Les poupées d’art de Munich : un jalon essentiel de l’histoire des poupées


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La naissance des poupées de caractère

D’après Florence Theriault, copropriétaire de la société de vente aux enchères de poupées anciennes Theriault’s et auteure, l'idée selon laquelle les poupées de caractère sont un phénomène récent n’est pas la seule méprise dans l’histoire des poupées. L’autre idée fausse situe l’origine du mouvement allemand de réforme des poupées d’art au moment de l’exposition organisée en 1908 dans la branche munichoise de la chaîne de grands magasins Hermann Tietz par son directeur du département jouets Max Schreiber. En fait, on peut noter un intérêt spécifique pour la caractérisation dans certaines poupées françaises plusieurs décennies auparavant, par exemple la série 200 de Jumeau à la fin des années 1880. Cet intérêt se maintient après le mouvement de réforme des années 1905-1915, période que l’on pourrait décrire précisément par l’expression « du caractère comme concept ». Le mouvement trouve ses racines dans les deux décennies précédentes, durant lesquelles les sculpteurs étaient encouragés à créer des poupées ressemblant aux « enfants des rues » : boudeuses, pensives, mélancoliques, rieuses ou espiègles, elles dégagent une vraie personnalité. On assiste également à la naissance des poupées commerciales signées par des artistes, à l’instar du Kewpie de Rose O’Neill.

Les poupées Marion Kaulitz

Quoiqu’il en soit, une artiste retient l’attention à l’exposition sur les poupées d’art de 1908 : c’est la comtesse Marion Magdalena Kaulitz, originaire de Gmünd sur le lac Tegernsee en Bavière. Forte de ce premier succès, elle se joint à Hermann Tietz dans une deuxième exposition commémorant le 750e anniversaire de Munich. Son catalogue mentionne : « Marion Kaulitz : poupées sculptées par Marie Marc-Schnür, Joseph Wackerle et Paul Vogelsanger ; habillées par Marion Kaulitz, Alice Hegermann et Lillian Frobenius ». À la suite de ces deux événements, des articles élogieux sur les artistes sont publiés dans des magazines et des livres : le mouvement allemand de réforme des poupées est bien parti.


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La troisième présentation de poupées d’art de Munich a lieu dans le grand magasin Hermann Tietz de Berlin pour Noël 1908, dans le cadre d’une exposition sur les poupées produites à Sonneberg. Treize poupées d’art de Munich peuvent aujourd’hui être admirées au musée de Sonneberg, aussi réalistes et charmantes qu’à l’origine, avec leurs vêtements et accessoires en parfait état de conservation.
En 1909, Marion Kaulitz dépose la marque « Poupées d’art Kaulitz de Munich ». Comme Käthe Kruse, elle utilise des cartes postales comme support publicitaire. Elle réalise l’importance des expositions pour conserver l’intérêt du public.
Son succès est remarqué et les concurrents ne tardent pas à riposter. En 1909, Franz Reinhardt, directeur de l’entreprise Kämmer & Reinhardt (K & R) dépose la marque commerciale « Charakterpuppe » (Poupées de caractère). Il organise une exposition privée dans le grand magasin Hermann Tietz de Berlin pour lancer la première tête de bébé de caractère de K & R, moule 100 (le bébé de l’Empereur) ainsi que le moule 101, habillé en fille (Marie) ou en garçon (Pierre). Ces poupées de caractère, exposées au grand public pour la première fois au Noël 1910 dans le même magasin Tietz de Berlin, en même temps que les belles poupées en tissu de Käthe Kruse, rencontrent un grand succès. Marion Kaulitz réplique en revendiquant dans une publicité de journal de 1911 la paternité des poupées de caractère, et accuse K & R de copier les visages, les vêtements et les coiffures de ses poupées. Après une période de démêlés par voie de presse durant laquelle Max Schreiber se range du côté de K & R, Marion Kaulitz intente une action en justice qu’elle perdra.
Ceci n’empêche nullement les deux parties de produire de nouveaux modèles de poupées en 1911 et 1912. Marion Kaulitz introduit 14 nouveaux modèles et dépose en 1911 la marque « Kaulitz » pour les « poupées, corps de poupées, têtes, perruques et vêtements de poupées ». La même année, elle expose à Berlin, Paris, Vienne et Francfort, où elle reçoit le prix de la poupée d’artiste la plus originale. Elle avait auparavant reçu une médaille d’or à Bruxelles en 1910 et un premier prix à Breslau en 1911. En 1912, elle devient membre de  l’Union Internationale des Arts et Sciences de Paris. Ses poupées commencent à être distribuées aux États-Unis. La princesse héritière de Roumanie visite l’atelier Kaulitz au lac Tegernsee et y fait des achats remarqués, tandis que la reine de Bulgarie commande six poupées pour le Noël de sa famille.


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Jouets ou objets d’art ?

Marion Kaulitz ne considérait pas ses poupées comme des objets d’art ou de collection demandant des prix élevés, mais plutôt comme des jouets pour enfants. Leur prix restait donc modéré, malgré leur caractère artistique indéniable. Construits pour durer et pour être facilement remplacés, ils subissaient à la manière de Käthe Kruse un contrôle de qualité manuel par ses soins. Elle n’a jamais déposé de brevet de conception DRGM pour ses poupées, aussi n’avons nous aucune information sur sa technique de fabrication. Par ailleurs, leur  fabrication éphémère a conduit à de faibles volumes de production.
Jusqu’à présent, 16 moules de visage distincts ont été identifiés, avec une gamme de tailles comprise entre 30,5 et 63,5 cm et une conception de tête commune à différentes tailles. Des peintures faciales, perruques, cheveux peints et vêtements variés ont garanti des poupées uniques. Ceci était intentionnel, Marion Kaulitz ayant déclaré « qu’aucune poupée ne devrait ressembler à une autre ». La plupart des têtes sont à rotule, quelques une étant des têtes collerette. Elles sont généralement présentées comme étant faites en composition dure, et parfois en papier mâché, deux matériaux à ingrédients multiples, chaque fabricant ayant sa propre recette, à dureté spécifique. La composition est habituellement beaucoup plus dure et plus résistante que le papier mâché, aussi les poupées Kaulitz faites de ce matériau sont elles parvenues jusqu’à nous en bon état de conservation.
Les peintures et sculptures d’enfants datant de la Renaissance étaient souvent utilisées comme modèles pour les têtes de poupées d’art, l’influence revendiquée de Marion Kaulitz étant le sculpteur Donatello. Le collaborateur le plus assidu de Marion Kaulitz est le sculpteur Paul Vogelsanger. Aline Stickel et d’autres artistes assistent Marion Kaulitz dans la peinture des têtes. La plupart des poupées d’art de Munich ont des yeux peints et des bouches fermées ou ouvertes/fermées, certaines avec des sourcils peints. Les peintures utilisées sont de bonne qualité et la plupart des poupées ont conservé leur patine et leurs couleurs.
L’usine Cuno & Otto Dressel fabrique la majorité des corps articulés en composition de qualité élevée, les autres étant attribués aux fabricants K & R et Kestner. Les têtes à rotule se retrouvent sur les premiers, la plupart avec des poignets articulés. Les têtes collerette, plus rares, se retrouvent sur divers types de corps, en tissu ou en cuir avec des bras en composition, bois ou biscuit.
Outre Marion Kaulitz, Alice Hegermann et Lillian Frobenius, précédemment citées, Helen Stein et Hermine Baretsch sont chargées de l’habillement des poupées, typiquement en costumes provinciaux allemands et français ou en tenues de jeu pour enfants. Les habits offrent un grand luxe de détails et emploient divers tissus tels que soie, coton, velours et laine tricotée.


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On ne sait pas combien de poupées a produites Marion Kaulitz. Cependant, il existe un indice : quatre poupées vendues au musée de Sonneberg en 1912 portent les numéros de facture 2965 à 2968, peut-être le nombre de poupées vendues à cette date ? elles sont très recherchées aujourd’hui, mais cela n’a pas toujours été le cas : on raconte que certains collectionneurs et vendeurs des débuts arrachaient les têtes des poupées pour les jeter et réutiliser les corps !

1913 et après

Influence du procès contre K & R ou pas, il existe très peu de traces de Marion Kaulitz ou de ses activités dans la littérature après 1913. On trouve une mention de la fabrication de bouilloires à tête de poupée en 1915, de la production au début des années 1920 de poupées dans un atelier appartenant à Marion Kaulitz, et de poupées multiculturelles en 1923, sans détails et sans images. Une lettre d’une certaine Mme Lilli B., adressée en 1915 à Käthe Kruse, rapporte : « J’ai acheté trois poupées à la pauvre Kaulitz à Noël. La pauvre âme a tenté de se suicider tellement elle ne supportait plus de survivre jour après jour. » Que s’est-il passé entre 1913 et 1915 pour qu’elle en arrive à de telles extrémités ? en 1924, Marion Kaulitz s’installe avec son amie Aline Stickl dans la petite ville de Bayrish Gmain, dans les archives de laquelle cette dernière est enregistrée comme artiste peintre. Marion décède en 1948 à l’âge de 83 ans. Triste fin pour une artiste dont la créativité a marqué l’histoire des poupées. Elle n’aura pas connu de succès durable dans son existence. Malgré ses talents évidents, elle a disparu de la scène des poupées aussi rapidement qu’elle y est arrivée, privée de notoriété et d’aisance financière. Mais elle a laissé un merveilleux héritage que le public peut pleinement apprécier aujourd’hui.

Sources de l’article
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Les vêtements des poupées

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Introduction

« L’habit de la poupée est toujours un document pour l’histoire du costume. Il a souvent pour le collectionneur plus de valeur que la poupée elle-même ». Ce constat extrait de l’ouvrage « Jeux et jouets d’autrefois » de l’Institut Pédagogique National, publié en 1962 par le Musée d’Histoire de l’Éducation, montre à quel point ces petits objets que sont les poupées procurent un lien authentique avec notre passé. Le monde académique les a souvent dédaignées par ignorance, les considérant comme des jouets insignifiants. Pourtant, ce sont de réels artefacts en trois dimensions, heureusement préservés par nos ancêtres pour la postérité. La petite taille de leurs vêtements a facilité leur conservation, sans pour autant empêcher leur dégradation ou leur perte avec le temps. Néanmoins, la collection de poupées anciennes dans leurs vêtements d’origine reste une formidable expérience éducative.
Cette activité requiert une étude approfondie et de vastes connaissances en matière de costumes. Non seulement les collectionneurs doivent être familiarisés avec la mode de chaque époque, mais ils doivent en outre étudier les vêtements d’une grande variété de poupées, en particulier celles qui sont dotées de garde-robes complètes. Ils sont aidés en cela par la lecture des grands magazines de mode : Vogue, Harper’s Bazaar, Marie-Claire, Cosmopolitan, Elle, Gentlemen’s Quarterly,… Une terminologie parfois confuse vient compliquer la situation : selon l’époque, le même mot peut être utilisé pour désigner des vêtements différents et deux mots différents peuvent caractériser le même vêtement.
Les vêtements de poupées rendent compte non seulement des changements dans le domaine de la haute couture mais aussi dans celui de l’habillement de tous les jours. Comme le souligne C. Willett Cunnington dans son livre « English women’s clothing in the nineteenth century » (Les habits des femmes anglaises au dix-neuvième siècle), « il devrait être impossible de confondre un costume typique d’une période de l’Histoire avec celui d’une autre période. Ils peuvent présenter des caractéristiques similaires mais chacun a sa marque distinctive ».
Certains collectionneurs réagissent avec scepticisme à l’excellent degré de conservation de textiles vieux d’un siècle. Ils doivent cependant être rassurés : il est probable que les très vieux tissus, généralement faits de fibres naturelles (coton, laine, soie, lin), résistent mieux à l’usure du temps que les tissus plus récents soumis à un traitement chimique intensif.
Nous vous conseillons trois ouvrages de référence pour l’étude des costumes et des textiles, signalés plus bas dans les sources de l’article : « The collector’s book of dolls’ clothes », « Dictionnaire du costume » et « Dictionnaire encyclopédique des textiles ».

Les trois catégories de vêtements

Il convient de distinguer trois catégories de vêtements de poupées selon leur méthode de fabrication :

  1. Les vêtements artisanaux (photo de gauche ci-dessous)
    Ce sont les plus répandus. Ils reflètent l’habillement de tous les jours de nos ancêtres. Le style est généralement dépouillé et parfois démodé, lorsque les vêtements sont réalisés à partir de patrons datés. L’emplacement de certaines coutures révèle parfois une réutilisation du tissu, difficile à comprendre en nos temps d’abondance. Le savoir-faire dans la confection des vêtements dépend de la couturière, généralement pas une professionnelle : la fillette qui joue avec la poupée, une grande sœur ou une adulte.
  2. Les vêtements faits par une professionnelle
    Ils peuvent être réalisés à la maison ou dans une entreprise. Les familles aisées recevaient régulièrement une couturière professionnelle à leur domicile pour confectionner les vêtements des enfants et aussi, dans le même style, ceux de leurs poupées. Parfois, les fabricants de poupées louaient les services de couturières professionnelles, de leur épouse ou de sous-traitants artisanaux. Jusqu’aux années 1920, il était courant de voir des rue entières de couturières expérimentées occupées à confectionner des vêtements de poupées à la mode avec des textiles de qualité, dont certains sont parvenus jusqu’à nous.
  3. Les vêtements commerciaux (photo de droite ci-dessous)
    Il y a une grande part d’ostentation dans ces vêtements. L’attrait accrocheur d’un vêtement de fabrication industrielle bon marché et voyant se ressent toujours après qu’un siècle a terni son éclat et flétri ses dentelles. Les coutures sont longues, et les vêtements souvent simplement épinglés ou collés. Les styles peuvent varier mais reflètent toujours une époque, car les fabricants évitent soigneusement de laisser leurs poupées se démoder. Venons-en maintenant à la conception : une fois les patrons jugés satisfaisants, une maquette est construite sur laquelle sont opérées les révisions de style. Lorsque ces révisions sont approuvées, les tissus appropriés sont sélectionnés et la production en série peut commencer. Des ciseaux mécaniques découpent d’un seul coup un grand nombre de pièces identiques. Même lorsque les vêtements sont produits en masse, ils sont partiellement modifiés chaque année pour tenir compte de la demande de nouveauté : une poupée à succès peut se maintenir plusieurs années sur le marché, tandis qu’un costume ne dure au plus que deux ans.
    Les vêtements de poupées suivent habituellement la mode enfantine, mais l’inverse est également possible. La confection des vêtements de poupées prend du temps : il s’écoule de nombreux mois entre leur conception et la mise sur le marché de la poupée habillée. La datation des vêtements commerciaux de poupées s’appuie sur leur parution dans des publicités ou des catalogues. Les fabricants ne vendent pas toujours l’intégralité de leur stock, dont une partie se retrouve en entrepôt plusieurs années : ces poupées sont généralement offertes en prime ou soldées. La concurrence impose un coût de production minimal des vêtements de poupées, entraînant leur fragilité et leur remplacement par des vêtements artisanaux : il n’est pas rare de trouver dans la garde-robe de poupées à vêtements artisanaux un vêtement commercial résiduel.
    Déterminer si une poupée est habillée avec ses vêtements d’origine est rarement chose aisée. Les poupées qui proviennent directement de la famille du premier propriétaire sans passer d’un collectionneur à l’autre sont très probablement dans leurs vêtements d’origine. Malheureusement, les collectionneurs et les marchands ont trop souvent refait, échangé ou retouché les vêtements. Les marchands dignes de confiance avertissent leurs clients de la provenance de leur nouvelle poupée, premier propriétaire ou collectionneur. Cette bonne pratique gagnerait à être généralisée à tous les marchands et aux parties du corps de la poupée : en effet, les collectionneurs ont trop tendance par caprice à démembrer leurs poupées.
    La plupart des musées refusent les poupées qui ne sont pas dans leurs vêtements d’origine. Par chance, cela est relativement rare. Quoi qu’il en soit, le registre des entrées du musée précise la provenance de chaque poupée, premier propriétaire ou collection.


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Le vêtement d’origine comme artefact historique

Les vêtements d’origine des poupées sont importants à plus d’un titre. D’un point de vue artistique, ils conviennent habituellement mieux à leur poupée que tout autre vêtement ultérieur. Ils sont partie intégrante de la poupée et répondent aux canons de beauté en vigueur lors de sa création. Des tenues plus récentes trahissent presque toujours leur substitution aux tenues d’origine plus authentiques. Même des stylistes ne peuvent reproduire la beauté simple ou le charme voyant des vêtements d’origine.
Alors que les voyages se démocratisent, les changements dans la mode ne dépendent plus seulement du temps mais aussi de l’espace. Les poupées prennent une part très importante dans la diffusion des connaissances sur l’évolution de la mode. Au XVIIIe siècle, les grands maîtres de la mode tels que Rose Bertin, modiste à la cour de France, utilisent les poupées pour montrer leurs créations de vêtements. Après la Révolution Française, un nombre croissant de magazines et de gravures de mode tiennent informées les personnes élégantes, mais les poupées restent à l’occasion des propagatrices de l’évolution de la mode, et ce jusqu’au XXIe siècle.  Des couturiers français célèbres tels que Jeanne Lanvin, Paul Poiret, et plus près de nous Christian Dior et Jean-Paul Gaultier, emploient des poupées comme mannequins (photo ci-dessous, le Théâtre de la Mode).


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Les artefacts courants du passé sont mal documentés : peu de gens se soucient de décrire des objets que tout le monde connaît bien ; les vêtements de mode font l’objet d’écrits détaillés, pas ceux portés par les gens du peuple. Les vêtements préservés dans des musées ou dans des collections privées sont généralement des tenues pour des occasions spéciales telles que le mariage. Les costumes de tous les jours, ainsi que ceux des poupées dans une moindre mesure, sont rarement sauvegardés pour la postérité, ou alors ils sont modifiés en profondeur.
Lors de la peinture de portraits, les modèles portent généralement leur plus belle tenue, ce qui n’empêche pas l’artiste de s’autoriser une certaine licence artistique, à la manière des gravures de mode. C. Willett Cunnington, dans son livre précité « English women’s clothing in the nineteenth century » (Les habits des femmes anglaises au dix-neuvième siècle), écrit : « on doit par dessus tout éviter de ressembler à l’une de ces vulgaires gravures de mode sophistiquées que la génération suivante accepte comme portraits de l’époque ». Les photographies du XIXe siècle sont généralement des portraits formels ; les photos naturelles s’avèrent relativement rares jusqu’à la fin de ce siècle.
À quelques exceptions près, les vêtements de poupées représentent l’habillement réel mieux que tout autre artefact historique : peintures, photos et gravures de mode ne sont pas tridimensionnelles. Un autre avantage de la poupée habillée pour les étudiants en histoire du costume est qu’elle porte non seulement la tenue mais également les sous-vêtements, le chapeau, les bas, les chaussures et les accessoires qui composent un ensemble en vogue : la jupe peut être soulevée et le jupon, la chemise et la culotte examinés. De plus, lorsque la poupée est accompagnée de son trousseau, celui-ci est souvent documenté. La garde-robe des personnes est rarement conservée, alors que celle des poupées peut l’être.

