Une dame et ses poupées : Madame Alexander dolls


Madame Alexander et deux de ses poupées © Jewish womens’ archives

Introduction

Dans le numéro de décembre 2005 du magazine Forbes, une étude menée avec la Toy Industry Association sur la popularité des jouets américains par décennie place en premier les poupées de collection Madame Alexander pour la décennie 1920-1929, devant le yo-yo. Beatrice Alexander, jeune fondatrice de son entreprise de poupées en 1923 à l’âge de 28 ans, aurait-elle pu rêver d’une telle reconnaissance ?
Fille d’une immigrée autrichienne arrivée aux États-Unis depuis la Russie avec la vague d’exilés juifs d’Europe de l’Est à la fin du XIXe siècle, elle effectue une scolarité excellente durant laquelle elle s’intéresse aux Beaux-Arts. Titulaire d’une bourse pour étudier la sculpture à Paris, elle ne peut malheureusement pas s’y rendre, car ses parents sont ruinés par la faillite de la banque où ils ont placé toutes leurs économies. Elle se marie en 1912.
La guerre de 1914 lui offrira paradoxalement l’opportunité d’atteindre ses ambitions. La clinique pour poupées ouverte par son beau-père l’année de sa naissance en 1895 dans le Lower East Side de New York souffre de l’embargo américain sur les produits allemands, qui inclut les poupées. La famille décide de fabriquer ses propres poupées, représentant des infirmières de la Croix-Rouge et faites en mousseline bourrée de laine de bois, qui rencontrent un succès immédiat (photo).


                                                                         © Etsy

Création de la société Alexander Doll Company

Commence alors une période pendant laquelle Beatrice affirme ses talents de meneuse, exigeante avec les autres et avec elle-même, et voit germer en elle le désir de fonder sa propre entreprise. Avec un investissement initial de 1 600 $, elle engage ses trois sœurs et quelques voisins, et démarre en 1923 une activité professionnelle dans un atelier de Manhattan. Elle partage son temps entre l’amélioration de la conception de ses poupées, la couture des corps et des costumes, et les relations avec les banquiers, fournisseurs et distributeurs. Elle développe à cette période une grande admiration pour Elena Scavini (« Signora Scavini »), la créatrice italienne des poupées Lenci en 1919, et se fait appeler Madame Alexander dès 1925.
Après avoir obtenu un prêt bancaire pour agrandir ses locaux, Beatrice poursuit son rêve de fabriquer une poupée incassable et décide d’acheter des corps en composition. Plus résistants que les corps en tissu, ils lui permettent en outre de consacrer plus de temps aux costumes et aux perruques, qui deviendront le point fort de ses poupées.

La grande dépression

Mais l’entreprise doit affronter deux événements majeurs à la fin des années 1920 : une inondation de ses stocks et la grande dépression. Plusieurs facteurs l’aident à surmonter cette dernière : la confiance d’un de ses distributeurs, la chaîne de magasins de jouets FAO Schwarz ; le succès de sa poupée de 41 cm à corps en tissu et visage en feutre pressé « Alice au pays des merveilles », brevetée en août 1930 (photo de gauche ci-dessous) ; la confection de vêtements de mode pour les petites filles ; la sortie de ses poupées de 41 cm, brevetées en 1933, à corps en tissu et visage en feutre pressé « Little women » (« Les quatre filles du docteur March »), d’après les personnages du célèbre roman de Louisa May Alcott (photo de droite ci-dessous), en même temps que l’adaptation cinématographique de Georges Cukor avec Katharine Hepburn qui connaît un immense succès ;


                 © DollKind                                                  © Theriault’s

le partenariat de 1933 avec Disney, forme d’association novatrice à l’époque, pour la production de poupées en composition des « Trois petits cochons » ; la sortie en 1935 de différentes tailles de poupées représentant les sœurs Dionne, nées en 1934 d’une famille canadienne pauvre, premières quintuplées à avoir survécu et symbole d’espoir dans un Monde en dépression (voir Créatrices et créateurs canadiens) ; le lancement en 1936 d’une poupée Scarlett O’Hara ressemblant de façon troublante à Vivien Leigh, deux ans avant sa sélection pour le rôle titre du film « Autant en emporte le vent » (photo de gauche ci-dessous) ; la production en 1937 d’une poupée princesse Elizabeth (photo de droite ci-dessous), future reine d’Angleterre, pour commémorer le couronnement de son père le roi Georges VI, et la réutilisation de son visage pour la poupée Blanche-Neige coïncidant avec la sortie du dessin animé de Walt Disney ; enfin, l’invention des yeux dormeurs à la fin des années 1930.


