Les poupées Pullip

Introduction

Créée en 2003 par l’artiste sud coréen Cheonsang Cheonha, la poupée Pullip (« jeune feuille/brin d’herbe » en coréen) est le personnage principal d’une ligne de poupées mannequins de 30 cm à tête relativement surdimensionnée. Elle a un corps articulé en vinyl ou en plastique (parfois mélangé à du PVC), peut bouger ses grands yeux expressifs d’un côté à l’autre grâce à une petite manette située derrière la tête, cligner des paupières par l’action sur deux boutons également placés derrière la tête, et maintenir les yeux fermés.
D’abord produites et commercialisées par la société japonaise Jun Planning, les poupées Pullip ont été reprises en 2009 par la société sud- coréenne Groove, spécialisée dans les poupées destinées aux jeunes adultes. En effet, les Pullip sont des poupées de collection inadaptées aux jeunes enfants car elles sont fragiles, en raison de leur finesse et des matériaux qui la constituent. L’âge minimum requis inscrit sur les boîtes varie de 13 à 15 ans (voire plus) selon les modèles. Elles sont considérées au Japon comme des objets de collection qu’on laisse dans leur boîte (au design élaboré), sous vitrine, et n’y sont vendues que dans des boutiques de luxe.
Depuis la sortie de la poupée féminine originale, d’autres modèles compagnons sont sortis (photo) : les poupées masculines Namu (arbre en coréen), le petit ami de Pullip et Taeyang (soleil), son nouveau petit ami ; la petite sœur de Taeyang, Dal (lune) ; Byul (étoile), qui est le meilleur ami de Dal ; enfin, le petit frère de la Pullip originale, Isul (rosée), et la future fille de Pullip appelée Yeolume (baie/fruit). Il existe aussi une ligne de petites poupées de taille moitié, les Little Pullip.
La Pullip originale et ses homologues sont souvent personnalisées par les collectionneurs, le plus communément au niveau de la perruque, des yeux, et de tout ou partie du corps. Chaque modèle de poupée Pullip a un nom, une personnalité, des traits de caractère et une histoire détaillée sur ses goûts, ses habitudes, sa relation avec les autres membres de la famille des Pullip,…La variété des personnages et des costumes, comme on va s’en rendre compte, est remarquable : cela va de la noblesse baroque aux gothiques à perçage corporel, en passant par les grâcieuses Lolita.
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Types de corps

Le corps d’origine (« stock ») des Pullip, hautement articulé, a connu dans le temps plusieurs générations, appelées types :

Type 1 : corps de figurine d’action à vis apparentes, large buste, longues jambes et perruque intégrée au scalp (ce qui rend la personnalisation difficile). C’est le corps des dix premiers modèles sortis de juin à décembre 2003, les trois premiers  (Wind/Debut, Street, et Moon) ayant présenté un défaut de rupture du cou dû au poids de la tête, corrigé par la suite. Un autre défaut est la fissuration de l’entre-jambes.

Type 2 : apparu en janvier 2004 avec le modèle Venus, il se caractérise par un torse souple, des vis cachées, des articulations démontables et des proportions plus réalistes. Il reste à ce jour le plus posable, souple et articulé des corps produits. Son inconvénient principal est la fonte chimique des membres et autres pièces en plastique dur en contact avec le torse en plastique souple. D’autres défauts communs sont le détachement spontané des membres et la sortie du torse hors de l’articulation de la hanche. De plus, son ventre est légèrement proéminent, ce qui donne un effet « grassouillet ». À partir du quatrième modèle de ce type, Arietta, sorti en mars 2004 (après Venus, Savon, et Nomado), les perruques sont collées, ce qui permet une personnalisation aisée.

Type 3 : introduit en août 2005 avec la sortie simultanée des modèles Lan Ake et Lan Ai, il présente, comparé au type 2, de moindres souplesse et posabilité, des formes et traits plus enfantins, et des articulations aux poignets et aux chevilles. Bien que plus robuste que ses prédécesseurs, il mécontenta nombre de collectionneurs, notamment par son esthétique jugée inférieure. Ses défauts les plus communs : la fissure des poignets, courante après janvier 2007 (sortie de Stica) ; le grincement des articulations de la hanche et du genou.

Type 4 : toujours en production aujourd’hui, il apparaît avec la sortie du modèle Neo Noir en janvier 2009. Il offre une meilleure posabilité que le type 3, et prévient les fissures du poignet grâce à une articulation à assemblage par cheville. Les articulations sont étudiées de manière à rendre les mouvements plus naturels (évitant les rotations à 360 degrés). Ses défauts les plus communs : des articulations rigides et grinçantes ; des genoux qui se retournent ; des chevilles à fixation trop lâche au poignet et au genou, qui facilite le détachement des membres ; parfois, une fissuration des genoux.

Comme on le voit, chaque génération de corps a ses avantages et inconvénients. Il faut simplement les connaître et prendre en conséquence les précautions qui s’imposent lors des manipulations.
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Les éditions des poupées Pullip

Chaque mois, de nouveaux modèles de Pullip sont édités, avec, occasionnellement, des éditions limitées exclusives  supplémentaires de 300 à 2 000 exemplaires. Chaque modèle possède un prénom, un maquillage, des cheveux, une tenue, des accessoires, une carte de collectionneur, un support de poupée et une boîte originaux.
De 2003 à 2014, il y a eu plus de 220 éditions de Pullip. Début 2006, avec la sortie de l’édition limitée Fall Purezza, Jun Planning annonce qu’il ne produirait plus d’exclusivités car cela pénalise la demande en éditions régulières mensuelles. Cependant, la compagnie japonaise s’est ravisée avec la sortie début 2007 de la première exclusivité pour une boutique américaine, suivie par de multiples exclusivités en Asie du sud-est : Toys-R-Us Japon vend le modèle Vivien en novembre 2004 ; Magma Heritage, à Singapour, vend Bianca, Oren, et Mitzi en 2004 ; HauteDoll, à Los Angeles et New York, vend Haute LA et Haute NY en 2007 ; TBS shop, au Japon, vend Kirakishou (photo) en septembre 2007 ainsi qu’un nombre restreint de Sparrow et de nouvelle Shinku en mars 2014 ; enfin, pullip.net distribue des exclusivités en Corée du sud.
Jusqu’en septembre 2007, les éditions limitées sont vendues avec un certificat numéroté, ce qui n’est plus systématiquement le cas à partir de 2014.

Avant 2006, Jun Planning sort quelques éditions qui ressemblent fortement à des personnages historiques ou de fiction populaires mais ne sont pas officiellement sous licence : Fantastic Alice est similaire à l’Alice au pays des merveilles de Walt Disney ; Rida s’inspire du personnage de manga Nana ; la collection « Happy Birthday #2 » comprend une Pullip indienne nommée Sacagawea (personnage légendaire aux États-Unis) et un Namu appelé Geronimo (chef de guerre Apache ayant combattu les armées américaine et mexicaine).
Pour anticiper le 5e anniversaire de Pullip en 2008, cinq poupées font partie de la série à tirages limités en 500 exemplaires « Une autre Alice », incluant Another Alice, Another queen, Another king (Taeyang), Another rabbit (Dal), et Another clockrabbit (Dal) ; leur date de sortie est reportée pour inclure la nouvelle option de fermeture des yeux sur Another king.
Ce site très complet recense les éditions des Pullip depuis leur création jusqu’à aujourd’hui, avec des photos des poupées et des textes sur leur monde imaginaire.
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Collaborations et éditions sous licence

En juin 2006, Jun Planning commence à sortir des Pullip sous licence, basées sur des personnages de la série de mangas anime Rozen Maiden. Excepté le dernier modèle de la série (Kirakisou), les poupées Rozen Maiden ne sont pas des éditions limitées. Depuis 2007, plusieurs poupées Pullip sortent en collaboration avec : des designers et des stylistes de mode tels que H. Naoto (spécialiste du style de vêtements et accessoires punk et Lolita gothique) ; la marque de vêtements SunaUna ; les enseignes de mode Lolita « Angelic pretty » et « Baby, The Stars Shine Bright » ; les personnalisateurs de poupées « Kanihoru », « Mitsubachi@BabyBee », « Silver Butterfly », « Sheryl Designs », et « PoisonGirl ».
D’autres Pullip sortent avec des collaborations commerciales pour représenter des personnages de fiction célèbres, comme : Hello Kitty et My Melody du fabricant Sanrio ; Rei Ayanami et Asuka Langley Soryu de Neon Genesis Evangelion ; Grell, Sebastian et Ciel du manga Black Butler ; Angelique Limoges, Rayne, et Erenfried de Neo Angelique Abyss ; Peter Pan, Captain Hook, Tinkerbell et  Tiger Lily, inspirés du film de Walt  Disney Peter Pan ; Dumbo et Pinocchio (photo), également inspirés de films de Disney.