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La datation des poupées à l’aide de leurs vêtements d’origine

Les vêtements sont un élément clé dans la datation et l’identification des poupées, à condition qu’ils soient reconnus comme étant d’origine. Les collectionneurs ont tendance à dater leurs poupées de l’époque à laquelle leur type est apparu pour la première fois sur le marché, mais cette pratique surestime parfois largement leur âge. L’estimation de l’ancienneté des vêtements d’origine est souvent la méthode la plus précise -et dans de nombreux cas- la seule possible pour obtenir une identification chronologique exacte.
Une des procédures les plus précises pour dater les vêtements d’origine consiste à les comparer aux publicités et illustrations de catalogues contemporaines. Elles fournissent la date à laquelle les poupées habillées selon une mode donnée étaient présentes sur le marché. Une autre excellente procédure est l’étude des brevets de conception des poupées habillées. Ceux-ci, bien sûr, s’appliquent principalement aux poupées à vêtements commerciaux. Autour du milieu du dix-neuvième siècle, des patrons pour vêtements de poupées commencent à être publiés, qui aident à dater de nombreux vêtements artisanaux. Sont également utiles les portraits ou photographies contemporains datés d’enfants jouant avec des poupées habillées (photo ci-dessous), spécialement à l’époque où les publicités sont moins courantes. Les dessins de poupées dans les livres et périodiques pour enfants ont une moindre valeur car ils sont souvent sujets à une licence artistique. Les poupées représentées peuvent être anciennes, ou le dessin lui-même beaucoup plus vieux que le livre.


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Les poupées habillées documentées sont rares, mais elles peuvent être extrêmement utiles pour dater d’autres poupées similaires. Il reste toutefois nécessaire de s’assurer que la documentation est exacte, et non pas le résultat d’une déposition sur la foi d’un tiers. Souvent, la personne considérée comme la première propriétaire est la mère qui a acheté la poupée et non pas sa fille qui joue avec, ce qui fausse d’une génération la datation de la poupée. Il faut également se souvenir que les vêtements d’origine d’une poupée documentée peuvent être des secondes mains d’une poupée plus ancienne ou appartenir à une époque antérieure.
La mode pour les poupées est habituellement proche, mais pas identique, à celle pour les personnes. On se doit d’examiner les poupées contemporaines pour savoir à quoi ressemblent leurs vêtements, plutôt que d’en juger d’après la mode haute couture montrée dans les magazines spécialisés. En fait, peu de poupées sont habillées en haute couture, considérée comme d’avant-garde. Elles sont plutôt vêtues dans le style en vogue, éventuellement modifié par le temps, le caractère pratique de la production et l’adaptation au personnage. Une mode n’existe que pour une durée limitée, alors que les styles peuvent revivre. Parfois, plusieurs styles sont combinés dans une nouvelle tenue, créant une mode passagère. À la fois dans le passé et le présent, les vêtements de poupées reflètent presque toujours les modes et les styles contemporains, bien que ces derniers soient parfois poussés aux extrêmes avec les poupées. Ceci est dû en partie à la taille miniature des vêtements. On rencontre aussi une simplification excessive, en particulier des vêtements confectionnés par des enfants.
Au dix-neuvième siècle, le même type de vêtements apparaît parfois dans les catalogues sur le même type de poupée pendant plusieurs années. Cette pratique peut être attribuée au coût élevé des coupes ou motifs d’imprimeur. Ainsi, bien que la même coupe soit réutilisée par des compagnies identiques ou distinctes, elle peut en fait être utilisée pour représenter des costumes complètement différents. Il est par conséquent difficile de dater les vêtements de poupées antérieurs à 1900 aussi précisément que ceux postérieurs à cette date. Mais les tendances de la mode sont évidentes, et les méthodes de datation proposées ici représentent généralement l’instant probable de première apparition sur le marché d’une mode et, à chaque fois que c’est possible, la durée de vie complète de cette mode.
La datation précise des poupées issues de catalogues de vente en gros et au détail est parfois difficile. La plupart des catalogues sont des éditions d’automne et d’hiver. La date de publication réelle du catalogue est indiquée dessus, mais parfois, surtout pour les catalogues français annonçant les cadeaux du Nouvel An, cette date est celle de la nouvelle année. En ce qui concerne les vêtements montrés sur les poupées, il importe peu que la poupée soit annoncée comme un cadeau de Noël d’une année donnée ou comme un cadeau de Nouvel An de l’année suivante, ce qui ne représente qu’un écart d’une semaine. Afin de retirer les matériaux non pertinents, certaines pages du catalogue sont recomposées.
À côté des modes réelles, les types de tissu et d’ornements, le savoir-faire et les accessoires aident à dater les vêtements d’une poupée. Un des problèmes pour l’attribution de dates aux textiles est l’utilisation fréquente sur les vêtements d’origine d’anciens matériaux et ornements, sauf pour les vêtements commerciaux. Les variations de savoir-faire dépendent plus de l’origine géographique et de la catégorie de prix que de l’âge de la poupée. Toutefois, les vêtements de poupées confectionnés avec un travail manuel de grande qualité datent généralement d’avant le vingtième siècle. C’est avec les poupées faites en France que l’on rencontre une confection de qualité et un style en vogue. Les vêtements de poupées commerciaux faits aux États-Unis au vingtième siècle ont tendance à être plutôt mal finis et cousus à la machine. Les vêtements raffinés entièrement faits à la main ont toujours appartenu à la catégorie luxe, même après l’introduction de la machine à coudre.
Les vêtements artisanaux faits à la maison sont encore plus difficiles à dater que les vêtements commerciaux (photo ci-dessous, poupée en porcelaine de datation inconnue). De nombreux vêtements artisanaux sont imaginés à partir de tissus anciens. Ils peuvent copier le style de presque toute période et sont rarement les plus récents. La couturière peut avoir copié une robe de poupée vue auparavant ou une robe ancienne préférée de la famille. Toutefois, cette copie finit habituellement par être mise à jour.


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La cohérence est une qualité parfois absente des premiers écrits sur les vêtements de poupée. Par exemple, un auteur commente en 1876 : « les ficelles font négligé », puis quelques phrases plus loin recommande de mettre des ficelles aux caleçons pour les attacher. Ceci nous enseigne qu’à défaut de meilleure méthode pour attacher les vêtements, les ficelles (ou les rubans) sont très répandues et que le lecteur doit se méfier des conclusions trop hâtives. De manière générale, une description rapide et aisée des vêtements de poupée à une période donnée est impossible. Une analyse détaillée est nécessaire pour extraire les caractéristiques saillantes requises pour une identification valide.
Après 1850, les nombreux patrons publiés fournissent un moyen utile pour dater certains vêtements de poupées artisanaux. Ces patrons apparaissent généralement pour la première fois dans des périodiques avant d’être publiés dans des ouvrages plusieurs années plus tard. Par exemple, dans dans le « Godey’s Lady’s Book » en 1860 avant « The Girl’s Own Toy Maker » jusqu’en 1868 ; dans le « Harper’s Bazaar » en janvier 1868 avant le livre hollandais de 1870 « De kleine Bazar ». Les mêmes patrons se retrouvent dans les éditions successives d’un livre pour enfants : il est alors impossible de vérifier quelle est la date de publication d’un patron donné. Cette duplication à des dates ultérieures signifie que les mêmes patrons ont dû être utilisés sur une période considérablement longue. Les modes nouvelles apparaissent habituellement pour la première fois dans des périodiques, en particulier français ; environ un an plus tard elles se retrouvent dans des périodiques américains, puis des années plus tard dans un livre. Par conséquent, le type de source de publication doit être pris en compte pour dater les vêtements.
La possibilité qu’un collectionneur expérimenté puisse avoir récemment ré-habillé une poupée à partir de patrons anciens, en réalisant ses vêtements à partir de vieux tissus et ornements, pose des problèmes de datation que l’on ne rencontre habituellement pas avec les vêtements commerciaux. Pour cette raison entre autres, un collectionneur consciencieux se doit de transmettre les connaissances en sa possession sur une poupée et ses vêtements au propriétaire suivant.

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Caractéristiques révélées par les vêtements d’origine

En dehors de l’époque de fabrication, les caractéristiques d’une poupée incluent le sexe et l’âge, l’origine géographique, le type de production, le statut économique, etc. Généralement, les vêtements d’une poupée la font homme ou femme, jeune ou vieille. Sa garde-robe peut la métamorphoser en garçon ou en fille, en femme ou en enfant, selon la sélection de vêtements dictée par la fantaisie de son propriétaire. Les collectionneurs ne sont souvent pas conscients que leur poupée représente un enfant plutôt qu’un adulte. Selon une idée fausse répandue dans le passé, toutes les poupées anciennes représentent des adultes. Cette conclusion provient du fait que les enfants et les adultes portent des vêtements similaires. Même dans le cas de poupées du XVIIIe siècle, lorsque des différences d’habillement commencent à apparaître, la discrimination entre les poupées vêtues en adulte ou en enfant requiert un œil exercé. Toutefois, si une poupée enfant possède des vêtements d’adulte dans sa garde-robe, il n’y a pas de raison de suspecter leur authenticité s’ils s’ajustent à la poupée et sont de la même époque qu’elle.

Vêtements contemporains

Lorsque les collectionneurs utilisent des vêtements contemporains pour leurs poupées, ils sont supposés en prendre note. Il est fréquemment impossible de décider si des vêtements bien ajustés, de la même époque que la poupée, sont d’origine ou simplement contemporains, à moins qu’un enregistrement le précisant ait été conservé. D’un point de vue historique, il est peu significatif qu’un vêtement ait appartenu à l’origine à une autre poupée similaire de la même époque. L’important est d’être capable de reconnaître la période et le type de poupée auxquels le vêtement a appartenu. Un vêtement de la période correcte, confectionné pour un type et une taille de poupée similaires, lui sera presque toujours ajusté.

Histoires sociale et économique révélées par le vêtement d’origine

L’importance de l’enfance et son effet sur la vie des futurs adultes sont de plus en plus reconnus, bien qu’ils n’aient pas été négligés par le passé. Les jouets ont un rôle de premier plan dans l’environnement d’un enfant, et la poupée est l’un des jouets les plus importants. La peine évidente consacrée par les jeunes enfants à la réalisation de grossiers vêtements de poupées est une preuve tangible ainsi qu’un formidable aperçu de leur apprentissage créatif et de leurs expériences passées. L’effet sur les enfants des types variés de poupées habillées avec lesquelles il joue peut être déduit de la condition actuelle et de la disponibilité de ces poupées. Dans le livre « Memoirs of a doll » (Mémoires d’une poupée), traduit du français et publié en anglais en 1853, il est écrit « si l’on y regarde de près, oui de très près, la poupée est le pivot de l’humanité ; telles que sont les fillettes avec leurs poupées, telles seront les femmes quelques années plus tard ».
Avant le XXe siècle, les femmes avaient peu de perspectives d’avenir autres que le mariage, et la préparation des filles à un mariage réussi constituait une part essentielle de leur éducation. La connaissance des vêtements, de la mode et la maîtrise de la couture étaient considérées comme des efforts vitaux pour la conquête d’un bon mari. Par conséquent, les poupées habillées n’étaient pas seulement des jouets pour enfants, mais aussi des outils d’éducation des petites filles, qui devraient plus tard savoir comment s’habiller à la mode, faire ou acheter leurs propres vêtements, ou superviser une couturière.
Les vêtements d’origine des poupées reflètent les intérêts changeants de la société à divers niveaux sociaux et époques. Pendant les années 1890, par exemple, des poupées de nombreuses cultures deviennent populaires avec l’exploration de contrées étrangères. En période de guerre, l’accent est mis sur les poupées militaires. Les énormes différences de classes sociales se retrouvent dans la grande diversité des habits de poupées : les exquises poupées françaises magnifiquement vêtues sont l’apanage des enfants des familles aisées (photo ci-dessous) ;


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les enfants du peuple jouent avec des poupées bon marché pauvrement habillées, souvent de manière voyante pour donner une illusion de grandeur, éventuellement parées de rubans, dentelles et perles miteux ; parfois seul le devant de la poupée est habillé. La plupart des poupées anciennes des collections sont faites pour les enfants des classes sociales supérieures : seules les familles aisées peuvent s’offrir les poupées françaises et leurs malles de tenues parisiennes qui coûtent plus qu’un mois de salaire d’une famille populaire. Des poupées non habillées sont souvent achetées par les familles modestes et vêtues à la maison de tenues simples.

La reproduction de vêtements

Par le passé, de nombreux collectionneurs n’appréciaient pas la valeur des vêtements d’origine de leurs poupées, et ils s’empressaient de les remplacer par des tenues inappropriées de leur choix. Il est vrai que les vêtements d’origine sont souvent déchirés et délavés. Si cela dérange le collectionneur, il peut ré-habiller la poupée, à condition que les nouveaux vêtements reproduits soient le plus possible dans le style des anciens. Il est important de conserver ces derniers pour leur valeur documentaire et pour leur éventuelle restauration par leur propriétaire suivant. Lorsque des photographies de poupées ré-habillées sont publiées, les vêtements reproduits font désormais partie de l’histoire de la poupée et devraient également être conservés pour assurer son identification ultérieure.
Certains collectionneurs ont le plus grand plaisir à confectionner des vêtements pour leurs poupées anciennes. La plupart de ces vêtements révèlent un savoir-faire, mais ce sont des créations modernes qui conviendraient mieux à des poupées modernes. Si un collectionneur reproduit des vêtements d’origine, il convient alors de les conserver avec leurs photographies, ainsi qu’une note mentionnant leur inventaire et la date de la reproduction. Un vêtement contemporain est bien sûr toujours préférable à une reproduction moderne.
Malheureusement, les collectionneurs novices pensent que copier une robe conçue pour une personne, comme celles dont on trouve le patron dans le  « Godey’s Lady’s Book » ou un autre périodique de mode, est suffisant pour reproduire la robe d’une poupée ancienne. Une gravure de mode du Godey’s, pourtant, ne dit rien ni sur la confection d’une robe ni sur les tissus ou attaches utilisés.
Les costumes d’époque avec lesquels sont habillées les poupées en vêtements d’origine sont généralement conçus pour répondre aux canons de beauté de leur époque de création. Les collectionneurs doivent reconnaître ce fait, et ne pas retoucher ou  tenter « d’améliorer » le costume d’origine. Les collectionneurs ne sont pas toujours assez fortunés pour pouvoir s’offrir des poupées dans leurs vêtements d’origine, ni pour acheter des vêtements contemporains appropriés. Lorsqu’une poupée est nue ou porte à l’évidence des vêtements inadéquats, le collectionneur va probablement chercher à lui confectionner des vêtements qui conviennent.
La totalité des modèles connus de poupées a été habillée pour représenter chaque âge des deux sexes, à quelques exceptions près. Par exemple, le modèle Bye-Lo de Grace Putnam est habillé en nouveau-né ou en bébé, tandis que la poupée avec la tête en biscuit de type F.G. sur un corps d’enfant bien galbé est habituellement habillée en femme, mais aussi en fille, en garçon et même en homme.
Après avoir décidé du sexe et de l’âge de représentation d’une poupée, le collectionneur doit estimer sa date de fabrication, qui n’est pas forcément celle de son costume historique. Pour confectionner un tel costume, le couturier se doit de connaître les vêtements de son époque et de celle de la fabrication de la poupée, et garder à l’esprit le fait que les costumes varient en fonction du statut social, de l’époque et du lieu. Par exemple, une poupée habillée en femme du début du XVIIIe siècle peut représenter une femme de colon américain, une grande dame de la cour de France ou bien une fabricante de jouets allemande, qui auront à l’évidence des costumes très différents.
Puisque la plupart des collectionneurs souhaitent reproduire des vêtements contemporains pour leurs poupées, celles-ci doivent au préalable être approximativement datées. L’ouvrage « The collector’s encyclopedia of dolls », référencé plus bas en source de l’article, procure des données de datation de pratiquement tous les types de poupées  antérieures à 1925, tandis que l’ouvrage « The collector’s book of dolls’ clothes – Costumes in miniature : 1700-1929 » liste les principaux types de poupées par période de production au début de chaque chapitre. Une fois estimée la date de fabrication, le deuxième ouvrage fournit des informations de sélection de vêtements chronologiquement adéquats. Une seconde passe permet de sélectionner la classe sociale à représenter, avant de décider de reproduire des vêtements commerciaux ou artisanaux. La plupart des poupées anciennes disponibles proviennent d’Allemagne, mais elles sont souvent habillées et vendues dans d’autres pays. Elles peuvent représenter n’importe quelle région du Monde.
Les poupées en cire sont principalement produites en Grande-Bretagne. Les modèles en cire coulée, spécialement ceux avec cheveux implantés, sont des jouets de luxe uniquement accessibles aux familles les plus fortunées. Puis viennent les poupées à tête en porcelaine, avec leur trousseau fabriqué en France, représentant parfois des dames ou des jeunes filles. Enfin, arrivent les bébés français à corps en composition. Des millions de bébés produits, nombreux sont ceux vendus en simple chemise, les modèles commercialement habillés étant sans aucun doute des produits de luxe. En revanche, les poupées à cheville en bois du Val Gardena (Italie) postérieures à 1850, les poupées en porcelaine émaillée postérieures à 1880, et certaines poupées allemandes en composition, sont relativement bon marché.
Les têtes collerette, spécialement en porcelaine émaillée ou en métal, sont souvent vendues séparément ; les poupées dotées de ce type de tête sont donc plus vraisemblablement habillées à la maison. Les corps faits à la maison pour compléter les têtes collerette ont souvent des proportions inhabituelles, ce qui ajoute à leur charme mais pose un défi au couturier. Dans ce cas, il est plus prudent de représenter un nouveau-né avec une robe longue ou une femme vêtue simplement :  en effet, habiller une telle poupée comme une enfant avec une jupe et des manches courtes révèlera son corps disproportionné. Une poupée avec un corps fait à la maison ne devrait jamais être habillée avec des vêtements qui reproduisent un costume commercial. De nombreuses poupées allemandes à tête en biscuit sont dénudées ou simplement vêtues d’une chemise. Les costumes confectionnés pour ces poupées peuvent reproduire des vêtements des trois catégories présentées au début de cet article : artisanaux, faits par une professionnelle, commerciaux.
Après avoir décidé du style d’habillement de la poupée, le collectionneur doit rechercher des tissus anciens et des ornements (dentelles, rubans, boutons, ganses, agrafes, photo ci-dessous) correspondant à sa datation.


