Ringdoll, des BJD pas comme les autres

Introduction

Den of Angels (DoA), la plus grande communauté internet de langue anglaise consacrée à la promotion des BJD, l’annonce sobrement dans son wiki : Ringdoll est une entreprise chinoise de poupées fondée en 2009 par Ron Fletcher (États-Unis) et Shan Huang (Chine).
Appartenant à l’entreprise de développement culturel Yuzuo de la ville de Shenzhen, Ringdoll propose depuis son lancement une offre abondante de BJD à récit en grandes séries ou éditions limitées, qui se décline en plusieurs lignes de poupées éthérées aux influences multiples (manga, dandy, gothique, steampunk,…) d’une beauté épurée, habillées avec raffinement :  les 62 modèles Ring grown (68 à 72 cm), les 53 Ring teenager (59 à 64 cm), les 14 Ring kid (43 cm), les 5 Ring sweet (27 cm) et les 6 Ring tiny. En dehors de cette offre dite classique, Ringdoll propose les 21 modèles de l’offre « Infamous » (infamante) comprenant des zombies, un loup-garou, Jack l’éventreur, Frankenstein,…
Les poupées de Ringdoll sont faites d’une résine écologique, parfaitement inoffensive pour la peau humaine et le système respiratoire. Les prototypes sont sculptés, polis et maquillés à la main. Par ailleurs, les vêtements et les accessoires sont réalisés à la main par une équipe professionnelle de design GK, ce qui contribue à créer un environnement visuel de grande qualité pour les poupées. Les couleurs de peau proposées sont au nombre de quatre : blanche albâtre, normale, hâlée, grise (pour des personnages spéciaux comme Frankenstein).

Infamous

Dans une interview accordée à  « Arts Illustrated », Shan Huang, directrice artistique de Yuzuo et co-fondatrice de Ringdoll, légitime l’offre « Infamous » par le recours obstiné à une esthétique de la violence assumée, sans motivation mercantile, qui vient réveiller la peur subversive en chacun de nous, mais qui n’est pas acceptée par tous. À la période d’Halloween 2010, Ringdoll lance Jessica, la fille sombre à la tronçonneuse avec son tablier blanc ensanglanté, qui devient rapidement populaire (photo de gauche). Puis c’est au tour de Norman, directeur d’orphelinat et jeune marié ayant perdu sa femme et s’enfonçant dans un douloureux exil intérieur (photo de droite).

Sortent ensuite Frankenstein, le monstre solitaire et sa promise Eva, créée spécialement pour lui par le Docteur Stein (photo de gauche), puis le zombie Sol, victime d’un virus biochimique (photo de droite).

Parmi les nombreux autres modèles, citons encore Welcome, l’adolescent et son hamburger diététique (photo de gauche) et Jack l’éventreur avec son regard inquiétant (photo de droite).

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La démarche créative

Dans son interview, Shan Huang revient en détail sur le processus de réalisation des poupées : « tout part d’une suggestion de ma directrice commerciale, un personnage de fiction présent sur le marché et actuellement populaire. En tant qu’artiste, j’ai naturellement tendance à refuser ces suggestions qui entravent ma créativité. Mais j’ai dû ces dernières années me rendre à l’évidence de la pertinence d’une relation au marché pour trouver un public ». Après avoir accepté un personnage, Shan se documente en profondeur à son sujet : textes, images, films, animations,… Il lui faut un à deux mois pour comprendre les raisons de sa création. Puis elle oublie tout et part de zéro pour élaborer de nombreuses versions de projets qu’elle montre à son équipe et discute avec elle, afin de retenir une version. Parfois l’équipe lui suggère de revoir cette version, parfois elle lui conseille d’ignorer les critiques et de la conserver. « J’adore mon équipe », poursuit Shan, « je crée et elle pense au marché, et parfois me conseille de l’ignorer, quand une idée géniale semble aller à l’encontre de ce marché ». Une fois la version retenue approuvée par toute l’équipe, celle-ci procède à l’étape suivante : la réalisation de la sculpture, du maquillage et des vêtements.  Cette étape, qui prend deux mois, inclut des révisions de la conception retenue et une compréhension approfondie du personnage. Pour prendre l’exemple de Frankenstein, deux versions ont été réalisées, et Shan en a à l’esprit une troisième.