Trois Pullip sont basées sur des personnages de films avec Audrey Hepburn, tels que Holly, du film Breakfast at Tiffany’s ; Princess Ann, tirée de Roman holiday ; Sabrina, tirée du film éponyme. Plusieurs Pullip sorties entre 2011 et 2014 reposaient sur des personnages de dessins animés utilisant le synthétiseur vocal Vocaloid, développé par Yamaha. La plupart de ces collaborations ne concernent pas des tirages limités, mais présentent des prix de détail suggérés par le fabricant plus élevés que les modèles conventionnels, en raison du coût des licences.
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Les compagnons de Pullip

Tous les compagnons créés à la suite de Pullip, ainsi que leurs nombreuses déclinaisons, ont les mêmes caractéristiques : ils sont dotés d’une tête surdimensionnée, d’un corps articulé, d’yeux et de paupières mobiles commandés par des leviers à l’arrière de la tête. Seule la capacité à garder les yeux fermés peut varier d’un compagnon à l’autre. De même, ils sont entièrement personnalisables.

Namu est le premier homologue masculin de Pullip, il représente son petit ami. Sa taille est de 34 cm, et ses tenues peuvent être échangées avec celles de nombreuses poupées et figurines, comme la célèbre poupée Ken.
Sept versions de Namu voient le jour en 2004 et 2005 : la première, Vispo, a des cheveux intégrés au scalp, comme les Pullip du début ; toutes les suivantes possèdent des perruques collées. Jun Planning retire Namu du marché, pour la bonne raison qu’il a rompu avec Pullip ! Le dernier Namu, sorti en mai 2005, s’appelle « Happy birthday Namu # 2 », ou Geronimo, et fait partie d’un ensemble avec la poupée féminine Sacagawea (photo).

Taeyang (photo), le nouveau petit ami de Pullip, arrive en 2006. Le premier modèle se nomme MJ, homologue masculin de Rida. Le corps de Taeyang est le même que celui de son rival Namu, mais sa tête est différente, avec une mâchoire plus large et un menton plus carré. Il mesure 36 cm, et comme Namu, il peut troquer ses tenues contre celles de nombreuses poupées et figurines. Il sort à un rythme d’un modèle tous les deux mois.
Quelques modèles ressemblent de près à  des personnages de fiction populaires : Edward scissorhands est sous licence avec le personnage éponyme du réalisateur Tim Burton ; Shade est Sherlock Holmes ; Another king est inspiré du roi de cœur d’Alice au pays des merveilles.
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Dal (photo) est introduite en octobre 2006, et trois modèles sortent simultanément : Drta, Fiori et Monomono. C’est la petite sœur de Taeyang, âgée de 13 ans, qui considère la Pullip originale comme sa rivale en termes de mode vestimentaire et de style de vie. Elle mesure 26,3 cm et arrive aux épaules de Pullip. Les modèles de Dal sortent à une cadence aproximativement mensuelle.

Byul (photo) fait son apparition en décembre 2008, le premier modèle se nommant Eris. Elle partage le même type de corps que Dal et fait la même taille, avec une tête différente. Pour la petite histoire, c’est la meilleure amie de Dal, elle a 13 ans et elle est secrètement amoureuse d’Isul, le petit frère de Pullip. Un nouveau modèle sort tous les deux à cinq mois.

Isul (photo) est le petit frère de Pullip, âgé de 15 ans, et sort en février 2011. Le premier modèle, Apollo, fait partie de la série Steampunk (photo, le modèle Isumu). C’est un lycéen de San Francisco qui aime jouer au football et lire de la littérature d’université, car il est surdoué. Il est calme, tendre et aime se rendre utile. D’une taille de 29,5 cm, il est produit à un rythme d’environ un modèle par mois.

Introduite en février 2013, Yeolume (photo) est la future fille de Pullip. Elle mesure 26 cm, et le premier modèle, Podo, porte un uniforme scolaire rose et bleu. Elle a 10 ans et va à l’école primaire. Comparée à Dal et Byul, son corps est très différent : elle a peu d’articulations, et se rapproche de la forme des poupées Blythe ou Little Pullip (quoique plus grande). Toutefois, elle peut plier bras et jambes, et reste relativement posable.
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Les Little Pullip sont des versions miniature des Pullip, d’environ 11 cm. Leurs chaussures sont peintes, et leurs yeux sont immobiles. Souvent appelées mini, elles n’ont pas d’articulation aux coudes et aux genoux. Malgré cela, elles restent personnalisables : perruques, corps entier, couleur des yeux et maquillage.
Plusieurs éditions sont des répliques exactes des Pullip qui portent le même nom, comme Principessa, Cornice (photo) et Mir : la première d’entre elles, Moon, est sortie en 2005. D’autres s’en écartent et sont spécifiques à la ligne des Little Pullip, comme Riletto, Aloalo et Miss green, à l’exception de Froggy, sortie d’abord en Little Pullip puis en Pullip. Des séries à thème spécifiques sont également sorties, telles que les signes astrologiques et les Bremen town musicians.

En mars 2007, la production s’arrête et reprend en octobre 2009 sous le nom de Little Pullip+. La première différence est leur tête articulée pivotable et inclinable selon différents axes, ce qui les rend plus expressives que les Little Pullip avec leur tête pivotable selon le seul axe horizontal.
Il existe aussi dans la ligne des Little Pullip+ des Little Taeyangs, Little Dals et Little Byuls. La série des Docolla (mot valise de doll et collaboration) sort dans le prolongement de la ligne des Little Pullip+ en juillet 2011, avec comme premier personnage Pullip Grell, tirée de Black Butler, série de mangas japonais (photo).

Depuis 2013, Groove a sorti les personnages d’animaux Sasha (4 modèles à ce jour) et Pang-Ju (7 modèles), la sensuelle et élégante J-Doll (12 modèles), ainsi que l’espiègle fillette A.i (31 modèles).
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        Modèle Sasha Kiki                                 Modèle Pang-Ju Campbell Pang