                                                         © AliExpress

Les tissus pour les poupées anciennes se doivent d’être naturels : coton, laine, soie et lin ; une seule exception est admise, l’emploi de rayonne au XXe siècle. « The american home book », publié dans les années 1860, précise : « les tissus doivent être ébouillantés à l’eau savonneuse, séchés et pressés sans rinçage… de manière à les adoucir suffisamment pour que l’aiguille les traverse aisément. Sinon, frottez les parties à coudre avec un pain de savon blanc ou de la mousse de savon ».
Plus la tenue est simple, plus elle aura du succès. Un excès de décoration nuit à la beauté du costume. Efforcez-vous de confectionner des vêtements répondant aux canons de beauté de leur époque, pas à la mode d’aujourd’hui. Gardez à l’esprit qu’avant le milieu du XIXe siècle tous les vêtements étaient faits à la main, et qu’après cette période les habits de luxe l’étaient également.
Même si les vêtements d’origine de votre poupée sont déchirés par l’usure, ils sont par chance disponibles pour être copiés. Dupliquez-les aussi fidèlement que possible. Certains collectionneurs détachent les vêtements anciens de la poupée pour en faire un patron. Cet effort est louable, mais se fait au détriment des vêtements originaux. Quant aux ornements, leur usure laisse malgré tout suffisamment de matière pour montrer à quoi ils ressemblaient et où ils étaient placés, et permet une restauration correcte.
Les vêtements d’origine des poupées anciennes répondent merveilleusement au nettoyage et au repassage, qui les préservent et améliorent leur apparence. Utilisez un savon doux, ni détergent, ni décolorant ni amidon. Le soleil blanchit les tissus humides. Des feuilles d’herbe à savon broyées ou macérées dans l’eau nettoient et restaurent le coton, le lin et la soie. Une petite brosse à défroisseur à vapeur rafraîchit les vêtements anciens. La remise à neuf ajoute énormément de plaisir à l’entretien d’une poupée, mais réfrénez toute impulsion de modification des vêtements : gardez votre poupée et ses habits aussi propres que possible, sans opérer aucun changement.

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Les tissus pour vêtements de poupées

Avant de nous intéresser à l’histoire des vêtements de poupées proprement dite, faisons un bref détour par l’histoire des tissus pour ces vêtements. Si l’on souhaite confectionner des habits de poupée de qualité muséale (voir plus bas), on se doit d’avoir au préalable une bonne connaissance des tissus et des ornements. Si vous confectionnez une robe pour une poupée des années 1940 avec un tissu qui n’existait pas avant 1960, vous n’obtiendrez pas une qualité muséale ou patrimoniale, même si la couture est d’excellente facture. Et vous pouvez gâcher une belle robe en coton ou en soie avec de la dentelle et des rubans en polyester.
Avant 1900, les tissus existants pour fabriquer les vêtements étaient peu nombreux : coton, laine, soie, lin. Ils étaient respectivement disponibles en densité et style de lourd ou grossier à léger ou délicat. Étonnamment, on peut rencontrer des laines délicates et des soies lourdes.
À la fin du XIXe siècle, le premier tissu synthétique, la viscose, fait son apparition. Après stabilisation, son usage se répand au début du XXe siècle sous le nom de rayonne. Elle est employée pour la lingerie, et les robes raffinées autrefois faites en soie, un tissu beaucoup plus coûteux. La rayonne étant de bien moindre qualité que la soie, les clients s’en détournaient, conduisant les fabricants à promouvoir dans leurs catalogues la rayonne sous l’appellation « imitation soie ». La rayonne présente plusieurs inconvénients : elle ne tolère que le nettoyage à sec ; elle est fragile et se déchire facilement ; enfin, elle s’effiloche aisément, ce qui la rend impropre à la couture artisanale. Entre 1910 et 1950, de nombreux vêtements de poupées sont fabriqués en rayonne. En conséquence, les robes « d’origine usine » sont perdues ou jetées en raison des inconvénients de la rayonne, quelques manipulations dans les mains de petites filles suffisant à les laisser sans forme et déchirées.

Des vêtements de poupée de qualité muséale

Un habillement approprié est essentiel pour l’exposition de poupées anciennes. Il est plus difficile de confectionner des costumes de poupées de qualité muséale que des costumes de qualité ordinaire que l’on réparera et restaurera suivant les besoins. Le costumier se doit de comprendre en profondeur l’habillement et les coutumes de l’époque de fabrication de la poupée, l’histoire de la mode, ainsi que la tenue portée par la poupée en sortant de l’usine.
De nombreux collectionneurs qui se risquent à habiller leurs poupées anciennes le font de façon si inappropriée que c’en est presque drôle. Par exemple, une poupée enfant à tête en biscuit du premier quart du XXe siècle habillée comme une dame en vogue des années 1860. Ce genre de bévue dévalue l’intérêt patrimonial d’une poupée, si belle soit-elle.
Durant la guerre de Sécession, les dames et les poupées portent des jupes à crinoline (photo ci-dessous) et des corsets.


                                                © Old Magazine Article

À la même époque, les femmes portent des shorts-culottes ouverts à l’entre-jambes, sortes de culottes longues avec des cordons en bas des jambes ou froncées avec une bande de dentelle ou un œillet. Plus tard les pantalons à ruches, plus courts, tombent au-dessus ou au-dessous du genou, ni froncés ni bouffants. Le blanc est la seule couleur adéquate pour ces sous-vêtements en coton : elle est considérée comme pure car le blanc peut être bouilli dans la lessive pour nettoyage et désinfection.
À la fin du XIXe siècle, la tournure devient à la mode. Les poupées imitent les styles en vogue et portent des tournures faites de fil tissé et d’un fort rembourrage de coton. Au tournant du siècle, la tournure est démodée et les manches longues font leur apparition.
La plupart des gens associent l’appellation « d’origine » à la couture manuelle. Cette idée est fausse : de nombreux vêtements d’origine, aussi loin que les années 1850, sont cousus à la machine, en usage courant dans les usines à partir de 1870 et dans les foyers à partir de 1889. Cela dit, les machines ne cousant ni les ourlets invisibles ni les boutons, la finition s’exécute toujours à la main. Et il reste encore des foyers non équipés de machine. En définitive, il revient au costumier de mettre en œuvre la combinaison appropriée de couture à la main et à la machine.
Comme souligné précédemment, il existait avant 1900 peu de textiles en usage : coton, laine, soie et lin de divers types. Par conséquent, les costumes de poupées datés de cette époque qui revendiquent une qualité muséale doivent être confectionnés avec ces textiles. Et ceci inclut les ornements. Une dentelle synthétique suffit à disqualifier le costume : les musées, par dessus tout, exigent l’authenticité !
En 1884, la viscose, premier tissu synthétique, baptisé « imitation soie » ou « soie artificielle », est inventée. Bien moins chère que la soie, elle connaît un grand succès avant d’être retirée du marché pour cause de haute inflammabilité. Il faudra attendre 1905 pour voir apparaître une version plus sûre, immédiatement adoptée pour les sous-vêtements féminins raffinés et les poupées. De vieux catalogues  de poupées du début du XXe siècle en font mention sous l’appellation « satin imitation soie ».
La dentelle française de Valence en coton était à l’origine, aussi loin que les années 1600, faite à la main et la plus chère des dentelles. Elle devint bon marché avec la mécanisation, et fut imitée par les fabricants américains. Jusqu’aux années 1800, avant l’arrivée de la dentelle commerciale, des artisans expérimentés utilisent de la dentelle crochetée à la main ou des frivolités en coton pour confectionner des vêtements de poupées.
Enfin, les costumes de qualité muséale doivent avoir des fermetures adéquates, agrafes et boutons pour les modèles les plus anciens, fermoirs cousus par la suite.

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Évolution chronologique
Les  vêtements de poupées avant 1789

Avant la Révolution Française, les poupées étaient principalement de quatre types. Bois : tout en bois, avec des articulations à cheville ou sphériques ; à tête et membres en bois, et torse en chanvre. Cire : tout en cire ; à tête en cire et corps fait d’autres matériaux. En tissu, dont peu sont parvenues jusqu’à nous. En terre cuite, dont peu d’exemplaires ont survécu.
Quant aux textiles des vêtements de poupées, c’est principalement de la soie, en particulier brochée de motifs floraux ou de bandes. Les coupons sont étroits, de 46 à 51 cm de large. La laine est rarement rencontrée. Le coton ou le lin filés à la maison sont utilisés pour les sous-vêtements. La couleur verte est populaire pendant la première moitié du XVIIIe siècle, les teintes pastel pendant la seconde moitié, sous l’influence du rococo. Les ornements sont multiples : galon à fil métallique, guimpe, falbala, dentelle, tulle, paillette, broderie sur soie et crewel. Les types courants de robe sont la robe redingote et la robe à devant ouvert incluant la robe vague à la française. Enfin, la présence de quelques caractéristiques spéciales est à noter : pièce d’estomac, poches séparées, absence de caleçons.

Les  vêtements de poupées de 1790 à 1815

Pendant les années de pénurie des guerres napoléoniennes, il existe quatre types principaux de poupées. Bois : tout en bois, avec des articulations à cheville ou sphériques ; à tête en bois et corps fait d’autres matériaux. Composition : à tête en carton moulé et corps en carton et/ou fait d’autres matériaux. Cire : tout en cire ; à tête en cire et corps fait d’autres matériaux. En tissu, dont peu sont parvenues jusqu’à nous.
Les textiles des vêtements de poupées sont en coton ou soie fins, plus rarement en matériaux tissés lâchement tels que la gaze ou le tulle. Les couleurs prédominantes sont le blanc, le jaune, le marron et le rose. Les ornements sont multiples : ruban, dentelle faite à la machine, broderie, en particulier au tambour, volant, bordure Vandyke, frange, ganse. Les types courants de robe sont : à corsage avec mouchoir de cou croisé devant la taille ou rentré dans l’encolure basse ; à jupe ample ; de style empire, silhouette affinée avec taille très haute ; à coutures d’envers en biseau et manches en retrait ; à manches longues couvrant en partie les mains. Deux nouveautés apparaissent : en 1804, les pantalons et pantalons à ruches ; en 1806, les rubans tramés. Enfin, la présence de quelques caractéristiques spéciales est à noter : réticule remplaçant les poches séparées ; foulards longs ; gants longs en chevreau.

Les vêtements de poupées de 1815 à 1837

Les années qui suivent le congrès de Vienne de 1815 sont marquées par la paix et la prospérité en Europe. Durant cette période, les poupées sont en majorité plus petites que pendant les périodes précédentes et principalement de quatre types. Bois : tout en bois, avec des articulations à cheville ou sphériques ; à tête en bois et corps fait en tout ou partie d’autres matériaux. Composition : tête en papier mâché sur corps en cuir, généralement avec membres inférieurs en bois, appelées « tête vernie avec corps en cuir » dans le commerce. Cire : cire sur composition, habituellement avec corps en tissu et bras en chevreau ; à tête en cire et corps fait en tout ou partie d’autres matériaux. En tissu, avec des traits du visage brodés ou peints.
Les textiles des vêtements de poupées sont en coton, en particulier la mousseline et le chintz, en challis, ou en soie. Les ornements sont multiples : ruban, broderie de tulle, rouleau, ganse, frange, guirlande de fleurs, bouton, bordure Vandyke, feston. Les types courants de robe sont : la robe pelisse, à pièce d’estomac sur le devant, à manches gigot ou à l’imbécile. Quatre nouveautés apparaissent : dans les années 1820, le cuir verni est inventé par Seth Boyden ; en 1829, la crinoline, tissu crin français ; en 1831, l’élastique en caoutchouc remplace progressivement les ressorts enroulés ; dans les années 1830, le coton fait à la machine. Enfin, la présence de quelques caractéristiques spéciales est à noter : bandeaux et ferronnières autour de la tête ; bouton en tissu à base métallique inventé par Sanders ; anneaux métalliques pour trous en œillet des corsets.

Les vêtements de poupées de 1837 à 1851

Le couronnement de la reine Victoria en 1837 inaugure une période de croissance de la concurrence internationale et de grandes expositions. Pendant ces années coexistent cinq types principaux de poupées. À tête en composition : corps tout en chevreau ; corps en chevreau et membres en bois ; corps en tissu et bras en chevreau. À tête en cire : tête en cire sur composition, corps en tissu et bras en chevreau ; tête en cire coulée, corps en tissu et membres en cire ou autres matériaux. À tête en porcelaine émaillée : corps en tissu et bras en chevreau ; corps tout en tissu ; corps en bois, membres en porcelaine émaillée. En bois : tout en bois ; tête en bois sur corps en tissu ou en chevreau ; types variés de membres. En tissu, dont peu sont parvenues jusqu’à nous.
La soie est le plus populaire des textiles de vêtements de poupées. Viennent ensuite les modes de la tarlatane et du velours, puis le coton, en déclin. Le textile est habituellement tissé de deux couleurs complémentaires. L’impression polychromatique est meilleur marché que le tissage de motifs. Des techniques de teinture plus élaborées sont développées. Les ornements, manuels et mécaniques, sont multiples : passepoil, gland, cannetage, ganse, passementerie, dentelle, gros boutons. Les types courants de robe sont : la robe ronde, la robe pelisse, la robe redingote ; on porte deux corsages avec la même jupe, un pour le jour et un pour le soir. Trois nouveautés apparaissent : en 1840, les boutons en porcelaine de Prosper ; en 1841, les triples boutons en lin de John Ashton ; en 1848, les corsets avec fil élastique tissé. Enfin, la présence de quelques caractéristiques et tendances spéciales est à noter : l’usage des combinaisons se répand ; les corsets sont très serrés ; caleçons à bordure Vandyke ou ruchée ; les gants se portent à toute heure dans la classe oisive ; le port des bijoux se fait plus rare.

Les vêtements de poupées de 1851 à 1865

Sous l’effet des révolutions politiques, industrielles et sociales, le Monde change rapidement au milieu du XIXe siècle. Cette époque connaît huit types principaux de poupées. Cire : tête et membres en cire sur corps en tissu ; tête en cire sur composition sur corps en tissu, quelques unes avec membres en bois. Porcelaine émaillée : tête en porcelaine émaillée sur corps en tissu ou en chevreau ; tête et membres en porcelaine émaillée sur corps en bois ; tout en porcelaine émaillée. Biscuit : tête en biscuit sur corps en tissu ou en chevreau ; tout en biscuit ; les premières poupées en biscuit n’ont habituellement pas la chair teintée. Composition : tête en composition sur corps en tissu ou avec membres en bois sur corps en chevreau ; tête de type plâtre sur corps en bois. Bois : tête en bois sur corps en tissu, quelques unes avec membres en bois ; tout en bois. Caoutchouc : tête en caoutchouc sur corps en tissu ; tout en caoutchouc. Poupées en tissu. Poupées en gutta-percha.
Les textiles des vêtements de poupées sont en coton, laine, soie ou une combinaison des trois. Les ornements sont multiples (photo ci-dessous) : ruban de velours, ganse, frange, broderie, dentelle, grelot.

Les robes se séparent en deux pièces, veste et jupe. Quatre nouveautés apparaissent : en 1850, crochets en cuivre et teintures à l’aniline ; en 1856, crinoline artificielle ; en 1858, machine à coudre familiale. Enfin, la présence de quelques caractéristiques spéciales est à noter : manches à deux coutures sur les robes et les vestes ; pièce de chevreau dans les chaussures au niveau des orteils ; bottes balmoral  et avec élastique latéral ; bas à rayures circulaires.

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Les vêtements de poupées de 1865 à 1878

C’est l’époque des garde-robes françaises élaborées pour les poupées dames à la mode. Il existe alors huit types principaux de poupées. Biscuit : tête en biscuit sur corps en chevreau, quelques unes avec des bras en bois ou en biscuit ; tête en biscuit sur corps en bois ; tête en biscuit sur corps en tissu ; tout en biscuit ; toutes les poupées ci-dessus ont des perruques en mohair, cheveux naturels ou fourrure, à l’exception de quelques coiffures moulées. Cire : tête en cire sur composition sur corps en tissu, membres en divers matériaux ; tête et membres en cire sur corps en tissu. Composition : tête en composition sur corps en tissu ou en chevreau ; tête en composition avec coiffure ou perruque moulée ; pour toutes les poupées ci-dessus, les qualificatifs « indestructible » ou « éternel » font référence à la partie de la poupée en composition. Porcelaine émaillée : tête en porcelaine émaillée sur corps en chevreau ou en tissu ; tout en porcelaine émaillée ; les poupées à tête en porcelaine émaillée ont généralement des cheveux noirs moulés, certaines ont une perruque. Tissu : tout en tissu ; poupées de chiffon londoniennes, visages en mousseline sur cire et corps en tissu ; tête en tissu traité (imprégnée de caoutchouc) et corps en tissu. Caoutchouc : tout en caoutchouc ; tête en caoutchouc sur corps en tissu. Bois : tout en bois ; tête en bois sur corps en tissu, quelques unes avec des membres en bois. Poupées en gutta-percha.
Les textiles des vêtements de poupées sont en coton, laine, soie ou une combinaison des trois. Les ornements sont multiples : plissage, volant gaufré, ruché, bouillonné, ganse, frange, cannetage, ruban en velours, dentelle, bordure Vandyke, rosette, attache, feston, guirlande. Les types courants de robe sont : veste avec basque et jupon ; robe polonaise avec combinaison ; tunique avec jupon ; robe princesse ; robe avec traîne. Trois nouveautés apparaissent : au milieu des années 1860, câble à trois doubles cordons pour machines à coudre ; fin des années 1860, apparition des étiquettes de fabricant sur les vêtements ; en 1877, premières soies chargées. Enfin, la présence de quelques caractéristiques spéciales est à noter : apparition de soies japonaises ; l’usage des chemises associées aux caleçons se répand ; les encolures et tailles hautes sont à la mode ; les jupes longues raccourcissent.
Les revues « La poupée » et « Gazette de la poupée » publient en 1864 des images et des descriptions des vêtements des poupées anciennes de Jumeau, Huret, Rohmer, Bereux et autres fabricants français. En 1872, Bru Jeune publie un catalogue de ses poupées.

