Modna Lyalka, le salon de poupées et d’ours d’artistes d’octobre à Kiev : une imposante manifestation

Introduction

Avec 300 exposants dont 225 artistes installés sur une surface de 2 900 m² et plus de 8 000 visiteurs, la 20e édition du salon international de poupées et d’ours d’artistes Модна лялька (Modna Lyalka, littéralement « Poupée de mode ») s’est tenue au centre d’expositions international du quartier de Levoberezhnaya de Kiev (Ukraine) du 18 au 20 octobre 2019. Ce salon, organisé par le magazine ukrainien Модное рукоделие (Artisanat et mode), est la manifestation artistique la plus importante du pays. Artistes et artisans d’Ukraine et du Monde entier y ont présenté poupées d’artistes OOAK ou en éditions limitées, anciennes ou de salon, BJD, ours et autres animaux en peluche, ainsi que de nombreux accessoires pour poupées : vêtements, chaussures, mobilier,… Ci-dessous, entrée extérieure et vue générale du hall d’exposition.


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L’exposition s’est répartie sur plusieurs zones thématiques : poupées d’artistes, reborns, poupées ukrainiennes traditionnelles (motankas), oursons et amis, Blythe et compagnie. Une manifestation parallèle portait sur les fournitures pour loisirs créatifs : couture, découpage, perlage, fabrication de bijoux, verrerie d’art, patchwork, travail du feutre,… Plusieurs animations ont émaillé les trois journées du salon : chorégraphie d’inauguration par des anges montés sur échasses, défilé de petites ballerines (photos ci-dessous),…


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En marge de l’exposition étaient présentés trois projets collectifs, « Les poupées de mode à travers les siècles », « Les épices » et « Légendes de Lviv », et un concours de poupées était organisé entre 24 candidats exposants à l’occasion du 20e anniversaire de Modna Lyalka » (voir plus bas).

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Une sélection d’artistes

Seules les poupées d’artiste nous intéressent ici. Voici donc une sélection d’artistes représentative de la diversité de la production exposée au salon.

Yuliya Malisheva

Yuliya Malisheva, originaire de Kiev et membre de l’association ukrainienne des artistes manuels, fabrique des poupées sur cadre métallique, articulées ou non, avec divers matériaux : Living Doll, La Doll, papier mâché. Toutes les tenues sont réalisées par ses soins. Ses sources d’inspirations incluent les enfants (photo de gauche ci-dessous) et les célébrités (ci-dessous au centre Elton John, et à droite Goran Bregović, le guitariste et compositeur du réalisateur Emir Kusturica). Ses modèles d’enfant dégagent une grande douceur et ses représentations de personnages célèbres sont empreintes d’une certaine ironie. Elle est également l’auteure d’une des poupées du projet « Les 20 ans de Modna Lyalka » (voir plus bas).


          © Yuliya Malysheva          © J’aime les poupées  © J’aime les poupées

Lara Vronska

Lara Vronska nous vient d’Odessa (Ukraine), ville portuaire de la Mer Noire située à 500 km au Sud de Kiev. Elle sculpte en La Doll ou en paperclay, deux matériaux séchant à l’air ambiant, de grandes et somptueuses poupées OOAK sorties d’un monde de fantasie, à l’expression fière et habillées avec raffinement. Quand on évoque devant elle le caractère merveilleux et fantastique de ses œuvres, elle répond en souriant : « c’est ma réalité ». Inspirée par la nature, le ciel, les fleurs, Lara confectionne elle-même les costumes de ses poupées. Autodidacte formée à la peinture, elle s’est aidée de magazines spécialisés pour les aspects techniques de la réalisation de poupées. Ci-dessous, de gauche à droite : « Musique céleste », « Fleur rouge » et « Magnolia ».


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Inna Zakrzewska

Originaire de Kiev, Inna Zakrzewska travaille avec un matériau peu commun : le Darwi Roc, pâte autodurcissante à grain fin. Elle réalise des poupées OOAK d’inspirations très variées. Qu’on en juge : l’actrice britannique Audrey Hepburn dans le film de William Wyler « How to steal a million » (Comment voler un million de dollars, photo de gauche ci-dessous) ; Audrey Hepburn encore (Inna déclare qu’elle est sa muse) avec son partenaire l’acteur britannique Rex Harrisson ; une grande duchesse de la dynastie des Romanov de Russie (photo du centre ci-dessous) ; un dragon ; la lune et le soleil (photo de droite ci-dessous) ; une jeune fille ukrainienne en costume traditionnel. Les tenues, élaborées, sont fabriquées par Inna dans des tissus le plus souvent anciens. Elle a appris les rudiments de la sculpture avec un professeur et s’est ensuite formée en autodidacte. Elle pratique aussi le dessin et la peinture à l’aquarelle.


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Yvonne Flipse

Yvonne Flipse a fait le déplacement depuis les Pays-Bas pour présenter quelques unes de ses sensuelles, fantasques et féériques poupées, tantôt espiègles tantôt graves. Adepte du paperclay, elle est inspirée par les liens de l’être humain avec le cosmos, la nature et les animaux. Cette artiste complète peint, sculpte, dessine, fait les vêtements de ses poupées et les accompagne de poèmes. Elle est l’auteure du beau livre illustré « Het gouden pad van de haas » (le chemin doré du lièvre) relatant les aventures d’un lièvre qui éveille sa conscience en dialoguant avec la nature. Yvonne est aussi art-thérapeute, medium et guérisseuse, et organise des ateliers créatifs ainsi que des séances de développement personnel dans son studio de Krabbendijke baptisé « Source de sagesse ». Ci-dessous de gauche à droite : « La séduction », « Brin d’herbe », Fiola ».


   © Yvonne Flipse             © Yvonne Flipse                  © Yvonne Flipse

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Alexandra Savchenko

Alexandra Savchenko habite à  Vychhorod, à une vingtaine de kilomètres de Kiev. Son matériau de prédilection est l’argile La Doll, dans laquelle elle sculpte de fines poupées OOAK  au visage ovale et au regard langoureux (photo de gauche ci-dessous). Les vêtements, comportant parfois des éléments faits au crochet, sont élaborés par l’artiste. Elle crée également de ravissantes poupées miniature aux tenues chatoyantes montées sur des socles aux couleurs vives (photo de droite ci-dessous). Une caractéristique remarquable de sa production : les chevelures abondantes en laine teintée. Alexandra trouve parfois son inspiration dans des cartes postales, sa période préférée étant la fin du XIXe siècle et le début du XXe. Sa première sculpture en argile date de 2011, et elle a perfectionné sa technique en suivant des cours dans un atelier en 2016. Elle a participé au projet « Les 20 ans de Modna Lyalka » avec la poupée « Gymnaste ».


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Eve Dimitriu

Eve Dimitriu, comme Alexandra Savchenko, est de Vychhorod. Elle utilise le paperclay ou bien une technique mixte associant l’argile La Doll et le papier mâché pour fabriquer des poupées blanches évanescentes à l’expressivité affirmée, dont elle confectionne les vêtements. Danseuse à l’adolescence, le ballet classique est une de ses inspirations (photo de gauche ci-dessous). Eve a étudié la fabrication de poupées à l’école d’art de la galerie Parsuna à Kiev, puis s’est installée comme artiste professionnelle en 2012. Les deux élégantes demi-poupées aux cheveux en laine ci-dessous (photo de droite) sont des allégories en La Doll et papier-mâché peintes à l’acrylique et au pastel, réalisées en 2016 et intitulées « Où l’amour vit-il ? » et « Où la tristesse vit-elle ? ». L’ouverture dans le buste semble être placée là pour laisser passer le souffle de la vie.


         © J’aime les poupées                                  © Eve Dimitriu

Oksana Nikolska

Oksana Nikolska (Art Nikol) est originaire de Kiev. Les œuvres de cette artiste talentueuse révèlent une  maîtrise de nombreux matériaux : paperclay, papier mâché, Fimo, La Doll, Darwi Roc, qu’elle associe parfois pour travailler en technique mixte. Mais Oksana montre aussi une étonnante polyvalence : poupées de facture classique inspirées des tableaux de Bruegel l’ancien comme dans le projet des péchés capitaux (photo de gauche ci-dessous, « La colère ») ; poupées de style contemporain empruntes d’humour (photo de droite ci-dessous, « La beauté demande un sacrifice ») ; elfes tout droit sortis d’un conte de fées ;


 © Julia Malysh-Andrievska                        © Oksana Nikolska       

sculptures de jardin, comme ce grand lotus en béton (photo ci-dessous) ;


                                               © Oksana Nikolska

enfin, bas-reliefs en mélange à base de gypse, de la représentation réaliste d’animaux à l’esprit steampunk, en passant par la caricature d’un couple de danseurs. Formée à l’origine par un professeur de sculpture, elle affirme depuis 2012 son style en autodidacte. Curieusement, Oksana, qui pratique aussi la peinture et le dessin, n’aurait jamais imaginé enfant devenir une artiste.

Elena Kantur

Ukrainienne installée à Barcelone, Elena Kantur est aussi extravertie que ses poupées sont sages. Mais, comme leur créatrice, elles rayonnent d’une joie intérieure qui les fait profiter de tout ce que la vie peut leur apporter. Belles et paisibles, ses poupées esquissent un léger sourire et paraissent vous dire : « no te preocupes se feliz » (ne t’inquiète pas et sois heureux) ! le Cernit est le matériau de fabrication choisi par Elena, ce qui confère à ses créations une translucidité de chair réaliste. Des armatures métalliques procurent des articulations aux genoux et aux coudes. Les tenues vestimentaires, recherchées, sont exécutées par l’artiste elle-même. Autodidacte sans influence revendiquée, Elena fabrique des poupées professionnellement depuis 2013. Très active, elle anime des ateliers, a fondé en 2017 le salon annuel DollArtBarcelona et projette d’ouvrir une galerie pour y exposer ses œuvres et celles d’autres artistes. Ci-dessous de gauche à droite : « L’ange Tania », OOAK, 62 cm, 2019 ; « Embrassées par le soleil », trois sœurs rousses, OOAK, 70 cm, 2018.


                         © Elena Kantur                                   © Elena Kantur

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Julia Malysh-Andrievska

Julia Malysh-Andrievska, artiste et photographe kiévienne, utilise le matériau Living Doll pour réaliser des poupées diaphanes au regard grave et rêveur, semblant perdues dans l’évocation silencieuse de lointains souvenirs. Elle accorde une importance toute particulière aux costumes, travaillés et soignés, avec des tissus parfois anciens, dans le style du XIXe siècle comme ceux du couple de garçons Tom Sayer et Huckleberry Finn, héros de fiction du romancier américain Mark Twain (2019, photo ci-dessous).


                                          © Julia Malysh-Andrievska

Julia, dont on ne sera alors pas surpris qu’elle aime les poupées anciennes, découvre sa vocation suite à une rencontre avec une artiste ukrainienne, et étudie la sculpture auprès d’un maître avant de trouver son style en autodidacte. Certaines de ses poupées sont dotées d’articulations à soufflet. Elle fabrique sa première poupée en 2015 et les réalise en professionnelle depuis 2017. Ci-dessous de gauche à droite, deux autres œuvres de 2019 : « Sophia et Bekky », « Molly ».


          © Julia Malysh-Andrievska                   © Julia Malysh-Andrievska

Oksana Salnikova

Originaire de Kiev, Oksana Salnikova est une créatrice respectée et admirée par ses pairs, qui a contribué à former de nombreux artistes en poupées en Ukraine. De tous les matériaux qu’elle a testés, le Living Doll, au fini semi translucide après cuisson, a obtenu sa préférence. Ses ravissantes poupées, représentant des fillettes, ont une expression difficile à définir : mi-boudeuses mi-curieuses, leurs longs cheveux frisés défaits ou retenus en d’amples macarons, elles paraissent interroger l’observateur avec leurs yeux grands ouverts (photo de gauche ci-dessous, « Charlotte », 2019). Oksana confectionne les tenues de ses personnages : comme elle ne savait pas coudre avant de s’intéresser aux poupées, elle a développé ses propres techniques d’habillage sans couture, particulièrement appréciées par ses stagiaires. Les vêtements n’utilisent que des étoffes naturelles : soie, coton, batiste. Écoutons-la parler de l’inspiration : « je ne l’attends pas et ne la recherche pas non plus, elle m’entoure. Elle peut se trouver dans des récits de vie ou d’enfance, ou dans l’association de deux pièces de tissu qui se trouvent là côte à côte… je laisse les choses arriver ». Oksana n’envisage pas l’avenir en dehors des poupées et de la joie qu’elles apportent autour d’elles. Ci-dessous, au centre et à droite : « Luisa », 2019 et « Pirates seulement », 2019.