Modèle J-Doll Piazza Cavalli                      Modèle A.i Zephyr

Personnalisation

Les poupées Pullip sont conçues pour être facilement et totalement personnalisables. Avant mars 2004, elles avaient des cheveux intégrés au scalp, ce qui rend l’échange de perruque délicat. Par la suite, cette opération fut facilitée par la mise à disposition de perruques collables ou fixables avec du scratch ou du scotch double face. Les collectionneurs en changent souvent en raison de la fragilité des perruques d’origine, pour les remplacer par des perruques de qualité résistantes aux frottements et à la chaleur, qui ne s’emmêleront pas régulièrement.
Pullip et ses compagnons peuvent échanger leur corps avec celui d’une autre marque, comme Obitsu, Volks ou Pure Neemo (dont certains, plus robustes, permettent une manipulation plus fréquente). On peut aussi faire l’échange avec des corps de figurine d’action ou de poupées jouets, comme les Barbie ou les Liv dolls. Attention, cette opération est délicate, car elle implique d’ouvrir la tête (photo), de scier un embout en plastique et d’ajuster les deux parties avec du cellophane, ce qui risque de détériorer la poupée. Certains propriétaires resculptent le visage ou le corps, en enlevant ou rajoutant de la matière. Citons aussi les MIO (Make It Own) : ce sont des kits de poupées de marque Groove (Pullip, Dal, Taeyang ou Isul) vendues nues et sans maquillage. Une Pullip MIO est unique, c’est au propriétaire de la réaliser entièrement. La production de ce kit a été limitée et on en voit rarement sur le marché.
Une autre forme de personnalisation délicate consiste à changer les pastilles oculaires (eyechips) : il faut ouvrir la tête de la poupée par l’arrière pour y enlever le mécanisme des yeux, retirer (souvent en forçant un peu) les pastilles d’origine, et mettre à la place les nouvelles.
Enfin, il existe les personnalisation de maquillage, de vêtements, de perçage ou de bijoux corporels, voire de tatouages peints ou gravés. L’opération de maquillage nécessite une grande précaution car il est facile d’abîmer le matériau de base si l’on n’utilise pas des produits adaptés ; le matériel de peinture (pastels secs, acrylique, crayons aquarellables,…), les outils (pinceaux fins et larges, cotons-tiges, éponge magique, papier à poncer,…) et de vernissage (résine en bombe « MSC Flat ») peuvent être variés et coûteux. Concernant les vêtements, le concept MSP (My Select Pullip) de Groove consiste à vendre certains modèles (Dalgi, Paja, Mélissa, Merl,…) sans leur tenue de base ; elles sont vendues moins chères dans une boîte blanche simple sans aucune décoration ni support.
Pour toutes ces opérations de personnalisation, il existe de nombreux tutoriels disponibles sur le web.
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Accessoires et produits dérivés

La ligne Pullip Costume/Fashion comprend des accessoires vendus par Jun Planning : tenues complètes, chapeaux, sacs à main, bijoux,…les tenues sont éditées de manière sporadique.
Petit Luxury est une gamme de mobilier également éditée par Jun Planning, à partir de 2008, qui comprend des fauteuils et autres pièces en résine.
Jun Planning édite en juillet 2005 « Pullip magazine », un livre de 88 pages en japonais, incluant le catalogue complet de tous les modèles sortis jusqu’à cette date, des concepts de fabrication, des interviews avec les designers, les collaborations avec des stylistes de mode, des guides de personnalisation et des patrons de vêtements de marque. En août 2010 sort l’ouvrage de 133 pages « Pullip Complete Style », achetable séparément ou dans une boîte de collection avec l’édition limitée Pullip bonita, qui inclut des photos de tous les modèles sortis entre 2003 et l’automne 2010.

Épilogue

Nous terminerons pour la petite histoire par une polémique causée par la Pullip Beressa (photo) dite « une femme espionne », dont la sortie est initialement prévue pour juillet 2005. Elle est habillée en uniforme noir avec des détails rouges, y compris un brassard rouge et un pistolet : même si aucune croix gammée n’est visible sur la poupée ou dans les photographies, l’uniforme et le pistolet font penser à ceux des agents allemands de la SS. Jun Planning annonce l’annulation de la sortie de Beressa, « par respect pour le 60e anniversaire de l’Holocauste ». Lan Ake, la poupée créée pour remplacer Beressa, est retardée d’un mois ; Jun Planning ne sort pas de Pullip en juillet, mais en sort deux en août : Lan Ake et Lan Ai.
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Sources de l’article

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Les poupées Blythe

Introduction

Blythe est un terme issu du moyen anglais (langue anglaise parlée entre la conquête normande de l’Angleterre en 1066 et la deuxième moitié du XVe siècle), qui signifie joyeux, gentil, gai, plaisant. C’est aussi un prénom anglo-saxon.
La poupée Blythe est une poupée mannequin d’environ 11 à 28 cm de haut, dotée d’une tête surdimensionnée et de grands yeux qui se ferment et se rouvrent en changeant de couleur et parfois de direction lorsqu’on tire sur une ficelle munie d’un anneau située derrière sa tête (photos). Elle est généralement en plastique renforcé, les pastilles oculaires pouvant être en résine cristal.

Historique

La poupée Blythe a été créée aux États-Unis au début des années 1970 par le designer Allison Katzman de la société de design et ingénierie de jouets Glass and Associates, puis produite en 1972 par la société américaine de fabrication de jouets Kenner, rachetée en 1987 par Tonka, rachetée à son tour par Hasbro en 1991. Elle fut retirée du marché au bout d’un an en raison de la faiblesse des ventes, due à leur côté un peu effrayant pour les enfants.
Cette poupée en avance sur son temps tomba dans l’oubli jusqu’à ce qu’en 1997 la productrice de télévision et de vidéos new-yorkaise Gina Garan reçoive une poupée Blythe Kenner, qu’elle photographia sous tous les angles, et rencontre en 1999 Junko Wong, directrice artistique et PDG de CWC (Cross World Connections, agence japonaise de marketing artistique), à l’occasion d’une exposition de ses photos de Blythe (photos).


Gina Garan et Junko Wong

Grâce à Junko Wong, Parco (chaîne de grands magasins japonais) prend la Blythe comme emblème pour sa campagne de publicité en 2000 et c’est tout de suite un énorme succès. La même année, Gina publie son premier livre de photographies sur cette poupée, « This is Blythe ». Dès 2001, Hasbro confie à Takara (société japonaise de fabrication de jouets) et à CWC une licence de production d’une nouvelle édition de Blythe, la Neo Blythe (photo), pour répondre à la demande exprimée par des collectionneurs adultes.
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Les éditions de poupées Blythe
Les poupées Kenner originales

En 1972, Kenner sort des versions de poupées avec quatre couleurs de cheveux, diverses coiffures et douze types de vêtements, également sorties au Japon par le constructeur Tomy avec des designs de vêtements et de boîtes complètement différents, qui sont devenus très rares.
Les modèles anciens sont très recherchés par les collectionneurs, et se vendent à plusieurs milliers d’euros pour une Kenner originale et à 1 000 euros et plus pour la première édition de Takara.

Les poupées Takara/CWC

En 2001, Takara sort de nouveaux modèles sporadiquement, puis accélère le rythme jusqu’à un modèle par mois. En 2002, la petite sœur de Neo, Petite Blythe (11 cm), est produite, suivie par des figurines en 2005 et par Middie Blythe (20 cm), sœur adolescente de Neo (photo). Sous la direction créative de Junko Wong, CWC conçoit 207 modèles de Neo Blythe, 211 Petite et 17 Middie. Junie Moon est à la fois une équipe de designers de CWC (dont le très actif illustrateur Jeffrey Fulvimari) et le revendeur officiel des Blythe.


Trois types de Blythe, la Neo, la Middie et la Petite

Les premiers modèles de 2001-2002 reprennent le corps de la poupée Licca de Takara. En juin 2002, la poupée premier anniversaire (« Miss anniversary ») comprend le corps « Excellent body » similaire à celui de la version originale de Kenner. Ces poupées ont une texture de surface brillante, avec un visage parfois mat.
Les moules de visage des premiers modèles sont appelés BL, suivis par les moules « Excellent » EBL (incorporant des changements internes importants pour rendre le mécanisme des yeux plus résistant) et « Superior » SBL en 2003. En 2006, le moule « Radiant » RBL sort, plus proche du modèle de Kenner, avec des yeux légèrement plus grands. En 2009 sort le « Fairest » FBL, avec une texture plus mate et des yeux rétrécis. En 2013, suite à l’usure des RBL, sort le RBL+ qui facilite le changement des yeux. La même année voit cesser la collaboration entre Hasbro et Takara, le nom Blythe étant conservé sans le logo.
De 2001 à 2011,  CWC organise des ventes-expositions caritatives de modèles uniques personnalisés par des stylistes de mode célèbres, événements qui se déplacent à travers l’Asie et l’Europe.