Les classiques

Pour avoir un petit aperçu de l’univers des Ringdoll et de sa variété, nous présentons ici un personnage de chaque ligne classique.
Padro, de la ligne Ring grown, est le parrain de la mafia, son nom de code est le Hiérophant (photo de gauche). En 2020, un virus transforme sa femme et sa fille en zombies et il n’a d’autre choix que de les tuer, ce qui le plonge dans une profonde tristesse.
Le lapin blanc, de la ligne Ring teenager, est le célèbre personnage d’Alice au pays des merveilles (photo de droite). Avec son gilet bleu et sa montre à gousset, il répète « en retard, toujours en retard ». Alice le poursuit jusqu’à tomber dans un terrier qui l’emmène au pays des merveilles.

Alfanso, de la ligne Ring kid, hérite du titre de seigneur de son père, mort d’une mystérieuse maladie, et de son épée, symbole de son territoire et de son peuple, qu’Alfonso doit désormais protéger (photo de gauche).
Bobo style-B, de la ligne Ring sweet, la petite fille modèle au drôle de chapeau et à la culotte bouffante à carreaux noirs et blancs, attend patiemment dans son fauteuil rose une amie pour aller jouer (photo de droite).

Mini Ringdoll, de la ligne Ring tiny, la petite fille diaphane aux taches de rousseur et au regard triste, spécialement conçue pour le festival Ringdoll du printemps 2016. Elle porte une robe en dentelle blanche et un gros collier de perles.
Outre ses poupées habillées, Ringdoll propose à la vente un grand nombre de costumes, perruques, chaussures, yeux et accessoires (sacs, épées, colliers, lunettes, masques,…).
En tant que fabricant de BJD de renommée internationale, Ringdoll a participé à de nombreux salons dans le Monde depuis 2010, dont Dollism Plus à Hong Kong et à Tokyo, et le Salon International Dolls Rendez-Vous de Paris.

L’avenir

Lorsqu’on lui demande où elle se voit dans 5 à 10 ans, Shan Huang revient sur ses débuts difficiles à Ringdoll, quand elle n’avait même pas de quoi s’acheter à manger, que la livraison des poupées avait connu une rupture de six mois à cause de problèmes de production à l’usine, et qu’elle avait songé plusieurs fois à abandonner. Mais grâce à son équipe et au succès rencontré, elle continue et invite même les concepteurs qui le souhaitent à participer à l’aventure. Elle envisage dans un futur proche de travailler avec des créateurs étrangers et de mener à bien des projets évolués sans prendre en compte les délais de production, afin de démontrer les capacités de Ringdoll. Ci-dessous de gauche à droite, deux poupées de la ligne Ring grown : la Valkyrie Sigrdrífa ; Pingzhang Xiao, personnage de la série télévisée chinoise « Nirvana en feu 2 ».

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Sources de l’article
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Les poupées BJD

Introduction

La poupée BJD (de l’anglais « Ball-Jointed Doll ») comporte des articulations sphéroïdes (en anglais « ball and socket joint »), terme emprunté à l’anatomie et désignant un type d’articulation mobile appelé énarthrose (faisant partie de la famille des articulations synoviales ou diarthroses, voir dessin ci-dessous), où la surface en forme de balle d’un os se loge dans la dépression en forme de tasse d’un autre os ; ces articulations permettent des mouvements dans les trois dimensions de l’espace.


Diarthroses : 1. énarthrose 2. condylienne 3. articulation en selle 4. trochléenne 5. articulation trochoïde

L’usage contemporain, particulièrement lorsqu’on emploie les sigles BJD ou ABJD (Asian BJD), se réfère aux poupées modernes originaires d’Asie à articulations sphéroïdes. Elles sont coulées en résine synthétique polyuréthane, un plastique dur et dense, les différents éléments de la poupée créés séparément étant maintenus ensemble grâce à des élastiques épais qui passent à l’intérieur du corps et des membres. Cet assemblage permet d’imiter presque tous les mouvements humains.


