècle. Retiré de la vente en 2010, son prix s’est envolé et continuera d’augmenter en raison de son appartenance à la première série de la ligne historique, avec Samantha Parkington et Molly McIntire. En bon état de conservation et accompagnée de ses accessoires (livres, capeline, sac en tissu brodé, cuillère en bois, collier avec pendentif en ambre), cette poupée peut atteindre 2 000 $.


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La Happy Holidays Barbie de 1988 est l’une des plus convoitées de la collection « Happy Holidays Series ». Habillée d’une robe longue en tulle rouge pailletée cintrée d’un nœud en satin blanc, ses longs cheveux blonds ornés d’un nœud argenté, elle est visiblement prête à faire la fête (photo de gauche ci-dessous). Habituellement estimée entre 550 et 750 $, cet exemplaire signé par Ruth Handler, la créatrice de Barbie en personne, est proposé à 3 000 $ sur eBay.
Les droits d’auteur sur les célèbre poupées de chiffon Raggedy Ann ayant été obtenus en 1915, elles sont aujourd’hui plus que centenaires. Bien que connues pour avoir les cheveux rouges, elles avaient à l’origine les cheveux bruns, caractéristique qui leur confère plus de valeur. Reconnaissables à leur cœur en carton que l’on peut sentir sous les vêtements, elles atteignent 3 000 $ dans les ventes aux enchères, aussi bien Raggedy Ann que son frère Raggedy Andy apparu en 1920. Vendues avec leurs livres et leurs accessoires, c’est toutefois la poupée elle-même qui détermine le prix.


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Entre 3 000 et 20 000 $

Puisant son inspiration dans la signature vestimentaire du célèbre styliste, la Karl Lagerfeld Barbie Doll, conçue par Robert Best et sortie en 2014, emprunte à la silhouette iconique une veste noire cintrée, une chemise d’homme blanche à col haut et poignets mousquetaire, une cravate en satin noir et un jean noir étroit. L’ensemble est complété par des accessoires : mitaines noires, lunettes de soleil, bottines noires et sac à main en cuir noir avec décorations métalliques argentées. Cette version « Platinum label » (édition limitée à 999 exemplaires) est estimée, dans sa boîte d’origine, à 6 000 $.
Ce bébé d’André Jean Thuillier de 38 cm datant de la fin du XIXe siècle possède une perruque en mohair et une calotte crânienne en liège d’origine. Il présente un corps articulé en bois et composition, une belle tête en biscuit pressé aux traits de visage finement peints, des yeux en verre de type « presse-papier », une bouche fermée et des oreilles percées. Le bébé porte une robe et un chapeau en soie, des sous-vêtements et des bas, le tout en tissus anciens, ainsi que des chaussures en cuir ancien avec rosette. Il a été adjugé à 8 000 $ aux enchères chez Apple Tree Auction Center.


                               © Mattel                                © Apple Tree Auction Center

La Pink Diamond Barbie (photo de gauche ci-dessous), créée par les stylistes David et Phillipe Blond en collaboration avec le responsable du design chez Mattel Bill Greening, fait son entrée au défilé des Blonds à la New York Fashion Week du printemps 2013. Sa robe bustier est couverte de petits diamants rose et fuchsia cousus à la main. Elle porte également un manteau traînant en fausse fourrure rose, une bague et des clous d’oreilles à diamant rose. Elle a été mise aux enchères à 15 000 $.
Produit aux environs de 1882, ce bébé Schmitt et fils (photo de droite ci-dessous) au corps d’origine signé possède une tête à rotule en biscuit en forme de poire aux joues bien remplies et des fesses plates permettant une bonne assise, caractéristiques de ce fabricant français. D’une taille de 58,5 cm, son visage arbore des yeux marron en verre incrustés de type « presse-papier », un eye-liner noir épais, un fard à paupières lavé de mauve, une bouche fermée suggérant des dents peintes à peine visibles entre des lèvres accentuées, des oreilles percées et une perruque blonde en mohair sur une calotte crânienne en liège. Son corps en composition et bois est doté de huit articulations sphéroïdes. Il porte une belle robe en soie et lin. Dans un très bon état de conservation, sans cheveu ni fêle, il est proposé sur eBay à 17 250 $.