2006, de gauche à droite : Velvet Minuet, Love Mission, Asian Butterfly

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Les poupées hors Asie

Le succès au Japon conduit Hasbro à délivrer une licence à Ashton-Drake Galleries en 2004 pour vendre des répliques de Blythe aux États-Unis, où la poupée occupe un marché de niche ; des répliques presques conformes aux cinq Kenner originales sortent en 2005-2006, poupée et vêtements compris. Ashton-Drake sort au total douze modèles de Blythe en taille Neo et cesse la production en 2008.
En 2010, Hasbro sort la ligne de poupées « Blythe Loves Littlest Pet Shop », comme partie de sa ligne de jouets animaux « Littlest Pet Shop » sortie en 2004, les poupées jouant le rôle de gardiennes d’animaux d’agrément (photo).

Les Blythe tiennent la vedette dans le court-métrage animé  « Littlest Pet Shop Presents » produit par les studios Cosmic Toast. Une autre incarnation appelée Blythe Baxter joue dans la série télévisée de 2012 « Littlest Pet Shop », ainsi que dans ses courts-métrages associés produits par Hasbro Studios et DHX Media.
Ce site très complet recense les éditions des Blythe Neo et Middie depuis leur création jusqu’à aujourd’hui, avec des photos des poupées et des textes sur leur monde imaginaire.

Personnaliser une Blythe

Les Blythe sont totalement personnalisables : parties du corps, yeux, teint du corps et du visage, maquillage, perruques, vêtements et accessoires. C’est une tâche délicate car le mécanisme de mouvement des yeux, composé de plusieurs pièces, est fragile (photo). Les tenues, achetées ou réalisées par les collectionneurs, sont de styles extrêmement variés : gothique, glamour, kawaii, cosplay, petite fille modèle, rockeuse, fillette, hippie,…
Pour les débutants en personnalisation ou les moins fortunés, on trouve dans le commerce des copies de Blythe autorisées à la vente (ce ne sont pas des contrefaçons) : les CCE (« Color Changing Eyes », yeux à couleur changeante), les Basaak, les Blybe et les Taobao, dont le coût est environ le quart de celui d’une authentique Takara.
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Sources de l’article

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Les poupées BJD

Introduction

La poupée BJD (de l’anglais « Ball-Jointed Doll ») comporte des articulations sphéroïdes (en anglais « ball and socket joint »), terme emprunté à l’anatomie et désignant un type d’articulation mobile appelé énarthrose (faisant partie de la famille des articulations synoviales ou diarthroses, voir dessin ci-dessous), où la surface en forme de balle d’un os se loge dans la dépression en forme de tasse d’un autre os ; ces articulations permettent des mouvements dans les trois dimensions de l’espace.


Diarthroses : 1. énarthrose 2. condylienne 3. articulation en selle 4. trochléenne 5. articulation trochoïde

L’usage contemporain, particulièrement lorsqu’on emploie les sigles BJD ou ABJD (Asian BJD), se réfère aux poupées modernes originaires d’Asie à articulations sphéroïdes. Elles sont coulées en résine synthétique polyuréthane, un plastique dur et dense, les différents éléments de la poupée créés séparément étant maintenus ensemble grâce à des élastiques épais qui passent à l’intérieur du corps et des membres. Cet assemblage permet d’imiter presque tous les mouvements humains.


BJD Super Dollfie de 58 cm

Les BJD sont majoritairement produites au Japon, en Corée du sud et en Chine. On les décrit comme réalistes et influencées par l’anime. Elles mesurent communément environ 60 cm pour les grandes poupées (« super », photo ci-dessus), 40 cm pour les minis (« mini »), 20 cm pour les jeunes (« young »), et jusqu’à 10 cm pour les minuscules (« tiny »).

La BJD n’est pas un jouet, c’est une poupée artistique aussi fragile qu’une poupée de porcelaine, destinée aux adultes collectionneurs ou qui désirent personnaliser leurs poupées. En effet, les BJD sont totalement personnalisables : tête, mains (photo), pieds, perruque, yeux (souvent en verre ou acrylique), maquillage, qui demande une plus grande maîtrise en raison de l’emploi de textures (peinture acrylique, pastel, aquarelle,…) et de vernis spéciaux qui sont assez doux pour ne pas abîmer la résine.
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BJD Ringdoll mains

 Histoire

Les poupées articulées remontent au moins à 200 ans av JC, avec les poupées en argile ou en bois de la Grèce et de la Rome antiques. L’ère moderne en Europe occidentale des poupées à articulations sphéroïdes a débuté à la fin du XIXe siècle, époque à laquelle les fabricants français et allemands produisirent jusqu’au début du XXe siècle des poupées en biscuit dotées d’articulations en composition mesurant entre 15 et 100 cm.
En 1856, Brouillet-Cacheleux dépose en France un brevet de poupée articulée. Dans les années 1930, l’artiste allemand Hans Bellmer crée des poupées à articulations sphéroïdes qu’il utilise pour des travaux artistiques  photographiques et surréalistes.
Influencés par Bellmer et la riche tradition japonaise des poupées (photo),


Les poupées Ichimatsu Ningyo étaient très aimées pendant la période Edo (1603-1867)

les artistes en poupées japonais commencèrent à créer des poupées à articulations sphéroïdes, pour la plupart faites entièrement en biscuit et souvent très grandes (jusqu’à 120 cm), conçues comme de véritables objets d’art. Elles coûtent plusieurs milliers d’euros, et jusqu’à plusieurs centaines de milliers d’euros pour les plus anciennes créées par des artistes renommés. La communauté japonaise des artistes en poupée est toujours vivace et produit régulièrement des livres d’art contenant des photos de leurs poupées.

Les premières BJD asiatiques commerciales modernes (ABJD) sont produites en 1999 par la société japonaise Volks avec la ligne de poupées Super Dollfie vendues en kits inspirés des maquettes de garage en résine, qui étaient le produit phare de Volks à l’époque. Les Super Dollfie étaient conçues pour être hautement personnalisables et trouver une clientèle féminine.
À partir de 2002, les compagnies sud coréennes telles que Customhouse (photo) et Cerberus Project commencèrent à produire des BJD, suivies par beaucoup d’autres.


Tête de BJD Customhouse

Les premières BJD produites en Chine étaient des contrefaçons directes (remoulage de versions originales de poupées, « recast ») ou des copies de Super Dollfie ou de BJD sud coréennes. Faites de plastique, résine de mauvaise qualité ou pierre artificielle (mélange de résine et de sable), elles étaient bon marché et peu durables. Les contrefaçons rencontrent une forte opposition dans le monde des collectionneurs de BJD, pour des raisons juridiques, sanitaires et éthiques. La première société chinoise à produire des BJD originales de qualité fut Dollzone (photo), qui rencontra son marché en 2006, suivies par d’autres sociétés fortement exportatrices.


BJD modèle Riven de Dollzone

Aux États-Unis, la première société à produire des BJD avec une influence esthétique typiquement américaine fut Goodreau Doll en 2007. En France a lieu tous les ans le premier salon européen consacré aux BJD, Ldoll Festival.

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Les BJD asiatiques modernes

Les poupées ABJD valent entre 90 et plus de 1 000 €. Ces prix élevés s’expliquent par le coût des matières premières, la manipulation délicate de la résine et le processus itératif long et complexe, souvent manuel, de fabrication : dessin, sculpture, test de moulage, ponçage, nouveau test de moulage,  nouveau ponçage, etc. Une fois le corps nu terminé, il faut ajouter le coût des yeux, de la perruque, du maquillage et des vêtements.
Ces poupées tendent à suivre une vision esthétique purement asiatique, mais les conceptions varient des modèles fortement inspirés de l’anime aux designs hyperréalistes. La plupart sont anatomiquement correctes, hormis les têtes, les yeux et les pieds surdimensionnés, et tiennent debout sans besoin de support (photo).