BJD Super Dollfie de 58 cm

Les BJD sont majoritairement produites au Japon, en Corée du sud et en Chine. On les décrit comme réalistes et influencées par l’anime. Elles mesurent communément environ 60 cm pour les grandes poupées (« super », photo ci-dessus), 40 cm pour les minis (« mini »), 20 cm pour les jeunes (« young »), et jusqu’à 10 cm pour les minuscules (« tiny »).

La BJD n’est pas un jouet, c’est une poupée artistique aussi fragile qu’une poupée de porcelaine, destinée aux adultes collectionneurs ou qui désirent personnaliser leurs poupées. En effet, les BJD sont totalement personnalisables : tête, mains (photo), pieds, perruque, yeux (souvent en verre ou acrylique), maquillage, qui demande une plus grande maîtrise en raison de l’emploi de textures (peinture acrylique, pastel, aquarelle,…) et de vernis spéciaux qui sont assez doux pour ne pas abîmer la résine.
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BJD Ringdoll mains

 Histoire

Les poupées articulées remontent au moins à 200 ans av JC, avec les poupées en argile ou en bois de la Grèce et de la Rome antiques. L’ère moderne en Europe occidentale des poupées à articulations sphéroïdes a débuté à la fin du XIXe siècle, époque à laquelle les fabricants français et allemands produisirent jusqu’au début du XXe siècle des poupées en biscuit dotées d’articulations en composition mesurant entre 15 et 100 cm.
En 1856, Brouillet-Cacheleux dépose en France un brevet de poupée articulée. Dans les années 1930, l’artiste allemand Hans Bellmer crée des poupées à articulations sphéroïdes qu’il utilise pour des travaux artistiques  photographiques et surréalistes.
Influencés par Bellmer et la riche tradition japonaise des poupées (photo),


Les poupées Ichimatsu Ningyo étaient très aimées pendant la période Edo (1603-1867)

les artistes en poupées japonais commencèrent à créer des poupées à articulations sphéroïdes, pour la plupart faites entièrement en biscuit et souvent très grandes (jusqu’à 120 cm), conçues comme de véritables objets d’art. Elles coûtent plusieurs milliers d’euros, et jusqu’à plusieurs centaines de milliers d’euros pour les plus anciennes créées par des artistes renommés. La communauté japonaise des artistes en poupée est toujours vivace et produit régulièrement des livres d’art contenant des photos de leurs poupées.

Les premières BJD asiatiques commerciales modernes (ABJD) sont produites en 1999 par la société japonaise Volks avec la ligne de poupées Super Dollfie vendues en kits inspirés des maquettes de garage en résine, qui étaient le produit phare de Volks à l’époque. Les Super Dollfie étaient conçues pour être hautement personnalisables et trouver une clientèle féminine.
À partir de 2002, les compagnies sud coréennes telles que Customhouse (photo) et Cerberus Project commencèrent à produire des BJD, suivies par beaucoup d’autres.


Tête de BJD Customhouse

Les premières BJD produites en Chine étaient des contrefaçons directes (remoulage de versions originales de poupées, « recast ») ou des copies de Super Dollfie ou de BJD sud coréennes. Faites de plastique, résine de mauvaise qualité ou pierre artificielle (mélange de résine et de sable), elles étaient bon marché et peu durables. Les contrefaçons rencontrent une forte opposition dans le monde des collectionneurs de BJD, pour des raisons juridiques, sanitaires et éthiques. La première société chinoise à produire des BJD originales de qualité fut Dollzone (photo), qui rencontra son marché en 2006, suivies par d’autres sociétés fortement exportatrices.


BJD modèle Riven de Dollzone

Aux États-Unis, la première société à produire des BJD avec une influence esthétique typiquement américaine fut Goodreau Doll en 2007. En France a lieu tous les ans le premier salon européen consacré aux BJD, Ldoll Festival.