                                      © Mattel                                                  © eBay

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Entre 20 000 et 200 000 $

La célèbre Original Barbie en maillot de bain zébré produite en 1959 (photo de gauche ci-dessous), aux lèvres rouges et eye-liner noir épais saisissants, était disponible en versions blonde ou brune. Il s’en est vendu cette année-là 350 000 exemplaires pour la modique somme de trois dollars chacun. Le site web « The Richest » affirme que le seul critère de reconnaissance d’une Barbie 1re édition est la présence de trous sous les pieds pour fixer la poupée sur son socle. La 2e édition sortie la même année tenait sans trous dans les pieds à l’aide d’un support. Un exemplaire de la 1re édition s’est vendu aux enchères à 27 450 $.
Les œuvres d’Izannah Walker, célèbre artiste pionnière de la seconde moitié du XIXe siècle détentrice d’un brevet de fabrication de poupées en tissu, sont aujourd’hui très recherchées par les musées et les collectionneurs. Ella (photo de droite ci-dessous) est une poupée de 46 cm aux traits et cheveux peints, avec deux boucles devant ses oreilles appliquées. Elle est dotée d’un corps en tissu et porte des chaussures peintes noires avec lacets. Dans la famille Pope depuis 1857 avec sa garde-robe d’origine, elle a été donnée à Elizabeth Coggenshall Pope à sa naissance cette année-là. Ella est vendue avec sa propre chaise marquée de l’année 1824 et sa garde-robe : un manteau, plusieurs robes, un tablier, une chemise de nuit, un jupon, des manchons, un chapeau, des chaussettes et des chaussures. Elle a été adjugée aux enchères en 2008 chez Withington Auction à 41 000 $.


                              © Mattel                                © Izannah Walker Chronicles

Pour fêter les 40 ans de Barbie en 1999, Mattel s’associe avec le célèbre joaillier De Beers pour habiller la très glamour De Beers 40th Anniversary Barbie (photo de gauche ci-dessous). Elle porte, outre une jupe longue en tissu fin, un haut de bikini en or et un châle mandarine assorti. Mais le plus important, c’est la ceinture : elle contient 160 véritables diamants De Beer. Une de ces rares poupées a été vendue aux enchères à 85 000 $.
Ce n’est pas à proprement parler une poupée, mais son histoire vaut la peine d’être contée : dans les semaines qui suivirent la tragédie du Titanic, Steiff créa 500 oursons en deuil noirs pour commémorer l’événement, réservés exclusivement au marché anglais. Réalisés dans cinq tailles différentes et exposés dans des magasins londoniens, ils furent quasiment liquidés du jour au lendemain. Ils sont aujourd’hui parmi les ours de collection les plus rares et recherchés du Monde. Parmi les 82 oursons de 51 cm produits, un exemplaire avec son bouton métallique dans l’oreille gauche et son étiquette intacts a été adjugé 136 000 $ dans une vente aux enchères chez Christie’s en 2000, pour le compte du Puppenhaus Museum de Bâle (Suisse).


                          © Mattel                                     © Old Teddy Bear Shop

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Entre 200 000 et 400 000 $

L’élégante blonde platine Stefano Canturi Barbie, avec sa haute queue de cheval et sa frange, habillée d’une robe courte noire sans bretelles, est la plus chère des Barbie jamais vendues (photo de gauche ci-dessous). Engagé par Mattel pour lancer la collection « Barbie Basics » en Australie, le concepteur de bijoux australien Stefano Canturi a créé en 2010 le collier de diamants roses en taille émeraude d’un carat chacun et de diamants blancs de trois carats de cette édition spéciale de poupée, réalisée au profit de la fondation américaine pour la recherche sur le cancer du poumon (Breast Cancer Research Foundation). Il a fallu six mois à Stefano Canturi pour créer la poupée et fabriquer le collier, d’une valeur de 300 000 $. La poupée a été adjugée aux enchères chez Christie’s à New York pour 302 500 $.
Il n’y a pas d’autre exemplaire connu de cette rare poupée de caractère Kämmer & Reinhardt représentant une petite fille au début des années 1900(photo de droite ci-dessous). Elle a des cheveux auburn tressés et des yeux bleu gris assortis à sa ceinture et aux décorations de sa robe en dentelle blanche à manches longues. Elle porte également un chapeau de paille, des bas et des chaussures blanches. En raison de ses oreilles percées et de son expression inhabituellement mûre, on suppose qu’elle a été faite dans un moule expérimental. Elle a été vendue aux enchères par Bonhams en 2014 pour la somme de 400 000 $.