                         © Replacements                                                  © Ruby Lane

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La deuxième guerre mondiale

Pendant les années 1940, l’Alexander Doll Company continue de rendre hommage aux célébrités, avec des poupées représentant la patineuse olympique Sonja Henie, l’enfant actrice Margaret O’Brien, la comédienne oscarisée Ginger Rogers, l’actrice et chanteuse Mary Martin,… En 1942 sort Jeannie Walker, une des premières poupées marcheuses (photos ci-dessous).

Mais après la dépression des années 1930 survient la deuxième guerre mondiale, avec son cortège de rationnements et de restrictions. En l’honneur des forces armées américaines est créée une ligne de poupées patriotiques en composition : soldats, femmes du WAAC (Women’s Army Auxiliary Corps) et réservistes WAVES (Women Accepted for Volunteer Emergency Service) de l’US Navy. En 1944 sort la poupée en composition Miss Victory, yeux bleus dormeurs et bouche ouverte, habillée aux couleurs du drapeau national : chemisier blanc à garniture bleue et jupe rouge.

L’âge d’or et la révolution du plastique

Les années du baby boom d’après-guerre, prospères pour le pays, sont appelées « l’âge d’or des poupées ». En 1946 débute la série des portraits, poupées de 53 cm, peintes avec soin et richement habillées, vendues 75 $ (plus que le salaire hebdomadaire moyen à l’époque) et représentant de nombreux types de personnages (photos ci-dessous, de gauche à droite : « The june bride », « Carmen ») : héroïnes de cinéma, d’opéra, de ballet et de romans, muses d’artistes, célébrités, membres de familles royales.


                        © WorthPoint

Les portraits utilisent soit le moule Wendy Ann de 1936, soit le moule Margaret de 1946, inspiré du visage de l’enfant actrice Margaret O’Brien. C’est ce même moule qui servira à la poupée en composition Karen Ballerina, la petite danseuse disponible en trois tailles : 38, 46 et 53 cm.  La poupée Margaret, quant à elle, est proposée en trois couleurs d’yeux (noisette, marrons, bleus) et de cheveux (bruns, bruns roux et blond cendré), sera le mannequin d’une gamme de vêtements pour enfants qui ne durera qu’un an, et le premier moule à exploiter un nouveau matériau prometteur : le plastique. En effet, il est moins sujet aux craquelures dues aux variations de température et d’humidité que la composition, résiste mieux à l’usure du temps et offre une définition élevée des traits du visage. En revanche, sa moindre porosité le rend inapte à retenir les finitions de peinture. Quoiqu’il en soit, l’usage pionnier du plastique dur par la compagnie Madame Alexander, illustrant le slogan de l’époque « une vie meilleure grâce à la chimie », donne le ton à l’industrie du jouet. Cet usage est mis en œuvre dans le cadre d’un joint-venture avec les sociétés Arranbee Doll et American Character Doll nommé Model Plastics. La variété et la beauté des costumes établissent la notoriété de l’entreprise Alexander Doll Company : en presque un siècle d’existence, elle a fabriqué plus de 6 000 modèles de poupées à partir de seulement une vingtaine de moules. Le soin apporté à la confection des vêtements vaut à Madame Alexander la médaille d’or de la Fashion Academy quatre années de suite, de 1951 à 1954.
Selon une expression de la revue « Christian science monitor », les « Cadillac du royaume des poupées » contribuent à la qualité de vie d’une classe moyenne en pleine expansion. La série de poupées Godey de 36 cm en plastique dur, d’après les illustrations du périodique féminin « Godey’s lady’s book » créé en 1830 et publié à Philadelphie, est lancée en 1950 (photos ci-dessous).