Les vêtements de poupées de 1878 à 1889

Cette période est l’âge d’or du bébé français à tête en biscuit et corps en composition, baptisé « Bébé incassable », produit en grande série, de quelques milliers par an à la fin des années 1870 à plusieurs millions en 1890. Huit types principaux de poupées y coexistent. Biscuit : tête en biscuit sur corps en chevreau et/ou en tissu, quelques unes avec des bras en biscuit ; tête en biscuit sur corps articulé en composition ; tout en biscuit, y compris les poupées articulées. Cire : tête en cire sur composition sur corps en tissu ; tête en cire sur corps en tissu. Composition ou papier mâché : tête en composition sur corps en tissu ; tout en composition. Porcelaine émaillée : tête en porcelaine émaillée avec coiffure stéréotypée moulée et corps en tissu ; tête en porcelaine émaillée avec coiffure raffinée et corps en tissu ; tête en porcelaine émaillée avec cheveux naturels et corps en tissu ; tout en porcelaine émaillée, cheveux habituellement peints en noir mais existent aussi en blonds, présence d’oreilles percées. Tissu : tout en tissu ; poupées de chiffon londoniennes, visages en mousseline sur cire et corps en tissu ; tête en tissu traité (imprégnée de caoutchouc) sur corps en tissu. Caoutchouc : tout en caoutchouc ; tête en caoutchouc sur corps en tissu. Bois : tout en bois ; tête en bois sur corps en tissu. Celluloïd : tête en celluloïd sur corps en tissu ; tout en celluloïd.
Les textiles des vêtements de poupées sont en coton, laine, soie ou une combinaison des trois. Apparition de textiles chargés. Les ornements sont multiples : ruban, dentelle hors couleur noire, ganse (en particulier croquet et galon à fil métallique), plissage, bouillonné ou smock, passepoil. Les types courants de robe sont : robe taille basse avec jupe courte plissée ; combinaison veste et jupe ; robe polonaise ; polisson et tunique ou jupe du dessus ; robe princesse ; robe à traîne. Cinq nouveautés apparaissent : fin des années 1870, attache des jarretelles en bas du corset et épingle de sûreté danoise avec étui de protection ; début des années 1880, les bandes élastiques remplacent les rubans pour attacher les jupes ; milieu des années 1880, apparition de la dentelle de couleur ; fin des années 1880, attache d’un crochet à l’arrière du corset sur l’œillet de la jupe pour prévenir son glissement. Enfin, la présence de quelques caractéristiques et tendances spéciales est à noter : combinaison de caleçons et corsage attachés ; apparition de plastrons ; tournures sur les robes de poupées ; jupes courtes sur les poupées enfants ; empiècements, parfois sur décolletés carrés profonds Pompadour ; manches longues une pièce amples en haut de l’épaule.

Les vêtements de poupées de 1889 à 1900

Les deux influences principales des vêtements de poupées dans les années 1890 sont les œuvres de la célèbre illustratrice anglaise Kate Greenaway et les poupées multiculturelles promues par le développement des moyens de transport. Le style vestimentaire des personnages de Kate Greenaway s’inspire de la mode enfantine des premières décennies du XIXe siècle (photo ci-dessous).


                                                       © Shanfields

Il existe alors neuf principaux types de poupées. Biscuit : tête en biscuit sur corps en composition ; tête en biscuit sur corps en chevreau et/ou en tissu ; tout en biscuit, y compris les poupées articulées ; les têtes collerette en biscuit et les poupées à bonnet deviennent populaires. Cire : tête en cire sur composition sur corps en tissu ; tête et membres en cire sur corps en tissu. Composition ou papier mâché : tête en composition sur corps en tissu ; tout en composition. Porcelaine émaillée : tête en porcelaine émaillée avec coiffure stéréotypée moulée sur corps en tissu ; tout en porcelaine émaillée. Tissu : poupée tout en tissu, faite à partir de coupons ; tête en tissu traité (imprégnée de caoutchouc) sur corps en tissu. Poupées tout en caoutchouc. Poupées à tête métallique sur corps en tissu. Celluloïd : tête en celluloïd sur corps en tissu ; tout en celluloïd. Poupées tout en bois.
Les textiles des vêtements de poupées sont en coton, laine, soie ou une combinaison des trois. La flanelle se popularise. Des textiles bon marché sont disponibles sur les poupées commerciales. Les ornements sont multiples : dentelle, ruban, ganse incluant croquet et galon, broderie. Styles des vêtements : empiècements ; tailles blousées ; guimpes portées sous des robes sans manches à décolleté profond ; corsages et jupes séparées ; manches longues, spécialement gigot et d’évêque. Six nouveautés apparaissent : boîtes avec patron, poupée et tissus ; poupées de chiffon non découpées et leurs vêtements imprimés sur tissu ; papier crêpe employé pour les vêtements de poupées ; des rubans passent à travers les broderies perlées, spécialement dans les sous-vêtements ; invention de la soie artificielle à base de cellulose ; soie chargée de produits chimiques.
À la fin des années 1880, les bébés français portaient des robes au-dessus du genou. Vers 1890, de nombreuses poupées enfant anciennes les portent au niveau des chevilles ou traînantes. Les éléments stylistiques courants des robes sont : la Gibson girl, les empiècements, les jarretelles portées sur les guimpes, les ensembles veste et jupe, les robes-chemisiers.

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Les vêtements de poupées de 1900 à 1908

La concurrence allemande en production de poupées force la France à unir ses fabricants au sein de la SFBJ (Société Française de Fabrication de Bébés et Jouets) en 1899. Une conséquence directe est la baisse de qualité de la production française de bébés et poupées, tandis que le volume de leur production augmente. Le XXe siècle voit également l’essor de la production de poupées aux États-Unis, en particulier en tissu.
Neuf principaux types de poupées coexistent. Biscuit : tête en biscuit sur corps en composition ; tête en biscuit sur corps en chevreau et/ou en tissu, incluant les imitations de chevreau et de feutre ; pour ces poupées, présence d’yeux mobiles et de bouches ouvertes sur dents apparentes ; tout en biscuit. Tissu : tout en tissu, avec visages imprimés, peints, photographiés ou brodés ; tête en tissu traité (imprégnée de caoutchouc) sur corps en tissu ; poupées faites à partir de coupons. Composition : tout en composition ; tête en composition sur corps en tissu, incluant quelques poupées incassables expérimentales. Poupées tout en caoutchouc. Métal : tête métallique sur corps en tissu ; tout en métal. Poupées tout en bois. Celluloïd : tout en celluloïd ; tête en celluloïd sur corps en tissu. Porcelaine émaillée : tête en porcelaine émaillée avec coiffure stéréotypée moulée sur corps en tissu ; tout en porcelaine émaillée. Cire : tête en cire sur composition sur corps en tissu ; tête et membres en cire sur corps en tissu, principalement pour les poupées d’art ; tout en cire. Poupées tout en cuir.
Les textiles des vêtements de poupées sont en coton, laine, soie ou une combinaison des trois, avec très peu de soie artificielle ; utilisation de textiles extra fins et de teintes pâles ; présence de tartan, de carreaux et de pois. Les ornements sont multiples : dentelle, ruban, ganse et broderie. La présence de quelques caractéristiques et tendances spéciales est à noter : sélection accrue de vêtements et accessoires vendus séparément ; boîtes de trousseaux vendues séparément ; développement des poupées d’art ; apparition des boutons-pression ; crochets à triple fil.
La poupée Bleuette voit le jour en 1905, lorsque les très catholiques éditions Gautier-Languereau commandent à la SFBJ pour le lancement de la revue enfantine « La semaine de Suzette », destinée aux petites filles, une poupée offerte en prime pour tout abonnement annuel. La revue permet ensuite aux jeunes filles de réaliser son trousseau à partir des patrons fournis ou bien de commander celui proposé par l’éditeur. Les costumes de Bleuette s’inspirent souvent de l’actualité. Elle connaîtra le succès jusqu’à la cessation de parution de la revue en 1960.

Les vêtements de poupées de 1908 à 1915

Deux femmes et une entreprise allemandes remarquables, à l’origine des poupées de caractère, s’inscrivent dans cette période : Marion Kaulitz, initiatrice du mouvement des poupées d’art de Munich ; Käthe Kruse, artiste et entrepreneure fondatrice du fabricant de poupées éponyme ; l’entreprise Kämmer & Reinhardt, originaire de Waltershausen, dépositaire de la marque « poupée de caractère ».
Il existe alors dix principaux types de poupées. Biscuit : tête en biscuit sur corps en composition à articulation sphérique ; tête en biscuit sur corps de bébé en composition à membres pliés ; tête en biscuit sur corps en chevreau et/ou en tissu, incluant les imitations de chevreau ; tout en biscuit. Composition : tête en composition sur corps en tissu ; tête généralement en composition dite « incassable » ; corps souvent construit avec des rivets, à l’instar des ours en peluche ; tout en composition. Tissu : tout en tissu ; tête en tissu traité (imprégnée de caoutchouc) sur corps en tissu ; tête en feutre sur corps en tissu ; tout en feutre ; poupées faites à partir de coupons. Celluloïd : tout en celluloïd ; tête en celluloïd sur corps en tissu. Poupées tout en caoutchouc. Poupées tout en bois. Porcelaine émaillée : tête en porcelaine émaillée avec coiffure stéréotypée moulée sur corps en tissu ; tout en porcelaine émaillée. Cire : tête et membres en cire sur divers types de corps, principalement pour les poupées d’art ; tout en cire. Métal : tête métallique sur corps en tissu ; tout en métal. Poupées tout en cuir.
Les textiles des vêtements de poupées sont en coton, laine, soie, lin et un peu de soie artificielle ; utilisation de textiles extra fins ; rayures et imprimés blancs, rouges, bleus et verts. Les ornements sont multiples : dentelle, ruban, ganse, broderie, couleurs contrastées, fourrure et imitation fourrure. Styles des vêtements : robe empire, taille haute ; robes françaises, taille basse ; tuniques russes, incluant les ourlets irréguliers ; barboteuses ; empiècements ; manches de type kimono ; panneaux abaissés sur le devant de la robe. Cinq nouveautés apparaissent : plus de réalisme dans les visages et les vêtements ; robes courtes de bébé ; maillots de corps tricotés ; porte-jarretelles ; armoires remplies de vêtements et de linge de corps pour les poupées.

Les vêtements de poupées de 1915 à 1921

La première guerre mondiale et le bouleversement économique qui s’ensuivit modifient de nombreux aspects du monde des poupées. Les modèles à tête en biscuit allemands et français qui ont dominé le marché ne sont plus disponibles, et chaque pays allié tente de produire ses propres poupées. L’absence de concurrence étrangère favorise la production de poupées en composition aux États-Unis (photo ci-dessous, « Doughboy » d’Ideal Toy, 1917), et des productions expérimentales de têtes en biscuit ont lieu non seulement aux États-Unis, mais aussi au Japon, en Grande-Bretagne, en Belgique, et probablement ailleurs.


                                                         © Ruby Lane

Dès la fin des hostilités, la France reprend la fabrication de poupées à tête en biscuit. En Allemagne, l’inflation galopante de l’après-guerre empêche une reprise immédiate de l’industrie des poupées, sans compter l’animosité mondiale envers ce pays, qui lui fait perdre des marchés.
Neuf principaux types de poupées coexistent. Composition : tête en composition sur corps en tissu, certaines avec des membres en composition ; tout en composition, incluant les corps de bébés à membres pliés. Tissu : tout en tissu, incluant les poupées tout en feutre ; tête en tissu traité (imprégnée de caoutchouc) sur corps en tissu ; tête en feutre sur corps en tissu ; poupées faites à partir de coupons. Biscuit : tête en biscuit sur corps en composition  articulé, incluant les types de bébés à membres pliés ; tête en biscuit sur corps en chevreau et/ou en tissu, incluant les imitations de chevreau ; tout en biscuit.  Celluloïd : tout en celluloïd ; tête en celluloïd sur corps en tissu. Poupées tout en caoutchouc. Poupées tout en bois. Poupées à tête en métal sur corps en tissu. Poupées tout en cuir. Poupées en porcelaine émaillée, pratiquement introuvables.
Les textiles des vêtements de poupées sont en coton, incluant le feutre, en laine, et en soie naturelle ou artificielle. Utilisation de textiles extra fins, unis ou imprimés. Durant la guerre, emploi de couleurs patriotiques des alliés, spécialement le rouge, le blanc et le bleu ; après la guerre, teintes pastel et couleur blanche. Les ornements sont multiples : dentelle, broderie, ruban, tissus de couleurs contrastées. Styles des vêtements : simplifications dues aux pénuries en temps de guerre ; empiècements ; manches de kimono ; pull-overs courts. Quatre nouveautés apparaissent : vêtements larges pour grosses poupées ; essor des vêtements tricotés et crochetés ; décroissance des vêtements artisanaux ; tendance aux ceintures étroites, souvent décorées de rosettes multiples.

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Les vêtements de poupées de 1921 à 1929

Malgré les difficultés du contexte économique de l’après-guerre, l’Allemagne produit à nouveau dès le début des années 1920 la plupart des têtes de poupées en biscuit au niveau mondial. Meilleur marché et de qualité supérieure à celle des têtes de poupées américaines, elles n’en respectent pas moins les spécifications des brevets déposés aux États-Unis. De fait, les plus importantes entreprises américaines de poupées ont des bureaux en Allemagne et exploitent les installations des fabricants allemands.
Il existe alors huit principaux types de poupées. Biscuit, incluant les poupées peintes après cuisson. Tête en biscuit sur corps en composition : poupées à articulations sphériques incluant les corps à membres pliés ; corps de type bébé à membres pliés ; corps à membres et articulations raides ; tête en biscuit sur corps en tissu, poupées Mama et nouveau-nés ; tête en biscuit sur corps en chevreau ou en imitation chevreau et/ou en tissu ; tout en biscuit. Composition :  tête en composition sur corps en tissu, spécialement les poupées Mama ; tout en composition. Tissu : tout en tissu, incluant les poupées à membres longs ; tête en tissu traité (imprégnée de caoutchouc) sur corps en tissu ; tout en feutre ; tête en feutre sur corps en tissu ; poupées faites à partir de coupons. Celluloïd : tout en celluloïd ; tête en celluloïd sur corps en tissu ; tête en celluloïd sur corps en composition. Caoutchouc : tout en caoutchouc ; tête en caoutchouc sur corps en tissu ; tête en caoutchouc sur corps en composition ; en 1927, introduction de mains en caoutchouc sur les corps en composition et en tissu. Bois : tout en bois ; tête en bois sur corps en tissu. Métal : tête métallique sur corps en tissu ; tout en métal. Rares poupées en porcelaine émaillée.
Les textiles des vêtements de poupées sont en coton, incluant le feutre, en laine, et en soie naturelle ou artificielle. Utilisation de textiles extra fins, unis ou imprimés. Emploi de la couleur blanche, de teintes pastels et de carreaux. Les ornements sont multiples : dentelle, broderie, ruban, ganse, tissus de couleurs contrastées. Styles des vêtements : ils se portent large ; présence de culottes bouffantes sous les jupes. Quatre tendances apparaissent : la fabrication de vêtements de poupées devient une industrie ; production d’ensembles de broderies pour vêtements de poupées ; robes en rayonne ; fermetures Éclair.
En 1924, à l’exposition « Dames d’aujourd’hui » présentée à l’Hôtel Jean Charpentier à Paris, 25 figurines sont présentées qui reconstituent l’évolution de la mode féminine depuis 1900 et sont signées Lafitte-Désirat.

Les années 1930, France et Marianne

En mode féminine, la taille basse androgyne de la décennie précédente cède la place à une féminité provocante. Les couturiers parisiens introduisent la coupe en biais, qui contraint les tissus à épouser les courbes corporelles. Les longues robes du soir moulantes en satin, souvent à dos nu, sont en vogue. Durant la journée, on porte des ensembles en laine avec épaulettes et des jupes tombant au genou. Cols et étoles en fourrure sont répandus, ainsi que les petits chapeaux décorés d’une plume ou de fleurs portés sur le côté. Les cheveux sont coupés courts, souvent ondulés au peigne à leur naissance. Les styles sport et plage influencent la mode, et le bronzage est recherché pour la première fois.
Les hommes ne portent des costumes trois-pièces que pour le travail et les occasions formelles. Le costume deux pièces sans le gilet et les tenues décontractées deviennent communs : cardigan tricoté, débardeur, chemise à col souple ; la cravate n’est plus obligatoire. Les pantalons sont portés très larges et hauts, avec ourlets visibles et plis marqués le long de la jambe. Le rasage de près est courant, et les chapeaux melons sont réservés aux hommes d’affaires.
En 1938, les poupées France et Marianne (photo ci-dessous), fabriquées par la célèbre maison Jumeau, avec leur magnifique ensemble de 360 pièces de vêtements et accessoires, sont offertes aux princesses Elizabeth et Margaret du Royaume-Uni (Margaret Rose) à l’occasion de la visite d’État en France de George VI et de la reine Elizabeth. Les « petites princesses », alors âgées de 12 et 8 ans, n’accompagnaient pas le roi et la reine, aussi le directeur du « Journal » conçut-il l'idée du cadeau offert par les enfants de France. Les poupées hautes d’un mètre et leurs objets personnels sont alors exposés au public parisien avant d’être expédiés à Londres dans une grande malle. Présentées formellement aux princesses au Palais de Buckingham par l’ambassadeur de France, les poupées sont ensuite exhibées au Palais Saint-James au bénéfice de l’hôpital pour enfants princesse Elizabeth de York.