               © The Daily Jewel                          © worldrecordacademy.com

Barbie ne peut plus suivre !

Au-delà des 302 500 $ de la Stefano Canturi Barbie, l’héroïne de Mattel s’essouffle et abandonne la course aux poupées, oursons et automates anciens, qui vont largement dépasser, comme nous allons le voir, le million de dollars.
Le prochain sur notre liste est l’ourson Steiff Louis Vuitton (photo de gauche ci-dessous), fruit d’une collaboration entre le fabricant allemand de jouets et la maison française de maroquinerie et de prêt-à-porter de luxe. Équipé d’une garde-robe et de bagages de voyage coûteux, il est fabriqué avec de la vraie fourrure et de l’or et possède des yeux en saphir et diamant. Actuellement exposé au Teddy Bear Museum de Jeju (Corée du Sud), il a été acquis par le célèbre collectionneur coréen Jessie Kim lors d’une vente de charité à Monaco en 2000 pour la somme de 2,1 millons de dollars, ce qui en fait l’ours en peluche le plus cher du Monde.
Seules cinq de ces poupées entièrement articulées existent au Monde : Madame Alexander Eloise (photo de droite ci-dessous), du nom de sa créatrice, porte des vêtements Christian Dior, une fourrure signée Oscar de la Renta et des accessoires Katherine Baumann. Elle est de plus décorée de cristaux Swarovski et de diamants neuf carats. Son allure est caractérisée par une chevelure blonde, un visage joufflu et un petit chien stylé. Elle a été adjugée 5 millions de dollars dans une vente de charité en 2000.


                   © eXtravaganzi

Il a fallu plus de  15 000 heures à douze artisans, sous la supervision de l’expert français contemporain Christian Bailly, de l’atelier Jacob Frisard à Sainte-Croix (Suisse), nommé d’après un célèbre fabricant d’automates de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècles, pour fabriquer l’oiseleur (photo ci-dessous), un mécanisme complexe de 2 340 pièces en acier polies ou dorées. Cette poupée automatisée, aux yeux en verre et au corps en porcelaine peinte, est habillée en costume renaissance en velours, satin et soie, brodé et rehaussé de perles et d’or. Elle porte une épée et tient une flûte dans une main, un oiseau dans l’autre et un second oiseau sur l’épaule. Lorsqu’une clé en or est tournée, l’automate joue la Marche des Rois de Georges Bizet à la flûte, ses yeux roulent et les oiseaux se mettent à battre des ailes, tourner la tête et ouvrir et fermer leur bec, sans aucune intervention électrique, seulement des ressorts, roues dentées et engrenages. L’ensemble pèse 55,4 kg, en incluant le socle en nacre et jade. Le budget de départ de cet automate était de 400 000 $, mais le coût des matériaux précieux, des stylistes, sculpteurs, bijoutiers, perruquiers et autres spécialistes l’a fait exploser. Pour réunir les fonds, Christian Bailly a vendu plus de cent automates du XIXe siècle collectionnés sur plus de 40 ans. Le prix demandé pour l’oiseleur est de 6,25 millions de dollars.


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Sources de l’article
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Le rose dans la mode : une couleur puissante