    © Oksana Salnikova          © Oksana Salnikova        © Oksana Salnikova

Ketrin Guv

Ketrin Guv nous vient de Zaporijia, à 560 km au Sud de Kiev. Cette artiste polyvalente a plusieurs cordes à son arc : elle crée des poupées en porcelaine de différentes tailles (29, 32 et 42 cm), des miniatures de 13 et 11 cm, des poupées pour maisons de poupées de 9,5 cm (échelle 1:12), toutes BJD, et personnalise des Blythe OOAK. Ses plus grandes poupées, au visage ovale et aux lèvres pulpeuses, à la beauté indéniable, dégagent une grande mélancolie. Toutes les étapes du processus de création, au cours duquel la poupée impose progressivement son apparence, sont effectuées par ses soins : sculpture, fabrication du moule, coulage de la porcelaine, démoulage, deux cuissons à 1 200-1 300 °C, peinture sur couverte cuite à 820 °C en plusieurs passages, maquillage, collage des cils, fabrication et teinture de la perruque en poils de lama ou de chèvre. Puis elle choisit des tissus naturels et confectionne les robes (brodées ou ornées de perles), sous-vêtements et chaussures à la main. Sa vocation lui est venue en assistant à un spectacle de marionnettes à la suite duquel elle s’essaye à la fabrication d’une poupée en argile polymère. Puis viennent les ateliers avec Irina Nalyvaiko et l’auto-formation à la porcelaine. Depuis 10 ans qu’elle crée des poupées, Ketrin trouve son inspiration dans les voyages, la musique et la rencontre avec de belles personnes. Elle pratique aussi la peinture au couteau. Son ambition : que ses poupées se transmettent de génération en génération. Ci-dessous, de gauche à droite, deux BJD de 33 cm produites en 2019 :  « Albina » et « Adeline ».


                                      © Ketrin Guv                                       © Ketrin Guv

Ci-dessous, des BJD pour maison de poupées de 9,5 cm, également produites en 2019.


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Zhanna Lopushanskaya

Zhanna Lopushanskaya, demeurant à Odessa , utilise aussi bien le Living Doll que le paperclay pour fabriquer de charmantes poupées aux visages ronds, aux grands yeux et à la bouche fruitée, semblant sortir tout droit d’une bande dessinée pour venir nous raconter leur histoire. Représentations de personnages réels comme Frida Kahlo (photo de gauche ci-dessous), de fiction comme Esmeralda (photo du centre ci-dessous), ou imaginées par l’artiste, leur grande expressivité les fait paraître presque vivantes. Les enfants sont également une source d’inspiration pour Zhanna (photo de droite ci-dessous). Elle réalise personnellement les costumes et accessoires de ses poupées (ce qu’elle faisait déjà étant enfant), dotées d’articulations métalliques ou à soufflet. Formée par Oksana Salnikova (voir plus haut) et Milana Shuba-Dubrova, elle ne produit professionnellement des poupées que depuis un an, mais son style est déjà affirmé. Quand elle était petite fille, Zhanna rêvait de posséder une belle poupée. Ce rêve se réalisa lorsqu’on en lui offrit une pour son anniversaire, qu’elle baptisa Macha et conserve encore aujourd’hui. En plaisantant, Macha nous confie que ce jour tombe le 31 décembre et que cette coïncidence l’a privée d’une deuxième poupée !

© Zhanna Lopushanskaya © J’aime les poupées© Zhanna Lopushanskaya 

Bella Melkova

Bella Melkova, ukrainienne installée à Tel Aviv (Israël), exploite deux matériaux, paperclay et La Doll, pour réaliser des poupées très originales dans trois styles distincts, illustrés par les exemples suivants : un grand personnage élancé au visage triangulaire souriant et au nez fin et droit, figé dans une pose dynamique, habillé d’un riche costume évoquant la Renaissance et doté de nombreux accessoires (« Mirel », 110 cm, 2019, photo de gauche ci-dessous) ; une petite poupée monochrome non maquillée, fine et gracieuses à l’expression sereine (« Fly », 2017, montable en lampe, photo de droite ci-dessous) ;


               © Julia Malysh-Andrievska                          © Bella Melkova

un nu champêtre délicat à l’allure classique, orné de fleurs, de feuilles et de mousse (« Eglantina », 2018, photos ci-dessous).


                                  © Bella Melkova                                  © Bella Melkova

Bella confectionne elle-même les costumes de ses poupées, au moyen de tissus naturels : coton, soie, mousseline. Elle s’est formée en suivant des cours dans divers ateliers, avant de trouver son style original et de réaliser sa première poupée en 2015. Conceptrice de bouquets de profession, elle reconnaît être inspirée par les fleurs dans son travail d’artiste en poupées. Pendant longtemps, Bella a pratiqué le batik et souhaite à l’avenir continuer à participer à des salons internationaux de poupées.

Evgeniya Andrieieva

Evgeniya Andrieieva, artiste affiliée au studio AnGeDolls, vit à Kharkiv, deuxième plus grande ville d’Ukraine. Elle fabrique d’adorables poupées en tissu avec articulations à soufflet, au visage rond et à l’abondante chevelure frisée, parfois sans nez ni bouche mais avec des taches de rousseur ! les tenues charmantes et colorées, faites par l’artiste, font parfois appel à la broderie, et sont accompagnées d’accessoires : bonnet de laine, sac à main, coussin,… Mais Evgeniya utilise aussi l’argile polymère, qu’elle a appris à sculpter avec Oksana Salnikova (voir plus haut) et Olga Kizhaeva. Elle s’inspire de la nature et des animaux pour la réalisation de ses poupées, technique apprise, pour ce qui concerne le tissu, en autodidacte il y a seulement un an. Evgeniya pratique également le découpage et la fabrication d’objets en résine époxy. Ci-dessous, de gauche à droite : « Aglaia », 30 cm, Living Doll, 2019 ; « L’abeille Gugik », 23 cm, tissu, 2019 ; « Ann », 23 cm, tissu, 2019.


                                          © Evgeniya Andrieieva

Tatyana Dvorchuk

Tatyana Dvorchuk, originaire de Kiev, travaille avec trois matériaux : Living Doll, paperclay et La Doll. Ses sources d’inspiration sont visiblement les voyages vers l’Orient et l’Afrique, et ses poupées ont un parfum de nostalgie d’un monde exotique disparu où le temps s’écoulait sereinement. Les tenues traditionnelles (djellaba, kimono,…), soignées, sont confectionnées par ses soins à partir de tissus variés. Elle teint elle-même les cheveux de ses poupées, faits de laine de lama, de chèvre ou de fils de soie. Tatyana, qui s’intéresse à l’univers des poupées depuis 2010, a appris à sculpter en suivant des ateliers créatifs, puis a progressivement découvert son style en autodidacte. Ses sources d’inspiration revendiquées sont lapeinture, la musique et la rencontre avec des personnes intéressantes. Outre la fabrication de poupées, elle réalise des pendentifs et pratique le perlage. Son souhait pour l’avenir : continuer à participer à des expositions et des concours. Ci-dessous, de gauche à droite : « Phénix », portrait de Lydia Vertinska dans le rôle de l’oiseau magique du film « Le tour du monde de Sadko » d’Alexandre Ptouchko sorti en 1952, inspiré d’un conte mythologique russe, 2019 ; « Les mille et une nuits », portrait de l’acteur turc Halit Ergenç dans le rôle du roi de fiction perse sassanide Shahryar écoutant les récits de sa femme Shéhérazade, 2019.


       © Julia Malysh-Andrievska                       © Tatyana Dvorchuk

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Projets collectifs
Les poupées de mode à travers les siècles

Ce projet présentait sept poupées ressemblant de manière étonnante à des poupées de mode anciennes, disposées dans un décor d’époque et réalisées par cinq artistes contemporaines : Valentina Yakovleva, Victoria Kukalo, Daria Vistavna, Eugenia Knyshenko et Elena Zadorozhnaya. Elles étaient exposées en quatre tableaux : poupées chinoises anciennes, poupées « Queen Anne » (Reine Anne), et deux tableaux de poupées de mode françaises.
Jusqu’à l’expansion économique de ces dernières décennies, les poupées fabriquées en Chine constituent une production abondante de l’industrie artisanale et des missions, peu exportée vers l’occident, dont le centre est le comptoir colonial allemand de Kiautschou. La mission protestante « Door of hope » (Porte de l’espoir) est un refuge pour esclaves libérés du début du XXe siècle situé à Shanghai, qui produit de nombreuses poupées habillées avec des répliques exactes de vêtements des personnages représentés, tenant compte de leur rang social et de leur âge. Ci-dessous, le tableau des poupées chinoises.


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La fabrication des poupées Reine Anne commence à la fin du XVIIe siècle, avant le règne de la reine d’Angleterre éponyme (1702-1714), et se poursuit durant la période georgienne (1714-1830). Entièrement en bois, ou avec des membres ou des yeux en d’autres matériaux (tissu ou cuir), ces poupées articulées au visage sculpté orné de sourcils stylisés et de pommettes rougies ont des yeux en amande peints, en verre ou en porcelaine suivant les époques, et des perruques en lin, chanvre ou cheveux naturels. Accessibles seulement aux familles aisées, elles sont pour la plupart détenues par des femmes, qui les habillent à la mode de l’époque. Ci-dessous, le tableau des poupées Reine Anne.


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Les poupées de mode françaises sont les ambassadrices de la mode de Paris (ou de Dijon lorsque la Bourgogne est puissante) en province et dans les capitales européennes, du XVIIe au XIXe siècle, avant l’avènement des magazines de mode. Cette mission est si importante pour la noblesse d’Europe qu’elles disposent de laissez-passer royaux afin de franchir les frontières sans encombre, même en temps de guerre, et ceci jusqu’au règne de Napoléon 1er. La plupart de ces poupées, à corps en chevreau ou en bois et tête en porcelaine, représentent des femmes adultes, toutefois certaines sont des bébés montrant la dernière mode enfantine. Les poupées de mode, de toutes tailles, peuvent être utilisées ultérieurement comme jouet. Ci-dessous, un des tableaux des poupées de mode françaises.


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Les épices


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C’est le projet d’un collectif de dix artistes né en 2016, dont chacun des membres a réalisé en 2019 une poupée sur le thème des épices. Ces artistes, qui se sont connus via les réseaux sociaux et les expositions, viennent de différentes villes d’Ukraine (Kiev, Lviv, Dnipropetrovsk, Khmelnytskyï), le seul étranger étant originaire de Toronto (Canada). Chaque année, le collectif choisit un thème de travail : les clefs, 2016 ; la mer, 2017 ; réflexions, 2018 ; les épices, 2019. Il expose uniquement  à Modna Lyalka, deux fois par an. Les poupées sont mises en scène dans un décor évoquant l’épice illustré. Ci-dessous, de gauche à droite : « Illicium verum » (anis étoilé), par Svetlana Fadeeva et « La danse des épices » par Elena Nikitenkova ;


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Ci-dessous, de gauche à droite : « Moutarde pop art » par Olena Tsilujko et « Grain de poivre » par Nastya Krava ;


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Ci-dessous, de gauche à droite : « Fleur de pavot » par Juliet Pelukh et « Le paradis de la cardamome » par Natalia Dolgannikova ;


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Ci-dessous, de gauche à droite : « The rose » par Elena Korosteleva et « Amelie » la chicorée par Irina Zhmurenko ;


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Ci-dessous, de gauche à droite : « Le poème du safran » par Tatiana Inosova et « Vanille » par Alla Lukianova.


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Légendes de Lviv

Il s’agissait pour ce projet d’évoquer l’histoire et les légendes associées à Lviv, plus grande ville de la partie occidentale de l’Ukraine, centre historique de la Galicie et province anciennement polonaise puis autrichienne (photos ci-dessous). Les dix artistes participants étaient : Olga Tkach, Katerina Kyrylova, Olga Chernykh, Milena Kolomiets, Oksana Vesna, Natalia Chubina, Katya Akimova, Olena Tsiluyko, Lydia Hrynko et Alona Lemann.

Concours du 20e anniversaire

Cette 20e édition de « Modna Lyalka » a été l’occasion d’un concours de poupées entre 24 artistes exposants du salon international. Les trois lauréates, désignées par le public, sont : Olesya Getman avec l’œuvre « Vivre maintenant » (photo de gauche ci-dessous), Yuliya Malysheva avec « L’amour ne regarde pas avec les yeux, mais avec l’esprit » (photo du centre ci-dessous) et Elena Kantur avec « Fifi Brindacier » (photo de droite ci-dessous). Elles se voient offrir leur emplacement d’exposition au prochain salon « Modna Lyalka » du  3 au 5 avril 2020.


      © Olesya Getman             © Yuliya Malysheva             © Elena Kantur

Épilogue

À l’issue de trois journées de découvertes et de discussions passionnées avec les artistes, une question s’impose à l’esprit du visiteur étranger : comment expliquer une telle vitalité de la poupée d’artiste en Ukraine ? il semble que la réponse tienne à une raison simple et profonde à la fois : l’enracinement dans une longue tradition, comme en atteste l’existence de poupées datant de plusieurs millénaires, les motankas (autrement appelées Krupenichkas).
Ces poupées traditionnelles ukrainiennes, à la fois talismans domestiques de protection et de fertilité et jouets,  étaient fabriquées à la maison à partir de matériaux naturels sans danger pour les enfants : chutes de tissu, foin, paille, bois, herbes, feuilles séchées, graines,… Habillées de tenues brodées et parfumées avec des herbes aromatiques, elles ont la particularité d’être sans traits de visage, celui-ci ne portant qu’une croix symbolisant l’unité du ciel et de la Terre, les quatre points cardinaux, les quatre saisons et le soleil (photo ci-dessous).