La BJD Anastasia de Volks et ses vêtements

Concernant la personnalisation, une poupée peut même être constituée d’éléments hybrides issus de différentes sociétés. Certains propriétaires vont jusqu’à reformer des parties existantes par meulage ou application de mastic epoxy. La peinture faciale des BJD (« face-up »), comprend non seulement le maquillage, mais aussi la peinture des éléments du visage (sourcils, lèvres, teint des joues), qui s’exécute au moyen de crayons aquarellables, de peinture acrylique ou de pastels doux, pour être ensuite recouverts d’une couche vaporisée de produit de scellement mat et clair assurant leur protection.
Les éditions courantes de BJD sont vendues assemblées avec une option pour la peinture faciale, tandis que les modèles complets, souvent en édition limitée, incluent les vêtements, la peinture faciale et parfois la coloration du corps (photo) ; elles valent alors encore plus cher que les éditions courantes, jusqu’à 5 000 €.

Culturellement parlant, les BJD jouissent d’une communauté internationale large : la plus grande communauté internet de langue anglaise, Den of Angels, comptait plus de 43 000 membres en février 2016. Des rencontres se font lors d’un meeting ou dans un maid café, organisées par les constructeurs ou les revendeurs.
Les propriétaires de BJD non seulement personnalisent leurs poupées, mais leur donnent un nom, leur attribuent une famille et des traits de caractère, les font participer à des jeux de rôles, voire leur parlent comme si elles étaient vivantes. Ils ont souvent d’autres centres d’intérêt comme l’anime, la mode Lolita et le cosplay, et certains habillent leurs poupées dans un style correspondant. Les BJD sont souvent habillées en tenues de mode jeunes telles que le punk ou le gothique (photo) ; d’autres exhibent des éléments de fantasie, comme des oreilles d’elfes, des crocs de vampire, des ailes, des cornes, des sabots et des organes de cyborgs.

Les fabricants copient des personnages d’anime, de manga ou d’autres œuvres de fiction, de personnages historiques et de célébrités contemporaines.
Les ABJD incarnent des personnages dans des domaines d’expression artistiques divers : cinéma, musique (groupes virtuels), littérature, bande dessinée.
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Fabrication

Côté fabrication, les BJD sont d’abord modelées en argile polymère, les parties du corps durcies ensuite utilisées pour former des moules destinés au coulage d’une résine polyuréthane synthétique. La résine durcie a une dureté et une douceur au toucher proches de la porcelaine, en moins cassant ; cependant, contrairement à la porcelaine, cette résine a tendance à jaunir et à se dégrader dans le temps suite à l’exposition aux UV et à la chaleur. Le procédé de coulage permet de produire des moules moins chers (photo) que le moulage par injection communément employé pour la fabrication en grande série des poupées en vinyl.

Diffusion

Sur le plan de la diffusion, les BJD sont produites depuis les petites séries  d’artistes indépendants jusqu’aux très grandes séries de multinationales. Citons, parmi les nombreuses lignes de BJD existantes : les Super Dollfie de Volks et les U-noa Quluts d’Alchemic Labo (Japon) ; les Delf de Luts, les Ai de Custom Dolls, les Minimee de Dolls In Mind, les Bermann de Dollshe et les Catsy d’Elfdoll (Corée du sud) ; les Anson de Dollzone et les Alina d’Angell Studio (Chine).
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Sources de l’article
  • La FAQ « Pratiques autour de la BJD » du revendeur Jolie Doll
  • L’article « Ball-jointed doll » de Wikipedia
  • La banque terminologique canadienne Termium

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Les poupées folkloriques etc. Partie I : poupées traditionnelles russes, américaines et japonaises

Un peu de terminologie

Les poupées folkloriques et apparentées constituent un pan important du patrimoine et de la production vivante de poupées à travers le Monde. Il existe dans ce domaine une profusion de notions qui va nous obliger à faire un peu de terminologie pour éclaircir le paysage et savoir de quoi on parle. En effet, on rencontre dans la littérature et sur les sites web des termes qui sont rarement définis et parfois employés à tort : on parle de poupée folklorique, ethnique, exotique, traditionnelle, rituelle, régionale, nationale, de pays, du Monde, en costume, souvenir, ou encore touristique. Nous proposerons une classification simple de ces notions, qui s’appuie sur des définitions du CNRTL (Centre National de Ressources Terminologiques et Linguistiques), émanation du CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) et de l’ATILF (Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française), qui ont le double mérite d’être à la fois concises et contextuelles.
Il nous a semblé que l’adjectif folklorique (dans son acception première non péjorative) présentait le caractère le plus générique :
Folklore : ensemble des arts et traditions populaires d’un pays, d’une région, d’un groupe humain.
Voilà nos poupées traditionnelles (et par extension rituelles), régionales, nationales, de pays et du Monde rangées sous la bannière des poupées folkloriques. Les poupées en costume également, puisque ce terme très vague désigne ici implicitement le costume folklorique et ses dérivés spécifiques que nous venons d’identifier (costume traditionnel, régional, national,…), excluant les costumes de mode qui sont rattachés aux poupées mannequins. Poursuivons :
Ethnie : groupe d’êtres humains qui possède, en plus ou moins grande part, un héritage socio-culturel commun, en particulier la langue.
Voilà nos poupées ethniques apaches (Amérique du Nord) et bambaras (Mali et Sénégal) classées dans les poupées folkloriques, puisque la notion de groupe humain se retrouve dans la définition du folklore d’une part, et que le terme d’ethnie est plus restrictif que celui de peuple, qui s’accorde avec les épithètes régional, national,…d’autre part. Signalons ici une confusion répandue, sans doute due à l’influence anglo-saxonne : employer le terme ethnique pour désigner une couleur de peau différente du type européen. Ainsi, les Barbie noires censées représenter les afro-américaines sont baptisées « poupées ethniques », alors que les afro-américains ne constituent pas une ethnie, pas plus que les hispano-américains, entre autres pour la raison que la langue de ces groupes humains ne leur est pas spécifique.
Les poupées souvenir ou touristiques sont des avatars des poupées folkloriques en ce qu’elles ne sont pas forcément fabriquées de manière artisanale ou artistique par des représentants des peuples ou des ethnies concernées, mais peuvent être fabriquées industriellement n’importe où dans le Monde. On peut donc les classer dans les poupées folkloriques, en ayant à l’esprit cette remarque importante.
Restent les poupées exotiques :
Exotique : qui est relatif, qui appartient à un pays étranger, généralement lointain ou peu connu (du locuteur) ; qui a un caractère naturellement original dû à sa provenance.
Dans le domaine des poupées, le qualificatif d’exotique est plus étroit que cette définition : il recouvre souvent la notion d’objet de collection ancien de valeur, ce qui classe les poupées exotiques à part des poupées folkloriques, qui ne sont pas caractérisées par cette notion. C’est, par ailleurs, une notion relative : le sioux est exotique pour un breton, et réciproquement. Toutes les poupées sont donc logiquement exotiques. Cependant, nous en retiendrons la version la plus adaptée pour la clarté de l’étude, celle du point de vue de l’observateur occidental, qui considère comme exotique tout ce qui n’est pas européen.
Un autre problème se pose pour les poupées exotiques : il faut distinguer celles fabriquées par les peuples autochtones de celles fabriquées en Europe et plus récemment en Chine. Enfin, les poupées exotiques étaient par le passé souvent définies par des critères raciaux : on parlait de poupées noires, jaunes ou mulâtres. On parle plus aujourd’hui en termes géographiques (poupée indonésienne, japonaise, arabe,…), quoique subsistent encore de tenaces amalgames : cela n’a pas beaucoup d’intérêt de parler d’une poupée orientale ou africaine, pas plus que de parler d’une poupée occidentale ou européenne.
Dernière remarque liminaire : toutes ces poupées peuvent avoir le statut d’objet de collection ou de jouet, suivant leur valeur, leur fragilité ou leur état de conservation.
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Poupées traditionnelles et rituelles

Ces poupées sont dans une certaine mesure traitées dans la page Histoire. Remarquons que l’on trouve pour la plupart des poupées traditionnelles (c’est moins vrai pour les poupées rituelles, qui gardent encore un peu de leur pouvoir magique) des copies actuelles sous la forme de poupées souvenir ou touristiques : c’est particulièrement le cas pour les poupées kokeshi du Japon, qui ont aussi une dimension patriotique, et pour les célèbres poupées russes, ou matriochkas.