À l’occasion de l’exposition Pink : the history of a punk, pretty, powerful color (Rose : l’histoire d’une couleur punk, jolie et puissante), qui s’est tenue du 7 septembre 2018 au 5 janvier 2019 au Fashion Institute of Technology de New York, nous revenons sur l’histoire et la signification de cette couleur singulière dans le domaine de la mode.
Traditionnellement associée aux petites filles, aux ballerines, aux poupées Barbie et à tout ce qui touche au féminin, la couleur rose dans l’habillement a néanmoins revêtu un symbolisme et une signification très variables dans le temps et dans l’espace. Le stéréotype du bleu pour les garçons et du rose pour les filles n’existe que depuis le milieu du XXe siècle, alors qu’il était parfaitement approprié pour les hommes comme pour les femmes de porter une tenue rose au XVIIIe siècle, quand Madame de Pompadour mettait cette couleur à la mode à la cour de Louis XV. L’étude du rose dans la mode occidentale des années 1850 aux années 1990 pourrait se résumer par « jolie en rose ». Au XIXe siècle, la couleur a commencé à se féminiser, avec l’adoption par les hommes occidentaux de costumes noirs. Mais dans d’autres parties du monde, le rose a conservé son caractère unisexe. Dans la culture indienne par exemple, les hommes continuent de porter du rose, ce qui a fait dire à la journaliste de mode américaine Diana Vreeland « le rose est le bleu marine de l’Inde ». Toutefois, quiconque s’intéresse au rose se heurte un jour à son ambivalence intrinsèque. L’une des couleurs les plus diviseuses, elle provoque de fortes réactions d’attraction ou de répulsion. « S’il vous plaît, mes sœurs, tenez-vous à distance du rose », s’écrie une journaliste du Washington Post lorsqu’elle apprend que des manifestantes appellent à porter des « pussy hats » (bonnets roses à oreilles de chat rappelant le sexe féminin) lors de la marche des femmes à Washington en janvier 2017 (photo). Le féminisme est une affaire sérieuse, écrit-elle, et les mignons bonnets roses risquent de dévaloriser le combat.

Au Japon, par contraste, le rose (« momo iru ») est la plus populaire des couleurs. Associé au « jour des filles » (voir « Hina » dans Les ningyō, poupées traditionnelles du Japon), il évoque le côté mignon (« kawaii ») des fillettes, ferventes adeptes de la mascotte « Hello Kitty », petit chat habillé en rose et devenu un succès planétaire. Le chromo-psychologue japonais Tamio Suenaga affirme : « toutes les études prouvent que le rose évoque le bonheur, le bien-être et la croissance industrielle. Tout ce qui est mignon est rose et se vend bien. Le rose symbolise aussi la tolérance, la liberté et le sexe des femmes » (cité dans « L’imaginaire érotique au Japon », Agnès Giard, Albin Michel, 2006).
Certains pensent que le rose est doux, joli et romantique, tandis que d’autres l’associent à la frivolité enfantine ou à la plus grande vulgarité. Le rose est un thème récurrent dans la mode, où il implique souvent différents types de féminité, de l’innocence à l’érotisme, ce qui est rendu par la palette de nuances de cette couleur : pastel, corail, bisque, cerise, chair, rose Barbie, rose chewing-gum, coquille d’œuf, rose lingerie, cuisse de nymphe, framboise, fushia, héliotrope, incarnadin, rose Pompadour, magenta, mauve, pêche, rose balais, rose bonbon, rose choc, rose Mountbatten, rose thé, rose vif, saumon, vieux rose,…
Différentes nuances de rose ont eu leur heure de gloire au cours de l’histoire. Au début du XXe siècle, une robe rose pâle portée par une femme de l’aristocratie ou de la haute bourgeoisie pouvait être délicate et féminine, tandis qu’un rose plus vif aurait paru exotique. Le styliste français Paul Poiret a introduit les roses pastel, corail et cerise dans la haute couture (photo de gauche ci-dessous). Dans les années 1930, les vêtements et accessoires surréalistes de la créatrice de mode italienne Elsa Schiaparelli culminent dans une série d’ensemble rose choc (photo de droite ci-dessous), une teinte vive que l’observateur moderne pourrait appeler rose Barbie et qui est aujourd’hui une couleur du nuancier normalisé PMS (Pantone Matching System) sous la référence Pantone 219 C.

Dans les années 1940 et 1950, le rose devient une couleur populaire pour les vêtements de femmes. Les célèbres poupées de  la collection « Théâtre de la mode » de Robert Tonner incluent des tenues de soirée élaborées roses ou rose et noir (« Framboise robe du grand soir », photo de gauche ci-dessous). Les créateurs de costume pour le cinéma prisaient le rose pour leurs films en technicolor : imagine-t-on Marilyn Monroe chanter « Diamonds are a girl’s best friends » en robe bleue ? (photo de droite ci-dessous).