                                                         © AminoApps

L’absence de visage a plusieurs explications : il faut laisser aux enfants le soin de développer leur imagination quant aux émotions de la poupée lorsqu’ils jouent avec elle ; une vieille croyance affirmant que les yeux peuvent voler l’âme de ceux qui les regardent, il fallait éviter que les poupées volent l’âme des enfants ; donner des yeux à une poupée, c’est lui donner une âme, qui risque d’être mauvaise ; de même que les enfants en bas âge ne doivent pas se regarder dans la glace pour ne pas être effrayés, il ne faut pas leur faire peur avec le regard d’une poupée ; un talisman ne doit pas avoir une apparence humaine.
Aujourd’hui le rôle rituel des motankas a partiellement cédé la place à une fonction décorative mais aussi sociale. Des poupées spéciales correspondent à divers événements de la vie : naissance, baptême, fiançailles, mariage, enterrement. Des artistes contemporains comme Aleksandra Rebenchuk perpétuent la tradition en fabriquant des motankas.

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Remerciements

Nous tenons à remercier chaleureusement pour leur invitation au salon et leur assistance durant tout son déroulement : Yurii Shumanskyi, organisateur du salon international annuel de poupées d’artistes et d’oursons Модна лялька (Poupée de mode) et du salon international professionnel Craft. Business & Hobby, consacré à l’artisanat du textile et de la bijouterie ; Irina V. Dubchak, responsable des relations d’affaires et de la coopération de ces mêmes salons.
Un grand merci également à Elena Kantur, artiste en poupées, qui m’a servi d’interprète improvisée durant le salon.

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Les poupées les plus chères au Monde

Introduction

Dans l’édition 2019 de son enquête annuelle sur les milliardaires, intitulée « Billionaire census 2019 », la société américaine de conseil Wealth-X révèle que la collection d’œuvres d’art est le quatrième hobby préféré des détenteurs d’un patrimoine supérieur à cinq milliards de dollars, avec 35,8 % de pratiquants, derrière la philantropie, le sport et les voyages en avion. Plus près de nous et de nos bourses limitées, la société américaine spécialisée dans l’aménagement des espaces de vie CompactAppliance  constate que les poupées et jouets figurent parmi les cinq objets de collection les plus populaires, avec les timbres, les pièces de monnaie, les cartes de collection et les bandes dessinées.
Quels que soient ces objets et la motivation de notre ferveur collectrice, passion, intérêt financier ou autre, il est certain que ce hobby nécessite généralement un budget non négligeable. Heureusement, en ce qui concerne les poupées, entre le modèle de chiffon à 30 € déniché dans un salon ou une brocante et la poupée Eloise de Madame Alexander, décorée de cristaux Swarovski et de diamants de neuf carats estimée à 5 millions de dollars, en passant par la poupée d’Albert Marque adjugée à 150 000$ dans une vente aux enchères en 2011 (photo ci-dessous), ou la poupée d’artiste Amber Moon, série limitée de la créatrice Lorella Falconi vendue 940 €, il y en a pour toutes les bourses.


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Pour ceux qui disposent de moyens conséquents ou pour les simples curieux, voici une sélection de 22 poupées valant de quelques centaines d’euros à plusieurs millions d’euros, présentées par ordre de prix croissant, sous la forme d’un dialogue entre poupées anciennes et Barbie classiques ou de créateurs, trois catégories naturellement onéreuses. Certaines d’entre elles ayant fait l’objet de donations à des musées, vous pouvez donc ranger votre portefeuille !

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Des poupées encore abordables

Commençons par les célèbres Kewpies créés par Rose O’Neill. Des modèles de 16,5 cm tout en biscuit datant des années 1910, constitués d’un bloc tête-torse-jambes avec bras articulés aux épaules et des yeux déviants peints, en parfait état de conservation, sont estimés dans une fourchette de 200 à 300 $. Fabriqués à l’origine par Borgfeldt, puis par Joseph Kallus et par Jesco dans les années 1980, ils sont très demandés par les collectionneurs malgré le grand nombre d’exemplaires présents sur le marché. Notons que des Kewpies en parfait état de conservation, dans des poses d’action ou dans des vêtements moulés, plus rares, ont atteint plusieurs milliers de dollars lors de ventes aux enchères.
La Queen Elizabeth I Barbie, très populaire dernière monarque de la dynastie des Tudor, fait partie de la série « Women of Royalty ». Sortie en 2004, elle porte, à l’instar de de son modèle, une robe somptueuse, des bijoux raffinés et un diadème en or, et arbore son front haut et son teint pâle (photo de gauche ci-dessous). Dans le courant de l’année 2019, deux exemplaires étaient proposés sur Amazon à 500 $.
Cette beauté au bain allemande en biscuit  de 7,5 cm assise (photo de droite ci-dessous) a été réalisée aux environs de 1920. Les traits du visage peints, elle porte une perruque en mohair brune. La tenue, d’origine, est inspirée du style des harems turcs des années 1930, avec un turban vert et des boucles d’oreilles ornées de perles. Sa valeur en parfait état de conservation, comprise entre 500 et 700 $, est supérieure en présence d’accessoires tels qu’un miroir ou un perroquet.


                       © Mattel                                          © The Spruce Crafts

Entre 1 000 et 3 000 $

Retour à la star de chez Mattel avec la Midnight Tuxedo Barbie. D’une élégance intemporelle, elle s’affirme avec audace dans sa robe traînante noire brillante sans manches à revers satinés et boutons argentés, assortie d’une étole en fausse fourrure et d’un sac à main en satin noirs (photo de gauche ci-dessous). Cette poupée produite en 2001 dans la collection « Official Barbie Collector Club Exclusives » (exclusivités officielles du club de collectionneurs Barbie), avec sa peinture de visage élaborée et son abondante chevelure brune tombant sur ses épaules, est estimée à 995 $.
Un nouveau saut dans le temps, et voici une poupée française en biscuit de Gaultier vêtue d’un joli ensemble en tissu ancien et fabriquée aux alentours de 1875 (photo de droite ci-dessous). Haute de 38 cm, elle est dotée d’une tête pivotante sur une plaque d’épaules bordée de chevreau et d’yeux bleus en verre incrustés avec cils peints et sourcils en plumes. Bouche fermée aux lèvres accentuées, oreilles percées et perruque en mohair blonde sur une calotte crânienne en liège, son corps d’origine en chevreau français avec articulations à soufflet aux coudes, hanches et genoux possède des doigts cousus séparément et se trouve en état de conservation quasi parfait. Elle a été vendue aux enchères 1 600 $ chez Proxibid.


                                    © Mattel                                             © Proxibid

Somptueusement signée par la styliste Monique Lhuillier, la Monique Lhuillier Bride Barbie doll (photo de gauche ci-dessous) produite en 2006 porte une robe de mariée à corset en dentelle de soie blanche et jupe plissée en tulle à coupe en A. Une ceinture en satin bleu avec broche florale en strass, aux extrémités brodées de fausses perles et décorées de paillettes argentées, souligne la taille. Une lingerie en dentelle et des jarretelles blanc cassé à ruban bleu complètent l’ensemble. Cette version « Platinum Label » (édition limitée à moins de 5 000 exemplaires) blonde aux yeux bleus, signées sur sa boîte par la styliste, est estimée à 1 600 $.
Un des trois premiers personnages de la ligne historique de poupées American Girl créée par Pleasant Rowland, sorti en 1986, Kirsten Larson (photo de droite ci-dessous) évoque la vie d’une émigrante suédoise qui s’installe avec sa famille dans le Minnesota au milieu du XIXe siècle. Retiré de la vente en 2010, son prix s’est envolé et continuera d’augmenter en raison de son appartenance à la première série de la ligne historique, avec Samantha Parkington et Molly McIntire. En bon état de conservation et accompagnée de ses accessoires (livres, capeline, sac en tissu brodé, cuillère en bois, collier avec pendentif en ambre), cette poupée peut atteindre 2 000 $.


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La Happy Holidays Barbie de 1988 est l’une des plus convoitées de la collection « Happy Holidays Series ». Habillée d’une robe longue en tulle rouge pailletée cintrée d’un nœud en satin blanc, ses longs cheveux blonds ornés d’un nœud argenté, elle est visiblement prête à faire la fête (photo de gauche ci-dessous). Habituellement estimée entre 550 et 750 $, cet exemplaire signé par Ruth Handler, la créatrice de Barbie en personne, est proposé à 3 000 $ sur eBay.
Les droits d’auteur sur les célèbre poupées de chiffon Raggedy Ann ayant été obtenus en 1915, elles sont aujourd’hui plus que centenaires. Bien que connues pour avoir les cheveux rouges, elles avaient à l’origine les cheveux bruns, caractéristique qui leur confère plus de valeur. Reconnaissables à leur cœur en carton que l’on peut sentir sous les vêtements, elles atteignent 3 000 $ dans les ventes aux enchères, aussi bien Raggedy Ann que son frère Raggedy Andy apparu en 1920. Vendues avec leurs livres et leurs accessoires, c’est toutefois la poupée elle-même qui détermine le prix.


                       © Mattel                                         © Ruby Lane

Entre 3 000 et 20 000 $

Puisant son inspiration dans la signature vestimentaire du célèbre styliste, la Karl Lagerfeld Barbie Doll, conçue par Robert Best et sortie en 2014, emprunte à la silhouette iconique une veste noire cintrée, une chemise d’homme blanche à col haut et poignets mousquetaire, une cravate en satin noir et un jean noir étroit. L’ensemble est complété par des accessoires : mitaines noires, lunettes de soleil, bottines noires et sac à main en cuir noir avec décorations métalliques argentées. Cette version « Platinum label » (édition limitée à 999 exemplaires) est estimée, dans sa boîte d’origine, à 6 000 $.
Ce bébé d’André Jean Thuillier de 38 cm datant de la fin du XIXe siècle possède une perruque en mohair et une calotte crânienne en liège d’origine. Il présente un corps articulé en bois et composition, une belle tête en biscuit pressé aux traits de visage finement peints, des yeux en verre de type « presse-papier », une bouche fermée et des oreilles percées. Le bébé porte une robe et un chapeau en soie, des sous-vêtements et des bas, le tout en tissus anciens, ainsi que des chaussures en cuir ancien avec rosette. Il a été adjugé à 8 000 $ aux enchères chez Apple Tree Auction Center.


                               © Mattel                                © Apple Tree Auction Center

La Pink Diamond Barbie (photo de gauche ci-dessous), créée par les stylistes David et Phillipe Blond en collaboration avec le responsable du design chez Mattel Bill Greening, fait son entrée au défilé des Blonds à la New York Fashion Week du printemps 2013. Sa robe bustier est couverte de petits diamants rose et fuchsia cousus à la main. Elle porte également un manteau traînant en fausse fourrure rose, une bague et des clous d’oreilles à diamant rose. Elle a été mise aux enchères à 15 000 $.
Produit aux environs de 1882, ce bébé Schmitt et fils (photo de droite ci-dessous) au corps d’origine signé possède une tête à rotule en biscuit en forme de poire aux joues bien remplies et des fesses plates permettant une bonne assise, caractéristiques de ce fabricant français. D’une taille de 58,5 cm, son visage arbore des yeux marron en verre incrustés de type « presse-papier », un eye-liner noir épais, un fard à paupières lavé de mauve, une bouche fermée suggérant des dents peintes à peine visibles entre des lèvres accentuées, des oreilles percées et une perruque blonde en mohair sur une calotte crânienne en liège. Son corps en composition et bois est doté de huit articulations sphéroïdes. Il porte une belle robe en soie et lin. Dans un très bon état de conservation, sans cheveu ni fêle, il est proposé sur eBay à 17 250 $.


                                      © Mattel                                                  © eBay

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Entre 20 000 et 200 000 $

La célèbre Original Barbie en maillot de bain zébré produite en 1959 (photo de gauche ci-dessous), aux lèvres rouges et eye-liner noir épais saisissants, était disponible en versions blonde ou brune. Il s’en est vendu cette année-là 350 000 exemplaires pour la modique somme de trois dollars chacun. Le site web « The Richest » affirme que le seul critère de reconnaissance d’une Barbie 1re édition est la présence de trous sous les pieds pour fixer la poupée sur son socle. La 2e édition sortie la même année tenait sans trous dans les pieds à l’aide d’un support. Un exemplaire de la 1re édition s’est vendu aux enchères à 27 450 $.
Les œuvres d’Izannah Walker, célèbre artiste pionnière de la seconde moitié du XIXe siècle détentrice d’un brevet de fabrication de poupées en tissu, sont aujourd’hui très recherchées par les musées et les collectionneurs. Ella (photo de droite ci-dessous) est une poupée de 46 cm aux traits et cheveux peints, avec deux boucles devant ses oreilles appliquées. Elle est dotée d’un corps en tissu et porte des chaussures peintes noires avec lacets. Dans la famille Pope depuis 1857 avec sa garde-robe d’origine, elle a été donnée à Elizabeth Coggenshall Pope à sa naissance cette année-là. Ella est vendue avec sa propre chaise marquée de l’année 1824 et sa garde-robe : un manteau, plusieurs robes, un tablier, une chemise de nuit, un jupon, des manchons, un chapeau, des chaussettes et des chaussures. Elle a été adjugée aux enchères en 2008 chez Withington Auction à 41 000 $.