Russie

Arrêtons-nous un instant sur les poupées traditionnelles de Russie, dont l’histoire est particulièrement riche.
Il fut un temps où les poupées sauvaient des vies humaines en remplaçant les êtres humains dans les rituels de sacrifice. Ces poupées de substitution portaient un nom particulier qui était parfois celui du dieu ou de l’idole destinataire du sacrifice : Kostroma (photo), Morena, Kupalo, Yarilo,…En retour les personnes qui avaient donné les poupées à sacrifier demandaient un amour heureux, des récoltes abondantes, une bonne santé et un bien-être général.

Les poupées étaient constituées de toutes sortes de matériaux facilement disponibles : paille, argile, bois, liber, épis de maïs, racines, cendre, branches d’arbre,…Dans ces temps reculés, les poupées n’étaient jamais laissées retournées mais « soigneusement gardées dans un panier ou un coffre embossé. De cette manière, elles passaient d’une fille à une autre », le problème étant que les familles rurales de l’époque étaient particulièrement nombreuses et pouvaient compter jusqu’à quinze enfants. Pour devenir une bonne mère, comme dans tant d’autres cultures, une fillette devait jouer à la poupée.
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Amulettes, poupées rituelles et jouet

Les poupées traditionnelles de Russie se classent en trois catégories selon leur rôle : amulette, poupée rituelle et jouet. Il est intéressant de noter que les traits du visage des amulettes, qui sont en fait des poupées de chiffon, ne sont pas peints : ceci est lié à d’anciennes croyances, associées au rôle de talisman de la poupée devenue objet magique. Cette poupée sans visage fonctionne comme un tjurunga : l’absence de face désigne la poupée comme inanimée et donc inaccessible aux puissances du mal. Les habits de la poupée amulette sont toujours de couleurs vives et brodés de symboles magiques (photo).

De nombreux rituels dans la vieille Russie étaient conduits avec l’aide de poupées spécialement fabriquées. Ces poupées rituelles étaient tenues pour sacrées et gardées dans le coin sanctifié de l’isba. Si une famille détenait une poupée de fertilité faite à la maison, elle moissonnerait une bonne récolte et serait prospère. La poupée baigneuse intervenait au début de la saison des eaux : on la faisait flotter sur la rivière, et les rubans attachés à ses mains emportaient les maladies et les peines avec elle, grâce au pouvoir purifiant de l’eau. La célèbre et grande poupée rituelle de Maslenitsa était faite de paille ou de liber : cette tradition prend ses racines dans les temps païens, quand le peuple russe disait adieu à l’hiver rigoureux pour accueillir le printemps avec des crêpes rondes, dorées et chaudes comme le soleil, des jeux, des chants et des danses, et la destruction par le feu d’une poupée à l’effigie de l’hiver (photo).

Une poupée de cendre était présentée à un couple le jour de son mariage comme symbole de la continuité de la famille et comme médiateur entre les vivants et l’au-delà : elle représentait l’esprit des ancêtres s’adressant à ses descendants. Des poupées rituelles étaient utilisées pour soigner : parmi elles, Kozma et Demyan, faites de plantes médicinales telles que l’achillée ou la camomille.
Les poupées jouets étaient destinées à l’amusement des enfants. Elles étaient faites par couture ou assemblage. Dans ce dernier cas, un bâton de bois était enveloppé d’une épaisse pièce de tissu, maintenue par une ficelle enroulée ; puis la tête et les mains étaient fixées au bâton, et la poupée était élégamment habillée. Parfois, ces poupées jouets étaient faites sans bâton.
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Les matriochki

Tout autre est le rôle de la matriochka, qui incarne une fonction patriotique en rencontrant à la fin du XIXe siècle le regain d’intérêt des russes pour leur histoire, leur culture, leur folklore et leur artisanat : ces célèbres poupées emboîtées racontent des histoires, des contes de fées, des contes épiques, des vies de héros nationaux,…Mais d’où viennent-elles ?
La première matriochka, cette figure familière de poupée potelée au visage rond portant un foulard et une robe folklorique russe (photo) n’est pas venue au Monde dans l’antiquité.

La création de cette poupée a en fait été provoquée par la figurine du sage bouddhiste Fukuruma apportée à Abramtsevo ( propriété située au nord de Moscou, qui devint le centre du mouvement slavophile et de l’activité artistique dans la Russie du XIXe siècle)  depuis l’île de Honshū au Japon. Inspiré par la tête oblongue et chauve de ce sage de bois au visage bon enfant, œuvre d’un moine russe habitant Honshū, le fabricant de jouets Vasili Zviozdochkin tourna la première matriochka, qui fut peinte par l’artiste Serguei Maliutin. Elle comprenait huit poupées imbriquées, alternant filles et garçons jusqu’à la dernière poupée, pleine, qui figurait un bébé emmailloté. Au fait, d’où vient le nom étrange de matriochka ?
Là, les explications ne manquent pas : c’est un dérivé du prénom féminin russe Matriona, traditionnellement associé à une femme russe de la campagne, corpulente et robuste ; ou bien du prénom Masha ou Mania ; ou encore de la déesse mère hindoue Matri ; ou enfin de « mat’ triochki », « mère des trois » en russe, allusion à une poupée japonaise contenant trois petite poupées identiques.
En 1900, les matriochki (pluriel de matriochka) gagnèrent une médaille et des éloges internationaux à l’exposition universelle de Paris. Au début du XXe siècle, une version dotée de pieds mobiles vit le jour, qui lui permettait de marcher sur un plan incliné. Et quel est le principe de fabrication des matriochki ?
Ce principe n’a pas évolué depuis les débuts. Le bois utilisé est du tilleul ou du bouleau, taillé en blocs puis bien séché. La plus petite poupée, pleine, qui peut être aussi petite qu’un grain de riz, est toujours faite en premier. Le tournage, qui nécessite une grande précision dans la taille du bois, est un art qui se pratique au jugé sans prendre de mesures et requiert plusieurs années d’apprentissage : certains maîtres tourneurs peuvent travailler les yeux fermés !

Les poupées russes sont ensuite polies, puis peintes et vernies. Au XIXe siècle, les matriochki étaient uniquement peintes à la gouache, tandis qu’aujourd’hui on utilise également de l’aniline, de la tempéra et même de l’aquarelle. On peint d’abord le visage, le tablier avec une image pittoresque, puis le sarafane ( vêtement féminin populaire russe, robe droite sans manche) avec le foulard.
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Amérique du Nord

Les États-Unis et le Canada ont, comme la Russie, une riche histoire de poupées traditionnelles (voir la page Histoire). Lorsque les européens arrivèrent dans le nouveau Monde au XVIe siècle, ils apprirent des autochtones comment fabriquer des poupées avec des matériaux naturels tels que la fibre de palmier nain, les épis de maïs ou de la paille de pin en bottes.

Les poupées autochtones

Parmi les ethnies fabriquant des poupées en enveloppe de maïs, on trouve les iroquois (photo gauche), les oneida (photo centre) et les cherokee (photo droite).

Les indiens seminole (photo gauche) fabriquent des poupées en fibre de palmier nain habillées de patchwork. Les bébés shoshone (photo centre) sont faits de peau de daim et placés dans un berceau décoré de perles. Les navajos réalisent des poupées en chiffon peintes parées de vêtements et de bijoux traditionnels (photo droite).

Les sioux lakota fabriquent des poupées « anges » (photo gauche). Les poupées conteuses pueblo sont en argile, et figurent une femme, parfois un homme, à la bouche ouverte en train de conter ou de chanter à un ou plusieurs enfants qu’elle tient dans ses bras ; elles symbolisent la famille, la tradition et le bonheur (photo centre). En Amérique centrale, les indiens mayas de l’actuel Guatemala fabriquent des poupées soucis miniature (pas plus hautes que 2,5 cm) rangées dans des pochettes colorées (photo droite) ; ce sont des porte-bonheur qui éloignent les cauchemars si on les place sous l’oreiller ; dans une autre version de la légende, il suffit de raconter un problème à chaque poupée, et elle apparaîtra dans un rêve pour apporter sa solution.