          © Theriault’s

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Le couronnement d’Elizabeth II

Le couronnement de la reine d’Angleterre Elizabeth II le 15 juin 1953 est un événement qui fait grand bruit aux États-Unis. Sa préparation donne lieu à l’édition de nombreux produits dérivés, dont une série de poupées de 46 cm en plastique dur par la compagnie Madame Alexander sur le thème des Beaux-Arts, hommage à la famille royale et à la cour d’Angleterre. Mais le plus impressionnant est sa reconstitution de l’événement en six tableaux au moyen de 36 poupées (photos ci-dessous), commanditée par le grand magasin de Brooklyn Abraham & Straus : Elizabeth II quittant le palais de Buckingham pour se rendre au couronnement ; la cérémonie dans la cathédrale de Westminster avec l’archevêque, les enfants de chœur, la famille royale et les gardes d’honneur ; la sortie de la cathédrale avec six demoiselles d’honneur portant la traîne de la robe,… Le spectacle attire plus de 7 000 visiteurs le premier jour de l’exposition au magasin Abraham & Straus.


                                                                                                     © Theriault’s

Cette année 1953 est prolifique pour Madame Alexander : outre le couronnement, elle voit la sortie de la série de « Glamour girls » de 46 cm, de la ligne de poupées Peter Pan accompagnant la sortie du dessin animé de Walt Disney et des Alexanderkins, petites poupées en plastique dur de 19 ou 20 cm habillées en fillettes (photos ci-dessous), en mariées, en belles du Sud,… et introduites par la suite comme personnages de livres de contes.


                                 © Ruby Lane                                                  © Theriault’s 

Cissy, première poupée mannequin

Quatre ans avant Barbie, la première poupée mannequin à poitrine adulte et pieds cambrés faits pour porter des hauts talons fait ses débuts officiels en 1955 chez Madame Alexander. Cissy, haute de 51 cm (plus tard 53 cm), possède un corps entièrement articulé et une garde-robe élaborée (photos ci-dessous). C’est une débutante, jeune fille de la haute société faisant son entrée dans le monde, faite pour faire rêver les petites filles tout en leur donnant l’exemple du bon goût et de la bonne éducation. Écoutons ce qu’en dit Beatrice Alexander : « chaque petite fille rêve d’être adulte. Qui n’a pas vu une enfant marcher avec les hauts talons de sa mère ? un soutien-gorge, une robe, un négligé, peuvent transformer une journée de jeu monotone en merveilleux pays imaginaire. Cissy est la plus nouvelle et la plus excitante des poupées du Monde ». Et d’ajouter : « un enfant devrait comprendre très tôt l’importance de porter des vêtements seyants de couleurs agréables. Même sous les costumes de mes poupées, je n’utilise jamais d’épingle à nourrice. La première chose que fait une fillette avec sa poupée est de la déshabiller. Ce serait inconvenant de lui faire croire que l’ourlet d’un jupon puisse tenir avec une épingle à nourrice, ou qu’une dame ne porte pas toujours des bas. Cela lui donnerait de mauvaises bases pour apprendre à bien présenter ».


          © Two daydreamers dolls                                  © www.pnweb.com

En 1957, l’entreprise est à son apogée avec plus de 1 500 employés et trois usines, qui seront par la suite regroupées sur un seul site. Brève incursion à la Maison Blanche, les poupées de Jackie Kennedy (53 cm) et de sa fille Caroline (38 cm) sorties en 1961 (photos ci-dessous) ne dureront que deux ans malgré leur succès, suite à un veto de l’attaché de presse de la présidence Pierre Salinger.


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Les années 1960, une période d’hommages

En 1960 a lieu une nouvelle tentative de création d’une ligne de vêtements pour enfants, Madame Alexander Togs, distribuée dans les magasins FAO Schwarz et Lord & Taylor. Ses associés dissuadent Beatrice de se disperser, arguant qu’elle ne peut mener les deux activités de front. Cette dernière incursion dans la mode enfantine durera tout de même six ans, avant que Beatrice décide en 1966 de ne plus se consacrer qu’aux poupées.
Une irruption originale dans le monde des adultes : la poupée Grandma Jane (photos ci-dessous), grand-mère moderne habillée de lin bleu ciel, censée enseigner le respect des anciens dans le monde en perte de repères de la fin des années 1960. Elle recevra un accueil mitigé.