                              © Mattel                                © Izannah Walker Chronicles

Pour fêter les 40 ans de Barbie en 1999, Mattel s’associe avec le célèbre joaillier De Beers pour habiller la très glamour De Beers 40th Anniversary Barbie (photo de gauche ci-dessous). Elle porte, outre une jupe longue en tissu fin, un haut de bikini en or et un châle mandarine assorti. Mais le plus important, c’est la ceinture : elle contient 160 véritables diamants De Beer. Une de ces rares poupées a été vendue aux enchères à 85 000 $.
Ce n’est pas à proprement parler une poupée, mais son histoire vaut la peine d’être contée : dans les semaines qui suivirent la tragédie du Titanic, Steiff créa 500 oursons en deuil noirs pour commémorer l’événement, réservés exclusivement au marché anglais. Réalisés dans cinq tailles différentes et exposés dans des magasins londoniens, ils furent quasiment liquidés du jour au lendemain. Ils sont aujourd’hui parmi les ours de collection les plus rares et recherchés du Monde. Parmi les 82 oursons de 51 cm produits, un exemplaire avec son bouton métallique dans l’oreille gauche et son étiquette intacts a été adjugé 136 000 $ dans une vente aux enchères chez Christie’s en 2000, pour le compte du Puppenhaus Museum de Bâle (Suisse).


                          © Mattel                                     © Old Teddy Bear Shop

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Entre 200 000 et 400 000 $

L’élégante blonde platine Stefano Canturi Barbie, avec sa haute queue de cheval et sa frange, habillée d’une robe courte noire sans bretelles, est la plus chère des Barbie jamais vendues (photo de gauche ci-dessous). Engagé par Mattel pour lancer la collection « Barbie Basics » en Australie, le concepteur de bijoux australien Stefano Canturi a créé en 2010 le collier de diamants roses en taille émeraude d’un carat chacun et de diamants blancs de trois carats de cette édition spéciale de poupée, réalisée au profit de la fondation américaine pour la recherche sur le cancer du poumon (Breast Cancer Research Foundation). Il a fallu six mois à Stefano Canturi pour créer la poupée et fabriquer le collier, d’une valeur de 300 000 $. La poupée a été adjugée aux enchères chez Christie’s à New York pour 302 500 $.
Il n’y a pas d’autre exemplaire connu de cette rare poupée de caractère Kämmer & Reinhardt représentant une petite fille au début des années 1900(photo de droite ci-dessous). Elle a des cheveux auburn tressés et des yeux bleu gris assortis à sa ceinture et aux décorations de sa robe en dentelle blanche à manches longues. Elle porte également un chapeau de paille, des bas et des chaussures blanches. En raison de ses oreilles percées et de son expression inhabituellement mûre, on suppose qu’elle a été faite dans un moule expérimental. Elle a été vendue aux enchères par Bonhams en 2014 pour la somme de 400 000 $.


               © The Daily Jewel                          © worldrecordacademy.com

Barbie ne peut plus suivre !

Au-delà des 302 500 $ de la Stefano Canturi Barbie, l’héroïne de Mattel s’essouffle et abandonne la course aux poupées, oursons et automates anciens, qui vont largement dépasser, comme nous allons le voir, le million de dollars.
Le prochain sur notre liste est l’ourson Steiff Louis Vuitton (photo de gauche ci-dessous), fruit d’une collaboration entre le fabricant allemand de jouets et la maison française de maroquinerie et de prêt-à-porter de luxe. Équipé d’une garde-robe et de bagages de voyage coûteux, il est fabriqué avec de la vraie fourrure et de l’or et possède des yeux en saphir et diamant. Actuellement exposé au Teddy Bear Museum de Jeju (Corée du Sud), il a été acquis par le célèbre collectionneur coréen Jessie Kim lors d’une vente de charité à Monaco en 2000 pour la somme de 2,1 millons de dollars, ce qui en fait l’ours en peluche le plus cher du Monde.
Seules cinq de ces poupées entièrement articulées existent au Monde : Madame Alexander Eloise (photo de droite ci-dessous), du nom de sa créatrice, porte des vêtements Christian Dior, une fourrure signée Oscar de la Renta et des accessoires Katherine Baumann. Elle est de plus décorée de cristaux Swarovski et de diamants neuf carats. Son allure est caractérisée par une chevelure blonde, un visage joufflu et un petit chien stylé. Elle a été adjugée 5 millions de dollars dans une vente de charité en 2000.


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Il a fallu plus de  15 000 heures à douze artisans, sous la supervision de l’expert français contemporain Christian Bailly, de l’atelier Jacob Frisard à Sainte-Croix (Suisse), nommé d’après un célèbre fabricant d’automates de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècles, pour fabriquer l’oiseleur (photo ci-dessous), un mécanisme complexe de 2 340 pièces en acier polies ou dorées. Cette poupée automatisée, aux yeux en verre et au corps en porcelaine peinte, est habillée en costume renaissance en velours, satin et soie, brodé et rehaussé de perles et d’or. Elle porte une épée et tient une flûte dans une main, un oiseau dans l’autre et un second oiseau sur l’épaule. Lorsqu’une clé en or est tournée, l’automate joue la Marche des Rois de Georges Bizet à la flûte, ses yeux roulent et les oiseaux se mettent à battre des ailes, tourner la tête et ouvrir et fermer leur bec, sans aucune intervention électrique, seulement des ressorts, roues dentées et engrenages. L’ensemble pèse 55,4 kg, en incluant le socle en nacre et jade. Le budget de départ de cet automate était de 400 000 $, mais le coût des matériaux précieux, des stylistes, sculpteurs, bijoutiers, perruquiers et autres spécialistes l’a fait exploser. Pour réunir les fonds, Christian Bailly a vendu plus de cent automates du XIXe siècle collectionnés sur plus de 40 ans. Le prix demandé pour l’oiseleur est de 6,25 millions de dollars.


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Sources de l’article
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Nancy Ann, 80 années de ravissantes poupées de contes pour enfants

Dans l’Amérique en pleine dépression des années 1930, un peuple qui lutte pour sa survie trouve du réconfort dans le swing qui envahit les ondes radio, le monde imaginaire du cinéma et les rêves de jours meilleurs car, personne n’en doute, la prospérité reviendra. C’est dans un petit appartement de San Francisco qu’à la même époque Nancy Ann Abbott caresse son propre rêve, apporter l’espoir et le plaisir dans la vie des petites filles américaines en leur proposant de ravissantes poupées.
En 1936, avec seulement 125 $ d’investissement, elle travaille d’arrache-pied et crée sa toute première collection de poupées, les bébés « Hush-a-Bye »  en biscuit de 9,5 cm, dont les corps sont fabriqués au Japon (photos ci-dessous).


                       © Ruby Lane                                       © WorthPoint

Nancy Ann Abbott (Rowena Haskin de son vrai nom) est née en 1901 en Californie. Dès l’enfance, elle manifeste un penchant pour les poupées, spécialement pour la couture de leurs vêtements, ce qui restera une des grandes passions de sa vie. Après avoir étudié au College of Arts and Crafts d’Oakland (Californie), elle entame une carrière d’actrice, tout en créant des vêtements pour d’autres comédiennes. Elle aime aussi habiller des poupées dans les tenues portées par ses amies actrices dans leur films, pour les leur offrir.
Son nom de scène est Nancy Phipps : lorsqu’elle quitte son métier d’actrice pour ouvrir une boutique de prêt de livres à San Francisco en 1935, elle prend le nom de Nancy Ann Abbott. Dans sa boutique, elle propose à la vente des poupées qu’elle habille elle-même. Les poupées sont juste un passe-temps, mais constatant leur popularité, elle quitte sa boutique pour fonder sa propre entreprise de poupées, Nancy Ann Dressed Dolls. En 1937, la marque est déposée au registre du commerce de San Francisco et Nancy prend un partenaire, Allan « Les » Rowland », pour assurer les aspects promotionnels et financiers. Les « Storybook dolls » (poupées de contes) de 13 cm commencent à être produites à la fin de l’année 1936, les corps étant fabriqués en Californie à partir de 1939.
Pendant les années de guerre, les usines produisaient, en plus des poupées, des tasses, plateaux et assiettes en biscuit pour les hôpitaux de  la Navy. Le gouvernement fédéral, considérant que les poupées sont nécessaires au moral des troupes et devant le niveau élevé de la demande, en expédie de nombreuses dans un centre à Hawaii, où les soldats peuvent les acheter et les envoyer au pays. En 1945, la marque change et devient Nancy Ann Storybook Dolls. À la fin des années 1940, elle devient le premier fabricant national de poupées, avec 12 000 exemplaires produits par jour.
Au cours du temps, la composition des poupées évolue : biscuit entre 1936 et 1948, avec bras articulés et articulations aux hanches ou non, puis plastique entre 1949 et 1965. Leur taille varie de 11,5 à 46 cm, la plupart des poupées parvenues jusqu’à nous mesurant 14 cm. Les premières poupées en biscuit ont les traits peints à la main, et les poupées en plastique passent des traits peints aux traits sculptés avec yeux dormeurs. La parure des cheveux, pour la plupart perruque collée en mohair, est une caractéristique des poupées Nancy Ann : chapeau, rubans, petit bouquet de fleurs,… La garde-robe constituée au cours des presque 30 années d’existence de la marque est considérable : elle utilise des tissus variés (coton, soie, satin, velours, laine) et offre de multiples décorations (rubans, dentelle, fleurs, nœuds).
Les nombreuses poupées en biscuit produites se répartissent dans 13 catégories : poudre et crinoline, poupées du mois, Operetta, comptine, famille, poupées du jour, saisons, sports, mascarade, american girl, autour du Monde, flower girl, storybook. Cette dernière, la principale ligne de poupées Nancy Ann, dont le nom reste attaché à la marque, est commercialisée avec le slogan « wee dolls for wee collectors » (petites poupées pour petits collectionneurs). Inspirée par des comptines et chansons pour enfants, elle compte jusqu’à 125 personnages en 1943 (photos ci-dessous).


                                    © Ruby Lane

Quant aux poupées en plastique, elles se répartissent dans 9 catégories : storybook avec yeux peints (1949-1950), storybook avec yeux dormeurs (à partir de 1951), « Muffie » de 20,5 cm, « Nancy Ann style show » de 46 cm, « Miss Nancy Ann » de 27 cm, « Little Miss Nancy Ann » de 23 cm, la toute-petite « Debbie » de 25,5 cm, « Sue sue » de 23 cm (bébé en vinyl), « Aline & Missie ».
Cependant, la production décline dans les années 1950, avec les problèmes de santé de Nancy Ann Abbott. Celle qui est connue comme « la Dame des poupées » décède en 1964. La mauvaise santé de son associé Les Rowland conduit à une tentative de vente de la société qui échoue. Elle dépose le bilan en 1965.
Rachetée par Albert Bourla, l’entreprise fabrique des poupées en plastique  à Hong Kong, qui sont présentées à la foire internationale du jouet de New York en 1967. Le stock est liquidé en 1970, mais l’entreprise, qui a conservé les droits d’auteur de Nancy Ann Storybook Dolls, continue à fabriquer des poupées dans les années 1970 et 1980. En 1998, Albert Bourla planifie la réintroduction d’une ligne de poupées en biscuit de 14 cm avec 52 costumes différents, en édition limitée à 7 500 poupées par costume. Elles sont conditionnées dans des boîtes bordées de simili cuir rouge en forme de livre. Seuls quatre costumes verront le jour, avant qu’Albert Bourla ne décide de vendre la société.
En 2003, celle-ci est rachetée par les sœurs Claudette Buehler et Darlene Budd, qui engagent l’artiste Dianna Effner pour sculpter une nouvelle ligne de poupées et la styliste Londie Phillips pour concevoir leurs vêtements. Cette ligne, dont les visages rappellent les poupées originales, est présentée au public en 2005.
En 2016, c’est Phyn & Aero, l’entreprise de Robert Tonner, qui rachète  Nancy Ann Storybook Dolls et confie aux deux mêmes créatrices le soin de sculpter et habiller les nouvelles poupées, dont « Sweet Violet » (photo de gauche ci-dessous) et « Le petit chaperon rouge » (photo de droite ci-dessous). En mars 2019, Phyn & Aero cesse son activité suite à des problèmes de coûts et de délais de production.


                        © Phyn & Aero                                    © Phyn & Aero

Avec plusieurs centaines de modèles de poupées Nancy Ann en circulation, les collectionneurs ont l’embarras du choix. Malheureusement, leur identification peut relever du défi, leur seul signe distinctif étant l’étiquette autour de leur poignet ou l’autocollant sur leurs vêtements. De plus, les poupées Nancy Ann ont été abondamment copiées, et se retrouvent souvent hors de leur boîte d’origine.

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Salon de Bruges d’août 2019 : forte présence d’artistes en poupées d’Europe de l’Est


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La 33e édition du festival international de poupées et d’ours en peluche s’est déroulée du 22 au 25 août 2019 dans la belle ville de Bruges (Belgique), les deux premières journées étant consacrées aux poupées et les deux dernières aux ours. Dans une salle latérale de l’imposant beffroi,  haute tour médiévale de 83 mètres surmontant la halle aux draps sur la grand-place de la ville, on pouvait surtout y admirer les deux premiers jours de nombreuses poupées anciennes, comme celles de l’exposante hollandaise Marleen van Leeuven (photo ci-dessous).