 

Il n’était pas habituel chez les indigènes de garder les poupées au-delà de l’enfance, d’où l’emploi de matériaux éphémères : la désagrégation du jouet symbolisait le passage de l’enfance à l’âge adulte. Même les poupées en bois ou en cuir n’étaient pas faites pour durer comme les produits artisanaux pour adultes. Dans de nombreuses tribus, il n’était pas approprié de discipliner les très jeunes enfants, aussi ne leur donnait-on pas de jouets qu’ils ne pouvaient pas mâcher ou jeter à la rivière. Toutefois, bien que les poupées n’aient pas été faites pour durer, elles étaient souvent admirablement parées de vêtements et de bijoux miniatures, décorées de perles ou peintes, portant de la fourrure animale ou même des cheveux de la mère de l’enfant à qui était destinée la poupée.
Les enfants indigènes étaient fascinés par les poupées que les colons avaient apportées d’Europe avec eux et les enfants des colons étaient tout aussi fascinés par les poupées des autochtones. Au fur et à mesure que les colons se déplaçaient vers l’ouest, les indiens faisaient du troc avec eux pour obtenir les petites poupées blanches ; en retour, les colons commandaient aux femmes autochtones des poupées en habits indiens comme jouets pour leurs enfants.
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Les poupées des colons

Au début du XIXe siècle, les familles de colons fabriquaient souvent des poupées pour leurs jeunes enfants, dont les « pennywoods » (poupées en chiffon ou en bois sculpté). Les filles plus âgées apprenaient à coudre en confectionnant leurs propres poupées. Les premières poupées fabriquées en série étaient en papier mâché ; aux États-Unis, pendant la guerre de sécession (1861-1865), les têtes creuses de ces poupées étaient utilisées pour passer en contrebande de la morphine et de la quinine aux soldats confédérés du sud, souvent dans les bras des enfants ! Lors de la reconstruction (1865-1877), les veuves du sud gagnaient leur vie en peignant à la main des poupées de papier figurant des femmes habillées en costume d’avant-guerre ; les poupées noires deviennent populaires auprès des familles blanches du sud, tandis qu’au nord ce sont les poupées à l’effigie du général Ulysses S. Grant (héros nordiste de la guerre de sécession et 18e président des États-Unis) qui sont à la mode.
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Japon

Vous trouverez un dossier beaucoup plus complet sur les ningyō ici.

Les origines

Au Japon, il peut y avoir une continuité entre les figures humanoïdes dogū de l’époque Jōmon (8000-200 av. J.C.) et les figures funéraires haniwa de l’époque Kofun (300-600). L’expert américain Alan Pate note que des archives de temples mentionnent l’existence d’une poupée en herbe bénie et jetée à la rivière en l’an 3 av. J.C. ; la coutume, vraisemblablement plus ancienne, est à l’origine de la fête hina matsuri (voir ci-dessous).
Il existe au Japon de nombreuses poupées traditionnelles (appelées ningyō, littéralement « figure humaine »), détaillées dans le premier roman écrit au XIe siècle et intitulé « Le conte de Genji » : les filles jouaient à la poupée et aux maisons de poupées ; les femmes réalisaient des poupées protectrices pour leurs enfants et petits-enfants ; les poupées participaient à des cérémonies rituelles et religieuses, emportant les péchés des personnes qu’elles touchaient.
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Une tradition vivace

Les hōko (non explicitement mentionnées dans « Le conte de Genji ») étaient des poupées à corps mou données aux femmes enceintes pour protéger la mère et son futur bébé. Les premiers fabricants de poupées professionnels furent sans doute les sculpteurs de temples, qui employaient leur talent à réaliser des poupées saga (images d’enfants peintes sur bois). Les possibilités de cette forme d’art, exploitant le bois taillé ou la composition, le gofun et les textiles, étaient vastes.
À l’époque Edo (longue période de paix entre 1603 et 1868 après des siècles de guerres civiles), on trouvait d’excellents fabricants de poupées dans chaque ville importante. On vit se développer un marché de personnes fortunées prêtes à payer le prix fort pour exposer chez elles ou offrir les plus beaux ensembles de poupées. Le commerce des poupées fut régulé par le gouvernement, prévoyant l’arrestation ou le bannissement des fabricants ne respectant pas les lois sur les matériaux ou la hauteur des poupées.
Les poupées étaient utilisées lors de cérémonies rituelles comme hina nagashi (littéralement flottaison des poupées), où l’on mettait à la mer des bateaux chargés de poupées données par des petites filles, dont la santé et le succès étaient ainsi assurés, le mauvais sort étant éloigné à la mer par l’intermédiaire des poupées (photo).

C’est à l’époque Edo que la plupart des poupées traditionnelles ont vu le jour. Les plus célèbres sont les poupées hina, qui correspondent à hina matsuri, la fête ou jour des poupées, ou encore jour des filles (3 mars). Toutes sortes de matériaux peuvent les constituer, mais la poupée Hina classique a un corps pyramidal fait de textiles élaborés en plusieurs couches bourrés de paille ou de blocs de bois, des mains (et parfois des pieds) en bois taillé couvert de gofun, et une tête en bois sculpté ou composition moulée également couverte de gofun, avec des yeux incrustés en verre (avant 1850, gravés dans le gofun puis peints) et des cheveux naturels ou en soie. Un ensemble complet de poupées Hina comprend au moins 15 poupées représentant des personnages de cour de l’époque Heian (794-1185), les principales étant le couple empereur et impératrice (photo).
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Parmi les poupées traditionnelles les plus célèbres figurent les daruma, représentations très stylisées de Bodhidharma, le fondateur du bouddhisme Zen qui introduisit les arts martiaux dans le temple de Shaolin en Chine. Ces poupées rouges et sphériques à face blanche sans pupilles en papier mâché creux sont des porte-bonheur ; on dessine une pupille quand on se fixe un objectif, et la deuxième lorsqu’il est atteint. Elles furent inventées au temple de Shorinzan Darumaji dans la ville de Takasaki au XVIIe siècle : le difficile métier d’éleveur de soie de la région conduisit les fermiers à demander au temple un porte-bonheur pour parer aux saisons difficiles, d’où Daruma. Ces poupées ne tombent jamais car elles sont équilibrées par un poids, leur devise est « nanakorobi yaoki », « tombé sept fois, relevé huit », elles sont un symbole de persévérance. Comme tous les porte-bonheur au Japon, on ne les jette pas, elles doivent être brûlées lors d’une cérémonie Dondo Yaki dans un lieu saint de la religion shinto (photo).

Le nom des poupées ichimatsu vient de celui d’un acteur populaire du théâtre kabuki  (forme épique du théâtre japonais traditionnel ; centré sur un jeu à la fois spectaculaire et codifié, il se distingue par un maquillage élaboré et l’abondance de dispositifs scéniques destinés à souligner les paroxysmes et les retournements de la pièce) au XVIIIe siècle. Représentant à l’origine cet acteur, elles sont aujourd’hui associées à des figurations réalistes de bébés ou de jeunes enfants aux yeux de verre et à l’expression solennelle (photo).

Iki ningyō, littéralement « poupée vivante », désignait des poupées grandeur nature utilisées à l’époque Edo par des comédiens itinérants (photo). Elles choquèrent tellement (certaines spectacles mettaient par exemple en scène des poupées baignant dans leur sang) que le gouvernement édicta des lois limitant leur taille. Le terme désigne aujourd’hui les mannequins de vitrine.
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Les karakuri ningyō étaient des poupées mécaniques ou automates fabriquées au Japon du XVIIe siècle au XIXe siècle. Le mot karakuri signifie mécanisme ou astuce ; ningyō signifie personne et forme, ce qui peut être traduit par marionnette, poupée ou effigie. Les mouvements de la poupée, qui peut servir le thé (photo), tirer à l’arc, danser,… étaient faits pour divertir. Les Karakuri étaient utilisées au théâtre, comme gadgets domestiques, ou dans les festivals, où les poupées servaient à exécuter des reconstitutions de mythes et légendes traditionnels.