                                             © Royal Collection Trust

Bien qu’elles soient voulues comme un gage tangible de l’entente cordiale entre la Grande-Bretagne et la France à la veille de la seconde guerre mondiale, les poupées sont aussi une vitrine de l’industrie française de la mode et du monde prestigieux de la haute couture parisienne. Les plus célèbres stylistes du Paris des années 1930, chaque événement mondain, moment de la journée et saison de l’année sont représentés : le trousseau comprend des bijoux Cartier, des éventails Duvelleroy, des robes du soir Madeleine Vionnet et Jeanne Lanvin, des robes de jour Jean Patou, Marcel Rochas et Paquin, des gants Alexandrine et des sacs Hermès, de la lingerie Charmis, Maggy Rouff et Aux Mille et Une Nuits, des fournitures de papeterie Maquet, des tasses et soucoupes à thé en porcelaine de Sèvres, des chaussures Hellstern, des chapeaux, écharpes et parapluies, des valises, des robes pour les courses à Ascot, des tenues de yachting, des manteaux en fourrure et des imperméables, des négligés de soie, une automobile de course à traction avant Citroën,…

Les années 1940, le théâtre de la mode

Les pénuries dues à la guerre se prolongent jusqu’à la fin de la décennie. Les vêtements sont fabriqués avec un minimum de tissu, peu de plis et pas d’ornements. En mode féminine, les robes sont droites et arrivent un peu au-dessous du genou, portées avec des vestes cintrées et des épaulettes larges. Les uniformes sont fréquents. À partir de 1942, une partie des vêtements est confectionnée selon le plan d’utilité gouvernemental qui rationne les matériaux. Ils sont identifiables par un tampon « CC41 », abréviation de « Civilian Clothing Act of 1941 » (Loi d’Habillement civil de 1941). Pendant la guerre, les accessoires jouent un rôle important en raison de leur coût relativement modéré. La vogue est aux chaussures ou sandales à semelle compensée et aux chapeaux hauts à fleurs. Les cheveux se portent longs, avec des ondulations et des rouleaux stylisés sur le dessus de la tête. En 1947, Christian Dior introduit le « New look », symbolisé par des vestes cintrées aux épaules arrondies sur des jupes amples sous les genoux et des chapeaux larges en forme de soucoupe : cette silhouette révolutionne les codes de la féminité et de la mode.
Côté hommes, l’uniforme militaire et le rasage de près sont de rigueur. Les cheveux sont courts derrière et sur les côtés. Ceux qui sont habillés en civil portent souvent des tenues de ville, avec des pantalons larges fermés haut sur l’abdomen. Après 1945, les hommes démobilisés quittent l’armée avec une tenue « de-mob » comprenant une chemise, une cravate, une veste croisée et un pantalon large.
À l’aube de la seconde guerre mondiale, l’industrie française de la mode est une force économique et culturelle de premier plan : 70 maisons de haute couture et de nombreux stylistes indépendants se partagent un marché florissant. Mais la guerre impacte sévèrement le secteur : couturiers, acheteurs, journalistes, illustrateurs et photographes fuient Paris et la France occupée et cessent leur activité ; le nombre de clientes est en diminution. Ceux qui se battent pour continuer font face à de graves pénuries de tissu, de fil, de papier et autres matériaux. L’occupant a le projet de déplacer le centre de la haute couture de Paris à Berlin et Vienne, en y établissant un quartier général et une école de stylisme avec des professeurs français.
À la fin du conflit, la haute couture, coupée du reste du monde durant cinq ans, subit des critiques de la part des pays anglo-saxons pour les libertés prises par les maisons de couture en matière de fourniture de tissus durant la période de rationnement. Afin de lui redonner son prestige après la libération de Paris et de lever des fonds pour les survivants de la guerre, tout en économisant les matériaux devenus rares, Robert Ricci, le fils de la couturière Nina Ricci, a l'idée d’un théâtre miniature itinérant de la mode, exposant des poupées mannequins habillées par les meilleurs stylistes de la capitale : Nina Ricci, Balenciaga, Germaine Lecomte, Mad Carpentier, Martial & Armand, Hermès, Philippe & Gaston, Madeleine Vramant, Jeanne Lanvin, Marie-Louise Bruyère et Pierre Balmain. À l’initiative de la Chambre Syndicale de la Couture Parisienne, l’exposition baptisée « Théâtre de la mode » tourne en Europe en 1945 (Paris, Londres, Barcelone, Zurich, Stockholm, Copenhague, Vienne) puis aux États-Unis (New York, Boston, Chicago, Los Angeles, San Francisco) avec un nouveau trousseau en 1946 : 180 poupées en fil de fer d’environ 70 à 80 cm de hauteur, dessinées par Eliane Bonabel, présentées en 14 tableaux décorés sous la direction artistique de Christian Bérard et Boris Kochno, conçus par les grands décorateurs de l’époque, dont Emilio Terry, Louis Touchagues, Jean Dorville, Georges Wakhévitch, Georges Geffroy ou Jean Cocteau (photo ci-dessous).


                                               © The Fashion Stories

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Les années 1950, les Teddy Boys et Bild Lilli

La mode féminine poursuit la décennie 1940 finissante, avec des jupes très amples ou fourreau en tissu uni ou en imprimés floraux, des tailles cintrées et des épaules inclinées. La vogue des robes longues et larges favorise l’emploi d’étoffes de bonne tenue : tulle, taffetas, faille, ottoman, gros satin. Pour les toilettes moulantes, on recherche des mousselines, des velours, des toiles de laine, décorés de motifs souvent empruntés au style Louis XV. Les fibres synthétiques, dont la plus célèbre est le nylon, se popularisent : elles donnent des tissus à la fois légers et chauds, résistants et faciles d’entretien. Les vêtements de jour incluent des jupes, des vestes ou des robes en laine ou en tweed. La robe de cocktail constitue la principale nouveauté : tombant au-dessous du genou, son corsage au bustier baleiné autorise des décolletés asymétriques audacieux. La robe du soir est luxueuse et richement brodée : son corsage bustier baleiné dégage complètement les épaules et met en valeur la poitrine. Les coordonnés sont populaires, en particulier les cardigans longueur taille. Les accessoires deviennent indispensables : gants brodés à manchettes, petits sacs en peau, souliers décolletés, sandales à lanières découpées, bas nylon. On porte de petits chapeaux tambourins ou des chapeaux soucoupe à bord large. Les cheveux sont coupés court et bouclés, ou longs et réunis en chignon ou en queue de cheval.
La mode masculine est toujours centrée sur le costume. Un tissu courant est la flanelle grise, portée avec une chemise, une cravate et une pochette. On rencontre souvent des vestes en tweed ou à carreaux portées avec des pantalons non assortis, et des cols ouverts autorisés pour les tenues décontractées. Les adolescents commencent à apparaître comme un groupe social distinct. Leur mode est influencée par celle des vedettes américaines, qui portent des vestes en cuir et des jeans, et par celle des Teddy boys, habillés de pantalons étroits, de vestes longues décorées de velours et de chaussures pointues. Les cheveux sont séparés par une raie latérale et lissés avec de la brillantine.
En Allemagne, Bild Lilli, poupée mannequin apparue en 1952 pour la première fois sous la forme d’un personnage de bande dessinée dans le journal « Bild Zeitung », est produite de 1955 à 1961 par la société allemande O&M Hausser. Contrairement aux autres poupées de son époque, ce n’est pas un bébé mais une jeune femme moderne complètement mature. Elle connaît un succès foudroyant, est l’objet de controverses et sera copiée pour créer la célèbre Barbie en 1959. Les vêtements d’origine de Bild Lilli représentent une part essentielle de l’attrait de la poupée et sont aujourd’hui très prisés des collectionneurs. Ils sont vendus séparément pour constituer un trousseau. Le même vêtement présente souvent différentes combinaisons de couleurs, destinées à la fois à la grande et à la petite Lilli, les deux versions de la poupée sorties respectivement en 1955 et 1956. Quatre tenues spéciales sont proposées : une robe Lilli Marleen, une édition limitée « Magician Lilli » de 1959, une tenue Marlene Dietrich et une robe prototype rose.

Les années 1960, Mary Quant et Barbie

Les revenus des jeunes sont à leur plus haut niveau depuis la fin de la seconde guerre mondiale, suscitant le désir d’une garde-robe qui dépasse la simple copie des vêtements des adultes. La jeunesse, devenue modèle de société et idéal de mode, se détache en groupe social de consommateurs qui favorise l’émergence du prêt-à-porter. Des stylistes comme Mary Quant, créatrice anglaise de la mini-jupe en 1965, et Barbara Hulanicki, fondatrice polonaise du magasin de vêtements Biba à Londres, conçoivent des vêtements à l’usage des jeunes. Des jeunes stylistes français créent leur propre maison de couture : Pierre Cardin, André Courrèges, Emmanuel Ungaro, Jean-Louis Sherrer, Paco Rabanne et Yves Saint-Laurent, pour ne citer qu’eux. À la fin de la décennie, le mouvement hippy venu de la côte Ouest des États-Unis emprunte des textures, des motifs et des couleurs aux cultures orientales. Les femmes plus classiques portent encore des jupes et de robes au-dessous du genou et des vestes, manteaux ou cardigans sur mesure. En maquillage, les fonds de teint pâles, le khôl, le mascara et les faux cils dominent. Les cheveux sont longs ou coupés au carré.
Le fait le plus remarquable en matière de mode occidentale dans les années 1960 est sans doute l’évolution des vêtements pour hommes. Depuis 150 ans auparavant, ils étaient fait sur mesure, unis et sombres. Désormais, le prêt-à-porter offre des éléments colorés tels que la veste sans col, portée avec des pantalons moulants et des bottes. Au milieu de la décennie, les cravates se portent sur des chemises imprimées éclatantes. Les revers de veste et les pantalons prennent des dimensions exagérément larges. Enfin, la tendance est à l’unisexe.
La poupée Barbie naît en 1959 d’un plagiat de Bild Lilli, lancée en Allemagne en 1955 et dont elle reprend les codes : morphologie adulte, cheveux implantés, fabrication en matière plastique avec une garde-robe contemporaine et taille de 29 cm. La première poupée de célébrité voit le jour en 1967 sous les traits de Twiggy, emblème des années 1960 et mannequin le plus célèbre de cette époque (photo ci-dessous).


                                                          © PicClick

Pas moins de 22 tenues sont proposées pour Barbie en 1959, de son maillot de bain initial rayé noir et blanc à une robe de mariée en satin et tulle, en passant par une veste sans col de style Chanel avec jupe fourreau assortie. De fait, les vêtements sont un élément si important du marketing de la poupée que la styliste renommée Charlotte Johnson quitte son poste de professeur à l’école d’art Chouinard de Los Angeles pour habiller Barbie. La plupart des tenues sont reconduites en 1960, à l’exception de « Gay Parisienne », « Easter Parade » et « Roman Holiday », très recherchées par les collectionneurs. Des six nouvelles tenues de 1960, « Friday Night Date » est l’une des mieux vendues, avec son charmant pull bleu en velours côtelé à appliqués de feutre.
À partir de 1961, le style de Barbie change tous les ans et devient une vitrine des tendances de la mode les plus populaires de la deuxième moitié du XXe siècle. Son succès entraîne des rupture de stock, faisant des tenues comme « Plantation Belle » et « Busy Gal » des objets rares. Les tenues sont référencées par un numéro de série. La série 1600, initiée en 1964, est aussi difficile à tracer que la série précédente 900 des années 1959 à 1963, en raison des plus faibles quantités produites. Parmi les raretés de la série 1600, on trouve les tenues « Satin’N Rose », « White Magic » et « Skaters Waltz ». L’état de conservation de l’étiquette  contribue à garantir la valeur d’un vêtement Barbie. Malheureusement, cette dernière se détériore rapidement.
Tout au long de la décennie, la production des vêtements et accessoires Barbie explose. Des tenues pour chaque situation contemporaine imaginable (pourvu qu’elle soit honnête !) accompagnent la poupée. L’introduction en 1962 de packs de mode vendus séparément, qui procurent des accessoires codés en couleurs allant du collier de perles à la paire de chaussons rouges, favorise les combinaisons d’ensembles en vogue. Barbie commence aussi à prendre des vacances qui requièrent des tenues exotiques telles que la mantille noire du modèle mexicain.
La production de la Barbie vintage et de sa ligne de vêtements s’interrompt en 1966. L’année suivante, Mattel introduit Mod Barbie, une version résolument plus tendance qui s’affranchit de sa formalité stricte et de son élégance quasi adulte. Twist’N Turn Barbie, sortie en 1966, est vêtue d’un bikini orange en vinyl et d’une robe cache-maillot en tulle blanc. Elle est dotée d’une articulation de hanche déformable par torsion, comme la plupart des modèles lancés après 1966.

Les années 1970, hippies, discos, punks et résistance à Barbie

Les tendances de la mode adolescente occidentale au début de la décennie sont un prolongement de l’époque hippie : textiles naturels en impression cachemire ou en teinture nouée, styles exotiques, blouses de paysans mexicains et pantalons de gauchos, vêtements africains et indiens audacieusement colorés et ornés de motifs, pantalons serrant les hanches, pattes d’éléphant, jupes micro, mini ou midi, jupes de mamie traînantes, pantaminis et shorts courts portés avec des corsages bain-de-soleil l’été, chaussures confortables telles que hush puppies, sabots et sandales en cuir tissé, go-go boots blanches popularisées par Nancy Sinatra et autres fashionistas, boucles d’oreilles créoles, écharpes et sacs à main en tissu jean recyclé.
Au milieu des années 1970, le style disco s’impose : robes glamour en tissus synthétiques comme le polyester satiné ou la rayonne, robes et bandeaux tape-à-l’œil en tissus soyeux. De nombreuses tenues sont adaptées des vêtements professionnels de danse. Des costumes décorés de paillettes et de strass sont conçus pour briller et scintiller sous les boules de lumière. Des vêtements lustrés à lames métalliques et des pantalons moulants extensibles en Lycra attirent l’attention sur la piste de danse. Des robes portefeuille en tricot jersey sont portées avec d’extravagantes chaussures à semelle compensée. Des chaussures chic à semelles épaisses et talons mesurant jusqu’à 13 cm accompagnent des jeans de styliste.
À la fin des années 1970, le mouvement punk (littéralement vaurien, voyou) s’établit sur des idéaux de non-conformisme, de non-compromission, d’anti-autorité, d’anti-fascisme, d’anti-capitalisme, d’anti-consumérisme, d’action directe et de liberté individuelle. Il est centré culturellement sur un genre musical agressif appelé rock punk. La mode punk comprend des t-shirts volontairement provocants, des vestes en cuir, des chaussures Doc Martens, des coiffures à crêtes colorées, des tatouages et des bijoux voyants. Les punks pratiquent  la modification corporelle.
Une des versions les plus emblématiques de Barbie lors de cette période est la « Malibu Barbie » de 1971 : sa première tenue est un maillot de bain une pièce bleu nattier avec une serviette de plage jaune ; produite jusqu’en 1977, c’est le dernier modèle considéré comme authentiquement vintage par les collectionneurs (photo ci-dessous).


                                                        © Amazon

Devant le succès rencontré par Barbie, la contre-offensive s’organise. En France, Bella sort Marion en 1972, la même année que la Martine de Marki, et Ella en 1973, Clodrey lance Crissy en 1970 et Bettina en 1975, la même année que la Perle de Delavennat. En Italie, à la fin des années 1970, Fiba sort Barbara et Judy. En Allemagne, la Petra à jambes droites est produite en 1970 et Petra star en 1972. En Grande-Bretagne, en 1973, la célèbre styliste anglaise Mary Quant (créatrice de la mini-jupe et du mini-short) lance en association avec la société Flair Toys la poupée Daisy ; la société Palitoy produit une poupée nommée Pippa distribuée en France par Meccano, qui possède une impressionnante garde-robe : durant les années 1970, 48 nouveaux vêtements sortent par an. Face à la déferlante Barbie qui arrive en Espagne en 1978, Famosa réagit avec Nancy mannequin. Aux États-Unis, Hasbro introduit dès 1970 la longiligne poupée Leggy, dont les vêtements reflètent le style de la décennie, pantalons pattes d’éléphant et chaussures à semelles compensées ; la version Ideal Toy de la Tressy d’American Character Doll est une poupée introduite en 1970 sous le nom de Gorgeous Tressy (superbe Tressy) et de Posin’ Tressy (Tressy la poseuse) en 1971 ; de la même société Ideal Toy, Tiffany Taylor en 1974, dont les tenues fleurent bon les années 1970 : robes longues, ourlet à la cheville, bustiers-pantalons et combinaisons-pantalons, bandeaux dans les cheveux, motifs fleuris, socques à talons hauts ; toujours par Ideal Toy, plusieurs versions d’une poupée appelée Tuesday Taylor portent les mêmes vêtements : « Suntan Tuesday Taylor » brunit au soleil,  » Tuesday Taylor beauty queen » a des chaussures magnétiques, « Tuesday Taylor supermodel » bouge les jambes et « Taylor Jones » est une poupée noire.

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Les années 1980, golden boys et poupées pour fillettes

La décennie qui s’achèvera avec la chute du mur de Berlin est matérialiste et insiste sur l’apparence : logos, marques, couleurs, maquillages, accessoires doivent être ostentatoires. La réussite économique fascine, Bernard Tapie et les sagas américaines Dallas et Dynastie donnent le ton. La Grande-Bretagne, qui vit difficilement les années Thatcher, à l’exception des golden boys de la City, remplit de sa musique les charts de toute la planète et impose le mouvement New Wave et les Nouveaux Romantiques. Aux alentours de 1987, la période d’euphorie décline en révélant une nouvelle génération de créateurs parmi lesquels Jean-Paul Gaultier, Azzedine Alaïa et Giorgio Armani.
Loin de cet étalage fric et frime, les poupées des années 1980 restent dans le domaine du rêve pour jeunes filles, comme en témoignent les 15 exemples qui suivent. En premier lieu, Barbie continue de capturer le cœur des fillettes, qu’elle soit habillée en rockstar ou en princesse. Les Cabbage Patch Kids, ces bébés et enfants à la grosse tête ronde et aux membres potelés, sont un des jouets les plus populaires des années 1980. Les poupées gâteau (Cupcake dolls) sont des jouets parfumés ressemblant à un gâteau avant d’être ouverts pour révéler une poupée (photo ci-dessous).