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Elle détient des trésors produits par des fabricants aux noms évocateurs : Armand Marseille, Ernst Heubach, Kämmer & Reinhardt, Kestner, Simon & Halbig, Jumeau, François Gaultier, Käthe Kruse, Chad Valley,…
La brugeoise Christelle Scholten réalise de belles copies en porcelaine de poupées anciennes (Ernst Heubach, Kämmer & Reinhardt, Kestner, Jumeau,…) et modernes (photo ci-dessous) de taille 25 cm.


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Mais le fait marquant de ce festival illustre une tendance amorcée il y a quelques années : la présence d’exposants d’Europe de l’Est dans les salons occidentaux. Cette année à Bruges, nous avons retenu trois artistes russes, une créatrice biélorusse et une ukrainienne, collaboratrice d’un magazine qui organise le salon international de poupées d’artistes et d’oursons de Kiev.
Dana Svistunova nous vient de Krasnoïarsk, en lointaine Sibérie, et fabrique à  la main des poupées en bois et en tissu pleines de poésie (photo ci-dessous).


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La poupée lunaire à l’air triste trônant assise au centre de cette photo est intitulée « Il est bon de parcourir le monde ». Tête et membres sculptés dans  du bois de tilleul, le corps en textile bourré de sciure de bois et de granulés de caoutchouc, de sorte qu’elle est agréablement lourde et douce, cette grande poupée (57 cm) représente un vagabond, le bras droit enserrant une maison en bois, symbole du foyer dont il est dépourvu (photo ci-dessous).


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L’argile polymère est le matériau de prédilection d’Anna Fadeeva. Elle sculpte de drôles de petits personnages et animaux au regard naïf rappelant un peu le monde d’Alice au pays des merveilles (photo ci-dessous).


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Elle réalise aussi de hautes poupées élancées, émouvantes, qui dégagent une grande douceur (photos ci-dessous). Celle de gauche a un regard langoureux, tandis que sa compagne de droite arbore une mine réjouie.


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Son univers est très éclectique, des petites filles modèles aux accessoires steampunk, en passant par les clowns et les châtelaines médiévales.
Marina Danilina fabrique des poupées de porcelaine en éditions limitées (photo ci-dessous) et des ours en peluche de grande taille qu’elle aime mettre en situation. Ses poupées, sages petites filles rêveuses délicatement habillées, sont parfois en costume traditionnel russe.


                                               © J’aime les poupées

« Réveillez l’enfant qui est en vous », telle est la devise d’Olesya Gramovich, biélorusse de Minsk, créatrice des petites poupées Alexandrina en pâte La Doll (photo ci-dessous), semblant toutes droit sorties d’un conte de fées.


                                              © J’aime les poupées

Elles présentent deux spécificités : accessoirisées et mises en scène sur le thème des fleurs, elles ont aussi parfois les yeux fermés, ce qui est rare dans le domaine des poupées, où le regard revêt une importance particulière pour exprimer leurs sentiments et révéler leur nature. Lorsqu’on interroge Alexandrina sur cette singularité, elle répond en riant : « je ne sais pas, peut-être sont-elles tournées vers leur monde intérieur, à la recherche de leur être profond ». Ci-dessous : à gauche, Princesse Rose ; à droite, Fleur Lilas.


              © Alexandrina Dolls                            © Alexandrina Dolls

L’ukrainienne Irina V. Dubchak est responsable des relations d’affaires et de la coopération du magazine ukrainien Модное рукоделие (Artisanat et mode), du salon international annuel de poupées d’artistes et d’oursons Модна лялька (Poupée de mode) et du salon international professionnel Craft. Business & Hobby, consacré à l’artisanat du textile et de la bijouterie, tous deux tenus à Kiev. Également engagée dans la promotion des artistes exposant aux salons « Poupée de mode », elle présentait le travail de trois lauréates du concours thématique du salon de 2019 (photos ci-dessous, de gauche à droite) : Eglantine, de Bella Melkova (Israël) ; Caroline, de Oksana Salnikova (Ukraine) ; Dreamcatcher, de Kupka Marta (Ukraine).


                                              © J’aime les poupées

Croisé dans les allées du salon, un expert en poupées bien connu de nos lecteurs : Samy Odin, ex-directeur du regretté Musée de la Poupée de Paris. L’occasion de rappeler ici la source principale sur les objectifs et l’actualité de sa nouvelle structure fondée en décembre 2018, Chérubins.

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Un artiste et sa muse : Joshua David McKenney et la poupée Pidgin


                                                     © Pidgin Doll

Le pidgin est un langage simplifié utilisé pour la communication entre personnes de langues maternelles différentes. C’est aussi le nom d’une poupée créée par Joshua David McKenney, artiste établi à Bushwick, quartier de l’arrondissement de Brooklyn dans la ville de New York. Interprétation moderne de la poupée de mode européenne classique, elle tire son inspiration à la fois du style urbain et de la haute couture, de l’ancien et du moderne.
Né à San Francisco, Joshua David McKenney passe son enfance en Floride puis en Pennsylvanie. Il s’installe à New York en 1999 à l’âge de 18 ans pour étudier la photographie à la Parsons School of Design. Il dessine beaucoup, surtout des femmes. « Dessiner était un exutoire pour exprimer ma part de féminité dans le milieu conservateur où j’ai été élevé », se souviendra-t’il, « et cela continue aujourd’hui ». Il entame une carrière d’illustrateur de mode et travaille pour des clients prestigieux tels qu’Elizabeth Arden, Mariah Carey, les cosmétiques Mac, Dolce & Gabbana ou La Perla.
Attiré par l’univers des poupées, des marionnettes et des mannequins depuis toujours, il s’essaye à la fabrication de petites figurines, de visages et de mains en Super Sculpey. Il avouera plus tard : « il m’a fallu longtemps, très longtemps, pour atteindre mon niveau actuel, mais je dois dire honnêtement que, à partir du moment où j’ai commencé à fabriquer des poupées, j’ai su que c’était ma vocation. Je ne suis jamais si artistiquement satisfait et stimulé que lorsque je travaille sur une poupée ». Et il ajoute : « je serai toujours illustrateur, mais en tant que fabricant de poupées je suis également sculpteur, ingénieur, maquilleur, styliste en coiffure, dessinateur de mode, marionnettiste et photographe. Pour moi, c’est l’expression artistique ultime ».
En 2008, obsédé par les BJD asiatiques, il aspire à créer la sienne. Il se procure le livre de Ryoichi Yoshida « Yoshida style ball jointed doll making guide », et en s’appuyant sur les seules images (le livre est en japonais !), il fabrique LoveChilde, sa première poupée, sculptée en terre-papier (paperclay) japonais à séchage ambiant. Satisfait du résultat, Joshua pense néanmoins que les poupées les plus intemporelles et les plus exquises sont en porcelaine.
Il se lance donc en 2009, à l’aide de guides en ligne et de tutoriels vidéo, dans la fabrication de moules en plâtre et le coulage de porcelaine, dans un atelier du quartier de Williamsburg à Brooklyn. Son premier résultat, obtenu laborieusement après plusieurs moules ratés et un tas de pièces défectueuses, est une sirène BJD à queue segmentée (photo ci-dessous).


                                                       © DeviantArt                                           

Pidgin, sa troisième tentative, est conçue en 2012 comme une poupée de mode européenne classique : tête et membres en porcelaine attachés à un corps souple posable. Après en avoir réalisé plusieurs prototypes, il la lance officiellement en octobre de la même année comme une poupée de salon de 56 cm. Elle est depuis son centre d’intérêt principal. La poupée actuelle de 40,5 cm à l’échelle 1:4, coulée intégralement en résine et complètement articulée, représente la 5e génération de moules.
Joshua conçoit et fabrique la plupart des vêtements de Pidgin. Il sculpte les accessoires à l’aide d’une imprimante 3D et les améliore à la main. Il achète les tissus et les garnitures dans le quartier des boutiques de vêtements de Brooklyn, et travaille avec une équipe de couturières et de tailleurs pour créer les tenues. Il aime aussi chiner les habits et les accessoires des poupées classiques pour les intégrer à la garde-robe de Pidgin.
Son inspiration lui vient en grande partie de deux artistes devenus des amis proches : Mel Odom, le père de Gene Marshall, et Andrew Yang, collaborateur de Robert Tonner. L’artiste russe installée au Canada Marina Bychkova a également joué un grand rôle dans sa vocation : « la première artiste en poupées moderne dont j’ai entendu parler fut Marina Bychkova, avec sa très célèbre ligne de poupées en porcelaine ‘Enchanted dolls’. Du moment où j’ai vu le caractère élaboré et vraiment impressionnant de son travail, je n’ai eu de cesse de réaliser mes propres poupées ». Il aime aussi à citer comme autres influences la féminité, la vie new yorkaise, les voyages, ses amis, Instagram, les années 1970, l’Art Nouveau, le ballet, le burlesque, les Disney classiques (en particulier « Fantasia »), le marionnettiste Jim Henson, créateur du « Muppet Show » (en particulier Piggy), la Barbie classique et la culture LGBT. Ci-dessous, la très belle « Samantha », issue de la collection de printemps 2019.


                                             © Joshua David McKenney

D’où vient ce nom de Pidgin ? Joshua explique : « Lors d’un long voyage en car de New York à Boston où habitait mon compagnon Eric, je passais le temps en faisant le portrait à l’aquarelle d’une fille originale avec un pigeon sur la tête, en pensant que ce nom d’oiseau lui irait bien. Arrivé à Boston, je donnai l’aquarelle à Eric, et nous commençâmes à imaginer à quoi pourrait ressembler une fille appelée ‘Pigeon’ : une citadine à l’esprit libre, un brin fantasque, peut-être un peu volage. Trois ans plus tard, alors que je cherchais un nom pour ma nouvelle poupée mannequin, Eric suggéra qu’elle pouvait bien être le personnage de l’aquarelle et ce fut une révélation. Nous décidâmes de remplacer ‘Pigeon’ par ‘Pidgin’, qui présente mieux visuellement tout en évoquant un moyen de communiquer mes idées artistiques et esthétiques, comme le pidgin permet la communication entre personnes d’horizons différents ».
Comment se déroule une commande de poupée OOAK personnalisée ? le client remplit un formulaire détaillé spécifiant le teint, la nature et la couleur des yeux et des cheveux, les vêtements ainsi que d’autres caractéristiques désirées. L’artiste répond par courriel pour entamer un dialogue collaboratif. Chaque poupée est livrée avec une tenue que l’on peut enlever : robe ou ensemble jupe-pantalon, bas et chaussures en résine avec lanières en ruban. Des vêtements supplémentaires (vestes, robes habillées, pantalons, shorts, chapeaux,…) sont disponibles sur demande. Le délai de livraison minimal est d’un mois, les prix dépendent des spécifications et un acompte de 50 % est exigé pour disposer d’un dessin et commencer la fabrication, le reste étant dû  avant l’expédition.
Pour ses propres créations, cela peut être beaucoup plus long. La création de la sculpture, la fabrication des moules et l’amorçage de la production prennent parfois deux ans. La sculpture des Pidgin évolue constamment : Joshua en est en 2019 à leur cinquième génération (photo ci-dessous : à gauche, Elinda ; à droite, Nyx). Une fois le coulage terminé, la personnalisation évoquée plus haut dépend de chaque poupée : il lui est arrivé de l’effectuer en une semaine, comme de travailler des mois sur la finition d’une poupée.


                                              © Joshua David McKenney

La dernière collection, celle du printemps 2019, comporte 16 poupées BJD OOAK en résine de 40,5 cm à l’échelle 1:4. Parmi toutes ces beautés, la piquante Veronique et ses taches de rousseur (photos ci-dessous).


                                             © Joshua David McKenney

2019 est aussi l’année de l’édition limitée en dix exemplaires de « Babette » (photos ci-dessous), poupée Pidgin créée spécialement pour le salon Pacific Northwest BJD expo de Seattle (Washington).


                                            © Joshua David McKenney

Une originalité, la « Pidgin Doll Chibi » : une version de Pidgin aux proportions Chibi, ce style artistique japonais représentant les personnages avec une tête et des yeux surdimensionnés. Coulée en résine et dotée de 12 points d’articulation, elle rentre dans tous les vêtements et chaussures prévus pour les poupées mannequins à l’échelle 1:12. Une édition limitée de 50 exemplaires, présentée en septembre 2019 à la Modern Doll Collectors Convention (MDCC) de San Antonio, Texas, porte la tenue illustrée ci-dessous : robe florale en coton, jaquette-cape rouge et béret bleu à pompon blanc.