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Les années 1960 resteront pour Madame Alexander une époque d’hommages et de reconnaissances officiels. Le fan club est créé en 1961 sous le nom de Madame Alexander Fan Club, qui deviendra le Madame Alexander Doll Club, organisme à but non lucratif enregistré dans l’Illinois. Lors de la Journée des Nations Unies de 1965, l’ambassadeur des États-Unis aux Nations Unies Arthur Goldberg préside l’annonce officielle de la ligne des poupées internationales, collection de poupées de pays du Monde entier (photos ci-dessous, de gauche à droite : Irlande, Tchécoslovaquie, Corée). La prestigieuse Smithsonian Institution introduit deux poupées Madame Alexander dans sa collection permanente : Madame Doll, personnage issu du roman de Frances Cavanah, « Le secret de Madame Doll », et Scarlett O’Hara.


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Les années 1970 : polémique et commémoration

Le mouvement féministe prend de l’ampleur dans les années 1970, et avec lui les accusations faites à l’industrie des poupées de promouvoir les stéréotypes sexistes. Beatrice se défend : « il est ridicule de prétendre qu’une poupée entretient chez la petite fille une fausse image d’elle-même. Au contraire, elle développe sa capacité à s’aimer et à aimer les autres. Et que dire des petits garçons qui réclament des poupées ? » Frances Einhorn, la secrétaire particulière de Beatrice,  prend sa défense : « Madame Alexander est une authentique féministe. Elle faisait un travail d’homme quand le Monde n’acceptait pas toujours les femmes indépendantes. Elle emmenait souvent ses ouvrières se faire examiner et conseiller au planning familial ».
Avec une ferveur patriotique un peu passée de mode, Madame Alexander fête en 1976 le bicentenaire de la déclaration d’indépendance des États-Unis en introduisant les six premières poupées de 36 cm de sa série des premières dames, ou femmes de présidents, incluant Martha Washington, Abigail Adams ou encore Dolley Madison (photos ci-dessous, respectivement de gauche à droite). La sortie de chacune de ces poupées est attendue avec impatience et achetée en masse.

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Beatrice passe la main, l’entreprise continue

Le succès est tel dans les années 1980 que la pénurie de poupées s’installe, et qu’une politique de rationnement est même mise en place. L’entreprise est accusée de l’entretenir afin d’augmenter le désir d’achat, ce dont elle se défend, expliquant que cette pénurie est due en partie au glissement de la clientèle vers une population de collectionneurs adultes.
Devenue très populaire, Beatrice Alexander se retire en 1988, à l’âge de 93 ans, de sa société  qu’elle vend à un groupe d’investisseurs privés. C’est cette même année qu’est créée la remarquable poupée souvenir Tippi Green, portrait de la fille de Gary Green, fondateur de la newsletter « Collectors united ». Adaptée d’une poupée issue d’une collection courante de modèles en plastique dur de 20 cm, c’est une belle ballerine vêtue de blanc produite en série limitée de 800 exemplaires (photos ci-dessous).


                                                                                                           © WorthPoint

Le retour en vogue des poupées de porcelaine conduit  la société Alexander Doll company à lancer en 1989 des poupées de 53 cm telles que « Carnaval à Rio » (photo de gauche ci-dessous) et « La mariée », en 1991 une « Scarlett O’Hara » (photo de droite ci-dessous) qui obtient un prix d’excellence du magazine « Dolls », et en 1992 « Thumbelina et sa dame » qui obtient le même prix.


          © Everything but the house

En 1991 est lancée la populaire collection de poupées de 20 cm « Le magicien d’Oz », qui se poursuivra pendant de nombreuses années. Une collaboration avec la célèbre artiste allemande Hildegard Günzel conduit  à l’introduction en 1990 d’une ligne de poupées en porcelaine ou en vinyl dépeignant des enfants du Monde entier (photo de gauche ci-dessous), et en 1992 des poupées en porcelaine de la gamme « Courtney et ses amis » (photo de droite ci-dessous) ; ces deux séries obtiennent un prix d’excellence du magazine Dolls.