La prédilection pour le rose a perduré dans les années 1960, la couleur redevenant, comme dans les années 1920-1930, vive et brillante. Il suffit, pour constater ce changement, d’un rapide survol des brochures de mode des Barbie. C’est là que s’établit la couleur signature des fameuses poupées. Certes, elles portaient bien une robe bain de soleil rose pastel ou un peignoir rose pâle ici ou là, mais ce qui caractérisait leur allure à la mode était cet immanquable rose brillant et chaud. Par ailleurs, des icônes telles que Jackie Kennedy, Marilyn Monroe ou Brigitte Bardot ont rendu le rose populaire auprès du grand public, une couleur évoquant féminité et élégance (photos).

Dans un domaine différent de l’habillement, La Cadillac rose du boxeur Sugar Ray Robinson a influencé Elvis Presley (photos).

Déclinant dans les années 1970, le rose fit un comeback dans les années 1980, dans les nuances brillant acide et néon utilisées par la styliste Norma Kamali et le créateur de mode Stephen Sprouse, tous deux américains, ou dans la tonalité rose vif d’un costume aux larges épaules du styliste français Claude Montana. « Le rose est la seule vraie couleur du rock’n roll », affirme Paul Simonon, bassiste du groupe punk « The Clash », genre musical qui a adopté cette couleur comme emblème de contre-culture. Depuis, le rose joue un rôle significatif sur le plan politique et dans la musique populaire associée à la jeunesse rebelle ou engagée. Pour exemples : les bonnets roses de la marche des femmes à Washington en janvier 2017 (voir plus haut) ; le drapeau rose du parti politique belge FDF (Front Démocratique des Bruxellois Francophones) ; la vague rose du basculement à gauche en Amérique Latine dans les années 2000 ; le tube érotique subversif « pynk » de la chanteuse américaine Janelle Monáe, qui associe le rose aux parties du corps féminin telles que lèvres, tétons et sexe  ; la chanteuse et comédienne américaine Pink, militante pour les droits des animaux et ambassadrice de l’UNICEF ; la fourrure rose du rappeur de Harlem Cam’ron. Le caractère érotique de la lingerie rose, qui se confond avec le ton chair de la peau, s’exprime aussi dans le domaine des poupées (photos ci-dessous, de gauche à droite : Kingdom doll, Barbie, Gene Marshall).

Dans les domaines politique et sociétal, le rose prend des significations tragiques ou graves : les homosexuels de l’Allemagne nazie étaient marqués d’un triangle rose,  tandis que cette couleur devient un symbole de l’activisme gay dans les années 1970 et que le SIDA est parfois qualifié en France de « peste rose ». Les cultures asiatiques ont un penchant plus marqué pour le rose  que leurs homologues occidentales, particulièrement au Japon, où s’exprime la culture enfantine issue du quartier de Harajuku à Tokyo avec ses boutiques de cosplay et la mode Lolita (photos).

Lorsque la journaliste de mode américaine Véronique Hyland proclame la naissance du « rose du millénium » en 2016, « rose ironique, rose sans la joliesse du sucre », le rose n’est plus déclassé, il est « cool » et androgyne. Le nom a disparu, mais le rose continue d’être à la mode, en partie parce qu’il n’est plus vu comme exclusivement féminin. « La couleur est évidemment un phénomène naturel, mais c’est aussi une construction culturelle complexe », écrit le célèbre historien des couleurs Michel Pastoureau. « Il n’y a pas de perception transculturelle de la couleur. C’est la société qui fait les couleurs, les définit, donne leur signification. » Hier associé aux stéréotypes négatifs de la féminité, le rose est aujourd’hui, comme le définit la publication culturelle britannique i-D magazine, « punk, joli et puissant ». Ci-dessous, de gauche à droite : un assortiment de jouets et de vêtements de poupées roses ; ensemble de la marque « Comme des garçons ».