                      © Pidgin Doll                          © Dutch Fashion Doll World

En 2005, un événement a défrayé la chronique aux États-Unis : le célèbre photographe américain Richard Prince expose à la Gagosian Gallery de New York des tirages de photos extraites d’Instagram sans la permission de leur auteur, et les vend 100 000 $ chacun. Prince est adepte de l’appropriation, forme d’art contemporain consistant à réemployer du matériel esthétique (photographies, images d’archives, films, vidéos, textes,…) en manipulant éventuellement la taille, la couleur, le matériel et le média de l’original. Parmi les photos exposées, celle d’une femme aux longs cheveux bleus et aux lèvres pulpeuses rouge cerise, tenant une poupée sosie en porcelaine dans la même tenue blanche (photo ci-dessous). La poupée, c’est une Pidgin, et la femme Doe Deere, directrice de la société de produits de maquillage « Lime Crime », qui pose ainsi pour promouvoir le travail de son ami Joshua David McKenney.
Suite à cet épisode, l’artiste est un peu abasourdi, mais indulgent. « Je n’en veux pas à Prince », déclare-t’il, « à bien des égards, le choix de cette image est un honneur ». Il n’envisage pas de porter plainte, espérant au contraire que cette histoire « initiera un débat sur le statut de l’art ».


                                                      © Doe Deere

Quoi qu’il en soit, cette affaire aura porté à la connaissance du grand public l’œuvre de Joshua, qui a déjà des fans célèbres : les chanteuses Grace Jones et Mariah Carey ; la stripteaseuse, mannequin, couturière et actrice Dita von Teese ; Linda Farrow, la designer de lunettes ; Taylor Swift, auteure-compositrice-interprète et actrice.
Depuis ses débuts en 2012, Pidgin a connu un certain nombre de changements : au fur et à mesure de l’amélioration du savoir-faire de son créateur, elle est devenue plus articulée et gracieuse, tout en conservant la forme de son visage. Quant à l’avenir, Joshua David McKenney le voit en grand : « j’aimerais que Pidgin imprime sa marque dans le Monde ».

Sources de l’article

 

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Les Bardolinettes, la « french touch » des poupées mannequins


                                                     © Géraldine Bardot

Les plus grands stylistes citent souvent Barbie comme le jouet ayant stimulé leur intérêt pour leur métier. Changer ses vêtements et choisir ses accessoires furent les premières étapes de carrières réussies passées à concevoir des défilés de mode. Pour exprimer leur reconnaissance, plus de 70 stylistes de renom ont créé au cours des années des vêtements exclusifs pour la célèbre poupée : Oscar de la Renta inaugure ces partenariats en 1985, suivi par Christian Dior, Diane Von Furstenberg, Burberry, Giorgio Armani, Bill Blass, Ralph Lauren, Givenchy, Versace, Calvin Klein, et récemment Karl Lagerfeld en 2014, pour ne citer qu’eux. Barbie a aussi porté des robes de mariée de Vera Wang et Carolina Herrera, et Christian Louboutin a créé pour elle des chaussures roses.
Animée par la même passion pour la mode et les Barbie, la styliste française Géraldine Bardot décide en 2017 d’écouter son intuition et de réinventer la garde robe de l’iconique poupée avec des tenues que les femmes ont toujours rêvé de porter, et qui seront de fabrication française. Les Bardolinettes étaient nées !
Née en 1974 à Angoulême, Géraldine Bardot n’a d’yeux dès son plus jeune âge que pour la mode et les Barbie. Obéissant à sa passion, elle poursuit tout naturellement des études de stylisme sur le site parisien de la célèbre école internationale de mode ESMOD, dont elle sort diplômée en 1996. Pendant 20 ans, elle travaille dans divers domaines de la mode et de la beauté.
Récemment, elle s’installe à Lyon et l'idée des Bardolinettes mûrit dans son esprit : il s’agit d’imposer l’idéal d’élégance et de glamour des poupées Barbie en incarnant rareté, authenticité, exigence et volonté d’exploiter le savoir-faire français en haute couture. Géraldine commence alors à dessiner des modèles en renouant avec le chic et la fameuse « french touch », qu’elle a acquise au cours de ses longues années d’expérience. Ces modèles sont ensuite réalisés à la commande par des mains expertes dans des ateliers spécialisés près de Lyon, à l’aide de machines à coudre adaptées.
La passion du métier, l’amour du beau et l’envie de donner vie aux rêves se lisent dans ses créations en éditions limitées numérotées, dont chaque exemplaire est accompagné de son certificat d’authenticité. Les poupées Barbie, toutes vintage, sont choisies avec minutie par Géraldine et tous les tissus, pour la plupart issus de la haute couture, sont français.
Les accessoires maintenant. Le socle, imaginé par la créatrice, est façonné à la main en France. Il est composé de bois de noyer (photo de gauche ci-dessous) et d’une tige en laiton noir. Quant au coffret, c’est un luxueux écrin de fabrication française (photo de droite ci-dessous), réalisé sur mesure avec l’imprimé de la collection, qui formera un enveloppe parfaite pour sublimer la poupée.


               © Géraldine Bardot                                © Géraldine Bardot

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La collection actuelle se compose de quatre modèles en édition limitée de 50 exemplaires : Gabrielle, Marguerite, Suzanne et Brigitte (en tenues rose, bleue et noire, 50 exemplaires par couleur).
La magnifique robe de Gabrielle (photo ci-dessous) rend hommage à l’illustre Coco Chanel et incarne un esprit couture parisien. L’élégance intemporelle du noir se mélange à des accessoires composés de perles nacrées et noires et de chaînes dorées. Une coiffure année 30 avec son jeu de plumes accentue l’élaboration de l’ensemble.


                                               © Géraldine Bardot

Marguerite (photo ci-dessous) porte une robe bustier tutu sobre et élégante qui s’inspire directement du ballet et, par sa légèreté, rappelle les tutus des danseuses de Degas. Le collier coquelicot de perles de grande taille apporte une touche de caractère et vient provoquer l’allure de la robe.


                                                  © Géraldine Bardot

Suzanne (photo ci-dessous) adopte un look chic et décontracté avec cette jupe évasée à larges rayures noires et dorées associée à son haut façon tee-shirt noir. La tenue est accessoirisée d’une voilette plumetis et rehaussée de détails fleuris. La multitude de bracelets ainsi que son sautoir élégant parfont le look chic. Un joli contraste graphique qui fait écho à la haute couture des années 1980.


                                                © Géraldine Bardot

Brigitte (photo ci-dessous), à travers cette robe Vichy, fait retrouver le mythe de Brigitte Bardot, véritable icône de la mode des sixties. Une silhouette à la fois glamour et désirable, avec un bandeau assorti qui rajoute une touche de « je-ne-sais-quoi ».


                                             © Géraldine Bardot

Comme le dit si bien leur créatrice, « les Bardolinettes sont de très jolies ambassadrices qui racontent la France, la mode, et l’amour ». Souhaitons à Géraldine Bardot le grand succès qu’elle mérite.

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Pour en savoir plus :

Sources de l’article
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Cabbage Patch Kids : la frénésie des années 1980

La légende

« Il était une fois un petit garçon âgé de dix ans du nom de Xavier Roberts, qui jouait dans les bois derrière sa maison dans les montagnes Appalaches de la Géorgie du Nord, à l’Est des États-Unis. Il rêvassait lorsque soudain une curieuse créature bourdonna à son oreille. Elle ressemblait à un petit lapin, mais volait dans les airs et zonzonnait comme une abeille. Xavier décida d’essayer d’attraper cette petite boursouflure volante et la suivit à travers les bois. Les voilà sautant par-dessus les ruisseaux, grimpant et dévalant les collines.


                                                   © Cabbage Patch Kids

Juste quand Xavier était sur le point de capturer l’abeille-lapin, elle traversa une cascade et disparut. Il était sûr qu’elle s’était noyée, mais non ! l’abeille-lapin retraversa la cascade et tourna autour de la tête de Xavier, l’enjoignant de la suivre. Il décida d’aller voir la cascade de plus près. Pour sûr, ce n’était pas une cascade ordinaire. Derrière l’eau, il y avait une petite grotte accueillante à l’abri de l’humidité. Voilà comment l’abeille-lapin survivait ! À cette découverte, Xavier retint son souffle et s’engouffra dans la grotte cachée en s’éclaboussant. Il se frotta les yeux pour s’accoutumer à la faible lumière, et lorsqu’il les rouvrit, il vit des millions de cristaux étincelants de toutes tailles et couleurs. Xavier était si surpris par le spectacle qu’il en oublia presque l’abeille-lapin ! mais cela ne dura pas longtemps. Revoilà l’abeille bourdonnante, voletant plus avant dans la grotte. Xavier saisit sa lampe-torche et commença à la suivre. Quelle aventure !
L’abeille-lapin ouvrait la marche et Xavier suivait. Quand il s’arrêta pour examiner les cristaux, elle le rejoignit et le guida dans les profondeurs de la grotte. Xavier ne tarda pas à remarquer que la grotte ne devenait pas plus sombre, mais plus claire. Peut-être cette grotte est-elle un tunnel, pensa-t’il, se demandant où elle conduisait. Le bout du tunnel se dévoila enfin, mais il était couvert de vigne japonaise, cachant le paysage au-delà. Xavier sortit son canif pour couper la vigne et passa sa tête vers le soleil brillant.
Stupéfiant ! des abeilles-lapins volaient alentour en saupoudrant de la poussière magique issue des cristaux vers des choux disposés en rangées. Mais ces choux étaient particuliers. Xavier cligna des yeux et les plissa pour observer les mouvements qu’il y avait décelés. En s’approchant, quelle ne fut pas sa surprise de voir un bébé ou un enfant dormir ou jouer dans chacun des choux !


                                                  © Cabbage Patch Kids

D’un chou voisin, un garçonnet sans cheveux s’approcha  de Xavier et lui tendit la main. Il se présenta comme étant Otis Lee, un des « Cabbage Patch Kids ». Xavier sourit et serra la main de son nouvel ami. Qu’est-ce qu’un « Cabbage Patch Kid », demanda-t’il ? Otis lui expliqua qu’il s’agissait d’un enfant ou d’un bébé  de toute taille ou forme né dans le carré de choux (« cabbage patch ») secret. Les abeilles-lapins qui volent alentour saupoudrent de la poussière de cristal magique sur les choux et cette magie fait naître des bébés dans les choux. « Es-tu venu nous aider à trouver un foyer ? », demanda Otis Lee. Xavier réfléchit attentivement à cette question et répondit par l’affirmative. Il promit à Otis Lee de construire un hôpital appelé « Babyland General » où les bébés et enfants Cabbage Patch pourraient vivre et jouer jusqu’à leur adoption par une famille. »

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L’autre histoire

Telle est l’histoire véridique des Cabbage Patch Kids, ces bébés et enfants à la grosse tête ronde et aux membres potelés, que s’arrachèrent les enfants dans les magasins au début des années 1980.


             © Cabbage Patch Kids                          © Cabbage Patch Kids

Les débuts

Une autre histoire raconte qu’un jeune américain de 21 ans nommé Xavier Roberts, étudiant en arts, redécouvrant la technique allemande de modelage à l’aiguille datant du début du XIXe siècle et l’associant à la pratique de la courtepointe héritée de sa mère, réalise pour financer ses études des sculptures souples en prenant ses neveux pour modèles et s’associe en 1978 avec cinq de ses camarades d’école pour fonder la société Original Appalachian Artworks. Cette entreprise commercialise des poupées en tissu faites à la main par Xavier Roberts et appelées « Little people », qui ne sont pas directement proposées à la vente mais « adoptées » avec un nom et un certificat de naissance, moyennant le paiement de frais d’adoption.
Les poupées sont vendues sous forme de produit fini ou à faire soi-même en achetant le nécessaire (tissus, laine, yeux, patrons,…)  lors de foires artisanales, puis plus tard au « Babyland General Hospital » de Cleveland, Géorgie, ancienne clinique reconvertie en magasin de jouets. Dans ce lieu présenté comme une maternité, une crèche et un centre d’adoption, où médecins et infirmières évoluent en tenue professionnelle pour s’occuper des poupées comme si elles étaient de vrais bébés, le public peut assister à un accouchement et adopter une poupée.
C’est un succès immédiat et les commandes pleuvent. À partir de 1982, Roberts et ses camarades ne peuvent plus suivre la demande et signent un contrat avec le fabricant de jouets Coleco pour la production en série de poupées de 40,5 cm, qui ont maintenant une tête en vinyl, des cheveux en fil, et sont rebaptisées « Cabbage Patch Kids ». Afin que toutes les poupées soient différentes, neuf variétés de tête sont appairées aux corps par ordinateur, et diverses formes et couleurs d’yeux, coupes et couleurs de cheveux, et options d’habillement sont proposées. Elles ont la faveur du public car elles sont mignonnes, câlines et adoptables. La marque représente l’une des vogues les plus populaires des années 1980 pour des jouets, et sera l’une des plus longues franchises de poupées aux États-Unis. Ces dernières deviennent un cadeau de Noël incontournable, et l’on assiste à cette occasion à une ruée dans les magasins, qui tourne parfois à la bagarre entre parents (voir plus bas § Controverses). Fin 1983, trois millions de poupées sont adoptées ; en 1984 seulement, 20 millions.
Schlaifer Nance & Company, l’agent exclusif de la société Original Appalachian Artworks, négocie l’accord de licence avec Coleco en 1982. À la suite de cet accord, l’agent signe plus de 150 licences pour des produits dérivés aussi variés que des couches, des céréales, des vêtements, des dessins animés, des disques, des jeux de société,…

Les poupées connectées

Caleco introduit aussi la « Talking Cabbage Patch Kid » (photos ci-dessous), une poupée parlante équipée d’une puce vocale, de capteurs tactiles dans la main, d’un microphone et d’un émetteur-récepteur pour communiquer avec d’autres poupées du même type. Les capteurs permettent au jouet de détecter quand et comment il est sollicité en réponse à ses émissions vocales. Par exemple, la poupée pourrait dire « prends ma main » et donner une réponse vocale appropriée quand le capteur détecte une pression sur sa main. Elle possède aussi un détecteur de mouvement pour indiquer sa position : sur le dos, le ventre, retourné,… Une coupe à boire spéciale en plastique contient un aimant caché, qui peut être identifié par un petit relais à lames souples situé dans la tête de la poupée au-dessus de la bouche pour détecter quand elle boit.
Plus remarquable encore, lorsqu’une poupée identifie la présence d’une autre grâce à l’émetteur-récepteur, elle est programmée pour signaler sa « conscience » de cette présence par une courte phrase du genre « je pense qu’il y a quelqu’un avec qui jouer ici », et pour démarrer une simple conversation avec l’autre poupée d’une manière suffisamment aléatoire pour paraître naturelle, le chant en canon étant particulièrement impressionnant.