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Les BJD asiatiques modernes

Les poupées ABJD valent entre 90 et plus de 1 000 €. Ces prix élevés s’expliquent par le coût des matières premières, la manipulation délicate de la résine et le processus itératif long et complexe, souvent manuel, de fabrication : dessin, sculpture, test de moulage, ponçage, nouveau test de moulage,  nouveau ponçage, etc. Une fois le corps nu terminé, il faut ajouter le coût des yeux, de la perruque, du maquillage et des vêtements.
Ces poupées tendent à suivre une vision esthétique purement asiatique, mais les conceptions varient des modèles fortement inspirés de l’anime aux designs hyperréalistes. La plupart sont anatomiquement correctes, hormis les têtes, les yeux et les pieds surdimensionnés, et tiennent debout sans besoin de support (photo).


La BJD Anastasia de Volks et ses vêtements

Concernant la personnalisation, une poupée peut même être constituée d’éléments hybrides issus de différentes sociétés. Certains propriétaires vont jusqu’à reformer des parties existantes par meulage ou application de mastic epoxy. La peinture faciale des BJD (« face-up »), comprend non seulement le maquillage, mais aussi la peinture des éléments du visage (sourcils, lèvres, teint des joues), qui s’exécute au moyen de crayons aquarellables, de peinture acrylique ou de pastels doux, pour être ensuite recouverts d’une couche vaporisée de produit de scellement mat et clair assurant leur protection.
Les éditions courantes de BJD sont vendues assemblées avec une option pour la peinture faciale, tandis que les modèles complets, souvent en édition limitée, incluent les vêtements, la peinture faciale et parfois la coloration du corps (photo) ; elles valent alors encore plus cher que les éditions courantes, jusqu’à 5 000 €.

Culturellement parlant, les BJD jouissent d’une communauté internationale large : la plus grande communauté internet de langue anglaise, Den of Angels, comptait plus de 43 000 membres en février 2016. Des rencontres se font lors d’un meeting ou dans un maid café, organisées par les constructeurs ou les revendeurs.
Les propriétaires de BJD non seulement personnalisent leurs poupées, mais leur donnent un nom, leur attribuent une famille et des traits de caractère, les font participer à des jeux de rôles, voire leur parlent comme si elles étaient vivantes. Ils ont souvent d’autres centres d’intérêt comme l’anime, la mode Lolita et le cosplay, et certains habillent leurs poupées dans un style correspondant. Les BJD sont souvent habillées en tenues de mode jeunes telles que le punk ou le gothique (photo) ; d’autres exhibent des éléments de fantasie, comme des oreilles d’elfes, des crocs de vampire, des ailes, des cornes, des sabots et des organes de cyborgs.

Les fabricants copient des personnages d’anime, de manga ou d’autres œuvres de fiction, de personnages historiques et de célébrités contemporaines.
Les ABJD incarnent des personnages dans des domaines d’expression artistiques divers : cinéma, musique (groupes virtuels), littérature, bande dessinée.
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Fabrication

Côté fabrication, les BJD sont d’abord modelées en argile polymère, les parties du corps durcies ensuite utilisées pour former des moules destinés au coulage d’une résine polyuréthane synthétique. La résine durcie a une dureté et une douceur au toucher proches de la porcelaine, en moins cassant ; cependant, contrairement à la porcelaine, cette résine a tendance à jaunir et à se dégrader dans le temps suite à l’exposition aux UV et à la chaleur. Le procédé de coulage permet de produire des moules moins chers (photo) que le moulage par injection communément employé pour la fabrication en grande série des poupées en vinyl.

Diffusion

Sur le plan de la diffusion, les BJD sont produites depuis les petites séries  d’artistes indépendants jusqu’aux très grandes séries de multinationales. Citons, parmi les nombreuses lignes de BJD existantes : les Super Dollfie de Volks et les U-noa Quluts d’Alchemic Labo (Japon) ; les Delf de Luts, les Ai de Custom Dolls, les Minimee de Dolls In Mind, les Bermann de Dollshe et les Catsy d’Elfdoll (Corée du sud) ; les Anson de Dollzone et les Alina d’Angell Studio (Chine).
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Sources de l’article
  • La FAQ « Pratiques autour de la BJD » du revendeur Jolie Doll
  • L’article « Ball-jointed doll » de Wikipedia
  • La banque terminologique canadienne Termium

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