                                                   © The Toy Insider

Les fées fleuries (Flower fairies), nées en 1983, sont une série de sept poupées de 18 cm avec des jupes en forme de pétales et des ailes dans le dos, inspirées par les illustrations de Cicely Mary Barker publiées pour la première fois en 1923 ; elles sont baptisées Almond Blossom (Floraison d’amandes), Christmas Tree (Arbre de Noël), Guelder Rose (Viorne obier), Heliotrope (Héliotrope), Narcissus (Narcisse), Pink (Rose) et Sweet Pea (Pois de senteur).
Jem, promue par la série télévisée musicale d’animation américaine Jem et les Hologrammes (« Jem and the Holograms »), est une poupée rock star de 32 cm entièrement articulée produite par Hasbro, aux cheveux de couleurs vives et aux tenues extravagantes, accompagnée de coffrets aux fonctions musicales. Mattel répliquera avec la ligne « Barbie et les Rock Stars » (Barbie and the Rockers). Dame Boucleline et les Minicouettes (Lady Lovely Locks and the Pixietails) est une série télévisée d’animation en coproduction américaine-française-japonaise diffusée aux États-Unis en 1984 et 1985 et en France en 1987. Elle donne lieu à la production par Mattel de poupées de 21,5 cm à la longue chevelure colorée, accompagnées chacune de trois ou quatre petits écureuils en plastique à longue queue soyeuse que l’enfant peut accrocher dans ses cheveux ou dans ceux de la poupée. Clair de Lune (MoonDreamers) est une série télévisée d’animation américaine diffusée aux États-Unis en 1986 et en France en 1987, destinée à promouvoir une collection de poupées phosphorescentes produite par Hasbro. Elle raconte l’histoire d’un peuple céleste qui apporte de beaux rêves aux enfants de la Terre. Mais la méchante reine Scowlene et ses acolytes les maintiennent éveillés à l’aide de leurs cristaux de cauchemar. My beautiful doll est une série de huit poupées de 44,5 cm à la longue chevelure produites par Hasbro en 1989, entièrement habillées : robe, sous-vêtements, chaussettes, chaussures. Elles sont accompagnées d’un accessoire pour les cheveux (ruban, nœud, serre-tête), d’un peigne démêloir et d’un pendentif assez grand pour être porté par un enfant. Ma jolie ballerine (My pretty ballerina) est une poupée de 40,5 cm en tutu rose produite par Tyco, qui danse en faisant bouger sa tête et son bras droit au son d’une cassette et en s’appuyant sur une barre, fournies dans le coffret.
En 1983, Chris Wiggs réalise pour sa fille Kate une petite maison de poupée à partir d’un poudrier. La société Bluebird Toys de Swindon (Grande-Bretagne) reprend le concept et y adjoint de minuscules figurines de moins de 2,5 cm baptisées Polly Pocket, commercialisées en 1989 et distribuées par Mattel au début des années 1990. En 1998, Mattel rachète Bluebird Toys et reconçoit les Polly Pocket, poupées plus grandes et plus réalistes, avec de nouveaux personnages (Lea, Shani, Lila, Rick, Steven,…). L’année suivante sont introduites les « Fashion Polly ! », poupées articulées en plastique de 9,5 cm, habillées de vêtements en plastique amovibles créés par Genie Toys. Les Polly Pocket sont promues par des adaptations en livres, séries d’animation TV et web, films et jeux vidéo. En 2002, la production des figurines est arrêtée. En 2004, la ligne « Quik Clik » de poupées dont les vêtements s’assemblent au moyen de petits aimants est lancée, créant des problèmes de sécurité relevés par la CPSC (Consumer Product Safety Commission ). En 2010, les proportions des poupées sont modifiées et les Cutants, animaux hybrides, sont introduits. En 2015, la production des Polly Pocket est arrêtée. La ligne effectue un comeback en 2018 avec des figurines légèrement plus grandes que celles de 1990.
Produite par Caleco en 1987, Princess Magic Touch est une ligne de poupées dotées d’une breloque qui, si elle est touchée par leur baguette magique, se transforme en bijou que l’enfant peut porter. Chaque poupée est accompagnée d’une robe amovible, d’une culotte, d’un collier, de chaussures, d’une baguette magique, d’une brosse et d’une breloque. Les poupées sont au nombre de six : Princess, Twinkle, Twirl, Glitter, Fancy et Candy.
Rainbow Brite, également connue au Japon sous le nom de « Magical Girl Rainbow Brite », est une franchise média de Hallmark Cards datant de 1983 : livres, bandes dessinées, albums d’autocollants et cassettes audio et vidéo, séries d’animation TV, films et services de diffusion vidéo en continu à la demande. En 1984, Hallmark Cards accorde à Mattel une licence de production d’objets variés de première génération : poupées, vêtements, linge, jouets et jeux, disques et radios, fournitures scolaires, lampes, livres de contes, puzzles, bijoux, valises, produits d’hygiène et cosmétiques, bicyclettes, literie, rideaux,… En 1996, une licence de deuxième génération est accordé à « Up, Up and Away », une compagnie qui n’existe plus aujourd’hui. Chargée d’exprimer la diversité, Rainbow Brite a quatre amies, « the color crew » (l’équipe de couleur) : Amber (latino-américaine), Cerise (asiatique), Ebony (africaine-americaine) et Indigo (moyen-orientale). La troisième génération (2003), avec une licence de production de poupées et de vêtements accordée à Toy Play, coïncide avec le 20e anniversaire de la franchise. Elle reprend les personnages de Mattel en différentes tailles de 8 à 71 cm, des figurines en plastique PVC aux poupées en peluche. La quatrième génération (2010), avec une licence de production de jouets accordée à Playmates Toys puis à Madame Alexander, est accompagnée d’une série d’épisodes web produits par Animax Entertainment. La franchise est relancée en 2014 avec une mini-série d’animation en trois parties diffusée sur Feeln, le site de vidéo à la demande de Hallmark. En 2015, une licence de cinquième génération pour la production de jouets et de vêtements est accordée à Hallmark Toys, avec en produit phare la gamme de poupées Itty Bitty.
Au début des années 1960, la compagnie britannique de jouets Pedigree Dolls & Toys décide, à grands renforts de publicité, de mettre sur le marché Sindy, une poupée mannequin dotée d’une importante garde-robe, de multiples accessoires et autres articles  assez onéreux que les fillettes et les préadolescentes pourront acheter avec leur argent de poche. Elle deviendra devient une rivale de Barbie et le jouet le plus vendu au Royaume-Uni en 1968 et 1970.
Charlotte aux fraises, « Strawberry shortcake » aux États-Unis, est née en 1977 du crayon de Muriel Fahrion au département « Jeunesse et Humour » de la société « American Greetings » pour illustrer des cartes de vœux. La « Kenner Toy Company » achète la licence et sort plusieurs lignes de poupées de 1979 à 1986. La poupée devient un énorme phénomène de mode et génère plusieurs produits dérivés tels que des autocollants, des albums, des vêtements, un jeu vidéo, des dessins animés,…
« Dites bonjour à une Petite Bénédiction (Tiny Blessing). Juste la bonne taille pour aimer et caresser. Avec des cheveux si doux et des yeux si brillants et une petite couverture câline pour s’enfoncer dans la nuit. Il y a des Petites Bénédictions filles et des Petites Bénédictions garçons, et ils aiment tous les histoires, les berceuses et les jouets. Blottissez-vous contre votre tout nouvel ami car les Petites Bénédictions veulent partager un amour éternel ». Qui sont ces Petites Bénédictions ? c’est un ensemble de huit petites poupées posables de 7,5 cm avec vêtements moulés et cheveux coiffables, produites en 1987 par le troisième fabricant mondial et le premier fabricant japonais de jouets, Bandai Namco : Kris, Michael, Sarah, Christopher, Lee Ann, Elizabeth, Katherine, Philip (photo ci-dessous). Articulées au cou, aux épaules et aux hanches, elles sont vendues séparément. Également disponible, une maison de poupée avec des pièces de mobilier.


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Les années 1990, mondialisation et poupées remarquables

La dernière décennie du XXe siècle est résolument placée sous le signe de la mondialisation. Internet et téléphone portable diffusent l’information instantanément et partout, entraînant une certaine uniformisation des pratiques et des modes, sous la domination du modèle américain. Le glamour s’impose et le phénomène des top-models culmine. Ces mannequins super-payées à la réputation mondiale ont souvent des antécédents dans la haute couture et travaillent avec des stylistes en vue et pour des marques de vêtements prestigieuses. Au cours des années 1990, les top-models envahissent les médias, signent des contrats de plusieurs millions de dollars et jouissent d’un véritable statut de superstar, allant jusqu’à supplanter les vedettes d’Hollywood.
Au milieu de la décennie sont introduites trois poupées remarquables : la Gene Marshall de Mel Odom produite par les Ashton-Drake Galleries est la première grande poupée mannequin (39 cm) à disposer d’une garde-robe étendue, orientée vers la mode haute couture des années 1930 à 1950 ; Tyler Wentworth, autre grand mannequin (40,5 cm), créé par Robert Tonner et produit par la Tonner Doll Company à l’usage de collectionneurs adultes, est une poupée à récit élaboré et trousseau imposant composé des plus fins tissus (soie, dentelle française, laine, tricot) ; Alexandra Fairchild Ford est une ligne de grandes poupées mannequins (40,5 cm) créée et produite par Madame Alexander pour des collectionneurs adultes, dont le rôle est d’être rédactrice en chef du magazine de mode fictif new yorkais « Élan ».
Mais les années 1990 voient aussi la sortie de poupées éphémères en grande partie oubliées aujourd’hui : Sally Secrets, sorte d’Inspecteur Gadget de l’artisanat avec ses autocollants et ses tampons cachés ; The Lil Miss Dolls, poupées de 33 cm se transformant grâce à leurs propriétés de changement thermique de couleur ; My Pretty Mermaid, sirène laissant apparaître un dessin sur sa nageoire lorsqu’elle est aspergée d’eau ; Magic Nursery vous dit si vous attendez un garçon ou une fille en plongeant la robe en papier de la poupée dans une assiette d’eau qui, une fois dissoute, produit un certificat de naissance et des habits ; Baby Rollerblade, poupée équipée de patins à roues alignées, qui reproduit le mouvement du patinage avec celui des bras et de la tête ; Fairy Winkles, ou Folly Magic, petites figurines représentant des fées nues, cachées dans des paniers, des fleurs, des cygnes,… Baby Tumbles Surprise, poupon effectuant des roulades lorsqu’on le pousse vers l’avant ; Krystal Princess Dolls, petites poupées enfermées dans des boules à neige en plastique, dont le sort étrange consiste à attendre qu’on les délivre ; Sweet Secrets, séries de pendentifs qui se transforment en poupées ou en animaux, les trois poupées de la première série étant baptisées Flashee, Gleamie et Shinie.

Les années 2000, culture des loisirs, marques et offensive asiatique

Le nouveau millénaire voit émerger de jeunes puissances comme la Chine ou l’Inde, de nouveaux défis comme celui de l’environnement et de nouveaux paradigmes comme les réseaux sociaux. Influencée par les États-Unis et par la culture des loisirs, la mode occidentale est une fusion de plusieurs styles vintage, du boho-chic (mélange de bohème et de hippy) et de subcultures associées à des mouvements musicaux comme le hip-hop ou les labels indépendants. La mondialisation impacte aussi la mode, avec les tenues moyen-orientales et asiatiques. Mentionnons enfin les habillements écologique et éthique, tels que les vêtements recyclés et la fausse fourrure.
Créée en 2000 par le célèbre styliste Jason Wu pour Integrity Toys, la ligne de poupées mannequins glamour haut de gamme Fashion Royalty affiche diverses tendances stylistiques de la haute couture et de ses accessoires. Destinée à des collectionneurs adultes, elle comprend des personnages tels que Dania Zarr et la baronnesse Agness Von Weiss. Autre jalon de la décennie, les Sybarites des artistes londoniens Desmond Lingard et Charles Fegen, poupées mannequins de 40,5 cm en résine de 2005, également conçues à l’intention de collectionneurs adultes. Paul Pham créé la ligne de poupées mannequins de 40,5 cm Numina pour Dollcis. Fulla est une poupée mannequin de 29 cm de type Barbie produite en Chine et commercialisée en 2003 en direction des fillettes des pays à majorité musulmane par l’entreprise familiale NewBoy FZCO basée à Dubaï. Lancées en 2001, conçues par Carter Bryant et produites par MGA Entertainment, les Bratz sont devenues célèbres pour leur style streetwear, leurs grands yeux en amande, leur tête surdimensionnée et leurs lèvres pulpeuses et brillantes.
En 2000, Mattel produit la ligne de poupées mannequins parlantes de 23 cm Diva Starz ; dotées d’habits en plastique amovibles, elles sont équipées d’un mécanisme qui leur permet de savoir quel vêtement elles portent et font ainsi des commentaires appropriés. Afin de concurrencer les Bratz, la même entreprise sort deux lignes de poupées à l’intention des préadolescentes en 2002 et 2003 respectivement, My Scene, aussi minces que les premières Barbie mais avec de plus grosses têtes, et Flavas, multiculturelles et hip-hop, avec tatouages et bijoux ostentatoires. Puis c’est au tour de What’s her Face, ligne de quatre poupées mannequins lancée en 2001 : Hip, Cool, Sweet et Glam ; les poupées ont un visage vierge et sont dotées de feutres et de tampons destinés à en dessiner les traits. Teen Trends, sortie en 2005, est une ligne de quatre poupées mannequins de 43 cm fournies avec un placard pour ranger vêtements et accessoires : Gabby, Deondra, Courtney et Kianna. Le début des années 2000 est marqué par les poupées portraits à l’effigie des sœurs jumelles Mary-Kate et Ashley Olsen, actrices de séries télévisées et de cinéma ; la première version est réalisée par Mattel en 1999, lorsque les jumelles ont 13 ans ; articulées au cou, aux épaules, à la taille et aux genoux, elles sont conçues pour le jeu (photo ci-dessous).

La compagnie Thinkway Toys délivre la série de poupées mannequins interactives ‘N Style Girls en 2001 ; ressemblant aux Barbie, elles parlent, chantent et reconnaissent les vêtements qu’elles portent ; elles sont dotées d’accessoires tels qu’une trousse de maquillage, des barrettes, un lecteur de musique avec écouteurs, un sac à main et une brosse à cheveux, et sont au nombre de trois : Nadine l’africaine-américaine, Ava la blonde et Fushia la brune.  En 2002, la société Tiger Electronics produit la ligne de quatre poupées mannequins dansantes Gotta Dance Girls ! commandées par infrarouge : une blonde, une brune, une rousse et une africaine-américaine. Secret Central est une ligne de poupées introduite par Hasbro en 2003, inspirée de stéréotypes universitaires ; chaque personnage est associé à un casier secret protégé par une combinaison qui se trouve sur le produit. Liv est une ligne de poupées mannequins articulées de 30,5 cm lancée par le fabricant de jouets Spin Master en 2009 ; promues par des épisodes web et une chaîne YouTube dédiée, elles possèdent des yeux en verre réalistes et des perruques amovibles.
La décennie 2000 est témoin d’une offensive des poupées venues d’Asie et principalement destinées au marché asiatique. Les Blythe, sorties en 2000 au Japon, sont des poupées mannequins d’environ 11 à 28 cm de haut, dotées d’une tête surdimensionnée et de grands yeux qui se ferment et se rouvrent en changeant de couleur et parfois de direction lorsqu’on tire sur une ficelle munie d’un anneau située derrière leur tête. Pullip, sortie en 2003 en Corée du Sud, est le personnage principal d’une ligne de poupées mannequins de 30 cm à tête relativement surdimensionnée ; elle peut bouger ses grands yeux expressifs d’un côté à l’autre grâce à une petite manette située derrière la tête, cligner des paupières par l’action sur deux boutons également placés derrière la tête, et maintenir les yeux fermés.