          © WorthPoint                                              © PicClick

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Internationalisation et rachats successifs

Afin de répondre à un engouement croissant dans le Monde, d’autres entreprises produisent des « Cabbage Patch Kids » : Jesmar pour l’Europe, Lili Ledy pour le Mexique et l’Amérique du Sud, Triang-Pedigree pour l’Afrique du Sud, Tsukuda pour l’Asie. Mais le phénomène de mode s’estompe à la fin des années 1980. Lorsque Caleco rencontre des difficultés financières en 1988, Hasbro reprend le flambeau et développe les gammes « Birthday Kids », « Splash ‘n’ Tan Kids », et « Pretty Crimp and Curl ». Visant un public plus jeune, la compagnie réduit la taille des poupées à 35,5 cm, mais ne réussit pas à régénérer le marché. En 1992, les « Cabbage Patch Kids » sont nommés première mascotte officielle de l’équipe olympique des États-Unis aux J.O. de Barcelone. Ils voyagent avec les athlètes et beaucoup d’entre eux restent en Espagne comme « amis pour la vie » avec des patient d’un hôpital local pour enfants.
En 1994, Mattel rachète la marque et produit des poupées de taille 35,5 cm et au-dessous, dont certaines tout en vinyl, différenciées par des mises en situation : des poupées s’amusent avec des jouets aquatiques, nagent, mangent, se brossent les dents,… L’entreprise développe les gammes « Kids » de poupées en tissu, « OlympiKids » (photo de gauche ci-dessous) pour les JO d’Atlanta en 1996 et les fées « Cabbage Patch Fairies » (photo de droite ci-dessous). Pour commémorer les 15 ans des « Cabbage Patch Kids », Mattel crée une gamme de poupées filles de 40,5 cm avec un nouveau visage en tissu moulé, habillées en tenues personnalisées et conditionnées dans des boîtes de collection. En 1999, le nombre total de ventes cumulées depuis 1982 atteint 95 millions de poupées. En 2000, le timbre postal des « Cabbage Patch Kids » est commercialisé.


                         © Etsy

En 2001, le revendeur de jouets Toys »R »Us rachète la Marque à Mattel et produit des poupées de 51 cm et des bébés de 46 cm, dotés tous deux de corps en tissu et de têtes en vinyl. Ils sont conditionnés dans des chaises en carton en forme de feuille de chou. Les poupées, créées pour commémorer le 20e anniversaire de la marque, sont d’abord vendues dans le grand magasin de Times Square à New York puis dans tout le pays et en ligne.
Les droits de licence exclusifs passent chez Play Along Toys en 2003, qui lance la collection du 25e anniversaire des « Cabbage Patch Kids » en utilisant quelques unes des sculptures de tête originales des toutes premières éditions de Coleco. En association avec 4Kids Entertainment, Play Along Toys réintroduit une gamme qui retourne au concept original de poupées à corps en tissu et tête en vinyl mignonnes, câlines et adoptables, et renoue avec le succès. En partenariat d’association de marques avec Carvel Ice Creams, des poupées sont conditionnées avec un cône de crème glacée.
La puissante association américaine de l’industrie du jouet TIA (Toy Industry Association), forte de près de 1 000 membres professionnels en 2018, sélectionne les « Cabbage Patch Kids » comme finalistes du prix du jouet de l’année TOTY (Toy Of The Year) 2005 dans la catégorie « Objet de l’année ». La poupée de 40,5 cm fabriquée par Play Along Toys est également finaliste dans la catégorie « Jouet pour fille de l’année ».
Jakks Pacific achète Play Along Toys, devient titulaire de la licence de production des « Cabbage Patch Kids » en 2011 et introduit la gamme de poupées de 35,5 cm « Fashionality » ainsi que d’autres produits. L’entreprise lance une édition commémorative du 30e anniversaire des « Cabbage Patch Kids » en 2013.
Enfin, en 2015, Wicked Cool Toys devient le détenteur actuel de la licence de production des « Cabbage Patch Kids ». L’entreprise sort la gamme de petites poupées de collection « Little Sprouts » (photo de gauche ci-dessous) et la série « Adoptimals » (photo de droite ci-dessous) d’animaux en peluche qui interagissent avec les « Kids ».


                      © Wicked Cool Toys

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Controverses

Tout succès a ses revers, et les poupées n’échappent pas à la règle. Les « Cabbage Patch Kids » défrayent la chronique à plusieurs reprises.

Les émeutes Cabbage Patch


                                                       © Considerable

Une série d’explosions de violence entre clients se produit dans diverses boutiques à travers les États-Unis à l’automne et à l’hiver 1983. Cette année-là, l’introduction sur le marché des « Cabbage Patch Kids » déclenche une énorme demande. La plupart des magasins ne stocke alors qu’entre 200 et 500  poupées, pour faire face à un assaut de milliers de clients, donnant lieu à des bagarres violentes dans les chaînes de grands magasins Sears, J.C. Penney et Macy’s. Les détaillants plus modestes comme Kmart et Zayre tentent de contrôler la foule en colère en distribuant des tickets d’achat aux premières centaines de clients, laissant les centaines, voire les milliers d’autres, les mains vides après des heures de queue.
On fait état d’actes de violence incluant bousculades, coups et piétinements, attaques à l’arme de poing telles que battes de baseball. En 1984, avec la hausse de l’offre et la baisse de la demande, le phénomène disparaît progressivement. Les émeutes Cabbage Patch sont à rapprocher des violences constatées lors des Black Friday en 2000.

Actions en justice

Bien que Xavier Roberts soit le créateur de la marque  » Cabbage Patch Kids », la paternité de nombre de ses caractéristiques telles que le visage rond et le certificat d’adoption peut être attribuée à Martha Nelson Thomas, une artiste populaire américaine du Kentucky connue pour son travail en sculpture souple. Avant même que Roberts soit impliqué dans l’industrie du jouet, elle crée et commercialise sa propre ligne de poupées appelée « Doll Babies », qu’elle vend sur les marchés et dans les salons d’artisanat locaux.
Ils se croisent dans une foire d’État en 1976, et Xavier commence à acheter des poupées à Martha pour les revendre dans  son magasin de Géorgie. Elle le met finalement face à ses pratiques contraires à l’éthique commerciale et cesse de lui vendre des poupées. Il se tourne alors  vers une entreprise de Hong Kong pour produire en série à faible coût des poupées similaires aux « Doll Babies ». Elle le poursuit en justice et finit par régler l’affaire à l’amiable en 1985 pour une somme non communiquée. Elle confie à la presse, avec son mari Tucker Thomas, qu’elle est plus en colère à cause de l’altération de ses poupées, pour lesquelles elle éprouve une grande affection, qu’en raison du préjudice financier subi.
Martha décède en 2013 à l’age de 62 ans, accompagnée lors de son enterrement par ses poupées préférées, à côté de sa famille et de ses amis. Xavier Roberts lui-même intente un procès pour violation du droit d’auteur et réclame 30 millions de dollars à Topps, la compagnie éditrice de cartes à collectionner autocollantes parodiant ses poupées en les baptisant « Garbage Pail Kids » (gosses des seaux à ordures, photos ci-dessous). En 1987, en pleine action judiciaire, Topps annonce sa décision de cesser la production des cartes parodiques, ce que Roberts reçoit avec le commentaire « je pourrais crier, je suis si fou de joie ».


                      © eBay                                              © Toynk Toys

Sécurité des produits

La ligne de poupées « Cabbage Patch Snacktime Kids », très populaire à Noël 1996, a été conçue pour manger des casse-croûte en plastique, grâce à une paire de rouleaux en métal lisses tournant à sens unique derrière les lèvres en plastique. Les casse-croûte sortaient par le dos de la poupée et réapparaissaient comme par enchantement dans un sac à dos. Le mécanisme pouvait être activé en enlevant le sac à dos. Suite à plusieurs incidents signalés -doigts ou cheveux d’enfants pris dans le mécanisme-, le modèle fut retiré du marché en janvier 1997.

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Que valent vos poupées ?

La fièvre est passée, mais il reste encore de nombreux fans des « Cabbage Patch Kids », pour preuve les surprenantes photos des comptes Instagram cabbage_patch_world et cabbagepatchkidfriends. Si vous possédez quelques uns de ces trésors, peut-être vous demandez vous ce qu’elles valent ? au risque de vous décevoir, beaucoup d’entre elles valent le prix que vous les avez payées (entre 10 et 250 € suivant le modèle, les cousus main étant les plus chers), mais certaines coûtent une petite fortune. Les plus prévoyants d’entre vous les ont laissées dans leur boîte et cachées quelque part, ils sont peut-être maintenant en possession d’une poupée à 500 € ! petit tour d’horizon des « Cabbage Patch Kids » de valeur.

Les critères

Comme mentionné plus haut, les « Cabbage Patch Kids » s’appellent à l’origine « Little People » : Xavier Roberts les fabrique comme sa mère travaillait la courtepointe, en y ajoutant la technique historique du modelage à l’aiguille. Ces sculptures souples OOAK en tissu cousues à la main sont signées à la main par Xavier lui-même sur les…fesses au marqueur permanent (photo), elles seront plus tard tamponnées et/ou signées.


                                                      © Ruby Lane

Ces poupées originales possèdent des caractéristiques qui les rendent particulièrement précieuses :

  • entièrement en tissu, elles ont de gros pouces
  • elles portent une étiquette mentionnant « Little people », « Babyland General ». Celles fabriquées après 1985 indiquent « Little People », « Babyland General »,et « Cabbage Patch Kids ».
  • la plupart ont une autre étiquette attachée sur le côté droit du corps donnant des instructions pour le bain
  • la plupart de celles qui sont signées sont également datées, ce qui rend leur identification plus aisée
  • elles mesurent entre 46 et 56 cm
  • elles n’ont pas de boîte, ayant quitté le « Babyland General Hospital » dans les bras de leurs parents

Pour des informations détaillées sur les étiquettes, la signature, le certificat de naissance et les papiers d’adoption, lire cet article en anglais

Quant aux « Cabbage Patch Kids » ultérieures, rappelons leurs particularités :

  • taille comprise entre 38 et 40,5 cm
  • traits de visage décalcomaniés
  • cheveux en fil
  • visage et membres potelés
  • pour les poupées produites par Coleco, corps en tissu et tête en vinyl
  • pour les poupées vendues au « Babyland General Hospital », entièrement en tissu avec visage sculpté
  • plusieurs versions tout en vinyl fabriquées par Hasbro et Mattel
  • réintroduction en 2004 des versions classiques à corps en tissu et tête en vinyl
  • quelques poupées, disponibles via publipostage direct du vendeur d’objets de collection Danbury Mint, ont un corps en tissu rigide ainsi qu’une tête et des membres en porcelaine

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Les prix

Voici quelques indications de prix obtenues par une rapide recherche sur eBay :

  • la plupart des « Cabbage Patch Kids » se vendent entre 10 et 30 €, pratiquement à leur prix d’achat neuf au détail. Ceci est dû en particulier au très grand nombre de poupées fabriquées par Coleco.
  • certaines « Baldies » (sans cheveux), « Red Fuzzies » (avec des cheveux crépus rouges) ou Coleco du tout début atteignent les 100 €
  • les « Little People » peuvent dépasser les 1 000 €

Voyons maintenant cinq des plus coûteuses poupées vendues en 2018. La bonne nouvelle est qu’elles ne sont pas toutes des originales de Xavier Roberts, ce qui signifie que la poupée reçue en cadeau lors d’un Noël de votre enfance vaut peut-être encore quelque chose !

Jumeaux « Cabbage Patch Kids » Coleco MIB de 1985

Habituellement, les « Cabbage Patch Kids » produits aux États-Unis ont peu de valeur (environ 25 €), même dans leur boîte. Ce n’est pourtant pas le cas pour tous : de temps en temps, on trouve une paire de poupées rare. Plus l’appariement (combinaison d’yeux et de cheveux par exemple) est inhabituel, plus la poupée aura de valeur. Les jumeaux ci-dessous, en parfait état dans leur boîte (MIB), se sont vendus au prix surprenant de 300 € en juin 2018.