 

Sources de l’article

  • Article « The power of pink », dans le numéro d’hiver 2018 du magazine »Fashion doll quarterly »
  • L’imaginaire érotique au Japon, Agnès Giard, Albin Michel, 2006
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Maman j’ai peur ! quand les poupées font froid dans le dos

Introduction

Qu’est-il arrivé aux charmantes et délicates poupées de notre enfance, avec lesquelles nous passions des heures à jouer innocemment, pour la plus grande paix de nos parents ? Par l’imagination malsaine de quel créateur au cœur desséché se sont-elles métamorphosées en Annabelle, Chucky, Billy, Brahms et les autres ? Nous verrons que, bien loin d’être un phénomène récent, la peur des poupées est enracinée dans l’histoire de l’humanité. Elle répond à des mécanismes psychologiques qui ont été étudiés théoriquement et expérimentalement. Des lieux hantés et des événements troublants viennent alimenter cette peur. De Gabbo le ventriloque à Brahms, le cinéma a produit des figures emblématiques de poupées effrayantes. Mais la réalité dépasse parfois la fiction : de nombreuses poupées hantées sont en vente sur le web. Des sœurs siamoises aux tableaux maudits, les poupées qui font peur peuvent être classées en grandes catégories.

La peur des poupées, une vieille histoire

Souvenons-nous : bien avant l’irruption de ces petits monstres dans nos imaginaires d’incroyants, la religieuse poupée vaudou traversée de clous, d’éclats de verre et enduite de sang inspirait la crainte dans les sociétés d’Afrique de l’Ouest, puis des Antilles (voir Histoire des poupées). Plus loin encore, dans l’Égypte ancienne, les ennemis de Ramses III (1186-1155 av. J.C.) tentèrent d’utiliser des images de cire à son effigie pour provoquer sa mort. Dans la Rome antique, des poupées étaient souvent utilisées lors de rituels magiques pour entrer en contact avec un dieu ou une déesse. La statuette anthropomorphe « nkisi » du Congo (voir Histoire des poupées), appelée « fétiche » pendant la période coloniale, est depuis longtemps utilisée à des fins magico-religieuses. En magie populaire et en sorcellerie, les poupées magiques (« poppets ») représentaient une personne afin de lui jeter un sort ou de l’aider. Faites de racines sculptées, branches, tiges de maïs, fruits, pommes de terre, papier, cire, argile ou tissu rembourré, elles sont originaires d’Europe (par exemple sous la forme de sorcières de cuisine scandinaves) et ont inspiré les poupées vaudou. De nos jours, le wiccanisme adapte cette pratique à ses propres usages. Le pouvoir d’effrayer et d’inspirer la crainte qu’ont les poupées remonte donc  à la nuit des temps.
Plus près de nous, la poupée en bois et papier mâché  de l’artiste allemand Hans Bellmer (voir Les poupées célèbres d’hier et d’aujourd’hui), réalisée en 1934, représente une jeune fille multiforme quasi nue (photo ci-dessous) dont les multiples possibilités de variations anatomiques engendrent un véritable malaise chez le spectateur.

À l’époque contemporaine, les poupées d’artistes continuent à faire frissonner. L’artiste américaine Stefanie Vega illustre cette tendance avec ses thématiques morbides (mort, sorcellerie, fantômes,…), produisant des créatures inquiétantes (« Dorian Gray », photo de gauche ci-dessous). Autre artiste dérangeant, français celui-ci, Julien Martinez (voir Créatrices et créateurs contemporains), dont les poupées aux expressions torturées ne peuvent laisser indifférent (« Hariette », photo de droite ci-dessous).

Brenda, une artiste de Seattle (Washington), créé des poupées (photo) volontairement effrayantes à partir de modèles anciens qu’elle repeint.

Les fabricants de poupées s’y mettent aussi. La firme américaine Mezco Toyz, créatrice de la gamme des « Living dead dolls » en 1998, célèbre Halloween 2018 avec 13 nouvelles poupées surnaturelles. Six personnages réédités de cette gamme que sont  Posey, Damien, Sin, Sadie, Eggzorcist (photo de gauche ci-dessous), et une variante de Candy Rotten avec des cheveux bleus, en taille de 25 cm, vendues avec leur certificat de décès. Sept personnages célèbres issus de films d’horreur à succès : Freddy Krueger, la nonne (photo de droite ci-dessous), Regan l’héroïne de « L’exorciste », Michael Myers de la série « Halloween », le clown Pennywise, Beetlejuice et Chucky.