Les années 2010, crises, influenceurs et poupées d’art

La décennie 2010 est riche en événements politiques, économiques, environnementaux et technologiques majeurs. Elle commence dans une crise financière qui débouche sur des politiques d’austérité dans toute la zone euro, particulièrement en Grèce, en Espagne et en Italie. Elle se poursuit par le printemps arabe et des attentats islamistes, l’augmentation importante du nombre de réfugiés et la progression des extrêmes en Europe. Sur le plan environnemental, la diminution de la biodiversité et les émissions de gaz à effet de serre se poursuivent, sécheresses et inondations se multiplient sur tous les continents, et le réchauffement climatique devient un enjeu politique et social clé : la décennie 2010 est la plus chaude jamais enregistrée dans le Monde. Deux séismes majeurs se produisent : Haïti et Japon, suivi d’un tsunami provoquant l’accident nucléaire de Fukushima. D’un point de vue technologique, la démocratisation mondiale du smartphone favorise l’essor des réseaux sociaux et déclenche de nouveaux débats sur la place des internautes dans l’espace public et sur la surveillance de masse pratiquée par les gouvernements. L’entrepreneuriat spatial privé utilise des lanceurs réutilisables.
La mode occidentale est marquée par le mouvement hipster, le style athlétique-loisirs (athleisure), un renouveau des vêtements austères des périodes de guerre, des éléments unisexe du début des années 1990 influencés par la musique grunge, et la mode des adeptes du skateboard. Les dernières années de la décennie voient l’irruption des influenceurs de médias sociaux payés  pour promouvoir des marques de mode éclair.
Mattel lance les Monster High en 2010, détournements de personnages issus de la littérature et du cinéma de monstres, d’horreur ou encore de thrillers ; en 2013, les Ever After High sont des ados fréquentant un pensionnat d’enfants de héros de contes de fées et de récits fantastiques ; en 2017, les Enchantimals sont des personnages hybrides mi humains mi animaux, chacun accompagné d’un animal de la forêt qui lui ressemble.
En 2014, l’artiste Nickolai Lamm dévoile Lammily, poupée mannequin aux proportions réalistes, conçue à partir d’une Barbie redessinée au niveau des formes (pour reproduire les mensurations moyennes d’une américaine de 19 ans), du visage et des cheveux, dotée d’articulations supplémentaires et d’un maquillage atténué.
En 2019, MGA Entertainment sort la première ligne de quatre poupées mannequins LOL OMG (Lil Outrageous Littles Outrageous Millennial Girls), grandes sœurs des LOL Surprise tots et des LOL Surprise lil sisters : Royal Bee, Neonlicious, Swag et Lady Diva sont les grandes sœurs respectives de Queen Bee, Neon QT, MC Swag et Diva. Puis sortent d’autres lignes à un rythme soutenu pour atteindre en 2021 un total de plus de 40 personnages dont le premier garçon OMG, Rocker Boi. Les LOL OMG ont un air de famille avec les Bratz, produites par la même compagnie.
Le début des années 2010 est marqué par l’introduction de la ligne de poupées mannequins haut de gamme à récit Poppy Parker d’Integrity Toys. Poppy, naïve et ingénue, arrive à New York et devient une vraie citadine. La ligne comprend quatre modèles : Coney Island Saturday, en tenue de style marin, frange bouclée queue de cheval et regard de côté ; Beatnik Blues, en veste et jupe bleus, cheveux longs et frange raides, col roulé, béret et chaussures noires plates ; Look of Love, robe blanche en tulle à perles, chignon droit, pochette à la main, bracelet en diamant et boutons d’oreille assortis, et chaussures argentées à bride arrière ; le quatrième modèle est l’ensemble cadeau « She’s Arrived ! » en édition limitée de 350 exemplaires (contre 500 pour les autres modèles), Poppy blonde avec des faux airs de Grace Kelly : elle porte un tailleur fuchsia typique des années 1960, une robe à impressions géométriques et encolure bateau, une robe longue sans manches jaune beurre avec appliqué de fleurs ou encore une robe imprimée à points noirs et bleus.
La collection 2010 de la Tonner Doll Company comprend quelques lignes de poupées remarquables. Cami & Jon, poupées mannequins de 40,5 cm, adoptent le modèle de corps Antoinette et proposent de nombreuses tenues dans le style contemporain. Cristal porte une magnifique robe rouge et présente un maquillage élaboré (photo de gauche ci-dessous). L’athlétique Jessica Rabbit, 43 cm, est vêtue d’une robe rouge fendue (photo de droite ci-dessous).


        © The Fashion Doll Chronicles           © The Fashion Doll Chronicles

Une nouvelle Ava Gardner (Black Magic, photo de gauche ci-dessous) porte une robe noire et une nouvelle Joan Crawford (Woman of Passion, photo de droite ci-dessous) une robe violette évasée.


     © The Fashion Doll Chronicles           © The Fashion Doll Chronicles

Dans la famille des poupées flapper représentant les sœurs Deveraux, le modèle Backstage Invitation porte une robe noire luxueuse (photo ci-dessous).


                                           © The Fashion Doll Chronicles

Les années 2010 voient aussi l’émergence d’un nouveau paradigme : la poupée mannequin comme objet d’art. Le célèbre styliste Andrew Yang commence à réaliser des poupées en tissu « top-models » de luxe, avec de parfaites répliques à une échelle réduite de vêtements et coiffures en vogue. Contrairement à leurs homologues précédentes, ces poupées ne sont pas destinées à promouvoir la mode, mais à décorer les beaux intérieurs. Ainsi, l’objet des poupées mannequins s’est-il déplacé de sa fonction pratique, élevant les vêtements de leur emploi d’usage à l’expression artistique d’idées et d’individualités.

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Sources de l’article
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Les poupées folkloriques etc. Partie II : les poupées en costume régional

Introduction

L’histoire des poupées en costumes régionaux se confond avec celle de ces costumes. Contrairement à une idée répandue, ils sont relativement récents et n’apparaissent qu’au début du XIXe siècle. En France, les habits portés par les paysans de l’Ancien Régime sont peu documentés. Les tableaux de Louis Le Nain (1593-1648) en donnent une idée (ci-dessous, « Famille de paysans dans un intérieur »).


                                                  © Panorama de l’art

À cette époque, on s’habille en fonction du climat, de sa condition et de ses moyens. Les lois somptuaires imposent des habitudes de consommation selon la catégorie sociale d’appartenance, afin de rendre visible l’ordre social et d’empêcher les membres du commun d’imiter la bourgeoisie et les bourgeois d’imiter l’aristocratie. Les classes populaires ne peuvent utiliser que des tissus grossiers produits par l’artisanat familial ou local. Cette uniformisation entrave la création de costumes régionaux.
Un certain nombre d’événements décisifs survenus à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle vont précipiter cette création. L’abrogation des lois somptuaires lors de la Révolution Française permet aux coutumes locales de différencier les tenues vestimentaires et de produire des costumes régionaux. Les progrès industriels renforcent ce mouvement : mise au point en 1801 par Joseph-Marie Jacquart du métier à tisser, procédés mécaniques de fabrication de la dentelle, découverte de colorants artificiels et de l’eau de Javel, invention de la machine à coudre par Barthélemy Thimonnier et Isaac Singer en 1830. L’aménagement des routes et le déploiement du chemin de fer désenclavent les régions et développent le commerce. Les catalogues des grands magasins parisiens diffusent dans les campagnes de nombreux produits de mercerie et de broderie. Les journaux de modes apportent partout des modèles de vêtements.

Naissance des poupées régionales

Dans ce contexte apparaissent à la deuxième moitié du XIXe siècle les poupées régionales, également appelées folkloriques, de pays, de terroir, étrangères, internationales ou mondiales par les fabricants, les collectionneurs et les chercheurs. Le terme « folklore », de l’anglais « folk » (le peuple) et « lore » (la tradition), est introduit dans les dictionnaires vers 1850. C’est à cette même époque que l’intérêt pour les arts et traditions populaires s’éveille. L’Écosse serait le premier pays à avoir créé son costume national, avec le kilt en tartan (photo ci-dessous).


                                                     © Pixie Faire

L’engouement pour les poupées régionales est la conséquence de plusieurs grandes expositions organisées à Paris à la fin du XIXe siècle. Marie Koenig, responsable des travaux manuels pour l’instruction publique des jeunes filles et l’une des membres fondatrices du Musée Pédagogique mis en place par Jules Ferry en 1879, joue un rôle important dans ce domaine : elle obtient l’autorisation de demander aux élèves des Écoles Normales et des Écoles Primaires Supérieures d’habiller des poupées en costumes de leurs régions. Elles sont montrées lors de l’Exposition Universelle de Paris en 1889 où elles rencontrent un vif succès. La collection s’enrichit en poupées régionales françaises et européennes, obtient une médaille d’or à l’Exposition Universelle de Paris en 1900, se monte en 1905 à 460 poupées, et devient le point de départ de ce que l’on a appelé les « poupées de pays ». Dès le début du XXe siècle, les grands magasins parisiens proposent des poupées vêtues en costumes régionaux. Les poupées célèbres sont mises à contribution : ainsi, Bleuette se voit habillée en diverses tenues de régions françaises (photo ci-dessous, costumes bretons).

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Essor des poupées régionales

L’invention du celluloïd par les frères Hyatt en 1870 et sa généralisation à la fabrication des poupées dans les années 1930, suivies de l’arrivée des congés payés en 1936 et de la démocratisation des voyages familiaux, fait prendre à la poupée régionale un essor considérable. Sous la forme de la poupée souvenir bon marché produite à des millions d’exemplaires, en celluloïd puis en matière plastique, elle est achetée par les vacanciers, de la fin de la seconde guerre mondiale jusqu’aux années 1970 (photo ci-dessous).


                                                         © CreaMagic

La guerre fait des ravages et déplace les populations. En ces temps troublés, des missionnaires aident les réfugiés à soutenir leur famille en leur procurant un emploi dans une industrie artisanale. « Door of Hope », organisme créé en Chine au début du XXe siècle pour lutter contre la condition des femmes et des fillettes (mariage forcé, esclavage, prostitution,…), est un exemple de ces missions. La société américaine Kimport importe des poupées produites par Door of Hope.
Durant la seconde guerre mondiale, il devient difficile pour les importateurs américains de se réapprovisionner en poupées, car de nombreux fournisseurs européens ont cessé leur activité. Après la guerre dans les années 1960 aux États-Unis, Madame Alexander et Effanbee produisent des poupées de pays en vinyl ou en plastique dur : la série « Dolls of the World » de Madame Alexander utilise les corps de 20,5 cm issus du moule Wendy-kins.
Des poupées nues, achetées en grandes séries auprès des fabricants Petitcollin, Nobel, Convert,… sont habillées de costumes régionaux par des sociétés à travers toute la France. De très nombreux français se familiarisent avec les vêtements et les coutumes des diverses régions du territoire. Des fabricants français et allemands de poupées anciennes en porcelaine émaillée et en biscuit produisent des modèles folkloriques, en particulier de provinces de France, avec un luxe de détails. Le fabricant italien Lenci propose de nombreuses poupées en feutre inspirées des costumes de régions d’Italie et d’autres pays, bientôt imité par des constructeurs européens et sud-américains (photos ci-dessous).


                                                                                     © Bonhams

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Étude des poupées régionales

Après avoir connu leur heure de gloire, les poupées de pays sont délaissées dans les années 1970. Elles connaissent un regain d’intérêt et une hausse des prix depuis la fin des années 1990.
L’étude des poupées en costumes régionaux présente un intérêt sociologique évident pour les collectionneurs et les chercheurs, car son domaine s’étend aux pays concernés, ainsi qu’à l’habillement et aux coutumes de leurs habitants.
Comment identifier une poupée régionale ? le fabricant et le pays d’origine sont rarement marqués ou étiquetés. Il faut alors se tourner vers les ouvrages de Pam et Polly Judd et celui de Susan Hedrick et Vilma Matchette, référencés plus bas dans les sources de l’article. Les cartes postales (photo de gauche ci-dessous, Normandie), photographies (photo de droite ci-dessous, oblast de Riazan, Russie) et timbres représentant des costumes folkloriques sont également des sources d’information très précieuses. De même que les coupures de presse, les revues, catalogues et autres documents à courte durée de vie. Une bonne pratique consiste à cataloguer vos poupées et à les étiqueter avec les informations d’identification au fur et à mesure de leur acquisition.


                                                                © National Costume Doll Collection

Malheureusement, la signification coutumière des styles d’habillement se perd souvent avec le temps. L’étude des poupées régionales donne parfois des indices pour retrouver cette signification. Dans ce domaine, il existe deux bonnes ressources, les ouvrages « Folk costumes of the world » et « A pictorial history of costume from ancient times to the nineteenth century » référencés plus bas dans les sources de l’article. Par ailleurs, il existe à travers le Monde de nombreux sites web et musées consacrés au costume.

Conclusion

L’étude de l’Histoire, des coutumes et des cultures familiales est grandement facilitée par celle des poupées régionales. Bien qu’elles soient dédaignées par les collectionneurs purs et durs, un noyau de fidèles y croit toujours et reste conscient de leur valeur. Nombre de poupées vendues par des sociétés comme Kimport trouvent le chemin des musées et sont considérées par les formateurs comme d’excellents supports d’enseignement. De nos jours, les poupées anciennes en biscuit vêtues traditionnellement sont très prisées des collectionneurs. Quant aux poupées étrangères, elles renseignent sur les civilisations disparues, reflètent le respect des ancêtres et offrent l’opportunité de comprendre et apprécier des cultures différentes : c’est un domaine de recherche qui nécessite une exploration plus assidue à l’avenir.

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Sources de l’article
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Bild Lilli, la poupée mannequin allemande qui a inspiré Barbie

Introduction

Lorsque Barbie est introduite en 1959, les petites filles se l’arrachent. Pour la première fois, les gamines du milieu du XXe siècle peuvent jouer avec une poupée qui ressemble à une femme, avec sa queue de cheval provocante, son maquillage épais, son regard de côté et son corps résolument adulte. Les enfants n’ont aucun moyen de savoir que la poupée la plus vendue au Monde, qui a forgé leur perception de la beauté féminine, est la copie presque conforme d’une poupée mannequin allemande appelée Bild Lilli.
Morphologie adulte, cheveux blonds implantés et fabrication en matière plastique avec plusieurs trousseaux de vêtements contemporains, autant de caractéristiques reprises pour devenir Barbie : Bild Lilli, poupée mannequin apparue en 1952 pour la première fois sous la forme d’un personnage de bande dessinée dans le journal « Bild Zeitung », est produite de 1955 à 1961 par la société allemande O&M Hausser.

Comment tout a commencé

L’histoire de Bild Lilli se confond avec celle de l’Allemagne des années 1950. Elle naît lorsque le secteur occidental d’un pays divisé commence à s’attaquer au désastre économique causé par la seconde guerre mondiale. Le créateur de Lilli, le dessinateur hambourgeois Reinhard Beuthien, est clairement inspiré par les jeunes femmes modernes de l’époque, à l’instar d’une Brigitte Bardot avec ses vêtements moulants et sa queue de cheval blonde. Le corps de rêve de Lilli, ses hauts talons, son maquillage, ses ongles peints et son expression provoquante et impertinente illustrent parfaitement l’époque : elle devient un symbole de la nouvelle féminité, plus qu’une poupée, une créatrice de tendance.
Le 24 juin 1952, le premier numéro du Bild Zeitung a un encart vide : Reinhard Beuthien dispose de 40 minutes pour le remplir avec un nouveau personnage de bande dessinée. Il dessine d’abord un bébé, non retenu par le rédacteur en chef. Il propose alors une jolie blonde bien galbée. Présentée comme une jeune femme à l’allure innocente et naïve, mais tout à la fois sexy, irrévérencieuse et culottée, elle est baptisée Lilli (photo ci-dessous).


© The Vintage News

Secrétaire sexuellement désinhibée, elle parle avec beaucoup d’esprit à ses amies, ses amants et son patron. Dans une de ses bandes dessinées, elle couvre son corps dénudé et explique à une amie : « nous nous sommes disputés et il a repris tous les cadeaux qu’il m’avait faits ». Dans une autre, en retard au travail, elle dit à son chef : « comme vous étiez fâché de mon retard ce matin, je quitterai le bureau à 17 heures pile ». À un policier qui lui fait remarquer que les maillots de bain deux pièces sont interdits, elle réplique : « quelle pièce voulez-vous que j’enlève ? ».

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La poupée Lilli

Devant le succès immédiat rencontré par Bild Lilli, Heinz Frank, propriétaire d’une entreprise manufacturière à Hambourg et représentant de O&M Hausser, fabricant de jouets bavarois de la ville de Neustadt bei Coburg, a l’idée de produire une poupée à son effigie. Avec l’accord du journal qui souhaite en faire sa mascotte, Heinz Frank obtient les droits exclusifs de production de la poupée et de tous ses accessoires. Il conclut un contrat de fabrication avec O&M Hausser. Rolf Hausser est directeur technique et copropriétaire de O&M Hausser, et directeur général de la firme sœur Greiner und Hausser GmbH (G&H), qui produit des matériaux pour O&M Hausser. Il charge son concepteur et sculpteur Max Weibrodt de créer la poupée en s’inspirant de la bande dessinée. Après un essai infructueux, Max conçoit un prototype qui enthousiasme Rolf Hausser et Reinhard Beuthien. Haute de 29 cm, cette poupée en plastique (élastolène) aux traits du visage peints à la main porte des chaussures moulées. Le 12 août 1955, la poupée Lilli est officiellement lancée en couverture du Bild Zeitung. O&M Hausser lui adjoint des meubles ainsi qu’une garde-robe conséquente de 100 tenues, inspirée de la mode des années 50, dessinée par Martha Maar (belle-mère de Rolf Hausser) et confectionnée par la société 3M Puppenfabrik. Lilli a des vêtements de plage, de ski, des robes de soirée et des mini-jupes bien avant qu’elles ne soient à la mode. Elle porte aussi des tenues traditionnelles dirndl : constituées d’un corsage ajusté avec décolleté, d’une jupe taille haute et d’un tablier, elles sont portées dans les régions germanophones des Alpes (Allemagne du Sud, Autriche, Suisse, Liechtenstein, Italie alpine).
Lilli rencontre un succès foudroyant. Contrairement aux autres poupées de son époque, ce n’est pas un bébé mais une jeune femme moderne complètement mature. Et elle possède -caractéristique révolutionnaire- des jambes souples. Elle devient si populaire qu’en quelques semaines, O&M Hausser n’arrive plus à satisfaire la demande du public, venue de toute l’Europe. Des femmes fortunées exigent des Lilli personnalisées : Rolf Hausser se souvient de cette femme qui a acheté pour plusieurs milliers de marks une Lilli habillée en vison. En 1960, afin de suivre la demande, G&H accorde à Louis Marx and Company, une entreprise de jouets américaine basée à New York, les droits exclusifs de production sur 10 ans de Bild Lilli pour les États-Unis, le Canada, Hong Kong et la Grande-Bretagne. Il en résulte une Lilli officielle faite à Hong Kong et des poupées Marx Toys disponibles en en quatre tailles et trois couleurs de cheveux : Bonnie, Miss Marlene et Miss Seventeen.
Présentée dans un cylindre de plastique transparent (photo ci-dessous), Lilli est disponible en deux tailles, 18 et 29 cm, appelées simplement « petite Lilli » et « grande Lilli » et sorties respectivement en 1956 et 1955.