                       Mai Ling © Dear little dollies                        © WorthPoint

Une autre créatrice respectée, Robin Woods (nom d’artiste Alice Darling), rejoint la société en 1992 et développe la ligne « Let’s play dolls » (photos ci-dessous), afin de concrétiser l’engagement de l’Alexander Dolls Company dans l’industrie de la poupée jouet.


                                                                                   © WorthPoint

La fin des années 1980 et le début des années 1990 sont marquées par la production d’œuvres commanditées par des clubs de collectionneurs, des boutiques spécialisées ou encore la « Walt Disney World Teddy Bear & Doll Convention » (Convention Walt Disney sur les ours et poupées). En 1993 par exemple, Madame Alexander a réalisé pour cette dernière une reproduction OOAK du tableau de Claude Monet « Femmes au jardin ».
Mais une mauvaise gestion amène l’entreprise au bord du dépôt de bilan. En 1995, elle est rachetée par le « Kaizen Breakthrough Partnership », un fonds d’investissement japonais géré par le groupe bancaire Gefinor. Les nouveaux propriétaires misent sur un rééquilibrage de la production au profit des poupées jouets par rapport aux poupées de collection. Une nouvelle Cissy plus glamour, à destination d’une clientèle de collectionneurs adultes, voit le jour en 1996. La même année est présenté à la convention Disney le remarquable ensemble de 30 poupées OOAK représentant des personnages de jeu d’échecs inspirés d’Alice au pays des merveilles (photo ci-dessous).

En 1997 sort la ligne de poupées jouets à récit « Little Women Journals », qui offre aux fillettes une combinaison de jeu avec la garde-robe des poupées, de lecture et d’activités péri-scolaires.
En 1998, l’année de l’anniversaire des 75 ans de l’Alexander Doll Company, sont lancés de nombreux modèles : la poupée commémorative de l’anniversaire de la princesse Diana ; la Cissette Harley Davidson ; les poupées glamour « Diamond beauty », « Rose Splendor » et « Pearl of the twenties » ; une poupée Wendy et le bébé « Huggable Huggums » ; les rééditions des quintuplées Dionne et de Marybel ; la réintroduction de la porcelaine avec Catherine et Margaret.
Les années 2000 sont marquées par la sortie de deux séries de poupées : la ligne de mannequins de 41 cm à la garde-robe élégante pour collectionneurs adultes appelée « Alexandra Fairchild Ford », d’après le personnage fictif Alex Ford, rédactrice en chef du magazine new yorkais de mode « Elan » (photo ci-dessous) ; la ligne de mannequins de 46 cm destinée à porter les vêtements de la marque « Dollie & me », spécialisée dans la mode enfantine et pour poupées.
Kahn Lucas, propriétaire de cette marque, rachète Alexander Doll Company en juin 2012, dont le président Gale Jarvis annonce l’année suivante la création d’une ligne de poupées, vêtements et accessoires par le styliste américain Isaac Mizrahi pour Xcel Brands.

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De la conception à la fabrication

Le siège et l’usine de la société Madame Alexander Doll Company sont aujourd’hui situés dans Harlem, quartier du Nord de l’arrondissement de Manhattan à New York. Suivant l’adage de l’entreprise « l’amour est dans les détails », un contrôle de qualité strict est appliqué à chaque étape de la réalisation d’une poupée. Des réunions périodiques de brainstorming rassemblent une équipe de concepteurs et de cadres pour discuter des projets de futures poupées. Chaque participant donne son point de vue sur tous les aspects du projet : longueur des cheveux, teinte des sourcils, type de visage retenu, tissus des vêtements,…
Lorsqu’un projet est approuvé, les concepteurs se documentent en profondeur et en proposent une interprétation en deux ou trois dimensions. Un prototype de poupée OOAK est ensuite réalisé, révisé par l’équipe pour aboutir à un modèle final qui sera reproduit en grande série en usine. Puis ce sont les étapes manuelles de peinture faciale au pochoir, pose de perruque et coiffure, et habillage des poupées, souvent à l’aide de références de créations antérieures réutilisées, afin de distinguer les productions de modèles de l’année antérieure, de l’années en cours et de l’année à venir. La capacité de production était en 1997 de 750 000 poupées par an, soit plus de 3 000 poupées par jour ouvrable !