Les poupées hakata, du nom de l’un des sept arrondissements de la ville de Fukuoka dont elles sont originaires au XVIIe siècle, étaient à l’origine en argile et offertes dans les temples bouddhistes ou au gouverneur de l’arrondissement. Devenues de simples jouets en biscuit, puis de véritables œuvres d’art délicatement proportionnées et colorées à la fin du XIXe siècle, elles remportèrent des médailles d’or et d’argent à l’exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de Paris en 1925. Elles connurent la célébrité lorsque des soldats américains de retour de l’occupation du Japon après la deuxième guerre mondiale en rapportèrent aux États-Unis. Exportées peu après, elles furent produites en série de moindre qualité. Moins populaires au Japon aujourd’hui, elles sont encore fabriquées comme bibelots pour touristes ou selon la méthode artisanale traditionnelle (photo).
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Un okiagari-kobōshi  (« petit prêtre se relevant ») est une poupée creuse en papier-mâché conçue avec un contrepoids de façon à revenir en position verticale si elle est inclinée (sorte de culbuto, photo). Considérée comme porte-bonheur, et depuis longtemps jouet connu des petits japonais, symbole de persévérance et de résistance, elle remonte au XIVe siècle. Les premiers fabricants se sont probablement inspirés du modèle chinois de Budaoweng « vieil homme ne tombant pas », qui est lesté de la même façon, et dont la description remonte à la dynastie Tang (VIIe siècle – début du Xe siècle). Elle est  particulièrement appréciée et vendue dans la région Aizuwakamatsu de la préfecture de Fukushima, où les clients laissent tomber au sol plusieurs de ces poupées à la fois : celles qui restent droites sont considérées comme chanceuses ; les vendeurs les testent en abaissant deux poupées à la fois, celle qui se relève la première est plus chanceuse ; la tradition demande que l’on achète une de ces poupées pour chaque membre de la famille plus une, dans l’espoir que la famille s’agrandisse durant l’année.

Le bunraku est une forme de théâtre japonais datant du XVIIe siècle, dans lequel les personnages sont représentés par des marionnettes de grande taille (1,20 m à 1,50 m), opérées à vue par trois manipulateurs expérimentés (photo) et dont la tête, le bras gauche et le bras droit disposent chacun d’un système de leviers pour en contrôler les mouvements. La tête est vide et fixée à l’extrémité d’une baguette, qui constitue la colonne vertébrale de la marionnette ; les épaules sont matérialisées par une planche transversale, des éponges placées aux extrémités en suggérant la rondeur ; les bras et les jambes sont attachés à cette planche par des ficelles, des morceaux de tissus étant fixés à l’avant et à l’arrière de la marionnette. Le mécanisme de la tête permet de faire bouger les yeux, les paupières, les sourcils, la bouche ou de faire hocher la tête, ce qui donne la faculté d’exprimer toute une gamme d’émotions. Les têtes sont divisées en catégories selon le sexe, la classe sociale et le caractère du personnage, et peuvent être employées pour plusieurs pièces en faisant varier la perruque et la peinture : elles sont en effet repeintes et préparées avant chaque représentation.
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Les poupées kimekomi ont été créées à Kyoto en 1736. La légende raconte qu’un artisan économe travaillant dans le lieu saint de Kamo créa une poupée à partir de chutes de tissu et de bois de saule trouvé sur les rives de la rivière Kamo. Elles font référence à une méthode de fabrication qui consiste à partir d’une base de bois taillé, de composition moulée ou, pour les plus récentes, de plastique alvéolaire. Après avoir taillé d’étroites rainures dans le corps de la poupée, on y insère les bords du tissu que l’on colle ensuite. La tête et les mains sont finies au gofun. Les cheveux peuvent être moulés sur la tête ou faire partie d’une perruque. Ce type de poupée (photo) est l’objet de loisirs créatifs très populaires au Japon, où l’on peut acheter des kits avec une tête finie pour habiller sa poupée. La méthode est aussi appliquée par des artistes en poupées d’avant-garde, qui adaptent les anciens matériaux à de nouvelles visions.

Les  teru teru bozu (« brille brille moine ») ne sont pas à proprement parler des poupées, mais des formes fantômatiques en papier ou tissu blanc pendues par le cou à une ficelle tendue depuis une fenêtre, afin d’apporter le beau temps et d’éloigner la pluie (photo). Bozu est un terme d’argot faisant référence à un moine bouddhiste au crâne rasé. La tradition est née chez les fermiers à l’époque Edo. Ells peuvent être pendues à l’envers pour appeler la pluie. Dans les temps anciens, elles étaient pendues sans les yeux, qui étaient ajoutés si le souhait n’était pas exaucé dans l’instant.
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Les poupées kintarō sont offertes aux enfants durant les vacances de tango no sekku (l’une des cinq cérémonies annuelles tenues à la cour impériale du Japon), afin qu’ils soient inspirés par la bravoure et la force du légendaire Kintarō (photo). Ce nom, littéralement « garçon doré », est celui d’un héros du folklore japonais. Enfant à force surhumaine, il est élevé par une ogresse sur le mont Ashigara. Il devient ami des animaux de la montagne, et plus tard, après avoir capturé la terreur de la région, Shutendôji, il devient disciple de Minamoto no Yorimitsu (membre du clan Minamoto, un des quatre clans qui dominèrent la politique du Japon durant l’ère Heian) sous le nom de Sakata no Kintoki.

Les poupées musha, ou poupées guerrières, sont habituellement faites des mêmes matériaux que les hina, mais leur fabrication est plus compliquée, puisqu’elles représentent des hommes ou des femmes assis sur des chaises pliantes, à genoux ou à cheval (photo). Les armures, casques et armes sont faites en papier laqué, souvent avec des mises en valeur métalliques. Les personnages incluent : l’empereur Jimmu, l’impératrice Jingū et son premier ministre Takenouchi tenant dans ses bras l’empereur nouveau-né ; Shōki l’exorciste ; Toyotomi Hideyoshi, ses généraux et son maître de thé ; des personages de contes de fées, dont Momotarō le garçon de pêche ou Kintarō le garçon doré (voir ci-dessus).
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Les poupées gosho sont une forme simplifiée de mignons bébés grassouillets. Le gosho basique est un poupon assis presque nu, sculpté d’une pièce, avec une peau très blanche (photo), bien que des gosho vêtus, coiffés et accessoirisés de manière élaborée, garçons ou filles, soient devenus populaires. Ils se développèrent comme cadeaux associés à la cour impériale, gosho signifiant palais ou cour.

Avec la fin de l’époque Edo et l’avènement de l’époque moderne Meiji en 1869, la fabrication des poupées évolua. Les poupées à peau de soie devinrent populaires dans les années 1920 et 1930, permettant la création de kimonos élaborés pour les poupées qui représentaient des femmes de diverses périodes de l’histoire japonaise, en particulier l’époque Edo. Ces poupées furent rapportées par des militaires et des touristes après la seconde guerre mondiale.
La ville de Fukuoka devient un centre réputé de fabrication de poupées en biscuit, et les poupées hakata (voir ci-dessus) sont célèbres à travers tout le pays.
Anesama ningyō et shiori ningyō (littéralement « poupée grande sœur » et « poupée signet ») sont faites en papier washi. La première (photo gauche) est tridimensionnelle et offre souvent des coiffures élaborées et des costumes en papier washi de qualité élevée, tandis que la seconde (photo droite) est plate. Elles manquent souvent de traits du visage. Les poupées de la préfecture de Shimane sont particulièrement appréciées. Une version hybride appelée shikishi ningyō est devenue populaire ces dernières années : des personnages mis en scène sont disposés sur un rectangle de carton d’environ 0,1 m2  (photo bas).
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