© Ruby Lane

La petite version peut être suspendue par une balançoire au rétroviseur central d’une voiture. O&M Hausser fabrique les cinq parties du corps, 3 M Puppenfabrik les assemble et les tend avec des bandes de caoutchouc, coiffe les poupées et les habille. Leur corps en plastique dur est articulé aux hanches et aux épaules et leur tête aux yeux peints est composée de deux parties qui se rejoignent grâce à une vis cachée sous les cheveux. Dotée d’une silhouette élancée, d’une peau claire ou hâlée, d’un visage maquillé avec des joues orangées ou rouges, de lèvres rouge cerise, d’ongles vernis rouges, orange ou bruns, de sourcils hauts et étroits, de cils noirs modelés sur ses yeux regardant de côté, de cheveux blonds, roux ou bruns coiffés en arrière avec une queue de cheval et une mèche bouclée sur le front, Lilli peut tenir debout sur un socle grâce à des tiges s’emboitant dans des trous sous ses pieds moulés et peints. Elle porte des boucles d’oreille et des chaussures à hauts talons moulées peintes en noir.
Tête et torse en polystyrol injecté dans des moules, bras et jambes creux en polyéthylène haute densité de type lubolen, les parties du corps sont peintes par vaporisation ou trempage. Trois brevets ont été déposés pour Lilli, couvrant la conception de l’articulation du cou, de ses hanches et la tenue de ses cheveux.
Les grandes Lilli coûtent 12 marks, les petites 7,50 marks, à une époque où le salaire mensuel moyen est de 300 marks. Au départ destinée aux adultes, principalement aux hommes, comme objet promotionnel pour le journal ou comme cadeau amusant, Lilli est vendue dans les bars, les tabacs, chez les marchands de journaux et dans les aéroports. Une publicité des années 1960 encourage les jeunes hommes à offrir à leur petite amie une poupée Lilli au lieu de fleurs. Mais les enfants, attirés par la garde-robe et les accessoires, l’adoptent bientôt et elle devient « un produit pour tous, de l’enfant à grand-papa ». Des fabricants allemands de jouets tels que Moritz Gottschalk réalisent d’énormes profits en produisant et vendant des maisons de poupées (photo ci-dessous), du mobilier et autres accessoires pour Lilli.

© Etsy

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De nombreuses boutiques en Europe vendent des poupées Bild Lilli comme jouet haut de gamme ou article pour adulte. Leur popularité les fait exporter dans de nombreux pays, dont la Chine et les États-Unis. Certaines se trouvent aujourd’hui dans des emballages d’origine des années 1950, destinées à un marché anglophone et baptisées « Lili Marlene », en référence à la célèbre chanson éponyme.
Cependant, Lilli n’a pas que des fans. L’écrivaine féministe Ariel Levy la traite de « poupée sexuelle » dans son livre « Female chauvinist pigs : women and the rise of launch culture » (Truies machistes : les femmes et l’essor de la culture de la promotion) ; dans des interviews sur Barbie, la dramaturge féministe Eve Ensler qualifie Lilli de « jouet sexuel » ; une brochure allemande des années 1950 déclare que sa garde-robe en fait « la star de tous les bars ».

Les vêtements

Martha Maar et Reinhard Beuthien sont les principaux concepteurs des vêtements d’origine de Bild Lilli. Ces derniers représentent une part essentielle de l’attrait de la poupée et sont aujourd’hui très prisés des collectionneurs, ce qui rend leur identification indispensable lors d’un achat de poupée originale. Ils sont vendus séparément pour constituer un trousseau. En Allemagne, ils sont commercialisés dans des sacs en plastique marqués en rouge « ORIGINAL DREI M PUPPENKLEIDCHEN FÜR LILLI » plus le logo 3 M et « Dress for Lilli ». Les vêtements sont aisément reconnaissables au marquage « PRYM » sur la face inférieure de leurs boutons-pression. Le dessus du bouton-pression du haut est coloré et celui du bas est gravé avec des petits cœurs. Pour illustrer l’importance des vêtements de Lilli, mentionnons que le livre de Silke Knaak « Deutsche Modepuppen der 50er & 60er / German fashion dolls of the 50’s & 60’s » (Les poupées mannequins allemandes des années 1950 et 1960) ne contient pas moins de 96 pages dédiées à sa garde-robe.
Chaque vêtement a un « numéro de stock ». Dans le livre, une à deux pages sont consacrées à chaque numéro connu, avec une ou plusieurs photos. Le même vêtement présente souvent différentes combinaisons de couleurs, destinées à la fois à la petite et à la grande Lilli. Les 65 numéros connus vont de 1105 à 1183, avec quelques numéros manquants. 20 tenues ont des numéros inconnus. Enfin, il existe quatre tenues spéciales : une robe Lilli Marleen, une édition limitée « Magician Lilli » de 1959 (photo ci-dessous), une tenue Marlene Dietrich et une robe prototype rose.


© WorthPoint

Les accessoires

Bild Lilli dispose de nombreux accessoires impliquant plusieurs fabricants, certains vendus avec la poupée, d’autres achetables séparément. Toutes les poupées sont commercialisées avec un support et un tube de plastique protecteur. Le support de la grande Lilli, d’un diamètre de 9 cm et haut de 4 cm, est doté d’un fil métallique long de 7,5 cm logé dans le trou sous le pied de la poupée et dans sa jambe, pour la faire tenir en place. Le tube en plastique, haut de 35,5 cm, est ajusté au support. Le couvercle en plastique du tube est ajusté à celui-ci afin de le rendre étanche. Les supports des poupées vendues en Allemagne sont marqués d’une inscription « Bild Lilli » en noir et du logo du journal Bild Zeitung en rouge et blanc. Les couvercles acceptent un autocollant portant le logo de 3 M. Les supports des poupées vendues à l’export sont simplement marqués « Lilli ».
Le support de la petite Lilli, d’un diamètre de 5,5 cm, porte l’inscription « Bild Lilli ». Son fil métallique est dix fois plus court, 0,75 cm. Le support des petites Lilli destinées à l’export accepte une étiquette en papier portant l’inscription des numéros de brevet de la poupée.
On estime à environ 30 000 le nombre des journaux miniature produits pour accompagner les petites et les grandes Lilli, avec une édition différente pour chaque taille. Ils contiennent des récits, des images et des bandes dessinées. Toutes les poupées ne sont pas vendues avec un journal. Lorsque c’est le cas, celui-ci est plié et attaché aux vêtements par une épingle en argent.
Des caniches Steiff miniature accompagnent souvent les Bild Lilli. Fabriqués dans les années 1950 à 1970, ils sont disponibles en trois couleurs : noir, blanc ou gris. Dotés de tout petits yeux  et nez boutons en perle noire, ils portent un collier en laine rouge. Une étiquette Steiff jaune numérotée enveloppe leur taille. Un parapluie en cuivre couvert de carreaux noirs et blancs accompagne parfois les Lilli. Vendus séparément ou avec un vêtement, ces parapluies sont extrêmement rares aujourd’hui.
Le siège de Lilli, inspiré du siège papillon conçu par Jorge Ferrari-Hardoy en 1938, est constitué d’un cadre en acier émaillé et d’une assise en plastique. Il est disponible en plusieurs formes et coloris.
La balançoire des petites Lilli (photo ci-dessous) est utilisée pour les exposer ou être suspendue au rétroviseur central d’une voiture. La poupée peut être stabilisée en attachant ses poignets aux deux cordes de la balançoire avec du fil.


© Auktionskompaniet

L’Allemagne a toujours été un pays de fabrication en masse de maisons de poupées. La petite Lilli a une taille idéale pour ces maisons, aussi n’est-il pas surprenant que diverses installations et meubles aient été réalisés spécialement pour elle.

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Les curiosités et les copies

De nombreux fabricants ont pris le train de Bild Lilli en marche. Destinée à la clientèle masculine des débuts, une poupée de 13 cm pour tableau de bord de voiture est produite. Cheveux moulés et visage peint, elle est attachée à une fine baguette métallique reliée à une ventouse et fait de l’auto-stop. Placée sur un tableau de bord, elle se trémousse.
L’entreprise berlinoise Eride distribue un parfum Bild Lilli ; la firme allemande Hoehl crée le champagne « Lilli-put », conditionné dans une boîte spéciale ; Goebel produit un masque de la tête de Lilli que l’on peut accrocher au mur ; Wallendorf réalise un personnage en céramique accompagné d’un caniche ; des cartes postales de la petite Lilli dans différents décors portant des vêtements divers sont vendues ; et la liste s’allonge encore et encore… La compagnie cinématographique ARCA sort le film intitulé « Lilli, a girl of the big town » (Lilli, une fille de la grande ville) avec l’actrice danoise Ann (Hanne) Smyrner dans le rôle de Lilli. Michael Jary compose le « Lilli boogie » sorti en 45 tours chez Polydor, avec des paroles de Brino Balz et un orchestre dirigé par Kurt Edelhagen.
Et bien entendu, rançon du succès, il y a de nombreuses copies, d’Italie, d’Espagne, de Hong Kong, du Royaume-Uni… Si le dicton « l’imitation est est la plus haute forme de flatterie » est juste, Lilli a dû être très flattée. La contrefaçon la plus courante aujourd’hui est la « Hong Kong Lilli ». Toutefois, même un œil non averti peut aisément distinguer l’original de la copie.

La fin de Lilli

Le dernier dessin de Lilli est publié le 5 janvier 1962. Reinhard Beuthien déclare avoir arrêté parce que le journal voulait marier Lilli ! il crée d’autre bandes dessinées de type Lilli qui ne connaîtront pas le même succès.
Les dernières poupées Lilli sont fabriquées en 1964. On estime qu’en 10 ans de production, environ 130 000 d’entre elles Lilli ont été réalisées. Il existe peu d’exemplaires en bon état sur le marché aujourd’hui. Lilli est donc une poupée très recherchée par les collectionneurs.

Les débuts de Barbie

L’histoire de Barbie est indissociable de Ruth Handler, femme d’affaires américaine ayant fondé en 1945 l’entreprise de jouets Mattel avec son mari Elliott et leur associé Harold Mattson. Le nom de Mattel est obtenu en combinant les premières syllabes de Mattson et de Elliott. Mattson abandonne très vite l’affaire à Elliott Handler, convaincu de l’absence d’avenir de Mattel, qui au départ confectionnait des meubles pour poupées. Le couple Handler poursuit alors son affaire en Californie.
Lorsque Ruth observe sa fille préadolescente Barbara inventer des jeux de rôle avec ses poupées en papier, elle se demande pourquoi il n’existe pas de poupée à corps d’adulte pour les enfants qui ont passé l’âge des poupons et des contes pour s’endormir. Pourquoi ne pas créer une poupée féminine qui pourrait être stylée et habillée comme une poupée de papier ? quand elle fait part de cette idée à son mari, ce dernier la rejette en arguant qu’aucune mère ne voudrait acheter à sa fillette une poupée à corps de femme. Ses collègues acquiescent : « ils étaient à l’aise avec des pistolets et des fusées jouets, des instruments de musique et des jouets animés, mais la poupée décrite par Ruth défiait leur imagination », écrit l’historien Robin Gerber. Le personnel de Mattel conseille à Ruth d’oublier son idée, car sa poupée idéale serait controversée, impopulaire et trop difficile à produire.
À l’été 1956, le couple Handler et leurs deux enfants Kenneth et Barbara font un voyage en Europe. En Suisse, ils découvrent la poupée Bild Lilli dans une boutique de la ville de Lucerne. La jeune Barbara, 15 ans, s’en éprend immédiatement. Ruth, quant à elle, est enchantée par sa forme féminine qui correspond à son idée de poupée à corps d’adulte. Elle en rapporte trois en Californie, dont une pour sa fille. Là, elle décide de s’en inspirer pour créer une poupée qu’elle baptisera Barbie, d’après le nom de sa fille. Elle retravaille la conception de la poupée avec une équipe : les mensurations exagérées et les traits du visage de Lilli sont atténués, mais le résultat lui ressemble encore beaucoup. Le maquillage appuyé et les sourcils arqués de Lilli ne sont pas repris pour Barbie. Les deux poupées ont les mêmes proportions harmonieuses et des pieds différents : tandis que Lilli a les pieds enfermés dans des chaussures à talons aiguille noires et peintes, Barbie a les pieds cambrés et de parfaits petits orteils.
Ruth envoie Barbie au Japon avec un ingénieur de chez Mattel chargé de lui trouver un fabricant. Présentée au salon du jouet de New York le 9 mars 1959, elle rencontre un succès immédiat, qui ne se démentira pas jusqu’à aujourd’hui.
Ruth Handler a toujours reconnu avoir rapporté Lilli aux États-Unis et s’être inspirée de la poupée allemande pour créer Barbie. Cependant, elle insiste sur le peu de ressemblance entre les deux poupées. Dans une interview à la radio 4 de la BBC, elle souligne qu’elle a demandé aux fabricants japonais de produire « quelque chose comme » la poupée Lilli. Toutefois, lorsque l’on compare les deux poupées côte à côte, leur ressemblance saute aux yeux (photo ci-dessous).


© Messy Nessy

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Les procès et la vente des droits de production

Rolf Hausser ignore qu’une version américaine rebaptisée de sa Lilli figure parmi les meilleures ventes de jouets aux États-Unis. « Je ne savais rien de ce qui se passait en Amérique », confie-t’il, « nous n’avions pas de radio et il n’y avait rien ici sur Barbie dans les journaux ». Il entend pour la première fois parler de Barbie lorsqu’il se rend dans une boutique de jouets à Nuremberg en 1963, où elle est exposée. « J’ai été scandalisé quand j’ai vu cette poupée », déclare-t’il, « c’était ma Lilli avec un autre nom. Qu’avaient fait ces gens ? avaient-ils volé ma poupée ? je ne savais pas ce qui se passait ». L’année suivante, Rolf découvre une publicité dans les journaux allemands annonçant l’arrivée de Barbie en Allemagne. Peu de temps après, il remarque une large sélection de poupées Barbie sur le stand Mattel du salon du jouet de Nuremberg. Il témoigne : « j’étais furieux qu’ils aient pris et exploité ma Lilli de cette manière, mais je ne savais toujours pas à quel point elle était populaire ».
Il décide alors de poursuivre Mattel en justice dans chaque pays d’Europe où Barbie est vendue. En 1961, G&H et Louis Marx and Company intentent un procès à Mattel pour violation du droit d’auteur  sur le brevet américain d’articulation des hanches détenu par G&H, pour contrefaçon de Lilli afin de créer Barbie, et pour usage de représentations fausses et trompeuses des origines de Barbie. Mattel contre attaqua et l’affaire fut classée.
Toujours ignorant du degré de popularité de Barbie aux États-Unis, et de quel phénomène elle allait devenir, Rolf veut à tout prix sauver sa part du marché européen du jouet. Mais son frère Kurt, conscient de l’influence du géant du jouet rival, le persuade qu’attaquer encore Mattel en justice causerait la ruine de la petite compagnie allemande. Il suggère à la place la vente du brevet de la poupée par G&H, probablement la pire décision prise par la compagnie. Rolf Hausser affirme aujourd’hui avec amertume : « je n’avais pas d’autre choix que de vendre le brevet. Mattel était une entreprise multimillionnaire et en comparaison je n’étais rien. Même si un juge, en face de mon brevet, pouvait constater la contrefaçon, il trancherait en faveur de Mattel ». Il ajoute : « si ça ne dépendait que de moi, je serais retourné en justice juste pour le principe. Mais mon frère Kurt refusait de me suivre en raison du désastre financier annoncé ».
Marie-Françoise Hanquez-Maincent, chercheuse française ayant travaillé sur l’histoire de Lilli et Barbie, auteure de la thèse « Barbie : poupée totem », met en avant le rôle du sentiment anti-allemand. « Monsieur Hausser m’a dit qu’il était convaincu d’être isolé parce qu’il était allemand », révèle-t’elle, « ça se passait peu après la guerre, souvenez-vous ». La chercheuse souligne également la volonté des fabricants américains de jouets après la seconde guerre mondiale d’évincer du marché les concurrents européens, et en particulier allemands. Elle analyse : « les fabricants allemands de jouets avaient dominé le marché mondial avant la guerre, et les fabricants américains prévoyaient un retour des consommateurs aux jouets allemands après la guerre. Il y eut une campagne en faveur des jouets américains, avec des slogans comme ‘évitez une tragédie à vos enfants -une poupée cassée-, achetez des poupées faites aux États-Unis' ».
Quatre employés de Mattel se présentent un jour sans rendez-vous au domicile de Rolf Hausser, dans l’intention de régler leur différend en achetant les droits de production de Lilli. Ils prétendent de plus avoir vendu peu de poupées Barbie depuis son lancement. En fait, d’après Marie-Françoise Hanquez-Maincent, qui dispose de documents de Mattel, 351 000 Barbie ont été vendues aux États-Unis deux ans auparavant en 1962. Les négociations se poursuivent à Francfort, où un contrat en anglais est soumis pour signature à Hausser. Il refuse de le signer et demande 1 % sur les profits de vente des Barbie, tandis que Mattel lui propose une somme forfaitaire pour les droits de production de Lilli. Après une journée de discussions, il accepte de vendre les droits pour 69 500 deutsche marks de l’époque, ce qui représente environ 23 500 euros d’aujourd’hui. Bien que cette somme ne soit pas négligeable en 1964, elle ne représente qu’une fraction du pourcentage sur les profits demandé au départ par Hausser. La production de Bild Lilli s’arrête.
Les conséquences de cette vente sont désastreuses pour Hausser : privée de Lilli, le produit phare de sa compagnie, cette dernière subit de lourdes pertes et fait faillite quelques mois à peine après la vente des droits. Il faudra à Hausser 20 ans pour régler ses dettes.
Certains observateurs pensent que Rolf Hausser a du mal à reconnaître sa part de responsabilité dans la déroute des négociations avec Mattel, due à ses défaillances en tant qu’homme d’affaires.
« Ce qui me rend réellement furieux, au point que les mots me manquent pour décrire mes sentiments, c’est que personne n’a jamais admis ma part dans la création de Barbie. Son quarantième anniversaire en 1999 s’est déroulé à grands renforts de publicité, mais Mattel a tout simplement étouffé mon rôle dans son histoire ».
En 2001, G&H engage de nouvelles poursuites en contrefaçon envers Mattel, réclamant des droits d’auteur sur chaque Barbie vendue depuis 1964. L’affaire fut à nouveau classée.

Épilogue

Aujourd’hui, que penser de la ressemblance entre Lilli et Barbie ? y-a t’il eu imitation ? « eh bien vous pourriez le dire » avoue cyniquement Elliott Handler au biographe Jerry Oppenheimer en 2008. « Ruth voulait adopter le corps de Lilli avec quelques modifications. Des changements et des améliorations ont été réalisés. Ruth voulait obtenir sa propre silhouette ». Mattel minimise le problème : « Ruth a été inspirée en regardant sa fille jouer avec des poupées en papier. Bild Lilli a juste prouvé qu’il était possible de fabriquer une poupée de 29 cm », argumente un porte-parole de Mattel. De nos jours, il se vend plus de 100 Barbie par minute (voir l’encart statistique en page d’accueil) et sa malheureuse sœur, le vilain petit secret de Mattel, est passée aux oubliettes de l’histoire.

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Sources de l’article
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