La valeur de vos poupées Madame Alexander

Comme pour toutes les poupées, la valeur des Madame Alexander dépend de plusieurs critères : âge, état de conservation, rareté, désirabilité, présence et état de conservation des vêtements et accessoires originaux, présence de l’étiquette de poignet. De plus, interviennent la loi de l’offre et de la demande et l’état actuel du marché. Élément supplémentaire à préciser : de nombreuses poupées différentes ayant été créées à partir du même moule de visage, il est parfois impossible d’identifier un personnage sans son costume et ses accessoires d’origine. En conséquence, les collectionneurs de poupées Madame Alexander demandent généralement que les poupées portent leurs vêtements d’origine, sans lesquels leur valeur diminue de manière importante.
Comme pour les poupées de collection en général et les poupées anciennes en particulier, il existe plusieurs valeurs des Madame Alexander :

  • la valeur de détail correspond au prix de vente d’occasion chez un antiquaire ou un marchand de poupées de collection. Dans le cas d’une poupée neuve, c’est le prix d’achat dans un grand magasin, une boutique spécialisée ou tout autre point de vente.
  • la valeur d’enchère est le prix réalisé dans une vente aux enchères. Également désigné comme prix pratique sur le marché libre ou prix de pleine concurrence.
  • la juste valeur de marché est le prix sur lequel s’entendent acheteur et vendeur. Les deux parties doivent être tenues au courant de toute information pertinente pour la vente de la poupée.
  • la valeur en gros est inférieure de 33 à 50 % à la valeur de détail. Également désigné comme prix de négociant, il dépend pour les poupées neuves du volume d’achat par le détaillant.
  • la valeur fiscale est une moyenne des prix d’enchère réalisés pour une même poupée dans les mêmes conditions
  • la valeur d’assurance est le coût de remplacement de la poupée si elle a été volée ou détruite
Guides de prix et d’identification

Les guides de prix et d’identification existent sous forme papier et en ligne. Les prix indiqués par les guides papier sont les valeurs de détail à la date de publication du guide. Le marché étant très fluctuant, ces guides deviennent donc rapidement obsolètes quant à l’indication des prix, mais demeurent intéressants pour la description des poupées et les conseils d’identification. Le dernier en date à notre connaissance a été publié en 2010 : Madame Alexander 2010 Collector’s Dolls Price Guide, par Linda Crowsey.
Le meilleur guide de prix en ligne pour les poupées Madame Alexander est Doll values. Cette base de données recense environ 5 300 modèles de poupées Madame Alexander. La recherche s’effectue sur le nom de la poupée ou sur son numéro de boîte, et les informations données sont : le nom complet de la poupée, le numéro complet de la boîte, une brève description du costume, les particularités du corps, des membres ou de la tête, le type de visage utilisé, le type et la couleur des cheveux et des yeux, la dernière année de production, la taille, les matériaux qui constituent la poupée, une fourchette d’estimation du prix de détail, une photo si disponible.
eBay est une excellente ressource pour la valeur d’enchère des poupées Madame Alexander. Assurez-vous de rechercher des poupées dont l’état de conservation est comparable à celui de la vôtre.
Le guide en ligne Kovels nécessite la création d’un compte gratuit pour accéder à l’information de prix, vérifiée par des experts.
The saleroom est un portail européen de vente aux enchères fédérant  plus de 500 salles de vente. Il donne la valeur d’enchères passées et en cours de lots correspondant aux critères de recherche. Il nécessite la création d’un compte gratuit pour accéder à l’information de prix.

L’offre actuelle

Vingt neuf ans après le décès de Beatrice Alexander, survenu le 3 octobre 1990, la société Alexander Doll Company, toujours en activité, propose essentiellement comme poupées jouets dans son catalogue 2019 de nombreux poupons et bébés. L’autre volet est constitué de poupées de collection : « Birthday Joe », des communiantes, la ballerine « Butterfly ballerina », les quatre « Little women », des personnages de contes pour enfants, des poupées de pays, des poupées de saison (Noël, Halloween,…). Le club organise une convention annuelle, des déjeuners de l’amitié, édite des poupées événementielles et publie le périodique « The review ».

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Sources de l’article
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