                                                              © eBay

« Cabbage Patch Kid » japonaise  Tsukuda MIB de 1985 avec kimono

Les « Cabbage Patch Kids » japonaises sont rares, d’une part parce qu’elles n’ont pas été vendues en occident, et d’autre part en raison de quelques caractéristiques différentes des poupées américaines : leurs tenues tout d’abord, qui évoquent l’Asie ; et aussi leurs grands yeux de biche, brillants comme des ailes de papillon. Mettre la main sur un tel objet est plus facile à dire qu’à faire. La poupée ci-dessous du fabricant Tsukuda, en parfait état dans sa boîte (MIB), a été acquise pour 450 € en juillet 2018.


                                                              © eBay

Bébé « Little People » de Xavier Roberts de 1979 signé à la main avec certificats d’adoption

La plupart des « Little People » ressemblent à des poupées tout-petits (toddler doll), mais le « Babyland General Hospital », comme son nom l’indique, assure aussi l’adoption de bébés. Ceux-ci n’ont généralement pas de cheveux et portent des vêtements plus simples que leurs homologues plus âgés. Ils sont très recherchés, surtout s’ils sont signés à la main par Xavier Roberts. En août 2018, le bébé de 1979 ci-dessous est parti à 500 €.


                                                        © Babble

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Ensemble de trois « Little People » en édition limitée Mark Twain de 1986

Une caractéristique remarquable des poupées de Xavier Roberts est leur individualité : les couleurs des yeux et des cheveux, la forme de la tête, les vêtements,… peuvent être différents d’un modèle à l’autre. Ces combinaisons infinies rendent chaque poupée unique. Cependant, des éditions limitées inspirées de personnages littéraires ou de cinéma sont occasionnellement produites. L’ensemble ci-dessous représentant des personnages des romans de Mark Twain a une grande valeur si on possède les trois poupées, ce qui est très rare : Tom Sawyer, Becky Thatcher, et Huckleberry Finn. Il a été vendu, avec ses papiers d’adoption et ses étiquettes toujours attachée sur le côté du corps, 600 € en juillet 2018.


                                                           © eBay

Fille « Little People » de 1979 signée à la main par Xavier Roberts avec ses certificats d’adoption

Ce sont parfois les choses les plus simples qui sont les plus désirées. De nombreuses filles « Little People » ont été créées et adoptées au « Babyland General Hospital ». Elles ont des cheveux en fil de multiples couleurs et styles, et des yeux de nombreuses couleurs différentes. Les plus précieuses, comme toutes les originales de Xavier Roberts, sont signées à la main. La fillette ci-dessous, produite en 1979, s’est négociée à 700 € avec tous ses papiers en août 2018.


                                                            © eBay

Jumelles « Little People » de 1979 signées à la main par Xavier Roberts avec certificats d’adoption

Dans de nombreuses cultures, les jumeaux sont une bénédiction. Il en va de même au « Babyland General Hospital », même si lorsque vous avez des jumeaux « Little People », il vous faut gérer deux fois plus de papiers et protéger deux fois plus de poupées. Dans de nombreux cas, les jumeaux sont séparés avec le temps, mais si vous avez la chance de posséder des jumeaux « Little People » signés à la main, vous aurez gagné votre journée : les jumelles « Little People » ci-dessous ont été cédées au prix stupéfiant de 3 000 € en juin 2018.


                                                             © eBay

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Et en français ?

De ce côté-ci de l’Atlantique, les « Cabbage Patch Kids » ont aussi eu leur heure de gloire. Mais comment les appelle-t’on en France ? eh bien, ils ont eu plusieurs noms suivant leur fabricant (voir plus haut § Internationalisation et rachats successifs) : les Patoufs de Jesmar sont devenus les Craquinoux de Hasbro puis les Copinoux de Mattel.  Ils ont même eu un nom québécois : les Bouts d’choux, qui rappelle leur origine végétale. En raison de leur succès phénoménal aux États-Unis et de cette particularité de l’adoption, ils ont eu droit en France à plusieurs passages TV au journal de 20 heures.
Toutefois, la diffusion en France n’a jamais été à la hauteur du succès international. Pour des raisons de réglementation, la première version des Patoufs par Ideal Loisir fut interdite de publicité télévisée, ce qui a limité leur notoriété, sans compter l’hostilité de certains parents heurtés par l'idée d’adoption, plus tard abandonnée au profit d’un certificat de naissance moins choquant.
Enfin, comment ne pas évoquer les Crados (photos ci-dessous), adaptation française des « Garbage Pail Kids », parodie des « Cabbage Patch Kids » (voir plus haut § Actions en justice) ? série de cartes à collectionner représentant des personnages d’enfants, distribuées en France par Avimages à partir de janvier 1989, les Crados ont des apparences scabreuses et portent des noms aux allures de calembours (Anne Burger, Tony Truand, Jean-Pierre Tombale,…). La série est déclinée en sous-catégories : les Dégueulos, Animos, Gravos, Crevos, Déchiros, Craignos, Lardos. Ils connaissent un immense succès commercial et provoquent des polémiques en raison de leur caractère grossier et choquant.


                        © Coleca                                               © Gonel-zone

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Sources de l’article
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Une dame et ses poupées : Madame Alexander dolls


Madame Alexander et deux de ses poupées © Jewish womens’ archives

Introduction

Dans le numéro de décembre 2005 du magazine Forbes, une étude menée avec la Toy Industry Association sur la popularité des jouets américains par décennie place en premier les poupées de collection Madame Alexander pour la décennie 1920-1929, devant le yo-yo. Beatrice Alexander, jeune fondatrice de son entreprise de poupées en 1923 à l’âge de 28 ans, aurait-elle pu rêver d’une telle reconnaissance ?
Fille d’une immigrée autrichienne arrivée aux États-Unis depuis la Russie avec la vague d’exilés juifs d’Europe de l’Est à la fin du XIXe siècle, elle effectue une scolarité excellente durant laquelle elle s’intéresse aux Beaux-Arts. Titulaire d’une bourse pour étudier la sculpture à Paris, elle ne peut malheureusement pas s’y rendre, car ses parents sont ruinés par la faillite de la banque où ils ont placé toutes leurs économies. Elle se marie en 1912.
La guerre de 1914 lui offrira paradoxalement l’opportunité d’atteindre ses ambitions. La clinique pour poupées ouverte par son beau-père l’année de sa naissance en 1895 dans le Lower East Side de New York souffre de l’embargo américain sur les produits allemands, qui inclut les poupées. La famille décide de fabriquer ses propres poupées, représentant des infirmières de la Croix-Rouge et faites en mousseline bourrée de laine de bois, qui rencontrent un succès immédiat (photo).


                                                                         © Etsy

Création de la société Alexander Doll Company

Commence alors une période pendant laquelle Beatrice affirme ses talents de meneuse, exigeante avec les autres et avec elle-même, et voit germer en elle le désir de fonder sa propre entreprise. Avec un investissement initial de 1 600 $, elle engage ses trois sœurs et quelques voisins, et démarre en 1923 une activité professionnelle dans un atelier de Manhattan. Elle partage son temps entre l’amélioration de la conception de ses poupées, la couture des corps et des costumes, et les relations avec les banquiers, fournisseurs et distributeurs. Elle développe à cette période une grande admiration pour Elena Scavini (« Signora Scavini »), la créatrice italienne des poupées Lenci en 1919, et se fait appeler Madame Alexander dès 1925.
Après avoir obtenu un prêt bancaire pour agrandir ses locaux, Beatrice poursuit son rêve de fabriquer une poupée incassable et décide d’acheter des corps en composition. Plus résistants que les corps en tissu, ils lui permettent en outre de consacrer plus de temps aux costumes et aux perruques, qui deviendront le point fort de ses poupées.

La grande dépression

Mais l’entreprise doit affronter deux événements majeurs à la fin des années 1920 : une inondation de ses stocks et la grande dépression. Plusieurs facteurs l’aident à surmonter cette dernière : la confiance d’un de ses distributeurs, la chaîne de magasins de jouets FAO Schwarz ; le succès de sa poupée de 41 cm à corps en tissu et visage en feutre pressé « Alice au pays des merveilles », brevetée en août 1930 (photo de gauche ci-dessous) ; la confection de vêtements de mode pour les petites filles ; la sortie de ses poupées de 41 cm, brevetées en 1933, à corps en tissu et visage en feutre pressé « Little women » (« Les quatre filles du docteur March »), d’après les personnages du célèbre roman de Louisa May Alcott (photo de droite ci-dessous), en même temps que l’adaptation cinématographique de Georges Cukor avec Katharine Hepburn qui connaît un immense succès ;


                 © DollKind                                                  © Theriault’s

le partenariat de 1933 avec Disney, forme d’association novatrice à l’époque, pour la production de poupées en composition des « Trois petits cochons » ; la sortie en 1935 de différentes tailles de poupées représentant les sœurs Dionne, nées en 1934 d’une famille canadienne pauvre, premières quintuplées à avoir survécu et symbole d’espoir dans un Monde en dépression (voir Créatrices et créateurs canadiens) ; le lancement en 1936 d’une poupée Scarlett O’Hara ressemblant de façon troublante à Vivien Leigh, deux ans avant sa sélection pour le rôle titre du film « Autant en emporte le vent » (photo de gauche ci-dessous) ; la production en 1937 d’une poupée princesse Elizabeth (photo de droite ci-dessous), future reine d’Angleterre, pour commémorer le couronnement de son père le roi Georges VI, et la réutilisation de son visage pour la poupée Blanche-Neige coïncidant avec la sortie du dessin animé de Walt Disney ; enfin, l’invention des yeux dormeurs à la fin des années 1930.


                         © Replacements                                                  © Ruby Lane

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La deuxième guerre mondiale

Pendant les années 1940, l’Alexander Doll Company continue de rendre hommage aux célébrités, avec des poupées représentant la patineuse olympique Sonja Henie, l’enfant actrice Margaret O’Brien, la comédienne oscarisée Ginger Rogers, l’actrice et chanteuse Mary Martin,… En 1942 sort Jeannie Walker, une des premières poupées marcheuses (photos ci-dessous).

Mais après la dépression des années 1930 survient la deuxième guerre mondiale, avec son cortège de rationnements et de restrictions. En l’honneur des forces armées américaines est créée une ligne de poupées patriotiques en composition : soldats, femmes du WAAC (Women’s Army Auxiliary Corps) et réservistes WAVES (Women Accepted for Volunteer Emergency Service) de l’US Navy. En 1944 sort la poupée en composition Miss Victory, yeux bleus dormeurs et bouche ouverte, habillée aux couleurs du drapeau national : chemisier blanc à garniture bleue et jupe rouge.

L’âge d’or et la révolution du plastique

Les années du baby boom d’après-guerre, prospères pour le pays, sont appelées « l’âge d’or des poupées ». En 1946 débute la série des portraits, poupées de 53 cm, peintes avec soin et richement habillées, vendues 75 $ (plus que le salaire hebdomadaire moyen à l’époque) et représentant de nombreux types de personnages (photos ci-dessous, de gauche à droite : « The june bride », « Carmen ») : héroïnes de cinéma, d’opéra, de ballet et de romans, muses d’artistes, célébrités, membres de familles royales.


                        © WorthPoint

Les portraits utilisent soit le moule Wendy Ann de 1936, soit le moule Margaret de 1946, inspiré du visage de l’enfant actrice Margaret O’Brien. C’est ce même moule qui servira à la poupée en composition Karen Ballerina, la petite danseuse disponible en trois tailles : 38, 46 et 53 cm.  La poupée Margaret, quant à elle, est proposée en trois couleurs d’yeux (noisette, marrons, bleus) et de cheveux (bruns, bruns roux et blond cendré), sera le mannequin d’une gamme de vêtements pour enfants qui ne durera qu’un an, et le premier moule à exploiter un nouveau matériau prometteur : le plastique. En effet, il est moins sujet aux craquelures dues aux variations de température et d’humidité que la composition, résiste mieux à l’usure du temps et offre une définition élevée des traits du visage. En revanche, sa moindre porosité le rend inapte à retenir les finitions de peinture. Quoiqu’il en soit, l’usage pionnier du plastique dur par la compagnie Madame Alexander, illustrant le slogan de l’époque « une vie meilleure grâce à la chimie », donne le ton à l’industrie du jouet. Cet usage est mis en œuvre dans le cadre d’un joint-venture avec les sociétés Arranbee Doll et American Character Doll nommé Model Plastics. La variété et la beauté des costumes établissent la notoriété de l’entreprise Alexander Doll Company : en presque un siècle d’existence, elle a fabriqué plus de 6 000 modèles de poupées à partir de seulement une vingtaine de moules. Le soin apporté à la confection des vêtements vaut à Madame Alexander la médaille d’or de la Fashion Academy quatre années de suite, de 1951 à 1954.
Selon une expression de la revue « Christian science monitor », les « Cadillac du royaume des poupées » contribuent à la qualité de vie d’une classe moyenne en pleine expansion. La série de poupées Godey de 36 cm en plastique dur, d’après les illustrations du périodique féminin « Godey’s lady’s book » créé en 1830 et publié à Philadelphie, est lancée en 1950 (photos ci-dessous).